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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 08:46
La Grèce n'a reçu réellement que 5 % de l'aide versée depuis 2010. (Crédits : Reuters)

La Grèce n'a reçu réellement que 5 % de l'aide versée depuis 2010. (Crédits : Reuters)

Non, la Grèce n'a pas reçu l'aide à la Grèce...

 

Le quotidien allemand Handelsblatt publie une étude montrant que 95 % de l'aide à la Grèce sont allés à ses créanciers. Un fait connu dont il faut à présent tirer les conséquences ...

 

Sources : LATRIBUNE par Romaric Godin

Le Handelsblatt est le journal de référence du milieu des affaires outre-Rhin. A ce titre, et comme l'essentiel de la presse conservatrice allemande, il a régulièrement eu la dent dure contre la Grèce, accusée de refuser les « réformes nécessaires » et de réclamer sans cesse de nouveaux fonds à l'honnête et travailleur contribuable allemand. Mais en une, ce mercredi 4 mai, le journal a affiché une « exclusivité ». Une étude inédite nous dit-on de l'ESMT, une école de gestion de Berlin, qui parvient à cette conclusion : 95 % de la supposée « aide » à la Grèce est retournée aux banques et aux créanciers du pays méditerranéen.

 

 

- Pas nouveau

Le « budget grec » qui a été accusé de ruiner tous les Européens n'en a récupéré que 5 %. On connaît le prix de ces 5 %... Une réduction d'un quart du PIB, une administration réduite d'un tiers, un Etat encore plus défaillant qu'auparavant et aucune perspective de reprise véritable. Cette « exclusivité » du Handelsblatt n'en est évidemment pas une. Ces chiffres étaient connus et avaient été publiés dès décembre 2014 par l'excellent site grec Macropilis, qui en avait donné le détail. L'argument avait été avancé régulièrement par les responsables du premier gouvernement Tsipras durant les négociations avec les créanciers au premier semestre 2015 : il justifiait une remise à plat totale de la politique européenne en Grèce. Mais, alors, on riait de ces chiffres avancés par le « gouvernement d'extrême-gauche » grec qui n'avait d'autre ambition, disait-on, que de ruiner le contribuable européen pour continuer les habituelles turpitudes helléniques...

 

 

- Retournement des « experts »

Étrangement, voici donc que, un an après, les arguments alors inaudibles des autorités grecques deviennent « respectables ». Certes, la Handelsblatt a besoin pour s'en convaincre d'une étude allemande, ce qui prouve une nouvelle fois l'autarcie intellectuelle du monde économique outre-Rhin, mais voilà que, ces derniers jours, on entend de plus en plus des appels à la restructuration de la dette grecque. Rappelons que voici un an, on faisait des divisions simplistes de l'engagement de la France vis-à-vis de la Grèce par le nombre de Français pour annoncer le « chèque » qu'il nous faudrait rédiger en cas de défaut hellénique... Autre temps, autre mœurs. Mais ce contraste prouve une nouvelle fois que l'acharnement médiatique et l'asphyxie des créanciers qui ont visé l'an dernier le gouvernement Tsipras I n'était rien d'autre que politique. Il fallait faire taire une force politique qui mettait à jour l'ineptie de la politique européenne envers la Grèce. Ce fut fait le 13 juillet 2015. Dès lors, les « experts » peuvent changer de camp comme à leur habitude et la « raison » devient la folie d'antan...

 

 

- Tirer les conséquences

Mais il ne faut pas se contenter du chiffre mis en avant par le Handelsblatt. Il faut en comprendre les conséquences. Ce chiffre signifie que les prêts accordés à la Grèce en 2010 ne visaient qu'à sauver les banques françaises et allemandes. Le coût de cette aide bancaire cachée à été transmise aux contribuables européens et au peuple grec. Ce fait n'est pas un jugement du ciel ou un coup du sort, c'est le fruit d'un choix politique. Voici un an, on a appris que le FMI avait travaillé sur un défaut grec en 2010. Ce défaut n'aurait pas évité l'austérité en Grèce, mais il aurait évité la construction d'un schéma de Ponzi immense qui a fait plonger le pays dans un cercle diabolique. Le responsable du FMI d'alors, Dominique Strauss-Kahn aurait alors refusé d'évoquer ce plan, devant l'ampleur du coût pour les banques. Le choix politique fait alors consistait à donner du temps aux banques et à reporter à plus tard le coût pour les contribuables européens. Le tout avec l'aide de la BCE qui, par le programme SMP de 2010 et 2011 a racheté à bon prix cette date grecque aux banques... Les seuls qui ont payé, ce sont les Grecs. Et là encore, il s'est agi d'un choix politique.

 

 

- Le mythe du Grec responsable

Dès lors, pour dissimuler l'absurdité du système mis en place, les dirigeants européens ont trouvé la parade : ce schéma de Ponzi qui ajoutait de la dette pour rembourser la dette était viable si les Grecs « faisaient des réformes ». Un mythe s'est alors construit : l'échec du système était dû à la mauvaise volonté grecque. En réalité, il était fondé sur l'absurdité d'un système qui faisait porter tout le poids du sauvetage des banques européennes aux Grecs eux-mêmes en leur fixant des objectifs absurdes, comme ce fameux excédent primaire de 3 % du PIB auquel est encore attaché l'Eurogroupe. Les dirigeants européens ont donc pu transmettre aux Grecs la responsabilité de leur crime. La victime est devenue coupable.

 

 

 

- Pourquoi il fallait faire taire Alexis Tsipras

Après l'arrivée d'Alexis Tsipras au pouvoir en janvier 2015, cette logique s'est déchaînée. On a refusé de discuter du fond pour réclamer des garanties toujours plus lourdes aux Grecs pour les obliger à devoir choisir entre le maintien dans la zone euro ou une nouvelle cure d'austérité. On en est toujours à ce point et l'on demande maintenant aux Grecs des « réformes automatiques » pour s'assurer des respects des engagements. On comprend pourquoi il fallait faire taire alors le gouvernement grec en le cachant derrière des monceaux de calomnies et de délits d'intention. Si l'on reconnaissait la justesse du vote du peuple grec et des arguments de Syriza, on reconnaissait l'erreur originelle des Européens et principalement d'Angela Merkel, Wolfgang Schäuble et Jean-Claude Trichet, les principaux architectes du « plan d'aide. »

 

 

- Assumer ses responsabilités

Or, cette responsabilité n'est pas que morale. La stratégie de sauvetage des banques au détriment des Grecs a des conséquences bien concrètes. Elle met les pays européens qui ont fait ce choix, autrement dit, tous ceux de la zone euro, face à la nécessité d'assumer leurs erreurs et donc de faire participer leurs contribuables à ce schéma de Ponzi créé pour sauver leurs banques. Assumer sa responsabilité, c'est logiquement accepter une réduction du stock de dette envers la Grèce. C'est le prix des erreurs des dirigeants élus par les peuples de la zone euro. C'est aussi, enfin, chercher à mettre en place une politique de reconstruction réelle de l'économie grecque, en collaboration et non en conflit, avec les autorités grecques. On est loin de tout cela.

 

 

- Populisme ?

Le réveil du Handelsblatt est bienvenu. Mais la réalité reste sombre : l'Eurogroupe tente encore de mettre à genoux l'économie grecque. L'Allemagne et la France refusent d'assumer leurs responsabilités et de réduire la dette grecque. Les dirigeants de ces pays qui, longtemps, ont accusé les Grecs de populisme et de manque de sérieux révèlent alors leurs vrais visages : celui du refus d'accepter leurs fautes devant leurs peuples. C'est sans doute cela le populisme le plus préoccupant, celui qui consiste à faire croire que les trois plans de sauvetage seront soutenables et indolores pour les populations, celui de faire d'un peuple européen un bouc émissaire, celui enfin de jouer l'avenir de l'Europe pour leur propre popularité. La direction de la zone euro sur ce dossier grec demeure la plus absurde. Et les chiffres du Handelsblatt risquent de n'y rien changer lorsque l'on songe que, l'an dernier, la presse allemande conservatrice s'est complu dans les clichés les plus désolants sur les Grecs. Décidément, la question grecque est loin d'être résolue.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- La dette grecque, une tragédie européenne

- Grèce : la responsabilité du FMI mise au jour, mais tout continue comme avant

 

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Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Grèce La dette.... la dette ?
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5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 08:31
La tourmente grecque : « Chronique d’un coup d’Etat »

Un gros plan à la fois humain et financier sur les causes et les conséquences de la crise grecque. Une enquête précise et claire sur les mécanismes de l’austérité et de la dette publique, sur la capitulation du gouvernement Syriza vis à vis des institutions européennes. La Grèce est un laboratoire en Europe. Un film pour débattre sur les perspectives politiques et les alternatives démocratiques en France et en Europe. Un documentaire lanceur d’alerte.

 

Sources : CADTM (Comité pour l'Abollition des DetTes illègitiMes)  par Philippe Menut[1]

Après  six mois de négociations, malgré le « non » massif des Grecs au référendum, le gouvernement Syriza a cédé aux injonctions des « institutions » de la zone euro, tout en renonçant à toute annulation ou allègement de sa dette. Comment l’expliquer ? En quoi une alternative était-elle possible ?

 

Par une enquête précise et claire, le documentaire ouvre le débat sur les perspectives politiques et sur les alternatives démocratiques en Grèce et en Europe.

 

« Je n’ai pas fait un film pour dire ce que je savais ; ce que j’explique, je l’ai compris en tournant le documentaire » (Philippe Menut).

 

La première version du film, actualisé à deux occasions, avait été projetée et débattue plus de 120 fois en France.


Les programmations ont été soutenues notamment par Attac, le CADTM, Les Amis du Monde diplomatique, le CAC (collectif pour un audit citoyen de la dette publique), Assemblées citoyennes, Solidarité France Grèce pour la santé, La Ligue des Droits de l’Homme, ACRIMED, Osez Le Féminisme, la CGT, SUD-Solidaires, Parti de Gauche, Ensemble-FdG, PCF,  NPA, EE-les Verts, Nouvelle Donne (liste ouverte).


Le film a également été programmé à Athènes, Madrid, Liège, Namur, Montréal et Berlin.

 

  • Programmation : rendez-vous dans onglet « contacts » pour organiser une projection-débat dans votre ville, avec votre salle de cinéma, votre association, votre syndicat, votre organisation politique ou autre.
  • Distributeur : « Les films du mouvement ». Le film est proposé sur supports DCP, Blu-ray ou DVD.
  • Si vous êtes programmateur-trice et que vous souhaitez recevoir un lien privé de visionnage du film, demandez-le à lesfilmsdumouvement@gmail.com .

Note :

[1] Philippe Menut : Après 30 ans de carrière en tant que journaliste grand reporter à France 2 Paris et France 3 Montpellier, Philippe Menut se lance en toute liberté et indépendance dans le tournage du film La tourmente grecque avec l’appui de nombreux amis grecs.

