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17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 07:34
Crédit photo photosdegauche.fr (michel_soudais)

Crédit photo photosdegauche.fr (michel_soudais)

Source : 20 juin 2013, Jean Luc Mélenchon billet de son blog

  • Je n’ai aucune raison personnelle d’agir comme je suis en train de le faire. Je m’attends même à soulever de l’incompréhension et peut-être des reproches venant de mon camp. En rédigeant ce post je m’associe en effet à la défense de Jérôme Kerviel, un ancien trader de la Société Générale. Cet homme a été accusé par la banque d’avoir trompé sa vigilance et de lui avoir occasionné des pertes monstrueuses. Il a été condamné à une peine de prison et à payer une somme qu’il ne pourra jamais réunir : 4,9 milliards d’euros. Dans quelques jours, le 4 juillet prochain, Jérôme Kerviel passe aux Prud'hommes. C’est le dernier recours dont il dispose pour contester qu’il ait commis la « faute lourde » dont l’accuse la banque. Car cette incrimination, en plus de toutes les autres peines, le condamne à la mort sociale, sans aucune ressource et sans aucun accès aux droits sociaux les plus élémentaires. Je crois que Jérôme Kerviel est innocent. Ceux qui l’ont fait condamner sont donc coupables. Rude bataille en perspective. J’y prends ma place comme soldat du rang. Juste par conviction à propos de l’idée que je me fais de ce qu’est un comportement civique responsable.

 

  • Pour le militant politique que je suis, défendre un trader dans un conflit avec sa banque est aussi décalé que l’était la défense d’un capitaine monarchiste au début du siècle précédent contre l’institution militaire unanime. Le militarisme était alors notre ennemi car nous ne voulions pas de la guerre qu’il préparait. Dreyfus en était un rouage conscient et satisfait. Mais il était innocent. Les banques sont nos ennemis aujourd’hui car nous ne voulons pas du désastre qu’elles organisent. Kerviel en était un rouage actif, content de lui et du système. Mais Kerviel est innocent.

 

  • Tout part de là : selon moi, Jérôme Kerviel est innocent. Et s’il l’est, sa condamnation est insupportable pour une conscience libre. Si je ne la supporte pas je dois la combattre. Pourquoi cette cause plutôt qu’une autre ? Parce que Kerviel n’est pas confronté à ses actes mais à un système. Il est seul en face d’une organisation toute puissante qui combine les moyens d’une banque et ceux de l’Etat. Pour entrer dans cette défense je dois dire comment je comprends les faits. Je dois montrer les ressorts qui ont permis cette injustice. Je dois exposer ce que je crois être les causes de cette affaire. Ce chemin, que je croyais nouveau, m’a ramené au pied de la même muraille où viennent battre les manifestations auxquelles je participe, les pétitions que je signe, les discours que je prononce. Voici devant nous les murs brillants des hauts étages de la finance et des institutions monarchiques de notre pays. Voici les arrogants, tout puissants qui s’amusent de la crédulité de ceux qui respectent leur autorité et disposent de la vie des autres comme s’ils n’existaient pas vraiment.

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  • Je défends Jérôme Kerviel parce que je le crois innocent. Je suis conscient qu’en le faisant, j’augmente le nombre des ficelles stipendiées qui se tirent déjà contre moi. Je suis conscient du fait que la preuve de l’innocence de Kerviel implique la culpabilité de ceux qui l’ont fait condamner. Je sais que cela revient à demander des comptes. Des comptes évalués de façon indépendante. Les pertes reprochées à Jérôme Kerviel existent-elles vraiment ? Pourquoi le juge a-t-il refusé systématiquement toute expertise indépendante de ces pertes ? Pourquoi a–t-il choisi de croire sur parole la banque ? Pourquoi la ministre Christine Lagarde a-t-elle fait verser à la banque un milliard 700 millions de dédommagement, alors que la condamnation de Jérôme Kerviel, qui était la condition de ce versement, n’était pas définitive ? Pourquoi ce dédommagement a–t-il été versé alors que le défaut de surveillance de la banque sur son employé est attestée par l’organisme professionnel bancaire qui en est chargé, ce qui interdisait tout dédommagement de la part de l’Etat ?

 

  • Nous connaissons bien les mécanismes de notre temps qui permettent à la finance de briser des millions de personnes d’un seul coup. D’un seul coup de bourse, d’un seul clic, d’un seul joueur hors de toute réalité, noyé dans son adrénaline, comme l’était Jérôme Kerviel du temps où il était un petit prodige de la finance spéculative. Ici, nous voyons la même immense énergie ramenée sur une scène plus étroite. On y voit comme sous une loupe une gigantesque machine broyer un seul individu. De la réussite de ce broyage dépendait la réussite d’une opération incroyable : le sauvetage d’une banque dont la défaillance aurait pu effondrer le système bancaire mondial.

 

- Commençons par le commencement pour moi.

Pourquoi se préoccuper de Jérôme Kerviel ? Il n’est en rien une figure symbolique de notre camp. Ni socialement, c’est un trader, ni politiquement du fait de son métier immoral au cœur du système de la finance. J’avais cette image à l’esprit quand j’ai rencontré cet homme. Je me suis dit : « voyons à quoi ressemblent les insectes qui s’agitent dans la fourmilière de la finance ». Mais, bien sûr, ce n’est pas un insecte. J’ai rencontré un être humain, évidemment. Des yeux clairs, une mine mi-figue mi-raisin devant un personnage dont il devinait le mauvais a priori. On a parlé, bien sûr. Pour finir, quand on s’est séparé, il m’a dit : « Prenez soin de vous ». Ce garçon était bel et bien passé de l’autre côté du miroir. Mais, d’après moi, il est revenu de ce côté-ci, dans l’humanité.

 

- Il revient de loin.

Jérôme Kerviel était un trader « junior » très dévoué à sa banque. Chaque année on lui fixait des objectifs de gain à réaliser. Des objectifs de plus en plus élevés. Il les atteignait. Comme une mule qui marche dans les chemins de sente, la tête baissée sur sa tâche, il jonglait avec des sommes monstrueuses, virtuelles ou réelles, peu importe car, dans ce monde, les chiffres ne sont pas ce qu’ils sont pour nous. Ce sont des entités totalement abstraites, des bulles de couleurs, des billes de flipper.

 

- Ainsi sont faits les êtres humains.

On les attelle au chariot et ils mettent leur point d’honneur à tirer du mieux qu’ils peuvent. Souvent ils ne se soucient pas de ce qui est transporté, ni de la direction choisie, ni du chemin qui est pris. Nous sommes tous comme ça. Moins les rebelles, heureusement, les courageux, les têtes dures, qui viennent des fois nous faire lever le regard sur l’horizon. Kerviel faisait du chiffre comme il aurait fait n’importe quoi d’autre. Un vrai bourrin. Une mentalité de stakhanoviste. Non seulement il atteignait les objectifs mais il les dépassait. Chaque année, la banque lui fixait des objectifs plus élevés. Cette façon de faire courir la mule derrière la carotte s’appelle le management aux objectifs et à la prime. Ainsi, en 2005, pour sa première année, il réalise 5 millions d’euros de gains pour sa banque et touche un bonus de 30.000 euros bruts. La moyenne d’un trader se situe à 3 millions d’euros de gains. Le petit nouveau faisait donc beaucoup mieux que la moyenne. Il est brillant. Et il est un peu con. La preuve : il gagne cinq millions d’euros et il est content avec trente mille euros de prime. Moins d’un pour cent. Ce fils d’une coiffeuse, diplômé de l’université publique, manque de cette aptitude à la cupidité que les importants tètent souvent dès leur biberon. Bref : à la tête de la banque ça rigole ! Ce Kerviel n’est pas de leur monde. Ce n’est pas un « fils à papa ». Juste un gars de Bretagne d’une famille modeste qui se croit devenu un important. Car officiellement tous ces petits génies sont censés faire des analyses financières et « investir dans l’économie, dans les secteurs d’avenir, efficaces et bla bla… les emplois de demain ». En réalité ce type n’a jamais vu une entreprise de sa vie. Il ne comprend pas un mot aux qualifications professionnelles, il ne sait absolument rien de la production en général et même en particulier. Il ne connaiît rien à l’économie réelle. C’est juste un garçon qui a compris le « truc » des traders pour gagner plus que les autres. Cela s’appelle dans leur jargon, le « spiel » en allemand, soit le « jeu » : la spéculation pure et simple. C’est un voyou légal de la finance légale. Il pourrait être champion du monde de Monopoly. La réalité et les injonctions morales de la vie en société sont des paramètres très flous pour cette sorte de personnes qui carburent à l’adrénaline et mélangent le jour et la nuit.

 

- En 2006, le brillant Jérôme Kerviel va faire du zèle.

Il a montré à sa hiérarchie qu’il est bon, qu’il n’a pas peur de prendre des risques ! Et en plus, il n’est pas gourmand en bonus ! Brave garçon ! La hiérarchie dans la banque c’est comme partout ailleurs. Elle ne connaît qu’une consigne : encore et même davantage ! On lui fixe de nouveau un objectif de 5 millions d’euros de profit. Hue, cocotte ! En bon soldat de la finance, Kerviel s’exécute. Cette fois-ci, ça devient prodigieux. Il réalise à lui seul un gain de 10 millions d’euros pour 2006. 10 millions d’euros ! Deux fois son objectif. Les meilleurs éléments font trois millions. Kerviel est un génie de la voltige financière. La Banque lui octroie à nouveau un bonus de pauvre : soixante mille euros bruts. Et, bien sûr, elle lui fixe un objectif pour 2007. Encore 10 millions d’euros ! Le chiffre est un aveu. La Banque sait très bien qu’un tel résultat ne peut se faire sans des sauts périlleux et même très périlleux.

 

- Evidemment, la banque est parfaitement informée qu’il « se passe quelque chose » compte tenu des gains qu’elle encaisse.

Elle sait qu’il sont tant de fois supérieurs à la moyenne des autres traders. Elle sait exactement avec quel dépassement des règles de prudence cela est possible. Kerviel « spiel » bien au-delà des 125 millions d’euros autorisés par jour. Ses agissements sont connus et couverts. Etonnez-vous après ça qu’il ait pris de l’assurance : il est un des meilleurs traders de son entreprise et il le sait. Alors il va plus loin dans la prise de risques. En fait il n’a plus aucune limite. Personne ne l’arrête puisqu’il gagne et qu'il est même encouragé. Il va jusqu’à investir 50 milliards d’euros. Sachez que c’est l’équivalent de la somme que débourse chaque année la France pour payer sa dette. Voyez plutôt. Fin 2007, le seul « JK », son nom de code, fait gagner 1,5 milliard à la Société Générale ! Son bonus aurait dû être de 300.000 euros. Mais sa carrière de trader va s'arrêter là.

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- Quelque part dans les étages supérieurs où tout se décide, le monstre froid qui l’emploie va le sacrifier pour les besoins d’un « spiel » de très grande magnitude. Il faut une victime expiatoire. « Le sort tomba sur le plus jeune » comme dit la chanson. Il est devenu l'homme qui va être sacrifié sur l’autel des intérêts supérieurs de la banque.

 

- Voyons à présent l’histoire telle qu’elle a été servie aux médias dociles qui l’ont resservie telle quelle au bon peuple. De fait, tout le monde a entendu parler de cet événement incroyable. Un jeune trader aurait fait perdre près de 5 milliards d’euros à son employeur, la Société Générale. Une des banques les plus puissantes du monde, une banque systémique, vertueuse et vigilante, se serait faite gruger par un de ses jeunes employés. Incroyable. D’ailleurs la banque elle-même n’en revenait pas ! Elle a qualifié ce personnage inouï de terroriste, d’escroc, de faussaire, de fou, d’instable, mais quand même aussi pendant un temps, de génie. A l’énoncé du récit, j’ai réagis comme beaucoup d’autres j’imagine. Je me suis dit : « bien fait pour eux ». Je ne me suis intéressé à aucun détail. Pour moi ce Kerviel devait être une sorte de Madoff dont je n’avais rien à faire. Mieux, je me réjouissais de penser que des voyous qui avaient espéré faire des sur-profits, comme les offraient Madoff, se soient fait bien essorés. Mais il y eu bien vite une gêne. Hasard de la vie, un de mes plus proches amis s’intéresse à l’affaire. Il suit le procès, entre en contact avec Kerviel et ses défenseurs. Il m’alerte.

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- Une fois Kerviel embastillé, c’est la Société Générale qui a raconté la suite de l’histoire et qui en a convaincu la Justice. Elle n’a pas hésité sur les frais de communication ni sur les moyens d’influence. Voyons cette histoire dans sa version banquière. La Société Générale aurait perdu 4,9 milliards d’euros en soldant les opérations engagées par Jérôme Kerviel entre le 21 et le 23 janvier 2008. En 3 jours, la banque a vendu pour 50 milliards d’euros d’actions. A perte, dit-elle. Elle évalue cette perte à 6,4 milliards d’euros. Mais elle déduit un gain. Il est réel mais masqué. C’est celui de Jérôme Kerviel. Il y en a pour 1,5 milliard d’euros. D’où sort ce milliard 500 millions d’euros ? C’est le montant réel des gains engrangés par Jérôme Kerviel en 2007 au profit de la Société générale. Incroyable ! Un montant astronomique. Un seul trader fait gagner 1,5 milliard d’euros à sa banque, celle-ci enregistre dans ses comptes ce montant, mais prétend ne pas savoir comment il a réussi à parvenir à un tel résultat !


Le jeudi 24 janvier, la Société Générale accuse Jérôme Kerviel d’être responsable à lui seul d’une perte de 4,9 milliards d’euros et d’avoir agi en trompant sa confiance, en manipulant des données informatiques et en détournant les systèmes de contrôle internes. Elle dépose plainte contre lui. Il sera arrêté, placé en détention provisoire, jugé et condamné en 2010 puis en 2012. Pour la Société Générale et pour la Justice, il est le seul responsable et n’a pas de circonstances atténuantes. L’histoire est terminée. Tout est clair. Circulez, il n’y a plus rien à voir.

 

- Justement : c’est trop simple.

Quand l’affaire Kerviel commence nous sommes en janvier 2008. La crise des subprimes s’annonce. La Société Générale est une des banques françaises les plus touchées : pour la seule année 2007, elle doit déclarer une perte de 2 milliards d’euros liée aux subprimes. Ce n’est pas une petite somme à avouer. La banque pourrait subir un préjudice considérable si elle venait à perdre la confiance. Elle pourrait s’effondrer. Cette banque là ne peut pas et ne doit pas tomber. C’est une banque considérée comme « systémique ». Cela signifie que sa défaillance affecterait le système bancaire mondial tout entier. Comment éponger 2 milliards de pertes au plus vite ? C’est difficile. Mais ils ont trouvé. La banque annonce sa perte due aux « subprimes » le même jour où elle incrimine Kerviel pour 4,9 milliards. Attention, attention, suivez bien les doigts du joueur de bonneteau.

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- Comme Kerviel est un voyou qui a trompé la banque, celle-ci peut aller demander à l’Etat de compenser une partie de sa perte.

En effet il existe un mécanisme dans notre pays qui permet à une banque de récupérer une partie de ses pertes (33%) si elles résultent d'une action frauduleuse. Incroyable mais vrai. La banque inscrit donc la somme attendue dans son bilan séance tenante. Pas de problème. Dès 2008, le Ministère de l’Economie et des Finances verse 1,7 milliard d’euros à la Société Générale. Celle-ci fait valoir comme prévu que ses pertes de l’année 2007 ne lui sont pas imputables mais dues à une fraude. Cette somme permet de ramener la perte bien réelle due aux subprimes à 300 millions. Rien d’insurmontable. Mais pour que cette somme soit acquise il faut que Kerviel soit coupable de fraude. Une fraude dont le 33% rapporte de quoi boucher le trou des subprimes. Oui mais direz-vous la banque doit quand même éponger la perte des 4,9 milliards dont elle dit que le seul Kerviel est responsable ! Oui, bien sûr. Attention c’est là qu’est la ruse finale. Kerviel a été condamné à rembourser 4,9 milliards à la banque ! Celle-ci peut donc inscrire cette recette à venir dans son bilan… un pur jeu d’écriture permet d’inscrire une perte et sa contrepartie sans autre forme de procès. N’est-ce pas bien trouvé tout ça ?

 

- On comprend que la peur d’un effondrement bancaire conduisent a mener les affaires d’une main prompte !

