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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 12:25
Au coeur de la polémique rochelaise : Toussaint Louverture, le jacobin noir

Toussaint Louverture :  une statue oui !

Mais dans un lieu clos pour ne pas déranger

une partie de la bourgeoisie rochelaise

descendante des négriers !

 

  • Le 20 mai 2015, une statue Toussaint Louverture a été inaugurée à La Rochelle dans un lieu clos, mais depuis des semaines, une polémique agite la ville.
  • A l'heure ou nombre de rues portent encore le nom des armateurs négriers (Admyrault, Seignette.....)...
  • Fallait-il installer cette oeuvre sur le port ou dans la cour du Musée du Nouveau Monde ?
  • Pour l’association Mémoria, à l’origine du projet, il est "aberrant de l’enfermer dans la cour du musée".

"Encore une fois, La Rochelle n’assume pas l’histoire de la traite".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"272 ans après sa naissance, le jacobin noir a été revendiqué par l’UNESCO, mais on ne pardonne pas à Haïti, son pays, d’avoir été le premier pays à se libérer du colonialisme et de l’esclavage en Amérique latine." Gabriel Molina

 

Sources : (voir note de bas de page) mis à jour le 3 juin 2015

- Qui est Toussaint Louverture [1]

TOUSSAINT Louverture, le jacobin noir, figure caractéristique de l’essor et du déclin de la Révolution française, est l’objet d’une évocation imposante au Château médiéval de Fort de Joux, première étape de la Route de l’abolition de l’esclavage proclamée en 2004 par l’Organisation des Nations unies, à l’initiative de l’UNESCO.

 

Cette étape initiale de la Route rend un hommage mérité au général haïtien, né voici 272 ans, le 1er novembre 1743. Esclave comme son père, qui fut arraché du Dahomey, aujourd’hui le Bénin, Louverture mena l’unique rébellion victorieuse de l’histoire contemporaine, laquelle déboucha aussi sur la première émancipation du colonialisme en Amérique latine. Mais il paya cher son audace. Ce pays, autrefois la colonie la plus riche de la terre, est devenu aujourd’hui la nation la plus pauvre de la région.

 

Le glorieux soldat fut fasciné par l’idéologie de la Révolution de 1789 et il termina sa vie en France, emprisonné au Fort de Joux – une sinistre prison de haute sécurité proche de la frontière suisse – par celui qui fut l’artisan du déclin du processus révolutionnaire français, Napoléon Bonaparte.

 

La France a rendu tardivement justice à Louverture, qui veut dire “l’initiateur”, en inscrivant à Fort Joux ses paroles prononcées durant son emprisonnement : « En me renversant, vous avez seulement abattu le tronc de l’arbre de la liberté des Noirs. Mais il repoussera par les racines, car elles sont nombreuses et très profondes ». En effet ces racines se sont propagées en France, à travers l’Amérique, dans le monde entier. Et même aujourd’hui jusqu’aux Etats-Unis.

 

Rien n’est plus émouvant que de voir sa cellule, l’ultime demeure du glorieux général dans l’Est de la France, en haut d'une cluse à la Cluse et Mijoux (Haut Doubs - massif du Jura), dans la région de Franche-Comté. C’est au château Fort de Joux l’une des régions les plus froides du pays et qui ont le plus souffert au cours de l’histoire, car elle a été le théâtre de nombreuses guerres, livrées par les Français depuis la conquête de Rome jusqu’à la Seconde guerre mondiale.

 

Ce château est une forteresse qui fut sans cesse adaptée aux nouvelles exigences militaires, depuis les 11e et 12e siècle, car il est situé à un carrefour traversé par les armées ennemies depuis l’Empire romain jusqu’aux armées en provenance d’Allemagne et de Suisse.

 

Il est perché au sommet de collines élevées, à environ 940 m au-dessus du niveau de la mer, afin de défendre les hauteurs stratégiques où il est situé.

 

« Tout au long des huit siècles nous sommes passés d’une fortification très élevée à une fortification souterraine, une particularité due à l’évolution des projectiles. Au Moyen Age il s’agissait d’un système qui catapultait des pierres à des centaines de mètres. Et avec les progrès militaires, surtout avec l’apparition des explosifs, l’artillerie détruisait les fortifications élevées. Il fut ainsi nécessaire de creuser sous terre et de se protéger non seulement avec des murs épais mais aussi avec des tonnes de fer », explique monsieur Philippe Pichot, coordinateur de l’Association Route de l’abolition, de l’UNESCO, dès notre arrivée à Fort Joux par la route depuis Besançon, une ville propre, berceau de Victor Hugo.