 

Pour en savoir plus :

- La dette grecque, une tragédie européenne

- Grèce : la responsabilité du FMI mise au jour, mais tout continue comme avant

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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 09:27
La bataille de Grèce, un épisode d’une guerre mondiale prolongée – Dix pistes de réflexions lapidaires

Les débats sur la crise grecque et sur la crise ouverte de l’Union européenne ont suscité de très nombreux commentaires et de très nombreuses analyses. Ce débat va se prolonger d’autant que l’évolution, en Grèce et en Europe, est loin d’être achevée. Voici dix pistes de réflexions lapidaires sur le débat en cours.

 

Source : %Attac par Gustave Massiah[1] le 20 novembre 2015

- 1. La bataille de Grèce s’est terminée par une défaite de ceux qui refusaient les plans austéritaires

Une défaite et une reddition pour Syriza qui avait défendu cette position. Une défaite qui va peser lourd, d’abord pour le peuple grec.

 

Cette bataille a donné lieu à une démonstration de force du pouvoir financier. Elle lui a permis de montrer sa puissance et sa capacité à humilier tous ceux qui lui résistent. C’est un avertissement pour tous ceux qui pensent pouvoir passer outre aux oukases.

 

Pour autant, la guerre n’est pas terminée, ni en Grèce, ni ailleurs. Que peut-on déjà apprendre de cette bataille ?

 

La question de la dette est la question cruciale. C’est à partir de là que se différencient les choix possibles. Faut-il ou non suspendre unilatéralement le remboursement de la dette ? La question s’est posée deux fois, à des moments décisifs ; il est possible qu’elle se repose à nouveau.

 

Au départ, le choix de Syriza semblait aller dans ce sens. C’était un des cinq points du programme à partir duquel ce parti avait gagné les élections. Et, l’importance de la place donnée à la Commission pour la vérité sur la dette publique paraissait le confirmer. Cette position, conforme au rejet des mesures austéritaires, nécessitait un programme radical qui comprenait notamment la nationalisation des banques et une réforme fiscale de grande ampleur, la réquisition de la banque centrale pour couper sa subordination à la Banque centrale européenne (BCE).

 

Le gouvernement grec n’a pas suivi ce plan. Il a préféré ouvrir la négociation sur des mémorandums (nouveaux crédits contre réformes austéritaires) plutôt que de l’ouvrir sur un moratoire de renégociation des dettes. Le gouvernement a estimé que les risques étaient trop grands compte tenu de la violence des réactions de l’Eurogroupe.

 

Le deuxième moment décisif a été juste après le succès du non au référendum. Une nouvelle fenêtre d’opportunité, avec la légitimité donnée par le résultat, aurait permis de remettre en avant le plan fondé sur la suspension des remboursements. Là encore, le gouvernement a préféré la négociation sur les mémorandums plutôt que la rupture. Là encore, c’est l’importance des risques qui a pesé sur le choix du gouvernement.

 

Une troisième manche est possible. Car la dette n’est pas seulement illégitime, illégale et odieuse, elle reste toujours insoutenable. Compte tenu de la capitulation sur les mesures austéritaires, elle est très mal engagée et un redressement sera très difficile.

 

 

- 2. La bataille de Grèce est un épisode d’une guerre mondiale prolongée

Nous sommes en fait dans une guerre mondiale prolongée. Cette guerre a commencé avec la victoire du capitalisme financier et des politiques néolibérales, à la fin des années 1970. La gestion de la crise de la dette, provoquée par les pouvoirs financiers et politiques, et les programmes d’ajustement structurel en ont été les vecteurs principaux. Les plans d’austérité en sont une des déclinaisons.

 

Il s’agit d’une offensive pour le rétablissement de l’hégémonie impérialiste par rapport aux succès de la révolution de la décolonisation. Elle a combiné les coups d’État économiques et financiers, les interventions militaires et de redoutables offensives idéologiques et culturelles.

 

Un militant africain écrivait récemment : « ce qui arrive à la Grèce est lamentable et dramatique pour le peuple grec ; peut-être que les Européens comprendront un peu mieux ce que nous vivons depuis quarante ans. »

 

Ce n’est pas par hasard que le CADTM, Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, qui lutte de manière remarquable et avec opiniâtreté, depuis 1989, se retrouve en position centrale dans la lutte contre l’austérité à partir des outils forgés dans ces batailles, et notamment des comités d’audit citoyen des dettes. Rappelons qu’en 1989, la campagne « ça suffat comme ci ! » mettait en avant le mot d’ordre toujours actuel « Dette, apartheid, colonies ; ça suffat comme ci ! »

La bataille de Grèce, un épisode d’une guerre mondiale prolongée – Dix pistes de réflexions lapidaires

- 3. Le rapport de forces écrasant a été déterminant dans cette bataille

Affirmer la volonté de sortir de l’austérité est un casus belli, une déclaration de guerre insupportable pour les pouvoirs dominants. Tous les moyens sont bons pour abattre ceux qui s’y risquent, encore plus quand ils le claironnent.

 

Face à un tel rapport de forces, la délégation grecque pouvait-elle gagner ? Il faut se demander : gagner quoi ? Gagner de meilleures conditions à court terme était déjà difficile. Gagner tout, c’est-à-dire gagner l’abandon des programmes austéritaires, était beaucoup moins probable. Gagner tout, c’est-à-dire obtenir la défaite de la troïka au bénéfice de tous, était encore moins probable compte tenu du rapport de forces et de la possibilité financière de détruire la finance et l’économie grecques.

 

C’est pourquoi l’analyse de la défaite en termes de : « on aurait pu gagner mais certains des chefs ont trahi » n’est pas vraisemblable et n’avance pas beaucoup. D’une manière générale, la réflexion en termes de trahison a l’avantage d’éviter l’interrogation sur la situation et les responsabilités. Elle n’est jamais suffisante. La désillusion la plus forte vient d’ailleurs de ceux qui ont délégué au gouvernement grec la possibilité de gagner pour eux, de mettre à bas la troïka.

 

Le rapport de forces a joué doublement. Il a pesé sur le choix du gouvernement grec pour la négociation sur le mémorandum. Une fois ce choix confirmé, il a réduit à très peu de choses les marges de manœuvre dans la négociation.

 

Y-a-t-il eu des erreurs et le gouvernement grec aurait-il pu obtenir plus ? Probablement oui. Pouvait-il obtenir tout ? Probablement non. Mais il aurait pu obtenir de mettre plus en évidence la remise en cause des programmes austéritaires et la question de la dette. La question est surtout importante pour la suite en Grèce et en Europe. Pour y répondre, il faut se poser la question des prochaines étapes.

 

On arrive à la lancinante question du plan B. Nombreux sont ceux qui pensent que Syriza a perdu parce qu’il n’avait pas de plan B. Bien sûr qu’il faut un plan B, et même plusieurs. Il aurait peut-être permis de mieux négocier, mais il ne donnait pas l’assurance de gagner. Malheureusement, il ne suffit pas d’un plan B pour gagner. Un plan B n’annule pas le rapport de forces ! Ceci n’annule pas les critiques qui soulignent que l’absence explicite d’un plan B a été voulue comme une preuve de bonne foi dans la négociation et une concession qui a certainement coûté cher. Si on appelle plan B le choix de la rupture, on n’est plus dans un plan B de négociation, on est dans une orientation stratégique alternative. La question est de savoir comment s’y préparer pour la mener.

 

 

- 4. Si le rapport de forces était aussi défavorable, fallait-il engager la bataille ?

Face à un rapport de forces aussi défavorable, fallait-il y aller ? Pour gagner les élections, fallait-il entretenir des illusions en laissant croire qu’il était possible d’en finir avec les plans austéritaires ?

 

L’idée qu’il vaut mieux ne pas y aller quand le rapport est trop défavorable n’est pas la plus intéressante. Les plus grandes défaites viennent des batailles qu’on ne mène pas.

 

Souvent, la bataille permet des avantages, même avec une défaite. Elle peut permettre d’obtenir des concessions par rapport à l’acceptation du plan imposé sans bataille. En laissant ouverte la discussion sur ce qui aurait pu être obtenu d’autre ; discussion qui n’avait pas vraiment été ouverte avant.

 

La bataille a permis deux autres avancées. D’abord, elle a montré la volonté de résistance active. Elle a ouvert une séquence encore incomplète, mais très prometteuse : on n’accepte pas, on résiste, on veut bien négocier, mais on consulte le peuple. Ensuite, elle a contribué à dévoiler la nature des politiques et la nature des institutions, de l’UE et du FMI. Elle a rendu plus visible la nature du système, du capitalisme européen et mondial sous ses différentes facettes. La bataille de Grèce ouvre dans de meilleures conditions une nouvelle phase de la bataille de l’Europe.

 

Pour revenir au rapport de forces défavorable et même écrasant, il faut tenir compte de ce rapport de forces pour définir les objectifs de la bataille et la manière de la mener. Et surtout, il faut inscrire la bataille dans une perspective stratégique, en anticipant les prochaines batailles et les prochaines étapes.

 

C’est la question qui est posée aujourd’hui à Syriza et à ses différents courants. Avec une interrogation majeure : quelles sont les attentes et les possibilités d’engagement du peuple grec après cette première bataille ? C’est ce que le débat politique en Grèce va éclairer.

La bataille de Grèce, un épisode d’une guerre mondiale prolongée – Dix pistes de réflexions lapidaires

- 5. La violence de l’agression met à jour de fortes contradictions

La violence de l’agression a été croissante. Au départ, il fallait faire rentrer la Grèce et la prendre comme exemple de la règle. Le peuple grec résiste ! Il faut le réduire, l’obliger à accepter la règle, le prendre comme exemple de l’inutilité de résister, l’humilier et l’écraser.

 

Mais cette violence a montré, a contrario, que la puissance considérable n’était pas suffisante pour se faire obéir sans résistance. La menace de la table rase financière a dévoilé la nature des rapports et a mis à jour de nombreuses contradictions dans le camp des dominants.

 

La négociation avec la Grèce a montré des contradictions entre les gouvernements européens et les peuples européens, et combien la question de l’austérité était sensible. Elle a montré la peur de la contagion que pouvait susciter une issue positive pour le peuple grec. Elle a montré les contradictions entre les capitalismes européens sur la conduite de l’Europe ; entre l’Europe du Nord qui suit la roideur allemande, l’Europe du Sud rétive à l’austérité, l’Europe de l’Est qui joue les bas salaires, le Royaume-Uni occupé à la définanciarisation. Elle a montré les contradictions entre les gouvernements européens sur l’avenir de l’Europe. Elle a montré que derrière le partage des rôles dans la négociation, les divergences entre la France et l’Allemagne sont réelles sur les équilibres budgétaires. Elle a montré le désaccord sur la dette entre l’Allemagne et le FMI. Elle a montré les divergences en Allemagne sur son rôle futur. Elle a montré que les politiques financières et monétaires ne suffisent pas à définir une politique européenne.