En 2008, Christine Lagarde, alors Ministre de l'Economie et des Finances, n’a pas traîné quand la Société Générale est venue lui présenter sa demande. Pourtant, à ce moment-là, Jérôme Kerviel n'avait pas encore été reconnu coupable puisqu'il n'avait pas encore été jugé. N’empêche ! La ministre a fait comme si tout était réglé. Elle a pioché à la grosse louche dans les comptes publics : 1,7 milliard d'euros sont passés des poches des contribuables à celle de la banque. Notez bien ceci : la culpabilité de Kerviel permet un gros bénéfice : 1,7 milliard.

 

- Difficile d'admettre le fait quand on sait que les services fiscaux eux-mêmes, entendus par la Brigade financière, doutent que ce dédommagement soit légal.

Surtout, quand il s'agit de l'argent public, peut-on faire quelque vérification avant de payer, non ? Par exemple en prenant le soin de s'assurer de la réalité de la perte déclarée par la Société Générale. La ministre a-t-elle demandé l'expertise indépendante pour connaître la nature des pertes annoncées ? Non. Elle s’en est tenue à ce qui lui a été dit par la banque. Un point c’est tout. Merveilleuse confiance. Bizarre quand même ! Elle aurait pu se dire que c’était là une aubaine incroyable pour la banque. Non, elle n’y a pas pensé. Pourtant dès le premier moment des gens ont alerté. Sur le moment même des gens qualifiés se sont posé la question. Ils l’ont fait publiquement. Ainsi Elie Cohen, professeur à Sciences Po et directeur de recherche au CNRS. Il confiait par exemple à l'AFP le 25 janvier 2008, que la Société Générale avait préféré "charger un pauvre bougre", afin de faire passer des pertes qui "s'étaient accumulées" au cours de la crise des subprimes. La banque "aurait chargé la barque sur le thème de la fraude pour faire passer plusieurs mauvaises opérations de marché". Donc madame Lagarde ne sait rien, ne voit rien, ne lit rien, ne se pose aucune question. Son directeur de cabinet, qui est pourtant le pivot de l’organisation ministérielle à Bercy ne la met pas en garde. Comme on le sait depuis peu, l’activité de cet homme justifie quelque question. La justice est en train de les lui poser dans le cadre de l’affaire Tapie. Disons que, même si elle ne préjuge de rien, l’inculpation « d’escroquerie en bande organisée » autorise le doute sur d’autres décisions. Comme celle dont je parle ici.

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- En réalité il est très légitime de se poser des questions.

Car, bien sûr, on peut imaginer une Christine Lagarde sans curiosité ni lecture de la presse sur le sujet au moment de prendre une décision aussi coûteuse pour l’Etat. Mais il y a quand même une faute caractérisée de sa part. Si elle est de bonne foi, elle aurait dû être alertée avant de lâcher 1,7 milliard d'euros venant des poches des contribuables. Un Commissaire aux comptes, interrogé par l'AFP (le 17 avril 2012) rappelle que le droit de venir taper à la porte de l’Etat pour se faire rembourser des sommes perdues du fait de manœuvres frauduleuses n’est pas automatique. Il faut quand même que la banque ait pris toutes ses précautions pour ne pas se faire rouler. Sinon c’est trop facile de laisser prendre des risques en fermant les yeux et d’aller ensuite faire les poches de l’Etat si ça tourne mal ! Bref, dit-il, les 1,7 milliards ne peuvent être versés que s’il n’y a pas eu « carence manifeste des dirigeants de la société dans la mise en oeuvre des dispositifs de contrôle ». Pourtant, voici un fait très important que la ministre ne pouvait ignorer: la Société Générale a été condamnée par la Commission bancaire à une amende pour « défaillance de ses systèmes de contrôle ». En effet durant l'année 2007, de très nombreuses alertes sont intervenues pour signaler les dépassements de plafond de « JK » sans que sa hiérarchie ne réagisse. A partir de là, dès lors que la Commission bancaire sanctionne la Société générale pour sa défaillance, l'Etat n'a pas à verser 1,7 milliard d'euros à la banque ! Pourtant madame Lagarde l’a fait !

 

- J’espère que mon exposé est assez clair.

Il est très difficile de résumer une affaire de ce type dans laquelle toutes sortes d’informations complèteraient bien le tableau mais l’embrouilleraient en même temps pour qui le découvre. Ici je pense que l’on voit l’enchaînement des faits. Il est guidé par le besoin de recevoir un versement de l’Etat dans un cadre légal ordinaire. Pour cela tout se tient. Il faut que Kerviel soit un fou et un manipulateur, pour que la banque puisse dire qu’elle ne pouvait savoir ce qui se passait et donc qu'elle peut avoir droit au versement par l’Etat de 1,7 milliards. La culpabilité et la monstruosité des pertes de Kerviel permet d’effacer tout le paysage qui pousse à douter. Prenons un exemple. Pourquoi Kerviel aurait-il manipulé sa banque ? A-t-il tiré un profit personnel ? A-t-il un compte en banque secret en suisse ou ailleurs ? Non rien. Kerviel n’a pas un rond. Il vit de l’assistance de ses amis. Si la perte occasionnée par ses décisions est si énorme pourquoi ne pas laisser se faire une expertise indépendante plutôt que de croire la banque sur parole ? Et ainsi de suite. Kerviel est innocent. Il est le miroir qui renvoie l’image d’un monde qui ne peut pas se regarder en face. Voila pourquoi il doit être brisé.

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- La politique a aussi ses droits dans le jugement rendu.

Peut-on condamner un homme à une peine qu'il ne peut pas exécuter ? Jérôme Kerviel ne pourra jamais payer 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts. Tout le monde le sait. Faut-il le démontrer ? Il ne peut pas travailler non seulement parce qu’aucune entreprise ne veut l'embaucher à cause de son nom, mais aussi parce qu'il n'a pas de formation pour faire autre chose que les métiers liés à la finance. La conséquence de sa condamnation est radicale : le droit stipule que les dommages causés aux biens doivent être remboursés à leur valeur. Si Kerviel a fait perdre 4,9 milliards il doit payer autant. Soit. C’est en réalité une peine de mort sociale. Dès lors, avant de condamner un homme à une telle sentence, ne doit-on pas d’abord s'assurer de la réalité de la perte en demandant une expertise indépendante. Pourquoi le juge l’a-t-il refusé ? Et l'Etat ? Lui-même, aurait pu exiger cette expertise avant de payer 1,7 milliard d'euros. Pourquoi avoir cru la banque sur parole ?

 

- Mais si extravagant que soit son métier et son rapport à l’entreprise, Jérôme Kerviel est quand même un salarié.

C’est-à-dire qu’il est inclus dans les rapports juridiques du monde du travail ordinaire. Kerviel a été licencié pour « faute lourde ». Il n’a donc perçu aucune indemnité. Ni ses congés payés. Ni ses indemnités légales. Ni salaire. Rien. Il conteste donc ce licenciement et porte l'affaire devant le Conseil des Prud'hommes. La première audience, dite de conciliation, aura lieu le 4 juillet 2013 dans le dixième arrondissement de Paris.

 

- Durant toute l'affaire, les juges ont oublié que Jérôme Kerviel agissait avant tout comme salarié.

Ils ont oublié le contrat de subordination qui le liait à la Société générale. Ils ont oublié que dans le cadre de son emploi, il était soumis à une hiérarchie, à des objectifs, à un contrôle. Que sa rémunération en dépendant, sa hiérarchie ne pouvait pas ignorer ses gains. Il a fait gagner en 2 ans, près de 2 milliards d'euros à sa banque !

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- Les mots en droit sont importants.

La « faute lourde » est invoquée quand un salarié a cherché à nuire « intentionnellement » à son employeur. Bien sûr le Conseil des Prud'hommes va devoir juger en droit. Il va devoir vérifier qu'il y a eu volonté de nuire de la part de Jérôme Kerviel. Ce n'est pas ce qu'a démontré son procès. Le jeune trader de l'époque cherchait au contraire à faire gagner de l'argent à son employeur qui encaissait sans broncher des sommes astronomiques. Si Jérôme Kerviel n'avait pas l'intention de nuire, le droit du travail prévoit une requalification de son licenciement et la possibilité pour le salarié de percevoir les indemnités liées à son contrat de travail.


De plus, Jérôme Kerviel demande des dommages et intérêts à la Société Générale. Il demande 4,9 milliards d'euros. Cette demande a pour but d'obtenir une expertise : la vérification de la réalité de la perte déclarée par la Société Générale est le cœur de la supercherie suspectée. Si le Conseil des Prud'hommes requalifie le licenciement et si l'expertise est ordonnée, Jérôme Kerviel peut avoir une nouvelle chance de prouver qu'il n'a pas abusé la confiance de sa banque. Dès lors c’est elle qui a trompé les juges. Alors le système qu'elle défend est en cause.

 

Kerviel est innocent !

Son affaire nous implique dans la mesure où elle montre quel genre de jouet nous sommes devenus. Nous ne sommes plus des citoyens libres si on peut nous prendre 1,7 milliards d’impôt pour les donner à une banque sur la base d’une simple déclaration de sa part et à partir de l’écrasement d’un homme fut-il un de leurs agents zélés.
L'affaire de Jérôme Kerviel doit permettre que la Justice, donc la société, marque un point d’arrêt aux collusions des sommets de l’Etat et de la finance. Un point d’arrêt à la toute puissance arrogante de l’oligarchie. Kerviel est innocent, il a donc droit à notre solidarité civique comme nous la devons aux milliers d’autres rouages que nous sommes tous à des degrés divers parce que chaque jour nous faisons tourner le système et nous manions nos cartes bancaires.

 

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Sur le sujet lire :

- Jérôme Kerviel : toute la lumière doit être faite !

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Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Analyse
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16 mai 2014 5 16 /05 /mai /2014 20:12
Deux ans après : « Mon adversaire, c’est... ? »

Deux ans après : les reniements du président Hollande

 

Source : %attac 6 mai 2014, par Attac France

Le 6 mai 2012, François Hollande était élu président de la République sur un programme constitué de 60 engagements pour le « changement ». Deux ans après, que sont-ils devenus ?

 

Les 60 engagements du candidat socialiste ne dessinaient pas les contours d’une véritable politique alternative. Ils cherchaient néanmoins à se distinguer du sarkozysme. Pourtant, deux ans après l’élection présidentielle, un constat s’impose : les rares avancées qu’ils comportaient n’ont pas été tenues. La continuité avec le sarkozysme est totale. Les électeurs n’attendaient pas grand chose, mais sont quand même déçus.

 

- Réforme fiscale aux oubliettes

Le premier chapitre des 60 engagements concernait la politique économique. Rétrospectivement, il est constitué d’une longue liste de reniements, qui donne le tournis. Pour « redresser la France », le candidat socialiste en appelait à « une grande réforme fiscale » (§14-17). Cette réforme n’a jamais eu lieu. Selon l’économiste Thomas Piketty, pourtant réputé proche du PS, la politique fiscale du gouvernement s’est réduite à une série d’ »improvisations » et d’ »incohérences ». Quant à la « remise à plat » annoncée par Jean-Marc Ayrault fin 2013, elle a définitivement été enterrée avec le « Pacte de responsabilité ».

 

L’équilibre des finances publiques devait être rétabli en revenant sur les « cadeaux fiscaux et les niches fiscales accordés aux ménages les plus aisés et aux plus grosses entreprises » (§9) ? Ce seront finalement des coupes dans les dépenses publiques et l’augmentation des taxes sur la consommation, qui touchent les plus modestes. Cette orientation se dessinait déjà dans le premier des reniements de François Hollande, celui d’adopter, dès septembre 2012, le Traité budgétaire européen, plutôt que de renégocier un « Pacte de croissance » pour sortir « de la crise et de la spirale d’austérité qui l’aggrave » (§11).

 

- Austérité aggravée

L’ensemble des réformes du gouvernement est marqué du sceau de l’austérité. Le candidat Hollande appelait de ses vœux une « réforme des retraites justes » (§18) et de « revenir immédiatement à la retraite à 60 ans à taux plein pour ceux qui ont cotisé la totalité de leurs annuités » ? Ce sera finalement une réforme qui pénalise les plus précaires, les jeunes et les futurs retraités en allongeant la durée de cotisation, avec des contreparties cosmétiques.

 

Il annonçait vouloir « mettre un coup d’arrêt à l’application du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux » et « lutter contre la fracture territoriale » (§10, 28) ? Après deux budgets de restrictions sans précédents, de nouvelles coupes budgétaires sont en préparation dans le cadre du « Pacte de responsabilité », quitte à réhabiliter la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux et à tarir les ressources des collectivités et services publics locaux.

 

Il promettait d’« agir pour la cohésion sociale avec les collectivités et les associations » ? Les coupures budgétaires frappent durement les associations, menaçant plus de 40 000 emplois selon le Collectif des associations citoyennes .

 

- Chômage, précarité et inégalités renforcés

Le candidat Hollande s’engageait à « favoriser la production et l’emploi en France » (§2) ? Le gouvernement ne manquera pas une occasion de céder aux exigences du MEDEF et autres investisseurs. « Pigeons », »Pacte de compétitivité », « Pacte de responsabilité »... les exonérations s’accumulent aussi vite que se multiplient les coupes dans les budgets publics et les impôts sur la consommation. Si l’emploi ne suit pas, les dividendes, eux, explosent…

 

Les salariés ne cessent de payer le prix des mesures de « compétitivité ». Ainsi l’accord national interprofessionnel (ANI ou « accord compétitivité-emploi ») permet-il de faciliter la mise en œuvre de plans sociaux, voire de baisser les salaires. Le candidat Hollande voulait « faire prévaloir la justice au travail » (§24-26)… Quoi de mieux que de s’attaquer aux moyens de l’inspection du travail, au droit du travail (à travers l’ANI) et aux tribunaux prudhommaux ?

 

Quant aux promesses de « défendre un budget européen ambitieux au service des grands projets d’avenir » (§12), ou « pour l’avenir de l’agriculture » (§6), elles resteront, elles aussi, lettre morte : le budget négocié pour 2014-2020 sera plus faible que le précédent ! Et la « banque publique d’investissement » (§1) se contentera, quant à elle, de rassembler pour une large part des fonds déjà existants.

 

- Lobby bancaire chouchouté

En continuité avec la politique économique néolibérale de Nicolas Sarkozy, les « engagements » du candidat Hollande contre la mainmise de la finance et des banques sont taillés en pièce. Lors de son discours du Bourget, il dénonçait la finance, son « adversaire ». Pourtant, le gouvernement travaillera main dans la main avec les banques françaises pour la mise en place de la réforme bancaire. La « séparation bancaire » promise des activités de détail et d’investissement n’aura pas lieu, et laissera place à un ridicule cloisonnement concernant moins d’un cinquantième de l’activité des banques selon Frédéric Oudéa, patron de Société générale . Quant à « l’interdiction aux banques d’exercer dans les paradis fiscaux », Jérôme Cahuzac ne l’a pas mise en œuvre et, malgré son départ, on l’attend encore.

 

Cette fructueuse collaboration avec « l’adversaire » d’hier se poursuit en ce moment même au sujet de la taxe européenne sur les transactions financières. Loin de contribuer à son application à l’échelle européenne, comme promettait le candidat Hollande, le gouvernement s’acharne à vouloir imposer à l’Allemagne et à la Commission européenne l’exonération des transactions les plus spéculatives : celles sur les produits dérivés. Quant à « l’encadrement des bonus » et à « l’interdiction des produits financiers toxiques » (§7), il semble que ces promesses soient définitivement passées à la trappe…

 

Autre cadeau aux banques : la baisse du taux du livret A, au plus grand bénéfice des assurances-vie. Le candidat Hollande annonçait « garantir l’épargne populaire par une rémunération du livret A supérieure à l’inflation et tenant compte de l’évolution de la croissance » (§8) ? Il garantira surtout le bien-être des banques, en allant jusqu’à leur donner la possibilité de bénéficier des dépôts sur le livret A au détriment du financement de logement social…

 

- Dumping généralisé, écologie méprisée

Cette capitulation en rase campagne devant les intérêts industriels et financiers pourrait se parachever avec la négociation de l’accord de commerce et d’investissement entre l’Union européenne et les États-Unis. Le candidat Hollande promettait le « juste-échange » : « une nouvelle politique commerciale pour faire obstacle à toute forme de concurrence déloyale et pour fixer des règles strictes de réciprocité en matière sociale et environnementale » (§13) ; le président Hollande souhaite, quant à lui, « aller vite » pour conclure le nouveau traité transatlantique (TAFTA), qui entraînerait un dumping social et environnemental sans précédent avec la possibilité pour les firmes multinationales d’attaquer les États devant des tribunaux privés si les réglementations publiques faisaient « obstacle » à l’investissement ou au profit.

