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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 08:07
Photo: Zuma / TASS

Photo: Zuma / TASS

Comme le rapporte l’agence « Xinhua », au sommet du « G20 » la Chine[1] a proposé au monde un nouveau modèle de gestion de l’économie mondiale. Les jalons essentiels en sont consignés dans un document appelé « le consensus de Hangzhou ». Fait intéressant, « Xinhua », constate une bonne compréhension du projet par les autres membres du G20.

 

Sources : Le site du Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Andreï Ivanov, traduit du Russe par Marianne Dunlop

Formellement, à la rencontre de Hangzhou[2] rien d’extraordinaire ne s’est passé. Les médias ont rapporté que les dirigeants du monde ont discuté entre eux des problèmes les plus aigus, mais ne disent pas quelles mesures pratiques ont été envisagées. Par exemple, dans le cadre de diverses réunions, Hollande, Merkel, Obama et Poutine ont discuté de la Syrie et de l’Ukraine. Mais en fait, il semble que tout reste inchangé, rien n’a été expressément convenu, et chaque Etat continuera à tenir sa ligne. La même chose peut être dite sur les problèmes de l’économie mondiale. Bref, on s’est rencontré, on a parlé et on est reparti. Le sommet du G20 dans la conscience de masse est associé à une espèce de « club d’élite », et non une autorité qui prendrait des décisions politiques.

 

Par conséquent, le message de « Xinhua » mérite une certaine attention. Il apparaît, selon l’agence, que « grâce aux efforts de la Chine, au sommet du G20 à Hangzhou pour la première fois une place importante dans les politiques macro-économiques mondiales a été accordée aux questions de développement, pour la première fois a été élaboré un plan d’action pour la mise en œuvre d’un développement durable à l’horizon 2030 ». Autrement dit, avant les dirigeants du monde se réunissaient seulement pour parler, mais en Chine, ils ont commencé à travailler sérieusement.

 

« Cela signifie que les fruits du développement économique ne doivent pas seulement profiter à un petit nombre de personnes ou de pays, mais que tous les pays doivent en tirer profit, indépendamment du fait qu’ils soient pauvres ou riches, développés ou sous-développés. Là est le problème de l’économie mondiale « , – a commenté Zhao Xijun, Vice-Président de l’Académie des finances de l’Université Populaire de Chine.

 

Étant donné la retenue traditionnelle des médias chinois dans leurs formulations, on peut conclure que la Chine prépare un modèle fondamentalement nouveau de l’ordre mondial.

 

 

- Nous pouvons essayer d’imaginer quelle sera son essence.

L’économie mondiale ralentit sa croissance. Cela s’est produit d’abord dans les pays développés, et il y avait de l’espoir pour la croissance dans les pays en développement. Mais, plus récemment, il est devenu clair que cet espoir ne se justifiait pas. Qu’est-ce qui peut relancer l’économie mondiale ? Certains disent les nouvelles technologies. Toutefois, les gains de productivité ne suppriment pas le problème de la saturation des marchés. En Europe déjà certaines banques commerciales concèdent des prêts à intérêt négatif, à tel point dans le monde d’aujourd’hui il est devenu difficile de trouver une utilisation à l’argent.

 

Le problème, bien sûr, n’est pas l’absence physique de consommateurs. C’est juste que le modèle actuel est basé sur la croissance effrénée de la consommation dans les pays riches et laisse de côté des centaines de millions de personnes dans les pays pauvres, en fait exclus de l’économie mondiale. Pour la reprise de la croissance il est nécessaire de créer la demande des consommateurs en Afrique, dans les pays les plus pauvres d’Asie et d’Amérique latine. Mais cela signifie que nous devrions réduire les disparités entre les différentes régions du monde et abandonner l’ancien modèle.

 

La nouvelle économie doit être basée non pas sur la croissance de la consommation, mais sur la fourniture du nécessaire à tout le monde. Cela suppose d’économiser l’énergie et les ressources, et de transférer la motivation pour le travail des besoins aux capacités de chacun.

 

Le modèle actuel repose sur le dollar, et il est basé sur l’inégalité. En outre, les pays les plus prospères, plutôt que produire eux-mêmes, gèrent la redistribution des résultats du travail des autres et des ressources des autres. Changer le système n’est possible qu’en renonçant au dollar.

 

Il n’est pas difficile de deviner qu’en qualité de nouvelle monnaie mondiale, la Chine envisage le yuan. A propos, au dos des billets d’un yuan est représenté le Lac de l’Ouest, situé au centre de Hangzhou. On peut dire que le lieu du G20 chinois n’a pas été choisi au hasard. Les experts disent que l’image sur le billet de banque est un symbole de l’unité du ciel, de la terre et de l’homme. Cela est tout à fait différent des symboles ouvertement maçonniques au verso du dollar sur un fond de toile d’araignée qui semble envelopper le monde.

 

La seule chose que l’on peut contester parmi les affirmations de l’article de « Xinhua » est que tous les dirigeants du monde accueillent favorablement les initiatives de la Chine. Les USA et les pays européens ne renonceront pas si facilement au fondement de leur prospérité.

  • La Chine tente aujourd’hui d’évincer les pays occidentaux dans la gestion de l’économie mondiale, – a déclaré le directeur adjoint de l’Institut d’Etudes Extrême-Orientales Andrei Ostrovsky.
  • Les « majorités de contrôle » dans les institutions financières internationales clés sont détenues par les États-Unis et l’Union européenne. Si nous parlons des devises, partout ont cours le dollar, l’euro, la livre sterling, le yen. Ce n’est que récemment qu’il a été décidé d’inclure le yuan dans la liste des monnaies de réserve mondiale.

 

A Hangzhou, la Chine a tenté de réviser le système de la gouvernance économique mondiale, et d’associer au processus les pays en développement. Le G20 comprend 19 pays plus l’Union européenne, et 77 pays étaient représentés au sommet. La Chine étant le pays organisateur, elle a le droit d’inviter d’autres États. Elle en a profité au maximum, afin d’obtenir un large soutien à ses initiatives.

 

 

- INTERVIEW

  • « SP » : – Qu’a l’intention de faire la Chine en pratique ?

La Chine a déjà mis en place la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, le fonds « Route de la Soie ». Ce sont des faits tangibles. La Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures dépasse déjà la Banque asiatique pour la reconstruction et le développement.

 

La Chine met en œuvre le projet « Route de la Soie ». Peu importe comment les autres pays l’accueilleront, la Chine a déjà commencé à mettre en œuvre son programme économique. La Chine s’éloigne peu à peu de l’esprit « profil bas » de Deng Xiaoping, ce qui est apparu clairement au sommet du « G20 » à Hangzhou.

 

  • « SP » : – Quels sont les principaux changements à attendre ?

La Chine est prête à accroître la capacité économique des pays en développement. Aujourd’hui, la proportion du G20 dans l’économie mondiale est de 86%, et tous les autres pays ne représentent que 14%, ainsi, nous voyons une grande disparité dans le monde. Pour réduire l’écart, il faut changer le système de gouvernance économique mondiale. Aujourd’hui, le système est lié au dollar, au Système fédéral de réserve et aux accords de Bretton Woods. Les Chinois tentent de corriger cette chose. La première étape est de faire du yuan une monnaie convertible. De toute évidence, ce n’est pas l’affaire d’un seul quinquennat.

 

La transition du « dollar mondial » au « yuan mondial » est un long processus. Mais le yuan est entré dans le panier de devises mondiales de réserve. Cela signifie que toutes les banques qui font l’échange de devises seront tenues d’avoir des réserves de yuans, donc acheter sur le marché mondial de la monnaie chinoise. Par exemple, les banques russes veulent avoir des bureaux à l’étranger. A partir d’octobre, elles devront avoir non seulement des livres et des dollars, mais aussi des yuans.

 

L’essentiel est de voir d’où vient ce processus. Le fait est que l’économie chinoise est en pleine croissance, et son taux de croissance est plus élevé qu’aux Etats-Unis et dans l’Union européenne. Il faut compter avec la Chine.

 

  • « SP » : – Les initiatives de la Chine peuvent ne pas plaire à l’Occident

Bien sûr. Et il y a des tentatives pour faire dévier la Chine de sa voie vers le développement durable. Ce n’est pas un hasard si on assiste à ces scandales autour des îles contestées dans la mer de Chine du Sud. Il est amusant de voir la polémique entre le leader des Philippines et le président des États-Unis. Les deux parties ont dû faire des compromis en raison de la Chine.

 

Le facteur chinois est aujourd’hui un élément clé dans le monde, au même titre que les États-Unis. En parité de pouvoir d’achat le PIB en Chine est plus élevé qu’aux Etats-Unis. Le revenu moyen par habitant des provinces côtières du Shandong, Jiangsu, Zhejiang est assez comparable au revenu américain sur la côte atlantique, à Boston ou à Philadelphie.

 

  • « SP » : – Comment les changements amenés par la Chine dans l’économie mondiale pourraient-ils affecter la Russie ?

Nous avons signé beaucoup d’accords et de contrats avec la Chine. Le problème est que notre « pivot vers l’Est »est mal appliqué. 85% du volume total du commerce extérieur se fait encore avec l’Occident, et seulement 15% en Orient, et sur ces 15% la Chine représente 12%. Notre volume du commerce extérieur avec la Chine est faible. Au cours des huit premiers mois de cette année, le volume du commerce extérieur représentait moins de 50 milliards de dollars. Nous ne pouvons pas encore atteindre le niveau de 2014. En pratique c’est« chaud en politique, froid en économie ». La coopération économique est loin derrière l’entente politique.

 

La part du commerce transfrontalier est seulement 15% du commerce total. Le volume des investissements mutuels est faible. L’an dernier, les Chinois ont investi chez nous environ un milliard de dollars, et nous en Chine – seulement 40 millions. Le commerce extérieur est directement lié à l’investissement mutuel.