 

La crise ouverte en 2008 avec la crise financière commencée avec les subprime a démontré que le système capitaliste est en crise et qu’il n’en est pas sorti. Après quelques hésitations autour des propositions sur une réforme du capitalisme appelée green new deal, le capitalisme financier a repris le contrôle et raidi ses positions. Pour autant, la crise n’est pas résolue et les mouvements de contestation qui se sont manifestés à partir de 2011 n’ont pas faibli, même s’ils n’ont pas encore réussi à modifier le rapport de forces. Dans la bataille contre les plans austéritaires et les politiques néolibérales, la question de la dette publique est centrale au niveau mondial. Une campagne internationale pour la reconsidération et l’annulation des dettes publiques peut trouver des formes renouvelées.

 

 

- 6. L’irruption de la question démocratique

La démocratie est à la fois un élément de la bataille et une question stratégique centrale de longue période. Syriza a joué le jeu démocratique en appuyant ses demandes sur la légitimité démocratique des élections et en décidant d’organiser un référendum. Il a de ce point de vue marqué un point en démontrant le peu de cas pour les financiers et l’Union européenne de toute procédure démocratique. On le savait déjà, mais la grossièreté de la réponse de la Commission, explicitant qu’il n’y avait là pas de place pour la démocratie, peut peser dans l’avenir.

 

Consulter le peuple, faire appel au peuple, cette initiative de Syriza qu’un gouvernement grec précédent avait menacé de faire sans aller jusqu’au bout, aurait pu changer la donne. Les contradictions mises à jour n’étaient pas seulement celles des pouvoirs financiers, il y en avait aussi au niveau du peuple. Le peuple voulait deux choses contradictoires : sortir de l’austérité, ne pas sortir de l’Euro. Le gouvernement voyait bien que c’était contradictoire et que le chemin possible était quasiment impossible. Mais il a consulté là-dessus dans la continuité des élections, et aussi parce que poser la question de la sortie de l’Euro, donnait peu de chances de gagner le référendum.

 

Il y avait une autre opportunité, c’était d’utiliser la légitimité du référendum pour rompre la négociation, quitte à se faire imposer un grexit qui aurait peut-être mis en difficulté la troïka. Ce n’est pas ce qui a été choisi et qui a divisé Syriza. Plusieurs raisons ont pesé dans ce sens. D’abord les risques pour le peuple grec d’une guerre financière totale à travers la destruction de son système financier et bancaire. Ensuite, le fait que les mesures pour faire face au grexit n’avaient pas été préparées. La discussion sur le choix du gouvernement grec nous concerne tous. Pour l’instant, cette discussion relève beaucoup du débat politique grec.

 

Il y a une discussion plus fondamentale sur le processus démocratique. Il y a eu, à un moment, juste après le référendum, une opportunité historique, une bifurcation possible. Compte tenu de la nature contradictoire de la réponse au référendum, il n’était pas illégitime de durcir, voire d’interrompre la négociation, plutôt que de l’accélérer et de capituler. Il y avait certes des risques, mais aussi des opportunités. Dans un moment de décision historique, la consultation démocratique, dans ses formes classiques, ne donne pas toujours une réponse suffisante.

 

La discussion sur une orientation stratégique alternative, même si elle a été très courte, a été beaucoup plus riche juste après le référendum. Parmi les nombreuses propositions, retenons celles de Yannis Varoufakis (reconversion de la dette en cours par une monnaie fiscale complémentaire, décote sur les obligations détenues par la BCE, réquisition de la Banque de Grèce) et celles, répétées, d’Éric Toussaint (moratoire de la dette, création d’une monnaie complémentaire électronique, réquisition de la Banque centrale grecque, nationalisation des banques, réforme fiscale d’ampleur, mesures sociales de relance). Ces propositions sont relayées par Thomas Coutrot et Bruno Théret, qui précisent que, pour éviter les risques de panique bancaire et de coup d’état financier par un exode massif des capitaux, il faut une adhésion populaire. C’est sur un programme de mesures précises et sur les risques de l’affrontement que doivent porter les consultations démocratiques.

 

La bataille de Grèce ouvre aujourd’hui de nouvelles possibilités pour d’autres situations, notamment la consultation portant sur un programme de sortie d’austérité en acceptant les risques de ruptures et en définissant les premières mesures d’un projet de transition. Une consultation sur le refus des programmes austéritaires, au risque de sortir de l’Euro, peut devenir beaucoup plus « entendable » dans plusieurs pays européens

La bataille de Grèce, un épisode d’une guerre mondiale prolongée – Dix pistes de réflexions lapidaires

- 7. La crise grecque ouvre une nouvelle étape de la crise de l’Union européenne

La crise grecque ouvre une nouvelle étape de la crise de l’Union européenne. Elle en dévoile les mécanismes et la nature.

 

L’Union européenne est une partie avancée du néolibéralisme. La discussion porte sur son évolution. Laissons la discussion sur sa nature intrinsèque. Son évolution est-elle le résultat de la révolution néolibérale de la fin des années 1970, ou est-elle immuable depuis sa création ? La discussion n’est pas sans intérêt mais elle n’est pas fondamentale. L’Union européenne est, d’une certaine manière, la pointe avancée, l’avant-garde institutionnelle du capitalisme financier. Celle qui règlemente et légifère dans l’intérêt du capitalisme financier.

 

En adoptant l’Euro, en corsetant la zone euro, elle a instauré une monnaie unique à partir de l’idée d’une monnaie commune. L’Euro, qui aurait pu contester ou concurrencer le dollar comme monnaie internationale, est devenu le moyen de contrôler et de mettre au pas chacun des pays européens. La crise économique et financière se traduit par une crise sociale majeure et se prolonge dans une crise démocratique.

 

Le mouvement social européen n’a pas joué un véritable rôle dans la crise grecque. Il y a eu des pétitions, mais pas de véritable mobilisation. On ne peut pas parler d’unité du mouvement social européen autour de la définition d’un projet alternatif européen. La différenciation de la mondialisation entre les régions du monde concerne aussi l’Europe. La crise européenne s’inscrit dans la crise globale. La crise européenne est spécifique sur le plan économique et sur le plan géopolitique. En Europe même, plus largement qu’au niveau de l’Union européenne, les situations se différencient suivant les régions. La convergence au niveau du mouvement social européen est, de ce fait, très difficile.

 

La différenciation des situations pèse sur la définition d’une position stratégique commune des mouvements sociaux et citoyens en Europe. L’ambition est de définir un projet européen alternatif, qui se dégagerait du projet européen dominant et de ses impasses, et qui traduirait en termes politiques et culturels l’unité du mouvement social européen. Pour l’instant, le mouvement social européen est confronté à trois défis principaux : l’alliance avec le précariat, la rupture de l’alliance entre les compétents et les actionnaires, la lutte contre le racisme et la xénophobie. Il s’agit de trois défis mondiaux qui prennent des formes spécifiques dans chaque région du monde, notamment en Europe.

 

Une campagne européenne de longue durée pourrait adopter plusieurs déclinaisons : Nous ne voulons pas de cette Europe-là ! Nous voulons une Europe sociale et démocratique ! Nous ne voulons pas de cette Union européenne ! Nous n’obéirons pas à cette Union européenne ! Nous ne voulons pas de cet Euro ! Nous voulons transformer l’Euro en monnaie commune !

 

 

- 8. La place des mouvements dans les affrontements

La bataille de Grèce a vu l’affrontement entre le pouvoir financier, représenté par la troïka, et Syriza, représentant le gouvernement grec. Ni les mouvements grecs, ni le mouvement européen n’ont réussi à inverser la tendance dans le court terme.

 

Faut-il alors considérer que les mouvements sociaux ne sont pas des acteurs directs du changement ? Effectivement, ils ne suffiront pas à assurer seuls, à court terme, une rupture et la mise en œuvre d’une transition. Certes, les mouvements sociaux sont insuffisants ; ils ne sont acteurs du changement que quand ils s’inscrivent dans un processus.

 

Les mouvements sont les forces anti-systémiques qui combinent, sous des formes diverses, les positions de classe et les alliances entre les couches sociales et les catégories qui composent la société. La démarche qui caractérise le mouvement altermondialiste est de partir des mouvements sociaux et citoyens, de leur diversité et de leurs convergences.

 

Le mouvement altermondialiste est en mutation. Le processus des forums sociaux mondiaux ne le résume pas. Il doit d’ailleurs être repensé. Dans la dernière période, trois types de mouvements forment le processus : les mouvements traditionnels, redéfinis par les années 1970, (mouvement ouvrier, mouvement paysan, mouvements des femmes…) ; les mouvements qui ont été visibles dans le processus des forums sociaux à partir de l’évolution des anciens mouvements et des mouvements qui sont devenus plus visibles (comme les peuples indigènes, l’écologie, l’extractivisme…) ; les nouveaux mouvements à partir de 2011 (indignés, Occupy, taksim, carrés rouges…).

 

Ces mouvements renouvellent l’altermondialisme. Ils montrent que la contre-offensive de l’oligarchie dominante ne s’est pas imposée, même si elle a marqué des points. Elle montre aussi que la réponse des peuples n’est pas dans la droitisation des positions. Certes, la montée des courants fascistes, d’extrême droite et populistes réactionnaires est sensible. Elle prend d’ailleurs des formes différentes avec le néo-conservatisme libertarien aux États-Unis, les diverses formes de national-socialisme en Europe, le jihadisme armé au Moyen-Orient, l’hindouisme extrême. Dans plusieurs des nouveaux mouvements, la gauche classique est battue en brèche et des courants de droite paraissent quelquefois imposer leurs points de vue. Mais, il s’agit bien de mouvements de contestation de l’ordre dominant. On le retrouve dans les mots d’ordre explicités depuis Tunis et complétés par les autres mouvements. Il s’agit d’abord du refus de la misère sociale et des inégalités, du respect des libertés, de la dignité, du rejet des formes de domination, de la liaison entre urgence écologique et urgence sociale. D’un mouvement à l’autre, il y a eu des affinements sur la dénonciation de la corruption ; sur la revendication d’une « démocratie réelle » ; sur les contraintes écologiques, l’accaparement des terres et le contrôle des matières premières.

La bataille de Grèce, un épisode d’une guerre mondiale prolongée – Dix pistes de réflexions lapidaires

- 9. L’affrontement s’inscrit dans l’espace des partis et des gouvernements

La crise grecque montre que l’espace national est l’espace de l’affrontement, mais que l’affrontement ne peut s’y restreindre. Il s’élargit à l’espace capitaliste mondial et à l’espace de l’Union européenne en Europe. La discussion porte sur les rapports entre les mouvements, les partis et les gouvernements.