 

L’écologie était le parent pauvre des promesses électorales du candidat Hollande. Pourtant, même là, le peu qui était annoncé n’est pas tenu. La tarification progressive du gaz, de l’eau et de l’électricité est morte-née. Le plan de rénovation thermique pour un million de logements par an reste mystérieux quant à son financement. La réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité et la fermeture de la centrale de Fessenheim demeurent incertaines. La « montée en puissance des énergies renouvelable », promise sans détails chiffrés, est lente et l’industrie photovoltaïque s’enfonce dans la crise, faute d’incitations budgétaires. La France ne joue pas de rôle moteur ni exemplaire en Europe dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre, alors même qu’elle hébergera la conférence climatique de 2015.

 

- Valeurs bafouées, démocratie dévaluée

Devant l’étendue de ces renoncements, devant une politique d’austérité brutale au service des banques, les engagements de « redonner espoir aux nouvelles générations » en « combattant le chômage » (§33-35), de « faire de la France la nation de l’excellence environnementale » (§41-43) semblent bien dérisoires. Et comment s’étonner quand un sondage (qui reste, certes, un sondage) annonce que 61 % des jeunes seraient prêts à se révolter ?

 

L’engagement de « donner à la police et à la justice les moyens de nous protéger » (§52,53) prend a posteriori une résonance particulière, si l’on pense à la répression à l’égard des mouvements sociaux, manifestant à Notre-Dame-des-Landes pour un autre modèle de développement ou à Paris pour le droit au logement. Concernant l’engagement « de lutter sans concession contre toutes les discriminations et ouvrir de nouveaux droits » (§30-32), on ne pourra s’empêcher de penser aux propos discriminatoires de Manuel Valls à l’égard des Roms, que leur culture « différente » empêcherait de pouvoir s’installer durablement « chez nous ».

 

Cette approche sécuritaire concerne aussi la politique étrangère. Le candidat Hollande prenait l’engagement de « porter haut la voix et les valeurs de la France dans le monde »(§57) ; le président Hollande ne manque pas une occasion de s’afficher en soutien des États-Unis, quitte à engager la France dans une multiplication d’interventions militaires dont les tenants et aboutissants sont pour le moins incertains.

 

Enfin, le candidat Hollande en appelait à une « République exemplaire ». L’affaire Cahuzac témoignera pourtant de sa frilosité à faire la lumière sur « l’intégrité des élus », à garantir « l’impartialité de l’État » et surtout à « respecter les contre-pouvoirs » (§47-51)… alors même que certains ministres n’ont pas manqué de calomnier Médiapart, et que des démarches ont été engagées par le gouvernement pour blanchir le ministre du budget accusé, à juste titre, d’évasion fiscale. Plus récemment, l’affaire Morelle pose la question d’un mélange des genres et de conflits d’intérêts au plus près de l’entourage du président de la République.

 

Les 60 engagements de François Hollande se terminaient sur une volonté de « donner un nouvel élan à notre démocratie ». En faisant le contraire de ce pour quoi les électeurs l’ont élu, François Hollande a surtout donné un nouvel élan à des politiques fautrices de précarité et d’inégalités. Des politiques menées depuis trente ans, qui maintiennent la France et l’Europe dans la récession. Qui nourrissent une profonde crise sociale, écologique et démocratique. Qui frappent de plein fouet les peuples et contribuent à l’essor d’une extrême-droite démagogique et raciste.

 

- Résistances et alternatives : imposons le changement !

Ce bref bilan des promesses non tenues du candidat Hollande n’a pas vocation à contribuer à la résignation ambiante. Dans la frénésie de « nouvelles » qui caractérisent notre système médiatique, si l’amnésie est la règle, ne pas oublier les paroles non tenues constitue un devoir citoyen. Les politiques mises en œuvre par le gouvernement sont impopulaires, et il n’a pas été élu pour mener ces politiques-là.

 

À nous, citoyen-ne-s, de transformer la colère populaire en force de changement !

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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 18:03
3% de déficit public : Oui ! Intérêts illégitimes Non !

Source : Robert Mascarell pour le Parti de Gauche Midi Pyrénées à partir du blog de Robert Mascarell

- Moi, européen anticapitaliste, suis pour le respect des 3 %

Je pressens qu’à la lecture de ce titre, nombre de mes camarades du Parti de gauche, dont je suis membre, et plus largement du Front de gauche, vont se demander ce qui m’arrive.

 

Pour aggraver mon cas, j’ajoute que je suis également pour le respect du non-dépassement du taux de 60 % de la dette de la France par rapport au PIB, imposé par l’Union européenne.

 

En écrivant cela, je sais que je vais à l’encontre de tout ce que nous disons. Vient donc le moment de m’expliquer.

 

Avant toute chose, je veux rassurer toute ma famille politique. Je reste résolument ancré à gauche et même formidablement bien au sein du Parti de gauche. Disons qu’il ne me déplaît pas de cultiver le paradoxe, mais pas la provocation. Du moins je l’espère.

 

Comme le Parti de gauche, comme le Front de gauche, j’affirme que notre pays n’est pas en crise économique, mais en crise de la répartition de ses richesses.

 

- La France n’a jamais été aussi riche

Le principal indicateur de la richesse d’un pays est son PIB (produit intérieur brut). Le PIB représente la totalité des richesses créées et produites, chaque année, dans chaque pays. Que ces richesses soient utiles à l’intérêt général ou futiles, ou même nuisibles à la collectivité humaine. L’autre indicateur est son patrimoine bâti (monuments historiques, immeubles), industriel (locaux professionnels) et foncier (terrains agricoles). Il y a d’autres indicateurs de richesse : la qualité des réseaux (routes, voies ferrées, électricité, eau), enfin, la situation géographique, tels que les débouchés maritimes, le tourisme. A noter qu’une grande partie des richesses provenant des autres indicateurs que le PIB, abonde ce dernier par l’activité économique induite.

 

Enfin, il est un autre indicateur de la richesse d’un pays, trop souvent méconnu, c’est celui du montant de l’épargne des ménages par rapport à leurs revenus disponibles. De tous les pays développés, le nôtre est nettement en tête. Fin 2013, notre taux d’épargne s’élève à 15,4 %, alors qu’il n’est que de 9,9 % en Allemagne, 4,5 % aux Etats-Unis, 5,8 % au Royaume-Uni,…..

 

En 1980, notre PIB s’est élevé, en volume, à 445 milliards d’euros. En 2013, il s’est élevé à 2 060 milliards d’euros selon la Banque de France. La multiplication des richesses créées et produites en 33 ans a donc été de plus de 4,6 fois. Bien sûr, ce dernier chiffre doit être pondéré : 1/ par le taux de l’inflation intervenu en 33 ans, 2/ par l’évolution démographique. Il y a plus d’habitants en France en 2013 qu’en 1980.

 

De 1980 à 2013, le taux d’inflation cumulé a été de 208,2 %, soit plus qu’un triplement. Ce taux de 208,2 % est obtenu par la méthode de l’anatocisme. C’est-à-dire, qu’en partant d’une base 100 en janvier 1980, il faut ajouter le taux de l’inflation de la première année à 100. Mettons 2 %, par exemple. A ce chiffre 102 obtenu à la fin de la première année, il faut ajouter le taux de l’inflation de l’année suivante et cumuler ce dernier taux d’inflation à la base 102 atteinte fin décembre 1980, et ainsi de suite jusqu’en 2013.

 

Pour ce qui est de la prise en compte de l’évolution démographique, les instituts statistiques ont la bonne idée de publier le PIB en volume, dont il est question plus haut, et le PIB par tête d’habitant. Le PIB par tête d’habitant permet de comparer son évolution d’année en année de manière plus objective.

 

En 1980, le PIB par tête d’habitant s’est élevé à 8,1 milliers d’euros. En 2013, il s’est élevé à 27,9 milliers d’euros. Soit une multiplication en 33 ans de 3,44. Ce chiffre est un coefficient ou indice, si on le traduit en pourcentage, cela fait une augmentation de 244 % de 1980 à 2013.

 

Maintenant, pondérons cette augmentation de 244 % par l’augmentation de 208,2 % du taux de l’inflation intervenue en 33 ans. Cela signifie que de 1980 à 2011, le PIB par tête d’habitant a réellement augmenté de 35,8 %.

 

Loin d’être en crise, notre pays a vu sa richesse croître de 35,8 % en 33 ans. Le malheur, c’est que seule la minorité des plus fortunés a profité, et même très au-delà, de l’accroissement de notre richesse. Autre donnée : la part de la richesse produite prélevée par le capital a triplé depuis 30 ans. Elle était de 3,2% du PIB en 1980, de 5,6% en 1999, elle est passée à 9,3% du PIB en 2011.

 

Etat de nos richesses fait, j’en viens maintenant à l’analyse de la dette publique de la France.

 

- Ce n’est pas la dette qui est illégitime, mais les intérêts

Entre 1980 et 2008, la dette avec intérêts est passée de 239 à 1 327 milliards d’euros. Pendant la même période, la dette, SANS LES INTERETS, est passée de 239 milliards (en fait moins, puisque dans ces 239 milliards il y a des intérêts), à……. 21,4 milliards d’euros. Ainsi, en 2008, nous avons remboursé 1306 milliards d’euros d’intérêts, soit 61 fois plus que la dette de base.

 

Je souligne que, jusqu’au vote de la loi scélérate du 3 janvier 1973, dite Pompidou-Giscard, la Banque de France pouvait prêter de l’argent à l’Etat à taux zéro et que, depuis le traité de Maastricht, la Banque Centrale Européenne prête de l’argent aux banques privées au taux de 1 %, mais qu’il lui est interdit d’en prêter aux Etats membres de l’Union européenne. Ceux-ci sont donc obligés de contracter leurs emprunts auprès des banques privées, à des taux souvent usuraires.

 

Démonstration est faite que dans notre dette ce sont surtout les intérêts qui pèsent. Sans eux, aujourd’hui, notre taux d’endettement ne serait pas de 95 % par rapport au PIB de l’année. Il serait très largement inférieur aux 60 %, dont l’Union européenne a décrété qu’il était la limite supérieure indépassable, sous peine de sanctions pécuniaires.

 

Dans une interview que Michel Rocard a donnée le 28 décembre 2012, sur Europe 1, dans l’émission Médiapolis, celui-ci qualifie la loi du 3 janvier 1973 de stupéfiante. Il précise que si la France avait pu continuer à se financer à l’œil, comme il dit, notre taux d’endettement aujourd’hui ne serait pas de 90 ou 91 % (c’était notre taux d’endettement en décembre 2012), mais de 16 ou 17 %. Pour reprendre son qualificatif, je trouve stupéfiant que, lorsque Rocard était Premier ministre, et alors qu’il connaissait cette « loi stupéfiante », il n’ait rien fait pour l’abroger.

 

Sans ces intérêts illégitimes, les libéraux, qu’ils soient au gouvernement ou dans l’opposition, ne pourraient pas dire que notre pays vit au-dessus de ses moyens depuis trente ans, dixit le Premier ministre Valls, le 14 avril dernier. Qui n’en est pas à une provocation près.

 

Ces intérêts sont d’autant plus illégitimes, qu’ils sont consentis, à tous les pays européens, à des taux plus ou moins largement supérieurs au taux de croissance de chacun de ces pays. Il en résulte un effet boule de neige, au fil des années, un effet d’endettement automatique, totalement indépendant des politiques menées par les gouvernements. La seule responsabilité de ceux-ci étant de ne pas remettre en cause ce système de prêt.

 

La réalité, je crois l’avoir démontrée, et à travers l’augmentation de la richesse de la France, via son PIB, et à travers la faiblesse de sa dette réelle, hors les intérêts illégitimes que notre pays paie, c’est qu’en fait, la France respecte pleinement les contraintes des traités européens (de Maastricht et de Lisbonne). Hors les intérêts illégitimes, le ratio de notre dette publique par rapport au PIB d’une année est très très inférieur aux 95 % (16 ou 17 % disait Rocard en 2012) dont les libéraux nous culpabilisent.

 

En conclusion de ce paragraphe, je réaffirme que ce n’est pas notre dette qui est illégitime, du moins pour l’essentiel, ce sont surtout les intérêts qu’elle génère. Ce disant, je sais bien que je vais à l’encontre de ce que disent mes camarades anticapitalistes. J’assume ma divergence, sachant qu’elle n’est pas fondamentale.

 

Je ne conteste pas que la dette puisse être illégitime, au moins pour partie. Mais en l’espèce, et pour ce qui concerne la France, force est de constater, sans entrer dans le détail de la composition de notre dette, que ce sont les intérêts de la dette qui nous plombent. Cela est d’autant plus scandaleux que, par le biais de ces intérêts, la population, y compris les plus pauvres, reversent de l’argent aux banquiers et autres prêteurs spéculateurs. En somme, c’est de la redistribution à l’envers. Du plus pauvre au plus riche.

 

En ce qui concerne l’autre ratio imposé par l’Europe, celui du non-dépassement du taux de 3 % de déficit budgétaire, je vais démontrer que, là encore, la situation de la France est en réalité excellente.

 

- Depuis 1983, les gouvernements appauvrissent volontairement la France

Chaque année, le gouvernement élabore le budget. Y figurent des recettes et des dépenses. Les recettes sont constituées d’une multitude d’impôts payés par les différentes catégories de Français et par les entreprises. Les dépenses sont constituées des dépenses dites de fonctionnement (les salaires versés aux fonctionnaires), des dépenses dites d’investissements, des remboursements d’emprunts et des intérêts d’emprunts. Nous venons de voir que les intérêts d’emprunts sont de plus en plus lourds depuis la loi française du 3 janvier 1973, reprise en 1992, dans le traité de Maastricht, puis en 2008, dans le traité de Lisbonne.

 

Ainsi, les intérêts d’emprunts interfèrent lourdement aussi bien dans notre taux d’endettement que dans notre taux de déficit budgétaire.

 

Et comme la coupe n’est pas suffisamment pleine, depuis 1983, tous les gouvernements qui se sont succédé ont choisi d’appauvrir délibérément notre pays, en accordant force subventions et exonérations fiscales et sociales aux couches sociales les plus favorisées, ou bien encore en ayant créé des niches fiscales, dont la plupart sont néfastes à l’intérêt national, mais profitables à ceux qui en ont le moins besoin. Sans compter tous les moyens d’optimisations fiscales et autres possibilités d’évasions fiscales vers les paradis fiscaux, et même les fraudes fiscales utilisés sans vergogne par les plus fortunés.

 

Pour exemples :

  • le taux d’impôt sur les sociétés qui était de 50% jusqu’en 1985, est aujourd’hui de 33,33%, et depuis 1993, le taux effectif d’impôt sur les sociétés est beaucoup plus bas en raison, notamment, d’une fiscalité dérogatoire de plus en plus importante. Manuel Valls propose de réduire ce taux à 28 %.
  • Depuis 1986, les tranches composant l’impôt sur le revenu ont été réduites de 14 à 5. La tranche marginale est quant à elle passée de 65% en 1985, à partir de 36 853 euros (241 740 francs), à 45% aujourd’hui.
  • L’impôt de solidarité sur la fortune, établi en 1989 à la suite de la suppression de l’IGF en 1987, n’a pas connu de modification de sa tranche supérieure au cours des dernières années, ni dans son taux, ni dans son seuil, malgré l’accroissement de la valeur des actifs immobiliers et financiers. Il fait en outre l’objet de différents mécanismes de plafonnement.
  • Les exonérations de cotisations sociales, accordées depuis le début des années 1990, soit de manière générale, soit de manière ciblée sur les bas salaires, sont compensées depuis 1994 afin de préserver les finances sociales. Cela grève le budget de l’État d’un montant annuel d’environ 30 milliards d’euros.
  • En 1999, la part salariale de la taxe professionnelle (TP), qui est le principal impôt local, a été progressivement supprimée sur cinq ans. Déjà rabotée en 1987 par un abattement général de 16% de ses bases imposables, la TP a ensuite fait l’objet d’un dégrèvement au titre des investissements nouveaux décidés en 2004, puis un nouveau plafonnement a été introduit. Enfin, la TP a finalement été supprimée en 2010 et remplacée par un prélèvement de moindre valeur (la contribution économique territoriale).

 

Pour compenser ces réductions, les gouvernements, depuis 1983, recourent à l’emprunt générateur de paiement d’intérêts très lourds. La boucle est ainsi bouclée.

 

Particulièrement inégalitaires, ces allègements n’ont en plus jamais permis de favoriser la croissance et l’emploi, au contraire, alors que les gouvernements successifs ne les justifient que dans cette quête.

