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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 20:04
La gauche est morte ? Vive la France Insoumise ?

Nous sortons d’un long cycle politique marqué par la domination hégémonique du parti socialiste. En simplifiant les composantes de la gauche, on peut dire qu’il y a une gauche réformiste et une gauche révolutionnaire. La stratégie d’union de la gauche, que le PCF porte encore, a échoué.

 

Sources : Le blog Médiapart d'Alain Duparquet

- Elle part du présupposé qu’il est impossible pour le courant révolutionnaire d’accéder au pouvoir.

C’est d’ailleurs d’autant plus vrai que le déclin du PCF a rendu totalement inconcevable une victoire communiste à l’élection présidentielle.On élit la social démocratie, car elle seule peut passer au second tour. On cherche à passer le compromis politique le plus haut possible et on espère que l’action syndicale et populaire fera le reste. Penser que le PS pouvait-être le cheval de Troie pour entrer au pouvoir et ensuite et que le « changement » s’impose par la suite petit à petit, pas à pas… Cette stratégie a échoué en 1981, puis en 1998 et encore plus en 2012.  Fondamentalement, la cause de cet échec est d’abord dans l’échec de la social démocratie elle-même. Il n’y a pas de compromis entre les intérêts capitalistes et les intérêts du peuple. Le capital veut toute le politique libérale et rien que le politique libérale. C'est dit et sans appel, l'union de la gauche a abouti à la loi-travail. On ne doit pas permettre à cette gauche de survivre.

 

Assurément, ce qui a changé depuis les années 1970, c’est le carcan européen, singulièrement avec les traités de Maastricht, de Lisbonne et l’avènement de l’euro. C’est même sur ce terrain là que ce joue concrètement la traditionnelle distinction entre révolutionnaires et réformistes. Toute proposition de politique de gauche qui n’indique pas comment elle va s’attaquer à ce problème est vouée à l’échec. C’est le préalable indispensable à toute union. C’est le clivage majeur. On peut toujours réajuster en permanence le plan A et le plan B proposés dans l’avenir en commun, en fonction des évolutions de l’Europe elle-même et des traités commerciaux, mais on ne peut pas éluder ce combat là, et on ne peut pas gagner sans éducation populaire sur ce sujet. Il y aura rassemblement contre cette Europe là ou il n’y aura rien car dans ce carcan rien n’est possible.

 

D’autant plus, que si d’aventure, un pouvoir de gauche dominé par le PS ou son successeur, venait à voir le jour et continue d’appliquer les directives de Bruxelles, il ne causera que malheur et désillusion, faisant le lit du Front National.

 

 

- Il vaut mieux que la gauche perde pour longtemps que de faire cela. 

Mélenchon a eu raison de dire :"Je ne veux pas affaiblir le PS, je veux le remplacer. Nous allons tourner la page des gens qui nous ont trahi pendant cinq ans".

 

Notre peuple ne s'en sortira pas en retournant dans les vieilles ornières. Après l'échec de Macron, ce sera soit le FN qui incarne l'horreur, soit le programme l'Avenir en commun qui incarne l'espoir. La FI est le grain de sable qui mettra en échec les combines conduisant de nouveau à la social démocratie.

 

Dans toutes les élections intermédiaires, il faudra une stratégie claire qui évite toute compromission...quitte à perdre. Car quand on gagne avec des illusions, on les perd ensuite plus durement avec tout le reste.

 

Servir de nouveau de force d’appoint de la social –démocratie serait donc une très mauvaise solution. L’union n’est donc souhaitable que sur la base d’une politique de rupture claire. Les socialistes ont échoué, qu’ils fassent preuve d’humilité, qu’ils passent leur tour et acceptent de nous soutenir.

 

Le programme l'Avenir en commun, élaboré par le croisement d'experts, basé sur le programme l'humain d'abord et amendé par des milliers d'internautes doit être le ciment de la reconstruction de l'alternative au capitalisme. Contrairement au programme commun qui était un compromis entre partis, le programme l'avenir en commun doit mettre tout le monde d'accord, si je puis dire. Le PS et le PC et bien d'autres ont leur place pour le soutenir et aider les citoyens sans carte dans leurs efforts. Si ils veulent être utiles, ils doivent se mettre au service du mouvement populaire.

 

Certes, la France insoumise n’est pas parfaite, ni d’ailleurs aboutie mais elle est assurément le point de départ de quelque chose de neuf, le prolongement des luttes sociales contre les politiques européennes, comme est une des suites du formidable non de gauche du 29 mai 2005, la correction du brouillon qu’a constitué le Front de gauche et une réponse aux questionnements de Nuit Debout.

 

 

- Et maintenant

Que faire de la France Insoumise ? Comment avoir les avantages des partis traditionnels sans en avoir les inconvénients ? Comment faire agir les 500 000 soutiens tout en laissant à chacun son indépendance et sa liberté d’action ? Comment se structurer dans le local afin de conquérir de villes, des régions, des départements ?

 

Voici entre autres les questions qui sont maintenant ouvertes.

La tâche est immense.

 

Pour en savoir plus :

- PCF-France insoumise, l’impossible unité

- La France Insoumise et le PCF auront des groupes parlementaires séparés à l’Assemblée

- Xavier Bertrand : "Méfions-nous du danger de la France insoumise"

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Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Politique Front de Gauche et Front du Peuple PCF PS France insoumise
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26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 13:00
La nostalgie quand tu nous tiens !

La nostalgie quand tu nous tiens !

Que cachent en réalité les appels à l'union qui viennent du PS, du PCF, ou d'ailleurs ?

 

Depuis que la France Insoumise a commencé à s’affirmer comme la principale –et seule- force d’opposition au candidat puis au président Macron, les appels à l’union de la gauche viennent de toute part. Mais que signifient donc ces appels aussi soudains à l’unité ?

Le parti socialiste, dans la voix de ceux qui n’avaient de mots assez durs contre Jean Luc Mélenchon, y vont sans retenue. Plus d’amour, tu meurs !

De la part du PCF, idem. Les mêmes qui n’en voulaient pas comme candidat déclarent des sentiments inattendus. Ce n’est plus de l’amour, c’est de la rage.

Du coup, le candidat de la France Insoumise ferait par son « intransigeance » la démonstration d’un « sectarisme » coupable. La condamnation de la « France Insoumise », voilà déjà une base d’union entre le PS, le PCF et quelques « éclairés » qui relaient sans retenue ces positions anti-Mélenchon.

« L’argument » de ces partisans de l’union semble être très cohérent. Dans une élection, l’union augmente les chances au contraire de la division. Oui mais, l’union sur quoi, et pour quoi ? Derrière tout cela se pose une autre question de fond. Quelle est la pertinence du clivage gauche-droite réactivé en campagne électorale ?

 

Sources : La Sociale par Jacques Cotta le 23 mai 2017

- La Gauche, mais c’est quoi la gauche ?

Au départ, l’appellation de « gauche » venait simplement d’une position géographique au sein de l’hémicycle. Puis un clivage politique s’est imposé entre conservateurs d’une part –la droite- et progressistes de l’autre –la gauche- attachés à une vision du progrès social, de l’amélioration de vie des travailleurs, avec toutes les nuances que cela comporte. Comme nous l’avons expliqué sur le site « La Sociale » depuis maintenant plusieurs années, comme nous l’avions à l’époque indiqué à Jean Luc Mélenchon et à Marc Dolez lors de leur rupture avec le parti socialiste, comme nous l’avons dessiné Denis Collin et moi-même dans « l’illusion plurielle, pourquoi la gauche n’est plus la gauche » ( « L’illusion plurielle, Pourquoi la gauche n’est plus la gauche », Denis Collin et Jacques Cotta - éditions Jean Claude Lattès - 2001) , comme j’ai tenté de l’actualiser dans « l’imposteur »  (« L’imposteur », Jacques Cotta - éditions Balland - 2014) , le terme de gauche n’a plus aucun sens politique, sinon de brouiller toute compréhension des politiques mises en oeuvre. Et comme le dit fort justement Jean Luc Mélenchon aux accusateurs de la « France Insoumise », ce sont les programmes qui comptent. Force est de constater qu’entre celui des gouvernements successifs du parti socialiste ou des gouvernements de l’UMP, les divergences sur le fond n’occupent pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette. Les politiques dites de gauche et de droite divergent parfois sur la méthode, le rythme, mais nullement sur le fond. Le capital a toujours été servi au détriment du travail par les uns et par les autres, et c’est dans la continuité que les pouvoirs successifs –dits de gauche ou de droite- ont permis que le capital précisément capte plus de 10% de la valeur créée au détriment des ouvriers, des retraités, des salariés en quelques années.

 

 

- Des appels à l’unité plutôt cocasses, du PS…

Commençons par le parti socialiste, ou certains de ses membres. Les anciens présumés « frondeurs », les Hamonistes, ou encore Gérard Filoche, ont fait du combat anti Mélenchon, au nom de l’unité évidemment, leur spécialité. Cela a commencé durant les présidentielles, Mélenchon étant sommé de se retirer au nom de « l’unité de la gauche » au profit du candidat du PS, Benoît Hamon. Puis cela a continué, Mélenchon étant accusé de la défaite avec 19% des voix alors que Hamon n’en recueillait que 6%. En réalité, que cherchaient donc ces « partisans » de l’unité ? Quel en était la cohérence ?

C’est Jean Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS, qui donne la clé, et une fois n’est pas coutume, remet chacun à sa juste place. Il indique ainsi que « Jean Luc Mélenchon qualifie lui-même son programme de révolutionnaire, et ce n’est pas ce qu’il faut pour le pays ». La divergence est donc claire, sans ambiguïté. Elle concerne le programme. Dès lors quelle unité possible entre Cambadélis et la « France Insoumise » ? Aucune, le premier secrétaire du PS plaçant son parti sur une orientation opposée à celle des insoumis. Mais Cambadélis va plus loin. Il veut évidemment un maximum de députés car « les valeurs de justice sociale doivent être défendues ». Cynique, amnésique, ou simplement moqueur ? Il fait mine d’oublier que le nouveau gouvernement sur les questions sociales ne fait qu’emboiter le pas au gouvernement socialiste de Hollande et Valls. D’ailleurs, s’il se veut, pour le symbole, opposé à l’investiture PS pour Manuel Valls dès lors qu’il a celle de la « majorité présidentielle », il est plus embarrassé par le cas de Myriam El Khomri, l’ancienne ministre du travail dont la loi que veut prolonger Macron porte le nom, qui aura à la fois l’investiture PS et celle de la majorité présidentielle. Une passeuse de témoin idéale ! Il exprime d’ailleurs à peine entre les lignes sa position vis à vis du nouveau pouvoir. « Sur les actions régaliennes, nous allons partager son action », dit-il avant de poursuivre « sur le plan économique et social, pas à cette étape ». A la suivante donc. Avant de préciser qu’il ne se situe « ni dans la majorité présidentielle, ni dans son opposition… ».

Les Hamonistes, les frondeurs d’hier, les Filoche et autres qui réclament donc « l’union de la gauche » demeurent dans le parti socialiste. Leur chef demeure Cambadélis, et la ligne que ce dernier dégage est donc celle qu’ils reconnaissent. On voit immédiatement la duplicité, l’absurdité, l’arrivisme contrarié de tous ceux qui font fi du fond pour tenter en fait de ne sauver que leur voiture de fonction.

Gérard Filoche depuis les présidentielles réclame le « front unique », terme qui rappelle une histoire et tradition bien précise. Pour les trotskistes, le front unique a toujours été l’expression d’une double exigence. L’exigence d’unité bien sûr. Mais aussi l’exigence d’indépendance de classe vis à vis de la bourgeoisie, sans quoi l’unité est une arme qui se retourne en son contraire. Le parti socialiste par son programme, sa pratique, et son expérience défend les intérêts de la finance et du capital. Ses objectifs sont opposés aux intérêts des salariés, des ouvriers, des retraités, des jeunes. C’est en cela que l’unité avec le PS n’est envisageable que pour ceux qui aspire à finir aux côtés du pouvoir Macronien nouvellement élu.

 

 

- … Et aussi du PCF

Le parti communiste n’est pas en reste. Si le but premier du parti socialiste dans ses appels à Mélenchon est d’enchaîner au clan majoritaire la « France Insoumise », d’annihiler son indépendance, et donc son pouvoir d’élaboration et d’action, le but du parti communiste est plus terre à terre.

Le PCF sait pertinemment qu’il a dû en passer par la candidature de Mélenchon aux présidentielles uniquement parce que toute autre l’aurait ramené à son état réel, celui d’une organisation en voie de marginalisation bien avancée, de plus en plus réduite à un appareil centralisé autour de sa direction nationale. En acceptant la candidature de la « France Insoumise », la direction du PCF a cédé à une pression importante de militants. Derrière le succès électoral des présidentielles, le PCF voyait la possibilité de récupérer un certain nombre de sièges dès lors que la confusion « France Insoumise » - PCF pouvait être entretenue. Voilà pourquoi la direction du parti communiste a très mal pris la position de la « France Insoumise » exprimée par Mélenchon, le refus de toute combinaison dont le programme serait évacué de fait.

Là encore, amnésie, hypocrisie, ou simplement cynisme ? Les dirigeants du PCF se sont insurgés contre « l’intransigeance et le sectarisme de Mélenchon », ont crié à « la division », ont accusé de préparer « la victoire de la droite », alors que dès janvier 2017 dans la presse, Pierre Laurent donnait la ligne : « il n’y aura pas de candidature unique avec la France Insoumise aux législatives ». ( Rencontre des secrétaires fédéraux du PCF du 4 janvier 2017 et « Humanité » du 11 janvier 2017).   

Ce que ne supportent ni les uns, ni les autres, c’est bien la référence programmatique qui interdit toutes les combinaisons à géométrie variable. Ils préfèrent l’opportunisme de circonstance, prêts à dire une chose et son contraire sans contestation possible. Ainsi dans l’Eure par exemple. Le même qui réclamait une candidature d’unité avec la « France insoumise » est candidat PCF-PS sans aucune gêne. Nul doute qu’à ce rythme, comme l’indiquait fort justement Jean Luc Mélenchon, dès lors que le programme se trouve relégué au rang des accessoires, les « candidatures d’union de la gauche », dont se font les hérauts membres du PS et du PCF, ont pour destinée naturelle la « Macronie » qui déjà en son sein rassemble LR, PS, et se prépare au soutien de ceux qui n’y sont pas encore officiellement mais qui trouveront prétexte –celui de l’extrême droite par exemple- pour faire le pas.

 

 

- Ce que change la France Insoumise

La campagne des présidentielles et des législatives marque une modification sur trois questions fondamentales, exprimée régulièrement par Jean Luc Mélenchon. Trois questions qui précisément sont l’enjeu de cette fumeuse « union de la gauche » qui n’aurait d’autre but que de faire reculer la « France Insoumise ».
 

  • La question de la gauche d’abord.

Elle n’est plus le point de repère à partir duquel se situer. Le point de départ n’est pas l’étiquette, mais le programme. L’union oui, mais il faut alors rompre avec les attaches qui sont contradictoires avec les intentions affichées. Le repère doit être la cohérence du programme. La démocratie, la république, La Sociale, la république sociale… Et l’attitude qui en découle, le respect de la parole donnée, du mandat, du peuple, des militants.

  • La question nationale ensuite.

La tenue des rassemblements de la France Insoumise a permis de se réapproprier les symboles de la république laissés jusque-là dans les mains du Front National. Le drapeau de la révolution française, l’hymne national, qui n’ont rien de contradictoire –contrairement aux accusations lancées par certains gauchistes qui ne comprennent rien à la nation- avec l’Internationale et le poing levé. Le rappel d’une exigence absolue de souveraineté nationale, qui détermine une position claire sur les instances supranationales, l’union européenne par exemple avec la sortie des traités, ou la rupture, en en appelant aux peuples d’Europe dont les intérêts sont liés. La souveraineté qui dicte le refus du Tafta, ou encore la sortie de l’OTAN…
 

  • La question des clivages enfin.

Le clivage n’est pas celui qui opposerait gauche et droite, clivage purement idéologique dans le meilleur des cas, coupé des réalités matérielles. Celui qui nous occupe concerne le peuple d’une part, l’oligarchie ou les élites d’autre part, le travail d’une part, le capital et la finance d’autre part, qu’on trouve tout autant parmi ceux qui se définissent de droite, comme ceux qui se définissent de gauche.

Il est insupportable aux représentants du PS comme du PCF de voir enfin érigé comme principe premier celui du mandat et par voie de conséquence la possibilité de voir tout représentant être révoqué dès lors qu’il a failli à sa parole et à ses engagements. C’est cela aussi que menaçait ouvertement cette fumeuse « union de la gauche » réclamée indépendamment du programme sur lequel se retrouver. La période électorale va s’achever et viendra alors la réflexion nécessaire sur la forme d’organisation plaçant au centre la démocratie et le programme qui permettra d’affronter les combats futurs. C’est pour préserver l’avenir qu’il est fondamental de demeurer fidèle à ses valeurs à tout moment et en toute circonstance.

 

Pour en savoir plus :

- Appel concernant le deuxième tour des présidentielles, contre "le pacte républicain" bâti autour d'Emmanuel Macron - 01/05/17

- Au lendemain du premier tour des présidentielles… - 25/04/17

- A propos de la position du POID sur la question du 1er tour des Présidentielles. - 22/04/17

- Je voterai Mélenchon… - 17/04/17

- La Grèce c'est la France - 23/03/17

- MACRON, L'ombre portée de HOLLANDE... - 21/03/17

- Manifeste pour un XXIe siècle plus heureux - 26/02/17

- Il est temps d’en finir avec l’association de malfaiteurs qu’est l’Union européenne - 17/01/17

- Libre discussion pour l'élection présidentielle de 2017 - 23/12/16

- Le parti socialiste ou l'explosion annoncée et programmée - 20/11/16

- C'est le peuple que nous voulons rassembler, pas les partis !

- Pourquoi l’accord législative entre la FI, le PCF, Ensemble ! n’est pas possible aujourd’hui ?

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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 08:24
"Je ne vois pas, à ce jour, de meilleure candidature que celle de J-L Mélenchon" : Patrice Leclerc Maire PCF de Gennevilliers

Contribution au débat dans le Front de gauche sur la candidature à la présidentielle

 

Sources : Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Patrice Leclerc, maire PCF de Gennevilliers [1]

- La situation est grave.

Certes tout est possible dans ce monde en décomposition, le meilleur comme le pire. Mais le pire semble pour l’instant avoir plus de raison de gagner. La politique du gouvernement désespère le peuple, droitise le débat public, faisant perdre tous les repères à la gauche mais à aussi à une droite qui fait la course avec l’extrême droite. Il n’y a plus d’aventure humaine vers un monde meilleur. C’est le retour des boucs émissaires, des haines et des peurs qui justifient tous les abandons, tous les reculs, toutes les haines de l’autre qui se transforment en haine de soi. Le ventre est fécond de la bête immonde. L’heure est au combat politique pour éviter l’inhumanité. mais tout est possible, même le meilleur aussi ! Il faut aider le peuple a prendre conscience qu’il est peuple et puissant. Il peut renverser la table.

 

Ainsi se présentent les prochaines élections présidentielles. Avant de donner ma signature pour une candidature, je respecterai, même si je les trouve tardifs, les délais décidés par la direction du PCF pour le mois de novembre pour s’engager autour d’une candidature.

 

Mais face aux enjeux, le débat doit se développer car nous ne pouvons pas participer du mouvement social sans parler des débouchés politiques, ni jouer à saute mouton sur la présidentielle pour préparer les législatives. Nous ne pouvons laisser l’inhumanité marquer des points. Je me permets donc de donner mon avis à ce jour en espérant contribuer aux réflexions.

 

 

- Je crains que nous, nous communistes et membres du Front de gauche, rendions inévitable l’évitable si nous ne mesurons pas la hauteur des enjeux politiques auxquels nous sommes confrontés.

La digue républicaine ne pourra pas durablement être rehaussée après chaque élection, chaque déception, pour éviter le fascisme. Nous ne pouvons pas contourner le problème une énième fois : soit nous devenons une alternative politique, soit nous aurons à affronter le fascisme au pouvoir à court ou moyen terme ! Il n’y a plus la place à de demies mesures.

 

Notre engagement doit faire gagner des idées et le peuple ou au pire donner le maximum de force au peuple et à des idées plaçant l’être humain d’abord. Nous avons pour mission de refaire briller l’idée, l’espoir, la dynamique d’une alternative politique au capitalisme destructeur d’humanité et de la nature. Si les élections ne sont pas le seul moment pour ce combat, elles en sont un moment important à ne pas rater. Elles peuvent bouleverser des donnes ou les conforter.

 

 

- Pour cela, je dégage trois enjeux pour la campagne des élections présidentielles :

  • rassembler au maximum les forces anticapitalistes, les forces pour une alternative sociale et écologique pour créer un rapport de force à gauche favorable aux forces de transformations sociales pour sortir du tripartisme mortifère droite/PS/FN. Créons ainsi les conditions pour gagner !
  • rassembler le peuple en lui donnant conscience de soi, en lui permettant d’exprimer sa dignité, sa fierté, face à un système et des forces politiques qui l’humilient en permanence. Il s’agit pour cela de refuser toute notion de gouvernance. Faisons une politique qui expose les différences d’intérêts dans notre société et notre monde, celle qui permet de dire et trancher les conflits, celle qui met le peuple en mouvement et en action pour définir et construire les biens communs.
  • rassembler autour de propositions de rupture avec le système capitaliste. Des propositions qui refassent rêver, qui enthousiasment, qui parlent avenir pour nos enfants et nos petits enfants. Un mode de développement humain, respectueux des êtres humains et de la nature, qui partage les richesses, redonne le temps de vivre et respecte notre environnement, réinvente la fraternité universelle et la production de communs.

 

- Pour porter ce combat avec nous, je pense que le meilleur des candidats est Jean-Luc Mélenchon.

Je ne suis pas d’accord avec lui sur tout (mais avec qui serai-je d’accord sur tout ?). Je suis même en désaccord avec son recentrage sur sa personne par la création de son mouvement « insoumis 2017 ». Il faut aussi qu’il corrige ses interventions sur les manœuvres en cours autour de la religion mulsulmane. Mais je refuse de prendre le risque de diviser « la gauche de la gauche », la « vraie gauche » en rajoutant un ou une candidate. Je refuse de faire passer en pertes et profits l’expérience du Front de gauche. Je refuse cette idée absurde de primaire de la gauche avec ou sans les libéraux du gouvernement. Je suis pour faire de la politique dans la situation telle qu’elle est et non pas telle que je la rêverai.