 

Les nouveaux mouvements sont spontanés, radicaux, hétérogènes. Certains affirment que ces mouvements ont échoué parce qu’ils n’auraient pas de perspective ou de stratégie et qu’ils ne se sont pas dotés d’organisation. Cette critique mérite d’être approfondie. Elle n’est pas suffisante quand on sait que le plus vieux de ces mouvement a quatre ans. Les mouvements ne rejettent pas toutes les formes d’organisation ; ils en expérimentent des nouvelles. Celles-ci ont démontré leur intérêt dans l’organisation des mobilisations, la réactivité aux situations et l’expression de nouveaux impératifs. La question des formes d’organisation par rapport au pouvoir est à l’ordre du jour.

 

On aurait pu espérer que ce qui se passe avec Syriza, Podemos ou le Parti des gens ordinaires à New Delhi soit le début d’une nouvelle étape : la montée en puissance d’organisations politiques qui se réfèrent aux nouveaux mouvements et qui en sont, en partie, issues. Des organisations politiques qui se donnent comme objectif d’arracher le politique au financier et qui refusent l’idée qu’il n’y a pas d’alternatives. Ce ne sont pas encore complètement des nouvelles formes d’organisation politique, mais elles assument que les partis doivent prendre leur part dans la réinvention du politique.

 

Par rapport à Syriza, ne passons pas de l’enthousiasme au grand découragement. Regardons ce qui est en jeu. On ne peut pas considérer qu’il n’y a donc pas besoin de partis, même si l’autonomie des mouvements par rapport aux partis est à reconfirmer. Pas plus qu’il ne paraît intéressant de considérer que celui-ci n’était pas le bon et qu’arrivera bien un parti d’avant-garde qui, lui, réussira à s’imposer.

 

Syriza est né de la gauche radicale relativement classique, qui a su tirer des leçons des mouvements des indignés. Il a su aussi lier des formes de mobilisation avec une élaboration qui a tiré des leçons de la chute du soviétisme en 1989 et de l’évolution catastrophique de la social-démocratie existante.

 

Une prochaine bataille est possible en Espagne à partir de Podemos. Podemos est plus directement issu du mouvement des indignés. Il a montré sa capacité à s’inscrire dans le local et à passer des alliances assez larges. Podemos va bénéficier de la bataille de Grèce et des limites de ce premier affrontement. Essayons déjà de ne pas l’étouffer par notre impatience, et, comme certains s’y essayent déjà, de prévoir les futures trahisons.

 

Il y aura d’autres batailles. Il y aura possiblement et probablement d’autres défaites. Mais il y aura aussi des résistances et des avancées, à partir des leçons tirées des défaites.

 

 

- 10. Le débat est ouvert sur les perspectives stratégiques

Le capitalisme a marqué des points et démontré sa capacité à s’adapter. Il a mené une bataille idéologique majeure, contre la valeur d’égalité, et a réussi à accentuer une droitisation des sociétés et à attiser les racismes et les xénophobies. Il a surtout réussi à mettre au service de la finance les extraordinaires découvertes scientifiques et technologiques, particulièrement dans le numérique et les biotechnologies. Il affine ses stratégies militaires et perfectionne à l’infini les moyens qui s’inscrivent dans un état de guerre perpétuelle. Il gagne du temps pour préserver les privilèges de l’oligarchie, tout en préparant pour l’avenir une mutation des rapports sociaux capitalistes.

 

Le mouvement social aussi est en recomposition. Les mouvements affirment un refus et recherchent de nouvelles propositions. Ils n’opposent pas à la complexité des situations des réponses simplistes. Les rapports de production n’ont pas changé de nature, mais il faut prendre en compte les mutations scientifiques et culturelles. Les modes de pensée sont bouleversés par la révolution écologique. La révolution majeure des droits des femmes, au-delà des réactions violentes qui la rejettent, commence à peine un bouleversement incroyable des sociétés. La géopolitique est marquée par le chamboulement du monde. C’est la réinvention de la démocratie qui est au cœur des mutations et des interrogations. La démocratie économique et sociale reste un préalable. Elle est à inventer. Il est clair que la démocratie ne se résume pas au marché, mais il apparaît aussi que l’État ne suffit pas à définir le contraire du marché et à garantir la démocratie. Le rejet de la corruption va au-delà de la corruption financière ; il s’agit de la corruption politique. Elle est visible dans les politiques imposées et dans le mélange des intérêts. La subordination du politique au financier annule le politique. La démocratie culturelle et politique nécessite la réinvention du politique.

 

Il y a des occasions de rupture qu’il faut saisir. Mais, on ne gagne pas d’un coup, par surprise. La rupture se fait dans le temps long ; le temps que s’accumulent les nouveaux paradigmes. Rappelons-nous par exemple qu’après l’écrasement de La Commune, en 1871, il a fallu quarante ans pour que le mouvement social se recompose et inverse la tendance. Il a su tirer les leçons de la défaite et renouveler sa pensée dans la Première Internationale. Il a su reconnaître la montée des ouvriers de la grande industrie. Nous sommes dans la période des quarante à cinquante ans qui suivent la réussite de la contre-offensive néolibérale. A partir de 2008, avec la confirmation de la crise ouverte de la mondialisation capitaliste et de 2011, avec les nouvelles insurrections populaires, une période de rupture s’amorce.

 

Nous sommes dans une période de bouleversements et de très fortes contradictions. Probablement dans le temps d’un changement de période dans lequel cohabitent les anciennes tendances et s’amorcent de nouvelles. La citation de Gramsci est d’une grande actualité « le vieux monde se meurt ; le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». Il faut à la fois lutter contre les monstres et construire le nouveau monde. Il n’y a pas de fatalité, ni dans le succès, ni dans l’échec.

 

Note

[1] Gustave Massiah, ingénieur, membre du Conseil international du Forum social mondial, ancien président du CRID, membre du Conseil scientifique d’Attac, auteur de Une stratégie altermondialiste (La Découverte, 2011)

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 09:09
L’exemple grec nous apprend-il quelque chose ?

Interview du professeur Eric Toussaint, invité à Ljubljana par les syndicats slovènes pour y participer à une table ronde intitulée : « La dette publique : Qui doit à qui ? » par Mimi Podkrižnik, journaliste du quotidien slovène Delo.

 

Sources : CADTM par Mimi Podkrižnik le 5 novembre 2015

Source en slovène : Le quotidien Delo est le principal quotidien slovène.

La traduction du slovène vers le français a été réalisée par Mimi Podkrižnik. La version française a été revue par Patrick Saurin, Damien Millet et Eric Toussaint

- Delo : Croyez-vous au projet européen ? Y croyez-vous encore ?

Eric Toussaint : Très clairement : non. Le projet européen s’est transformé en une camisole de force pour les peuples. ll n’y a pas de marge de manoeuvre permettant à un gouvernement élu démocratiquement de mettre en œuvre des politiques au service de l’intérêt général et de respecter dans le même temps les règles européennes. En effet, les différents traités et l’architecture institutionnelle dans laquelle ils s’inscrivent – le Parlement européen, la Commission européenne, les gouvernements nationaux et la Banque centrale européenne – posent un cadre extrêmement hiérarchisé et contraignant qui laisse de moins en moins de place à l’exercice de l’autonomie, autrement dit à la démocratie et à la parole des citoyens. Nous venons d’en avoir l’illustration avec la Grèce. En janvier 2015, le peuple a porté au pouvoir un gouvernement sur la base d’un programme de rupture avec des politiques qui avaient complètement failli. Ce peuple a réaffirmé son rejet des politiques d’austérité lors du référendum du 5 juillet 2015. Or cela n’a fait qu’exacerber l’obstination des différentes institutions européennes d’empêcher que cette volonté populaire se concrétise. C’était même dit clairement. On a eu des déclarations de Jean-Claude Juncker affirmant qu’il n’y a pas de place pour le référendum. Selon les dirigeants européens, pour se prononcer sur des politiques européennes, la voie est toute tracée par la Commission et l’eurogroupe : il n’y a pas de moyens d’en sortir ou d’en dévier.

 

 

- Delo : Pourquoi ? Sommes-nous vraiment dans un cercle vicieux ?

Eric Toussaint : La construction même de l’Europe – c’est-à-dire l’adhésion à des traités et une conception très autocratique du fonctionnement des institutions – vise à restreindre le plus possible le fonctionnement démocratique. Par ailleurs, les grandes entreprises privées exercent un lobby extrêmement puissant sur la Commission et le Parlement pour les inciter à prendre des décisions favorisant leurs intérêts particuliers. À la tête de la BCE, on trouve Mario Draghi qui a été l’un des stratèges de Goldman Sachs pour toute l’Europe. C’est emblématique d’une situation qui voit les grandes entreprises privées européennes placer à des positions de pouvoir des personnes qui sont issues de leur milieu, ou diposer de l’entier soutien de chefs d’Etat et de hauts fonctionnaires pour faire adopter des mesures qui favorisent leurs intérêts. Un tel système s’apparente fortement à un système oligarchique où quelques uns imposent leurs décisions et définissent les politiques au service d’une petite minorité.

 

 

- Delo : La gauche, elle aussi, est tombée dans le piège – on voit ce qui se passe en France avec la gauche traditionnelle, les socialistes de François Hollande, ou bien en Grèce avec la gauche radicale, la nouvelle gauche d’Alexis Tsipras.

Eric Toussaint : Je distingue la gauche traditionnelle et la gauche radicale, parce que il est clair qu’on ne peut plus parler de la gauche pour François Hollande ou bien pour Tony Blair ou Jeroen Dijsselbloem. Ce dernier est membre du parti socialiste hollandais ce qui ne l’a pas empêché d’être l’un des plus actifs pour poser des obstacles sur le chemin du gouvernement grec issu des élections du 25 janvier 2015. On peut ranger ce type de parti socialiste du côté des forces conservatrices. Appelons-les « néolibérales » ou « social-libérales ». Dans ces partis, il y a toujours une gauche qui existe et qui essaye de s’exprimer : le Labour party a élu Jeremy Corbyn contre l’avis de Tony Blair et de Gordon Brown. Mais quelle sera la marge de manoeuvre de Jeremy Corbyn ? Attendons de voir ce qui va se passer avec le Labour Party. En tout, cas Corbyn a indiqué clairement que, s’il devenait Premier ministre, il reviendrait sur ce qui a été fait par Margaret Thatcher et Tony Blair. Il parle de renationaliser les chemins de fer et va donc plus loin que ce que Tsipras avait annoncé en janvier 2015… François Hollande, les socialistes hollandais, les socialistes allemands, tous ces partis socialistes ont voté en faveur de tous les traités européens avec l’autre grand groupe parlementaire de droite : le Parti populaire. La conclusion est claire : ces socialistes-là sont les architectes de tout ce à quoi nous sommes confrontés en ce moment. Un mouvement comme celui d’Alexis Tsipras ou Podemos en Espagne et d’autres initiatives qui peuvent y ressembler n’ont pas participé à la construction de cette architecture.