 

Nous devons déterminer si nous nous tournerons vers l’Est. Au forum économique oriental on en a parlé. Mais les négociations sont en cours, et nous ne voyons pas de progrès. Quelque chose se fait, mais pas des changements fondamentaux. Il y a eu cette question des crèmes glacées, que nous faisons beaucoup mieux que les Chinois. Pourquoi y a-t-il des problèmes même avec les glaces ?

 

La Chine propose avant tout l’ouverture des marchés régionaux grâce à l’élimination des taxes à l’exportation et l’importation, – considère le Directeur de l’École d’études orientales, École supérieure d’économie Alexei Maslov.

 

C’est bénéfique pour la Chine, qui a accumulé une masse des marchandises. Elle veut pénétrer de nouveaux marchés. Les États-Unis s’y opposent, en interdisant le dumping. Quand la Chine parle des nouvelles règles du commerce mondial, elle est préoccupée principalement par elle-même et non les autres pays.

 

Simplement le marché mondial actuel s’est constitué sans la participation de la Chine, comme un système étroit. La Chine veut obtenir sa part du marché.

 

Actuellement, à mon avis, les propositions de la Chine ne seront pas acceptées. Mais la Chine est obligée de les mettre en avant pour se déclarer comme le chef du nouvel ordre mondial et attirer à elle un grand nombre de pays d’Asie.

 

La Chine propose l’admission des Etats à leurs marchés respectifs. Formellement, cela sonne bien. Mais l’avantage n’est que pour ceux qui ont des marchandises excédentaires. Dans une certaine mesure, cela est bénéfique pour la Russie, mais pour l’instant nous ne disposons pas d’une quantité suffisante de produits qui puissent entrer sur les marchés mondiaux. La Chine est opposée à diverses restrictions de quotas commerciaux. La Chine se bat pour elle-même, mais prétend défendre les intérêts des autres pays.

 

  • « SP » : – dans quelle mesure est justifiée la thèse selon laquelle la Chine veut passer d’un modèle de croissance de la consommation à un modèle de croissance du bien-être ?

Ce n’est pas un modèle économique, mais une déclaration politique. Pendant longtemps, l’économie de la Chine a augmenté grâce à des investissements en actifs fixes, c’est-à-dire, à travers la construction d’usines et de routes. Formellement, cela augmentait le PIB. Mais la croissance était fondée sur l’augmentation des immobilisations, et non sur la croissance du bien-être des citoyens. Aujourd’hui, la Chine entend développer la consommation intérieure. Ainsi, la RPC entend relancer l’économie.

 

Mais on n’a jamais vu que la croissance de la consommation rende tout le monde en même temps plus riche. Quelqu’un sera plus pauvre, d’autres seront ruinés. Mais théoriquement cela donne une chance de nourrir tout le monde.

 

  • « SP » : – La Chine a l’ambition de reformater le système économique mondial ?

La Chine a des ambitions sérieuses. En plus de développer le commerce, la Chine est intéressée à être admise aux grands projets d’investissement dans le monde. Aujourd’hui, ils peuvent ne pas rapporter d’intérêt, mais le bénéfice est à long terme. Il s’agit de lignes de chemin de fer, de l’achat de ports. La Chine est engagée vers l’expansion et l’investissement étranger. Mais pour cela, il faut obtenir beaucoup de permissions des bureaucraties d’État, auxquelles la Chine s’oppose.

 

Si nous prenons la question du « yuan d’or », la Chine ne l’aborde pas ouvertement. Mais il est clair que la Chine ne souhaite pas lier sa monnaie à la notion de libre convertibilité. La Chine n’a pas soulevé cette question afin de ne pas dépendre du système de Bretton Woods, quand toute conversion passe par le dollar.

 

Le yuan peut rester une monnaie de réserve, comme elle est maintenant. Ou bien la Chine peut essayer d’élever le yuan au rang de devise, qui permettra la conversion. Autrement dit, la question est celle de la formation d’un système alternatif de conversion de devises. Théoriquement, c’est bien beau, mais en pratique, cela exige un consensus de nombreux Etats. Je doute sérieusement que la Chine soit en mesure de le faire au cours des prochaines années.

 

Ce que dit la Chine est conçu pour au moins 25 ans, ce qui est le temps long habituel pour les Chinois.

 

Note :

[1] Chine 1ère puissance économique mondiale 2ème puissance politique et militaire

[2] Xi Jinping rencontre les dirigeants du monde entier à Hangzhou les 4 et 5 septembre 2016

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Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Si on parlait ECONOMIE International Chine
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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 09:19
Le déploiement international du nouvel impérialisme chinois

Sur tous les plans – économique, diplomatique, militaire, influence régionale ou globale… – le déploiement international du nouvel impérialisme chinois a été ces dernières années très rapide. Certes, en bien des domaines, il partait de très bas et ce déploiement reste inégal. Le chemin pour consolider sa position dans le monde s’avère toujours semé d’embuches, depuis la riposte de Washington jusqu’aux fragilités internes et au risque de crise de leadership. Le statut de superpuissance unique des États-Unis n’est pas remis en cause. Il n’empêche que sur le terrain, l’initiative revient souvent à Pékin et que la Chine est devenue la deuxième puissance mondiale. Ce n’est pas rien !

 

Sources : Eesf Europe Solidaire Sans Frontières par ROUSSET le 8 février 2016

- Une rupture avec le passé

Comme en bien d’autres domaines, la politique étrangère du PCC marque une rupture radicale avec le passé : le régime affiche aujourd’hui une ambition planétaire de grande puissance et un expansionnisme assumé, à l’encontre d’une posture « stratégique » avant tout défensive durant l’époque maoïste.

 

Au lendemain de la proclamation de la République populaire (octobre 1949), la direction maoïste voulait se consacrer à la consolidation du nouveau régime et à la reconstruction d’un pays dévasté par la guerre. Elle n’en a pas eu le loisir, devant intervenir à son corps défendant dans la guerre de Corée (1950-1953) et réussissant à repousser sur le 38e parallèle l’armée états-unienne. Pour « contenir et refouler » la révolution chinoise, Washington a établi une « ceinture de sécurité » plus vaste encore qu’à la frontière orientale de l’Europe. Ce dispositif existe pour l’essentiel encore : bases US en Corée du Sud, au Japon (Okinawa), aux Philippines (aujourd’hui un « droit de visite permanent » dans les ports de l’archipel), VIIe Flotte en mer de Chine…

 

Le régime du Guomindang à Taiwan siège alors au Conseil de sécurité de l’ONU comme seul représentant de toute la Chine. Les États-Unis prennent le relais des Français au Vietnam. Ils soutiennent le coup d’État de Suharto en Indonésie et le bain de sang anticommuniste qui suivit (1965). Ils inspirent la contre-insurrection en Malaisie, puis aux Philippines et en Thaïlande.

 

Pékin réagit en aidant la guerre au Vietnam contre l’occupation française, en apportant un soutien mesuré aux guérillas maoïstes dans la région (Thaïlande, Malaisie), et surtout en engageant une vaste opération de « désenclavement diplomatique » ayant pour figure de proue Zhou Enlai. La République populaire participe à la conférence de Bandung en Indonésie (1955) qui impulse le Mouvement des non-alignés. Le « profil politique » présenté est « modeste ». Les dirigeants chinois s’excusent pour les torts commis dans le passé par le régime dynastique envers les peuples de la région. Le discours est alors très différent de celui qui prévaut aujourd’hui, à savoir une rhétorique nationaliste de puissance se revendiquant de la grandeur passée de l’Empire du Milieu, répétant à l’envi que la Chine « ne cèdera pas ne serait-ce qu’un pouce du territoire sacré du pays ». Ce qui au regard de l’histoire, est, comme le note Au Loong-Yu, un non-sens. En effet, « Le PCC a négocié à maintes et maintes reprises les frontières avec ses voisins durant ses presque sept décennies au pouvoir. A-t-il toujours affirmé faire siens, en totalité, les territoires hérités de la dynastie Qing ou de la République de Chine ? Évidemment non. Ce ne fut certainement pas le cas concernant l’accord avec la Corée du Nord, après la fondation de la République populaire de Chine ». [1]

 

Le conflit sino-soviétique prend forme dès le début des années soixante. Lors de la guerre frontalière entre la Chine et l’Inde (1963), Moscou soutient New Delhi. Staline négocie un accord nucléaire avec les États-Unis sans y associer Pékin. La direction chinoise opère alors un tournant radical en matière de politique internationale. L’URSS devient « l’ennemi principal ». Des combats opposent en 1969 les deux pays sur l’Oussouri, fleuve frontalier.

 

La direction chinoise renoue avec Washington. Dès 1971, Pékin remplace Taiwan au Conseil de sécurité de l’ONU. L’année suivante, Nixon se rend à Pékin, en pleine escalade militaire en Indochine – le PCC « conseille » alors aux Vietnamiens de ne plus viser la victoire, mais de rechercher un compromis de partition analogue de type Corée ou Allemagne. Une alliance idéologiquement contre nature se noue entre les Khmers rouges au Cambodge, la Chine et Washington qui débouche sur la guerre sino-vietnamienne de 1978-79. Cette dernière année, la Chine et les États-Unis annoncent la reprise des relations diplomatiques officielles.

 

Trente ans après la conquête du pouvoir, Deng Xiaoping, véritable revenant, peut préparer les « réformes » qui vont conduire à la reconstitution d’un capitalisme chinois. Le pays a déjà, sur le plan international, des attributs de grande puissance : détenteur officiel de l’arme nucléaire, il est membre permanent du Conseil de sécurité avec droit de veto. Pékin a aussi une obsession – trait de continuité avec la période maoïste : se prémunir contre tout enclavement. Cela peut paraître bizarre quand on parle d’un pays continent de la taille de la Chine ; pourtant sa frontière terrestre peut-être fermée par une alliance russo-indienne, ainsi que son accès à l’océan par un chapelet d’archipels dans une zone maritime sous hégémonie US.