 

Des camarades craignent que Jean-Luc Mélenchon « nous fasse un petit dans le dos ». En effet, comme nous, il peut être imprégné de l’esprit de boutique et préparer l’après présidentielle. Raison de plus pour être offensif en affrontant la situation telle qu’elle est. Avec les autres composantes du Front de Gauche, nous devons porter sa candidature à la présidentielle, la faire notre, celle du Front de Gauche, celle de nos organisations, celle de citoyen-nes engagé-es. Cela n’étonnera personne car pour la majorité de nos concitoyens, Jean-Luc Mélenchon est repéré comme un leader du Front de Gauche, avant même d’être repéré « Parti de Gauche » ou « Insoumis ». Il a été notre candidat en 2012. Faire campagne autour de Jean-Luc Mélenchon avec nos logos associés à celui du Front de Gauche, c’est le meilleur moyen de mettre en échec sa volonté de torpiller l’expérience Front de gauche au profit de sa nouvelle boutique « Insoumis2017 ». Nous continuerons ainsi à capitaliser ce que nous avons commencé à construire avec difficulté, et qui commence à être repéré : le Front de Gauche. Que chaucune et chacun portent ses propositions pour le changement. Nous aborderons cette campagne en positif, en construction d’une alternative sociale et écologique. Les communistes et les autres composantes du Front de Gauche, notamment mes amis d’Ensemble, gagneront en écoute par leur capacité à rassembler, unir, construire dans la durée, un mouvement, une force politique alternative au libéralisme, au social libéralisme et au risque fasciste.

 

Jean-Luc Mélenchon a des qualités qu’il a déjà su mettre au service de l’alternative politique. Rappelons-nous des dernières élections présidentielles. Il a été bon, très bon. Il a su nous faire vibrer, donner du sens, remettre l’humain et l’enjeu écologique dans le débat politique. Il a le sens de la formule, pas toujours appréciée certes, mais qui fait exister tout en faisant réfléchir. Il m’a rendu fier de mon camp, le temps d’une élection. Fier de cette capacité à parler du peuple avec dignité, à mettre de l’intelligence dans la révolte, de la passion dans le propos. Les salariés, la jeunesse, les « sans », ont besoins de ces qualités pour se retrouver, se ressembler, reprendre confiance en eux-mêmes, en leur capacité à peser, à faire de la politique et gagner.

 

Les conditions politiques ne seront pas les mêmes pour le deuxième tour, comme après les élections si notre camp est devant les sociaux libéraux, si nous avons un résultat à deux chiffres, si … nous rendons envisageable de gagner !

 

Forts de l’expérience des dernières législatives, nous saurons aussi peut-être tirer les leçons de nos échecs pour cette fois ci savoir capitaliser les résultats des présidentielles. Je ne vois pas, à ce jour, de meilleure candidature que celle de Jean-Luc Mélenchon, portée par le Front de gauche pour ouvrir une perspective révolutionnaire dans notre pays. Je perçois aussi l’urgence de s’engager dans le débat, dans le combat politique des présidentielles.

 

Note :

[1] Biographie de Patrice Leclerc

 

Pour en savoir plus :

- Un élu PS de Grigny s’engage pour Mélenchon à la Fête de l’Huma

- Au PCF l’idée que « La convergence avec Jean-Luc Mélenchon est incontournable » prend corps !

- Par Robert Injey. Membre du Conseil national du PCF. Responsable de la communication. Conseiller municipal de Nice 2017: Sortir du marasme à gauche...

- Éric Coquerel : « Il n’y a pas de troisième voie sérieuse entre le PS et Mélenchon »

- Les primaires : la loi du mensonge et de la triche

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 08:39
photos Louis Camelin

photos Louis Camelin

Dimanche, Jean-Luc Mélenchon lance sa campagne pour l’élection présidentielle 2017. Refus de la primaire, présidentialisation, insoumission, divisions à gauche, programme, méthode : il explique sa démarche.

 

Sources :  Regards.fr

- Regards. : Dimanche prochain, le 5 juin, vous lancez votre campagne présidentielle par un rassemblement place Stalingrad. En vous engageant dans ce processus, n’aggravez- vous pas la présidentialisation de la vie politique ?

Jean-Luc Mélenchon : Je connais bien cette critique depuis l’élection du président de la République au suffrage universel en 1965. Mais je constate que cette élection s’est installée dans notre pays, qu’elle est devenue une culture collective et je crois que nous pouvons et devons l’utiliser. Quand commence un match de foot, il vaut mieux ne pas le jouer comme une partie de volley… Une campagne politique comme la présidentielle est globale et totale. Elle transforme tous ceux qui y participent. Cette idée est largement partagée quand il s’agit de la lutte sociale. Cela vaut aussi pour le combat électoral. Une élection transforme ceux qui votent autant que ceux qui s’engagent dans la campagne. Faire campagne électorale c’est vouloir convaincre et entrainer. Ce n’est pas une petite chose secondaire. Gagner des bulletins de vote, c’est gagner des consciences.

 

 

- Regards. : Onze mois avant l’échéance, n’est-ce pas prématuré ?

Jean-Luc Mélenchon : Mais la campagne a déjà commencé à LR, à l’extrême droite et au PS ! En février, j’ai voulu lancer la mobilisation politique de notre famille pour vivre 2017 comme une chance et non comme un piège. Je m’inscris dans la longue durée pour construire le rapport de forces dont nous avons besoin. La durée est le moyen de notre enracinement. C’est nécessairement de longue haleine. Il est vrai qu’en donnant ce rendez-vous du 5 juin, je n’anticipais pas, alors, le contexte politique avec le mouvement social en cours contre la loi El Khomri et les mobilisations des Nuits debout. C’est là un propulseur d’énergie qui tombe particulièrement bien. Car de quoi s’agit-il ? Certainement pas de vendre un produit, de "prendre des parts du marché politique ou électoral". Notre sujet est la construction d’un mouvement politique de plusieurs millions de personnes. Ce dont il est question, c’est de la révolution citoyenne. Ce processus ne fait que commencer, même s’il s’inscrit déjà dans une histoire dont 2012 fut un moment de franchissement de seuil.

 

« J’analyse le système de la primaire comme un tamis social et politique destructeur. Une primaire de toute la gauche ne peut être qu’une source de confusions démoralisantes. »

 

 

- Regards. : Mais vous décidez seul de votre candidature et de son tempo...

Jean-Luc Mélenchon : Factuellement, rien n’est plus faux. J’ai cherché à discuter avec les dirigeants du Front de gauche de ce que nous pouvions faire dès le mois de décembre. Je n’ai pas été écouté. Je ne veux pas mettre de l’huile sur le feu en rappelant ces faits, mais je voudrais bien que chacun assume ses désaccords sans les transformer en problèmes personnels : il n’est pas vrai que j’ai agi dans mon coin sans crier gare. À présent, je travaille déjà en équipe, avec l’appui de plusieurs secteurs politiques et sociaux, sans oublier le renfort de plusieurs milliers de communistes, de socialistes et de syndicalistes. Bien sûr, il y a une dimension personnelle de la décision. Encore heureux !

 

 

- Regards. : Cette décision découle-t-elle de votre refus d’une primaire ?

Jean-Luc Mélenchon : Le point de départ de ma décision est mon refus[1] et celui du Parti de gauche d’entrer dans la primaire. Depuis 2007, j’analyse le système de la primaire comme un tamis social et politique destructeur. Aujourd’hui davantage encore, une primaire de toute la gauche ne peut être qu’une source de confusions démoralisantes. Quand on mesure à quel point la parole politique du Front de gauche a déjà été discréditée, cette confusion pourrait effacer toute notre influence de la carte ! Le PCF a milité pour ces primaires de toute la gauche et Ensemble a commencé par s’y associer plus ou moins. Le PCOF, Socialisme et république et le PG les ont rejetées. Personne ne m’a consulté, nous n’en avons jamais discuté collectivement. J’ai donc annoncé ma décision de ne pas m’y plier dès le mois de décembre. Et j’ai proposé ma candidature à un moment calculé en équipe : au lendemain de la déclaration de candidature de Marine Le Pen et de l’entrée au gouvernement d’écologistes, en plein débat sur la déchéance de nationalité. La droite dominait le débat, Hollande flirtait avec le programme du FN et divisait encore davantage les écolos en embauchant Emmanuelle Cosse. Ma proposition de candidature se présentait comme un sursaut contre l’effacement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- Regards. : Pierre Laurent vient de déclarer qu’il souhaitait une « candidature commune d’alternative à gauche ». Comprenez-vous cet appel comme un premier pas vers un rapprochement ?

Jean-Luc Mélenchon : Je comprends surtout que la direction communiste ne croit plus aux primaires. J’avais donc raison de ne pas m’être enferré dans cette histoire et de n’avoir pas perdu ces quatre mois en intrigues. J’ai mis ce temps à profit pour construire : 110.000 appuis et 1.000 groupes de base. À présent, Pierre Laurent dit vouloir éviter l’éclatement de la gauche d’alternative pour accéder au second tour de la présidentielle. Je ne comprends pas. Les frondeurs ont beaucoup voté et soutenu le gouvernement Hollande-Valls et ils forment de nombreux clans concurrents ; les écologistes sont totalement atomisés. Aucun ne renonce à une candidature de leur parti.

 

« Je suis prêt à faire équipe. Chacun peut prendre sa place dans la lutte dès l’instant où il y a de la clarté dans l’objectif et sur la méthode. »

 

 

- Regards. : Comment interprétez-vous la position du Parti communiste, et quelle est la vôtre à son égard ?

Jean-Luc Mélenchon : Je trouve pénible que le PCF abandonne la méthode du rassemblement qu’a été le Front de Gauche pour des partenariats aussi incertains. La proposition de Pierre Laurent n’a donc pas de réalité politique. Je crains que les communistes ne se retrouvent très isolés à l’arrivée. Alors que le combat a besoin d’eux, de leurs idées, de leur engagement. Je suis prêt à faire équipe. Chacun peut prendre sa place dans la lutte dès l’instant où il y a de la clarté dans l’objectif et sur la méthode. Et de la cohérence entre ce qu’on dit et ce qu’on fait. Comme si nous n’avions pas les bases d’une candidature ; comme si nous n’avions pas déjà réuni quatre millions de voix et comme si nous n’avions pas déjà un programme partagé. Je déplore cet a priori sans motif à mon égard. Mais il est de mon de devoir d’avancer sans attendre le bon vouloir de qui que ce soit.

 

 

- Regards. : Pourquoi ne pas avoir accepté de participer à une primaire sur les bases du Front de gauche ?

Jean-Luc Mélenchon : Parce que personne ne l’a jamais proposé. Ce dont il a été publiquement question, cela a été d’une primaire de toute la gauche. Et maintenant, il est trop tard pour revenir en arrière. En revanche, il est injuste de dédaigner la main que je tends. Cela m’affecte. Je ne comprends pas que la critique prenne toujours ce tour personnel, souvent au-delà du trait ! Qu’il est triste de voir tant d’amis d’hier espérer mon échec et ajouter leurs croche-pieds aux coups que me donnent nos adversaires. Heureusement qu’il y a l’accueil amical que me réservent des milliers de militants et sympathisants communistes, malgré l’acrimonie de leurs porte-parole.

 

 

- Regards. : Comment comptez-vous élaborer le programme de votre candidature ?

Jean-Luc Mélenchon : Le programme est l’affaire centrale de la campagne. Ce n’est pas une formalité, mais une préparation de chaque citoyen à l’exercice des responsabilités publiques avant même la victoire. Il faut accueillir toutes les contributions dès lors qu’il s’agit de radicalités concrètes. Et je paierai mes dettes : je dirai d’où viennent les idées que nous reprenons. Par exemple, je fais mien le scénario négaWatt [2] et je dis qui l’a élaboré. La société a déjà produit une partie du programme. Et depuis 2012, il s’est réfléchi de très nombreux sujets et inventé de nombreuses solutions, parmi les syndicats, les associations, les intellectuels. Sachons les écouter, les reprendre. Nous ne sommes pas au-dessus d’eux.

 

« Je suis seul si l’on regarde du balcon. Mais je suis inséré dans un milieu de dizaines de milliers de gens qui s’engagent. »

 

 

- Regards. : Vous liez la question du programme à celle de son élaboration. Comment se pose celle de son application ?

Jean-Luc Mélenchon : Nous avons besoin de préciser nos idées autant que la manière de les mettre en œuvre. Je reste traumatisé par l’expérience de 1983 [3]. Nous avions alors un programme hautement transformateur. Lorsque nous nous sommes retrouvés face au mur de l’argent, deux points de vue se sont affrontés. Ceux qui voulaient rester dans le cadre du système monétaire européen (SME) et ceux qui proposaient une autre politique. J’étais de ceux-là. L’inconvénient de notre point de vue est que nous n’avions rien de concret à proposer. Et nous avons été éliminés. C’est la même leçon que je tire des déboires en Amérique latine ou de la Grèce de Tsipras. Si nous accédons au pouvoir, il nous faut un plan A et un plan B en toutes circonstances. À cette exigence programmatique s’ajoute la claire conscience de l’importance de l’engagement du peuple. En 1981, pour revenir à cette expérience pour moi fondatrice, nous n’avons pas souhaité l’intervention populaire. Pire, nous avons demandé à chacun de rester dans les clous. La méthode de la révolution citoyenne tourne la page de cette erreur.

 

 

- Regards. : Vous affirmez vous inscrire dans la perspective de l’exercice du pouvoir. Pourtant, vous paraissez seul… Un homme ne change pas une société.

Jean-Luc Mélenchon : Je souriais amèrement, au début, lorsqu’on me renvoyait à ma solitude. Et puis j’ai mesuré la part de mépris qu’il y a dans cette affirmation. Donc les 107.000 personnes qui déclarent leur soutien ne compteraient pour rien ? Parmi eux, il y a plus de 2.000 syndicalistes de tous les métiers, de tous les syndicats, de tous les niveaux de responsabilité… Parmi eux, il y a des communistes, des écologistes de lutte parmi les plus reconnus, des militants socialistes et tout le PG. Je suis seul si l’on regarde du balcon. Mais je sais que je suis inséré dans un milieu de dizaines de milliers de gens qui s’engagent. Et la révolution citoyenne, c’est l’implication de millions de personnes dans l’action gouvernementale.

 

 

- Regards. : Ce dont il est question, c’est de l’absence de soutien de partis politiques…

Jean-Luc Mélenchon : Le Parti de gauche, la NGS de Liêm Hoang-Ngoc, les communistes insoumis, les "Ensembles insoumis" ne comptent pas ? De qui parle-t-on ? Du PCF. Aujourd’hui, c’est lui qui est seul, et je m’en désole. Autre chose : ceux qui émettent cette critique mesurent-ils le discrédit dont souffrent les partis ? Il faut arrêter avec ce mauvais procès. Je veux que l’on comprenne ma démarche. Je refuse la confusion du "rassemblement de la gauche" ! Après la publication de L’Ére du peuple, j’ai cherché la transversale qui fédère l’ouvrier qui lutte, la femme qui se démène pour tenir sa famille hors de l’eau, le lanceur d’alerte, le chercheur qui s’accroche… Le mot "insoumis" m’a paru être celui qui les réunit tous. Insoumission au cadre globalitaire qui veut tout régenter, la société, nos goûts et nos corps. L’action contre ce cadre nous fédère.

 

« Je pourrais me contenter d’un bon slogan, d’affiches et d’émissions de télé. Mais nous avons besoin, pour réussir la grande transformation nécessaire, d’un peuple motivé et conscientisé. »

 

 

- Regards. : Vous croyez en une dynamique de fédération de la contestation et des alternatives ?

Jean-Luc Mélenchon : Je crois que cela va se cristalliser lors de cette campagne et se déployer avec la victoire. Le mouvement va s’auto-organiser. Je ne sais pas encore comment. Il va falloir l’inventer. Mais je sais aussi que « le chemin se fait en marchant », comme le dit si bien Antonio Machado. J’ai beaucoup regardé en France et ailleurs, j’ai beaucoup expérimenté pour trouver les nouvelles formes d’organisation. Je ne propose pas la disparition des partis, mais je souhaite qu’ils sachent se dépasser par l’action. Les outils numériques nous donnent de nouvelles possibilités pour agréger chacun, toutes nos différences. Pourquoi les refuserions-nous ?

 

- Regards. : Vous liez campagne présidentielle et création d’un mouvement. Est-ce que cela n’est pas trop d’un coup ? Les militants des partis constitués sont souvent attachés à les conserver…

Jean-Luc Mélenchon : C’est vrai que je pourrais me contenter d’un bon slogan, d’affiches et d’émissions de télé. Mais je ne vais pas le faire. J’ai trop compris ce qui arrivait à nos amis d’Amérique latine. Nous avons besoin, pour réussir la grande transformation nécessaire, d’un peuple motivé et conscientisé. Et je crois qu’il faut créer ce grand corps militant qui réunit ceux qui décident d’animer, déclencher, solliciter notre peuple. Le Front de gauche aurait pu être ce lieu, ce réseau. Cela ne l’a pas été. Si le Front de gauche décide de renaître, il peut être une composante de ce mouvement, de cette France insoumise. Au nom de quoi pourrais-je m’approprier l’étiquette Front de gauche ? Je ne l’ai jamais fait. J’ai déploré que Pierre Laurent le fasse sans mandat tant de fois !

 

 

- Regards. : On en revient aux divisions au sein de la gauche de gauche…

Jean-Luc Mélenchon : Je comprends que les communistes soient attachés à la permanence de leur parti. Mais c’est à eux de trouver le chemin stratégique qui permettra de combiner leurs volontés et l’aspiration de dizaine de milliers de gens à entrer dans un cadre commun. Je ne peux le faire à leur place ni renoncer à ce que j’ai analysé sur notre temps. L’objectif est bien de fédérer. Pour le faire, il faut être capable de tourner les pages de l’aigreur. Je ne demande pas qu’on me rallie. Je tâche de faire bien mon travail, d’accomplir la part qui me revient et je sais que je ne suis pas éternel. Il nous faut faire naître un monde neuf. Nos vieux habits peuvent rester dans l’armoire ou le grenier. Ils ne vont pas s’envoler. On pourra les retrouver, quand on voudra, si l’on en a besoin…

 

Note

- [1] refus de principe déjà exposé dés 2009 dans son livre "L'autre gauche" repris en extrait dans une note de blog

Il y qualifiait notamment, la primaire de : Le règne de l’égocratie ; - La course au moins disant politique ; - Une machine à diviser la gauche ; - L’outil du glissement au centre (de la gauche) ;

    - [2] NDLR : le "scénario négaWatt", conçu par l’association éponyme qui regroupe experts de l’énergie et intellectuels, promeut une transition énergétique permettant de se passer de l’énergie nucléaire et presque totalement des énergies fossiles à l’horizon 2050.

    - [3] NDLR : le "tournant de la rigueur" impulsé par le gouvernement Mauroy.

    A 4 jours du rassemblement national des INSOUMIS, J-L Mélenchon explique sa démarche
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    11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 09:51
    Refonder notre démocratie, c’est rompre avec la 5ème République !

    et pas à faire une primaire à gauche !

     

    Source :  le blog de Manuel Bompard le 22 janvier 2016

    Une initiative « pour une primaire à gauche » a été lancée par plusieurs personnalités dans le journal Libération. Pour les initiateurs de cette démarche, il s’agit de « faire de la prochaine élection présidentielle la conclusion d’un débat approfondi ». Ils en appellent à « du contenu, des idées, des échanges exigeants » et présentent leur initiative comme « l’opportunité de refonder notre démocratie ». Louables objectifs, que nous sommes nombreux à partager, et qui s’accompagnent d’un constat lucide sur la gravité de la situation politique de notre pays et sur l’impasse totale de la politique gouvernementale. Dans la période trouble que nous vivons, il est toujours salutaire de voir des intellectuels et des personnalités politiques préoccupés par l’avenir du pays prendre des initiatives pour ouvrir un autre chemin.

     

    Il serait donc bien malvenu de remettre en cause la sincérité de leur démarche et de ne pas voir qu’elle pose des questions indispensables : comment faire de la campagne présidentielle de 2017 un vrai débat sur l’avenir de notre pays ? Comment permettre une véritable confrontation des projets, et non pas une course de chevaux gonflés aux sondages et autres produits dopants ? Comment empêcher que ce débat nous soit à nouveau confisqué par une polarisation médiatique sur des thématiques bien loin des difficultés que rencontrent les Français ? Ce sont ici des interrogations essentielles et on ne peut que se réjouir de les voir bousculer un peu les abjectes propositions sur la déchéance de nationalité et les nouvelles provocations du sinistre Macron.

     

     

    - Mais comment ne pas distinguer parmi les signataires et les personnes ayant répondu favorablement à cet appel des motivations diverses ?

    Ainsi, il faudrait être aveugle pour ne pas voir les gros sabots des dirigeants du Parti Socialiste qui ont bien compris les intérêts qu’ils pourraient retirer d’une telle initiative. N’est-ce pas ici l’occasion rêvée de faire taire toute alternative à la politique gouvernementale, en transformant cette initiative en choix d’un candidat unique de la gauche, expulsant par là même toute discussion sur les désaccords majeurs vis-à-vis de la politique gouvernementale ? Ainsi construite, cette initiative se retournerait contre les objectifs fixés par ces initiateurs. Plutôt que d’aider à déverrouiller la scène politique, elle lui donnerait au contraire un nouveau tour de vis. On ne peut donc que regretter que l’appel publié ne contienne pas de remise en cause et d’explications en profondeur des choix gouvernementaux, ce qui aurait permis d’inscrire cette initiative clairement en rupture avec les politiques mises en place ces dernières années. Et à tous ceux qui pensent qu’il y aurait là une occasion historique pour rompre enfin avec les orientations sociales-libérales, il convient de souligner comment un tel processus serait dominé par l’influence des instituts de sondage et comment il expulserait celles et ceux qui se détournent aujourd’hui des urnes (lire à ce sujet le blog d'Alexis Corbière).

     

    Dans le même registre des interrogations, il est triste de lire parmi certaines réactions ou prises de position autour de cette initiative des intentions bien éloignées de celles affichées dans le texte de l’appel. Ainsi, comment peut-on affirmer la nécessité d’un grand débat et exclure dans le même temps toute discussion sur notre rapport à l’Union Européenne, comme le fait Julien Bayou d'EELV en affirmant que le résultat pourrait « poser problème, s’il y’avait des positions anti-européennes », ajoutant la caricature à la fermeture du débat ? Voilà ici une curieuse conception des « échanges » si un seul résultat ne peut en fait être admis et accepté, conception bien contradictoire avec la nécessité de « débattre des défis extraordinaires auxquels notre société est confrontée ». La question de la relation de la France vis-à-vis d’une construction européenne toujours plus austéritaire ne fait-elle pas partie de ces défis ?

     

     

    - Mais tel n’est sans doute malheureusement pas le sujet.