 

 

- Delo : Pas encore ...

Eric Toussaint : Ils ne sont pas dans des lieux de pouvoir dans l’Union Européenne. Pourquoi sont-ils tombés dans la logique qu’on connaît en Grèce ? Parce qu’ils avaient l’illusion que les structures du pouvoir européen allaient leur donner une marge de manœuvre. Ils pensaient réellement que l’échec des politiques appliquées à la Grèce était évident, puisqu’il est reconnu par tant d’économistes très sérieux ...

 

 

- Delo : ... par des prix Nobel ...

Eric Toussaint : Oui, ils pensaient qu’en échange de leur sens des responsabilités les dirigeants européens et les dirigeants des autres gouvernements nationaux allaient leur dire : d’accord, on va vous laisser mener votre expérience, réduire radicalement les mesures d’austérité et essayer de relancer l’activité économique de la Grèce. Et ils se sont trompés. Leur calcul était tout à fait erroné. Pour les dirigeants européens il était fondamental de démontrer à tous les peuples d’Europe qu’il n’y a pas de possibilité de sortir des rails de l’austérité, qu’il n’est pas possible de freiner la privatisation. Pour ces dirigeants européens – pour tous, que ce soit Matteo Renzi ou François Hollande, Wolfgang Schäuble ou Jeroen Dijsselbloem – il était essentiel d’empêcher la réussite de l’expérience de Syriza en Grèce. Parmi les plus furieusement décidés à faire échouer Tsipras il y avait bien sûr les premiers ministres Mariano Rajoy en Espagne et Coelho au Portugal. Car ils se disaient : si Tsipras réussit, Podemos viendra au pouvoir tôt au tard en Espagne. Et la même chose vaut pour le Portugal. Aucun gouvernement des 28 autres pays de l’UE n’a réellement donné une chance au gouvernement grec ; ni les institutions européennes ni un seul gouvernement. Or il est clair que Tsipras se disait : le gouvernement de Matteo Renzi et le gouvernement de François Hollande qui veulent eux-mêmes avoir un peu plus de marge en terme de déficit vont me soutenir. Et cela ne s’est pas produit.

 

 

- Delo : Au vu des sondages de l’opinion publique, le tort causé à Syriza a affecté Podemos, dont la côte de popularité est tombée de 20% à 14 %...

Eric Toussaint : L’objectif des dirigeants européens est de dire au peuple espagnol : « ne votez pas Podemos » et de dire à Podemos : « abandonnez votre volonté de changer réellement les choses. Vous voyez bien que Tsipras accepte de capituler. Même vous, si vous avez une chance de devenir membre d’un gouvernement, vous devrez accepter les règles. »

 

 

- Delo : Vous distinguez en Europe les pays du centre des pays périphériques. La Slovénie fait partie de la périphérie, évidemment, comme la Grèce et le Portugal. Quand on en parle, on peut apercevoir un discours tout à fait différent. On traite le Portugal de bon élève, pour ce qui est de son programme et de son sauvetage par la troïka, tandis qu’on fustige la Grèce.

Eric Toussaint : Comme on parle de bon éleve pour l’Irlande. Mais la situation réelle est extrêmement mauvaise au Portugal, en Irlande comme en Espagne. Il y a une apparence de réussite du point de vue des critères des dirigeants européens, parce que ces trois pays réussisent à rembourser leur dette sans demander la réduction de celle-ci. Mais tout cela est strictement lié à des taux d’intérêt qui sont provisoirement très faibles. Tous les pays européens, y compris la Slovénie, refinancent leur dette publique à un coût très bas pour le moment, mais il n’y a absolument aucune garantie que cela continuera. Au Portugal ou en Espagne, le taux de croissance est très faible ou bien il stagne, le taux de chômage est extrêmement élevé, la situation des banques portugaises, irlandaises, espagnoles est très mauvaise aussi ; il va falloir continuer à les recapitaliser. L’année passée, une des principales banque portugaise Banco Espírito Santo a fait faillite. En fait, les grands médias et le gouvernement européen octroient des satisfecits à certains gouvernements parce qu’il faut dire : « voilà, les Grecs sont des mauvais élèves et cela va mal pour eux. Les autres, ceux qui appliquent bien les réformes, se débrouillent ». Mais tout cela, c’est de la mystification. Le bilan réel est tout à fait différent.

 

 

- Delo : On est entré dans la psychologie...

Eric Toussaint : En Slovénie, vous êtes dans une situation un peu surréaliste. Si je ne me trompe pas, la majorité de la population slovène, le gouvernement slovène et les grands médias considèrent que vous êtes tellement proche du centre des grandes puissances – notamment de l’Autriche et de l’Allemagne – que vous vous en sortirez toujours. Que vous êtes peut-être dans la péripherie, mais avec un pied déjà dans le centre. Et certains pensent que vous êtes même carrément dans le centre. Or, on va voir si c’est durable. Votre dette publique est en train d’exploser à cause du sauvetage des banques et cela ne va pas s’améliorer à court terme. La Slovénie elle-même n’est pas à l’abri de difficultés dans les deux ou trois ans qui viennent. Et surtout, la grande différence entre la Slovénie, l’Allemagne et l’Autriche, c’est que vous n’êtes pas au centre du pouvoir européen. C’est Berlin, Paris, Londres et à un degré moindre Bruxelles et Amsterdam qui influencent la politique des dirigeants européens, ce n’est pas Ljubljana.

 

 

- Delo : Quel regard portez-vous sur le rôle des médias ? On écrit différemment sur le Portugal ou sur la Grèce. Il y a beaucoup de manipulation, d’émotions aussi. On se perd dans le style et on oublie le fond – dans le style de Yanis Varoufakis, par exemple. On se préoccupe de son doigt, voire de ses vêtements.

Eric Toussaint : Il est clair qu’on a stigmatisé la Grèce et la population grecque. Des commentateurs qui devraient être sérieux ont dit que la Grèce ne collectaient pas ses impôts depuis des siècles et qu’il s’agissait là d’un héritage de l’Empire ottoman. Il est clair qu’il y a de l’évasion fiscale en Grèce ...

 

 

- Delo : ... et de la corruption. On est dans les Balkans... quand même.

Eric Toussaint : Partout en Europe, il y a de la corruption. Partout. A la FIFA, dans tous les organismes … Mais on veut faire croire que c’est limité à quelques pays. Pour cacher la très grande corruption, on met l’accent sur un petit pays que l’on stigmatise. Ce que l’opinion publique slovène ne sait pas, c’est qu’un ministre de la défense grecque, qui vient d’ailleurs du Pasok [Akis Tsohatzopoulos], a été condamné en 2013 à 20 ans de prison ferme pour corruption. Il est en prison avec cinq membres de sa famille. Mais personne n’en parle. Or, combien de ministres en Europe sont en prison ? Je pense que certains ministres ou ex-ministres slovènes auraient leur place en prison, mais ils ne s’y trouvent pas, ils ne sont pas condamnés. En Grèce, il y a des procès pour corruption et des condamnations : il y a un procès en cours contre 69 Grecs impliqués dans une grosse affaire de corruption avec l’entreprise multinationale Siemens et il y aura des condamnations dans les mois qui viennent.

 

Oui, la Grèce a de graves problèmes en matière de corruption et de collecte d’impôts, mais le problème est largement répandu dans toute l’Europe. Dans toute l’Europe, les grandes entreprises et le pour cent le plus riche de la population européenne ont réussi à obtenir des cadeaux fiscaux. Les Etats pallient à ce manque de recettes fiscales par le recours à l’endettement public. A cela s’ajoute l’évasion fiscale, par exemple l’affaire de la Banque HSBC, ou encore l’affaire Luxleaks qui implique directement Juncker. N’oublions pas que Draghi était directement impliqué dans le scandale du maquillage des comptes publics grecs en 2001 et 2002... On a un grand problème en Europe comme aux Etats-Unis : c’est qu’on a de grandes entreprises, notamment de très grandes banques qui se rendent systématiquement coupables de fraudes ou de corruptions. L’UE ne prend que des mesures extrêmement faibles à leur égard.

 

 

- Delo : Personne ne se sent responsable ni coupable

Eric Toussaint : Les institutions européennes, la Commission européenne, les gouvernements des principaux Etats pourraient prendre des mesures fortes pour empêcher l’évasion fiscale – qui est massive et qui porte surtout préjudice aux économies les plus faibles. Les riches des pays de la périphérie européenne placent leur argent dans les pays les plus sûrs, au Luxembourg, en Allemagne, en Autriche, en Belgique, à la City de Londres. Les responsables européens ont parfaitement les moyens de prendre des mesures, mais ils ne souhaitent pas le faire.

 

 

- Delo : Est-il possible qu’un jour quelqu’un soit traduit devant la justice ?

Eric Toussaint : Je ne suis pas optimiste, surtout pas à court terme. Je ne crois pas que ces personnages seront traduits devant la justice, ni qu’ils seront condamnés, alors que leur comportement mériterait que la justice s’en occupe activement. Ce qui peut se produire en positif c’est qu’on tire les leçons de ce qui s’est passé avec la Grèce et que les nouvelles forces démocratiques progressistes comprennent quelles doivent être plus fermes, plus que Tsipras ne l’a été, et donc disposées en tant que gouvernements démocratiquement élus à désobéir aux ordres de la Commission européenne et de la BCE, si – comme on l’a vu dans le cas de la Grèce – elles prennent des mesures injustes pour les économies de leurs pays.

 

 

- Delo : La vague d’indignation dure déjà depuis un certain temps. Stéphane Hessel a appelé à l’indignation il y a quelque années de cela. On a vu naître le mouvement des Indignés en Espagne et la formation de Podemos, mais rien n’a encore abouti. On se sent un peu face à une impasse.