 

On peut aussi y accéder par trois autres voies en provenance de Suisse, d’Autriche, du Nord de l’Italie et du Sud de l’Allemagne. Au pied du château, la voie, outre son utilité militaire, constituait aussi une route commerciale, qui contribua à l’enrichissement des Comtes de Joux.

 

 

- Toussaint Louverture : un homme sous influence Jacobine

Les idées de la Révolution française eurent une influence décisive sur Toussaint, cocher dans la plantation Bréda. Enfant chétif, ses propriétaires ne l’obligèrent pas à travailler dans les champs et lui permirent d’apprendre à lire et à écrire. Les Commentaires de César et d’autres écrits militaires lui donnèrent l’occasion de s’initier aux rudiments de la stratégie et de la tactique. Il devînt si bon cavalier qu’on l’appela « le Centaure de la Savane ».

 

Il fut affranchi en 1776, à 33 ans, alors que débutait la guerre d’indépendance des Etats-Unis. Quinze ans plus tard, le 30 octobre 1791, peu avant son 48e anniversaire, il rejoignit le soulèvement des esclaves haïtiens qui, la haine au coeur, se vengèrent cruellement des traitements barbares qui leur étaient infligées. Louverture fut choisi pour négocier avec les autorités. Mais celles-ci refusèrent l’offre de reddition et firent la sourde oreille aux demandes des trois commissaires – Sonthonax, Polverel et Ailhaud –, envoyés depuis Paris par l’Assemblée nationale, qui était au courant d’un plan d’invasion britannique. Ils pensaient que la chute de l’île serait un désastre pour la métropole française.

 

Les négociations ayant échoué, Toussaint fit appel aux Espagnols qui occupaient à l’est les deux autres tiers de l’île (La Espaniola, aujourd’hui la République dominicaine) et qui étaient les alliés des Britanniques contre les Français. Louverture et les autres dirigeants rebelles reçurent les grades de général en chef de l’armée espagnole, et  commencèrent à combattre les forces françaises sur la côte occidentale. Mais le 29 août 1793, face aux premiers signes d’une attaque anglaise, les commissaires français proclamèrent l’abolition complète de l’esclavage et l’émancipation des esclaves noirs, pour les inciter à soutenir la France.

 

Ce même jour Toussaint lança sa propre proclamation : « « Frères et amis. Je suis Toussaint Louverture ; mon nom s’est peut-être fait connaître jusqu’à vous. J’ai entrepris la vengeance de ma race. Je veux que la liberté et l’égalité règnent à Saint-Domingue. Je travaille à les faire exister. Unissez-vous, frères, et combattez avec moi pour la même cause. »

 

 

- Toussaint Louverture : vainqueur de l'Espagne et de la Grande-Bretagne

La Caraïbe a connu une histoire de rapine depuis l’époque des « découvreurs » espagnols, en passant par celle des boucaniers français qui commencèrent leur conquête en attaquant l’Hispaniola depuis la proche île de la Tortue pour créer Saint-Domingue (dans la partie ouest de L’Hispaniola), et aussi avec l’arrivée des envahisseurs britanniques qui attaquèrent la Martinique, la Guadeloupe et d’autres colonies françaises des Antilles.

 

A Saint-Domingue, qui fut rebaptisée Haïti, ils ne rencontrèrent que peu de résistance, à l’exception de celle que leur opposèrent les forces placées sous le commandement du général mulâtre André Rigaud, jusqu’à ce que l’Assemblée nationale de France abolisse officiellement l’esclavage. Toussaint rompit alors avec l’Espagne et adhéra à la proclamation de liberté des Français, avec 4 000 soldats en première ligne. En 1795, l’armée espagnole fut défaite, grâce aux efforts de Toussaint Louverture, notamment. Battre les Britanniques qui continuaient de recevoir des renforts fut une tâche plus longue et ardue qui devait durer jusqu’en mai 1798. L’armée britannique essuya de nombreuses pertes : entre 20 000 et 60 000 morts d’après les chroniqueurs. Toussaint reçut l’aide du gouvernement des Etats-Unis, le président John Adams et son secrétaire d’Etat Timothy Pickering craignant encore un coup de leur ancienne métropole. C’est ainsi que commença le commerce, encouragé par Hamilton. Mais même si Louverture avait fait construire des chemins et des écoles, Napoléon refusa de lui envoyer un seul instituteur.