 

L’insertion rapide de la Chine dans l’économie mondiale n’est pas sans danger. Les conditions d’admission au FMI sont particulièrement favorables aux transnationales et le régime doit prendre reprendre en main l’économie, au début des années 2000, pour éviter une « néocolonisation » interne du pays. Les rapports avec Washington restent tendus, comme l’atteste le bombardement en 1999 de l’ambassade de Chine à Belgrade, lors de la crise yougoslave.

 

Nouvelle puissance capitaliste, soit la Chine accède au rang d’impérialisme, soit elle retombe dans un statut subordonné qui peut mettre en cause jusqu’à son unité – autre obsession du régime chinois depuis 1949, le pays ayant vécu le dépeçage par les concessions impérialistes après les guerres de l’Opium, puis le règne des Seigneurs de la guerre.

 

 

- La nouvelle doctrine militaire

Toute grande puissance doit être une puissance militaire – en particulier tout nouvel impérialisme. Elle doit pouvoir protéger elle-même ses intérêts dans le monde – en particulier ses voies de communication. La doctrine chinoise a donc profondément changé. Sous Mao, la clé était l’armée de terre, combiné avec l’immensité du territoire : qui envahirait la Chine s’y perdrait. Sous Xi Jinping, actuel président et homme fort du régime, la clé est devenue la Navale. C’est elle qui permet de se projeter bien au-delà de ses frontières.

 

En matière militaire, le jeu d’échecs inter-impérialiste se joue pour une grande partie sur les océans. La nouvelle doctrine chinoise a été officialisée avec la parution, le 26 mai 2015, d’un Livre blanc pour la première fois consacré à la stratégie militaire et selon lequel « la sécurité de(s) intérêts outremer [de la Chine] dans l’énergie et les ressources, les voies maritimes stratégiques, ainsi que des institutions, du personnel et des actifs présents à l’étranger, est devenue une préoccupation majeure ». « [A]vec l’expansion des intérêts nationaux chinois, la sécurité nationale est devenue plus vulnérable aux tumultes régionaux et internationaux, le terrorisme, la piraterie, enfin, les désastres naturels et les épidémies majeures ». Pour un expert du SIPRI [2] : « les affaires maritimes dans la région et la protection des intérêts extrarégionaux d’une Chine globalisée, se combinent dans la construction de la puissance navale chinoise ». « Le changement de ton est évident par rapport au dernier Livre blanc, qui mettait l’accent sur la coopération internationale de l’APL [armée populaire de libération] au sein de missions multilatérales. » [3]

 

La direction chinoise ne fait plus mystère de ses ambitions. Le 3 septembre dernier (pour l’anniversaire de la capitulation du Japon en 1945), le régime a organisé une inhabituelle grande parade militaire, dans le style soviétique ou français, pour faire étalage de sa puissance, provocant l’inquiétude des pays voisins.

 

La reconversion des forces armées chinoises demande du temps. Elle est loin d’être achevée. Mais les avancées sont considérables. La Chine est devenue la deuxième puissance militaire au monde (loin derrière les États-Unis) [4]. Alors qu’elle possède déjà un porte-avions acheté à la Russie, elle en construit un second, ce qui lui permettra d’assurer la continuité de service et aussi d’en envoyer un sur un théâtre d’opération extérieure en gardant l’autre au large de ses côtes. La Chine ne maîtrise toujours pas le système de catapulte, utilisant la technique du pont incliné. En revanche, elle développe un programme de missile balistique antinavire d’une catégorie unique au monde : le DF-21 D (pour Dongfeng, ou « vent d’est »).

 

Le talon d’Achille chinois, concernant tant le matériel que les troupes, est qu’ils ne sont pas testés dans des conflits réels. La Chine n’a pas l’expérience de la guerre depuis l’invasion du Vietnam en 1978-79. Or côté chinois, il s’agissait encore d’une stratégie « à l’ancienne », par vagues d’assaut massives.

 

Les troupes chinoises sont actuellement intégrées à de nombreuses interventions de l’ONU, en Afrique notamment, où elles peuvent accumuler une certaine expérience. Elles participent à des opérations conjointes contre la piraterie. Elles gagnent maintenant une indépendance opérationnelle, menant notamment d’importantes opérations d’évacuation de ses ressortissants en Libye (2011) et au Yémen (2015). Ses navires de guerre cinglent dans le Golf d’Aden et au large des côtes orientales de l’Afrique.

 

La décision d’implanter à Djibouti une première base militaire outre-mer est prise, les travaux ont commencé. « Le président Ismaïl Omar Guelleh semble prêt à toutes les concessions pour plaire à son homologue chinois. » « De sources non officielles, on avance le chiffre considérable de 10 000 militaires chinois qui seront déployés à Djibouti, contre 4 000 pour les Américains. Ces derniers ont été sommés par le gouvernement djiboutien d’abandonner leur base secondaire d’Obock pour se concentrer sur celle de Camp Lemonnier, et faire de la place aux Chinois. » « Pékin et Djibouti sont en train de sceller une alliance stratégique majeure qui fera de ce petit Etat niché au creux de la corne de l’Afrique, l’étape obligée de la Chine dans sa fameuse nouvelle « route de la soie » reliant la Chine à l’Afrique en passant par le Golfe arabique. » [5]

 

Walvis Bay représente un autre projet, peut-être le plus avancé dans la région ; à savoir la construction d’un port chinois sur les côtes namibiennes d’où il est aussi possible de contrôler les principales routes du commerce international [6]. Elle possède déjà sur place un système de « tracking » par satellite – et ce n’est pas le seul ! Dix-huit bases militaires étrangères sont à l’étude à Pékin, pas seulement en Afrique [7].

 

La mondialisation d’enclaves extraterritorialisées sous contrôle chinois s’opére sous diverses formes. La Patagonie (au sud de l’Argentine) en offre un exemple intéressant. Pékin a besoin de stations de surveillance dans l’hémisphère sud. Elle a passé à cette fin un accord avec Buenos Aires. L’Agence chinoise de lancement et de contrôle des satellites (CLTC) en a construit une dans la province patagonienne de Neuquen. Le site est cédé pour 50 ans à l’opérateur chinois – qui s’avère être en fait l’armée. Gageons qu’elle ne se contentera pas d’y développer son programme d’exploration lunaire.

 

Plus généralement Pékin multiplie les accords qui autorisent ses forces à utiliser les installations portuaires dans un nombre croissant de pays – et achète aussi un nombre croissant de ports dans le monde, avec pour dernière acquisition celle du Pirée en Grèce.

 

 

- Dans et hors les institutions internationales

La Chine est devenue un acteur diplomatique de tout premier plan, ainsi que les négociations climatiques l’ont illustré – où celles actuellement en cours en Afghanistan. Devenue la deuxième économie du monde, elle pèse de plus en plus dans les institutions internationales. Elle a adhéré au Centre de développement de l’OCDE. Sa monnaie, le yuan (renminbi) fait désormais partie du panier de devises composant le système des droits de tirages spéciaux (DTS) du FMI.

 

Simultanément, Pékin déploie ses propres institutions financières internationales. Depuis son lancement en 2014, la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (Asian Infrastructure Investment Bank, ou AIIB), a été rejointe par de nombreux pays avancés et émergents au grand dam des États-Unis (France, Grande-Bretagne, Russie, Brésil, Danemark…). C’est explicitement une alternative à la Banque asiatique de développement sous direction nippo-américaine et un défi lancé au système financier fondé après la Seconde Guerre mondiale.

 

La direction chinoise initie de très grands projets, en particulier deux « nouvelles routes de la soie », l’une continentale en direction de l’Asie centrale (ex-Républiques musulmanes d’URRS), l’autre maritime en direction de l’Afrique. Outre le transport de marchandises, il s’agit de constituer de véritables corridors d’investissements avec, notamment, en ligne de mire le Kazakhstan – donc la zone d’influence traditionnelle de la Russie où un nouveau front de la bataille de l’énergie (pétrole, gaz…) est engagé –, et le Golfe arabique.

 

La Chine force l’entrée de tous les clubs traditionnellement contrôlés par quelques impérialismes traditionnels ou la Russie, tels le nucléaire, l’aviation civile aussi bien militaire, la vente d’armements, l’espace. Après avoir fait alunir une sonde en décembre 2013, et débarqué un robot d’exploration, Pékin annonce le projet inédit de poser un engin sur la face cachée de la Lune…

 

Elle s’impose dans la production de panneaux photovoltaïques et, de même que le Brésil, dans le secteur agroalimentaire (avec le WH Group). Elle multiplie les acquisitions d’entreprises en Europe, via son bras armé en ce domaine, la ChemChina :

« Le prédateur chinois, ChemChina, qui pesait 39 milliards de dollars en 2014, n’en est pas à son coup d’essai. Son PDG, Ren Jianxi, membre éminent du Parti communiste chinois, est passé maître dans l’art d’acquérir des sociétés européennes. En France, d’abord, où il s’est emparé en 2006 d’Adisseo, une société d’alimentation animale, filiale de Rhône-Poulenc, puis de l’activité silicone de Rhodia. Plus spectaculaire, le racha de l’italien Pirelli. Stratégique, enfin, la prise de contrôle du fabricant de machines KraussMaffei, l’un des symboles de l’industrie allemande, et la prise de participation dans la société de négoce suisse Mercuria. Avec Syngenta, ChemChina espère compléter un tableau de chasse impressionnant. » [8]

 

ChemChina est évidemment actif hors Europe, comme en Israël, mettant la main sur une société spécialisée dans l’agrochimie. En Amérique latine, Pékin négocie unilatéralement avec chaque pays cible, souvent avec succès, imposant des conditions qui lui sont très favorables (bien qu’un peu moins qu’en Afrique).