 

Voilà, les choses sont claires, fin 2013, le taux d’endettement réel de la France n’est que de l’ordre de 17 % par rapport au PIB de cette année-là, et le taux de déficit public est de bien moins de 3 % du PIB, compte tenu de la modicité de notre taux d’endettement et de toutes les ressources dont est délibérément privé l’Etat français.

 

Maintenant, j’espère que vous comprenez mieux pourquoi j’ai commencé cet article en affirmant que, pour la France, je n’étais pas hostile au respect des taux de 3 % de déficit et de 60 % d’endettement, imposés par l’Union européenne. D’ores et déjà, la santé de l’économie française est à ce point bonne qu’en réalité elle est très en deçà de ces taux.

 

Evidemment, sur le principe, je suis opposé à la prétention de l’Union européenne d’imposer à ses membres le non-dépassement de ces taux. Me voilà redevenu "orthodoxement" de gauche.

 

Robert Mascarell, Parti de Gauche Aveyron

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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 13:51
LAVALLS

Jeudi 1er mai 2014

Source : blog de Robert Mascarel

Ce titre n’est pas qu’un jeu de mots. Il reflète les nombreux points communs existant entre le sinistre Pierre Laval et Manuel Valls.

 

- Comme Laval fut « socialiste », Valls prétend l’être.

 

- Comme Laval fut un très jeune ministre de l’intérieur, le jeune Valls l’a aussi été.

 

- Comme Laval avait une conception autoritaire de l’Etat, Valls s’en vante aussi. Rappelons, à ce propos, que le modèle de Valls n’est pas Jaurès mais Clémenceau, qui n’a jamais été socialiste et qui, alors qu’il était président du Conseil (l’équivalent sous la 3ème République du Premier ministre de la 5ème République) s’était autoproclamé le « premier des flics » et qui n’a pas hésité, pour faire « honneur » à son titre, à réprimer sauvagement les grévistes. De ce jour, d’ailleurs, Jaurès s’était brouillé avec lui.

 

- Comme Laval fut président du Conseil, Valls est devenu Premier ministre.

 

- Comme Laval a entrepris une politique de déflation, Valls s’en fait également le chantre et l’applicateur zélé. Pour les mêmes raisons et avec les mêmes solutions. A savoir, une production industrielle en panne et une croissance ralentie, pour ce qui est des raisons, et une baisse autoritaire des salaires des fonctionnaires, pour ce qui est des solutions. En 1935, le résultat ne s’est pas fait attendre, le chômage a continué de croître, provoquant la chute du gouvernement qu’il dirigeait. Son échec a ouvert la voie au Front populaire. Le sort de Laval, en 1935, attend Manuel Valls. Immanquablement.

 

- Un seul point d’interrogation subsiste et subsistera, j’en forme le vœu, probablement toujours.

Pierre Laval, longtemps considéré comme respectable, longtemps socialiste, puis démocrate jusqu’en 1940, s’est mué, avec l’occupation de la France par les troupes de Hitler, en un atroce antisémite, soutien inconditionnel de Hitler. Plus encore que Pétain. Jusqu’à subir le sort qu’il méritait, son exécution en 1945.

 

Pour notre chance et pour la chance de Manuel Valls, il n’existe pas, aujourd’hui, l’équivalent de Hitler. Du moins à son niveau de puissance. Et s’il existait ? Là est le point d’interrogation. Que ferait-il ? Comme Laval ? A la décharge de Manuel Valls, cette interrogation vaut pour chacun(e) de nous.

 

Une chose est certaine, toutefois. Son comportement dans l’affaire Alstom ne laisse pas d’inquiéter. La défense de l’intérêt national paraît être le cadet de ses soucis. Dans le débat relatif au repreneur de cette grande entreprise française, intervenant dans un domaine stratégique essentiel pour l’indépendance de notre pays : les turbines nucléaires, sa préservation n’est pas mise en avant. L’essentiel porte sur le fait de savoir qui, de Siemens, l’allemand, ou de General Electric, l’américain, sera le moins coûteux en perte d’emplois.

 

Faute de taille critique, nous disent les économistes et les médias libéraux, repris en chœur par Hollande, le gouvernement et tous les politiciens libéraux de droite et de « gauche », Alstom ne peut faire autrement que de se faire manger par un groupe étranger ayant cette taille critique. Pour ceux-là, la nationalisation est donc impensable. Fi de l’intérêt national, alors que le secteur du nucléaire, secteur stratégique s’il en est, indispensable à notre indépendance est en jeu. Il n’y a pas si longtemps, un tel fatalisme aurait été assimilé à un acte de trahison.

 

En réalité, ce qui arrive aujourd’hui à Alstom est ourdi de longue date, aussi bien par les capitalistes français, que par les gouvernements successifs, de droite et de « gauche ».

 

Pour faire simple, l’acte de décès d’Alstom (sans h) remonte au 10 mars 1995, sous Chirac, le jour de l’arrivée de Serge Tchuruk à la tête du groupe Alcatel-Alsthom (avec h). Celui-ci a aussitôt entrepris de dépecer le groupe qui, de fusions en absorptions, ou en concentrations, s’était constitué en un siècle. Tout cela, au nom de l’idée en vogue à ce moment-là, chez les capitalistes français : à savoir la nécessité de se recentrer sur son cœur de métier. En l’occurrence les télécommunications (Alcatel, devenu Alcatel-Lucent). La partie Alsthom étant livrée à l’encan.

 

Ce faisant, les capitalistes français faisaient l’inverse de ce qui se pratiquait dans le monde, où se constituaient au contraire des conglomérats géants multiactivités. S’il en est ainsi, c’est que hier comme aujourd’hui, les gouvernements français successifs n’ont aucune politique industrielle, convaincus qu’ils sont que notre industrie doit se fondre dans un ensemble européen, parfaitement hypothétique et disparate.

 

Le dépeçage du groupe, c’est-à-dire la perte délibérée de la taille critique qu’avait Alcatel-Alsthom, qui justifie aujourd’hui que Alstom ne puisse résister aux assauts de General Electric ou de Siemens, s’est opéré sous le regard complice des gouvernements successifs.

 

Il faut savoir que, pour cette basse besogne, Serge Tchuruk, polytechnicien issu de l’école des Mines, était le P-DG le mieux payé de France.

 

Le coup de grâce a été porté en 1998, sous Jospin, quand le groupe Alcatel-Alsthom, issu du groupe CGE (Compagnie Générale d’Electricité), a éclaté en trois entités distinctes et indépendantes : Alcatel, Alstom et Cégélec. La descente aux enfers, pour les trois entités commençait.

 

Ce n’est pas faute, qu’avant même que tout cela arrive, tous les syndicats, toute la gauche, hormis le parti socialiste, aient alerté l’opinion sur ce qui allait inévitablement se passer. Mais comme nous ne faisons pas partie des belles personnes, nous n’avons pas été écoutés. Nous ne le sommes pas davantage aujourd’hui par Hollande et Valls.

 

Ainsi, il en va sous Hollande-Valls comme sous Laval d’avant-guerre, lui aussi au nom de l’Europe, mais hitlérienne. Ce n’est fort heureusement pas le cas aujourd’hui.

 

Le trait commun à tous ces dirigeants, c’est qu’ils se défient du peuple. Ils préfèrent s’en remettre aux banquiers et aux employeurs et à ceux issus des grandes écoles. Pour les dégâts que l’on voie sous nos yeux.

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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 16:25
Pacte de responsabilité : une erreur historique !

Le 30 avril 2014

Source : article repris du site de l'Observatoire des Inégalités

Le gouvernement reprend la politique de baisse des prélèvements, alors qu’il aurait pu utiliser ses marges de manœuvre pour répondre aux besoins de la population et réduire les inégalités. Une folie politique qui ouvre la porte à l’extrême droite. Un point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.


Economiser l’argent public est une nécessité. Utiliser ces économies pour réduire le coût du travail et les impôts constitue en revanche l’une des plus graves erreurs politiques de l’histoire sociale de la gauche. Après Lionel Jospin en 1999 - qui lance une politique de cadeaux fiscaux à grande échelle - une seconde fois, le camp du progrès social se tire une balle dans le pied. Le gouvernement a pourtant les moyens de répondre à des besoins concrets et de moderniser les services publics. Mais au fait, que peut-on faire avec les 30 milliards d’euros qui seront consacrés chaque année à diminuer les charges patronales ?

 

Au-delà des engagements européens de la France, l’ampleur de la dette et du déficit public impose de faire des économies. Notre pays paie des années de laxisme, de droite comme de gauche. Des dizaines de milliards d’euros partis en baisses d’impôts inutiles durant la décennie 2000, qui n’ont fait que nourrir l’épargne des couches aisées. Chaque année, la collectivité débourse 40 milliards d’euros d’intérêts, l’équivalent du budget de l’enseignement primaire et secondaire. Ces intérêts vont dans la poche des rentiers, ceux qui ont les moyens de prêter à l’Etat. Il faut réduire la voilure, même s’il faut dans ce domaine agir avec mesure et progressivement, car l’austérité a un effet économique récessif alors que la croissance reste atone [1].

 

La victoire de la démagogie fiscale

L’équilibre des finances publiques pourrait en partie se régler par un effort national : le « ras-le-bol » fiscal [2] est largement une construction médiatique fondée sur des sondages biaisés (lire notre article). La démagogie l’ayant emporté autant à droite qu’à gauche, cet effort national n’est plus d’actualité.

 

La situation des finances publiques n’est pas la seule ni la principale raison pour laquelle il faut réduire certaines dépenses. L’argent public est l’argent de tous. Les dépenses publiques sont prélevées dans le porte-monnaie de chaque citoyen, qui ne peut l’accepter que si elles servent l’intérêt général. La tâche d’économiser n’est pas facile. Un chien, dit l’adage, est caché derrière chaque niche fiscale et la défend bien. Des bataillons sont postés derrière les lignes budgétaires, pour éviter toute réduction de leurs crédits publics. Ces lobbyistes de la dépense s’agitent déjà pour défendre leurs intérêts.

 

Le gouvernement va piocher pour l’essentiel là où c’est le plus simple, là où les intérêts sont les moins bien représentés, non dans les dépenses qui ne servent à rien. On pourrait dégager des marges en luttant contre la fraude fiscale, en piochant dans ces niches dont le coût se chiffrent toujours en milliards, dans les caisses des vendeurs de médicaments ou de l’élite des professions de santé, dans les marchés publics juteux, dans les méandres des investissements inutiles des collectivités locales. Laisser l’inflation réduire les salaires des fonctionnaires, le niveau des allocations logement ou les retraites relève de la facilité. Laisser l’inflation grignoter des revenus a l’effet d’une hausse d’impôt, qui porte sur les fonctionnaires et les titulaires de prestations, mais épargne les couches aisées du privé.

 

Il y a plus grave. Ces économies vont servir à réduire le coût du travail via le « pacte de responsabilité » pour l’essentiel et à diminuer les impôts des ménages de façon secondaire. En baissant les cotisations patronales, l’exécutif compte créer des emplois. A-t-il oublié les leçons du passé ? Les mesures d’exonération déjà prises n’ont jamais eu d’impact massif sur le chômage. L’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) estime par exemple que les 20 milliards du Crédit impôt pour la compétitivité et l’emploi aboutiront à la création de 150 000 postes. 130 000 euros l’emploi, une pure hérésie économique. Cette baisse des charges des entreprises va surtout nourrir les profits. Fonctionnaires, retraités et titulaires de prestations sociales vont faire un effort pour les actionnaires : il ne va pas être simple de leur expliquer pourquoi. Il est vrai que l’on va redonner une partie de ce qui leur sera pris en prestations par le biais de baisses d’impôts, qui restent à définir… Comprend qui peut.

 

- Que faire avec 30 milliards ?

Pour bien comprendre l’immensité du désastre, il faut parler concret. Personne ne présente ce qui aurait pu être entrepris à la place des 30 milliards de baisse du coût du travail offerte aux entreprises. Accorder un minimum social à 500 000 jeunes en grande difficulté coûterait trois milliards. Un dixième du total. Autant que la dépense annuelle pour 200 000 places de crèche. 60 000 logements sociaux annuels pèsent moins d’un milliard - financement de l’Etat et des collectivités locales compris. Une aide de 300 euros mensuels pour 300 000 personnes âgées démunies vivant en maison de retraite, c’est un milliard. L’ensemble de ces dépenses ? A peine plus d’un cinquième de ce qui partira en fumée dans le pacte de responsabilité. A la question : que ferions-nous pour la France si nous avions 30 milliards ? La réponse est vite trouvée.

 

On pourrait continuer la liste des urgences sociales que le secteur privé seul ne peut pas satisfaire, des transports en commun à l’environnement, en passant par la rénovation des prisons, l’accès aux soins, la modernisation des écoles, l’accès aux loisirs ou à la culture, la réduction de la dette publique. Ou prendre le problème autrement. Créez un fond de développement associatif doté de trois « petits » milliards (donc, un dixième de l’addition pacte de responsabilité), qui verserait 15 000 euros (c’est beaucoup) aux associations par an par emploi créé, à charge pour elles de trouver un complément issu de leurs activités. Vous obtenez plus de 200 000 emplois. De la culture aux loisirs, de l’aide aux jeunes ou aux aînés, de l’environnement au tourisme, les gisements du tiers secteur sont immenses.

 

- Un suicide politique

Beaucoup de commentateurs trouvent astucieux qu’un Président de gauche mène une politique de droite pour couper l’herbe sous le pied de ses adversaires. Passez sur ce que cela signifie en termes de valeurs, et raisonnez comme les communicants d’aujourd’hui en termes d’opinion. Imaginez un instant l’impact politique d’un programme qui répondrait aux besoins cités plus haut chez les jeunes ou les catégories populaires et moyennes. Imaginez l’effet de ces mesures en termes de modernisation de l’offre publique et de réduction des inégalités.

 

Le président de la République, enfermé dans l’univers clos de l’Elysée, a commis une sorte de suicide politique. Il a déjà emporté avec lui une grande partie des élus de gauche au niveau des communes, ce sera le cas demain aux autres échelons [3]. Il emporte surtout les espoirs de beaucoup de ceux qui ont voté pour lui - pas seulement de gauche - qui croient encore à la modernisation de notre pays et à la réforme progressiste [4].

 

Pour la première fois de l’Histoire, un gouvernement socialiste arrivé au pouvoir ne laissera derrière lui aucune conquête sociale. 1936, 1981, 1997 : à chaque fois, l’alternance aura été marquée par un progrès. Le renoncement actuel marque une étape, ouvre un boulevard électoral au Front national comme parti du changement. La droite traditionnelle a tort de se réjouir de la situation actuelle. Piégée par une politique qu’elle préconisait hier, elle s’enfonce dans une surenchère. Elle n’est pas plus capable de construire un programme conservateur qui s’adresse aux couches populaires [5].

 

- Comment a-t-on pu en arriver là ?

Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui, il faut remonter à la fin des années 1980 et au second septennat de François Mitterrand qui dans sa lettre à tous les Français annonce ce qui se passera dix ans plus tard sous Lionel Jospin (lire notre article). La politique qui a consisté à renoncer à la réforme fiscale et à entamer une baisse des cotisations patronales s’inscrit dans une ligne politique qui n’a rien de sociale-démocrate mais qui est purement conservatrice. Le parti socialiste est déboussolé. Dopé aux sondages, alimenté en notes de synthèse par une poignée d’énarques, il flaire l’air médiatique et intellectuel du temps. Ses députés portent la responsabilité du pacte du même nom, même si une grande partie d’entre eux valide à contrecœur des mesures apprises par les médias et forgées par quelques communicants. La gauche au pouvoir navigue idéologiquement entre les sirènes libérales et l’anticapitalisme. Elle n’a pas compris que l’alternative n’est pas entre virer à droite (l’option actuelle) ou mettre la barre plus à gauche, mais entre préserver les intérêts de la bourgeoisie intellectuelle et économique, ou répondre aux besoins sociaux en modernisant les services publics dans un moment de crise économique majeure.

 

Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités
Auteur de « Déchiffrer la société française », éditions La découverte, 2009.
Ce point de vue est une version intégrale d’un texte plus court paru dans le quotidien
Le Monde du 25 avril 2014.

 

Notes :

[1] Une baisse des dépenses publiques réduit l’activité économique. Son impact négatif est plus fort qu’une hausse d’impôt d’un montant équivalent.

[2] Cela n’empêche pas d’essayer de comprendre pourquoi ce discours émerge, et notamment la situation des jeunes célibataires des classes moyennes mérite l’attention (lire notre article à ce sujet).

[3] Ce qui n’est pas moins grave : un train de parlementaires anti-européens ira représenter la France au Parlement européen le 26 mai prochain.