 

«La colonie de Saint-Domingue, qui était placée sous mon commandement, jouissait d’un grand calme, et d’une culture et d’un commerce florissants », écrivit Toussaint dans ses Mémoires. Cependant, lorsque Jefferson remporta les élections présidentielles de 1800, aussitôt après avoir accédé à la Maison-Blanche, le 4 mars 1801, il se retourna contre Toussaint et fit savoir à Talleyrand que la France pouvait recevoir tout le ravitaillement nécessaire pour reconquérir Saint-Domingue.

 

Au terme des hostilités avec la Grande-Bretagne après la Paix d’Amiens, Napoléon put bénéficier du soutien de Jefferson pour attaquer Haïti. Il arma une imposante flotte pour envahir l’île, placée sous les ordres de son beau-frère le général Victor Emmanuel Leclerc. Environ 20 000 hommes débarquèrent en février 1802 sous les ordres de Leclerc et sous le faux prétexte de rétablir l’autorité française. Une fois leurs positions prises, ils désarmeraient les Noirs et rétabliraient l’esclavage. Le général noir fut arrêté et déporté vers la France, et emprisonné au Fort de Joux en 1802.

 

« Si je voulais compter tous les services que j’ai rendus dans tous les genres de gouvernement, il me faudrait plusieurs volumes encore n’en finirais-je? Et pour me récompenser de tous ces services, on m’a arrêté arbitrairement à Saint-Domingue, on m’a garrotté et conduit à bord comme un criminel, sans égard pour mon rang, sans aucun ménagement? Est ce là la récompense due à mes travaux ? Ma conduite me faisait-elle attendre un pareil traitement ? ».

 

Cette prison de haute sécurité que personne ne pouvait même approcher et où les visites étaient interdites fut sa dernière demeure, au milieu d’un isolement rigoureux décrété et vérifié par Napoléon. Toussaint Louverture mourut le 7 avril 1803. Ce n’est que beaucoup plus tard que l’empereur reconnut son erreur.

 

 

- C'est à Champagney avec J-A Priqueler que germa l’idée d’abolir l’esclavage.

Il est paradoxal que la France de Napoléon put trahir Toussaint Louverture, car c’est précisément dans un petit village de France, à Champagney, que germa l’idée d’abolir l’esclavage.

 

Jacques-Antoine Priqueler, officier de la garde du roi Louis XVI, originaire de Champagney et ouvert aux idées des philosophes et des intellectuels des Lumières, serait à l’origine de cette revendication après avoir été horrifié par les atrocités de la captivité négrière dans les Antilles. C’était quatre mois avant le déclenchement de la Révolution française. L’abolition de l’esclavage, l’une des idées les plus nobles inspirées de la Révolution française dont nous commémorerons le 220e anniversaire le 14 juillet prochain, naquit dans l’esprit de 78 simples paysans et serfs de ce petit bourg qui avait vu naître le noble Priqueler.

 

La France était en pleine ébullition en raison des « cahiers de doléances » où les vassaux de 36 000 municipalités de l’empire, désespérés par la misère, exprimaient leurs plaintes et leurs souhaits, à la demande du roi. Sur ces terres froides et stériles, la position géographique de l’endroit rendait ses habitants encore plus vulnérables aux attaques et contre-attaques lancées dans le cadre des incessantes guerres européennes. A cette situation stratégique délicate s’ajoutaient des conditions de vie très dures et même comparables à l’esclavage en raison de l’asservissement des habitants par des seigneurs abusifs.

 

Dans la France prérévolutionnaire, ces citoyens meurtris qui pendant l’hiver 1788-1789 résistèrent ensemble le froid intense et la faim provoquée par la hausse effrénée des impôts, surent comprendre ceux qui menaient une vie encore plus misérable qu’eux. Le sentiment humanitaire les poussa, avec une audace qui force l’admiration, à attirer l’attention du Roi Louis XVI sur les horreurs de la traite négrière, à prendre le parti des esclaves du Nouveau monde, et ainsi entrer dans l’histoire, car ce furent les seuls Français qui, en ce 19 mars 1789, quatre mois avant le début de la Révolution, demandèrent non seulement que leurs revendications soient satisfaites mais aussi l’abolition de l’esclavage. Parmi leurs revendications au roi les habitants de Champagney demandèrent l’émancipation des esclaves des colonies françaises en ces termes : « Les habitants et communauté de Champagney ne peuvent penser aux maux dont souffrent les nègres dans les colonies sans avoir le coeur pénétré de la plus vive douleur, en se représentant leurs semblables, unis encore à eux par le double lien de la religion, être traités plus durement que ne le sont les bêtes de somme… ».