 

Il y a encore des régions où Pékin n’avance ses pions que très prudemment – à commencer par le Moyen-Orient. Le président Xi Jinping vient d’y effectuer un voyage qui s’est voulu strictement d’affaires en Égypte, Iran, Arabie saoudite… Il s’agit de renforcer la présence chinoise dans des pays en conflit les uns avec les autres, dans une géopolitique de guerre instable où la Chine ne peut à l’heure actuelle jouer sa partie. Les rapports avec la Russie sont aussi complexes, entre alliance face aux États-Unis et rivalité, ainsi qu’avec l’Inde, gendarme de l’Asie du Sud.

 

La pénétration chinoise est particulièrement intense dans sa zone d’influence immédiate, en Asie du Sud Est. Mais c’est là aussi que la contre-offensive de Washington prend forme, y compris sur le plan militaire.

 

 

- La contre-offensive US

Pour la première fois depuis 2012, le 26 octobre dernier, des navires de guerre US ont pénétré au sein de l'archipel des Spratleys dans la zone des douze miles marins autour d’îlots créés par Pékin. Cet archipel est revendiqué en tout ou partie par les Philippines, la Malaise, le Vietnam, Brunei et la Chine. Appliquant la politique du fait accompli, cette dernière a construit, à partir de 2014, des îles artificielles en utilisant des bateaux pompant les sédiments. Des installations et pistes d’atterrissage sont en train d’être établies dans l’archipel, comme en d’autres « points chauds » de l’espace maritime qui s’étend du sud-est au nord-est de l’Asie.

 

Après avoir été pris de court par les initiatives chinoises, Washington semble donc décidé de commencer à réagir. L’enjeu est considérable. Ce couloir maritime est l’un des plus fréquentés du monde, utilisé notamment pour les transports pétroliers entre le Moyen-Orient et le Japon. Pékin revendique sa souveraineté sur l’essentiel de cette zone stratégique, considérée par les autres pays comme un espace de libre circulation internationale, par mer ou par air. L’impérialisme états-unien doit réaffirmer sa présence, alors que ses deux alliés les plus proches dans la région se trouvent en première ligne de conflits territoriaux aigus.

 

C’est le cas du Japon, dont le Premier ministre Abe accélère la militarisation, et aussi des Philippines, qui fut l’une des rares colonies directes des États-Unis (les liens restent très étroits entre classes dominantes de ces deux pays). Les principales bases militaires US se trouvent actuellement au Japon (Okinawa) et en Corée du Sud. Or, ce dernier pays est aujourd’hui courtisé par Pékin dont l’influence économique grandit. En témoigne la présence à Pékin de la présidente sud-coréenne, Park Geun-hie, lors la grande parade militaire du 3 septembre – alors que Tokyo, Washington, la plupart des capitales européennes et une bonne partie des pays d’Asie du Sud-Est boudaient l’événement, absents ou ostensiblement « sous représentés ».

 

Washington n’a eu de cesse d’annoncer, depuis plusieurs années, son « recentrage » sur la zone Asie-Pacifique. Plus facile à dire qu’à faire, alors que ses forces doivent aussi rester déployées au Moyen-Orient, où elles s’enlisent, et en Afrique. Mais des échéances politiques s’imposent, comme la réunion du sommet de l’Association des Nations du Sud-Est asiatique (Asean) et du forum annuel de la Coopération économique en Asie-Pacifique (APEC).

 

Nous entrons probablement dans une étape nouvelle du face à face sino-états-unien

 

 

- La crise du monde chinois

Pékin a récemment subi une série de revers politiques, en particulier dans le « monde chinois ». La récente la défaite du Guomindang à l’élection présidentielle de Taiwan et la victoire d’une indépendantiste, Tsai Ing-wen, représentent un véritable camouflet ; même si cette dernière ne veut pas modifier le statut formel de l’État insulaire.

 

Face à l’emprise du PCC, l’opposition démocratique [9] à Hongkong ne désarme pas. En outre, des sentiments xénophobes contre les « migrants » venus de Chine continentale se développent dans la population. À force d’autoritarisme, le régime finit par miner l’un de ses principes fondamentaux : l’existence « d’une seule Chine ».

 

A ces revers, s’ajoute la crise économique et financière en Chine continentale. Elle peut affecter l’ampleur des moyens mis à la disposition des ambitions impérialistes du PCC, mais probablement pas les modifier. Au contraire, le nationalisme de grande puissance reste le principal ciment idéologique du pouvoir et l’ennemi extérieur le meilleur dérivatif aux difficultés intérieures – l’accusation d’activités portant atteinte à la sécurité nationale offrant par ailleurs l’une des principales justifications d’une répression qui ne cesse de s’aggraver.

 

P.-S.

* Cet article est une version un peu plus développée de celle qui est parue dans le numéro de février 2016 de la revue « L’Anticapitaliste ».

 

Notes

[2SIPRI : Stockolm International Peace Research Institute.

[3Brice Pedroletti, Le Monde, 28 mai 2015. Disponible sur ESSF (article 37099), Djibouti, capitale de la Chinafrique – Une alliance stratégique majeure : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37099

[5Sébastien Le Belzic, Le Monde, 25 janvier 2016. Disponible sur ESSF (article 37099), Djibouti, capitale de la Chinafrique – Une alliance stratégique majeure : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37099

[6Sébastien Le Belzic, Le Monde, 6 avril 2015. Disponible sur ESSF (article 34713), Afrique, Moyen-Orient : les projets de bases militaires chinoises : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article34713

[7Op. cit.

[9Ainsi que la droite.

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 09:27
La troisième crise financière a commencé… dans l’indifférence générale.

Le 24 août 2015, la Bourse de Shanghai chute brutalement. Un processus de crise financière mondiale se déclenche. L’onde de choc atteint les Bourses de tous les pays développés. Comme à l’habitude depuis l’entrée dans la crise systémique en août 2007, les banques centrales sont les seules à réagir. Elles augmentent la création monétaire pour alimenter les marchés financiers en liquidités permettant la poursuite de la spéculation à la hausse. Dans un premier temps les marchés financiers se redressent et la peur disparaît. Pourtant, cette riposte ne se situe qu’au niveau de la manifestation de la crise et n’agit pas sur ses causes. La crise s’est donc poursuivie obligeant « Les Échos » à faire sa une, le jeudi 21 janvier 2016 sur « Le krach rampant », les Bourses de New York, Paris, Tokyo, Londres ayant dévissé de plus de 3%, une baisse énorme.

 

Source : ENSEMBLE! par Nicolas Béniès. Le 25 janvier 2016.

 - Quelles sont les causes de cette nouvelle secousse ?

Il faut d’abord comprendre le contexte. Le capitalisme connaît, depuis août 2007, une crise qui s’attaque aux fondements même du régime d’accumulation mis en place dans les années 1980, ce régime d’accumulation à dominante financière qui se traduit par le courtermisme et par la domination des critères du capitalisme financier à commencer par la nécessité d’augmenter le profit à court terme. A la clé, l’atonie des investissements faute d’horizon à moyen terme, la baisse du coût du travail comme unique variable d’ajustement et la tendance à la surproduction. La nécessité, pour le capitalisme, de se révolutionner en détruisant le mode ancien pour ouvrir les possibilités d’un régime d’accumulation nouveau. Le monde bascule…et la politique devrait prendre en charge les orientations vers un monde différent. Il faudrait, pour ce faire, que les gouvernements et les grandes institutions internationales rompent avec l’idéologie libérale…

 

Fort logiquement, depuis la récession, profonde, de 2008-2009, le monde capitaliste n’a pas renoué avec la croissance. Pour bien faire comprendre son incapacité à intégrer cette vision du basculement du monde, le mensuel économique « L’Expansion » de décembre-janvier 2016 a titré son dossier : « La re-crise ». C’est aussi une prise de conscience des changements en cours de la conjoncture…

 

Désormais les pays émergents ne servent plus de roue de secours. Ils sont, à leur tour, touchés par la récession ou une baisse prononcée de leur croissance. Situation qui a obligé le FMI à revoir ses prévisions de la croissance mondiale à la baisse.

 

La surproduction sévit se traduisant par la déflation qui mine l’ensemble des économies développées et le commerce mondial. Les prix de toutes les matières premières, à commencer par le pétrole, sont orientés à la baisse. Une baisse massive pour le cours du pétrole atteignant péniblement 30 dollars le baril alors qu’il cotait plus de 110 dollars en 2014. L’affaiblissement de la rente pétrolière touche tous les pays exportateurs de pétrole, de l’Arabie Saoudite à l’Algérie en passant par le Venezuela, le Mexique et le Brésil. Sans oublier la Fédération de Russie. La récession revient et le rouble amorce une dangereuse dépréciation.

 

Même les États-Unis sont touchés. Ils veulent commercialiser leur pétrole et leur gaz de schiste produits au détriment de leur environnement. Les producteurs ne sont pas compétitifs et enregistrent des faillites. Comme à chaque fois que la surproduction se manifeste, l’exacerbation de la concurrence en découle avec son cortège de suppressions d’emplois et de baisse du coût du travail. Conséquences qui, à leur tour, baisse plus encore le marché final et approfondit la surproduction et la venue de la récession.

 

La baisse du prix du baril de pétrole devrait se poursuivre. La hausse de la production est inscrite dans cette concurrence effrénée et dans la nécessité pour les pays les plus endettés de vendre leur production de pétrole pour faire rentrer des devises cependant que la demande devrait moins progresser par la mise en œuvre de politique orientées vers les énergies renouvelables.