[4] Ce camp a désormais huit ans pour se préparer et réfléchir à son programme, la prochaine occasion de retour au pouvoir n’arrivera pas avant 2022.

[5] Tout se passe au fond comme si les élites des deux bords se sentaient au fond protégées et relativement indifférentes à la menace du Front national.

 

Pour en savoir plus sur le sujet :

- Par les économistes attérés : Un pacte irresponsable

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Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Analyse Si on parlait ECONOMIE
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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 09:51
Comment le PS français est-il devenu un parti du capital ?

Par Denis Collin pour La Sociale Jeudi 17/04/2014

- Sommaire

  • [A] Un constat : la défaite de la gauche est historique au sens plein du terme
  • [B] La gauche comme système politique de subordination des classes populaires
  • [C] Continuité et changement
  • [D] La social-démocratie telle qu’elle fut
  • [E] Explications de la « grande trahison »
  • [F] Involution de la trajectoire de la social-démocratie
  • [G] Comment le PS français est devenu est parti du capital ? Hier ...
  • [H] Comment le PS est devenu un parti du capital ? Aujourd’hui...

 

- [A] Un constat : la défaite de la gauche est historique au plein sens du terme

La défaite historique du PS aux municipales de 2014 a été enterrée sous le vacarme médiatique orchestré autour de la prétendue montée du Front National ou le changement de gouvernement. Mais cette débâcle est le signe de quelque chose de bien plus profond : la décomposition accélérée de la « gauche » non seulement en France mais dans l’Europe entière entraîne avec elle tout le mouvement ouvrier organisé. Il suffit de jeter un œil du côté de l’Italie : la « gauche » a disparu purement et simplement même en termes électoraux. Le PD, défini comme parti de centre-gauche, a renoncé à toute référence « de gauche » et l’actuel président du conseil PD, Matteo Renzi, issu de l’aile démocrate-chrétienne serait classé en France quelque part entre Bayrou et Copé. Les vestiges de la gauche, le PRC (dernier débris du PCI) et quelques autres groupuscules n’ont plus aucune représentation parlementaire et risquent d’être dans l’impossibilité de présenter une liste pour les élections européennes.

 

C’est un phénomène historique de première importance et qui doit être compris dans toute son ampleur, au premier chef par ceux qui se refusent à considérer que « le capitalisme borne notre horizon » (comme l’ont voulu établir voilà déjà près d’un quart de siècle les congressistes du PS). La « gauche » a connu des crises graves dans le passé, notamment quand une large fraction de ses dirigeants ont voté les pleins pouvoirs à Pétain. Elle a été profondément déchirée par la « guerre froide ». La vieille SFIO s’est déshonorée dans les guerres coloniales, pour ne parler que de la France. Mais il y avait toujours eu jusqu’à présent une partie de la gauche qui résistait et dès que l’occasion se présentait elle redevenait le drapeau des espérances des classes populaires. Aujourd’hui, en France comme en Italie, mais aussi – quoique à un degré moindre dans les autres pays européens – la gauche est tout bonnement pulvérisée. Et aucune résistance sérieuse, aucune relève, aucun alternative ne se lève. « Je suis écœuré » : voilà ce que l’on entend le plus souvent dans le « peuple de gauche », chez ces militants, ces électeurs, fidèles jusqu’alors et qui déjà ne votent plus ou ne voteront plus la prochaine fois. Cet écœurement est cependant la manifestation du retard considérable de la conscience sur la réalité historique et de la propension de chaque génération à aller au plus court et ainsi à se bercer d’illusions qui finissent toujours par se fracasser en faisant des dégâts souvent irréversibles.

 

 

- [B] La gauche comme système politique de subordination des classes populaires

L’effondrement de la gauche en tant que telle peut difficilement être tenu pour une catastrophe. La gauche est une chimère dont la fonction fut le plus souvent d’être le « gérant loyal du capitalisme » (Blum lors de son procès). Ainsi que Jean-Claude Michéa l’a fort opportunément rappelé dans ses derniers ouvrages, le mouvement ouvrier, syndicaliste, anarchiste, socialistes de toutes obédiences, y compris marxistes ne s’est jamais défini comme « gauche » avant le début du XXe siècle. La distinction droite/gauche, née pendant la révolution française, était une distinction entre les deux grandes fractions de la bourgeoisie, la droite représentant la fraction monarchiste, anti-républicaine et hostile à la démocratie, souvent liée aux vestiges de l’Ancien Régime, et la gauche, républicaine, appuyée sur les classes moyennes traditionnelles, souvent anticléricale, et dont le vieux parti radical fut l’expression la plus achevée. Mais de la droite (maurrassienne et monarchie, par exemple) jusqu’à l’extrême gauche radicale, tous se tenaient sur le terrain de la propriété privée des moyens de production et du « marché libre ». Le mouvement ouvrier quant à lui n’a commencé à exister qu’en s’affirmant en dehors de ce dispositif droite/gauche interne aux classes dominantes, quand, en juin 1848, les ouvriers réclamant le droit au travail et la république sociale affrontent les forces armées « républicaines ». C’est avec l’affaire Dreyfus ou plus exactement avec les suites politiques de l’affaire Dreyfus que les socialistes en sont venus à s’inscrire comme l’aile gauche de la gauche bourgeoise – non difficultés d’ailleurs, puisque la première expérience de participation socialiste à un ministère bourgeois, l’expérience de Millerand rencontra une puissante hostilité dans les rangs socialistes et renforça les tendances anti-parlementaires dans le mouvement syndical. Le quiproquo réside en ceci : pour défendre le droit et la simple justice, il est évident que toutes les alliances sont justifiées puisqu’elles visent un objectif précis, dans préjuger des positions des uns et des autres sur les autres sujets ; mais cela n’implique évidemment pas qu’il y ait communauté de vues sur tout l’horizon historique. Ce quiproquo a eu dans toute notre histoire un effet simple : entre tous les alliés, la direction de l’alliage a été donnée par « le plus à droite » (si on veut garder la distinction droite/gauche) et les partis ouvriers membres de telles alliances « de gauche » ont toujours été conduits à limiter drastiquement leurs objectifs propres avec ce qui est compatible avec le programme de leurs alliés radicaux, c’est-à-dire à enfermer les revendications prolétariennes dans le cadre de ce qui est compatible avec le maintien de la propriété capitaliste et les alliances internationales que cela suppose. L’alliance à gauche n’est une alliance que si on dit qu’un cavalier et son cheval sont alliés. Les ouvriers, comme d’habitude, ont joué le rôle des chevaux et les cavaliers ou les cochers étaient les bourgeois républicains.

 

 

- [C] Continuité et changement

Le seul rôle qu’ait jamais joué la gauche fut toujours de canaliser les mouvements populaires dans les limites de la propriété capitaliste. Aux moments cruciaux, du reste, cette « gauche » a été soit impuissante, soit a explosé. Il suffit de rappeler l’effondrement du pays en 1939-1940. Les radicaux (à quelques rares et honorables exceptions près se sont retrouvés dans le camp des défaitistes et pour certains ont fini dans la plus abjecte des collaborations). Une grande partie des socialistes a voté les pleins pouvoirs à Pétain au moment où les seules forces de résistance au nazisme se trouvaient à droite avec De Gaulle ou dispersées dans des petits groupes marginaux issus de la gauche – le PCF n’ayant rejoint que tardivement la résistance, tentant d’abord toutes sortes de manœuvres indignes comme les démarche auprès des autorités d’occupation pour obtenir la reparution légale de « L’Humanité ». Les dernières formes d’Union de la Gauche que nous ayons connues sous la présidence de Mitterrand ou lors du gouvernement Jospin de 1997-2002 ont été globalement menés sous le signe d’une adaptation croissante aux exigences du capital financier international. La nouveauté avec Hollande est qu’il n’y a absolument aucune mesure qui puisse rappeler que la gauche défend le peuple contre « ceux du château » comme le disait avec une emphase mensongère Mauroy. Le gouvernement Hollande est ouvertement un gouvernement Hollande-Medef qui a pris comme cible le « coût du travail », c’est-à-dire s’est donné pour tâche de réduire encore plus la part du travail dans le revenu national et d’augmenter les dividendes des actionnaires. Réduction du budget de l’État en économisant sur les prestations sociales et sur les dotations aux collectivités locales, baisse des « charges sociales », autrement dit salaire différé, cadeaux fiscaux aux patrons en voie de surpasser ceux que Sarkozy avait décidé. Il est impossible de déceler aujourd’hui la moindre divergence entre droite et gauche. L’augmentation vertigineuse de l’abstention n’exprime une baisse de la conscience politique de nos concitoyens, mais au contraire une vrai maturation : ils comprennent que la gauche n’est qu’un attrape-nigauds et que fondamentalement droite et gauche sont la même chose présentée sous deux emballages différents, un peu comme toutes les marques de lessive dans les rayons des hypermarchés.

 

 

- [D] La social-démocratie telle qu'elle fut

Cette appréciation globale de la gauche inclut les responsabilités de tous les partis qui se réclament de la gauche, même ceux qui se veulent aujourd’hui dans « l’opposition de gauche ». On dira quelques mots plus loin du PCF et du PG en omettant les divers groupes qui se nourrissent des rares miettes qui tombent de la table des grands. Mais pour l’heure il faut traiter de la social-démocratie, c’est-à-dire France du PS. Le diagnostic de Lénine, Trotski ou Rosa Luxemburg concernant les partis issus de la vieille internationale ouvrière fondée en 1889 est absolument exact : ils sont « passés définitivement du côté de l’ordre bourgeois ». En se ralliant à l’union sacrée leurs propres bourgeoisies nationales, ces partis se sont faits les complices de la grande boucherie de 1914, mère de toutes les horreurs que ce siècle à produites. En Allemagne, en 1918-1919, alors que l’Allemagne du Kaiser s’est effondrée, la social-démocratie allemande, en liaison avec les envoyés des États-Unis, participe au gouvernement de Max von Baden et Ebert, dirigeant de la SPD propose même d’organiser le sauvetage de la monarchie. Face à l’insurrection spartakiste, les Ebert, Noske et Scheidemann ont été les organisateurs directs de la contre-révolution et de l’assassinat de leurs anciens camarades de parti, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Ils ont organisé ou couvert la formation des « corps francs » d’où sont sortis les SA. Quand, une décennie plus tard, il faudra organiser le front unique pour empêcher Hitler de prendre le pouvoir, le KPD de Thaelmann, suivant la politique folle dictée par Staline, qualifiera la social-démocratie de « social-fascisme », allant même jusqu’à prophétiser que la victoire d’Hitler serait le premier pas vers la victoire de Thaelmann. Mais si folle que fût cette politique, elle n’aurait jamais été suivie par la base du KPD s’ils n’avaient pas eu le souvenir brûlant des hordes du « chien sanglant » Noske lâchée contre les spartakistes. Les nazis n’oublieront pas les signalés services que leur avait rendus Noske. En 1933, Göring demandera à Noske, président de la région de Hanovre, de rester à son poste. On peut accumuler les exemples historiques qui confirmeraient abondamment le diagnostic porté il y a un siècle sur la social-démocratie. La SFIO venue au pouvoir sans l’avoir vraiment voulu en 1936[1] s’empressa de décréter « la pause » et laissa la république espagnole se faire étrangler par un coup d’État militaire appuyé par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste. La non-intervention dictée par la diplomatie britannique était de ce fait la politique de la SFIO. La suite est logique : vote massif des pleins pouvoirs à Pétain en 1940 et après la guerre on retrouvera la SFIO dans toutes les aventures coloniales, Indochine, Suez, guerre d’Algérie… Le « socialisme scandinave » qui fit longtemps figure de modèle n’échappe pas à ce mouvement. La Suède non seulement resta neutre pendant la Seconde Guerre mondiale, mais encore elle signa dès 1940 un pacte avec l’Allemagne nazie par lequel elle permettait le passage sur son territoire des trains militaires allemands. Il est vrai que les Suédois étaient classés parmi les « Aryens » dans le délire raciste hitlérien et que la Suède s’était très tôt signalée par une politique eugéniste de grande ampleur…

 

 

- [E] Explications de la "grande trahison"

Les explications de cette « grande trahison » ne manquent pas. L’explication traditionnelle des marxistes selon laquelle la social-démocratie serait l’expression de l’aristocratie ouvrière liée aux sur-profits réalisés par l’impérialisme n’est pas très convaincante. Plus généralement l’explication par la trahison des dirigeants traîtres ne convient guère. Le sociologue Robert Michels, dans un ouvrage fondateur sur Les partis politiques avait lui aussi pointé le caractère foncièrement conservateur de ces nouvelles élites issues des partis socialistes et des syndicats. Nous avons essayé (voir notre Le cauchemar de Marx) de donner une explication plus complète qui suppose qu’on refuse l’idée que la social-démocratie ait brusquement changé « de nature » en août 1914. une histoire critique du socialisme serait nécessaire, une histoire qui serait une histoire philosophique, sociologique et psychanalytique et ne se laisserait par enfermer dans les canons de l’historiographie traditionnelle. Une telle histoire inclurait nécessairement une analyse critique du rôle qu’a joué l’idéologie marxiste dans la formation de la IIe Internationale. J’emploie à dessein le terme « idéologie marxiste » pour désigner ce complexe de représentations et de croyances systématisées dans une sorte de catéchisme révolutionnaire ou plutôt historiciste et évolutionniste, élaboré par les papes autoproclamés du marxisme, les Kautsky et les Plekhanov, avec, hélas la bénédiction d’Engels. Cette idéologie marxiste promettait le salut aux salariés tout en présentant le mode de production capitaliste comme l’étape nécessaire dans cette voie. Elle a bien fonctionné comme idéologie à destination des classes subalternes pour rendre le règne du capital tolérable. Armée de cette idéologie à fortes connotations religieuses, la social-démocratie a pu ainsi agir comme un outil efficace d’intégration de la classe ouvrière au mode de production capitaliste. Sa crise et son effondrement aujourd'hui ne serait que la conséquence de son plein succès dans cette entreprise.

 

Les premières générations du mouvement ouvrier ont été constituées d’hommes (et de femmes) arrachés à leur condition de travailleurs indépendants. L’exode rural (parfois très violent comme lors de l’expulsion des petits paysans du Royaume Uni) et la ruine des petits artisans indépendants – parfois après un passage d’exploitation forcenée du travail à la maison, comme les canuts – ont été d’abord une dégradation brutale des conditions de vie et une humiliation intolérable. Dans la conscience populaire devenir un salarié pouvait s’apparenter à être réduit en esclavage. Devenir salarié, c’était tomber au bas de l’échelle sociale. C’est d’ailleurs pour cette raison que les premiers organisateurs du mouvement ouvrier furent souvent des artisans ou des hommes chez qui restait vif le souvenir de cette indépendance perdue. Le proudhonnisme, si influent dans le mouvement ouvrier français exprimait parfaitement cet état d’esprit : l’association ou la coopérative était le retour à la propriété individuelle du travailleur sur la base de la socialisation de la production. C’est du reste cette perspective que Marx conserve, à peine modifiée dans le Capital lorsqu’il énonce la perspective du remplacement du mode de production capitaliste par « les producteurs associés ». L’expropriation des expropriateurs est vue comme la « restauration de la propriété individuelle sur la base des acquêts de la socialisation ». C’est aussi la raison pour laquelle, dans la lignée de Marx et de Proudhon, le mouvement ouvrier a longtemps inscrit sur son drapeau « abolition du salariat et du patronat » (cf. Charte d'Amiens de la CGT, 1906).

 

En faisant du capitalisme une étape nécessaire de l’histoire dans la conception standardisée du matérialisme historique, et en faisant des ouvriers salariés le nouveau sujet historique, le marxisme aboutissait de fait à la glorification du salariat et donnait des raisons de l’accepter. La nationalisation étatique des grands moyens de production et d’échange promettait l’avènement d’une société de salariés. Et du même coup, il permettait l’intégration des ouvriers rebelles dans le mode de production capitaliste. Mieux : Lénine en vint à glorifier la discipline d’usine comme l’apprentissage de la discipline révolutionnaire.

 

Ainsi l’organisation ouvrière et sa bureaucratie devenaient des éléments intégrés au fonctionnement conflictuel du mode de production capitaliste. On ne peut donc pas parler de « trahison » : le socialisme historiquement constitué à partir de la création de l’Internationale ouvrière (la IIe Internationale) a accomplit ce qui était au fond le cœur de son programme : la justification historique de la transformation des couches populaires et des vieilles classes moyennes en salariés dont il défendait les intérêts en tant que salariés. Et c’est pour cette raison qu’il en est venu très rapidement à défendre le salariat, c’est-à-dire le système dans lequel les ouvriers se font concurrence pour vendre leur force de travail au capitaliste.