 

Mme Marie Thérèse Olivier, descendante d’un de ces paysans, nous a laissé un récit poignant à ce sujet. Les habitants illettrés de Champagney n’avaient jamais vu un homme noir de leur vie. Mais Priqueler les conduisit à l’église pour leur montrer Balthasar, le roi noir, l’un des trois rois mages de la célèbre peinture qui existe encore aujourd’hui dans cette église, qui recrée la nuit de l’Epiphanie et l’adoration du fils de Dieu.

 

Leur demande parvint jusqu’à Paris et même jusqu’aux Etats généraux, où elle fut présentée au roi, qui n’eut pas le temps de l’étudier. a marée révolutionnaire engloutit Louis XVI et son royaume.

 

Aujourd’hui Champagney est un petit village d’environ 3 000 habitants situé dans le département du Jura et la région de la Franche-Comté en France, à une cinquantaine de kilomètres de Besançon. Là-bas, en l’hommage de ces progressistes habitants et à fin de « maintenir l’esprit de justice, de dignité et de fraternité », fut inauguré en 1971 le musée connu comme la Maison de la négritude et des droits de l’Homme, dédié à ceux que l’histoire a baptisé Les Justes. Ce musée fait la fierté de ses habitants.

 

La Maison de la négritude évoque cette tragédie de l’histoire, et nous propose la reproduction des cales d’un navire négrier avec son chargement d’esclaves pour l’infâme traversée transatlantique avec escale, entre autres, à Bordeaux. Un hommage est rendu à l’un des promoteurs de cette institution, Leopold Sedar Senghor, le premier président du Sénégal, ainsi qu’à l’illustre poète martiniquais Aimé Césaire, qui fut nommé président d’honneur de l’Association des amis de Champagney et de la Maison de la Négritude.

 

Le maire Gérard Poivery et son adjointe Mme Portolleau nous expliquent que l’Association a pour but de « faire redécouvrir et de se familiariser avec les pages de l’histoire qui unissent trois continents : l’Afrique, l’Amérique et l’Europe, et, en conformité avec le présent, de dénoncer les formes d’esclavage moderne comme le travail des enfants, les travaux forcés et les violations des droits de l’Homme ».

Au coeur de la polémique rochelaise : Toussaint Louverture, le jacobin noir

- V. Sshoelcher antiesclavagiste et biographe de : "La vie de Toussaint Louverture."

Victor Schoelcher, né à Paris, le 22 juillet 1804, est la personnalité historique la plus prestigieuse de Fessenheim, village de 9 000 habitants où son père, Marc Schoelcher, un artisan porcelainier, naquit et vécut et où lui-même a grandi. Schoelcher demeure une figure emblématique en France comme dans le monde pour son rôle déterminant dans le combat pour l’abolition de l’esclavage.

 

L’historien Emile Beringer, me raconte aimablement que Schoelcher faisait le commerce des porcelaines de son père, ce qui lui permit de visiter le Mexique, Cuba, la Louisiane, et la Floride lors de son premier voyage, puis la Réunion, Haïti, la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Domingue, Porto Rico et la Jamaïque. Confronté à la situation des esclaves au cours de ces voyages, il renforça son engagement antiesclavagiste au Sénégal et en Gambie, lieux d’embarquement d’un grand nombre d’esclaves à destination du Nouveau Monde. Il en avait suffisamment vu pour s’épouvanter de la cruauté de l’esclavage dans les colonies de la France, de l’Espagne, du Portugal et de l’Angleterre.

 

Pendant 20 ans il se consacra à lutter contre ces horreurs, en écrivant, racontant, organisant des actions. Son ouvrage : Abolition de l’esclavage. Examen critique du préjugé contre la couleur des Africains et des sang-mêlés, (1840) est remarquable. Il entra définitivement dans l’Histoire comme rédacteur du décret qui, le 27 avril 1848, établit la définitive et totale abolition de l’esclavage dans toutes les colonies et possessions françaises, après l’abdication du roi Louis Philippe.