 

La déflation a aussi des raisons internes à chaque pays développés. La tendance à la surproduction y est sensible. En France, la hausse de l’indice des prix à la consommation a augmenté, en novembre, de 0,1% et les prix à la production – sortie d’usine – sont orientés à la baisse. La situation est semblable dans l’ensemble des pays de la zone euro.

 

Là est la raison principale de la politique monétaire mise en place par les banques centrales – dont la BCE mais aussi la Banque de Chine – de baisse des taux d’intérêt (taux directeur comme taux d’escompte) et de création massive de monnaie. Elles ont bien compris qu’il fallait alimenter les marchés financiers en liquidités nouvelles pour éviter le retour des krachs et des faillites des opérateurs financiers dont les banques. Les taux d’intérêt sont proches de zéro et on parle même d’arriver à des taux négatifs…

 

Cette politique monétaire a eu pour effet de faire monter les cours, en 2014-2015, alors que la croissance mondiale était faible, y compris aux Etats-Unis. Ce décalage ne pouvait durer. La validation de la création monétaire se trouve dans la création de richesses nouvelles. Plus encore, la faiblesse de cette croissance devait aussi se répercuter sur les profits des entreprises. C’est le cas en ce début d’année 2016. Les cours des Bourses devraient continuer leur descente.

 

En résumé, croissance mondiale faible, chute des cours du pétrole et de l’ensemble des matières premières, limite de la réponse des Banques centrales forment les ingrédients de cette troisième crise financière depuis août 2007. Dans cet environnement, les politiques d’austérité viennent aggraver ces tendances à la surproduction généralisée.

 

 

 - Le cas particulier de la Chine

Si tous les regards sont tournés vers la Chine, c’est d’abord parce qu’elle est devenue la deuxième économie mondiale. Sa croissance, pour 2015, s’affiche à moins de 7%. C’est la première fois depuis 25 ans qu’elle est aussi faible. Elle joue un rôle dans l’accentuation de la surproduction dans les matières premières. Son recul participe de la baisse importante du marché mondial.

 

Le gouvernement chinois, face à la grande récession de 2008-2009 qui touche prioritairement les États-Unis et se traduit par une chute des exportations, s’est trouvé dans l’obligation de transformer leur régime d’accumulation. Jusqu’en 2009, il reposait sur la baisse du coût du travail pour gagner des parts de marché à l’extérieur tout en mettant une politique d’ouverture réglementée pour les investissements étrangers qui venaient chercher l’eldorado – aujourd’hui Inde et Iran provoquent les mêmes appétits.

 

Les dirigeants chinois ont compris la nécessité de faire reposer leur croissance sur le marché intérieur non seulement pour répondre à la crise mondiale mais aussi pour passer du sous-développement au développement. C’est l’enjeu de la nouvelle politique. Seulement, ce passage demande du temps. Et une crise. C’est le mode de fonctionnement du capitalisme. La crise est inscrite dans ses gênes. Une crise de surproduction et de surinvestissement, une crise classique, dont la sortie déterminera l’avenir de ce nouveau modèle de développement.

 

Une incertitude de plus dans ce monde incertain qui déstabilise tous les marchés financiers internationalisés.

Malgré la chute prononcée de toutes les Bourses chinoises en ce début d’année 2016, les réponses n’ont été que financières. La Banque centrale a ouvert plus encore les vannes du crédit, de la création monétaire sans s’attaquer aux causes mêmes de la crise.

 

 

- Les divergences de politique monétaire accentuent les risques de récession

La politique monétaire, reste, pour le moment, la seule réponse pratique dans tous les pays capitalistes développés et en Chine face à cette nouvelle secousse financière. Une exception de taille : les États-Unis. La FED, la banque de réserve fédérale américaine, sous la direction de Janet Yellen, a décidé, le 16 décembre 2015 de remonter les taux directeur et d’escompte d’un petit 0,25% faisant passer la fourchette de refinancement des banques de 0,25% au lieu de 0% à 0,50% au lieu de 0,25%. C’est, malgré tout, un tournant. La présidente de la Fed s’abrite derrière la soi-disant robustesse de l’économie américaine qui affiche 2,4% de croissance du PIB en 2015 et sur les constructions de bulles financières. En fait, elle veut se donner des capacités d’intervention en cas de retour de la crise financière…

 

La FED, par cette nouvelle orientation, accentue la profondeur de la crise financière. L’augmentation de ses taux d’intérêt attire les capitaux du monde entier et fait monter le dollar face à toutes les autres devises. Toutes les dettes libellés en dollars haussent brutalement transformant l’endettement en surendettement. Les crises de la dette font leur retour.

 

En Russie la chute du rouble et l’endettement libellé en dollars ruine les nouveaux propriétaires de leur logement qui déprimera plus encore le marché final.

 

La BCE, quant à elle, joue consciemment cette divergence qui affaiblit l’euro et donnerait un avantage compétitif aux firmes de la zone euro. Aucune traduction dans les faits en fonction de la faiblesse du marché mondial qui oblige même le capitalisme allemand à compter plus sur son marché intérieur que sur une hausse de son excédent de balance commerciale.

 

 

- Des réponses ?

Faute de réponse en termes de politique économique à commencer par un « choc » de la demande et la rupture avec les politiques d’inspiration libérale, aucune solution à la cette crise financière n’apparaît. Les politiques monétaires ont épuisé leur capacité de réponse. Il est difficile de créer plus de monnaie. La BCE crée 60 milliards d’euros par mois sans arriver à son objectif de 2% d’inflation faute d’alimenter le circuit économique et non pas les marchés financiers. Mario Draghi a promis le jeudi 21 janvier 2016 une « intervention sans limite », sans la définir pour autant, reportant les décisions au mois de mars. Ce « ministère de la parole » ne peut rassurer les opérateurs sur les marchés financiers que pendant un temps…

 

La crise qui se déploie sera, sans doute, plus profonde que celle d’août 2007 ou de mai 2010. La plupart des experts autoproclamés toujours inscrits dans l’idéologie libérale ont oublié les leçons de ces deux crises financières. Aucune crise financière ne reste limitée à la finance. Elle se traduit toujours par une récession, d’autant plus profonde que les ressorts de la croissance passée sont cassés.

 

Il faudrait donc, pour lutter contre cette récession qui vient et pour répondre au basculement du monde, appliquer les orientations – non contraignantes – de la COP 21 en investissant massivement dans les solutions à la crise écologiques et aux mutations climatiques. Seuls les Etats pourraient être porteurs de cette transformation du régime d’accumulation. Aucun investisseur ne prendrait ce risque faute de retour sur investissement…

 

Pour en savoir plus :

- Jean-Luc Mélenchon C’est la reprise ! La re-crise approche

- Les étudiants vont-ils faire sauter le système ?

- Attention France 2 nous prévient d’un risque de nouveau krach pire qu’en 2008

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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 10:10
Retour sur les événements de Hong Kong

Source : RESISTANCE FER par D.R

Nos médias (les médias du capital, ne l’oublions pas !) adorent les manifestants hongkongais qui, par milliers prétendent-ils, brandissent des parapluies pour exiger la démocratie, la pure, la vraie, l’authentique !

Il paraît que le gouvernement chinois n’est pas d’accord. Il préférerait désigner lui-même les hommes qui dirigeront Hong Kong. Alors, qui a raison, les manifestants ou le gouvernement chinois ? Attention aux réponses un peu trop spontanées !

Nous qui avons l’expérience de cette démocratie dont rêvent, paraît-il, certains Hongkongais, on sait bien que celui qui gagne ce genre d’élection est celui qui a le soutien du capital : la presse lui passe la soupe tous les jours, les sondeurs expliquent qu’il est incontournable et les experts montrent que son programme est vraiment tout ce qu’il y a de plus raisonnable. En somme, le vainqueur est celui qui dispose de grosses sommes d’argent attribuées à sa campagne par ceux qui en disposent, et qui comptent avoir comme « élus » des gens qui prendront soin de leurs intérêts !

On l’a bien vu en France en 2007 lorsque la presse, les sondeurs et les experts ont largement contribué à promouvoir Nicolas Sarkozy. Les mêmes, en 2012, ont soutenu François Hollande ! On constate (comme c’est surprenant !) que l’un et l’autre mènent des politiques relevant de la même stratégie… en faveur du capital !

Dans le cas particulier de Hong Kong, on remarque que la méthode employée par les manifestants se rapproche des « révolutions orange » : une revendication soi-disant démocratique, un emblème simple à reconnaître (ici, les parapluies) et l’occupation permanente d’un lieu central.

Le gouvernement chinois et les Hongkongais ont bien repéré ce qui se tramait.
La main étasunienne et britanique ne fait aucun doute ! Cette revendication « démocratique », si elle était effectivement mise en œuvre, aurait en effet comme conséquence à court terme de séparer Hong Kong de la Chine, et de revenir sur l’accord de rattachement de 1997.

Car si on parle auourd'hui de rattachement, c’est qu’il y avait auparavant séparation : pendant les
guerres de l'opium au milieu du XIXème siècle, les puissances coloniales avaient obligé le gouvernement chinois de l’époque à concéder des territoires à leur profit exclusif, sous forme de bail de long terme. C’est ainsi que Hong Kong, territoire chinois, est devenu britannique. À l’époque, les Chinois ont parlé de « traités inégaux », dont fait partie le traité de Nankin.

Les Britanniques pensaient bien que Hong Kong leur appartenait toujours. Mais, au terme de ce long bail centenaire, le gouvernement chinois a fait valoir ses droits et signifié à la Grande-Bretagne qu’il ne serait pas renouvelé : Hong Kong allait redevenir une terre chinoise, gouvernée par la Chine.