 

 

- [F] Involution de la trajectoire de la social-démocratie

Ce sont donc des raisons fondamentales – qui mettent radicalement en cause le marxisme comme idéologie et ses contradictions qui expliquent que la social-démocratie est « passée définitivement du côté de l’ordre bourgeois. » Mais entre 1914 et aujourd’hui beaucoup d’eau a coulé sous les ponts.

 

Les trotskystes ont soutenu pendant très longtemps – je ne sais pas bien ce qu’ils soutiennent aujourd’hui – que les partis de la social-démocratie étaient des « partis ouvriers bourgeois », c’est-à-dire des partis qui par leur composition sociale et par leur programme officiel se voulaient des partis ouvriers, représentants des intérêts du prolétariat, mais dont l’appareil dirigeant était au service de la bourgeoisie. On peut discuter la caractérisation mais elle dut quelque chose d’assez juste. La social-démocratie défend le mode de production capitaliste en général mais ne peut vivre, ses élus ne peuvent être élus, son appareil ne peut exister que si le mouvement ouvrier et les institutions qui protègent les salariés (sécurité sociale, retraites, conventions collectives, salaires réglementés) gardent une existence consistante.

 

Mais précisément ceci n’est plus le cas aujourd'hui. Ni Allemagne, ni en Italie, ni en Espagne, ni en France les partis de la social-démocratie ne défendent en quelque manière que ce soit les intérêts immédiats de la classe ouvrière. Le changement de sens du mot « réformisme » est ici tout à fait révélateur. Au début du XXe siècle le débat entre révolutionnaires et réformistes portait sur la question de savoir si une révolution sociale était nécessaire pour faire advenir une nouvelle société ou si l’accumulation progressive de réformes produirait insensiblement cette transformation. Ensuite, le réformisme consista dans la politique vivant non à change de rapports sociaux de production, mais à réformer le mode de production capitaliste pour le rendre plus civilisé et éviter toute transformation sociale radicale. Ce fut l’époque du keynésianisme de gauche et de l’économie mixte. Aujourd'hui, le réformisme consiste à aligner les contre-réformes qui visent à la destruction de tous les acquis ouvriers. Ainsi, Schröder avec le plan Hartz a mis en pièces des réformes sociales dont certaines dataient de Bismarck. Le gouvernement Hollande (sous la forme Ayrault et encore plus sous la forme Valls) se propose ouvertement et sans la moindre vergogne de faire reculer les salaires, par la confiscation du salaire différé (baptisé « charges salariales »), par une attaque sans précédent contre la sécurité sociale, par une aggravation de la réforme des retraites des gouvernements de droite, et on pourrait allonger encore très longtemps la liste. En 1986, dans une analyse percutante, Jean-Pierre Garnier et Louis Janover définissaient le PS comme « La deuxième droite » (éditions Robert Laffont). L’analyse était parfaitement exacte et la suite des événements n’a fait que la confirmer.

 

 

- [G] Comment le PS français est-il devenu un parti du capital ?

En 2001, dans L’illusion plurielle (éditions JC Lattès), Jacques Cotta et moi analysions la compénétration du PS et des milliers du grand capital. En voici un extrait :

« Le révélateur le plus clair des évolutions du Parti Socialiste est sans aucun doute le poids croissant que les grands patrons jouent dans ses rangs et … le poids croissant du PS dans les rangs du patronat. Au risque d’employer des gros mots comme “ classes sociales ”, voire “ lutte des classes ”, on doit bien chercher quelles sont les racines de classe du Parti Socialiste. Nous avons vu plus haut comment le parti lui-même, dans ses grandes masses, s’était nettement déplacé des ouvriers vers la “ upper middle class ”, des petits et moyens fonctionnaires vers les cadres supérieurs et les “ managers ”. Il faut maintenant étudier comment les réseaux du parti Socialiste et les réseaux du grand patronat, de ce qu’on appelait jadis la “ grande bourgeoisie monopolistique ” s’entremêlent au point parfois de se confondre. Sans aucun doute, si on étudie sa base sociale, la droite classique continue de représenter la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie traditionnelles. Mais dès qu’on va vers les sphères supérieures de la pyramide du capitalisme, la densité de socialistes au mètre carré s’accroît sérieusement.

 

Il y a là un paradoxe apparent. Le socialisme français traditionnel, s’il avait une vraie base ouvrière, comportait aussi dans ses rangs de nombreux éléments des classes moyennes traditionnelles : artisans, commerçants, médecins et avocats, petits patrons, des gens qui soit venaient de la clientèle traditionnelle du parti radical soit étaient d’anciens ouvriers ou des enfants d’ouvriers qui gardaient la fibre socialiste de leurs origines en dépit de leur élévation dans la hiérarchie sociale. La vieille SFIO justifiait d’ailleurs son réformisme et même son modérantisme obstiné par la nécessité impérieuse de sceller l’alliance de la classe ouvrière et de ces couches moyennes. Un jour que ses camarades français l’interrogeaient sur la véritable nature de la SFIO, Trotski leur répondit qu’elle était “ un parti de bistrotiers ”, qualification un peu méprisante mais loin d’être fausse, à condition de ne pas oublier que les bistrotiers socialistes étaient souvent d’anciens ouvriers socialistes qui s’étaient mis à leur compte et combattaient l’opium du peuple par le gros rouge et l’absinthe… Mais c’est aussi chez ces bistrotiers que s’organisait la vie politique ouvrière et syndicale, à l’heure où les partis qui prétendaient parler au nom des prolétaires n’étaient pas encore d’imposants propriétaires immobiliers. Le PS actuel, à l’évidence n’a plus rien à voir avec ce “ parti de bistrotiers ” … même si Jack Lang s’est démené pour faire classer le Fouquet’s monument historique.

 

À cet ancien bloc de la classe ouvrière et de la petite bourgeoisie (bloc qui trouvait d’ailleurs son complément dans l’alliance traditionnelle des socialistes et des radicaux), le socialisme de l’an 2000 substitue une nouvelle alliance de classes, celle des cadres supérieures, des nouvelles couches enrichies par le néolibéralisme et la mondialisation et des capitalistes des multinationales. On ne peut pas imaginer renversement politique plus complet. Il y a, certes, toujours eu des patrons socialistes, voire révolutionnaires. À tout seigneur, tout honneur : Engels dirigeait la filiale de l’entreprise paternelle à Manchester et Robert Owen, un des fondateurs du communisme, était également un entrepreneur. Précisons : il y a depuis longtemps de grandes familles capitalistes dont le cœur penche à gauche. Ainsi chez les Riboud ou les Seydoux les convictions de gauche sont de tradition… Il y a des hommes de gauche qui ont réussi à monter des entreprises florissantes. C’est le cas des anciens trotskistes André Essel et Max Théret, qui fondent la FNAC. Il y a Jacques Maillot avec “ Nouvelles Frontières ” et Gilbert Trigano avec le “ Club Med ”. Dans le cinéma ou l’édition, on trouverait aussi de nombreux représentants de ces hommes d’affaires de gauche. Tous ceux-là sont des capitalistes qui ont des convictions de gauche et parfois n’ont pas hésité à utiliser leur poids social et leurs moyens financiers au service de leurs convictions et pour la plupart sont gens fort respectables. L’évolution à gauche de certains courants chrétiens va également amener son lot de “ patrons sociaux ”, principalement parmi les amis de la CFDT. Enfin, le parcours personnel de François Mitterrand amène vers le PS des gens qui ne sont pas du tout de gauche, mais vont soutenir la gauche par amitié avec le Président de République – on pourrait ici citer André Rousselet, PDG des taxis G7 qui deviendra le premier dirigeant de Canal Plus.

 

À partir des années 80, c’est un tout autre processus qui se met en place. Des fonctionnaires et responsables socialistes vont utiliser leur accès au pouvoir comme un tremplin pour devenir des hommes des affaires – et parfois des affairistes – pendant que certains représentants de l’établissement financier se rapprochent du Parti Socialiste parce qu’ils prennent conscience que sous Mitterrand, “ les socialistes nous débarrassent du socialisme ” comme le dit un des personnages du téléfilm de Marco Pico, “ Les enfants du printemps ”.

 

À l’occasion de l’arrivée de Laurent Fabius à Bercy, lors du remaniement ministériel du printemps 2000, le Monde s’intéresse aux réseaux de nouveau ministre des Finances. Avec le sens de l’hyperbole qui lui est propre quand il s’agit des socialistes, le grand quotidien du soir détaille les constituants de la “ galaxie pourvoyeuse d’idées du ministre de l’économie "[2]. Sur les indications, semble-t-il, de Henri Weber, sénateur de Seine-Maritime, ex-leader de la Ligue Communiste des années 60 et 70, un homme qui a ses entrées au MEDEF depuis qu’il a consacré au patronat une étude respectueuse, le rédacteur du Monde, décompose ainsi les cercles qui gravitent autour de Laurent Fabius. Viennent d’abord, sans que cela soit par un ordre d’importance réelle, les Socialistes avec le courant fabiusien du PS qui continue de contrôler en gros un quart de l’appareil du parti. Suivant les leçons de François Mitterrand, Fabius contrôle sa baronnie haute normande avec science, méthode et main de fer dans un gant de velours, mais il ne veut pas être trop lié au Parti Socialiste. D’où le deuxième cercle des intimes, cercle informel où son ancien directeur de cabinet, Louis Schweitzer, PDG de Renault, joue un rôle clé. Autour de Schweitzer, on retrouve, toujours selon le Monde, Serge Weinberg, président du directoire de Pinault-Printemps-La Redoute, qui fut chef de cabinet de Laurent Fabius lorsque ce dernier était ministre du budget. À ses côtés, un autre ancien du cabinet de Laurent Fabius, Charles-Henri Filippi, directeur général du CCF et Patrick Careil, PDG de la banque Hervé. La formule de ce deuxième cercle : comment passer des cabinets ministériels aux sommets du capitalisme français ?

 

À cette “ garde rapprochée ”, il faut ajouter tous ceux qui occasionnellement peuvent donner un coup de main ou dont les conseils sont sollicités. La liste donnée par le Monde est, là encore, assez significative : Patrick Ponsolle, PDG d’Eurotunnel, ancien directeur adjoint du cabinet de Laurent Fabius quand il était ministre du budget, Pascal Beaufret, directeur financier adjoint de Alcatel, son ancien conseiller technique à l’industrie et à Matignon, Lionel Zinzou, associé-gérant chez Rothschild et Cie, sa plume quand il était Premier Ministre, Édouard Stern, président d’International Real Returns, Philippe Calavia, directeur général délégué d’Air France, conseiller technique à Matignon de 1984 à 1986, Jean-Dominique Commolli, PDG de la SEITA, ancien chargé de mission à Matignon. Là encore la formule : haut fonctionnaire, cabinet ministériel, manager capitaliste semble fonctionner à plein rendement. On comprend mieux de qui Fabius est le porte-parole quand il arrive au gouvernement avec la ferme volonté de baisser les impôts sur les plus hauts revenus et de détaxer les stocks-options que Juppé avait surtaxées.

 

Dans ces multiples réseaux, on retiendra le rôle central joué par le PDG de Renault, Louis Schweitzer. Voilà un patron de gauche qui, plus que dix ou cent thèses, dit ce qu’est aujourd’hui la gauche, et singulièrement ce qu’est le Parti Socialiste. Louis Schweitzer, en tant que PDG de l’entreprise phare qu’est Renault, a montré de façon éclatante comment on peut être “ de gauche ” et se comporter comme un patron de choc. Élève de l’ENA de 1968 à 1970, Louis Schweitzer a intégré l’inspection des Finances. En 1981, il devient directeur de cabinet de Laurent Fabius au ministère du budget et à l’industrie ; quand son patron devient Premier Ministre, il occupera les mêmes fonctions à Matignon. Quand la droite revient au pouvoir en 1986, il rejoint Renault dont il devient le PDG en 1992. S’affirmant résolument de gauche, Schweitzer réfute l’étiquette de “ patron de gauche ” car “ il n’y a malheureusement pas trente six façons de gérer une entreprise. "[3] C’est exactement la position d’un Tony Blair. Mais Schweitzer n’en fait pas une théorie. Il applique. Aux côtés de Fabius d’abord. Dans le grand jeu du mécano industriel des années 80 et après que Jean-Pierre Chevènement eût été mis sur la touche, c’est Fabius en effet qui va jouer un rôle central, dans les restructurations. C’est l’époque où la sidérurgie française est dépecée pour cause de non-compétitivité. Le gouvernement de gauche réalise ce que la droite – Giscard et Barre – n’avait pas réussi à faire en raison de la révolte des ouvriers … alors soutenus par la gauche. La Lorraine est mise au pain sec. Les ouvriers de la sidérurgie sont invités à se reconvertir en Schtroumpfs. Face à la droite, Fabius se plaint et se vante tout à la fois : nous avons fait “ le sale boulot ”. Maitre d’œuvre : Louis Schweitzer. Une étape décisive est accomplie dans la destruction politique de la classe ouvrière française. En tant que PDG de Renault, Schweitzer va poursuivre son œuvre. Lui qui a très largement organisé les nationalisations de 1981 va être l’artisan de la privatisation de Renault et de la liquidation de la “ forteresse ouvrière ”. En 1996, c’est lui qui fait pression sur le gouvernement Juppé pour arracher la privatisation de Renault : l’État conservait encore la majorité et Juppé, pas téméraire pour deux sous, lâche 6 % pour ramener la part de l’État à 46 %. C’est encore le gouvernement de droite qui impose cinq administrateurs publics à Renault alors que Schweitzer n’en voulait que trois. Ce n’est certainement pas à gauche qu’on trouverait des étatistes aussi sourcilleux. Heureusement, la gauche revient au pouvoir en 1997. Comme il n’y a pas “ trente six façons de gérer une entreprise ”, c’est sans état d’âme qu’il annonce brutalement la fermeture de l’usine Renault de Vilvoorde. Décision que Jospin, une fois élu, confirmera. Dès juillet 1996, Schweitzer a embauché un spécialiste en restructurations, venu de chez Michelin, Carlos Ghosn. C’est lui qui va restructurer l’ex Régie. Puis, début 1999, c’est la prise de contrôle de Nissan et les restructurations menées au pas de charge par un Carlos Ghosn qui peut démontrer tout son savoir-faire. Pendant des années, on avait mobilisé les Français contre le péril jaune – on n’oubliera pas les impayables déclarations de Mme Edith Cresson sur les “ fourmis ” japonaises. Les conditions de travail y étaient présentées comme un véritable bagne. Les ouvriers japonais ont pu tester qu’il y a pire qu’un patron japonais, qu’il y a un bagne plus terrible que la gestion paternaliste traditionaliste de l’Empire du Soleil Levant. Licenciements, destruction des avantages sociaux, chasse aux gains de productivité (cadences, flexibilité) : le patron “ socialiste ” n’a pas pris de gants. Et du même coup, il a fait justice des récriminations hypocrites dont les socialistes français nous ont abreuvés pendant des années. En France, il fallait faire des sacrifices à cause de la concurrence “ déloyale ” de l’Asie du Sud-Est. Aujourd’hui, c’est un des leurs qui demande aux Japonais des sacrifices en raison de la concurrence … des pays occidentaux qui ont mis à genoux la fière industrie automobile nippone !