 

Elu plusieurs fois député de la Guadeloupe et de la Martinique, Schoelcher s’opposa au coup d’Etat de Napoléon III, à la fin de 1851, et se vit obligé de se réfugier en Angleterre, à l’instar de Victor Hugo. Républicain intransigeant, il regagna la France en 1870, environ 20 ans plus tard, et participa à la Commune de Paris, comme « conciliateur » selon les historiens. Réélu député de la Martinique, il poursuivit sa lutte contre l’esclavage, pour l’éducation primaire obligatoire, laïque et gratuite, le droit des femmes et des enfants, l’abolition de la peine de mort et d’autres causes progressistes. Il créa plusieurs journaux antillais et en 1899, publia la biographie de Toussaint Louverture sous le titre : La vie de Toussaint Louverture.

 

En hommage à Schoelcher, Fessenheim a été choisie comme 3e étape de la Route pour l’abolition de l’esclavage. En 1981, le président François Mitterrand créa le Mémorial Schoelcher à Fessenheim et en 1987, l’ancien président du Sénat, Gaston Monnerville, inaugura le Musée de la Hardt Maison Schoelcher, au numéro 57 de la rue des Seigneurs, consacré au célèbre abolitionniste et à son père. En 1949, les dépouilles de Marc et Victor Schoelcher furent transférées au Panthéon à Paris, où ils reposent aux côtés de celles de Napoléon, Jean Jaurès, Jean Moulin et d’autres figures illustres de l’histoire de France.

 

C’est auprès d’un tableau représentant Schoelcher, jeune, que le journaliste de Granma est reçu par Mme Fabienne Stich, maire de la ville, Mr Pierre Rente, conseiller municipal, ainsi que Mrs Denis Rusch, Beringer et Pichot  qui vont lui offrir des informations complètes. Le décret historique de 1848 considère l’esclavage comme une atteinte à la dignité humaine, une violation flagrante des principes républicains de Liberté, Egalité, Fraternité.

 

Son article 8, précurseur pour l’époque, établit qu’il est interdit à tout Français, y compris à l’étranger, de posséder, d’acheter ou de vendre des esclaves et de participer, directement ou indirectement, à toute traite ou exploitation de ce genre, sous peine de perdre la citoyenneté.

Au coeur de la polémique rochelaise : Toussaint Louverture, le jacobin noir

- L’abbé H. Grégoire, ami de toutes les couleurs, prit la défense de la jeune république de Haïti et aida Toussaint Louverture

Fils d’un tailleur, l'abbé Henri Grégoire, naquit en 1750 à Veho, en Lorraine, près de la ville de Nancy, où il fut éduqué dans un collège jésuite.

 

Ordonné prêtre en 1775, il devint curé de Embermenil en 1782. L’Académie de la ville lui attribua un prix pour son Eloge de la poésie, et la ville de Metz, en 1888, pour son essai La Régénération physique et morale des juifs. Il fut élu député de Luneville en 1789.

 

L’abbé Grégoire est devenu l’un des acteurs de l’alliance entre le bas clergé et le Tiers Etat. Le 14 juillet, lors de la Prise de la Bastille il présida la session de l’Assemblée pendant 62 heures. Il fut aussi le rédacteur de l’acte d’abolition de la Royauté qui ouvrait la voie à la proclamation de l’abolition de la Monarchie. Il vota contre l’établissement de l’Empire de Napoléon en 1814, si bien que l’Empereur le fit exclure de la vie politique. Evêque de Blois, il se distingua par son combat pour la liberté de culte, la séparation de l’Eglise et de l’Etat et pour la messe en latin.

 

Député de l’Assemblée, il fut l’artisan de la suppression de la gabelle, l’impôt le plus détesté par le peuple, partisan de l’abolition du droit d’aînesse et de la réforme de l’instruction publique. Cependant sa tâche la plus importante fut la rédaction de l’article premier de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen : « Les hommes naissent libres et égaux en droits », principe qui servit de base pour l’abolition des privilèges de l’Eglise et de la Noblesse, la défense des juifs et dont le plus grande réussite fut l’abolition de l’esclavage en 1789.