La République populaire de Chine et le Parti communiste chinois avaient bien préparé l’affaire : pour convaincre les Britanniques de ne pas faire d’histoire et apaiser les craintes de l’économie hongkongaise, l’accord proposé se résumait en : « un pays, deux systèmes » (c’est d’ailleurs la même proposition que fait la Corée du Nord à la Corée du Sud depuis 1953 : « un pays, deux système »).


L’économie de Hong Kong relève donc d’un système capitaliste, sous contrôle de Pékin. Hong Kong n’est donc pas « un pays indépendant » : c’est une province chinoise, mais administrée de façon très spécifique.

Il est certain que la Chine n’envisage pas un instant de revenir en arrière. Les guerres de l’opium sont bel et bien terminées et Hong Kong restera à la Chine.

Le gouvernement chinois a donc expliqué que le futur gouverneur de Hong Kong sera élu par les habitants du territoire. Cependant, les candidats ne pourront pas être des hommes sous influence faisant campagne avec des financements étasuniens et britanniques : Pékin propose donc des candidats qui portent le principe simple, mais complexe : « un pays, deux systèmes »…

Ce type de filtre est-il légitime ? Oui, parce que le « laisser-faire » favorise de fait la fortune, l’argent de l’étranger anglo-saxon, et, dans le cas particulier de Hong Kong, aurait pour but une nouvelle séparation.

On aura remarqué que le gouvernement chinois traite l’affaire par la négociation et un usage prudent des forces de police. Mais il ne cède pas. L’humiliation des traités inégaux du XIXème siècle n’est pas oubliée ! Aujourd’hui, la Chine a réglé les questions de frontières avec la plupart de ses voisins, en particulier la Russie. Reste la question de Taïwan et celles, en suspens, avec le Japon et le Vietnam.

Il y a là une tentative manifeste des États-Unis de déstabiliser la Chine. Il y en aura d’autres, soyons-en certains. N’accordons aucun crédit à ces manœuvres !

 

Pour en savoir plus :

- Des émeutes prodémocratie à Hong Kong

- Hong Kong : les États-Unis derrière le mouvement des parapluies ?

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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 18:29
 La Chine et 20 autres pays asiatiques lancent une banque rivale à la Banque Mondiale

Après Brics[1].....

 

Sources : Réseau International par Agence Ecofin mis à jour le 20-07-2015

La Chine et vingt autres pays ont signé, le 24 octobre, un protocole d’accord visant à créer une banque régionale spécialisée dans le financement des infrastructures, et conçue comme une alternative à la Banque mondiale.

 

L’Inde, Singapour, le Kazakhstan, le Pakistan, le Vietnam et le Qatar figurent parmi les  21 pays signataires de l’accord. Le Japon n’a pas signé cet accord en raison de la rivalité avérée entre Pékin et Tokyo sur les plans militaire, économique et politique.

 

A noter également que l’Australie, l’Indonésie et la Corée du Sud n’étaient pas représentées à cette cérémonie.

 

La  «Banque asiatique d’investissements dans les infrastructures» (AIIB) sera dotée d’un capital initial de 50 milliards de dollars, et son siège sera situé à Pékin, selon les médias officiels chinois.

 

Les financements devraient notamment servir à développer des infrastructures dans toute la région, dont une ligne de chemin de fer colossale reliant Pékin à Bagdad, selon des sources citées par le Financial Times. «En chinois, nous avons un vieux proverbe qui dit: si vous voulez devenir riche, construisez d’abord des routes ; je crois que cela décrit de façon concrète l’importance des infrastructures pour le développement économique», a déclaré à cette occasion le président chinois Xi Jinping.

 

L’attachement de Pékin à mettre en place un concurrent à la Banque mondiale reflète sa frustration devant la domination des pays occidentaux sur la gouvernance des différents bailleurs de fonds multilatéraux.

 

Les puissances émergentes des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) avaient créé en juillet leur propre banque et un fonds de réserves, affichant ouvertement leur désir d’élaborer une architecture financière distincte d’organisations jugées aux mains des pays occidentaux.

 

Note :

[1] BRICS : le camouflet des pays émergents à l’hégémonie américaine

 

Pour en savoir plus :

- 27/06/2014 - La Chine veut créer à tout prix une institution rivale de la Banque mondiale

- Le FMI de DSK était prêt au remplacement du dollar comme monnaie de réserve internationale !

- La Chine décidée à casser le monopole du FMI et de la Banque mondiale

- L’histoire de deux ordres mondiaux

- Washington tente de briser le BRICS - Le pillage du Brésil commence (New Eastern Outlook)

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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 13:40
La Chine aurait décidé la fin des recherches sur le maïs et le riz OGM et d'interdire leurs cultures !

Certains écologistes disent les préoccupations du public concernant les cultures d'OGM ont joué un rôle clé dans la décision.
Le 17 Août, lorsque ces permis devaient être renouvelés, le ministère de l'Agriculture a décidé de ne pas les proroger.  


En 2009, le comité de biosécurité du ministère avait délivré des autorisations pour développer le deux cultures, le riz et le maïs.
Développées par l'Université agricole de Huazhong, près de Wuhan, l'objectif était que les variétés OGM permettraient de réduire l'utilisation des pesticides de 80%, tandis que les rendements seraient augmentés de près de 8%, a déclaré Huang Jikun, responsable scientifique à l'Académie chinoise des sciences, a-t-il déclaré à Reuters en 2009 !


Il était aussi illégal de vendre du riz génétiquement modifié sur le marché libre en Chine.
Cependant, en Juillet, le riz OGM a été trouvé en vente dans un grand supermarché à Wuhan, qui est juste en face de la rizière Yangtze de l'Université agricole de Huazhong, où le produit a été développé, ce qui a provoqué un tollé général.
"Nous croyons qu'il y a des lacunes dans l'évaluation et le suivi de la recherche sur les OGM, ainsi que les préoccupations du public sur les questions de sécurité sont les raisons les plus importantes pour que les autorisations ne soient pas renouvelées," Wang Jing, un officiel de Greenpeace basé à Pékin, a écrit dans un courriel à "Science-Insider".

 
http://terresacree.org/images/rizchine.jpg Selon le South China Morning Post, la télévision d'État a effectué des tests sur cinq paquets de riz, qui ont été choisi au hasard, et en a trouvé trois qui contenaient du riz génétiquement modifié. 


Il est illégal de vendre ou faire croître le commerce du riz GM en Chine continentale.  
Les autorisations de sécurité émises en 2009 étaient seulement des permis pour cultiver le riz à des fins de recherche, mais jamais pour sa vente sur le marché libre.
La variété, qui a été trouvée, était l'une des deux mise au point par le Dr Zhang Oifa, qui est professeur à l'Université agricole de Huazhong.  

 

Il a dit, "il n'était pas impossible" que les semences contaminent les alentours.
"Vous ne pouvez pas dire pourquoi les graines ont été répandues. Il est possible que les entreprises de semences ont volé des graines pour les reproduire illégalement", a-t-il dit au South China Morning Post.
Cependant, Huang Jikun estime également que l'opinion publique n'était pas la seule raison pour laquelle le projet a été abandonné.  


Il a déclaré que la Chine atteint l'autosuffisance avec sa production de riz, de sorte qu'il n'y avait donc pas lieu de produire des variétés génétiquement modifiées.  
La Chine exporte très peu de riz comme la quasi-totalité de celui-ci est consommée au sein de son marché intérieur.  
Huang a également admis, "la hausse des préoccupations du public sur la sécurité du riz OGM" a probablement aussi joué un rôle.

 
http://journal.tdg.ch/files/imagecache/468x312/newsdesk/15062011/32ac259.JPGPour Cong Cao, qui est professeur agrégé à l'Université de Nottingham au Royaume-Uni, la décision a été brutale. Écrivant dans la revue "The Conversation", il dit que le mouvement "signale un coup majeur au combat pour établir les aliments OGM en Chine."


Cao estime que cette décision n'est pas logique, ajoutant que "Le sentiment anti-occidental a été jugé plus convaincant que l'ensemble des études montrant le bien-fondé de l'agro-biotechnologie.  
Le soutien du gouvernement pour les aliments OGM est en baisse rapide, et il semble juste de dire que la possibilité de commercialiser le riz OGM, et avec elle la chance d'aider à résoudre certains des problèmes les plus urgents de la Chine, est tout sauf disparu"


La production de maïs OGM n'a pas eu autant de scepticisme, car il sert surtout à nourrir le bétail, selon Huang Jikun.  
Néanmoins, comme le riz, il n'a pas non plus eu son autorisation renouvelée.

 

Pour en savoir plus sur

- OGM : la Chine prend ses distances

- La Chine réduit ses émissions de CO2 plus vite que les États-Unis ou la France

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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 12:19
Crédit Photo: Gardes-côtes japonais&taïwanais dans les eaux des îles Senkaku/Diaoyu, 2012-07. DR.

Crédit Photo: Gardes-côtes japonais&taïwanais dans les eaux des îles Senkaku/Diaoyu, 2012-07. DR.

La Chine n’est pas un « pays émergent » mais une puissance émergée. Elle n’est pas un « sous-impérialisme » assurant l’ordre dans sa région, mais un impérialisme en constitution. La nouvelle bourgeoisie chinoise vise à jouer dans la cour des plus grands. Le succès de son entreprise est encore loin d’être assuré, mais cette ambition commande sa politique internationale, économique comme militaire.

 

Sources :  Le NPA - revue l'Anticapitaliste n° 56 (été 2014) par Pierre Rousset

Les nouvelles « puissances émergentes » sont souvent regroupées sous l’acronyme de BRICS ; à savoir le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud[1]. Ces Etats tentent effectivement de faire bloc dans l’arène internationale, en organisant des « sommets », le cinquième à Durban (Afrique du Sud) en 2013, le suivant étant prévu prochainement à Fortaleza (Brésil). Ils annoncent la création d’une banque internationale de développement sous leur contrôle, alternative à la Banque mondiale. Ils s’engagent dans la compétition avec les impérialismes traditionnels pour l’accès aux richesses, en particulier sur le continent africain. Le bilan de cette entreprise s’avère pour l’heure médiocre, mais reste la tentation de formuler une « analyse critique commune » des BRICS afin, notamment, de renforcer la capacité de « résistance Sud-Sud et de solidarité » populaires, en opposant les « brics d’en bas » aux « BRICS d’en haut »[2].