    Car ne nous y trompons pas : par-delà la sincérité évidente de certains de ces initiateurs ou soutiens, se retrouvent aussi autour de cette initiative tous ceux qui pensent y avoir trouvé l’opportunité de se forger une place sur la ligne de départ. Comment interpréter autrement les déclarations de David Cormand d'EELV expliquant que cette initiative aurait pour ambition de bousculer « un casting qui a déjà été décidé sans nous ». C’est là aussi une ambition bien différente de la volonté affichée de « réanimer le débat politique » et d’incarner « le projet positif dont la France a besoin pour sortir de l’impasse ». Sauf à considérer que personne parmi « ce casting » (selon David Cormand toujours, « le trio promis étant Hollande, Sarkozy, Le Pen […] avec comme challengers potentiels Juppé, Bayrou et Mélenchon ») ne pourrait porter un tel projet, ce qui mériterait alors d’être argumenté. Difficile donc de lire dans ces déclarations autre chose qu’une volonté d’utiliser cette initiative pour légitimer une nouvelle candidature. Ce serait grave, car masquer sous des mots d’ordre de renouvellement et des appels aux nouvelles pratiques politiques des ambitions par ailleurs tout à fait légitimes, ne fera que contribuer à amplifier encore la crise démocratique du pays.

     

    Une fois passées ces quelques remarques, il faut venir au fond du sujet. Oui « les inégalités sociales » et « la dégradation environnementale » sont insupportables. Oui, notre système politique est verrouillé, son personnel fait office « de caste, d’oligarchie ». Oui, il est plus que jamais nécessaire de « refonder notre démocratie ». Oui, notre pays est « riche de son énergie vitale et de ses talents qui aspirent à forger un avenir bienveillant ». Mais ces indignations ont des causes et des responsables qu’il faut nommer : c’est d’abord un capitalisme aveugle qui détruit les êtres humains et la planète; c’est aussi un système politique inique – la 5ème République – qui expulse le peuple de la vie politique.

     

     

    - Pour s’attaquer aux effets, il faut s’attaquer aux causes : il n’y aura donc pas de refondation démocratique possible sans rupture avec la 5ème République

    L’objectif de réoxygéner enfin notre vie politique ne sera donc pas accompli en choisissant mieux le monarque présidentiel (en partant du principe que la primaire permettrait un meilleur choix, ce qui est plus que contestable comme l’a très bien démontré Alexis Corbière sur son blog). Il ne pourra l’être qu’en brisant enfin la 5ème République et en engageant tout le peuple français sur la voie d’une reconstruction démocratique.

     

    Pour cela, une démarche claire et transparente pour une nouvelle République, précisant les modalités et le calendrier de sa mise en œuvre, est indispensable. Il ne peut s’agir d’une simple mise à jour du système périmé de la 5ème République, même sous un nouveau nom, par un groupe d’experts en droits constitutionnel. Cette réponse serait bien loin de la gravité de la situation. En ne permettant pas l’intervention populaire permanente dans la rédaction constitutionnelle, elle inscrirait dans le marbre un péché originel : la confiscation du pouvoir par quelques-uns au détriment du plus grand nombre. Seule la convocation d’une Assemblée Constituante, proposée par référendum dès l’élection à la présidence de la République (en utilisant l’article 11 de la Constitution), permettrait de renouveler en profondeur notre vie démocratique et de libérer les énergies du pays.

     

    Une telle revendication n’est malheureusement pas inscrite dans les objectifs de « la primaire à gauche ». Ces initiateurs semblent penser qu’un choix plus large et plus démocratique (ici aussi, ces adjectifs sont plus que contestables, mais cela semble être l’avis des signataires) d’un candidat à l’élection présidentielle permettra, comme par magie, une refondation démocratique. Aucun ne semble se souvenir que François Hollande fut bien désigné par une primaire et que cela ne l’empêcha nullement d’oublier le lendemain de l’élection ses promesses de campagne, ou d’avoir recours à l’article 49-3 de la Constitution.

     

     

    - Pourtant, et les signataires de l’appel publié dans Libération le pointent également, il y a urgence.

    La trahison que représente le mandat de François Hollande pour une partie grandissante de la population, l’absence de résultat de sa politique et le contexte lourd de l’année 2015 ont fait grandir la résignation et la tentation du repli sur soi. De plus en plus nombreux sont les français qui ont renoncé à se déplacer aux urnes, ou qui semblent tentés par une extrême-droite incarnant, à tort, la seule remise en cause des politiques mises en place ces dernières années.

     

    Le temps n’est donc pas, selon moi, au repli sur soi et aux processus paralysants. La gravité du moment impose que soient lisibles rapidement les différents projets politiques qui s’offrent au pays. La mise en route pour les prochaines élections présidentielles d’une démarche claire de rupture avec la 5ème République est désormais urgente. A 15 mois de l’élection présidentielle, il convient dès lors de soutenir sans attendre le candidat le mieux placé pour engager immédiatement cette bataille, en adossant à cette campagne le lancement d’un nouveau mouvement ouvert à toutes celles et tous ceux qui veulent y participer. Un candidat qui sera en capacité de prendre le pouvoir, non pour lui-même, mais pour le rendre au peuple. Un candidat qui, par la clarté de son positionnement, la cohérence de ses engagements et la force de ses idées, portera de manière crédible cette ambition. Un candidat qui maitrise avec brio les rouages du jeu médiatique et qui pourra ainsi retourner contre le système ses propres contradictions. Un candidat qui saura garder la tête froide face à la violence des temps qui viennent.

     

    Ainsi, nous pourrons faire mentir les scénarios noirs écrits par avance.

     

    Pour en savoir plus :

    - Mon dossier : Primaires - Elections présidentielles 2017

    - Jean-Luc Mélenchon: «La primaire est une machine à enterrer les questions de fond»

    - Sondages primaires par Francois Cocq   

    - Présidentielles 2017 Le poker menteur des primaires

    - Les primaires, ou le casting de la tambouille

    - Chronique d'une gauche auto proclamée

    Refonder notre démocratie, c’est rompre avec la 5ème République !
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    27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 09:16
    Gauche : Gare au prix amer de la primaire !

    L'exemple même de la fausse bonne idée !

     

    Source : le blog d'Alexis Corbière secrétaire national su Parti de Gauche le 20 janvier 2016

    Dans Alice aux pays des merveilles, le roman de Lewis Caroll, la jeune Alice perdue dans la forêt rencontre un drôle de chat perché sur un arbre et l’interroge : « Pourrais tu m’indiquer le chemin ? ». Le félin répond : « Tout dépend où tu veux aller. ».

     

    C’est aussi le cas pour l’idée de « la primaire de la gauche et des écologistes» lancée avec le soutien actif du quotidien Libération. Est-ce une bonne idée ? Réponse : « Tout dépend où tu veux aller ». En effet, vers où veulent se rendre ceux qui l’impulsent ? « Vers une victoire de « la gauche » en 2017 » me répondront-ils en chœur. Exprimer ainsi, l’intention est louable. A priori, elle sonne bien. Je ne souhaite pas la victoire de la droite, ou encore pire de l’extrême droite. Plus précisément, je ne souhaite pas une politique de droite et d’extrême droite pour mon pays. Soit. Mais, est-ce la bonne méthode ? Pour moi, non.

     

    Car derrière cet objectif, il y a un lourd prix à payer pour notre vie démocratique : la disparition de toutes forces qui contestent le système politique actuel et particulièrement la Ve République. Elle imposera demain pour la France une sorte de paysage politique à l’italienne. Ce serait l’acte de naissance quasi institutionnel mais définitif du « tripartisme ». C’est là le prix amer de la primaire.

     

     

     - Derrière quelques intellectuels, artistes et sportifs, en coulisses Dray et Cambadélis à la manœuvre… au profit de Hollande

    CFQzpdWW0AAw_Fw.jpgPour les initiateurs de cette « Primaire », il faudrait acter définitivement l’existence intangible d’un petit espace de « gauche », autour de 35 % tout additionné, condamné à être minoritaire dans la société, sans trop s’interroger pourquoi ni comment l’élargir.  Dans ce paysage, pour éviter les défaites, il n’y a plus qu’un chemin tactique obligatoire : il faut une candidature unique de la gauche dès le premier tour.

     

    La rue de Solférino a sans doute dans un premier temps été un peu déstabilisée par l’opération qu’elle n’avait pas totalement initié. Elle a d’abord eu peur de la charge anti-Hollande qu’elle laissait apparaître. Mais, passé la stupéfaction, elle a ensuite très vite compris l’avantage qu’elle avait à tirer de tout cela. Aussi, Julien Dray, désormais devenu un agent 100 % pro-président de la République, déclarait sur BFM TV : "Oui à une primaire de toute la gauche en vue d'avoir un seul candidat". Jean-Christophe Cambadélis, au nom du PS lui a emboité le pas en disant la même chose. Dans son esprit, la primaire est possible si c'est pour obtenir cette candidature unique et exclusive, avec engagement de tous les autres candidats potentiels, même ceux qui ne veulent pas en être, qu’ils s’effacent. La manoeuvre est habile. Et, Cambadélis précise sa pensée : « Le problème aujourd'hui dans le tripartisme, ce n'est pas de rassembler la gauche au 2e tour, c'est d'y être et pour y être, il faut être au-dessus de 25%. Pour faire au-dessus de 25% avec un PS qui fait entre 20 et 23%, il faut aller chercher 4-5%. Donc si on est émiettés au 1er tour, on ne sera pas au second ». L’objectif évident est d’apporter au candidat du PS les quelques pourcentages supplémentaires pour être au second tour. Concourir à la primaire, c’est donc être polarisé par le PS, sans que le Peuple, dans sa réalité profonde, puisse trancher et dire autre chose. La logique de tout cela est totalement enfermée dans la mécanique mortifère de la Ve République en pleine décomposition, renforcée de surcroit par une extrême droite qui bloque tout.

     

     

    - Une machine à excommunier

    masaccio-LExpulsionDuParadis.jpgQuiconque aura l’audace de se présenter en dehors de la Primaire sera affublé, par la bobostructure qui la souhaite, immédiatement du sobriquet de « diviseur », ou d’irresponsable voulant « la défaite de la gauche ». et bla bla bla... Par sa dynamique propre, cette primaire devient une machine idéologique à excommunier tous ceux qui n’auront pas fait de génuflexion devant elle. Elle désigne des boucs émissaires qui permettent de masquer les désastres culturels et sociaux de la politique du gouvernement. Quiconque n’en est pas « fait le jeu de la droite et de l’extrême droite »… Air connu. Dans un article de la semaine dernière, le journaliste de Libération Lilian Alemagna, toujours avisé sur les sacs de nœuds de la gauche française, dit les choses assez clairement : « ceux qui, à gauche, restent en dehors, devront expliquer à leurs électeurs potentiels pourquoi ils n’étaient pas de ce processus citoyen inédit. Et pourquoi ils ont pris le risque de laisser le second tour de la présidentielle à la droite et à l’extrême droite. » CQFD.

     

    C’est donc là que réside le principal attrait de ce dispositif aux yeux de quelques uns des gros malins qui l’ont initié. En écrivant cela, je fais nettement la distinction parmi les signataires entre l’économiste Thomas Piketty tout à fait respectable et sincère, et un combinard cynique comme Daniel Cohn-Bendit qui veut transformer la gauche française en un centre « libéral-libertaire », à peine centre-gauche, et faire disparaître tout le reste sur la gauche.

     

    L’opération « Primaire de la gauche et des écologistes » si elle avait lieu (mais je n’y crois guère) est donc, contrairement aux apparences de quelque chose d’ouvert et accueillant, un dispositif qui passe une laisse autour du cou de toutes les forces politiques qui y participent. Il faut en accepter le verdict, quel qu’il soit à l’arrivée. Même s’il est absurde et à l’opposé de ses convictions. Les formations politiques partie prenante de cette primaire, ne doivent plus avoir ensuite la possibilité, où même la légitimité morale et politique, de se présenter seules, ou avec d’autres, au premier tour de l’élection présidentielle. C’est la Ve République en plus dur. Vous n’avez même plus le droit d’être au premier tour pour mener campagne ! Alors que depuis le 5 décembre 1965 date de la première élection présidentielle au suffrage direct, il y a toujours eu plusieurs candidats se réclamant de la gauche et de l’écologie (sans que leur nombre ait le moindre lien entre la victoire ou la défaite de la gauche au final), cette « primaire » acte un système présidentiel exacerbé, verrouillé, totalement « tripartiste », où seules les trois grandes familles de la vie politique (La « droite » à travers les républicains, la « gauche » à travers le PS et le FN) ont le droit de défendre leurs couleurs en désignant leur champion à l’élection phare de la Ve République qui est pourtant celle qui mobilise le plus les électeurs et détermine toutes les autres pendant le quinquennat en fonction de son résultat. Ainsi, la « règle du jeu politique » serait définitivement bloquée. Encore plus bloquée que ce que dénonce les auteurs de l’appel. En dehors de l’appartenance à l’un de ces trois pôles dont vous devez être un satellite, vous n’existez plus.

     

     

    - Un contournement des milieux populaires

    grande-borne.jpgA ce qui doute de mes affirmations, pensant qu’il est possible d’y désigner un autre candidat que celui du PS je leur réponds qu’il faut être lucide sur la sociologie militante et sociale de ceux que cela intéresse et mobilise concrètement. C’est à dire ceux qui pratiquement viendraient physiquement voter. Alors que je crois déterminant d’être en capacité de (re)mobiliser les catégories populaires les plus abstentionnistes, les plus éloignées du débat politique, les moins à même de se positionner spontanément comme de gauche ou de droite, les plus hostiles aux formations politiques traditionnelles, cette Primaire, par sa nature même, fait le choix de s’adresser mécaniquement à ceux qui se définissent encore comme étant de « la gauche et des écologistes », ceux qui sont les plus intégrés à la vie politique classique, généralement les plus qualifiés, les mieux rémunérés et vivant dans les grands centres urbains.

     

    Lors de la campagne présidentielle, les faibles conditions, mais néanmoins réelles, qui permettent à un candidat « non officiel » de toucher les catégories populaires sont ici supprimées. A la primaire, on ne fait plus campagne dans tous le pays, mais simplement à la TV où devant des assemblées militantes, avec des moyens et des budgets radicalement différents d’un candidat à l’autre, souvent coupées des secteurs les plus abstentionnistes. Alors que plusieurs études démontrent qu’une part significative (26 %) de nos compatriotes se déclare hors de toute appartenance partisane et que plus de la moitié (52%) dans aucun des trois grands partis traditionnels (PS, LR, FN), cette « primaire » laisse le choix du candidat quasi exclusivement à ceux qui sont encore clairement dans une latéralisation droite / gauche classique, à l’écoute des formations puisque ce sont elles seules qui ont les moyens de l’organiser. C’est une grave erreur tactique. C’est s’enfermer dans le score historiquement bas du prétendu « total gauche ».

     

     

    - Une étude éclairante datant de 2011

    candidatsprimaires2011.jpgPour confirmer mon raisonnement, j’invite chacun à consulter l'étude réalisée par le CSA, à la demande du PS en novembre 2011 après leur primaire qui avait désigné François Hollande.

     

    Le constat est éclairant. Je le résume :

    • D’abord, ceux qui se mobilisent le plus à une primaire, dans une proportion encore plus forte que lors des scrutins classiques, sont ceux qui votent le plus traditionnellement. La participation est encore plus forte dans les « zones urbaines dynamiques » et « les pôles universitaires » qu’ailleurs. La participation est nettement plus significative sur les terres électorales traditionnelles du PS. La participation des catégories socioprofessionnelles les plus élevées est proportionnellement plus forte que lors des élections officielles.
    • A l’inverse, les milieux les plus abstentionnistes s’abstiennent encore davantage.

     

    Bref, tout cela accentue tous les défauts des comportements électoraux actuels qu’il faudrait pourtant corriger : faible mobilisations des milieux les plus populaires, sur-mobilisation des CSP +. Donc, contrairement à son look si sympathique, la primaire ne « donne pas plus la parole au Peuple »… en réalité, sur le plan sociologique, elle la lui supprime encore plus nettement puisqu’elle impose en pratique finalement l’idée que c’est seulement le candidat désigné par les CSP + qui a le droit de se présenter au réel premier tour de la présidentielle.

     

     

    - Une consécration de la « démocratie sondagière »

    sondage-d-opinion-photo1.jpg- Et comment la magie s’opère-t-elle sans que la manipulation ne soit trop visible ou trop grossière ?

    Essentiellement par les sondages et les médias qui imposent, grâce à des panels pseudos irréprochables, le nom et l’identité, dans l’imaginaire collectif des CSP +, du « seul candidat qui est peut être au second tour ou qui peut être élu » et cela généralement plus d’un an avant l’élection.

     

    - La prétendue démocratie des primaires n’est donc que la consécration d’une « démocratie sondagière ».

    Souvenons nous. En 2011, le candidat Dominique Strauss-Kahn caracolait en tête des intentions de vote à la primaire, alors qu’il passait le plus clair de son temps à New York, et ne disait quasiment rien sur son programme. Le 14 avril 2011, toujours à propos de la Primaire socialiste, l’institut de sondage Opinion Way en est sûr : DSK arrive en tête avec 46 % des intentions de vote. De son côté François Hollande atteint péniblement 18%. Et puis survient le 14 mai 2011, l’épisode glauque du Sofitel à New York. Le scandale est énorme. Et bien dès le 17 mai, Opinion Way tient son nouveau sondage… et son nouveau champion. Cette fois ci, François Hollande est en tête à 62 % ! Il a bondi de 44% ! Un mois plus tard le 15 juin, nouveau sondage, il est redescendu à 51 %, mais le trou est fait avec les quatre autres candidats. C’est plié. Du point de vue du système, celui qui va l’emporter, c’est lui. L’affaire s’est réglée en quelques jours. Sans qu’il y ait eu le moindre débat de fond, la moindre proposition, François Hollande est devenu le candidat du PS. Les sondages l’ont dit. La suite s’enchaine. Puisqu’il est le candidat d’évidence, il faut donc lui donner encore plus de force etc, etc…. En ramassant 1 038 188 voix lors de la Primaire (soit 39% des suffrages), il devenait le candidat du PS (et au passage, Manuel Valls malgré ces 5,6 % deviendra quand même ensuite Premier Ministre, c'est à dire le chef du gouvernement). C’est significatif mais cela ne représente que moins de 7 % du total des électeurs qui voteront ensuite « à gauche » au premier tour en 2012.

     

    Est-ce demain à ce noyau réduit politiquement et sociologiquement de décider qui doit être en 2017 le seul candidat légitime en quelque sorte ? Je ne suis pas d’accord, d’autant que je considère erroné de ne raisonner que dans le segment de ce que l’on nomme « la gauche » qui s’est mobilisée lors des élections d’après 2012. Il faut viser à renouer avec le principe de majorité. Parler au plus grand nombre, à commencer par les abstentionnistes. C’est la clé de tout.

     

     

    - Un PMU politique où un seul cheval est dopé

    de-quand-date-la-pub-pour-le-pmu-vas-comprendre-charles_-ecnp_0.jpgLe choix du candidat dans une primaire n’est donc pas le fruit d’un raisonnement rationnel, d’un débat argumenté, mais se transforme mécaniquement en un mauvais PMU politique où certains chevaux sont dopés et d’autres non, et ou le nouveau Paris turf des CSP+ qui se disent de gauche (c’est à dire Libération, mais pas seulement) vous souffle avant la course à coup de Unes tapageuses et d’études ravageuses, le nom du seul « bon » candidat, c’est à dire « le seul qui peut.. ».

     

    • Vous voulez des exemples ?

    L’hebdomadaire Marianne de cette semaine, souvent mieux inspiré, prête la main à cette opération. Dommage. Sur une double page, il veut d’abord nous convaincre que la grande majorité du peuple de gauche veut des primaires (à 85 %), et donc qu’il faut être vraiment mal élevé ou mauvais joueur pour les refuser. Il nous assure ensuite que le candidat que voudraient « les sympathisants de gauche », c’est à dire le seul qui aurait le droit de se présenter à la présidentielle au premier tour, serait dans l’ordre de préférence : Manuel Valls, Martine Aubry ou François Hollande…. Les autres, circulez ! Et Marianne nous l’affirme : à 66% les sympathisants de gauche veulent qu’il soit « issue du PS ». Fermez le ban.

     

    Ainsi donc, on voudrait nous faire admettre que seules trois personnalités issues du PS, toutes trois favorables à la politique actuelle de l’Union européenne, toutes trois signataires de la même Motion lors des congrès du PS, seraient à même de représenter seules ce que l’on nomme « la gauche ». Et face à l’extrême droite qui veut capter la colère populaire, un membre de ce trio serait le mieux placé pour lui faire face ? Pour la contester ? Pour la faire reculer ?

     

    J’affirme que ce serait l’inverse. La « candidature unique de la gauche » c’est le dernier cadeau d’un détestable système institutionnel nommé Ve République à Marine Le Pen avant d’arriver au pouvoir. Cela la consacre comme seule et unique opposante au système.

     

     

    - Coup de froid sur la démocratie ou « frimaire » de la gauche et l’écologie

    49032540.jpgLoin de rechauffer la banquise politique actuelle, certains veulent imposer un nouveau mois de « frimaire » (particulièrement froid dans le calendrier révolutionnaire) sur l’aspiration populaire au changement.

     

    Dans ces conditions, ce sera donc sans moi. Ceux qui pensent que dans cette campagne présidentielle, il faut créer les conditions pour que soient représentées la voix des abstentionnistes, des milieux populaires, la puissante indignation sociale qui monte et la volonté de rupture avec la 5e République, en passant par une Assemblée constituante pour une 6e République, il y a autre chose à faire. Je reviendrai sur ce point dans des prochains billets, n’ayez crainte.

     

    Et je souhaite bon courage à ceux qui essayeront de faire que ces primaires soient autre chose que ce que je viens de décrire. Pour moi, c’est perdu d’avance. En attendant, signez la pétition en soutien aux 8 salariés (cliquez ICI) des Goodyear condamnés à 9 mois de prison pour avoir voulu simplement défendre leurs emplois avec des méthodes sommes toutes assez classiques dans l’histoire du syndicalisme ouvrier français. Mais la justice de classe, qui sait épargner MM. Balkany ou Cahuzac a parlé.... Qu'importe. En l’espace de quelques jours, et avec beaucoup moins de surface médiatique, cette pétition a récolté déjà cinq fois plus de signataires que l’appel au Primaire…

     

    Bonne nouvelle. Malgré ses efforts, la « démocratie sondagière » n’effacera pas la question sociale.

     

     

    Pour en savoir plus :

    - Mon dossier : Primaires - Elections présidentielles 2017

    - Martine Billard : « Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés »

    - Quand le PS investit l’idée de « Primaire à gauche » par Jean-Luc Mélenchon

    - Primaire : ma réponse à Caroline De Haas

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    18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 09:51
    Martine Billard : « Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés »

    Ce billet est une réflexion strictement personnelle qui n'engage que moi et qui n'a aucune vocation à regrouper qui que ce soit. Mais je pense que vu l'état dans lequel est tombé "l'autre gauche" nous avons besoin de réflexions, de débats tout azimuts.