Eric Toussaint : Ces formations sont propulsées par une partie de la population qui veut des réponses radicales. C’est pour cela que Jeremy Corbyn qui n’avait aucun influence institutionnelle sauf dans les syndicats a gagné dans le Labour, et c’est aussi pour cela que Bernie Sanders aux Etats-Unis, qui a très peu de moyens, rencontre un grand soutien de la base dans le parti démocrate alors qu’il est perçu comme un socialiste radical. Il y a vingt ans, ceux qui avaient le vent en poupe, c’étaient Tony Blair et Gordon Brown, Clinton ou Barack Obama... Maintenant ce sont Sanders, Corbyn, Podemos. Pourquoi ? Parce que cela correspond à une volonté d’une partie de la population qui a elle-même tiré comme conclusion qu’il faut des politiques qui traitent le mal à la racine. Dans certains cas, les nouvelles formations politiques comme Syriza ou Podemos sont parfois trop modérées. Même si elles disent qu’il faudrait des solutions radicales, et recueillent pour cela un soutien populaire, elles ont peur de les mettre en pratique. On a besoin d’un gouvernement progressiste qui n’a pas peur de désobéir. L’intérêt des propos que tenait Stéphane Hessel, c’est de dire aux gens : quand ceux qui ont le pouvoir appliquent des politiques foncièrement injustes, il y a un devoir de rébellion, de révolte, de désobéissance. Et il est important que cela vienne de quelqu’un qui a résisté au nazisme, parce que justement ce sont ces gens-là qui ont résisté en France en s’opposant au régime de Vichy, à la police française, et pas simplement aux nazis. Il fallait avoir du courage pour lutter contre la police de son propre pays et contre son propre gouvernement qui collaborait. Aujourd’hui, nous ne sommes pas, bien sûr dans la même situation ; l’Allemagne d’Angela Merkel et de Wolfgang Schäuble n’est pas l’Allemagne nazie. Il y a une énorme différence, mais indéniablement dans le contexte actuel, il n’y a plus suffisamment d’espace pour exercer les droits démocratiques, et donc il faut être prêt à désobéir et à se rebeller. J’espère que ces forces politiques vont le comprendre, sinon on va aller de déception en déception. Ce qui risque d’arriver, c’est l’extrême droite avec...

 

 

- Delo : ...Marine Le Pen en France...

Eric Toussaint : ou Viktor Orbán en Hongrie. Le risque est grand que cette extrême droite finisse par trouver des figures charismatiques et qu’avec une désobéissance violente, dirigée contre les immigrés, elle puisse apparaître comme une alternative crédible pour les populations. Il y a un danger réel en Europe. Il n’est pas immédiat, ce n’est pas pour dans un an ou deux, mais le danger est quand même là.

 

 

- Delo : Quel regard portez-vous sur le rôle des syndicats ? On voit bien que, dans le secteur privé, beaucoup d’usines ont fermé les portes. La classe ouvrière est en train de disparaître.

Eric Toussaint : C’est un peu exagéré, mais il est clair qu’il y a un affaiblissement structurel des grands secteurs de salariés. Les concentrations de travailleurs salariés se réduisent certainement dans certains pays ou bien dans des régions entières de l’Europe. Le mouvement syndical a perdu de sa force dans toute une série de pays.

 

 

- Delo : Le syndicalisme se perd, du moins en Slovénie, dans une certaine nostalgie, mais aussi – il faut le dire – dans la démagogie. Le monde est en pleine mutation, il faut que les syndicats aussi suivent la dynamique.

Eric Toussaint : Je compte beaucoup sur la capacité du mouvement syndical de redéfinir une doctrine cohérente dans le nouveau contexte. Un des grands problèmes en Europe c’est qu’on a une Confédération européenne des syndicats avec, si je ne me trompe pas, près de 60 millions de membres. Mais cette Confédération a soutenu tous les traités européens, sauf le dernier, qu’elle a critiqué : le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, le TSCG ou pacte budgétaire européen. Elle s’y est opposée, mais de manière extrêmement molle, sans mobilisation. Malgré cette réduction de grande concentration industrielle on a encore – avec la Confédération européenne des syndicats qui unit presque tous les syndicats – une puissance potentielle tout à fait considérable, mais ce n’est que potentiel. En pratique, elle a tout laissé faire, en croyant que l’Union européenne allait lui permettre comme direction syndicale de vivre tranquillement dans un soi-disant dialogue social. En réalité, les dirigeants européens n’avaient d’autre objectif que de précariser le travail et remettre en cause les conventions collectives. La confédération européenne des syndicats comprend très tardivement ce qui est en train de se passer et elle est incapable de réagir, parce qu’il y a un manque de fonctionnement démocratique dans cette énorme superstructure mais aussi et surtout un refus de la part de sa direction et de certains des grands syndicats qui en sont membres d’affronter les tenants de ces politiques de casse sociale.

 

 

- Delo : Quel est le rôle des entreprises d’armes, vu la crise de la dette publique aussi bien que la crise migratoire ?

Eric Toussaint : Les industries d’armement jouent sans conteste un rôle important : dans le cas grec, les fournisseurs d’armes à la Grèce sont principalement les entreprises allemandes, françaises et nord-américaines. Elles sont responsables de la corruption. Je viens de vous parler de la condamnation de ce ministre grec ; évidemment il s’est fait corrompre par des entreprises comme Rheinmetall en Allemagne, Thales en France et Lockheed Martin aux Etats-Unis. Il y a des affaires très précises et bien connues où l’on a eu connaissance de pots-de-vin d’un montant considérable pour corrompre des dirigeants politiques. Cela porte sur des centaines de millions d’euros. On note la préoccupation d’une série de pays européens de développer leur industrie d’armement – notamment la Pologne qui vient de réaliser une grande foire internationale de l’armement. Le flux important des réfugiés venant de Syrie est le produit de la politique de l’Europe et des Etats-Unis à l’égard du Moyen-Orient. Je pense à l’intervention militaire en 2003 en Iraq qui a destabilisé la région sans réellement apporter la démocratie, à l’intervention en Libye, enfin à la politique menée à l’égard de la Syrie. Tout cela a généré le renforcement d’Al-Qaïda en Lybie et dans la zone proche du Soudan et du Mali et a favorisé la création de Daesh. On a des fournisseurs d’armes qui approvisionnent les différentes parties en conflit et entretiennent ainsi les guerres. Comme à d’autres moments de l’histoire, il y a effectivement un lien entre la stratégie suivie par les fournisseurs d’armes et le type de politiques menées pour résoudre les problèmes dans d’autres régions du monde. De telles politiques ne correspondent pas à l’intérêt des peuples ; un de leurs effets les plus désastreux est de jeter sur les routes des centaines de milliers de personnes, notamment des enfants et des vieillards, réduits à venir demander l’asile à des Etats qui refusent ou réchignent à les accueillir.

 

 

- Delo : Récemment, la maison d’édition slovène CF a mis dans le livre sur la dette publique intitulé Qui doit à qui ? une photographie de soldats allemands hissant le drapeau nazi sur l’Acropole d’Athènes en 1941. Qu’en pensez-vous ?

Eric Toussaint : C’était un message très fort qu’a voulu faire passer la maison d’édition. Son intérêt est de faire réfléchir car il ne faut pas oublier l’histoire européenne. Il n’y a pas si longtemps, les troupes de Mussolini, suivies des nazis, ont occupé la Grèce. La Grèce a été l’un des pays européens les plus martyrisés, touchés et détruits pendant la Seconde Guerre mondiale, à côté de l’Union soviétique, de la Pologne et en partie aussi de la Yougoslavie. La Grèce est toujours en droit de demander des réparations de guerre à l’Allemagne. Je la soutiens dans cette perspective-là. Cette photo doit faire réfléchir. Ce n’est pas une caricature, on n’a pas mis en dessous d’un casque la tête de Wolfgang Schäuble ou d’Angela Merkel. Cette photo ne veut pas dire que Angela Merkel se comporte comme les nazis, mais elle doit être considérée comme un rappel de notre histoire.

 

 

- Delo : Je pense qu’il faudrait changer de rhétorique dans les médias et ne plus parler du quatrième reich, par exemple. Trop de souvenirs empêchent d’atteindre nos objectifs ; il vaut mieux apaiser le discours.

Eric Toussaint : Il est très clair que nous ne sommes pas dans une situation de domination totale, certes pas dans une domination militaire de la part de l’Allemagne sur le reste de l’Europe. Au contraire, beaucoup de gouvernements nationaux sont très contents qu’Angela Merkel et Wolfgang Schäuble apparaissent comme les méchants et les plus durs. Cela arrange quelque part Matteo Renzi ou François Hollande de pouvoir dire « Ce sont eux qui nous empêchent de faire des concessions. »

 

Le problème aujourd’hui en Europe ce n’est pas seulement l’Allemagne, c’est l’architecture européenne. Pour changer tout cela il devient évident – si l’on veut véritablement une Europe démocratique – qu’il faudra abroger toute une série de traités européens. Il faudrait initier au plus vite un processus constituant au niveau européen, un processus démocratique – se traduisant par l’élection d’une assemblée constituante européenne par les différents peuples d’Europe. Dans chaque pays de l’Union européenne, des processus nationaux seraient également lancés afin d’élaborer collectivement et démocratiquement un nouveau projet pour l’Europe. On pourrait ici s’inspirer de l’expérience de la France au XVIIIe siècle où les populations de toutes les contrées du pays avaient rédigé « des cahiers de doléances » exprimant leur ressenti, leurs attentes, leurs exigences... Il est plus que temps de faire un bilan de la construction européenne des soixante dernières années et qu’on dise : « Maintenant on reprend cette construction en la rendant réellement démocratique avec la participation des peuples. » Je crois que toute une série de traités européens ne permet pas cela. Il va donc falloir un grand bouleversement en Europe, un grand mouvement européen permettant de déboucher sur un tel changement. Quand est-ce que cela va avoir lieu ? Cela commencera par quelques pays qui vont désobéir, certains vont sortir de la zone euro, l’Europe va rentrer dans une crise plus grave qu’aujourd’hui. Mais cela peut prendre dix ans ou vingt ans. Le processus sera lent et long. La sortie de l’Ancien régime d’absolutisme royal a été le fruit d’une longue lutte.

 

 

- Delo : Sera-t-il possible de le faire paisiblement, vu l’histoire et la crise ?

Eric Toussaint : Je crois que la force des structures autoritaires européennes s’appuie sur la soumission et la docilité des peuples ainsi que de leurs représentants politiques. Leur force est notre obéissance résignée. A partir du moment où une indignation devient massive et se transforme en mobilisation, l’Europe sera forcée de changer et cela n’implique pas d’exercer la violence. Il doit être possible de le faire avec fermeté et détermination mais sans violence.

 

 

- Delo : Est-il correct de parler de 1% de riches contre 99% de pauvres ?

Eric Toussaint : Oui, c’est bien. C’est très schématique, bien sûr, mais cela correspond à la réalité. J’ai étudié cette problématique et les travaux de Thomas Piketty l’ont bien mise en lumière. Le un pour cent le plus riche aux Etats-Unis détient 50 pour cent du patrimoine national. Si vous y ajoutez les neuf pour cent en plus, vous n’obtenez pas beaucoup plus ... Parler d’un pour cent permet de dire qu’on peut cibler des mesures sur un secteur minoritaire de la société et qu’on n’a pas besoin de toucher à la classe moyenne. On est repassé à un tel niveau de concentration de la richesse que la formule de un pour cent est beaucoup plus juste qu’il y a trente ans. Il y a trente ans il fallait parler de 10%.

 

 

- Delo : Mais en comparaison avec la période avant la Première Guerre mondiale ou après ? Etait-ce la même chose ?

Eric Toussaint : On est revenu, au niveau de concentration de la richesse, à la situation d’il y a cent ans. C’est ce que montre Piketty.