 

 

- « Sous-impérialismes » ?

Patrick Bond, militant influant dans le mouvement altermondialiste et universitaire engagé sud-africain[3], développe son analyse dans un récent  article de Pambazuka[4]. Si pour les soutiens « les plus radicaux » du bloc des BRICS, celui-ci aurait un « potentiel anti-impérialiste », il y a « des dangers bien plus importants » : voir ces États remplir « le rôle de «sous-impérialismes», contribuant au maintien du régime néolibéral  ». L’analyse de Bond est nuancée et il différencie la situation des divers pays concernés, évoquant même la possibilité d’en voir certains jouer un rôle « inter-impérialiste », comme la Russie le tente en Ukraine/Crimée. Mais il en revient quand même à l’utilisation du concept de sous-impérialisme pour l’ensemble des composantes du « bloc » – la Chine incluse.

 

Comme le note Bond, la notion d’Etats sous-impérialistes remonte à loin : elle a été invoquée en 1965 par Ruy Mauro Marini pour décrire le rôle de la dictature brésilienne dans l’hémisphère occidental et « appliquée de façon répétée durant les années 1970  ». C’est là où le bât commence à blesser. Des « sous-impérialismes » existent bel et bien aujourd’hui encore, mais les conditions d’émergence de la puissance chinoise sont tellement différentes des Etats dont on parlait alors qu’il est douteux que le même terme permette de comprendre cette spécificité.

 

L’actuel régime chinois a certes contribué à étendre (massivement !) la sphère d’accumulation du capital international, il s’est intégré à la mondialisation et à la financiarisation économique, il a légitimé l’ordre dominant en adhérant à l’OMC combattue par tous les mouvements sociaux progressistes, il a fourni aux transnationales une main d’œuvre sans droit et corvéable à merci (les migrants de l’intérieur) – toutes choses qui font partie du rôle traditionnellement assigné aux sous-impérialismes. Ce faisant, la Chine aurait pu redevenir un pays dominé comme les autres, sous la coupe des puissances dominantes. Cette possibilité était perceptible au début des années 1990, mais la direction du PCC et le nouveau capitalisme bureaucratique chinois en ont décidé autrement. Ils avaient la capacité de le faire grâce à l’héritage de la révolution maoïste : les liens de dépendance vis-à-vis de l’impérialisme avaient été rompus, ce qui n’est vrai d’aucun autre membre des BRICS à part la Russie – et à la différence de cette dernière, le parti au pouvoir a su piloter en continuité le processus de transition capitaliste, bouleversant profondément la structure de classe du pays[5].

 

Ce n’est pas pour dire que les autres Etats plus ou moins qualifiés de sous-impérialisme (du Brésil à l’Arabie saoudite, de l’Afrique du Sud à Israël) ne sont que des pions dans les mains de Washington. Mais la logique dans laquelle la politique internationale de Pékin s’inscrit est qualitativement différente. Quand le Brésil envoie des troupes en Haïti, ou l’Inde au Sri Lanka, ils jouent leur rôle de gendarmes régionaux de l’ordre mondial. En Asie orientale, la Chine a engagé un bras de fer avec le Japon – ce qui n’est pas du tout la même chose – et lance ce faisant un défi aux Etats-Unis : déjà membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et détentrice officielle de l’arme nucléaire, elle postule à un plein statut de puissance.

 

 

- Avantages et fragilités

Pour servir ses ambitions nouvelles, Pékin bénéficie d’une base économique bien supérieure à celle de la Russie qui dépend plus exclusivement de ses capacités militaires. La place de la Chine dans l’économie globale a cru de façon rapide, impressionnante. Jusqu’où ira cette montée en puissance ? Pour Bruno Jetin, il reste en ce domaine beaucoup d’incertitudes[6].

 

En termes absolus, la Chine possède depuis 2010 le deuxième produit intérieur brut du monde, derrière celui des Etats-Unis, mais devant ceux du Japon et de l’Allemagne. Si les tendances actuelles se prolongeaient, elle pourrait sur ce plan prendre la première place dans quelques années[7]. L’important ici n’est pas l’exactitude des calculs ou des pronostics, mais la tendance.

 

La Chine représente aussi le second marché, l’un des principaux prêteurs et le premier « atelier » dans le monde ; une position que la concurrence d’autres pays asiatiques à très bas coût de main-d’œuvre ne peut pas aisément entamer, car le pays possède aussi nombre d’avantages extra-salariaux. Il est plus difficile d’estimer la montée en gamme de l’économie chinoise dans le domaine de l’innovation technologique. Du fait, encore une fois, de sa position d’indépendance vis-à-vis des impérialismes traditionnels, le régime peut négocier d’importants transferts technologiques, mais n’a pas encore fait un bond en avant en matière d’innovations autochtones radicales. Une limite que la direction du PCC se donne pour objectif de surmonter prochainement (y compris via l’acquisition d’entreprises occidentales).

 

Affirmant son poids sur un nouveau terrain, la Chine vient pour la première fois d’intervenir en tant que « gendarme international » de la concurrence, bloquant un rapprochement multinational (en l’occurrence européen) dans lequel aucune de ses propres entreprises n’était directement concernée : le mariage entre les leaders mondiaux du transport maritime Maersk (danois), MSC (italo-suisse) et CMA-CGM (français), qui avait pourtant déjà été approuvé par Bruxelles et Washington[8]. Le choix du secteur – le transport maritime  – pour cette intervention surprise ne tient pas au hasard : la Chine est le premier exportateur de la planète.

 

La question demeure : est-ce que le « modèle chinois » de développement capitaliste est durable ? Il n’est pas sûr qu’il puisse résister à une nouvelle récession mondiale, à l’éclatement d’un conflit en Asie orientale ou à des tensions aiguës avec le capital chinois transnational. Il a donné naissance à une formation sociale particulièrement inégalitaire, similaire à des pays d’Amérique latine et éloignée de celles des pays occidentaux – encore que les Etats-Unis soient aussi très inégalitaires et que des pays européens soient en voie de « tiers-mondisation ».

 

La corruption gangrène le pays au point de mettre en cause la mise en œuvre des orientations économiques. De plus en plus de familles très fortunées – y compris appartenant aux hautes sphères du régime – se lancent dans la spéculation et utilisent les paradis fiscaux pour échapper aux contrôles officiels. La cohérence du « capitalisme bureaucratique » est sous pression avec la montée des capitalistes privés et aussi minée de l’intérieur par l’individualisme des « princes rouges », enfants de dignitaires. Or, c’est ce noyau central de l’actuelle classe dominante qui pilote le projet stratégique de constitution du nouvel impérialisme, qui lui donne sa force ; s’il éclate, comment la reconversion se réalisera-t-elle ?

 

 

- Profits et puissance

Ceci dit, pour l’heure, la politique économique internationale chinoise n’a pas pour seul but d’engranger des profits : elle vise aussi à assurer les bases d’une superpuissance. En termes de matières premières, la Chine manque ou va manquer de presque tout ; elle achète massivement des terres agricoles ou minières (pétrole, gaz, métaux rares…) dans le monde entier ; elle s’assure une mainmise directe sur la production en trustant le management de ses entreprises, mais aussi en exportant de la main d’œuvre chinoise (Afrique…) ou en recrutant de façon privilégiée des nationaux parlant le chinois (Vietnam…). Corrélativement, elle cherche à sécuriser les voies de communication intercontinentales en achetant des ports[9] ou des aéroports, en investissant dans la marine marchande et en déployant progressivement sa flotte militaire à l’occasion, notamment, d’opérations contre la piraterie en haute mer.

 

Achats de dettes souveraines ou de banques, diversification de ses réserves de change… la Chine renforce sa position dans la finance internationale et fait très bon usage de Hongkong à cette fin. Elle gagne aussi en galons sur un autre secteur dominé par les impérialismes traditionnels. Selon le dernier rapport du Sipri (Stockholm International Peace Research Institute), pour la première fois depuis la fin de la Guerre froide, la Chine se classe parmi les cinq plus grands exportateurs d’armes, un « top 5 » qui n’avait compté jusque là que les Etats-Unis et des Européens[10].  Avec 6 % des ventes, elle se place en quatrième place tout juste derrière l’Allemagne (7 %), dépassant la France (5 %) et le Royaume-Uni (4%) qui glisse à la sixième place[11].

 

 

- En Asie orientale, rapports de dépendance…

C’est en Asie orientale que les tensions entre la Chine, les Etats voisins et les USA sont les plus vives. Ce n’est pas chose nouvelle. Washington a déployé d’énormes moyens pour endiguer la vague de révolutions amorcées dans la région autour de la Deuxième Guerre mondiale. Après la conquête du pouvoir par les forces maoïstes en 1949, tout un réseau de bases militaires a été constitué en arc de cercle, de la Corée du Sud à la Thaïlande en passant par le Japon (Okinawa) et les Philippines. L’éclatement du conflit sino-soviétique, quand Moscou a passé un deal nucléaire avec Washington en mettant la Chine devant le fait accompli, a renforcé le syndrome de l’encerclement à Pékin. Ce qui a changé, en revanche, c’est la nature sociale de l’Etat chinois et, corrélativement, les politiques qu’il met en œuvre pour rompre la menace d’isolement physique dont il craint d’être l’objet[12].