    C'est pourquoi après le premier billet où j'essayais de faire un bilan centré sur les résultats des élections régionales celui-ci a plus vocation à réfléchir sur la suite. J'espère qu'il provoquera aussi des commentaires comme le premier, même si je ne suis pas d'accord avec tous, ils sont des apports, des précisions, des controverses. C'est un billet assez long aussi je n'ai pas tout développé autant que je pourrais le faire.
     

    Source : blog de Martine Billard par Martine Billard co-secrétaire nationale du Parti de Gauche le 09/01/2016

    - Un recul des perspectives de révolution citoyenne sur toute la planète
    Nous subissons au niveau international une nouvelle période de montée des régressions libérales et de l'obscurantisme religieux avec ses conséquences en termes de conflits violents et de terrorisme. C'est vrai en Amérique Latine (offensive de la droite libérale en Argentine, Brésil, Venezuela) comme au Moyen-Orient avec la régression autoritaire en Égypte et en Turquie et la montée de Daesh, comme en Europe avec la poursuite de l'offensive libérale dans tous les pays et les poussées de xénophobie dans nombre d'entre eux.


    Dans ce cadre bien difficile, le score de Podemos aux dernières élections espagnoles est bien l'exception. Mais on peut s'inquiéter que, dans un pays où le taux de chômage dépasse les 28% et où une fraction importante de la jeunesse est obligée de s'exiler, le vote de rupture ne dépasse pas 25% (Podemos+IU). Syriza en Grèce a renoncé à l'affrontement avec la troïka européenne et se trouve contraint d'appliquer toutes les mesures antisociales refusées précédemment. L'acceptation du mémorandum est venue clore l'espoir soulevé d'une alternative immédiate aux politiques européennes d'austérité.

     

     

     

    - Oser regarder la réalité en face : la situation française n'est pas meilleure

    La dynamique créée par la candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, 4 millions de voix, s'est prolongée dans les marches appelées sous l'impulsion du Front de Gauche mais avec un succès diminuant peu à peu : 30 septembre 2012 contre le TSCG, marche citoyenne pour la 6ème République du 5 mai 2013, 1er décembre 2013 pour la révolution fiscale, 12 avril 2014 contre le pacte de responsabilité et l'austérité.

     

    Nous nous sommes heurtés à l'intransigeance du pouvoir qui avait bien compris que la moindre faiblesse de sa part pouvait le mettre en difficulté. C'est ainsi qu'après l'avoir promis, Hollande a rejeté toute loi d'amnistie des syndicalistes et militants associatifs victimes de la répression sous Sarkozy. Cet échec, plus la poursuite sans dévier de la politique austéritaire du gouvernement, ont fini par démobiliser y compris les secteurs les plus combatifs. Certes, certaines luttes, totalement soutenues par le Front de Gauche, ont fini par gagner : les Pilpa, les Fralib. Mais face à tant d'autres fermetures d'entreprises que nous n'avons pas réussi à empêcher, face à la poursuite des politiques libérales dont le résultat consiste en une aggravation des inégalités, le Front de Gauche n'a pas réussi à apparaître comme celui en capacité de protéger les intérêts des classes populaires. Il ne faut pas oublier non plus la répression de plus en plus dure contre les luttes comme nous venons de le voir avec la condamnation à de la prison ferme des 8 syndicalistes de Goodyear ou la confiscation de véhicules et de tracteurs pour opération escargot afin de protester contre Notre-Dame des Landes

     

    • L'optimisme et le volontarisme ne peuvent pas tout résoudre.

    À chaque échéance électorale, nous annoncions vouloir passer devant le PS, renverser la table et construire des formes de pouvoir citoyen. Mais le PS ne s'est pas effondré. Et l'ambiance dans le pays n'est pas aux mobilisations citoyennes de masse. Notre enthousiasme nous a amenés à repeindre la situation en plus favorable qu'elle n'était et à nier la réalité.

     

    Il faut reconnaître que les mobilisations sociales sont faibles et que Hollande et son gouvernement remplissent le rôle que Sarkozy n'a pas su occuper : briser les résistances populaires pour poursuivre la casse du droit du travail, des protections sociales et des services publics. Les libéraux de droite comme de gauche ont tiré une leçon de la défaite du mouvement social contre la réforme des retraites de 2010 : il est possible de passer en force. Jusqu'ici les classes moyennes et l'intelligentsia cherchaient à se consoler en se disant qu'au moins le PS défendait des valeurs de gauche. Ce dernier marqueur est tombé avec la promotion de la déchéance de nationalité pour les binationaux nés Français ainsi que l'état d'urgence.

     

    Nous devons nous mettre d'accord sur la gestion du temps : il ne s'agit plus de renverser la table à court terme mais d'accepter que le temps est plus long. Sinon nous en serons réduits aux coup de barre constants pour essayer régulièrement d'ajuster à la réalité une ligne trop optimiste. Une analyse moins optimiste de la conjoncture implique un travail à plus long terme.

     

     

     

    - Un Front de Gauche au bout de sa dynamique ?

    Le Front de Gauche avait été conçu pour lutter contre l'éparpillement des forces à gauche du PS, pour éviter de se retrouver dans la situation de la présidentielle de 2007 avec des candidats concourant à celui qui obtiendrait moins de 2% et terminer dans un paysage à l'italienne avec disparition de toute gauche digne de ce nom.

     

    La présidentielle de 2012 a été une réussite.

    Mais nous n'avons pas su faire fructifier le résultat.

     

    Il y a eu le traumatisme des municipales avec le choix du PCF de partir dans la moitié des cas avec le PS et en plus de l'affirmer en tant que stratégie nationale. Les batailles autour de l'utilisation du sigle FG ont laissé localement des plaies ouvertes et ont installé une défiance réciproque et profonde. Les expériences de liste commune avec EELV menées dans plusieurs communes ont abouti à d'assez bons résultats laissant entrevoir l'intérêt de rassemblement de listes FG-EELV. Mais la direction d'EELV, procédant à une analyse fausse quant à leur recul électoral global, a vite sifflé la fin de ces convergences. Grenoble avait donné une confirmation à notre stratégie constamment affirmée d'un PS en voie d'écroulement et d'une possibilité de passer devant et de gagner en entraînant une dynamique populaire. Malheureusement ce fut la seule victoire et la tentative de reproduire un schéma similaire au niveau du département l'année suivante, permettra certes un résultat intéressant mais pas au point de passer devant le PS et de gagner.

     

    Les élections européennes de mai 2014 se sont déroulées dans ce climat de défiance au sein du FG et se sont soldées par un résultat en stagnation de 6,5% et la perte du siège de la région Nord. Pour les élections régionales je vous renvoie au billet après le premierau billet que j'ai publié sur mon blog.
     

    • De l'incapacité de passer d'un cartel à un mouvement national de masse

    La première erreur, et à vrai dire l'erreur fondamentale, a été de maintenir le FG sous forme cartel. Le PG a essayé de poser le débat en son sein. Ainsi la résolution du Conseil National de juin 2012 : « Il est nécessaire d'avancer sur la façon de poursuivre les assemblées citoyennes et les possibilités d'adhésion au Front de Gauche, au moins localement. La volonté d'y intégrer les citoyennes et citoyens qui ne veulent pas s'engager dans l'un de ses partis est partagée par tous. Nous proposons donc que la discussion s’engage sur ces questions. »

     

    Devant le refus absolu du PCF d'envisager une force politique avec adhésions directes, tant le PG que les forces qui ensuite constitueront Ensemble ! n'ont pas osé aller à l'affrontement et construire des collectifs FG à la base. Là où le PCF était hégémonique ou anti FG, les militants désireux de constituer le FG en front de masse ont soit eu peur d'être étouffés soit n'ont pas trouvé comment passer outre l'opposition du PCF. Mais il a aussi existé des FG locaux très positifs ainsi que des fronts thématiques qui ont réellement fonctionné, comme par exemple le Front de Gauche de l'agriculture ou le Front de Gauche féministe.

     

    Nous relancerons cette proposition en janvier 2014. Suite à un appel de personnalités lancé le 16 mai 2014, une AG du FG réunira 250 personnes à Montreuil le 6 septembre, avec la présence de tous les animateurs du FG, Pierre Laurent, Clémentine Autain et Jean-Luc Mélenchon compris. Mais ce sursaut sera sans lendemain, la réunion suivante le 7 décembre restera sans suite.

     

    • Ce refus d'aller au-delà d'un cartel d'organisations signe l'impossibilité du FG de se dépasser.

    Chaque échéance électorale a été un moment de tension. Outre la question de l'indépendance vis-à-vis du PS, l'obstination à concevoir toute élection, hors présidentielle et européenne, comme des élections locales a empêché le FG de se construire comme une alternative. De même le recours aux « notables locaux » conçus comme des garanties de score a démontré son inefficacité à moyen terme, élection après élection, les bastions historiques du PCF fondant comme la banquise sous l'effet du réchauffement climatique.
     

     

    - Les partis politiques sont-ils un obstacle ?

    Tous les partis sont impactés par les résultats des élections régionales. Même le FN vit des tensions entre la tante et la nièce. À droite, courir derrière le FN n'est pas concluant et Sarkozy n'apparaît pas comme le candidat indiscutable pour 2017. En cas de victoire de A. Juppé à la primaire des LR, il n'est pas impossible qu'une partie de l'électorat de « gauche modérée » préfère ne pas courir le risque de voir M. Le Pen élue et vote donc pour lui dès le premier tour empêchant ainsi Hollande de parvenir au second tour. Pour Hollande il est primordial d'empêcher tout candidat à sa gauche tout en espérant plusieurs candidats à droite. La droite a évidemment l'intérêt inverse. Nous ne sommes donc pas à l'abri de rebondissements. Mais dans tous les cas, il est vraisemblable que le résultat de 2017 ouvre une période d'explosion du PS vers une ligne plus démocrate portée par Valls et d'autres. Côté frondeurs pour le moment on assiste plutôt à un éparpillement, puisqu'à chaque rupture apparaît une nouvelle structure politique (Pouria Amirshahi et son « mouvement commun », Philippe Noguès avec « Voix de gauche », Debout la Gauche à La Seyne sur Mer ...)

     

    Nous pensions que l'alignement du PS français, dans la suite de toute la social-démocratie européenne, sur le modèle libéral allait dégager un espace à gauche. Au PG, on ajoutait qu'une course de vitesse était engagée avec le FN pour savoir si l'espace libéré par le PS dans la lutte contre le libéralisme serait occupé par une alternative de rupture à gauche ou au contraire par le FN. On nous a beaucoup reproché cette formule.

     

    Hélas il faut bien reconnaître que le FN nous a plus que distancé et que c'est lui et non le FG qui a profité de l'espace dégagé par le PS.

     

    Quelles en sont les raisons ? Souvent nous revient la réflexion que gauche et droite c'est pareil. Or nous nous appelons Front de Gauche, Parti de Gauche et donc pour les franges les moins politisées de l'électorat, tout cela c'est du pareil au même.

     

    Par ailleurs sachons reconnaître que nos formes d'expression ne sont pas forcément les plus adaptées à l'objectif que nous fixons de nous adresser au peuple.

     

    Pour d'autres, la faute en revient aux partis politiques qui feraient obstacle à l'engagement politique. Et en général, on nous donne Podemos comme contre exemple. Pourtant Podemos est un parti. J'avais déjà répondu sur ce blog à propos de cette question " A mes amis qui pensent que les partis n'ont plus de raison d'être ".

     

    Il est indéniable qu'il y a peu de jeunes dans les partis, même si le PG fait un peu exception, tout comme d'ailleurs dans les syndicats et les associations dont l'objet est dans le champ politique. Seules les luttes écologiques voient des jeunes s'engager. Peut-être parce que c'est un des rares secteurs où l'action concrète débouche sur de réelles modifications.

     

    Il est à noter aussi que le M6R a certes récolté de très nombreuses signatures, 100 000 en 1 an, pour la constituante et la 6ème République mais n'est pas non plus parvenu à se changer en mouvement de masse. Or si cela avait correspondu à une vraie attente dans la société, le M6R aurait réussi à bousculer les partis politiques contre leur propre volonté, à commencer par le PG et le Front de Gauche dans son ensemble. Cela n'est pas arrivé.

     

    Il nous faut regarder la réalité en face, la reconstruction politique va prendre du temps. Vouloir aller plus vite que les rythmes politiques ne sert à rien sinon à décourager encore plus.

     

    • Rassemblement citoyen contre partis politiques ?

    Faisant le bilan du marasme du Front de Gauche, du refus de listes larges de rassemblement FG-EELV-Nouvelle Donne-Nouvelle Gauche Socialiste à l'échelle nationale permettant de créer une véritable dynamique citoyenne, le PG a essayé de contourner cet état de fait par des appels citoyens pour peser et donner de l'air. Malheureusement il faut reconnaître que le résultat n'a pas été là non plus à la hauteur des espérances.

     

    Là encore la réalité nous est revenue en boomerang : il n'y a pas de raccourci. La période politique n'est pas bonne. Dans ces conditions, penser qu'on va pouvoir construire des organes de pouvoir citoyen à partir de rien, revient à faire abstraction de la situation réelle. Comme le dit très bien René Revol sur son blog : « Cela se construit mais ne se décrète pas. De véritables assemblées citoyennes où le peuple décide de son destin ne peuvent se forger que dans une situation de mobilisation sociale et civique ».

     

    C'est ce qui a amené le PG à proposer une articulation entre appels citoyens et alliances de partis, pensant que autrement l'espace n'existait pas pour obtenir des scores qui donnent envie de continuer au lieu de désespérer et ce d'autant que rien n'aurait convaincu ni EELV ni le PCF de renoncer à faire apparaître leur étiquette d'une façon ou d'une autre. Le résultat de la Vague Citoyenne en Aquitaine montre que ce n'est pas que la méchanceté des partis qui a empêché les citoyens de rejoindre massivement une liste affirmant rompre avec les vieux partis. D'ailleurs, de nos jours s'appeler citoyens ou rassemblement, appeler à donner la parole aux citoyens ... n'est absolument pas un clivage politique, on le retrouve aussi bien à droite qu'à gauche.

     

    Toute l'histoire démontre que lorsque la situation est mûre, les masses débordent sans problème les partis voire les syndicats, même si ceux-ci peuvent effectivement dans un deuxième temps constituer un obstacle à la poursuite d'un mouvement de masse (mai 68, comités de lutte, comités de grève débordant les syndicats dans les années 70, COBA en Italie, Indignés en Espagne et dans d'autres pays ...). Nous n'assistons pas à cela en France actuellement même si beaucoup d'initiatives foisonnent sur Internet appelant au dépassement des partis. Mais Internet n'est pas toute la société.

     

    - Le peuple ne se lasse jamais de lutter

    En politique il y a des moments de recul. À la sortie d'une séquence aussi désastreuse pour notre camp, le pire serait de passer notre temps à nous déchirer, de ressasser le passé, de se replier chacun sur son appareil convaincu d'avoir raison contre tous et faire parler la rancœur et les règlements de compte, de jeter le bébé, en l'occurrence toute forme de parti, avec l'eau du bain. Quelle qu'ait été la position de chacun sur ce qu'il fallait faire au second tour des régionales, maintenant nous devons réfléchir tous ensemble sur comment faire face à la situation actuelle.

     

    Il reste dans ce pays un courant de pensée qui refuse d'accepter l'idée qu'il n'y a pas d'alternative, qui refuse de croire que la solidarité est un concept dépassé, que la lutte de classes n'existe plus. C'est à ce courant qu'il faut nous adresser, sans sectarisme mais aussi sans opportunisme, pour reconstruire un socle sans nous réduire à notre microcosme politique qui nous amène à avoir une vision totalement déformée de la réalité. Nous n'avons pas besoin d'un concours à qui sera le plus radical. Si c'était le problème, LO ou le NPA aurait beaucoup plus d'audience dans le pays.

     

    Il nous faut redonner de l'espoir. Montrer qu'il existe une force qui ne plie pas, une force qui n'est pas que dans le négatif mais a des propositions positives..

     

    Pour cela il faut être capable de reconstruire un projet de société alternatif qui en même temps soit crédible. Cela suppose de retravailler notre projet pour passer d'un projet théorique à un projet concret : l'écosocialisme c'est un autre mode de vie, solidaire, démocratique et écologique.

     

    Il nous faut reprendre la bataille culturelle pour montrer que nous n'abandonnons pas les classes populaires, être présents dans les luttes sociales, écologiques et pour la défense des droits démocratiques. Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi interroger notre vocabulaire.

     

     

    - 2017 : le problème n'est pas l'âge du capitaine

    Nous avons de nouveau le droit à une multitude de discours sur ces hommes (et oui ce sont tous des hommes), qui réussissent parce qu'ils sont plus jeunes. Cela avait commencé avec Obama, puis continué avec Renzi en Italie, Tsipras en Grèce et aujourd'hui en Espagne avec Pablo Iglesias de Podemos et Albert Rivera de Ciudadanos. Tout serait donc une question d'âge. Mais alors comment expliquer le succès de Beppe Grillo en Italie ? (61 ans lors du lancement de son mouvement 5 étoiles en 1999, 66 lors de son succès aux élections de 2013, 25%), comment comprendre la victoire de Corbyn (66 ans) au parti travailliste en Angleterre ? Ou le succès dans les sondages de Bernie Sanders (74 ans) aux USA ? Comme quoi l'âge n'est pas la variable déterminante. Alors ce serait la nouveauté, le renouvellement ? Mais Arlette Laguillier, 6 fois candidate à la présidentielle, obtient son meilleur score 5,72% en 2002 pour sa 5ème candidature à l'âge de 62 ans. Dans le cas de Corbyn et Sanders il s'agit de parlementaires anciens. Et que dire de Alain Juppé (70 ans) qui apparaît comme une image de renouvellement alors qu'il a été un homme politique toute sa vie, ministre pour la première fois en mars 1986, premier ministre en 1995, condamné à de la prison et à l'inéligibilité pour 1 an dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. D'ailleurs le dernier sondage Odoxa publié dans Le Parisien du 2 janvier est très significatif au niveau du résumé présenté par la presse « Une majorité de Français souhaitent un renouvellement de la classe politique (56%), Juppé plébiscité, Macron symbole du renouvellement (55%) » ! Et donc si tout cela était un poil plus compliqué ?

     

    • UnE candidatE à la présidentielle pourquoi faire ??

    Pour éviter l'obstacle, certains sont tentés de dire nous sommes contre la présidentialisation de la vie politique, occupons-nous plutôt des législatives. Certes les institutions de la 5ème République, centrées autour du Président de la République et donc de son élection sont mortifères. Mais en attendant de pouvoir changer, que fait-on ? La présidentielle est l'élection nationale par définition, avec la plus forte participation électorale et où il est possible de défendre un projet de société en s'adressant au plus grand nombre. Ne pas y participer revient à être absent du débat politique.

     

    S'il faut un candidat, ce n'est pas pour avoir une candidature de témoignage à 1% ou même 3%, mais pour porter un projet politique et sur cette base utiliser l'élan de la campagne pour reconstruire une force politique. Un candidat qui ne serait là que pour faire le meilleur score possible mais sans projet politique de construire la suite de manière collective, serait de peu d'utilité.

     

    • Des primaires pour un candidat de gauche, mais quelle gauche ?

    Beaucoup rêvent d'un seul candidat à gauche. Mais une fois dit cela, les interrogations commencent. Une quarantaine d'intellectuels et de politiques soutenus par Libération ont lancé une pétition « pour une primaire des gauches et des écologistes». Dans le monde politique, beaucoup se précipitent pour se féliciter de cette initiative, trop contents d'échapper à la douloureuse décision d'y aller ou pas en 2017. Or les primaires exacerbent les défauts de la présidentialisation. Déjà foisonnent les candidatures potentielles. Des responsables EELV ont ainsi annoncé leur volonté d'y présenter un candidat, sans compter les individualités et ceux issus de la « gauche » du PS.

     

    Le Manifeste qui accompagne l'appel réussit la prouesse de ne citer à aucun moment le nom du président actuel de la République ni le fait que le gouvernement soit PS. En dehors de la déchéance de la nationalité, pas de critiques claires sur la politique menée.

     

    En fait deux discours accompagnent cet appel : un premier qui consiste à dire que cet appel va de Hollande à Mélenchon et que cela peut permettre de redonner une légitimité à Hollande. Quel sens d'avoir un appel pour une primaire si au final c'est pour se ranger derrière Hollande ? Comment pourrait-on se retrouver à recommencer avec lui en 2017 après 5 années calamiteuses qui n'ont fait que creuser la désespérance dans tout le pays et monter le FN. La seule mesure positive aura été le mariage pour tous, un peu maigre comme bilan pour avoir envie de continuer. De plus qui peut croire que si Hollande décide de se représenter, et pour le moment rien ne permet de penser l'inverse au contraire, il va se soumettre à une primaire ?

     

    Un autre discours cherche à dégager Hollande pour désigner un autre candidat de "la gauche et des écologistes" ou autrement dit ne veulent surtout pas d'une « primaire de la gauche de la gauche ». Quels pourraient être les points d'accord avec des signataires qui ne jurent que par l'Europe libérale pour toutes celles et ceux qui la combattent notamment depuis le TCE en 2005 ? Quel intérêt de repartir avec le même schéma de soumission au système si ce n'est faire monter encore plus le FN ?

     

    Enfin, certains espèrent pouvoir au final détourner cet appel en primaires pour un candidat de la gauche de la gauche contre Hollande. Mais l'affirmation de la recherche de l'unité dans une telle confusion politique ne peut pas déboucher sur une reconstruction utile.

     

    En plus cet appel recouvrant des arrières-pensées différentes et mêmes divergentes, il n'est pas impossible qu'après un moment d'euphorie et de débats qui peuvent réunir beaucoup de monde et être riches et intéressants, tout cela ne termine dans la confusion et la déception.

     

    • Un candidat d'unité à gauche du PS ?

    Oui c'est ce qu'il faudrait. Le PG s'est battu aux municipales puis aux départementales puis aux régionales sur cette idée d'unité Front de Gauche-EELV pouvant susciter des dynamiques citoyennes. Nous y sommes parfois arrivés localement mais hélas les dynamiques d'appareils politiques ont souvent été les plus fortes comme viennent de le démontrer les régionales. Nous sommes repartis dans une période de décomposition-éparpillement.

     

    Candidat à la présidentielle ne s'improvise pas et encore moins dans le contexte difficile actuel. Et que cela nous plaise ou non, aucune figure issue des mouvements sociaux ne se détache pour remplir cette tâche. Le contraire serait d'ailleurs surprenant dans un contexte politique de recul de ces derniers. Partir avec quelqu'un de totalement inconnu, désigné par une primaire ou pas, avec le blocage de l'accès aux médias de toute parole alternative, est très risqué, et partir divisés est suicidaire. De plus il ne faut pas oublier l'obstacle des 500 signatures.