 

Membre de la Société des amis des noirs, il prit la défense de la jeune république de Haïti et aida Toussaint Louverture avec lequel il entretenait une correspondance. En 1825, lorsque des représentants de Haïti se rendirent à Paris pour la reconnaissance de l’indépendance de leur pays, il leur fut interdit de rencontrer l’abbé Grégoire. Ces derniers, bravant l’interdiction, lui rendirent visite pour rendre hommage à « l’ami des hommes de toutes les couleurs ».

 

En effet, celui-ci avait obtenu la suppression des subventions gouvernementales pour la traite négrière et le 4 février 1794, l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises. Partisan de l’intégration des Noirs dans la république, il s’était opposé violemment à l’expédition de 1801 qui avait pour objectif de restaurer l’esclavage dans les Antilles françaises. L’abbé Grégoire mourut le 28 mai 1831. Plus de  20 000 ouvriers, juifs et Noirs majoritairement, défièrent la monarchie des Bourbons pour accompagner sa dépouille au cimetière de Montparnasse. En 1989, celle-ci fut transférée au Panthéon. En 1994, à l’occasion du bicentenaire de la première Abolition de l’esclavage, fut inaugurée la Maison de l’abbé Grégoire, à l’initiative du comité qui porte son nom dans la ville de Embermenil, en Lorraine, « un musée qui conserve vivante la mémoire, à travers des vitraux lumineux, de celui qui apparaît aujourd’hui comme un géant de la fraternité ».

 

La route de l’Abolition de l’esclavage est une nécessité pour le monde moderne afin que l’Europe et l’Amérique n’oublient pas la dette contractée envers toute l’Afrique et ses descendants.

Au coeur de la polémique rochelaise : Toussaint Louverture, le jacobin noir

- La traite négrière à La Rochelle : un passé encore lourd à porter[2]

Alors que François Hollande a inauguré le Mémorial ACTe, le 10 mai, en Guadeloupe, que reste-t-il du passé négrier dans l'Hexagone ? Direction La Rochelle, port majeur du commerce triangulaire du 18e siècle. Entre avancées et discordes, la ville tente de regarder son passé en face..... car La Rochelle a aussi participé à la traite négrière.

Au coeur de la polémique rochelaise : Toussaint Louverture, le jacobin noir

- La Rochelle : second port négrier de France au 18e siècle
Au 18e siècle, La Rochelle est le second port négrier de France (si l'on regarde l'ensemble de la période 17e-19e siècle, c'est Bordeaux qui se classe deuxième, ndlr). "Près de 427 navires négriers rochelais auraient pris le large, chargés d’environ 130 000 esclaves à destination des colonies de l’Amérique et principalement de Saint-Domingue, en raison de la qualité du sucre qui résistait mieux au transport maritime", raconte l’historien Jean-Michel Deveau, auteur de "La Traite Rochelaise". Pour en savoir plus, regardez ici l'exposition virtuelle sur la traite des noirs à La Rochelle

 

 

- 1982 : un musée entame le long travail de mémoire
Si les vestiges du passé négrier rochelais sont nombreux dans la ville, ils restent difficiles à repérer. Seul le Musée du Nouveau Monde, abrité par l’hôtel Fleuriau, ancienne résidence d’armateurs rochelais, rappelle cet obscur passé.

 

Un paradoxe quand on sait que La Rochelle s’est penchée très tôt sur son histoire négrière. "La ville a même été pionnière. Dès 1976, le maire Michel Crépeau a acheté l’hôtel Fleuriau pour y faire ce musée sur les relations entre La Rochelle et les Amériques, raconte Annick Notter, conservatrice du Musée du Nouveau Monde. En 1982, il était ouvert au public."

 

 

- Hôtels particuliers, raffineries, chantiers navals, mais pas d'indication
Hormis le musée du Nouveau monde, si vous vous baladez dans les rues de la ville, vous passerez sans le savoir devant des hôtels particuliers et longerez même d’anciennes raffineries de sucre. Avec l’œil aiguisé, vous arriverez peut-être à repérer les ex-voto dans les églises et distinguer d’anciens chantiers navals sur le port. Mais ne cherchez pas de panneaux explicatifs.

 

Une situation que déplore Josy Roten, la présidente de l'association Mémoria. Cette professeur d’anglais, d’origine guadeloupéenne, milite pour que la mémoire de l'esclavage soit plus présente dans la ville. "Il s’agit de faire apparaître les traces vivantes du passé et de revenir sur cette période de manière scientifique, explique Josy Roten. Il est prestigieux pour La Rochelle de travailler sur ce passé sans se voiler la face. Refouler l’histoire amène toujours névrose et mal être."