 

Cette politique a aujourd’hui un volet économique, lié à l’exportation massive de capital qui est l’un des marqueurs de l’émergence d’un nouveau capitalisme chinois très conquérant, ainsi qu’au développement explosif des rapports commerciaux. Pékin crée une double dépendance dans des pays de la région : par l’importance pour leurs économies du marché chinois et par la croissance de ses investissements. Il fait miroiter l’offre d’une pax sinica qui viendrait sanctionner ces rapports de dépendance – mais il suscite aussi des résistances sociales et nationales croissantes là où les populations sont victimes du dumping commercial, subissent des conditions de travail trop éprouvantes dans des entreprises chinoises ou sont chassées de leurs terres acquises par la Chine.

 

 

- … Et conflit maritime

Cette politique a aussi un volet militaire et territorial très agressif qui souligne à quel point cette pax sinica serait inégalitaire. Pour nourrir un nationalisme de puissance qui remplit le vide idéologique laissé par la crise du maoïsme, pour donner une légitimité au régime, pour s’approprier les richesses marines, mais aussi pour garantir l’accès de sa flotte à l’océan Pacifique et aux détroits du Sud-est asiatique, Pékin a déclaré sienne la quasi-totalité de la mer de Chine (une appellation évidemment rejetée par les autres pays riverains). Il s’accorde des droits qui ne s’appliquent en principe qu’à une mer intérieure et non pas à un axe international de navigation. Il impose de fait ses revendications en construisant diverses structures militaires sur des archipels inhabités, des ilots, des rochers et des récifs revendiqués ou possédés par d’autres Etats de la région. Il invite ses ressortissants à pêcher partout sous la protection de ses gardes-côtes et engage des recherches pétrolières avec l’installation, le 2 mai dernier, d’une plateforme de forage au large du Vietnam.

 

Contre le Vietnam, la Malaisie, Brunei et les Philippines, Taïwan et le Japon, Pékin prend possession ou exige l’entièreté des îles Paracel et Spratleys, de l’atoll de Scarborough, des îles Senkaku/Diaoyu et étend ses propres eaux territoriales au point de ne laisser aux autres pays du sud-est asiatique qu’une portion infiniment congrue[13]. Des points de friction militaire se sont constitués à l’ouest avec le Vietnam et à l’est avec le Japon. Si dans le premier cas, des incidents très violents se sont produits, c’est dans le second qu’une escalade « contrôlée » fait monter très haut les enchères depuis que Tokyo a « nationalisé »  en septembre 2012 les Senkaku/Diaoyu – au point qu’en novembre dernier, la Chine a proclamé une zone d’identification aérienne englobant ce petit archipel.

 

Aucune puissance ne veut ouvrir aujourd’hui une véritable guerre en Asie orientale, mais de provocation en contre-provocation, de dangereux dérapages ne peuvent être exclus. Or, nous sommes dans la région la plus nucléarisée de la planète où – comme l’illustre la crise coréenne – se trouvent nez à nez la Chine, la Russie, les Etats-Unis et le Japon. Dans une région marquée aussi par la montée de nationalismes xénophobes et la militarisation maritime (avec en manœuvre les première, troisième et quatrième flottes du monde). Les USA n’ont de cesse d’annoncer leur grand retour et la droite nippone veut se libérer des clauses pacifistes de sa Constitution… 

 

La fin des blocs provoquée par l’implosion de l’URSS et la mondialisation capitaliste a créé une situation de grande instabilité, et pas seulement d’interdépendance (les États-Unis dépendant des capitaux chinois et la Chine du marché états-unien). Washington ne peut seul gendarmer le monde et quelques « sous-impérialismes » régionaux ne suffisent pas à l’y aider : il aurait besoin d’impérialismes alliés, fussent-ils « secondaires » ; mais l’Union européenne brille par son impotence et  le Japon ne peut encore voler de ses propres ailes. Pékin profite pour l’heure de cette situation, tant sur le plan militaire qu’économique. Mais si (si !) la constitution du nouvel impérialisme chinois se poursuit, sans crise majeure de régime, elle s’accompagnera d’une montée des tensions géopolitiques.

 

 

Notes

[1] Le « S » final de BRICS renvoie en anglais à South Africa.

[2] Patrick Bond, « Which way forward for the BRICS in Africa, a year after the Durban summit? », Pambazuka n° 673

[3] Université de KwaZulu-Natal.

[4] Patrick Bond, « BRICS and the tendency to sub-imperialism », Pambazuka n° 673

[5] Voir sur ce processus Pierre Rousset, « D’où surgit le nouveau capitalisme chinois ? ‘’Bourgeoisification’’ de la bureaucratie et mondialisation », ESSF (article 31179)

[6] Voir Bruno Jetin, « China : unavoidable rise or possible decline? » in Au Loong Yu, China’s Rise : Strength and Fragility, Merlin Press, 2013. Les éditions Syllepse ont publié une traduction française de ce livre important, mais elle ne comprend pas la contribution de Bruno Jetin. Une bonne partie des données qui suivent sont tirées de ce chapitre.

[7] Selon des calculs du FMI qui recourent à des données à la fiabilité discutable, comme les taux de change.

[8] Denis Cosnard, Le Monde daté du 19 juin 2014.

[9] Tout récemment encore, le Premier ministre chinois s’est rendu à Athènes pour négocier, en particulier, l’extension de ses participations dans le port du Pirée, mis en vente par le gouvernement grec.

[10] http://www.sipri.org/yearbook/2013/files...

[11] http://books.sipri.org/product_info?c_pr... Les deux plus gros exportateurs sont évidemment les Etats-Unis (29 %) et la Russie (27 %).

[12] Il n’est pas possible dans le cadre de cet article de revenir sur l’histoire complexe de la politique asiatique de Pékin à l’époque maoïste.

[13] Pékin s’allie aussi des régimes tels que celui de Birmanie ou, il s’y emploie, d’Afghanistan.

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1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 15:30
Photo : AFP-Nelson Almeida

Photo : AFP-Nelson Almeida

En annonçant à Fortaleza (Brésil), la création de leur propre banque de développement et de leur propre fonds de devises, les pays émergents des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud) sont en passe non seulement de torpiller l’ordre monétaire international, mais de déclencher une révolution géopolitique à l’échelle planétaire.

 

Sources : Politis.fr propos recueillis par Le Yéti l Mis à jour le 25 juillet  2015

Car si le projet des BRICS va à son terme, c’est bien l’hégémonie américaine héritée de la Seconde guerre mondiale et l’omnipotence du roi-dollar consacrée lors des accords de Bretton Woods en 1944 qui seront battues en brèche.

 

Résumons succinctement les conditions techniques de l’opération :

  • la Nouvelle banque de développement (NBD) aura un capital initial autorisé de 100 milliards de dollars ;
  • chaque pays membre participera selon ses moyens ; d’autres pays pourront s’adjoindre à la fine équipe, mais les BRICS se réserveront une part de contrôle minimum de 55% du total.
  • l’ensemble sera opérationnel avant la prochaine réunion des BRICS, dès 2015 ; le siège de la banque sera située à Shangaï ;
  • les échanges entre les pays membres s’effectueront directement dans l’une ou l’autre des monnaies de leur cru (et non plus en passant par le billet vert US).

 

- Les conséquences géopolitiques

Les conséquences de ces décisions sont sans appel pour le vieil ordre occidental chancelant :

  • Le dollar y perd son hégémonie de monnaie-étalon qui permettait entre autres aux Etats-Unis de faire financer leur énorme dette par les autres pays ;
  • la Banque mondiale et le FMI, pièces maîtresses du système occidental, perdent une grande part de leurs moyens exclusifs de pression ;
  • L’arme de dissuasion financière dont disposait exclusivement Washington voit sa force d’impact considérablement réduite ;
  • un bouleversement d’envergure en matière de répartition des ressources mondiales apparaît comme de plus en plus probable à assez brève échéance (notons que lors du sommet de Fortaleza, Vladimir Poutine a aussi proposé une association énergétique à ses partenaires).

 

- Vers un nouvel ordre monétaire international

Le camp occidental tente bien sûr de faire bonne figure devant l’annonce. Quand ils ne font pas silence, ses médias s’emploient à essayer d’en banaliser la portée. Mais le camouflet est cuisant pour le vieux système néolibéral septuagénaire. Et la réponse de Poutine aux sanctions américaines et européennes, cinglante.

 

Pour tout dire, il ne fallait pas être fin analyste pour savoir que les mesures radicales prises par les BRICS pendaient depuis longtemps aux nez du suzerain américain et de ses commensaux européens.

 

Il y eut cette alerte d'octobre 2009. Puis ce tout récent accord gazier entre la Russie et la Chine, précipité par les manigances de l’Otan en Ukraine (après l’Irak, la Libye, la Syrie...), mais aussi par les inconséquences financières de la Fed qui, en janvier 2014, firent vaciller les monnaies des BRICS.

 

En décrétant leur émancipation, les pays émergents ouvrent la voie à une refondation de l’ordre monétaire global, condition sine qua non à l’avènement du monde d’après.

 

Pour en savoir plus :

- Un pas vers la fin de l’hégémonie du dollar ?

- Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, l’irrésistible ascension des cinq

- Les BRICS et les sanctions favorisent le developpement de nouveaux échanges de la Russie avec l’Amérique latine

- La Russie et la Chine annoncent le découplage commercial du Dollar – La fin pour les Etats-Unis est proche

- Séisme : Russie et Chine abandonnent officiellement le pétrodollar

- BRICS, quand la peur change de camp

- Jean-Luc Mélenchon : "Les BRICS changent le monde"

- Les BRICS invitent la Grèce à les rejoindre

- L’histoire de deux ordres mondiaux

- La Banque de développement des BRICS devient réalité

- OCS à Oufa, un premier pas vers une alternative internationale

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