     

    Dans un contexte de confusion politique totale, entretenue par le positionnement du gouvernement qui n'a plus rien de gauche et le discours pseudo social du FN et où le positionnement gauche/droite a de moins de moins de sens pour bon nombre d'électeurs, la porte est ouverte à toutes les aventures personnelles sans lendemain mais pouvant attirer le vote des déçus du système.

     

    • Comment avancer ?

    Le pire serait de semer de faux espoirs pour que ensuite tout retombe. A l'inverse il ne s'agit pas non plus de se replier dans le purisme et le refus de tout débat. Mais les 17 mois qui nous séparent de 2017 ne doivent pas avoir pour seul objectif de remobiliser le microcosme politique. Il faut s'adresser largement aux électeurs avec la proposition de construire ensemble un projet de rupture avec les politiques menées. Cela doit donc se faire dans la clarté.

     

    Il nous faut un candidat capable d'articuler projet écologique, social et démocratique. Mais si cela est indispensable, cela n'est pas suffisant. Il nous faut quelqu'un capable de porter un tel discours auprès des classes populaires donc au-delà de notre microcosme politique ou des intellectuels. Il ne s'agit pas de faire campagne pour plus de gauche, les meilleurs à gauche, l'opposition de gauche mais pour le peuple contre l'oligarchie et le système.

     

    Il ne s'agit pas non plus de terminer à 1% ou 2% car cela serait sans lendemain. Pas simple donc. Nous ne partons pas de rien puisque nous avons les 4 millions de voix de Jean-Luc Mélenchon en 2012. Qu'en faisons-nous ? Devons-nous toujours repartir de zéro ? Ou essayons-nous de faire une force de cette réalité, du fait que sa popularité semble n'avoir subi qu'une faible érosion dans l'électorat populaire ?
     

    L'enjeu dans ce cas est la forme de la campagne. Cette fois-ci, il ne faut pas refaire l'erreur de 2012. Il faut une seule campagne nationale présidentielle et législative, donc avec un seul programme que nous pourrions commencer à construire dès le début 2016 au travers d'assemblées citoyennes, même s'il est vraisemblable que leur nombre et leur force soient relatifs au début. Mais construire collectivement est fondamental. Les porte-paroles de cette campagne pourraient représenter les secteurs auxquels nous voulons nous adresser, entreprises, quartiers, luttes écologiques et non en priorité les forces politiques parties prenantes de la campagne commune. Elle doit dépasser le FG qui par sa forme cartel n'est plus adapté et se donner comme objectif de construire une nouvelle organisation de masse écologique, sociale et défendant les valeurs républicaines. Organisation dont il serait mieux que le nom ne soit plus une référence à la gauche dans le contexte de discrédit de ce mot.

     

    La présidentielle ne doit donc pas être vue comme une fin en soi mais comme un outil pour modifier le rapport de force au sein de la société, comme une étape pour préparer la suite.

     

    Pour en savoir plus :
    -
    Mon dossier : Primaires - Elections présidentielles 2017

    - Des primaires pour un nouveau Front populaire par François Asensi

    - Faire naître un printemps de la gauche! par Patrick Le Hyaric

    - « La présidentielle doit servir à créer un nouveau rassemblement à gauche » par Eric Coquerel

    - " Gare au prix amer de la primaire " par Alexis Corbière

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    7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 09:23
    Le Front de Gauche, entre constat d’échec et recherche de solutions,.... se cherche une suite

    Et maintenant ? Quasiment unanimes sur les difficultés qu’ils affrontent, entre divisions et absence de dynamique, les responsables du Front de gauche se sont retrouvés le 15 décembre pour réfléchir à la gauche de demain.

     

    Source : l'Humanité du 16 décembre 2015 | et du 15 décembre 2015 mis à jour le 16 janvier 2016

    - S’il n’est pas enterré, les dirigeants de ses principales formations, 
réunis en coordination[1], s’accordent à dire qu’il doit être dépassé.

    « Le Front de gauche enterré par ses responsables  », «  Régionales fatales pour le Front de gauche  », «  Le Front de gauche en voie de dislocation  »… Depuis lundi, les faire-part de décès se multiplient dans la presse. Réunie le 15 décembre, la coordination du Front de gauche n’a pourtant pas acté sa fin mais son nécessaire dépassement, à en croire ses participants. «  Le projet, à la création du Front de gauche, était de travailler à un rassemblement majoritaire pour une autre politique de gauche. De ce point de vue, déjà avant les régionales mais plus encore après, il y a échec  », estime Marie-Pierre Vieu, membre de la direction du PCF. Un constat que chacun estime qu’il serait «  ridicule de nier  ». «  Un enterrement voudrait dire que ses forces n’ont plus vocation à voir comment elles peuvent écrire quelque chose pour la suite. Mais le Front de gauche ne suffit pas  », répond, pour sa part, Éric Coquerel, le coordinateur du Parti de gauche (PG).

     

     

    - Un sentiment d’urgence plane

    Si le point de départ peut se résumer en un «  On ne peut pas continuer comme ça  », la suite s’écrit surtout pour l’heure en questions  : «  Pourquoi n’y est-on pas parvenu  ? Comment dépasse-t-on le Front de gauche  ? Y aura-t-il une candidature commune de tout notre espace politique à la présidentielle  ? Comment parler à la fois à tous ceux qui se sont abstenus dans les quartiers populaires et à ceux qui ont utilisé un bulletin PS sans partager la politique gouvernementale  ? Comment répondre à la fois à la nécessité de rassemblement et à l’exaspération sociale  ?  » liste notamment le dirigeant du PG. Le tout dans un contexte loin d’être simple, avec la volonté de plus en plus affirmée d’une partie du PS de voir se créer un grand pôle de gauche s’étirant vers le centre. «  On est face à une tentative d’en finir avec la gauche tout entière. Nous, on veut se mettre à son service  », relève Marie-Pierre Vieu.

     

    Une volonté commune se dessine au Front de gauche, celle de «  refonder la gauche  ». Reste à savoir comment. «  De multiples initiatives ont été prises. M6R, Chantiers d’espoir, Mouvement commun… Aucune n’a fait la démonstration de son efficacité  », constate Pierre Khalfa, d’Ensemble, qui voit «  deux conditions à remplir  : être clair avec le bilan des politiques menées depuis quatre ans et associer les citoyens car la refondation ne résultera pas d’accords d’appareils  ».

     

    Un sentiment d’urgence plane, mais l’heure est à la réflexion. Chacune des formations doit réunir ses instances dans les prochains jours avant une nouvelle rencontre commune, la semaine prochaine, qui devrait arrêter les initiatives de la rentrée.

     

     

    - Le Front de gauche entre constat d’échec et recherche de solutions

    L’heure est au débat au sein du Front de gauche – sur son propre avenir, mais surtout sur l’avenir de la gauche et du pays –, sept ans après son lancement en 2008 avec l’objectif d’ouvrir une autre voie à gauche. Après les résultats des élections, le constat d’échec est globalement partagé. Malgré un FN écarté des exécutifs régionaux, «  le danger persiste et rien ne doit faire oublier la gravité de ce qui vient de se passer  », a déclaré Pierre Laurent dès les résultats du second tour connus. «  Nous sommes effectivement dos au mur. Je ne parle pas seulement de l’autre gauche, qui est dans un état de catastrophe avancé (...), je parle du camp progressiste et humaniste en général, car pour l’instant une vague brune déferle sur l’Europe  », a estimé, de son côté, Jean-Luc Mélenchon, dans les Inrocks.

     

    Le diagnostic est d’abord celui de la responsabilité de la politique gouvernementale. «  Si le FN est passé depuis le début du quinquennat Hollande de 18 % à 30 %, c’est bien qu’il existe une exaspération  » liée à «  l’obstination de ne pas changer une politique qui échoue  », a analysé, hier, le porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles, jugeant que «  des apprentis sorciers jouent avec le feu  » en vue de 2017 «  pour arracher une victoire au second tour face au FN  ».

     

    Aucun de ses dirigeants n’entend cependant exonérer le Front de gauche de ses propres difficultés. «  On est illisible. C’est une série d’échecs depuis les législatives de 2012. On est redevenu un cartel de partis  », a de nouveau estimé le coordinateur du Parti de gauche, Éric Coquerel. Si, sur France Info, hier matin, Olivier Dartigolles a jugé que le Front de gauche «  s’est planté  » et doit «  tout revoir du sol au plafond  », il ajoute que «  cela ne signifie pas que ses objectifs initiaux n’étaient pas les bons  ».

     

     

    - Des grandes lignes se dessinent déjà

    Sur le plan électoral, le résultat est mince. Au total, la coalition compte désormais 40 élus régionaux (29 PCF, 7 PG, 3 Ensemble et 1 République et socialisme), contre 126 élus en 2010 (95 PCF, 17 PG, 7 GU, 7 apparentés).

    • «  Le problème est beaucoup plus profond. Soit il y a un sursaut et quelque chose de neuf qui se crée, soit on risque de se marginaliser  », alerte Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble.
    • Néanmoins, les grandes lignes se dessinent déjà. «  Les prochaines semaines doivent ouvrir un débat sur la refondation de la gauche, et non pas de la gauche de la gauche  », avance Olivier Dartigolles, tout en prenant «  au sérieux  » la demande d’«  inflexion  » de la politique gouvernementale venue de Jean-Christophe Cambadélis.
    • «  Il faut refonder la gauche  », juge également Clémentine Autain. Sa formation a d’ailleurs appelé dès dimanche soir à des candidatures communes en 2017 de ceux qui «  aspirent à une alternative politique de rupture avec le libéralisme  ».
    • Côté PG, 2017 est aussi au centre des attentions. «  Il faut que (l’élection présidentielle) soit l’heure du peuple contre l’oligarchie  », a prévenu Jean-Luc Mélenchon, appelant à «  un véritable front populaire  ».
    • Et Éric Coquerel (PG) de préciser  : «  Si on veut éviter le pire, il faut préparer 2017 en construisant un mouvement, en arrêtant de se diviser, en étant capable de s’adresser au plus grand nombre, d’incarner les principes républicains.  »

     

    Note :

    [1] le 15 décembre 2015

     

    Pour en savoir plus :

    - J. L. Mélenchon : De Podemos au Front de gauche : cartel de partis ou mouvement global inclusif ?

    - En 2016, PCF et PG veulent tourner la page du Front de gauche

    - «La présidentielle doit servir à créer un nouveau rassemblement à gauche» Eric Coquerel, coordinateur du Parti de gauche

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    30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 09:42
    J. L. Mélenchon : De Podemos au Front de gauche : cartel de partis ou mouvement global inclusif ?

    Sources : L'ére du Peuple le blog de Jean Luc Mélenchon le 23 decembre 2015.

    - Le score spectaculaire de Podemos a retenu l’attention, a juste titre.

    Donné pour très mal en point après la série d’élections en Catalogne qui avait en partie masqué les évolutions internes et environnantes après les municipales, le mouvement a opéré une « remontée » spectaculaire qui l’a ramené dans la course pour prendre la tête du pays. On devine que je me réjouis du résultat obtenu sous la direction de Pablo Iglesias et Inigo Eregon. Ce sont pour moi de vieilles connaissances.

     

     

    - Le premier, Pablo est un partenaire de longue date, au premiers pas de son travail.

    J’ai siégé avec lui au Parlement européen et les occasions d’échanger n’ont pas manquées. Il a été le préfacier de la version espagnole de mon livre « Hareng de Bismarck ». Le second, Inigo, avait été accueilli aux rencontres d’été du PG de 2014. J’avais fait sa connaissance à Caracas et je le sais depuis tout ce temps fin analyste des sociétés en transition. Son analyse des nouvelles classes moyennes vénézuéliennes a fortement inspiré ma propre production sur l’analyse politique des sociétés urbanisées en temps de crise. Mais à l’époque, ni l’un ni l’autre, n’étaient pas à la mode dans la gauche française comme c’est le cas à présent. Ils sentaient trop fort le Venezuela et l’Amérique latine. Combien dorénavant ne jurent plus que par Podemos. C’est touchant. Naturellement c’est toujours pour retenir ce qui vient à l’appui des marottes de chacun… Aucun nouveau converti ne propose pour autant de mettre la photo d’un leader connu sur les bulletins de vote comme Podemos l’a fait avec celle de Pablo ! Ni de former un « mouvement citoyen » avec un scrutin majoritaire interne, ni de faire des votes électroniques pour les congrès. Ni de faire l’apologie de la « patrie », ni de rejeter le clivage droite gauche, ni de se réclamer de Ernesto Laclau et de la « raison populiste » (qu’il faut quand même avoir lu avant). Et ainsi de suite.

     

    Car j’en passe bien d’autres, pour la centième partie de quoi j’ai déjà été pendu en effigie mille fois par tous ceux qui ont pourfendu ma personnalisation de l’action, fustigé mon patriotisme « déroulédiens », dénoncé mon autoritarisme et ainsi de suite ! Je laisse tout cela avec amusement. Bien sûr pour taquiner les médecins de Molière de l’autre gauche en France qui pullulent ces temps-ci. Mais aussi pour rappeler que tout cela ne se fit pas sans d’âpres polémiques sur place, loin du conte enchanteur débité par les nouveaux enthousiastes. Il y a quelques temps encore les mêmes ravis roucoulaient d’un même chant « Syrisa-et-Podemos » comme si c’était deux fois la même chose. L’un et l’autre n’ont rien à voir, pas même l’appartenance à la structure commune européenne du PGE dont Podemos ne veut pas être membre ! Depuis l’alignement d’Alexis Tsipras sur le mémorandum européen, après la photo de rigueur en bras de chemise, tout le monde oublie avec application l’épisode grec. Chacun se replie bravement vers le gagnant du soir, pour l’instant immaculé, sans autre forme d’examen. Cela mérite pourtant de s’y arrêter un sérieux moment. Non pour se rengorger d’une progression spectaculaire et s’en arroger la lumière mais pour travailler sérieusement à comprendre ce qui peut nous être utile.

     

     

    - Car une question de fond nous est posée en ce qui concerne la stratégie d’action politique dans cette ère précise.

    Mettons de côté ce qui n’est pourtant pas rien : les conditions particulières de la mobilisation sociale en Espagne qui ont porté le début de Podemos. « Ce n’est pas rien », dis-je, non pour reprendre le truisme des bavards « l’Espagne ce n’est pas la France et gnagnagna » mais pour pointer du doigt que c’est sur Podemos que s’est cristallisé politiquement cet élan. Pourquoi Podemos et pas IU ? De cela personne ne parle. Pourtant ce fut une bataille sévère. Izquierda Unida, construite essentiellement autour du Parti communiste espagnol et pour lequel Pierre Laurent a fait cette fois–ci encore un appel au vote, arrivait en tête de l’autre gauche à la sortie des élections européennes de 2014. Un point devant Podemos.

     

    Les cadres fondateurs du mouvement Podemos étaient déjà en désaccord sur la stratégie appliquée par la majorité d’Izquierda Unida (IU). La répartition léonine au profit du PCE des places éligibles sur la liste Izquierda Unida aux européennes scella la rupture. Je maintins pour ma part la balance égale entre les deux formations sur les conseils de mes conseillers présents sur place étaient très sceptiques sur la viabilité de la tentative Podemos. Mais ce fut bien Podemos qui cristallisa ensuite politiquement tout le mouvement qui jusque-là se dirigeait en bonne partie sur IU. Et Podemos l’élargit bien au-delà. Le mouvement n’est pas seulement la projection politique pure et simple des « indignés ». Comme l’a dit l’un d’entre eux, il ne s’agissait pas seulement de mobiliser politiquement ceux qui occupèrent les « plazzas » mais aussi ceux qui étaient restés à « las casas », à la maison. C’est la méthode de cet élargissement qui importe et non le lien qui existe entre l’émergence d’une autre gauche et un mouvement social. Pourquoi Podemos et pas IU ?

     

     

    - En réalité l’Espagne tranche une question pendante dans toute la recomposition en Europe.

    Elle ne la tranche pas définitivement ni pour tout le monde en tous lieux et toutes circonstances. Mais elle répond à sa façon à une question posée partout : pour construire un pôle alternatif, faut-il faire un cartel de partis destiné à plus ou moins long terme à fusionner sur le mode Die Linke ou Syrisa ? Ou bien un mouvement global, inclusif de toutes les formes de participation individuelle ou collective sur le mode Podemos.

     

    Pour ma part, après avoir proposé en vain des mois durant l’intégration en un même mouvement des composantes du Front de gauche et l’adhésion directe, j’ai opté pour l’expérimentation directe. Sur l’idée de François Delapierre qui devait en assurer le pilotage, nous avons lancé le Mouvement Sixième République. J’ai pu observer la puissance d’un mouvement inclusif. L’adhésion de cent mille personnes au projet est la plus importante pétition politique du pays depuis des années. Elle a été un banc d’essai de multiples formes d’auto organisation. Je regrette que maints laudateurs actuels de Podemos ne s’y soient pas intéressés. C’est la meilleure école politique que j’ai fréquenté depuis bien longtemps. J’avais annoncé dès le début que je me retirerai de l’animation du mouvement. Je pensais que François Delapierre pourrait revenir le prendre en charge. Sa maladie l’en empêcha. Mais du coup nous avons pu observer en direct la capacité de déploiement d’un mouvement totalement horizontal.

     

    Le mouvement a certes vite ralenti son rythme. Il faut ici, sans démagogie, accepter l’idée qu’un mouvement sans leadership repérable a de grande difficulté à s’imposer sur la scène. Mais il ne s’est jamais éteint. L’essentiel est qu’il ait fait la preuve de la disponibilité de citoyens pour une idée aussi complexe que la convocation d’une assemblée constituante. Et qu’il ait démontré la capacité de convoquer une assemblée représentative du mouvement par élection interne, tirage au sort et délégation de familles politiques. Tout cela fut fait. N’empêche que l’initiative ne rentre dans aucune des cases connues de l’action politique traditionnelle de l’autre gauche en France. Rien de ce qui s’y est passé n’a retenu un instant son attention ou son intérêt sinon pour les traditionnels crocs en jambes et persiflages.Pour moi cette expérience est un modèle.

     

    A côté de cela le summum de la modernité connue a consisté à faire des réunions confidentielles où des têtes blanches répètent jusqu’à la nausée les mêmes formules en faveur de « l’élargissement », « le dépassement » et ainsi de suite, à propos de structures de parti qui ne bougent pourtant pas d’un mètre leurs cloisons, les mêmes pratiques de tables rondes sans lendemain, les mêmes invocations à « faire du neuf » et de « l’action a la base » sans que l’on en aperçoive autre chose que l’intention évidemment louable. Dans tous ces cas, on identifie « la démocratie » à la capacité de critiquer tout et tout le monde sans trêve et sans limite avec un appétit de nivellement qui brise les jambes à quiconque dépasse d’une tête. On y assimile le « collectif » à la négociation entre groupes de taille très diverses pour parvenir au plus petit commun dénominateur. Je fais grâce ici des tirades sur « le projet » qui doit être d’abord mis au point. Je n’en doute pas. Mais nous ne partons pas de rien et l’essentiel est acquis depuis longtemps. Des années de travail de la Fondation Copernic, d’Attack et le programme « l'Humain d'abord » ont fourni une base qui est dorénavant largement acquise par tous. Ce n’est pas le projet le problème. Pas du tout.

     

     

    - C’est la stratégie d’action l’enjeu.

    Et à partir de là se trouve vraiment interpellé non pas seulement ce que nous croyons bon pour tous mais quels points d’appui nous avons dans la société pour l’aider à se mettre en mouvement. Un exemple. Sagit-il de rassembler la gauche ou de fédérer le peuple ? Avant de répondre « tous les deux bien sur » cela vaut la peine de s’interroger sur le contenu de cette différence qui en dit long ensuite sur la façon d’agir concrètement. Podemos reprend la formule de Robespierre quand ses leaders déclarent « nous sommes du peuple et nous allons avec le peuple ». J’avoue que j’avais été très surpris d’être aussi mal accueilli dans l’autre gauche quand fut proposé de s’appuyer sur ce concept de « peuple ». Nous en fîmes pourtant, François Delapierre, Clémentine Autain et moi le premier slogan de la campagne présidentielle de 2012 : « place au peuple ». De la même façon que nous réintégrâmes « la France la belle, la rebelle » considéré comme un slogan sans contenu par le partisan de la ligne « rassembler la gauche » qui traverse depuis le début le Front de gauche.

     

    La France, la nation, la souveraineté sont des concepts tenus à distance par maints courants de l’autre gauche du moins tant qu’il s’agit de la France car pour le reste, comme par exemple la nation palestinienne, personne ne réprouve le contenu mobilisateur de l’idée. Bien sûr tout cela est l’arrière-plan non-dit de nos discussions. Mon livre « L'ère du peuple » développe cette doctrine : fédérer le peuple, former un front du peuple. J’en retrouve les mots par ci par là, chez l’un chez l’autre. Faute d’avoir tranché en pratique, l’espace politique s’est déformé sans nous. Le rassemblement de la gauche, cette mascarade, s’opère toujours autour du PS. Mais la fédération du peuple ? Evidemment c’est le Front national qui a pris la main à partir de secteurs populaires de la droite.

     

     

    - Pour autant la partie n’est pas jouée.

    La masse immense des abstentionnistes va se redéployer dans le vote de la présidentielle où les taux de participation sont plus élevés. Cette masse se déterminera par rapport au paysage qu’elle pourra observer. C’est-à-dire par rapport à ce qui existe déjà. Et par rapport aux opportunités qu’elle pourra y saisir. Les apparences et « la com » ne jouent pas le rôle essentiel dans ces moments-là. Ou seulement par effet de « simple exposition » comme disent les publicitaires c’est-à-dire le rabâchage médiatique. On doit s’habituer à l’idée que les médias continueront jusqu’au bout et en totale irresponsabilité civique à faire de Le Pen le vote de rejet du système et on peut compter sur les Pierre Gattaz pour y précipiter aussi les ouvriers. Sans oublier le prochain attentat et les digues arrachées avec soin par Hollande et Valls. La montée du FN, le niveau de l’abstention, la déchéance de la gauche officielle sont les condiments spécifiques de la décomposition de la société française. C’est dans ce contexte qu’il faut penser notre action et non dans la nostalgie ou l’imitation.