 

« La traite négrière rochelaise entre dans la logique du système capitaliste dont elle épouse toutes les composantes. … Depuis la fin du XVIème siècle, (les hommes) accumulaient un solide capital dans le commerce transatlantique… ». « Ce capitalisme hiérarchisait les gens de mer sur un schéma qui préludait au capitalisme industriel. Au sommet règnent les privilégiés, les capitaines à qui l’on confiait la totalité de l’investissement, eux-mêmes intéressés aux profits. ».

Il remarque encore : « Mais il ne faut pas oublier que ce commerce est celui de la vente ou d’achat d’hommes. Là est toute la contradiction vécue par les négriers.» et il pose avec force la question : «  Comment le siècle des Lumières a-t-il pu vivre de l’esclavage ? ».

 

- L’argent de la traite

Les fortunes amassées ont enrichi considérablement les bourgeois armateurs et négociants et assuré l’essor des ports négriers. N’est-ce pas d’ailleurs ce que constate Olivier Pétré-Grenouilleau en conclusion de  sa thèse de 1996, « l’argent de la traite, milieu négrier, capitalisme et développement : un modèle » ?

 

Il écrit : «Par la traite, le sucre et l’armement en général, des fortunes se sont édifiées, des positions se sont confortées. (…) Que le négoce se soit enrichi par la traite ne fait aucun doute. Que la cité ait connu grâce à cette activité un essor remarquable est une évidence. (…) Par le biais des négriers, les effets clairement identifiables de la traite se font même sentir jusque dans la seconde moitié du XIXème siècle. ». L'auteur démontre cependant aussi que les fortunes du XVIIIème siècle n'ont pas souvent été réinvesties dans l'industrie alors  émergente, leurs détenteurs ayant préféré les belles terres et les vastes demeures.

 

De nombreux historiens s'accordent sur des bénéfices moyens de l'ordre de 6 à 7 % par an, c'est-à-dire guère plus que des placements tranquilles de père de famille à 5 % chez les notaires. Ce taux moyen ne rend évidemment pas compte d'un éventail très large allant d'un échec retentissant à une réussite exemplaire, de 50 % de perte à 50 % de gain.

 

Pour un grand nombre d'armateurs candidats à la traite, la notion de risque faisait partie du voyage : une expédition à la côte d'Afrique s'apparentait à un coup de dé dont on attendait le meilleur comme le pire. On tentait sa chance et souvent on ne recommençait plus : ainsi à Bordeaux, 56 % des maisons d'armement ont expédié une seule fois à la traite. Quelques familles cependant se sont illustrées dans la traite négrière en additionnant des dizaines d'expéditions et des millions de livres de profits, comme Michel et Grou à Nantes, Begouèn-Demeaux au Havre, ou encore la dynastie des Nairac dont Pierre-Paul et Élisée à Bordeaux et Jean Baptiste à La Rochelle furent les plus actifs (voir ICI).

 

Ces acteurs principaux n'étaient pas les seuls à tirer des avantages pécuniaires de la traite, une multitude d'acteurs secondaires, de corporations, en bénéficiaient indirectement. Lors des discussions portant sur l'avenir de la traite, les tenants du système insistaient sur le fait que « des millions de personnes en France vivaient du commerce négrier et souffriraient grandement de sa disparition » : en premier lieu les marins, en second lieu, les ouvriers des chantiers navals, des industries métallurgiques et textiles, des raffineries, les artisans, les boutiquiers, les couturières, les aubergistes, les viticulteurs, leurs femmes et leurs enfants. Cela faisait du monde. Il n'est pas question pour cette population, qui dans sa majorité, n'avait pas conscience de collaborer à l'activité négrière, de parler d'une quelconque fortune liée à la traite. Gens de peu, leurs revenus ou leurs salaires étaient le plus souvent misérables et n'avaient rien à voir avec les sommes brassées par les gros armateurs.

 

Enfin la fortune négrière n'est pas qu'individuelle, elle est aussi collective. L'accumulation des capitaux issus de la traite et de l'exploitation des esclaves dans les colonies a favorisé la croissance économique de l'Angleterre ou de la France. Nul doute que l’enrichissement des Européens doit beaucoup à l’asservissement des Africains.