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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 08:25
Grèce : quel bilan ? quelles perspectives ? Entretien avec Panayotis Lafazanis, dirigeant d’Unité Populaire, ex-ministre

« Unité populaire a allumé un feu souterrain »

 

La formation dissidente de Syriza a essuyé un revers électoral en échouant à entrer au Parlement. Mais son chef de file Panayotis Lafazanis veut croire en la constitution d’un "front de gauche" capable de porter le débat sur la sortie de l’euro.

 

Sources : Regards propos recueillis par Fabien Perrier 23 septembre 2015

Le 21 août, l’annonce avait fait du bruit : un pan important de Syriza quittait le parti pour former Unité populaire. Peu à peu, le mouvement a rassemblé des figures emblématiques de la gauche grecque : Panayotis Lafazanis, Kosas Isychos, Dimitris Stratoulis, Manolis Glezos ou encore Zoe Konstantopoulou. Même Yanis Varoufakis avait indiqué l’avant-veille du scrutin qu’il voterait pour deux candidats d’Unité populaire en lesquels il avait confiance pour avoir travaillé avec eux. Un appel au vote indirect. Rien n’y aura fait : UP n’obtient que 2,87% des voix, et ne peut donc entrer au Parlement (le seuil étant de 3%). Entretien avec Panayotis Lafazanis, chef de file d’Unité populaire.

 

 

- Regards : Comment expliquez-vous l’échec d’Unité Populaire (UP) qui n’entre pas au Parlement ?

Panayotis Lafazanis : Dès l’annonce des élections, UP a annoncé sa constitution et s’est lancé dans une bataille difficile. Mais il aurait fallu que nous affrontions ces bêtes sauvages en trois semaines ! Nous avions comme adversaire les forces européennes et celles de l’intérieur qui s’opposent à tout changement. Il nous manque malheureusement 7.000 voix pour entrer au Parlement car nous avons eu du mal à communiquer avec le peuple grec et à lui transmettre notre message. Jusqu’à la dernière minute, nous avons dû nous faire connaître en tant qu’Unité populaire. Nous rencontré des difficultés pour exprimer notre vision de la sortie de l’euro. Mais ce débat a été ouvert dès l’annonce de la tenue d’élections. De surcroît, nous avons été victimes d’attaques qui terrorisaient les électeurs.

 

 

- Regards : L’abstention vous a-t-elle pénalisés ?

Panayotis Lafazanis : Elle a été très forte, augmentant de sept points par rapport à janvier. Elle a sauvé Tsipras. Ces électeurs n’étaient pas avec Alexis Tsipras, avec les mémorandums. Ce sont des gens déçus. Ils considèrent que nous ne pouvons plus rien faire à partir du moment où Tsipras est là et a trahi leurs aspirations. Si ces électeurs avaient voté, le scrutin aurait été très différent pour notre parti.

 

 

- Regards : En restant dans le gouvernement d’Alexis Tsipras, vous l’avez aussi cautionné. Ne l’avez-vous pas quitté trop tard ?

Panayotis Lafazanis : Certains nous font ce reproche. Mais personne n’aurait compris que nous partions plus tôt du gouvernement. Nous aurions été accusés de lui retirer le tapis sous les pieds, alors qu’il était en pleine négociation, et de le faire chuter. Nous nous sommes inscrits dans Syriza pour que ne soit pas signé un nouveau mémorandum appliqué à la Grèce. Après la signature du troisième mémorandum, le 13 juillet, la division était la suite logique.

 

 

- Regards : Vous prônez la sortie de l’euro. La population n’a-t-elle pas peur d’une catastrophe en cas de retour à une monnaie nationale ?

Panayotis Lafazanis : L’euro, c’est la catastrophe assurée ! Bien sûr, le peuple grec n’a pas encore tous les éléments pour comprendre le sens d’une sortie de l’euro. Le débat sur cette sortie et ses conséquences vient juste d’être lancé, grâce à Unité populaire. Bien que tous les autres partis invoquent des arguments différents, tous préfèrent l’euro. Désormais, la discussion commencée en pleine campagne électorale ne peut être arrêtée. Comme nous avons remis cette question au centre des débats, notre image sera donc très vite différente dans l’espace politique et la société. Le résultat électoral a allumé un feu, même si ce n’est pour l’instant qu’un feu souterrain.

 

 

- Regards : Mais comment porter ce débat sur l’euro ? Vous n’êtes plus représenté à la Vouli...

Panayotis Lafazanis : Il existe d’autres lieux de débat. Cette discussion se fera dans les quartiers, dans les entreprises, dans les usines, dans tous les endroits de la vie quotidienne. Et bien sûr, nous la mènerons aussi sur Internet et dans tous les espaces permettant une discussion objective sur le sujet. Comme le sujet est désormais sur la table, plus personne ne peut bâillonner la discussion. Le dilemme de ce pays n’est pas de choisir entre Syriza, les Grecs indépendants, le Pasok... – bref, entre les membres d’une grande famille politique avec ses petits différends intrafamiliaux – mais de suivre le mémorandum ou d’emprunter une voie anti-mémorandaire, directement reliée à l’euro ou à la monnaie nationale.

 

 

- Regards : Sur cette question, Unité populaire semble divisé. Manolis Glezos ou Zoe Konstantopoulou ne prônent pas la sortie...

Panayotis Lafazanis : Évidemment, nous avons des avis parfois différents. Unité populaire n’est pas un parti monolithique : c’est un front de gauche, avec des personnalités progressistes ; c’est un front radical, anti-austérité, à horizon socialiste. Le principal courant d’Unité populaire considère que ce programme ne peut être appliqué dans l’eurozone. La monnaie n’est pas un fétiche, ni une fin en soi. Mais pour appliquer cette politique radicale, il nous faut notre propre monnaie.

 

 

- Regards : La société grecque vient toutefois de reconduire Alexis Tsipras à la tête du pays. La politique que vous défendez a-t-elle un espace ?

Panayotis Lafazanis : Bien sûr ! Avant la signature du troisième mémorandum, Syriza avait d’ailleurs un programme de ce type. C’est en proposant une opposition radicale et en défendant un programme de changements radicaux que Syriza s’est implanté sur la scène politique. Cette orientation n’est pas étrangère à la société grecque. Il n’y a d’ailleurs aucune autre voie de sortie de crise. Le libéralisme a échoué dans l’Europe tout entière. L’alternative ne peut être ni le fascisme, ni l’extrême droite.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 08:04
Syriza : une victoire de la soumission ou de la résistance ?

L’interprétation du scrutin grec du 20 septembre 2015 est difficile, et reste suspendue à ce qu’Alexis Tsipras fera de ce succès électoral. Mais ce dernier comporte des enseignements importants et immédiats pour toute la gauche d’alternative en Europe.

 

Source : Regards.fr par Clémentine Autain | 23 septembre 2015

Le pari d’Alexis Tsipras est gagné. En initiant de nouvelles élections législatives, le leader grec appelait les électrices et électeurs à réaffirmer leur soutien au gouvernement. Alors que Syriza avait été élu pour tenir deux objectifs qui se sont révélés inconciliables – ne pas accepter un nouveau mémorandum ET ne pas sortir de la zone euro –, le peuple grec a validé l’option choisie par Tsipras. Il l’a fait sans l’enthousiasme des précédentes élections et avec une abstention croissante, 56,57 % de participation contre 63,87 % en janvier 2015, soit sept points de moins. Mais il l’a fait, évitant le grand bond en arrière qu’auraient constitué une victoire de la droite et une forte percée d’Aube dorée (lire aussi "Soirée de victoire douce-amère pour Syriza à Athènes"[1]).

 

Union populaire, dissidence de Syriza, pour qui la signature d’un troisième mémorandum était évitable à condition d’assumer la sortie de la zone euro, n’a pas convaincu. L’implication à ses côtés de personnalités telles que Yannis Varoufakis, Zoe Kostantopoulou ou Manolis Glezos n’y a rien fait. Pour UP, la barre des 3% qui permet d’être représenté au Parlement n’a même pas été franchie. Fort de ses 35% des voix, Syriza peut néanmoins écarter l’hypothèse d’une alliance avec le Pasok.

 

 

- Pas de sortie de l’euro sans soutien populaire.

Ce vote des Grecs est-il un vote de résistance ou de soumission ? Il n’est pas simple de répondre à cette question, d’autant que le sens d’un vote n’est jamais univoque. Mais la résistance opposée par Alexis Tsipras à la Troïka constitue sans aucun doute l’une des raisons de sa victoire. Négociant avec un pistolet sur la tempe, héritant d’une situation économique, sociale et financière exsangue dans un pays qui ne pèse que 2% du PIB européen, Alexis Tsipras a tenté. Il a affirmé un autre point de vue sur les solutions à même de redresser le pays et d’endiguer les inégalités. Il a impliqué son peuple par un référendum pour mener le rapport de force.

 

Bien seul, sans État partenaire et sans mobilisation européenne digne de ce nom, il a tenu tête là où tous les autres gouvernements de la zone euro se moulent les uns après les autres, sans broncher, dans les normes libérales des traités et de l’austérité. Cette attitude a donné de la fierté au peuple grec : c’est sans doute l’une des clés de réussite de Tsipras. S’il a perdu le bras de fer face à l’Eurogroupe, il est allé au combat.

 

L’alternative proposée par Unité populaire, le saut dans l’inconnu d’une sortie de l’euro, les Grecs n’en ont pas voulu. Tsipras avait donc raison de penser que son peuple n’était pas prêt à cette ultime confrontation. Or, qu’elle soit juste ou non sur le fond économique et politique, cette sortie ne peut se faire qu’à la condition que le peuple soit pleinement impliqué dans ce choix, qu’il soit convaincu qu’une telle voie est la bonne. L’une des leçons de ce scrutin est qu’il est inopérant politiquement de penser que l’on peut avoir raison contre le point de vue des masses populaires. On peut donc s’interroger : les dirigeants de l’UP n’ont-ils pas quitté Syriza sur la base d’une analyse fausse de l’état de conscience du pays ? En focalisant sur la sortie l’euro, ils n’ont pas convaincu. Ils ont ainsi couru le risque de la marginalisation de leur courant politique (lire aussi "Panayotis Lafazanis : « Unité populaire a allumé un feu souterrain »[2]").

 

 

- Point de départ ?

Une chose est sûre : l’histoire n’est pas finie. Et l’enjeu d’interprétation de cette séquence ne concerne pas que les Grecs. Il en va de l’ensemble des courants de la gauche d’alternative en Europe. François Hollande ou Martin Schulz ont eu tôt fait de souhaiter à Tsipras la bienvenue dans la social-démocratie. Tsipras ayant finalement accepté un troisième mémorandum doit se retrouver classé de leur côté, espèrent-ils. Le bras de fer gagné par l’Eurogroupe doit faire tâche d’huile et rappeler qu’il n’y a pas d’alternative aux politiques d’austérité. Or, non seulement ce n’est pas sa famille politique mais la bataille qu’il a menée, aucun dirigeant de la social-démocratie européenne ne l’a menée.