 

Hasard du calendrier : quelques jours après le retour de Laurent Fabius au gouvernement, Denis Kessler, numéro deux du MEDEF et patron de la branche “ assurances ” de l’organisation patronale, recevait la légion d’honneur des mains du baron Ernest-Antoine Seillière. Rendant compte de cette petite sauterie bien parisienne, le Monde titre : “ La rosette de Denis Kessler réunit la gauche, la droite et le CAC 40. "[4]” Ce n’est pas que la rosette qui réunit tout ce beau monde ; Denis Kessler, à lui seul, est un concentré de toute la période historique que nous venons de vivre. En remettant la rosette, le baron résume, “ taquin ”, dit le Monde, l’évolution de Denis Kessler par la très classique formule : “ Quand on n’est pas gauche à vingt ans, c’est qu’on n’a pas de cœur ; quand on n’est pas de droite à quarante, c’est qu’on n’a pas de tête. ”

 

En effet, Denis Kessler fut dans les années 70 un des représentants de l’aile gauche de la CFDT. Spécialiste des retraites, il écrit un livre avec Dominique Strauss-Kahn puis finit par se faire embaucher comme fonctionnaire du CNPF avant de rentrer chez AXA. Hasard malencontreux (?), AXA, groupe dirigé par une des figures de proue du capital financier français, Claude Bébéar, a conclu un accord d’un genre nouveau avec la CFDT recentrée de Mme Notat : pour la première fois en France, les cotisations syndicales sont directement prélevées sur la feuille de paie des salariés. L’autogestion des années 60 et 70 s’est muée en pur corporatisme, en nouvelle forme de ce syndicalisme à cotisations obligatoires dont les ouvriers d’Europe de l’Est se sont progressivement débarrassés, en commençant par la révolte de Gdansk pour finir avec l’effondrement du mur de Berlin. Cette petite digression suffit pour montrer que le parcours de Denis Kessler n’est pas aussi bizarre qu’on pourrait le croire au premier abord. Mais l’histoire ne se termine pas là. Après son passage chez AXA, Denis Kessler revient au CNPF devenu MEDEF pour devenir le patron de la branche “ assurances ”, la FFSA. Protégé de Claude Bébéar, Denis Kessler a la réputation d’un défenseur du “ libéralisme intégral ” – comme tout le monde est rallié au libéralisme, il faut maintenant introduire des qualificatifs subtils pour en distinguer les diverses nuances. Bras de droit de Ernest-Antoine Seillière, Denis Kessler est le théoricien de la “ refondation sociale ”, c'est-à-dire d’une révolution radicale des rapports entre les partenaires sociaux, mettant à bas le vieux paritarisme, limitant drastiquement le champ d’intervention de la loi et de l’État. À ses côtés, on remarquera la présence de François Ewald, philosophe mais aussi ancien militant de la Gauche Prolétarienne, devenu un critique de l’État Providence.

 

Eh bien, chose étonnante, la seule confédération de salariés qui réponde positivement à l’invitation de Denis Kessler de Ernest-Antoine Seillière et qui accepte sa problématique est … la CFDT de Mme Notat. Cette “ refondation sociale ” trouve d’ailleurs des applications concrètes. Denis Kessler a inventé le PARE, un système de gestion des chômeurs calqué sur le modèle punitif de Mrs Thatcher et de son successeur néo-travailliste, Tony Blair. Encore une fois, seule la CFDT –aux côtés du groupuscule qu’est la CFTC- en accepte le principe. Que le monde est petit ! Syndicaliste gauchiste des années 60, patron libéral des années 2000, Denis Kessler reste fidèle à son organisation syndicale.

 

 

Quand on sait que la CFDT possède plus que des relais puissants dans l’appareil socialiste, la boucle est bouclée … et nous ramène à notre petite sauterie décorative. “ C’est presque une réunion du CAC 40 ”, dit Denis Kessler. Autour de lui et des dirigeants du MEDEF nous pouvons croiser Dominique Strauss-Kahn et Philippe Séguin, Claude Bébéar et Michel Bon, le PDG de France Télécom. Des patrons clairement à droite comme Vincent Bolloré ou Michel Pébereau et des patrons au cœur qui penche à gauche, comme les dirigeants de Schlumberger. Des dirigeants de la CFTC et de la CGC et comme le confiait Denis Kessler lui-même, “ Nicole Notat serait bien venue, mais elle est en vacances. ”

 

L’enchevêtrement des liens entre l’appareil du PS, la haute fonction publique, les patrons des grandes entreprises capitalistes et certains milieux syndicaux ou mutualistes est presque inextricable. Quand on tire un fil, tout vient progressivement. De tous les ministères importants partent des fils multiples qui vont conduire d’ambitieux énarques, de brillants inspecteurs des finances vers les sommets du capitalisme privé, souvent même du capitalisme privatisé. Pierre Bérégovoy est ministre des Affaires Sociales puis ministre des Finances entre 1982 et 1986. Comme directeur de cabinet, il appelle un homme jeune et brillant qui devient “ dircab ” à l’âge de 33 ans. À ce poste, Jean-Charles Naouri va être un des premiers artisans de la libéralisation des marchés financiers qui restera la “ grande œuvre ” de Pierre Bérégovoy – pour une telle opération, seul un ministre autodidacte issu des rangs ouvriers pouvait convenir. Selon la rumeur, rapportée par le Monde (15 septembre 1997), Jean-Charles Naouri aurait dit, lors de son pot d’adieu après la défaite de la gauche en 1986 : “ Dans la vie, il y a deux choses qui comptent : le pouvoir et l’argent. Nous avons eu le pouvoir, maintenant il nous faut l’argent. ” Apocryphe ou non, cette phrase résume admirablement et la trajectoire de Jean-Charles Naouri, et celle d’une large partie de la génération qui va accéder au pouvoir avec François Mitterrand. Naouri quitte donc la fonction publique et devient associé-gérant chez Rothschild – un parcours assez semblable à celui de l’ancien conseiller de Fabius, Laurent Zinzou. Chez Rothschild, d’ailleurs on peut faire des rencontres intéressantes. Nicolas Bazire, directeur de cabinet de M. Édouard Balladur sera, lui aussi, associé-gérant. En 1987, Jean-Charles Naouri crée le fond d’investissement Euris qui prend rapidement de l’ampleur, empilant les structures. Non seulement il a l’appui de Rothschild mais aussi celui de Lazard Frères, une compagnie financière qui accueillera bientôt dans ses rangs l’ancienne secrétaire générale adjointe de l’Élysée sous François Mitterrand, Mme Anne Lauvergeon. Celle-ci, après Alcatel, finira par prendre en main les destinées de la COGEMA. Mais ne nous égarons pas, ce qui est si facile : dès qu’on entre dans les méandres du grand capital, on trouve des socialistes et des hommes et femmes de confiance des socialistes dans tous les couloirs.

 

En 1991, Naouri entre dans le domaine de la distribution. Il reprend Rallye et Go Sport en se liant au groupe Casino dont il prend 30 % en échange de ses actifs dans Rallye. La financière Euris est ainsi devenue un important groupe de distribution. Inquiété par la commission parlementaire qui enquête sur la manière dont certains grands patrons ont profité largement de la liquidation de certains actifs du Crédit Lyonnais, Naouri règne sur un groupe qui pèse plus 10 milliards et sa fortune personnelle est évaluée à plus de 1,5 milliards de francs. Si la gauche n’a pas réglé la question sociale, en voilà un au moins qui a réglé sa propre question sociale ! Dans leur livre “ L’entreprise barbare "[5], Albert Durieux et Stéphane Jourdain épinglent d’ailleurs Go Sport comme une de ces entreprises qui pratiquent le harcèlement systématique de leurs salariés, au point de fonctionner, disent ces deux auteurs, quasiment comme une secte.

 

On pourrait aussi s’intéresser aux heurs et malheurs de l’économiste Alain Bloubil, un autre proche de Pierre Bérégovoy qui, tout comme Naouri, aura maille à partir avec la justice, notamment à propos d’un méchant délit d’initié concernant Péchiney. Sans oublier quelques amitiés plus ou moins intéressées qui précipiteront l’intègre Bérégovoy dans la spirale infernale qui se terminera au bord du canal du Nivernais au petit matin du 1er mai 1993. Qu’on nous permette une digression et une interprétation. Pierre Bérégovoy, on s’en souvient, avait bénéficié d’un prêt à un taux avantageux de la part de Roger-Patrice Pelat, un homme d’affaires proche de François Mitterrand, qui sera soupçonné d’avoir bénéficié, lui aussi, d’un délit d’initiés dans l’affaire Péchiney qui vient d’être évoquée. Blessé d’être accusé de corruption par certains journaux, lâché par une partie de ses amis, confronté au désastre de la gauche aux élections du printemps 1993 qui ramènent le PS à un niveau d’avant le congrès d’Épinay, les raisons ne manquent point pour pousser au geste fatal cet homme fatigué par 14 ans presque ininterrompus de ministères exposés. Ancien ouvrier ajusteur, entré à 16 ans à la SNCF, qui a refusé les compromissions de la SFIO et rejoint le PSA en 1958 et Pierre Mendès-France dans l’aventure qui conduit au PSU, puis à la reconstruction d’une nouvelle force socialiste basée sur l’Union de la Gauche, Pierre Bérégovoy est peut-être confronté, en ce printemps de 1993, au bilan catastrophique de la vie de celui qui avait pensé la mettre sous le signe de la lutte pour la justice sociale. Acteur mais aussi victime des années fric, Pierre Bérégovoy a peut-être brutalement compris quel monstre était sorti des deux septennats socialistes.

 

On pourrait continuer l’énumération. Nous avons vu deux premiers ministres socialistes Fabius et Bérégovoy. Mais les amis et collaborateurs de Mauroy et Rocard ont aussi des trajectoires intéressantes. Ainsi Christian Blanc, ancien préfet qui s’est illustré lors de la négociation en Nouvelle-Calédonie, devenu patron de la RATP puis PDG d’Air France et organisateur de l’entrée de la compagnie dans l’ère du libéralisme et de la privatisation, Christian Blanc que “ L’Événement du Jeudi ” présente en ces termes : “ Homme de gauche et patron de choc ” (30/11/1995). Démissionnaire d’Air France en 1997, Christian Blanc vient d’être nommé vice-président de la filiale française de la compagnie financière Merryl Lynch. Belle carrière pour un préfet. On pourrait encore citer les spécialistes de l’aller-retour, par exemple, Martine Aubry, ministre puis DRH chez Péchiney puis à nouveau ministre chargée des Affaires Sociales et du Travail. On pourrait aller faire un tour du côté de Pierre Mauroy et croiser Jean Peyrelevade, devenu PDG du Crédit Lyonnais, dont il assure le redressement après le naufrage sous la présidence de Jean-Yves Haberer. Ancien directeur du Trésor nommé Bérégovoy, Haberer présidait aux destinées du Crédit Lyonnais quand se sont nouées les grandes affaires qui devaient le conduire à la quasi-faillite. Une affaire exemplaire des liens entre politiques, hommes d’affaires et aventuriers, qui devait être suivie du “ repas des fauves "[6] ” auquel se livreront les grands capitaines de la finance française avec la complicité du CDR, l’organisme chargé de la liquidation des actifs du Lyonnais, mis en place par Édouard Balladur. Parmi les “ fauves ” qui se partageront les dépouilles de la vénérable institution, on retrouve les holdings de François Pinault et de Jean-Charles Naouri…

 

Il y a un homme qui symbolise mieux que tout cette grande confrérie du fric de droite et du fric de gauche. C’est Alain Minc, tantôt pour la gauche moderne, tantôt pour la droite, consultant et écrivain prolixe (surtout à la photocopieuse : ça va plus vite qu’au stylo). “ Pour fêter ses 50 ans, Minc réunit à la table du Grand Véfour, le 14 avril 1999, un “ nectar de Who's Who”. Par ordre alphabétique, citons Martine Aubry, Pierre Bergé, Vincent Bolloré, Michel Bon, Jean-Marie Colombani, Jean Drucker, Franz-Olivier Giesbert, Bernard Kouchner, Philippe Labro, Pascal Lamy, Gérard Mestrallet, Jean-Charles Naouri, Jean Peyrelevade, François Pinault, David de Rothschild, Ernest-Antoine Seillière, Louis Schweitzer, Anne Sinclair, Dominique Strauss-Kahn et Jean-Claude Trichet. Attention, précise un de ces heureux invités, ce n'étaient pas pures mondanités : “C'est vrai qu'Alain est snob comme un pot de chambre ”, mais  “ les gens qui étaient là n'auraient normalement jamais dîné ensemble ”.[7] ”

 

Il y a évidemment des différences importantes entre les types d’hommes. Louis Schweitzer ou Christian Blanc ne ressemblent pas à Jean-Charles Naouri. Mais ces différences deviennent secondaires si on considère que le lien et le passage entre la politique et les affaires, qui constituait l’exception, est devenu la règle dans les cabinets socialistes. Ce qui était vrai essentiellement des partis de droite est devenu une des caractéristiques du Parti Socialiste et cela a nécessairement une signification politique.

 

Si, prenant un peu de recul, on considère maintenant le tableau d’ensemble, on ne manquera pas d’être frappé par la dynamique qui s’est mise en route avec l’arrivée au pouvoir de la gauche en 1981. Toute une génération de hauts fonctionnaires, souvent encore jeunes, va arriver aux affaires. Unissant idées modernistes, voire teintées de gauchisme à une forte culture de la compétence technique, ils vont progressivement pénétrer tous les rouages de l’appareil d’État et de l’économie. Puis, chevauchant la vague néolibérale, eux qui furent embauchés sous l’enseigne de la “ rupture avec le capitalisme ” vont se retrouver à la tête des plus grandes entreprises, souvent privatisées sous les gouvernements de droite et de gauche. On passe d’un capitalisme d’État qui se voulait “ socialiste ” à un capitalisme privé qui a pris entièrement le contrôle de l’État. En changeant ce qui doit être changé, ce processus rappelle étrangement le démantèlement de l’ex-Union Soviétique. Les bureaucrates formés à l’école du Gosplan vont engager la privatisation de l’économie d’État … et s’en partager les dépouilles.

 

Nous n’avons qu’effleuré les phénomènes de corruption, les “ affaires ” qui ont pourri le deuxième septennat de Mitterrand. Les “ affaires ” sont révélatrices, mais elles ne sont pas l’essentiel et peuvent même le masquer. L’essentiel c’est la transformation radicale de la relation entre le PS et les classes dominantes et du même coup le bouleversement de tout le champ politique, qui ne se circonscrit pas à la géographie parlementaire mais concerne la représentation politique de la nation dans toutes ses composantes et avec tous ses conflits. Cette transformation des liens entre les possesseurs de capital – les vrais, pas les petits épargnants qui se font plumer dans l’opération Eurotunnel – et le Parti Socialiste a plusieurs conséquences :

  • Le PS n’est plus un parti pour la gestion loyale du capitalisme en temps de crise, comme ce fut le cas en 1936. Il est une solution sérieuse et durable pour les classes dominantes, au même titre que le sont les partis de la droite classique. Nous avons même vu que le PS possède sur ces derniers quelques avantages décisifs, notamment celui d’être moins lié à la tradition conservatrice pesante pour la “ nouvelle économie ”.

  • Cette transformation du PS s’est opérée dans la douleur, la déception et les dégoûts des uns, l’enrichissement insolent et la corruption des autres. Avec Lionel Jospin, cette phase est terminée. Le ménage est en gros fait. Les défauts inévitables des “ nouveaux riches ” s’estompent avec l’habitude. Au total, le rigorisme protestant de Lionel Jospin aura été l’instrument de la normalisation consécutive à cette mutation du Parti Socialiste.

  • Du point de vue de sa composition sociale, de son appareil, des liens qu’il entretient avec la société civile, le PS est désormais le parti du “ bloc central ” cher à Valery Giscard d’Estaing.[8]

 

Encore une fois, il ne s’agit pas d’opposer un PS soi-disant “ révolutionnaire ” ou au moins fortement contestataire des années 70 au PS assagi par le pouvoir. Le PS a évolué par petites secousses, enregistrant tel tournant gouvernemental – en rouspétant – avançant, mezzo voce, telle innovation théorique. Il n’y a pas eu de congrès de Bade-Godesberg comme pour la SPD. Pas de spectaculaire changement de sigle. Et pourtant il a subi, en profondeur, une sorte de transsubstantiation qui bouleverse tout le paysage politique français. La seule chose qui le sépare maintenant du “ centre droit ”, de la démocratie chrétienne en particulier, c’est peut-être la relation à l’Église catholique. En dépit du poids des “ cathos de gauche ”, le PS reste largement un parti laïque. Mais l’affaiblissement du contrôle politique de l’Église, la désagrégation de la démocratie chrétienne européenne – crise du CDU, explosion de la DC italienne – et la montée d’une nouvelle droite réactionnaire – Haider en Autriche, “ centristes ” suisses – laissent augurer de nouveaux reclassements. »

 

- [H] Comment le PS est devenu un parti du capital ? Aujourd’hui...

Les processus que nous avions analysés à l’époque n’ont fait que se développer au cours des quinze dernières années. Dans son livre L’imposteur (Balland, 2014), Jacques Cotta établit précisément les liens profonds existants entre les milieux du capital financier (singulièrement les grandes banques), les hauts fonctionnaires sarkozystes et les hiérarques du PS. Il montre aussi comment la CFDT, dont les dirigeants ont une forte propension à investir la direction des entreprises privées colonisent véritablement l’appareil d’État. De ce point de vue l’accord Hollande-Gattaz autour du « pacte de responsabilité » et la nomination de Valls, celui qui voulait il y a encore peu de temps débaptiser le PS pour faire disparaître le mot « socialiste » ne fait que parachever une évolution dont on peut fixer le point de départ au « tournant de la rigueur » engagé par le gouvernement Mauroy en 1982.