 

 

- Toussaint Louverture : la statue de la discorde
Le 20 mai dernier, une statue Toussaint Louverture a été inaugurée à La Rochelle, mais depuis des semaines, une polémique agite la ville. Faut-il installer cette oeuvre sur le port ou dans la cour du Musée du Nouveau Monde ? Pour l’association Mémoria, à l’origine du projet, il est "aberrant de l’enfermer dans la cour du musée". "Encore une fois, La Rochelle n’assume pas l’histoire de la traite", remarque la présidente Josy Roten qui a lancé une pétition sur internet pour que la statue soit installée dans un lieu accessible.

Pour Annick Notter, conservatrice du musée, "il est symboliquement fort de l'implanter dans la cour de l'hôtel Fleuriau et plus facile d’y faire le travail d’information dans ce lieu déjà chargé d'histoire." Même discours du côté de la mairie qui estime que "les sculptures mémorielles faisant souvent l'objet de vandalisme, il est préférable qu'elle soit protégée dans l'hôtel Fleuriau." Depuis la réalisation de notre reportage, la statue a été installée dans la cour du musée.

 

 

- Des conceptions différentes du travail de mémoire
En 2012, la mairie avait conçu un parcours sillonnant les vestiges de la traite dans la ville. Il est encore organisé de manière ponctuelle par l’office de tourisme. La plaquette qui servait de guide aux visiteurs n’est, elle, plus disponible et doit être à nouveau imprimée et actualisée.

"La Rochelle a un passé très riche, le problème est de valoriser toutes les histoires de la ville, se défend la mairie. Impossible de mettre des plaques explicatives sur chaque bâtiment, pourtant chacun voudrait son parcours sur l’histoire du protestantisme, de la traite, du Moyen-Âge"… "Nous ne sommes pas Nantes et Bordeaux, les moyens ne sont pas les mêmes", fait remarquer Géraldine Gillardeau chargée du patrimoine au service des affaires culturelles de la mairie de La Rochelle.

 

 

- Quel avenir pour la mémoire rochelaise ?
A La Rochelle, les démarches favorisant le travail de mémoire sont multiples et croisées. Si les générations futures semblent une cible prioritaire pour tous, les manières de la sensibiliser divergent. Faut-il s’en tenir aux livres d’histoire et au musée, ou faut-il voir plus loin ? S’impliquer davantage en Haïti ou installer sur le port la statue d’une figure historique du mouvement d'émancipation des Noirs en hommage à la communauté haïtienne ? Autant d’initiatives complémentaires plus que concurrentielles. Pourtant, certaines froissent encore.

 

A La Rochelle ou nombre de rues portent encore le nom des armateurs négriers (Admyrault, Seignette.....) le lourd passé négrier est encore difficile à assumer....

 

Motif invoqué de la non installation de la statue dans un lieu public : le risque de dégradation !

Il y a des cas ou la puissance publique aime les incivilités.... quand ça lui rend service ! C'est le cas ici !

 

 

 

 

 

 

 

- Installer la statue de Toussaint Louverture dans un espace facilement accessible, moins clivant qu'un enfermement dans la cour d'un hôtel particulier d'armateur du 18e.

ICI pétition pour une mise en lumière sans éuivoque d'un symbole de l'abolition de l'esclavage.

 

Note : sources

[1] - Blog de Marc Harpon

[2] - La traite négrière à La Rochelle : un passé encore lourd à porter

 

Pour en savoir plus :

- La traite des esclaves, l'esclavage, l'accumulation du capital et le devoir de mémoire

- La traite rochelaise (résumé de l'ouvrage essentiel pour l'étude de la traite rochelaise)

- Le commerce rochelais face à la Révolution. Correspondance de Jean-Baptiste Nairac (1789-1790) 

- La Rochelle, l'Aunis et la Saintonge face à l'esclavage

- La traite négrière rochelaise au XVIIIe siècle Les Expositions Virtuelles de Fort Boyard

- Journaux de bord et de traite de Joseph Crassous de Médeuil : de La Rochelle

- Mystéres autour de la dépouille de Toussaint Louverture

- La traite des Noirs en 30 questions

- La traite négrière et l’esclavage XVIIIème - XIXème

- Memoires et partages

- A La Rochelle : Malaise dans la culture.....

Au coeur de la polémique rochelaise : Toussaint Louverture, le jacobin noir

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