     

    Je serai très étonné que dans le contexte actuel elle se détermine alors d’après la qualité et la position des virgules dans des textes savants qui affichent tous les marqueurs et symboles qui permettent ensuite de se faire classer à « l’extrême gauche » par nos adversaires narquois et ravis de l’aubaine que nous leur offrons. Et de même je ne crois pas qu’une campagne où que ce soit puisse échapper à la personnalisation, comme l’a très bien montré celle de Pablo Iglesias, après celle d’Alexis Tsipras. La nostalgie des vieux partis aux leaders qui apparaissent ou disparaissent sans qu’on sache pourquoi ne m’a jamais paru être attractive. Les gens veulent légitimement savoir à qui ils ont à faire. Tout cela sont les faux « débats » qui nous encombrent pour rien car ils n’ont aucune réponse totalement satisfaisante et restent totalement opaques vus du dehors de nos rangs.

     

     

    - Pour ma part je crois à l’action comme principe fédérateur.

    C’est dans l’action qu’un collectif peut se donner à voir d’une façon convaincante. Car dans ce cas chacun est visible dans son utilité au combat et non dans sa « sensibilité » qui ne peut exister qu’en opposition à celle des autres. L’action montre la cohérence et la solidarité des personnes et du groupe qui l’entreprend et la propose aux autres. Et elle invite tout un chacun à agir de même plutôt qu’à « se positionner ». L’action permet à la modernité réelle de s’affirmer. Car notre temps est celui d’une diversité personnelle culturelle et politique très avancée. On perd son temps à rechercher une identité commune qui sera toujours vécue par chacun comme une mutilation plus ou moins douloureuse. Cette obsession de l’accord complet propose une vision archaïque de comportements politiques fusionnels. Elle vient d’un passé où la gauche s’est confondu avec l’idée d’un socialisme « scientifique » conçu non comme une démarche s’appuyant sur la recherche des faits objectifs mais comme une communion des esprits dans « la vérité ». Pour moi la seule homogénéité souhaitable et exigible raisonnablement c’est celle qu’appelle l’action pour être menée à bien et pour cela seulement. Voilà pour l’instant ce que je crois utile de dire sur ce bilan des élections espagnoles. La suite de l’analyse et des actes que j’en déduis viendront à la rentrée.

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    Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Politique Front de Gauche et Front du Peuple Analyse Podemos
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    26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 14:11
    C’est sur le terrain des idées qu’il ne faut plus céder !

    Réagissant aux nombreux articles publiés à l'issue des élections régionales sur l'état de la gauche de transformation sociale, c'est à la lecture de Roger Martelli "Gauche radicale : Continuer, c’est renoncer… « Le nouveau n’adviendra que des générations nouvelles »" que Patrick Job réagit.

     

    Sources : Patrick Job pour Rue du Blogule Rouge La rochelle le 26 décembre 2015

    - N’est-ce pas encore là une énième constatation de la défaite de “la vraie gauche“ qui n’analyse guère que ses résultats électoraux sans poser le problème de sa défaite idéologique ?
    Électoralement en effet, on peut affirmer que le FN a perdu les élections. Il a moins de voix qu’aux présidentielles et n’a pas réussi à faire élire ses chefs. La droite en général n’est pas beaucoup plus avancée après s’être fait élire par des voix socialistes. Car toute analyse électorale doit tenir compte des abstentionnistes et des votes blancs ou nuls et non uniquement des pourcentages obtenus.

     


    - Mais la défaite de la gauche semble malheureusement plus profonde car c’est celle des idées.

    Sur les terrains économique, social, sociétal, nous avons perdu :

    • Combien ressentent positivement aujourd’hui la nécessité de rendre au peuple la propriété des moyens de production par des nationalisations ?
    • Combien se rendent vraiment compte que les progrès sociaux acquis dans les luttes ne doivent pas être démantelés au profit de quelques profiteurs du système capitaliste actuel ?
    • Combien de nos compatriotes ont-ils rendu les armes sur le terrain de la xénophobie et du racisme ordinaire ?


    L’attraction des idées de droite et d’extrême droite est telle qu’elles paraissent majoritaires dans l’opinion et que du PS au FN, tout le monde semble maintenant d’accord sur ces thèmes essentiels abandonnés par la toute la gauche puisque même les députés PCF/Front de Gauche ont baissé leur culotte en votant la prolongation de l’état d’urgence.

     


    - C’est ce combat idéologique qu’il nous est interdit d’abandonner.

    C’est sur le terrain des idées qu’il ne faut plus céder. Les élections et leur tambouille ne viennent qu’ensuite confirmer ou infirmer l’action sur ce terrain des Idées.

     

    Pour en savoir plus :

    - Gauche radicale : Continuer, c’est renoncer… « Le nouveau n’adviendra que des générations nouvelles »

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    22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 09:40
    Gauche populaire et gauche élitaire en France de 2010 à 2015. Le PS n’est pas la gauche !

    La gauche n’est pas le PS, le PS n’est pas la gauche dans la mesure où la gauche ne se réduit pas au PS, loin s’en faut.

     

    Sources : Le Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Hervé Debonrivage | mercredi 16 décembre 2015.

    Dans un article précédent, nous avons défini ailleurs ce que nous entendions par "gauche élitaire" et par "gauche populaire".

     

    Nous nous intéressons ici à l’expression électorale de ces deux gauches. Contrairement à ce qui est continuellement martelé par les médias, la gauche ne se réduit pas au seul parti socialiste.

    On utilise ici la terminologie de "gauche populaire" définie par le philosophe Jacques Bidet mais on pourrait l’appeler aussi "gauche alternative" ou "l’Autre gauche" mais ces terminologies sont imprécises et ne cessent pas sur un socle théorique solide

     

     

    - Modes de totalisation

    On utilise le pourcentage des voix obtenues par rapport aux suffrages exprimés.

    • Totaux pour le premier tour :

    T1 :Total gauche élitaire : P.S (seul) +UG + éventuellement PRG

    T2 : Total gauche populaire : PCF + PG éventuellement +FdG + DG + EELV + Extr.G

    - Total gauche : T1+ T2

    En cas de liste écologiste sans autre étiquette, on répartit les voix en deux parties égales.

    • Totaux pour le second tour :

    T3 : Total gauche élitaire : P.S + UG/2 + éventuellement PRG

    T4 : Total gauche populaire : PCF + PG éventuellement + deFdG + DG +UG/2 + EELV + Extr.G

    - Total gauche : T3 + T4

     

    1. Les divers gauches (DG) sont au moins dans deux tiers des cas une association du FdG (ou de l’une de ces composantes) avec EELV.et des listes citoyennes ;
    2. Union de la Gauche (UG) au second tour résulte de la fusion de listes de la gauche élitaire et de la bouche populaire : d’où la division du score par deux pour chaque gauche ;
    3. Le même phénomène peut être vrai aussi au premier tour mais nous considérons alors la fraction de la gauche populaire adoptant cette stratégie comme gauche élitaire : d’où la totalisation avec le PS au premier tour pour obtenir la gauche élitaire ;
    4. Lorsqu’une liste écologiste se présente seule et sans autre étiquette, on répartit dans chaque bouche en deux fractions égales les voix obtenues ;
    5. Le premier pourcentage représente le nombre de voix obtenues par rapport au nombre de suffrages exprimés au niveau national ;
    6. Le second pourcentage représente la répartition en pourcentage du total des voix de gauche de la gauche élitaire et de la gauche populaire. Les pourcentages sont arrondis à l’unité la plus proche.

     

     

    - Après calculs, on constate que la gauche populaire est donc beaucoup moins minoritaire que l’on pourrait le croire a priori.

    Les alliances à géométrie variable du FDG et de EELV dont les voix peuvent se trouver déversées dans les "divers gauche" brouillent non seulement le paysage politique mais les résultats obtenus. En utilisant une technique de globalisation, on permet ainsi de mettre en évidence l’existence relativement importante d’une gauche différente de celle du parti socialiste. Tout est mis en œuvre par le PS et les médias pour occulter cette réalité.

     

    Mais il faut pondérer ces résultats par les taux d’abstention et les votes blanc que l’on a fait apparaître pour chaque élection . Le premier pourcentage concerne le premier tour et le second concerne le second tour.

     

    Le second tour ne permet pas de déterminer la répartition des deux types de gauche en raison des fusions de liste, fusions qui avantagent largement la gauche élitaire en termes de voix obtenues. Les partis politiques considérés ne mettent pas à disposition des citoyens et même des adhérents les statistiques complètes concernant le nombre d’élus obtenus à tous les niveaux. (municipal, départemental, régional législatif) , statistiques globalisées au niveau national : secret défense semble-t-il. En l’absence de ces données, les calculs réalisés, bien que très significatifs, ne peuvent être considérés comme exhaustifs.

     

    • Pour chaque élection, on a mentionné le lien qui permet d’accéder aux tableaux utilisés pour les calculs figurant sur le site du Ministère de l'Intérieur.

    1 – Élections municipales de 2014 (23 et 30 mars) : source ICI

     

    Totaux pour le premier tour : Totaux pour le second tour :
    Total gauche élitaire : 18,02 % ; 46 % Total gauche élitaire : 16,67%

    Total gauche populaire : 20,78%  ; 54 % (5,7 millions d’électeurs)

    Total gauche populaire : 24,94  % (2,74 millions d’électeurs)
    Total gauche : 38,80 % ; 100 % Total gauche : 41,61 %
      Abstentions et blancs 41,94 % et 41,44 % des inscrits

     

    2 – Élections départementales 2015 (22 et 29 mars) : source ICI

     

     

    Totaux pour le premier tour : Totaux pour le second tour :
    Total gauche élitaire : 21,78 % ; 59 % Total gauche élitaire : 20 % ; 95 %

    Total gauche populaire : 14,99% ; 41 % ( 3 millions d’électeurs)

    Total gauche populaire : 11 % 17 %
    Total gauche : 36,77 % ; 100 % Total gauche : 32,65 %
      Abstentions et blancs 52,49 % et 52,88 % des inscrits

     

    3 – Élections cantonales 2011 (20 et 27 mars) : source ICI

     

    Totaux pour le premier tour : Totaux pour le second tour :
    Total gauche élitaire : 26,6% ; 51 % Total gauche élitaire : 37,04%

    Total gauche populaire : 25,47% ; 49 % (2,3 millions d’électeurs)

    Total gauche populaire : 13,39 %
    Total gauche : 52,07% ; 100 % Total gauche : 50,43 %
      Abstentions et blancs 57,79 % et 62 32 % des inscrits

     

    4 – Élections régionales 2015 1er tour (6 décembre) : source ICI

     

    Totaux pour le premier tour :
    Total gauche élitaire : 23,74 % ; 62 %

    Total gauche populaire : 14,36 % ; 38 % (3,1 million d’électeurs)

    Total gauche : 38,10 % ; 100 %
    Abstentions et blancs 52,49 %

     

    5 – Élections régionales de 2010. 1er tour (14 mars) : source ICI

     

    Totaux pour le premier tour :
    Gauche élitaire 29,14 % ; 54 %

    Gauche populaire 24,48 % ; 46 % (2,3 million d’électeurs)

    Total gauche 53,62 % ; 100 %
    Abstentions et blancs 57,35 %

     

    6 – Élections législatives de 2012 (10 et 17 juin) : source ICI

     

    Totaux pour le premier tour : Totaux pour le second tour :
    Total gauche élitaire : 31,48 % ; 59 %

    Total gauche élitaire : 43,25 %

    Total gauche populaire : 17,23 % ; 41 % (4,47 millions d’électeurs)

    Total gauche populaire : 7,76 %
    Total gauche : 41,8 % ; 100 % Total gauche : 51,01 %
      Abstentions et blancs 44,25 % et 45,48,% des inscrits

     

    7 – Élections présidentielles de 2012 1er tour. (22 avril) : source ICI

     

    Totaux pour le premier tour :
    Total gauche élitaire : 28,63 % ; 65 %

    Total gauche populaire : 15,12 % ; 35 % (5,43 Millions d’électeurs )

    Total gauche : 43,75 % ; 100 %
    Abstentions et blancs 22,04 % et 24,33 %

     

     

    - Scores moyens :

    Ils sont calculés sur les 7 élections.

    Moyenne statistique globale prenant en compte les sept dernières élections.

    Moyens en pourcentage des suffrages exprimés

    La gauche élitaire obtient une moyenne de 25,63 % soit environ 26 %

     

     

    - La gauche populaire obtient une moyenne de 18,92 % soit environ 19 %.

    Le total des gauches obtient une moyenne de 44,55 % soit environ 45 %

    La répartition moyenne gauche populaire / gauche élitaire sur les sept dernières élections s’établit ainsi, en arrondissant le pourcentage à l’unité la plus proche :

    • Gauche élitaire : 57,54 % arrondis à 58 %
    • Gauche populaire : 42,46 % arrondi à 42 %

    En arrondissant grossièrement à 60 % et 40 %, la répartition gauche populaire / gauche élitaire est donc : 2/5 pour la gauche populaire et 3/5 pour la gauche élitaire.

     

     

    - Conclusion

     

    Réduire la gauche au PS, considérant L’autre gauche comme quantité

    négligeable constitue donc une véritable escroquerie intellectuelle et une falsification de la réalité .

     

     

    L’autre gauche selon les médias ne recueillerait que 4 % voire au plus 11 % alors que la moyenne est de 19 % . Cela donne un alibi justifiant leur quasi censure.

     

    Nous connaissons les raisons profondes de cette falsification que nous avons analysée par ailleurs. Brièvement, il s’agit de faire croire qu’il n’existe pas d’autre alternative à gauche que celle du PS et plus généralement qu’il n’existe pas d’autres alternatives que l’ultralibéralisme dominant. Cette falsification des chiffres permet de justifier la censure et de démoraliser les forces militantes.

     

    Cette censure médiatique non seulement frappe les organisations politiques alternatives de l’autre gauche mais écarte tout commentaire et analyse que partagent plus de 5 millions d’électeurs qui se trouvent ainsi écartés de l’espace public cognitif. S’il n’existe pas d’autres alternatives, il ne faut pas s’étonner que l’abstention est élevée et que le FN ne cesse de croître.

     

    En évitant le plus possible de laisser la parole à la gauche populaire, les médias bayonnent une population équivalente à la somme des populations habitant les villes suivantes : Marseille + Lyon + Toulouse + Nice + Nantes + Strasbourg + Montpellier + Bordeaux = 3,2 millions d’habitants auxquelles on peut ajouter Paris intra-muros : 2,2 millions ce qui donne un total de 5,4 millions d’habitants. Si l’on ne voulait pas prendre Paris, il faudrait alors faire le total pour les 17 villes le plus peuplées de France (on arrêterait le total à Dijon) Voir la liste ICI

     

    Mais ce genre de dictature ne semble pas être un problème pour les responsables politiques de l’Autre gauche qui reste prisonniers,, tels des poissons rouges, du bocal qui échappe à leur vision. Ceux-ci n’ont pas compris que le Front National n’est rien d’autre qu’une construction médiatique et qu’à l’inverse, leur impuissance résulte d’un effacement médiatique à leur encontre.

     

    Pour en savoir plus :

    - Le Parti Socialiste ou..... "la deuxiéme droite"

    - Comment le PS français est-il devenu un parti du capital ?

    - « Hollande met en pratique une version droitisée du blairisme »

    - Le PS n'est pas de gauche !

    - Parti socialiste : dernière station avant la chute ?

    - Comment peut-on être socialiste ?

    - Faut-il désespérer du Parti socialiste ?

    - Le PS, ou : Comment s'en débarrasser ?

    - Le PS, ce n’est pas “la gauche”.

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    17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 09:06
    Jean-Luc Mélenchon : Front de gauche, et "l’autre gauche" sont dos au mur !

    Le soir du second tour des élections régionales, au siège du Parti de Gauche, Jean-Luc Mélenchon nous a fait part de son analyse du vote FN, de son désarroi face à l’éclatement du Front de Gauche, et de sa vision de l’avenir de "l’autre gauche". Entretien.

     

    Sources : Les InROCKS le 2 14/12/2015 | 09h50

    - Les InROCKS : les élections régionales 2015 ont été marquées par la montée du Front national, qui a monopolisé les débats et a conduit à la disparition de la gauche au deuxième tour dans deux grandes régions. Comment éviter que le score du FN augmente encore la présidentielle de 2017 ? 

    Jean-Luc Mélenchon : Il faut réussir à re-latéraliser le champ politique. La tactique de Manuel Valls consiste à détruire la gauche au profit d’un nouvel agglomérat du type “Parti démocrate” en Italie, qui fédère tous les centristes. En l’occurrence, ça a été efficace aux régionales puisque dans l’entre-deux tours l’UDI a pris ses distances avec les Républicains. Et ce soir Valls a de nouveau mis en avant le thème de la lutte commune contre l’extrême droite et le jihadisme. Face à cela, Mme Le Pen a donné une latéralisation : les mondialistes contre les patriotes. Moi j’ai dit : le peuple contre l’oligarchie. Ce sont nos marqueurs, et c’est ainsi que nous allons aborder les prochaines batailles démocratiques.

     

    Il se peut que la présidentielle souffre de ce qui vient de se passer, et qu’elle se déroule, elle aussi, dans une ambiance de peur et de méfiance. C’est ce que veut François Hollande : il rêve d’un deuxième tour où il suffit qu’il soit là, c’est-à-dire d’un deuxième tour où elle est là. La présidentielle pourrait donc commencer directement sous le signe du chantage. Mais il est aussi possible que les gens ne soient pas dupes, puisqu’on leur a déjà fait le coup deux fois. Ils pourraient tout aussi bien se dire, à l’inverse : “Je n’abandonne pas mes convictions au premier tour à la porte du bureau de vote, car je ne les retrouve pas en sortant”. Glorieuse incertitude des élections.

     

     

    - Les InROCKS : La gauche sort considérablement affaiblie de ces élections, en dépit du fait que le FN n’a remporté aucune région…

    Jean-Luc Mélenchon : Nous sommes effectivement dos au mur. Je ne parle pas seulement de l’autre gauche, qui est dans un état de catastrophe avancé – je ne sais même pas si elle est guérissable, du fait de cette épouvantable manie des appareillons –, je parle du camp progressiste et humaniste en général, car pour l’instant une vague brune déferle sur l’Europe. Le dernier vote qui a eu lieu dans un pays européen, en Pologne, a vu l'élimination de la gauche, qui n’a plus un seul élu au Parlement. J’espère que ce cycle va s’inverser avec les élections espagnoles.

     

     

    - Les InROCKS : Certains à gauche vous reprochent de ne pas aller assez loin dans la critique de la mondialisation et de l’Europe, ce qui expliquerait l’échec du Front de gauche à capter le mécontentement populaire face au Front national. Pensez-vous qu’il faut aller plus loin ? 

    Jean-Luc Mélenchon : On a passé notre temps à critiquer l’Europe. Nous sommes les seuls à construire un Comité du un plan B pour l'Europe ; en 2009 il n’y a que moi qui ai mis dans ma profession de foi la lutte contre le grand marché transatlantique ; à l’élection présidentielle j’ai été le seul à parler du mécanisme européen de stabilité financière voté en février ; c’est aussi nous qui avons convoqué la manifestation contre la signature du Traité européen. Il est injuste de dire que nous ne faisons rien sur ce terrain.

     

    De même, concernant le FN, c’est moi qui ai proposé d’opter pour une ligne d’attaque “Front contre Front”. J’ai gagné mille voix en trois semaines à Hénin-Beaumont [lors des élections législatives de 2012, ndlr]. Qu’en a-t-on retenu ? Que j’étais en échec et que la ligne n’était pas la bonne. Pourtant tout le reste jusqu’à présent n’a produit que des bavardages. Il est normal qu’il y ait débat, mais tout le monde doit balayer devant sa porte. Et si je dois le faire, je ne balaye pas les détritus des autres.

     

     

    - Les InROCKS : La stratégie “Front contre Front” est-elle encore pertinente aujourd’hui ? 

    Jean-Luc Mélenchon : La dimension du combat contre le Front national a complètement changé. On s’adapte au fur et à mesure. Il y a quinze ans, j’étais pour l’interdiction du Front national et je faisais campagne avec Charlie Hebdo. Nous n’étions pas nombreux, et on nous expliquait déjà qu’il ne fallait pas s’y prendre comme cela, qu’il fallait critiquer, etc. Qu’est-ce que ça a donné ? Ils sont à 30 %, ils sont à la porte du pouvoir ! J’aimerais que tous ceux qui ont fait des critiques à ce moment-là balayent devant leur porte.

     

    marine

    Quand vous voyez la Une de Marianne qui dit “Plus que 18 mois pour éviter ça!”, avec Mme Le Pen en présidente de la République, les journalistes sont persuadés entre eux que les gens vont pleurer des grosses larmes et prendre conscience du danger. Or c’est l’effet inverse qui se produit sur des millions de gens qui se disent : “Ah bon ? On est près de gagner ? Alors allons-y !” Si vous me mettez en Une en disant “Plus que 18 mois pour éviter ça!”, les anciens ressortiront de leur tombe pour voter pour moi. Les journalistes en général ne comprennent rien à la psychologie de masse.

     

     

    - Les InROCKS : Comment interprétez-vous le vote FN ?

    Jean-Luc Mélenchon : Certains prétendent que c’est la petite France aigre qui vote FN. Non ! Les gens ont voté FN pour tout faire sauter. Ils n’ont pas fait ça par erreur, ils ne se sont pas trompés, et parfois même ils n’ont rien contre les Arabes et les musulmans. Ils votent FN juste pour tout faire sauter, parce que la bonne société leur a dit : “Ce dont nous avons plus peur que tout, c’est de Mme Le Pen”.

     

    Si le pays essuie encore un choc comme celui reçu le 13 novembre, nous allons avoir encore plus de mal à nous faire entendre. Avant le 13 novembre, l’unique objet des discussions était le niveau auquel serait Mme Le Pen. A partir du 13 novembre, le sujet a été d’un côté à quel point l’immigration et les musulmans sont dangereux, et de l’autre à quel point Mme Le Pen est dangereuse.

     

    Le cynisme du pourvoir c’est qu’il joue avec ça. Il se vante d’avoir obtenu le retrait de ses candidats dans deux régions et d’avoir fait pression en vain dans une troisième. Eux-mêmes reconstruisent un paysage qui est entièrement centré autour de Mme Le Pen.

     

     

    - Les InROCKS : Quel bilan tirez-vous de la campagne pour le Front de gauche ? 

    Jean-Luc Mélenchon : Tous les pires pronostics se sont réalisés pour nous au premier tour : une bataille de chiens entre communistes et verts pour avoir les têtes de liste de l’opposition de gauche – résultat, il n’y a plus d’opposition de gauche du tout –, et des campagnes concurrentes illisibles. C’est une catastrophe. J’étais personnellement pour une campagne nationale, avec un état-major national, une répartition des têtes de liste, des mots d’ordre communs, etc. Mais on m’a fait prévaloir je ne sais quelle réalité des territoires, qui est une vue fumeuse et complètement idéologique. Il n’y a aucun territoire qui existe entre Guéret et Biarritz : le seul territoire qui les sépare, c’est la France. Qu’on ne vienne pas me faire croire que les gens ont pris conscience d’une réalité régionale qui n’existe pas. On a mené une campagne qui n’était même pas au niveau d’une campagne cantonale. Il faut que cela cesse.