 

On l’a souligné, cette évolution a un centre de gravité : les engagements « européens », c’est-à-dire la soumission du PS au dogme de la « concurrence libre et non faussée » (qui figurait déjà dans le traité de Rome!). C’est Delors qui a convaincu Mitterrand l’atlantiste de donner la priorité à la « construction européenne » en 1982-1983. C’est ensuite Mitterrand qui, secondé par Bérégovoy, a pris le camp des ultra-européistes en mettant en place « le grand marché », en libéralisant les transactions financières, en déréglementant à tout va. Les « bébés Delors » vont un rôle croissant et parmi eux un certain François Hollande qui dès 1983 servait de « nègre » à Max Gallo pour un livre qui appelait déjà à rompre avec tous les « dogmes socialistes » intitulé La nouvelle alliance. C’est au Pascal Lamy qui va prendre la direction de l’OMC où il œuvrera avec constance pour le triomphe de la nouvelle économie libérale, ce même Lamy qui vient de déclarer qu’il vaut mieux un job à 500€ que d’être chômeur.

 

En vérité, les sommets du PS n’ont plus aucun lien réel avec les citoyens en général pour ne rien dire des classes populaires. Ils appartiennent à cette « classe capitaliste transnationale » (TCC) si bien analysée par Leslie Sklair. Les maires des métropoles (Paris et Lyon) ou les barons des grandes régions font également partie de cette classe « hors sol ». Et avec eux toute une camarilla d’experts et de conseillers qui naviguent entre la direction des grandes entreprises et les cabinets ministériels.

 

Maintenir l’illusion qu’il existe quelque chose comme « la gauche » qui unirait les ouvriers licenciés, les RMIstes et les sept millions (au moins) de travailleurs pauvres aux barons « socialistes », c’est faire preuve d’un aveuglement radical ou d’une aptitude singulière à la reptation devant les puissants, à moins qu’il ne s’agisse de participer à une opération d’enfumage nécessaire pour sauvegarder sinécures et voitures de fonction.

 

Note :

[1] Le rôle dirigeant dans le gouvernement du Front Populaire devait échoir aux radicaux. Mais la grève générale bouleversa les calculs, et à la place de Herriot ou Daladier, la classe dirigeante demanda à Léon Blum de prendre les choses en main.

[2] Le Monde, Jeudi 20 Avril 2000

[3] Libération – Lundi 5 mai 1997

|4] Le Monde, Vendredi 21 Avril 2000

[5] Albin Michel 1999

[6] Pour reprendre le titre du livre de Thierry Pfister et Fabrizio Calvi.

[7] Libération - 10 décembre 1999 ; Compte rendu du livre de Éric Dupin, “ Un capitaliste français ” (J.C. Lattès, 1999)

[8] Dans Démocratie française, VGE, encore Président de la République, expliquait que la France devait être “ gouvernée au centre ” puisque l’évolution sociale et économique était en train de constituer un bloc central des classes moyennes qui reléguait la lutte des classes aux poubelles de l’histoire.

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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 21:01
Qui est riche et qui est pauvre en France ?

Source : l'Observatoire des inégalités

L’Observatoire des inégalités publie les seuils de pauvreté, de richesse et le niveau de vie des classes moyennes pour les principaux types de ménages. Des données essentielles.


Qui est pauvre, moyen ou riche selon le type de ménage ? Délimiter des frontières de niveaux de vie est une construction statistique. L’exercice est pourtant essentiel si l’on veut comprendre la société. Encore faut-il prendre quelques précautions. Nous publions des données détaillées de l’année 2011 par type de ménage. Elles sont obtenues à partir des déclarations d’impôts, auxquelles l’Insee a retiré les impôts directs payés et les prestations reçues (voir encadré méthodologique).

Qui est riche et qui est pauvre en France ?
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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 11:30
L’histoire (glaçante) de l’extrême droite française

 Le parti de Marine Le Pen pourrait devenir le premier parti de France aux élections européennes. Face à cette perspective glaçante, il est plus que jamais nécessaire de rappeler l’histoire nauséabonde de l’extrême droite française.

C’est ce qu’a fait pendant six mois l’historien Stéphane Mazurier dans Siné Mensuel.

 

Source : Stéphane Mazurier raconte...  publié le 18 mars 2014

 

Première partie (sur 6) : 1789 – 1814

Au temps de la cocarde noire

 

- Cette histoire pleine de bruit et de fureur a commencé avec la Révolution de 1789, sur les bancs de l’Assemblée constituante, en même temps qu’est né le clivage gauche-droite.

À gauche du président de l’Assemblée s’étaient rassemblés les députés favorables à une sérieuse limitation des pouvoirs du roi, tandis qu’à droite siégeaient ceux qui souhaitaient que son autorité soit maintenue. Quelque deux cents individus se sont placés le plus à droite de la chambre : ils exigeaient que le roi redevienne le monarque absolu qu’il était naguère. Ceux-là vomissaient les profondes avancées sociales et politiques qui venaient d’être décidées : l’abolition des privilèges et des droits féodaux lors de la nuit du 4 août, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen trois semaines plus tard… pour lire la suite...

 

ou, le document intégral à télécharger ci-dessous...

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 14:36
LR_Budget_2014.JPG

2014 : construisons un projet municipal pour combattre l'austérité !


La Rochelle le 25-02-2014

Source : http://17.lepartidegauche.fr

A en croire nombre de commentateurs politiques, de candidats soutenus ou pas par la majorité politique en place, les élections municipales de 2014 ne seraient pas une élection nationale !


Débattre de la politique du gouvernement ne serait pas à l'ordre du jour !

L'examen des conséquences budgétaires de cette politique au niveau local serait un « autre débat ».... les rochelais se contentant d'une gestion « à la papa », de quelques promesses « sociétales », de l'engagement de les « consulter avant de faire », de les « écouter »..... sans réel pouvoir de décision.


Il suffirait de mettre quelques champs de légumes bio entre les cuves de Picoty pour qu'ils voient « la ville en rose » !


Que nenni ! 
2014 sera une nouvelle année de gestion austéritaire de La Rochelle dans le cadre de la politique Hollande Ayrault. 
Car sur décision du gouvernement, les collectivités locales (régions, départements, communes) vont devoir renoncer à 1,5 milliard d'euros de dotations en 2014, ce qui, pour les communes, correspond à une perte de rien moins que 840 millions, soit en moyenne, l'équivalent de 12 euros par an et par habitant.

Pour La Rochelle, l'évolution de la DGF (Dotation Globale de Fonctionnement) en € est de :


2009 2010 2011 2012
- 120 520,00 € - 186 858,00 € - 386 342,00 €

- 226 245,00 €

Dans le même temps le gouvernement impose de nouvelles compétences sans en transférer les moyens (ex : réforme des rythmes scolaires soit selon M. Bono(1) 70 postes à financer, soit au minimum 530 000 € en 2014 pour une application initialement prévue en 2013).

Oui, le projet de budget 2014 de La Rochelle est frappé du sceau de l'austérité gouvernementale ! 

Il suffit de lire l'introduction « ELEMENTS DE CONTEXTE » pages 2-3-4 du projet de budget 2014 présenté en séance du Conseil Municipal de La Rochelle le 16 décembre 2013 pour se convaincre du contraire.


Notre adversaire, du local au national, c'est la finance et ceux qui la servent.

 

ENSEMBLE, nous construisons un projet municipal pour combattre l'austérité en diminuant le "coût de la ville" !

(1) Voir propos M. Bono à Sud Ouest

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 01:17

INTERCOMMUNALITE

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 00:55

http://www.lepartidegauche.fr/system/images/original/arton3763-f0296.jpg?1391511087L’Assemblée nationale examine aujourd’hui un projet de loi qui élargit aux plantes le délit de contrefaçon. Ce projet, qui suscite une forte indignation, renforce un vaste arsenal réglementaire limitant le droit à échanger et reproduire les semences de ferme. Depuis un siècle, « les semenciers n’ont eu de cesse de chercher des moyens techniques pour assurer leur monopole sur la semence », rappelle Yves Manguy, co-fondateur de la Confédération paysanne. Tout commence aux États-Unis dans les années 20. Paysans et consommateurs sont progressivement devenus otages des grands semenciers. Sans jamais cesser de résister à la privatisation du premier maillon de la chaîne alimentaire.

 

La « guerre des semences » s’intensifie. Un récent projet de loi considère la reproduction de semences à la ferme, ces graines issues de variétés sélectionnées par l’industrie semencière, comme une « contrefaçon ». Cette tentative d’appropriation de la semence n’est pas nouvelle. Elle remonte au début du 20e siècle et commence plus précisément aux Etats-Unis. En 1923, le ministre de l’Agriculture décide d’arrêter la sélection quasi naturelle du maïs au profit d’hybrides non reproductibles qui assurent un retour sur investissement.... Pour en savoir plus...

 

L’Assemblée nationale examine aujourd’hui un projet de loi qui élargit aux plantes le délit de contrefaçon. Ce projet, qui suscite une forte indignation, renforce un vaste arsenal réglementaire limitant le droit à échanger et reproduire les semences de ferme. Depuis un siècle, « les semenciers n’ont eu de cesse de chercher des moyens techniques pour assurer leur monopole sur la semence », rappelle Yves Manguy, co-fondateur de la Confédération paysanne. Tout commence aux États-Unis dans les années 20. Paysans et consommateurs sont progressivement devenus otages des grands semenciers. Sans jamais cesser de résister à la privatisation du premier maillon de la chaîne alimentaire.

La « guerre des semences » s’intensifie. Un récent projet de loi considère la reproduction de semences à la ferme, ces graines issues de variétés sélectionnées par l’industrie semencière, comme une « contrefaçon ». Cette tentative d’appropriation de la semence n’est pas nouvelle. Elle remonte au début du 20e siècle et commence plus précisément aux Etats-Unis. En 1923, le ministre de l’Agriculture décide d’arrêter la sélection quasi naturelle du maïs au profit d’hybrides non reproductibles qui assurent un retour sur investissement.

- See more at: http://www.lepartidegauche.fr/vudailleurs/articleweb/privatisation-des-semences-une-guerre-l-ombre-se-livre-depuis-un-siecle-26742#sthash.XqL3Xu2m.dpuf

L’Assemblée nationale examine aujourd’hui un projet de loi qui élargit aux plantes le délit de contrefaçon. Ce projet, qui suscite une forte indignation, renforce un vaste arsenal réglementaire limitant le droit à échanger et reproduire les semences de ferme. Depuis un siècle, « les semenciers n’ont eu de cesse de chercher des moyens techniques pour assurer leur monopole sur la semence », rappelle Yves Manguy, co-fondateur de la Confédération paysanne. Tout commence aux États-Unis dans les années 20. Paysans et consommateurs sont progressivement devenus otages des grands semenciers. Sans jamais cesser de résister à la privatisation du premier maillon de la chaîne alimentaire.

La « guerre des semences » s’intensifie. Un récent projet de loi considère la reproduction de semences à la ferme, ces graines issues de variétés sélectionnées par l’industrie semencière, comme une « contrefaçon ». Cette tentative d’appropriation de la semence n’est pas nouvelle. Elle remonte au début du 20e siècle et commence plus précisément aux Etats-Unis. En 1923, le ministre de l’Agriculture décide d’arrêter la sélection quasi naturelle du maïs au profit d’hybrides non reproductibles qui assurent un retour sur investissement.

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L’Assemblée nationale examine aujourd’hui un projet de loi qui élargit aux plantes le délit de contrefaçon. Ce projet, qui suscite une forte indignation, renforce un vaste arsenal réglementaire limitant le droit à échanger et reproduire les semences de ferme. Depuis un siècle, « les semenciers n’ont eu de cesse de chercher des moyens techniques pour assurer leur monopole sur la semence », rappelle Yves Manguy, co-fondateur de la Confédération paysanne. Tout commence aux États-Unis dans les années 20. Paysans et consommateurs sont progressivement devenus otages des grands semenciers. Sans jamais cesser de résister à la privatisation du premier maillon de la chaîne alimentaire.

La « guerre des semences » s’intensifie. Un récent projet de loi considère la reproduction de semences à la ferme, ces graines issues de variétés sélectionnées par l’industrie semencière, comme une « contrefaçon ». Cette tentative d’appropriation de la semence n’est pas nouvelle. Elle remonte au début du 20e siècle et commence plus précisément aux Etats-Unis. En 1923, le ministre de l’Agriculture décide d’arrêter la sélection quasi naturelle du maïs au profit d’hybrides non reproductibles qui assurent un retour sur investissement.

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 00:46
ÉLECTIONS MUNICIPALES : Oui à la gratuité, non à la charité !
En cette fin d'année 2013 nous voici au temps de l'ébauche des programmes et la notion de gratuité devrait être à l'honneur des programmes municipaux pour ceux qui s'annoncent de gauche. Le Parti de Gauche, avec d'autres, en est porteur au sein de l'Assemblée Citoyenne Rochelaise !

Or, comme l'a mis en évidence nos camarades de Limoges, les enjeux sont grands et il n'est pas surprenant que sous un même mot cohabitent des projets tout à fait divergents.

 

Dans un monde en passe de devenir intégralement marchandise, la notion de gratuité bouscule l’idée qu’il faudrait tout mériter à la mesure de l’encours de son compte en banque, et qu’il serait donc possible et juste d’être privé de biens et de services pourtant essentiels.


- Proposer des gratuités c’est :

  • affirmer qu’il existe des biens communs et que chaque être humain a un droit inconditionnel à en «vivre» sa part ;
  •  rendre effectif ce droit, quasi instantanément, sans attendre l’objectif louable, mais toujours remis aux «lendemains qui chantent», de l’amélioration des revenus et du travail pour tous.

 

Il n’est pas question de nier les coûts, mais il s’agit simplement de socialiser une dépense qui mérite de l’être par son caractère vital, comme les premiers mètres cubes d’eau par exemple, ou par ses conséquences sur l’égale efficience en terme de vie sociale, culturelle et professionnelle pour chacun, c’est le cas des transports en commun.


A ce stade de la réflexion survient alors immanquablement le contre feu de la conditionnalité : «Oui, bien sûr, mais sous conditions de ressources, seulement pour les plus pauvres d’entre nous».
noeud

 

- Ainsi une dimension pourtant essentielle de la gratuité passe à la trappe.
Pour le comprendre considérons donc une expérience grandeur nature menée dans notre pays depuis des années : la CMU, Couverture Maladie Universelle, qui permet, sous la condition de très faibles ressources, de ne pas avancer d’argent pour se soigner et ceci sans avoir à payer une mutuelle santé.


Ce système est essentiel pour garantir la santé d’une part malheureusement grandissante de la population, qui comprend d’ailleurs de plus en plus de travailleurs pauvres. Mais il focalise également les ressentiments de nombreux autres citoyens, qui peinent à assurer les dépenses courantes et qui sacrifient l’adhésion à une mutuelle santé, et renoncent parfois à des soins médicaux.


Il est dés lors évident que cette gratuité sous conditions de ressources est une machine infernale, et j’en suis quotidiennement le témoin dans mon travail de médecin, comme sans doute beaucoup d’entre-vous dans les propos entendus de-ci de-là : elle fabrique chaque jour du ressentiment entre les «sacrifiés» et les «assistés». Et ceci se vérifiera dans bien d’autres domaines.


Une solution est pourtant évidente, et consisterait en la prise en charge des soins de santé, pour tous, sans avance de frais, par une sécurité sociale qui financerait à 100%, et ne coûterait au final pas plus cher que cette armada de complémentaires.

 


- Effectivement les enjeux sont grand

Plus de place pour le marché des mutuelles et des assurances complémentaires santé, plus de place pour les 2,5 milliard d’euros annuels de dépassements sur les honoraires médicaux, … Mécaniquement cette gratuité là chasse la finance et la marchandisation pour un coût total moindre et une meilleure efficience.


La gratuité, pour peu qu’elle soit inconditionnelle, bien ciblée, et limitée pour ne pas induire des gaspillages de ressources naturelles, par exemple en facturant puis en renchérissant les mètres cubes d’eau au delà d’une consommation jugée raisonnable, est donc un moyen de mettre en pratique l’égalité concrète entre citoyens dans la vie quotidienne.


Il est probable qu’à Limoges et dans les communes environnantes, une certaine ségrégation sociale ne perdurerait pas très longtemps dans les transports en commun, s’ils devenaient gratuits pour tous et performants avec le déploiement du projet TramLim.

 

Pour en savoir plus :

- Réponses aux sceptiques de la gratuité des transports publics urbains

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