     

     

    - Les InROCKS : Le Front de gauche (FDG) ne survivra donc pas dans sa forme actuelle aux élections régionales ? 

    Jean-Luc Mélenchon : Non, ça c’est clair. Les gens sont braves, ils veulent bien voter FDG, mais quand ils vont dans le bureau de vote il y a deux bulletins sur lesquels il y a le logo FDG : que voulez-vous qu’ils y comprennent ? Nous avons eu un mal de chien à construire le FDG, et maintenant qu’il est identifié par tout le monde, on le vide de son contenu. Pourquoi ? Pour une série d’élections locales dans lesquelles les appareillons misent 100 % de leur existence, car les cadres de ces organisations sont pour la plupart des élus régionaux.

     

    C’est totalement démoralisant quand on fait le tour. Les Verts ont bien manœuvré : ils ont fait un chantage partout où ils voulaient la tête de liste, et partout où on ne la donnait pas ils partaient séparément. Ensuite ils ont ramassé tous les votes, puisque les régions où nous sommes unis avec eux ont été comptées pour eux. On nous attribue ainsi 4,5 % des voix, en nous enlevant trois ou quatre régions.

     

    J’ai cru à la bonne foi des Verts, qui me disaient qu’ils étaient d’accord pour faire un label national d’opposition de gauche. Ils n’en ont rien fait. Je voulais déposer ce label au ministère de l’Intérieur pour qu’on soit comptabilisés ensemble dans la catégorie “opposition de gauche”, mais le ministère de l’Intérieur a remis les gens dans des cases. Cela fait beaucoup de déceptions les unes derrière les autres. Il faut reformuler une proposition politique qui tienne compte de tout cela.

     

    Je commence à penser que, bien sûr, le rassemblement des sigles est indispensable, mais que bâtir sa réflexion politique à partir de ça serait une erreur totale : ce qui a un sens politique c’est la combinaison d’une masse de gens qui ne vont pas voter, et d’une masse de gens qui votent de manière insurrectionnelle contre le système et utilisent n’importe quel bulletin de vote qui leur passe à portée de main. Croire qu’il suffirait d’afficher je ne sais quelle union des groupuscules pour satisfaire aux besoins d’union du peuple français contre l’oligarchie est une vue de l’esprit.

     

    -----------------------------

     

    - Trois jours après le premier tour des élections régionales, Jean-Luc Mélenchon prend la parole.

    - Au siège du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon tire les leçons du second tour des élections régionales

    Jean-Luc Mélenchon : Front de gauche, et "l’autre gauche" sont dos au mur !
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    7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 09:59
    Front de Gauche : l’état d’imbroglio permanent

    Sources : L'ére du Peuple le blog de Jean Luc Mélenchon le 2 decembre 2015

    - Comme il semble loin le moment où l’on envisageait la stratégie à mettre en œuvre pour les élections régionales !

    La vérité c’est que depuis lors, et surtout depuis les massacres du 13 novembre, nous sommes entrés dans un autre monde. À cette heure, l’ethnicisme, l’idéologie sécuritaire, et toute la panoplie des fondamentaux de la droite et de l’extrême droite tiennent le haut du pavé dans les esprits. Et les sondages amplifient cette perception de la réalité. La nouveauté qui aggrave la débandade de nos idées c’est que l’idéologie sécuritaire a pris pied dans nos rangs.

     

    En empruntant une partie des propositions de l’extrême droite et en s’alignant sur les mots de la droite, le PS et son gouvernement ont brisé une digue décisive. Le nombre de ceux qui peuvent préférer l’original à la copie a été gratuitement augmenté dans une perspective étroitement électoraliste d’ailleurs parfaitement illusoire. En effet, c’est ce qui se produit quand, dans l’angoisse d’une situation comme celle que nous vivons, ceux dont c’est le devoir et l’honneur de proposer un cap s’abaissent à valider des trouvailles aussi nauséabondes par exemple que la déchéance de la nationalité pour les binationaux. Car dans l’instant, et avant toute mesure effective, ils transforment en suspects des millions de gens du fait de leurs origines plus ou moins lointaines et pas toujours voulues.

     

    Mais cela ne nous émancipe pas de nos propres responsabilités. L’autre gauche est une nouvelle fois en ordre dispersé dans ses réactions aux évènements. Le message de résistance à l’air du temps est dilué jusqu’au point d’être quasi inaudible. De mon côté, je m’efforce, autant que je peux, d’exprimer ce que nous savons et ressentons en marchant au pas de ce qui peut être entendu par un pays traumatisé et anxieux. Mais comment échapper à la question que m’a posé, sur "France 3 ", madame Françoise Fressoz du journal Le Monde : « comment comptez-vous peser si vous êtes déjà si divisés entre vous comme sur le vote à propos de l’état d’urgence ».

     

     

    - Sur le sujet, pourtant, mon opinion est faite depuis toujours.

    Je ne crois, ni n’ai jamtais cru que ce type de dispositif favorise la sécurité collective. Dans un pays qui a déjà adopté dix lois antiterroristes en dix ans, dont trois du fait de l’actuel président, il y avait mieux à faire que de légiférer dans l’urgence sur l’urgence. Mais j’ai cru de mon devoir de ne pas déclencher sur le sujet une polémique qui aurait aggravé les divisions et méconnu le vrai trouble qu’ont ressenti ceux qui ont voté l’état d’urgence.

     

    En toute hypothèse, il y a avait trois positions dans les rangs de l’opposition de gauche. Le vote « contre » porté par trois socialistes et trois Verts, le vote « pour » et même… l’abstention ! Comme si un sujet où se débat l’équilibre toujours difficile entre liberté et sécurité on pouvait s’en remettre aux autres du soin de décider. Pour ce qui concerne les parlementaires « Front de Gauche », c’est-à-dire communistes pour la quasi-totalité, il n’y aura pas eu ni un amendement ni un vote « contre » à l’Assemblée et au total les votes « pour » auront été majoritaires face aux vote abstention. Sur la poursuite des bombardements en Syrie, tous se sont abstenus sans une seconde de discussion avec la coordination du Front de Gauche.

     

    Quoiqu’il en soit, j’ai dit depuis longtemps combien je déplore que les groupes prennent leurs décisions sans concertation avec la coordination politique du Front de Gauche. Une nouvelle fois, il m’aura fallu découvrir dans la presse ce qui se vote et qui le fait. Sans réclamer aucun privilège, un peu de contact avec moi serait fraternel et bienvenu car c’est à moi qu’on demande ensuite d’expliquer et de commenter dans des médias qui se régalent de mon embarras. L’imbroglio d’une séquence commencée dans l’approbation sans réserve de l’état d’urgence (le groupe étant absent de la réunion de la commission des lois où se discutaient les amendements) et s’achevant dans l’abstention majoritaire au Sénat dans le groupe sénatorial « communiste citoyen et républicain » est une nouvelle démonstration de l’incohérence et de la panne stratégique sur laquelle débouche cette incroyable « indépendance des groupes et des élus ». Cette indépendance n’a jamais existé dans le passé de toutes les familles politiques de la gauche depuis l’origine de nos organisations et n’existe nulle part au monde dans les partis de gauche. J’y suis fermement opposé. Et je compte bien qu’il en aille autrement pour la prochaine législature avec ceux qui porteront la même étiquette politique que moi.

     

     

    - L’imbroglio est partout.

    Et surtout au pire endroit, c’est-à-dire face au suffrage universel. Les élections régionales nous voient arriver dans une cohue illisible nationalement. Et cela au moment où il y a le plus besoin de clarté de détermination et d’unité de l’opposition de gauche si elle veut être entendue par les gens normaux qui veulent des responsables qui assument leurs positions et non de confus psalmodiateurs de messages partidaires.

     

    J’ai participé à la réunion où le PG a fixé sa ligne d’action. Je peux témoigner que mes amis ont abordé les élections régionales avec l’idée de permettre l’émergence et la visibilité de « l’opposition de gauche ». Il s’agissait de ne pas laisser passer l’opportunité d’élargir ce que le Front de Gauche a voulu incarner depuis le début. C’est-à-dire l’existence d’une alternative à gauche à la politique du PS. Cette possibilité semblait bien ouverte avec la sortie du gouvernement d’EELV. De plus, notre principal allié dans le Front de gauche, le PCF, affirmait sans relâche la nécessité « d’élargir le rassemblement ». Le terrain semblait facile à bâtir ou à déminer. D’autant que dans le même temps, les uns et les autres déclaraient vouloir profiter de la circonstance pour se donner les moyens d’une « implication citoyenne » approfondie.

     

    Mais entre les déclarations de chacun et la réalité, le même vieux gouffre s’est ouvert dans la meilleure tradition politicienne. Seuls mes amis, pleins d’une confondante naïveté, renoncèrent sans contrepartie à quelque tête de liste que ce soit pensant favoriser partout le rassemblement en montrant l’exemple. Leur insistance à faire adopter des chartes éthiques est remarquable dans un tel contexte. Le reste fut une foire d’empoigne locale, un chantage permanent à la division de la part de partenaires obnubilés par la tête de liste, sans la moindre coordination nationale pour essayer d’équilibrer la représentation de chacun. Pour affronter une élection forcément nationale, puisque les nouvelles régions n’ont aucune homogénéité locale, rien de plus ridicule que cette façon de laisser la ligne nationale résulter des arrangements, amitiés et détestations, locaux. Avec la poussée du Front national et la pression du « vote utile », rien de pire que cet éparpillement puéril sans vision d’ensemble. C’est dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie que l’irresponsabilité a atteint son pic. La chance se présentait d’une liste commune de toute l’opposition de gauche puisque EELV avait accepté la fusion avec le FDG. Elle aurait pu se présenter comme une alternative au PS et donc comme un rude challenger face au FN. Mais l’ordre du monde est bien gardé. La liste d’union rassemblée autour d’EELV et du PG avec Sandrine Rousseau s’est vu opposer une liste identitaire du PCF déclenchant une polémique gratuite dans nos rangs en raison de son appropriation du sigle « Front de Gauche ».

     

     

    - Au final, le tableau est affligeant.

    Impossible d’aller dans une émission de télé ou de radio en étant capable de dire comment s’appellent nos listes puisqu’autant de « territoires », autant de noms plus poétiques les uns que les autres, choisis sans concertation entre régions. Localement, l’annexion des listes par la couleur de la tête de liste est faite sans vergogne par la presse locale qui de toute façon n’entend déjà rien aux subtilités au-delà du tripartisme bovin que le PS lui a vendu comme la nouvelle grille de lecture du monde politique en France. Et comment lui en vouloir quand nous sommes réduits à l’état de confettis. Le paradoxe est donc à son comble. Car des listes d’opposition de gauche, autonomes du PS, seront présentées devant les électeurs dans l’ensemble des régions. Le PS se retrouve, lui, isolé dans toutes les régions. C’est la première fois. Mais en face il n’y a pas d’alternative cohérente sauf dans quelques régions où l’on a su se regrouper pour agir ensemble mais où on souffre durement de l’absence de référence nationale.

     

     

    - Je fais un rapide tableau d’ensemble.

    Je sais combien il restera assez largement incompréhensible et assommant à lire pour mes lecteurs. Mais il faut bien le faire. Finissons-en. L’unité de l’opposition de gauche n’est complète que dans deux régions: en Midi-Pyrénées/Languedoc Roussillon et PACA. Cette construction, unissant notamment le FDG et EELV, a pour objectif de nous permettre d’être en tête de la gauche au soir du 1er tour. Cela constituerait un événement politique. Mais comment y parvenir sans visibilité nationale au moment où toute la campagne est devenue totalement nationale ? Deux autres régions voient également un rassemblement entre le PG, EELV, la Nouvelle Gauche Socialiste et Nouvelle Donne. Mais là, le PCF a décidé de présenter sa propre liste. C’est le cas dans le Nord Pas de Calais Picardie et en Auvergne Rhône-Alpes. Dans six autres, le Front de Gauche uni incarnera seul ce rassemblement puisque EELV y a choisi de faire cavalier seul : Île-de-France, Bretagne, Normandie, Aquitaine Poitou-Charentes Limousin, Alsace Champagne-Ardenne Lorraine, Bourgogne Franche-Comté.

     

    Pour terminer ce puzzle, le PG sera absent dans deux régions (Centre et Pays-de-Loire) et plusieurs départements faute de n’avoir trouvé d’accord ni avec le PCF ni avec EELV, qui partent seuls, chacun de leur côté.

     

     

    - Bilan de ce galimatias : l’opposition de gauche existe en fait. Mais pas en liste.

    Le soir de l’annonce des résultats nous allons être humiliés. Notre score sera éclaté entre trois ou quatre type de listes. Le score du Front de Gauche devra porter la croix des listes du seul PCF captant cette appellation. Et il sera diminué du nombre des voix des listes ou nous partons avec EELV tout le Front de gauche ou seulement le PG.

    • Un sac de nœuds illisible nationalement et parfois même localement.
    • Un gâchis total !
    • Un boulet au pied pour des mois et des mois en pleine crise politique !
    • Pour moi, c’est un crève-cœur.
    • Je peux le dire tranquillement : c’est la dernière fois.
    • On ne m’y recollera plus.
    • J’en ai assez de devoir rendre des comptes pour des situations qui m’ont été imposées de force et que je désapprouve totalement.
    • Les déclarations unitaires suivies de noirs sectarismes, les « constructions originales » qui sont des feuilles de vignes sur les vieilles pratiques bureaucratiques, rien de tout cela ne correspondait déjà à la période précédente.

    Dans le contexte, c’est tout simplement le néant groupusculaire assuré.

     

    Pour en savoir plus :
    -
    Mon dossier Front de Gauche et Front du Peuple

    - Le Front de gauche se remettra-t-il des élections régionales ?

    - par Jean-Luc Mélenchon : Quelle poisse !

    Front de Gauche : l’état d’imbroglio permanent
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    28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 21:42
    Olivier Dartigolles PCF tête de liste FdG aux élections régionales 2015

    Olivier Dartigolles PCF tête de liste FdG aux élections régionales 2015

    - Pris au hasard :

    • Il faut dire que le bulletin de vote Front de Gauche ce n'est pas seulement pour les élections régionales. Il faut parler d'avenir ;
    • Les propositions fortes de l'écologie c'est nous car nous refusons l'austérité ;
    • Il ne faut pas qualifier DAESH d'état. Par contre menons le combat pour que la Palestine devienne un État ;
    • Les consciences s'ouvrent. Les gens s'aperçoivent que cette période de guerre ne réglera rien :
    • Dans ce moment où nous sommes frappés il faut réagir en ayant l'idée de ne pas aller sur le terrain de l'adversaire ;
    • On ne peut pas faire COP21 et en même temps ne pas vouloir mettre les camions sur les rails. Nous avons pour nous le bon sens ;
    • Un joyau de l'aménagement du territoire. Voila ce qu'est le maillage ferroviaire. Il faut des trains du quotidien ;
    • Les entreprises qui reçoivent des aides publiques doivent s'engager sur l'emploi des jeunes. C'est une condition obligatoire ;
    • Le rôle de la politique c'est de rendre possible ce qui paraît impossible. C'est l'engagement du ‪‎Front de G‬auche ;
    • Il faut la gratuité des transports pour les moins de 26ans sur l'ensemble de la grande région ;
    • La question de la jeunesse doit être la priorité des priorités. Ne plus la sacrifier ;
    • Les chiffres du chômage ce soir marquent un peu plus l'échec de la politique de F. Hollande ;
    • Nous avons pour nous l'avenir, les solutions et l'imaginaire :
    • Notre pays doit prendre un autre chemin que celui qui a été emprunté par l'administration Bush.....
    • Si on arrête avec le dogme des 3% pour le pacte de sécurité c'est qu'on peut le faire pour le pacte de solidarité ;
    • Les fonctionnaires territoriaux, par leurs actions quotidiennes, oeuvrent pour améliorer le vivre ensemble ;
    • Le service public est le patrimoine de celles et ceux qui n'en ont pas ;
    • Quand les jeunes ne peuvent croire en rien dans l'avenir ils peuvent croire en n'importe quoi. Offrons leurs un avenir ;
    • Amis, camarades le score à deux chiffres est à portée de mains ;
    • Il faut mettre fin aux marges de la grande distribution qui saignent les agriculteurs ;
    • Nous ne sommes pas favorable à la mise en concurrence des territoires et des hommes ;
    • Ceux qui attaquent la maîtrise publique des centrales hydro-électriques et qui veulent la COP21 sont des menteurs ;
    • Nous ne voulons pas régionaliser la question de l'emploi. Il faut un Etat fort. Un État stratège ;
    • Ils ont décidés administrativement la mort du Limousin et du Poitou-Charentes ;
    • Dans cette situation exceptionnelle on devrait prendre des mesures exceptionnelles pour faire vivre le pluralisme ;
    • Amis et camarades : jamais les barbares ne décideront du rythme de notre vie démocratique......
    • Mobilisons simplement 1% des 75 milliards de dépôt bancaire pour alimenter un fond régional d'investissement, soit 750 millions d'euros.

     

    - Les absences remarquées....

    Ni Jean-Luc Mélenchon (pourtant annoncé), ni le responsable régional de ENSEMBLE ! (pourtant membre du Front de Gauche) ne sont venus à ce meeting !

     

    28/11 - Rochefort (17) Olivier Dartigolles tête de liste FdG aux élections régionales 2015, région (ALPC) Aquitaine - Limousin - Poitou/Charentes fait salle comble !
    Laurence Pache Parti de Gauche

    Laurence Pache Parti de Gauche

    28/11 - Rochefort (17) Olivier Dartigolles tête de liste FdG aux élections régionales 2015, région (ALPC) Aquitaine - Limousin - Poitou/Charentes fait salle comble !
    28/11 - Rochefort (17) Olivier Dartigolles tête de liste FdG aux élections régionales 2015, région (ALPC) Aquitaine - Limousin - Poitou/Charentes fait salle comble !
    28/11 - Rochefort (17) Olivier Dartigolles tête de liste FdG aux élections régionales 2015, région (ALPC) Aquitaine - Limousin - Poitou/Charentes fait salle comble !
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    23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 09:20
    Etat d'urgence : le Front de gauche refuse l’exception permanente
    Alors que la loi prolongeant l’état d’urgence était examinée au parlement, le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, la porte-parole d’Ensemble, Clémentine Autain et le coordinateur du Parti de Gauche, Eric Coquerel ont dit leur opposition à toute dérive vers « une refondation sécuritaire et autoritaire de la République ».
     

    Sources :  l'Humanité du Vendredi, 20 Novembre, 2015

    Une semaine après les attentats qui ont frappé Paris et Saint-Denis, les tentatives de divisions et les discours haineux que l’extrême droite a fait entendre ces derniers jours - contrebalancées par la réaction populaire faite de rassemblement et de solidarité-, ne sont pas le seul sujet d’inquiétude au Front de gauche dont les principaux responsable ont tenu vendredi à Paris une conférence de presse. Le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, la porte-parole d’Ensemble, Clémentine Autain et le coordinateur du Parti de gauche, Eric Coquerel, ont approuvé à cette occasion certaines des décisions de François Hollande qu’ils défendaient de longue date comme l’inflexion sur la politique internationale de la France, ou la levée de l’austérité sur les moyens alloués à la sécurité. « Il a fallu malheureusement ces événements dramatiques pour entendre cette phrase du président de la République (‘’le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité’’, NDLR) en matière de moyens de police et de justice », a cependant regretté Pierre Laurent. D’autant que le Front de gauche juge que des moyens supplémentaires doivent être accordés à bien d’autres services publics à commencer par ceux de la santé et de l’éducation. Eric Coquerel a d’ailleurs proposé à cette fin « une loi budgétaire exceptionnelle qui remette en place un Etat à même de répondre aux besoins de nos concitoyens».

     

    Mais, avant tout, c’est la logique d’un état d’exception permanent que refuse la coalition. Si ses députés ont voté la loi prolongeant l’état d’urgence de trois mois  « au regard de la gravité des attentats, de l’intensité de la menace et de la nécessité de mettre hors d’état de nuire les réseaux terroristes présents sur notre territoire afin de protéger nos concitoyens», ses parlementaires ne donnent pas pour autant quitus au gouvernement qui a annoncé une révision de la Constitution. « Nous refusons de nous inscrire dans une logique de constitutionnalisation d’un nouveau régime d’exception » a insisté Pierre Laurent, également sénateur. « Il y a un débat sur la manière dont il faut répondre dans l’immédiat à cette question de la prolongation de l’état d’urgence. Mais nous menons aussi activement la bataille sur le contrôle parlementaire, démocratique de cet état d’urgence quant à la préservation des pouvoirs judiciaires, le maintien des libertés publiques fondamentales et nous refusons notamment la suspension durable des mobilisations sociales », a-t-il poursuivi. « L’état d’exception ne peut pas être durable », a pour sa part jugé Clémentine Autain considérant notamment qu’une intervention comme celle qui a eu lieu à Saint-Denis mercredi peut être organisée « dans le cadre de l’état de droit ». Estimant qu’il eut mieux valu « porter le débat immédiatement » via un autre vote, Eric Coquerel juge cependant que celui-ci « n’est pas décisif » et qu’il n’y a pas « de différence de fond» sur l’appréciation de la situation au sein du front de gauche.

     

    Quant aux mesures annoncées par François Hollande, qui ne figurent pas dans la  loi examinée actuellement par le parlement, comme la déchéance de nationalité des binationaux nés en France, elles suscitent une vive réaction. « Ce n’est pas d’une refondation sécuritaire et autoritaire de la République en cherchant à s’entendre avec la droite dont nous avons besoin, mais au contraire de la refondation d’une République sociale et démocratique, de la construction d’une démocratie plus forte, qui permette réellement à chacun de s’impliquer dans les affaires collectives. Nous avons besoin de plus d’égalité, de justice sociale, de libertés », déclarent les formations du Front de gauche dans un communiqué commun également rendu public vendredi.

     

    Pour en savoir plus :

    - Mon dossier terrorisme

    - Assemblée nationale : ces sept députés qui n'ont pas voté l'état d'urgence

    - Assemblée nationale ; les députés PCF/FdG votent la prorogation de l’état d’urgence

    - Sénat : les sénateurs PCF/FdG s'abstiennent sur la prorogation de l’état d’urgence

    - Déclaration du Comité confédéral national de la CGT

    - État d’urgence. L’arsenal sécuritaire du gouvernement passé au crible

    - Parti de gauche : État d’urgence, derrière la prolongation, des modifications législatives profondes

    - Isabelle Attard est députée du Calvados : « À l’Assemblée nationale, ces derniers jours, j’ai eu honte »

    - L’urgence, le prétexte servant à tout au sommet de l’État

    État d’urgence

     

    Derrière la prolongation, des modifications législatives profondes

    - See more at: https://www.lepartidegauche.fr/articleblog/etat-d-urgence-derriere-la-prolongation-des-modifications-legislatives-profondes-33861#sthash.vTz7OkdZ.GzX0jHnp.dpuf
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    Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Terrorisme Politique Front de Gauche et Front du Peuple
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    23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 08:25
    Jean-Luc Mélenchon : « La clarification politique n’a jamais été aussi avancée »

    L'eurodéputé appelle à l'union avec les communistes aux régionales en Île-de-France, ainsi que dans les régions où le Parti de gauche est déjà allié aux écologistes. « On est en train d’atteindre notre but et on réussit à donner l’impression d’être complètement divisés », déplore-t-il. Il se prononce également pour la création de groupes parlementaires communs, en espérant qu'ils soient rejoints par des socialistes.

     

    Sources : Médiapart le 16/09/2015 par Stéphane Alliès

    A sa façon, Jean-Luc Mélenchon met les mains dans le cambouis de l'unité de la gauche de gauche. Alors que la préparation des élections régionales laisse entrevoir de fortes crispations entre le PCF et le reste du Front de gauche (Parti de gauche et Ensemble!), en Île-de-France et dans les régions où une alliance avec les écologistes d'EELV laisse de côté les communistes (en Auvergne-Rhône-Alpes, Nord-Pas-de-Calais-Picardie et PACA), le fondateur du Parti de gauche (PG) appelle à « colmater les brèches » et à « arrêter de tergiverser ». Aux yeux de l'ancien candidat à la présidentielle, « pour dépasser certains blocages, il faut parfois accepter de manger son chapeau ». Dans un entretien à Mediapart, Mélenchon demande que soient mises en œuvre des « missions de conciliation », sorte de « cabine de pilotage nationale », pour lever les divergences locales.

     

    L'eurodéputé estime que « les difficultés liées à la récupération par le parti des têtes de listes » peuvent se « transcender » par un « sigle commun déposé au ministère de l’intérieur ». Et il propose que le Front de gauche se range derrière Pierre Laurent en région parisienne, en échange d'un rapprochement des communistes avec les listes EELV-PG existant ailleurs. « L’union de l’opposition de gauche, ce ne peut être l’union de bouts de l’opposition de gauche », dit-il. Enfin, Mélenchon plaide également pour la création de groupes parlementaires communs réunissant les élus du PCF, les proches de Cécile Duflot à EELV et espère voir s'y joindre des socialistes qui tireraient « les leçons de ce qui se passe en Angleterre » avec l'élection de Jeremy Corbyn.

     

     

    - Médiapart : À la sortie de la fête de l’Humanité et à la veille des régionales, la situation est paradoxale pour vous. Communistes et écologistes sont autonomes du PS partout au premier tour, mais il n’y a pourtant pour l’heure qu’une seule région où vous êtes alliés tous ensemble. Et en l’état, il pourrait y avoir plus de régions où le Front de gauche est divisé qu’uni…

    Jean-Luc Mélenchon : La droite et l’extrême droite semblent parties pour remporter une victoire écrasante. C’est ce qu’il faut empêcher en ouvrant un autre chemin. Où en sommes-nous ? D’abord soulignons que la clarification politique à laquelle on a travaillé depuis 2012 n’a jamais été aussi avancée : tout le Front de gauche est dans l’opposition de gauche, les Verts sont sortis du gouvernement, le PS n’a plus d’allié hormis le PRG, puisque même le MRC est aujourd’hui plus proche de nous que des socialistes. Sur le terrain il y a aussi pas mal d’endroits où nous sommes en passe de réussir l’union de tout le Front de gauche et des écologistes sur un nouveau sigle de rassemblement. Le point négatif, c’est qu’il n’y a pas de cabine de pilotage nationale. Je ne participe pas aux négociations ni à aucune composition de liste. Mais je suis un observateur vigilant et je me sens garant du désir d’union de l’autre gauche qui s’exprime partout. Mon rôle est moral, rien de plus, mais c’est important dans le moment historique que nous vivons.

     

    Sur le terrain, les difficultés s’additionnent. Outre celles qui viennent de l’ambiance confuse du Front de gauche, s’ajoute que les statuts de tous les partis font que les décisions se prennent localement. Une aberration fédéraliste, qui nous met dans une faiblesse lamentable avant une élection qui a plus que jamais une signification nationale. Partout, les militants du PG ont travaillé à l’union avec les écologistes avec la meilleure volonté du monde. Tellement bien, qu’ils sont parvenus à des listes d’union dans la moitié des régions, alors qu’au départ EELV avait choisi l’autonomie. Je les félicite. Pour y parvenir, mes amis ont mis partout de côté toute ambition de tête de liste. Cela, alors même que l’image des Verts est considérablement dégradée. J’ai dû réagir et un peu élever la voix pour dire que ce n’était pas acceptable. Une annexion ! EELV a joué de la bonne foi et de l’esprit unitaire de ses partenaires. Je crois que les électeurs non plus n’ont pas envie d’être récupérés par un parti. La situation s’est débloquée lors des universités d’été d’EELV, et une première réunion inter-régionale a eu lieu. J’en suis content. Mais nous ne sommes pas quittes. Il faut encore donner aux communistes leur juste place.

     

    Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, sur le stand du PG à la fête de l'Huma (avec Danielle Simonnet et Eric Coquerel)

    Ensuite, puisque les 13 nouvelles régions ne correspondent à aucune structure de nos organisations, cela a complexifié d’autant les rythmes de négociation. Et cela explique que dans certains endroits les communistes sont en dehors de plusieurs rassemblements. Je ne l’accepte pas. C’est une question de fond. L’union de l’opposition de gauche, ce doit être une addition pas des soustractions. Je n’accepte pas qu’on veuille marginaliser les communistes.

     

    En disant cela, je ne suis pas un bisounours du Front de gauche : j’ai en mémoire les offenses présentes, passées et même futures des dirigeants communistes à mon endroit. Mais les jalousies dont je fais l’objet, et les problèmes d’égo qui m’entourent ne me détournent pas du but historique : construire la relève de gauche à la faillite du PS, face à l’extrême droite. Je demande donc qu’on se remette autour d’une table pour trouver une issue, en particulier dans les deux régions stratégiques où la défaite du PS est assurée d’avance et où il faut avoir une parole politique forte et de gauche pour incarner la relève : la grande région Nord et PACA.

     

    Désormais le temps presse, il faut colmater les brèches et arrêter de tergiverser. Pour cela, il faut rétablir un cadre national de prise de décision. Tout le monde a des grandes paroles sur la nécessité de l’union et personne ne fait rien. On ne peut pas laisser les choses en l’état. S’il le faut, je suis prêt à mener sur place, avec d’autres dirigeants communistes et écologistes nationaux, une mission de bons offices pour qu’on trouve les convergences nécessaires. Mais avec ou sans moi, toute mission de conciliation me conviendra.

     

     

    - Médiapart : Vous n’avez pas peur qu’en tentant d’imposer des décisions d’appareils nationaux, on entrave des dynamiques locales et citoyennes ?

    Jean-Luc Mélenchon : C’est toute la difficulté de la situation. Épargnons-nous les méfiances envers des appareils nationaux. Des appareils, il en existe aussi localement et ils ne sont pas plus tendres. Il s’agit souvent de reconduire beaucoup de sortants. Mais il est vrai qu’il existe des dynamiques locales, avec des assemblées citoyennes qui préparent le futur de la gauche. J’y suis très attaché. Je propose de leur donner le plus de pouvoir possible, sans pour autant jeter à la poubelle nos partis qui sont indispensables à l’action.

     

    Il persiste des problèmes ? Et alors ? Trouvons les solutions ! Il suffit de le vouloir. Pour dépasser certains blocages, il faut parfois accepter de manger son chapeau. Ne rien faire serait une faute de notre part. Il faut qu’il y ait des missions de conciliations qui se mettent en place. J’insiste pour qu’on le fasse en priorité dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Tout de même, face au FN, à la droite et aux socialistes en déroute, le devoir commande ! Il faut à tout prix trouver les moyens de proposer une alternative crédible !

     

    Ces moyens existent, on peut régler une par une toutes les difficultés. Les difficultés liées à la récupération par le parti des têtes de listes ? Elles se transcendent par un sigle commun déposé au ministère de l’intérieur. À partir de là, on peut présenter des binômes ou des trinômes en tête de liste, l’essentiel étant que le résultat ne soit approprié par personne. Sinon les électeurs ne se déplaceront pas. Ils ne veulent pas être récupérés !

     

    Ensuite, pour arbitrer les divergences, il est clair que nous n’y arriverons pas du sommet. Donc il faut des assemblées représentatives régionales, de nos partis et des citoyens, qui s’engagent à nos côtés. J’en ai parlé en janvier dernier, on m’a dit que c’était une usine à gaz. Nous l’avons expérimenté au Mouvement pour la 6e République (M6r) et cela a fonctionné. On est au XXIe siècle et il faut s’y adapter… les réseaux sociaux le permettent.

     

     

    - Médiapart : Concrètement, ça fonctionnerait comment ?

    Jean-Luc Mélenchon : Les gens signent un texte, une volonté d’engagement ou de soutien, ils peuvent le faire en ligne, puis ils élisent des représentants, on peut aussi en tirer au sort une partie. Et on fixe une représentation pour les partis. Je ne dis pas que c’est la seule formule possible, mais c’est possible et c’est jouable dans le délai qu’il nous reste. On ne peut plus traîner, sinon on donne une image répulsive à notre peuple qui est déjà dans un état d’insurrection froide contre les politiques et les institutions du pays, qui risque de se traduire par un niveau d’abstention extrêmement élevé.

     

    « Si on met ses utopies en avant comme condition de l’union, c’est le règne du sectarisme »

     

     

    - Médiapart : En Île-de-France, la situation est particulièrement ubuesque. Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d’EELV, refuse votre proposition de se ranger derrière elle, et le Front de gauche ne parvient pas à se mettre d’accord entre trois de ses dirigeants nationaux (Pierre Laurent – PCF ; Éric Coquerel – PG et Clémentine Autain – Ensemble !). C’est “l’autre gauche” la plus bête du monde ?

    Jean-Luc Mélenchon : Vous n’avez pas tort. Maintenant, l’art de la politique c’est aussi de partir des réalités qui parfois s’imposent à vous. On aurait pu rêver autre chose. Que Pierre Laurent reste sur son analyse initiale de ne pas se présenter pour cause de non-cumul des mandats. Que lui qui dénonce sans cesse les « castings présidentiels » ne se crispe pas sur sa tête de liste, alors qu’on pourrait se mettre d’accord sur une personnalité de la société civile, on n’en manque pas en région parisienne. Qu’Emmanuelle Cosse ne nous éconduise pas aussi grossièrement. Et qu’elle ne préfère pas un groupuscule de centre-droit, Cap 21, à l’alliance avec le Front de gauche, au nom de l’unité de son parti qui explose chaque jour un peu plus. Mais c’est comme ça. À deux mois du scrutin il faut assumer la difficulté et débloquer ce qui peut l’être.

     

    Pour autant, je ne me résigne pas. Je suis sûr que si Emmanuelle Cosse acceptait l’unité avec le Front de gauche, Pierre Laurent en serait le premier partisan. Mais il y a peu de chance qu’elle abandonne l’arrogance de sa posture. Elle a multiplié les obstacles : introduire comme préalable l’adhésion à l’idée d’une France fédérale et au droit de faire des lois régionales est une provocation. D’ailleurs, rien de tout cela n’est possible avec les élections régionales.

     

    Donc, j’ai bien compris que Pierre Laurent fait de sa présence comme tête de liste « virtuelle » une question identitaire. Mes amis doivent entendre cela, même si je sais que ce n’est pas facile à admettre. De leur côté, les communistes doivent comprendre que si un effort est fait en Île-de-France pour apaiser les esprits, il faut qu’ils en fassent eux aussi ailleurs. Certes le PCF est très décentralisé, mais il a aussi une orientation nationale. Pierre Laurent a déjà été tête de liste en Île-de-France. N’exagérons pas le problème. Il l’a dit : il ne siégera que s’il est élu président de région. Si tel est le cas, qui s’en plaindrait ?

     

    Jean-Luc Mélenchon et Cécile Duflot

    L’union de l’opposition de gauche, ce ne peut être l’union de bouts de l’opposition de gauche. Il faut à tout prix parvenir à se présenter tous ensemble, avec les communistes, là où nous sommes déjà en alliances avec les écologistes. Il faut faire des additions partout ! Je recommande au PG de ne pas mettre de préalable sur les têtes de liste si cela doit conduire à la division. Inscrivons notre lutte pour l’éthique et la répartition des tâches dans la durée, n’en faisons pas un ultimatum destructeur. Soyons unitaires pour deux : les électeurs nous en seront reconnaissants.  

     

    Je suis consterné par cette situation : on est en train d’atteindre notre but, nous avons isolé le PS et prouvé qu’on pouvait se rassembler et on réussit à donner l’impression d’être complètement divisés. Les alliances à la carte, sous couleur de baratin localiste, vont nous tuer plus sûrement que n’importe quelle querelle doctrinale ! Et que les choses soient claires, ces élections n’ont rien à voir avec la présidentielle. Je demande juste que tout le monde se confronte à la réalité pour les régionales, et qu’on arrête de se braquer pour des histoires de têtes de liste ! Tout ça est dérisoire…

     

     

    - Médiapart : Sur le plan national, comment jugez-vous la proposition de création d’un nouveau groupe parlementaire émanant de quatre députés, Sergio Coronado (EELV), Philippe Noguès (ex-PS), Isabelle Attard (ex-Nouvelle Donne) et Jacqueline Fraysse (apparentée PCF) ?

    Jean-Luc Mélenchon : C’est une autre occasion unique d’accélérer le cours de l’histoire. J’ai découvert cette tribune avec enthousiasme. À mon tour, j’appelle à la création d’un groupe commun dans les deux assemblées. À la veille de l’examen du budget, un nombre significatif de députés pourrait nous rejoindre. Ce nouveau groupe pourrait devenir un pôle de référence d’où pourrait partir une multitude d’initiatives.

     

    Là, Cécile Duflot doit faire un effort et m’écouter même si elle ne m’aime pas. Son groupe écologiste a explosé. Je l’adjure de faire preuve de sang-froid et de responsabilité. Elle est en mesure de débloquer la situation si elle fait le pas que les quatre proposent. Un nouveau groupe peut être la locomotive d’une nouvelle gauche dans le pays.

     

    Il ne faudrait pas que l’initiative échoue pour des histoires de présidence de groupe. Comme pour les régionales, on peut imaginer des binômes, une présidence tournante. Et même si ce devait être André Chassaigne le président de ce nouveau groupe, et qu’on trouverait les communistes bien gourmands de le demander, il faudrait l’accepter si c’était la seule condition pour que cet événement politique se produise. Car ce serait nettement mieux que d’avoir deux petits groupes à la limite de la survie. Au reste, Chassaigne a tenu bon depuis 2012 et ses états de services dans l’opposition de gauche sont plus constants que des opposants plus récents. Si j’étais député dans ce nouveau groupe, je voterai pour lui. 

     

    Il y a des divergences ? Oui, c’est vrai. Mais il y en avait aussi entre les écologistes et les socialistes, et ça ne les empêchait pas de voter ensemble !

     

     

    - Médiapart : N’y a-t-il pas un risque à toujours minimiser ces divergences entre forces politiques à la gauche du PS ? Sur la laïcité, le fédéralisme ou le jacobinisme, l’énergie, la géopolitique, etc. Et si ce qui vous sépare était finalement aussi important que ce qui vous réunit ? Cela pourrait expliquer aussi pourquoi le rassemblement est si compliqué ?

    Jean-Luc Mélenchon : Qu’on n’invente pas des prétextes artificiels à mesure qu’on avance ! Il y a des débats qui surgissent à la dernière minute, pour provoquer volontairement des désaccords. Quand Emmanuelle Cosse pose comme condition de reconnaître le fédéralisme en France et le droit de faire des lois locales, c’est juste une provocation gratuite. Si on met ses utopies en avant comme condition de l’union, c’est le règne du sectarisme.

     

    Pour les sujets de divergences qui sont dans l’actualité immédiate, on a trouvé une solution crédible, elle s’appelle la démocratie. Au Front de gauche, on a réglé notre désaccord sur le nucléaire en parlant de “sortie des énergies carbonées et mise en œuvre d’un référendum sur la sortie du nucléaire”. S’il y a un problème entre nous sur le fédéralisme, la réponse se trouve dans les débats que l’on aurait au sein de l’assemblée constituante pour une VIe république. Pareil sur la candidature de Paris aux Jeux olympiques. On n’est pas tous d’accord, le PG et les Verts sont contre, le PCF pour, et alors ? C’est inimaginable de consulter la population francilienne sur le sujet ? On l’a fait aux États-Unis ! Le proposer serait autrement plus dynamique qu’un compromis pourri ou un blocage absurde !

     

    « Retricoter à toute vitesse un réseau européen »

     

     

    - Médiapart : Cet éventuel nouveau groupe parlementaire pourrait-il accueillir des députés PS en rupture de ban ?

    Jean-Luc Mélenchon : Je n’ose placer la barre trop haut par habitude de la déception, mais si un ou deux changeaient déjà de camp et rejoignaient un tel groupe commun, cela permettrait d’ouvrir la brèche et d’enlever à Valls sa majorité parlementaire. Il n’y a pas des opportunités comme celle-là tous les matins. Des gens comme Benoît Hamon ou Pouria Amirshahi devraient tirer les leçons de ce qui se passe en Angleterre. La victoire de Jeremy Corbyn à la direction du parti travailliste montre que la social-démocratie peut commencer un nouveau cycle.

     

    C’est d’Angleterre qu’est parti le blairisme qui a pourri le mouvement socialiste international et contaminé tous les partis sociaux-démocrates européens, du SPD allemand au Pasok grec, en passant par le PSOE espagnol et le Parti démocrate italien. La victoire de Corbyn est un encouragement. En Italie, un congrès d’unification des gauches socialistes, écologistes et communistes est prévu pour novembre. Il n’y a pas que la déprime liée à la crise grecque, il y a aussi des signaux positifs de changement. Et je m’adresse aux députés socialistes pour leur dire qu’ils peuvent être à leur tour des déclencheurs. Ils sont jeunes, ils ont le pouvoir d’écrire l’histoire au lieu de se limiter à gérer leur carrière.

     

     

    - Médiapart : À la fête de l’Huma, vous avez lancé votre sommet “pour un plan B en Europe” avec Yanis Varoufakis, alors que les communistes ont martelé leur soutien à Syriza et à Tsipras…

    Jean-Luc Mélenchon : Que les choses soient claires, je ne suis pas devenu anti-Tsipras ! Ça n’a pas de sens. Je ne sais plus comment dire : je sais très bien que la partie n’est pas terminée, et que le moment de la renégociation de la dette grecque va arriver. Et je sais très bien qu’un gouvernement Syriza réélu, ce n’est pas pareil que la droite gagnante. Je crois d’ailleurs qu’il va gagner et j’espère aussi que les dissidents d’Unité populaire [la scission de l’aile gauche de Syriza emmenée par Zoe Konstantopoulou - ndlr] auront une représentation parlementaire. L’union se reconstruira le moment venu pour affronter l’Europe qui va piétiner la Grèce. Je ne donne pas de leçon aux autres, mais j’en tire pour nous. Je parle du point de vue de celui qui ne veut pas être assimilé à ceux qui sont capables de signer un accord de super austérité, après avoir organisé un référendum contre. Je suis fidèle au programme, pas aux personnes. C’est la raison pour laquelle j’ai applaudi le partenariat conclu entre le PG et Unité populaire, qui reste fidèle au programme anti-austérité. Mais ça ne veut pas dire que nous faisons la campagne d’Unité populaire aux élections grecques. Quel sens concret cela aurait ?

     

    Je voudrais qu’on évite les simplifications qui ne tiennent pas compte du caractère tragique de ce qui se passe en Europe. Tout l’est de l’Europe est rempli de fascistes et nous sommes à l’état de traces dans tous ces pays. Aujourd’hui, nous nous appuyons encore sur quelques positions en Grèce, en Espagne, en France, un peu en Allemagne, en Slovénie et, désormais, nous connaissons un changement à l’intérieur du camp travailliste anglais. Or il nous faut retricoter à toute vitesse un réseau européen, exactement comme l’ont fait les camarades d’Amérique latine à la fin du siècle dernier.

     

    Notre initiative du "Plan B" se révèle incroyablement attractive. Honnêtement, je ne m’attendais pas à un impact pareil. La presse européenne a couvert l’événement, la retransmission du meeting sur internet a été fortement suivie, y compris à l’étranger. la tribune que nous avons publiéee sert de texte fondateur, et plusieurs partis ou courants politiques se montrent intéressés. Donc on commence à recueillir les signatures individuelles d’élus ou de personnalités, et on va faire en sorte que la première réunion, qui aura lieu avant la fin de l’année à Paris ou à Bruxelles, regroupe plutôt des intellectuels, des économistes et des responsables de mouvements sociaux.

     

    Il y a urgence, car on est dans un moment étrange de l’histoire où on a le sentiment que les décideurs européens ne sont pas vraiment maîtres de ce qu’ils font et, on le voit avec Schäuble, se laissent entraîner dans des surenchères folles. S’ajoute désormais l’affaire des migrants, qui est un “booster” inouï pour l’extrême droite.

     

     

    - Médiapart : Sur la question des migrants, comment faire autrement dans l’urgence ?

    Jean-Luc Mélenchon : Ma position était de dire qu’il n’y a pas d’alternative à l’accueil. Ce n’est même pas idéologique : on ne peut rien faire d’autre tout simplement. Enfin, on pourrait sans doute faire autrement que de les mettre dans des camps. Les quotas n’ont pas de sens. Soit le traité de Schengen existe, soit il est aboli sans qu’on ne nous ait prévenus. Mais ceux qui ont traversé toutes ces épreuves ne se laisseront pas enfermer dans un train qui les conduirait vers une autre zone de misère. Ils veulent avoir eux aussi la liberté de circuler, et il est illégal de les en empêcher.

     

    Mais l’essentiel est de remédier aux causes de cet afflux migratoire. Donc en finir avec les politiques économiques qui ruinent le sud sahélien et avec les logiques de guerre aveugle que François Hollande semble vouloir continuer. Qu’est-ce que de nouveaux bombardements vont régler ? La solution se trouve dans l’organisation au plus vite d’une conférence internationale où on discute avec ceux qui ont concrètement les doigts dans Daech. Parce que Daech ne tombe pas du ciel. C’est l’enfant des financements qataris, saoudiens, turcs… Et le bénéficiaire des ventes d’armes et d’achat de pétrole de contrebande par des pays occidentaux.

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