 

Ce qu’a réussi Tsipras, c’est une démonstration politique. Elle peut être interprétée comme désespérante parce qu’il a échoué à éviter un nouveau mémorandum. Elle peut aussi être vue comme un point de départ, celui d’une prise de conscience nouvelle à l’échelle européenne sur la nature actuelle de l’Union européenne, la dureté et la détermination de ses dirigeants.

 

Cette prise de conscience a eu le mérite d’ouvrir une période de grande agitation intellectuelle et politique : des voies nouvelles se cherchent pour sortir du carcan des traités européens, du néolibéralisme et de l’austérité. Dans toute la gauche radicale européenne, on discute de mesures unilatérales, des façons de se protéger, des moyens d’organiser la confrontation sociale et politique avec la Troïka, de la non application de tout ou partie des traités, des formes accrues de coopération nécessaire entre les pays et les forces politiques qui refusent la logique imposée. Il s’agit de ce point de vue d’un tournant historique.

 

 

- Une solution politique

La suite n’est pas écrite : Alexis Tsipras, qui a aussi gagné parce qu’il est un homme neuf en politique, non corrompu, apparaissant comme sincère et honnête dans ses choix, avec une méthode, la consultation de son peuple, là où les autres dirigeants leur écrasent la tête, continuera-t-il à se battre comme il le promet ? Réussira-t-il à dégager quelques marges de manœuvre pour appliquer une politique différente de ses prédécesseurs, à combattre la corruption ou l’emprise de l’Église, à bâtir d’un État digne de ce nom, à s’emparer pleinement d’autres enjeux, sur le contenu de l’éducation, la démocratie sociale, la lutte contre le sexisme, etc. ? Ou se moulera-t-il dans les normes dominantes, laissant périr l’espoir déjà entamé et quittant les rives de la gauche d’alternative ?

 

Nul ne le sait. Nous n’avons aucun intérêt à présager du pire par anticipation. S’il faut être lucide sur les difficultés qui vont être les siennes, notamment parce qu’il va devoir concrètement privatiser le port du Pirée ou baisser les pensions, il serait dramatique de dilapider plus encore tout espoir et de rejeter Tsipras dans les bras d’une gauche qui ne l’est plus.

 

La gauche radicale française a pris sa part dans la campagne électorale grecque. Sans doute imprudemment. Elle est en tout cas apparue divisée. Jean-Luc Mélenchon avec le Parti de gauche a soutenu avec vigueur Unité populaire, et a enthousiasmé les foules au stand de la fête de L’Humanité en invitant Yannis Varoufakis. Pierre Laurent avec le PCF a, de son côté, soutenu sans sourciller Alexis Tsipras. Une position unifiée se cherche. Elle doit éviter un double écueil : d’une part, celui du repli national et de la focalisation sur la sortie de la zone euro ; d’autre part, la continuité des slogans et de la stratégie, comme si l’expérience grecque n’invitait pas à muscler les discours et les propositions. La solution n’est pas institutionnelle, mais politique. Et elle suppose de savoir articuler un rapport de forces national et européen. La ligne de crête est étroite. Mais pour réussir, elle doit être tenue.

 

Notes :

[1Soirée de victoire douce-amère pour Syriza à Athènes

[2] Panayotis Lafazanis : « Unité populaire a allumé un feu souterrain »

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 08:33
Grèce : le stupéfiant aveu de la BCE

Le vice-président de la BCE a reconnu que la menace de Grexit n'avait "jamais été lancée pour de vrai". Un aveu étonnant qui jette une nouvelle lumière sur les événements de l'été dernier.

 

Sources :  LA TRIBUNE par Romaric Godin le 16/09/2015

C'est un aveu qui passera sans doute inaperçu, mais qui lève un voile sur la réalité brute de la stratégie des créanciers de la Grèce en juillet dernier. Dans une interview accordée à Reuters le 16 septembre, le vice-président de la BCE, Vitor Constâncio, affirme, sans sourciller, que la menace d'expulsion de la Grèce de la zone euro, le fameux « Grexit », « n'a jamais été lancée pour de vrai parce que ce ne serait pas légal. » Et le Portugais de regretter que, du coup, il est désormais nécessaire de « supprimer les doutes qui demeurent sur la viabilité du bloc monétaire. »

 

- La menace de Benoît Cœuré

Tout ceci n'était donc qu'une farce ? Rien de vrai ? Pourtant, la menace de Grexit a bel et bien été agitée, non seulement par Wolfgang Schäuble, mais aussi par la BCE. Mardi 30 juin, par exemple, trois jours après l'annonce par Alexis Tsipras de l'organisation d'un référendum sur les propositions des créanciers, Benoît Cœuré, membre du directoire de la BCE affirmait dans une interview accordée aux Echos que « la sortie de la Grèce de la zone euro, qui était un objet théorique, ne peut malheureusement plus être exclue. » Et il allait encore plus loin, en se projetant dans l'hypothèse d'un Grexit : « ce serait un défi pour l'Europe qu'elle devrait relever au plus vite, en renforçant sérieusement son cadre institutionnel. » Avec ces mots très forts, le Français laissait entendre que la BCE était préparée à faire face à cette option. Ces déclarations étaient lourdes de conséquences, car seule la BCE pouvait, en privant la Grèce de liquidités, contraindre Athènes à sortir de l'Union monétaire.

 

 

- Les déclarations du 3 juillet de Vitor Constâncio

Cette interview était donc une véritable menace sur le gouvernement, mais aussi sur le peuple grec qui s'apprêtait à se prononcer dans le référendum. Mais Vitor Constâncio affirme aujourd'hui que ce n'était pas « pour de vrai. » Pourtant, lui-même, quatre jours plus tard, le 3 juillet, déclarait que la BCE ne couperait pas le robinet de l'ELA, sauf s'il avait le soutien des dirigeants de la zone euro. Autrement dit, il mettait en place un processus d'exclusion de la zone euro : l'Eurogroupe estime qu'un pays n'est plus digne d'être membre de la zone euro et la BCE met la menace à exécution. Ceci n'était pas une parole en l'air. Dans la semaine qui a suivi le référendum, c'est ce qui a fait basculer le gouvernement grec.

 

 

- Menaces supplétives de la stratégie de Wolfgang Schäuble

En effet, le 11 juillet, lorsque Wolfgang Schäuble a présenté son plan d'exclusion « temporaire » de 5 ans de la Grèce, Alexis Tsipras a pu croire que c'était « pour de vrai », puisque Vitor Constâncio avait indiqué qu'un feu vert pour le Grexit de l'Eurogroupe entraînerait la BCE à réaliser ce Grexit. Il a donc pris peur et cru qu'en effet, la Grèce était au bord de l'exclusion. Il a alors accepté le 13 juillet le principe d'un troisième mémorandum qu'il a signé le 19 août. C'est dire si la BCE a parfaitement servi la stratégie de Wolfgang Schäuble qui, in fine, a permis le triomphe d'Angela Merkel. La chancelière a pu ainsi, comme son alliée François Hollande, se présenter comme « sauveur de l'euro. »

 

 

- La BCE avait un objectif politique

Ces déclarations de Vitor Constâncio mettent donc à jour le plan des créanciers : menacer de Grexit un gouvernement grec qui, il est vrai, était prompt à bien vouloir l'être, afin de remporter la victoire politique que les créanciers cherchaient depuis les élections du 25 janvier. Ces créanciers n'avaient, en réalité, aucunement l'intention de procéder à un Grexit qui les aurait tout autant fragilisés que la Grèce. Ils ont utilisé toute la force des institutions pour obtenir une victoire complète contre un gouvernement qui ne leur convenait pas afin de détruire la base politique de ce gouvernement.

 

 

- Une pierre dans le jardin d'Alexis Tsipras

Cette déclaration de Vitor Constâncio induit trois conséquences. La première concerne Alexis Tsipras. L'aveu du Portugais détruit le storytelling de l'ancien premier ministre grec selon lequel il «n'avait pas le choix » et que s'il refusait de signer l'accord du 13 juillet, la Grèce était exclue de la zone euro. En réalité, on peut désormais affirmer que si Alexis Tsipras n'avait pas cédé, que s'il avait introduit un projet de monnaie parallèle, la balance des peurs auraient changé de camp. Si les créanciers craignaient réellement le Grexit, il aurait alors pu espérer obtenir un compromis plus favorable, sur la base de ses propositions du 22 juin. Alexis Tsipras s'est donc bien trop empressé de croire un Wolfgang Schäuble qui n'avait pas les moyens de ses menaces. C'est une mauvaise nouvelle pour le leader de Syriza à quatre jours de l'élection de dimanche.

 

 

- La crédibilité de la BCE en question

Deuxième conséquence : la crédibilité de la BCE devrait être fortement atteinte par cet aveu. Voilà une banque centrale, une des trois ou quatre plus puissantes du monde, qui s'amuse à lancer des menaces sur l'avenir et la structure de sa propre monnaie « pour de faux » ! Son vice-président peut, sans rire, affirmer tranquillement qu'il a menti en pleine crise. Il y a là de quoi s'interroger sur la gestion de l'euro et sur l'indépendance de la BCE. L'institution de Francfort a donc bel et bien joué les supplétifs de la stratégie de Wolfgang Schäuble et de l'objectif politique des créanciers. Vitor Constâncio confirme que la BCE n'est pas une puissance indépendante dans la zone euro. Ceci permet sans doute mieux d'apprécier ses prises de décision. Si la menace du Grexit n'était pas pour de vrai, alors le mythe selon lequel les décisions de la BCE sur la liquidité d'urgence ou sur l'acceptation des bons grecs à son guichet était également une farce.

 

 

- L'irresponsabilité des dirigeants de la BCE

Troisième conséquence : une fois encore, donc, la BCE a pratiqué une forme de « chantage » sur un pouvoir démocratiquement élu d'un pays membre. Ce chantage devient presque un mode de gestion de l'euro. Il a déjà été pratiqué sur l'Irlande en 2010 et sur Chypre en 2013. Mais, ce qui est frappant, c'est qu'à chaque fois, les dirigeants de la BCE ne sont aucunement rendus responsables de ces actes. Aucune poursuite, aucune enquête sur ces méthodes n'est possible. On a même vu dans le cas irlandais avec Jean-Claude Trichet que, une fois le mandat des dirigeants achevé, ils n'ont pas davantage de comptes à rendre. L'indépendance de la BCE est à géométrie variable : elle est utile pour protéger les banquiers centraux, mais négligeable pour mettre au pas des gouvernements indisciplinés. Cette irresponsabilité est une faille démocratique désormais béante dans la construction de la zone euro, mais on voit bien que, dans les projets de réforme de la zone euro, il n'est pas question de revenir sur ce fonctionnement. Tant qu'il en sera ainsi, le désaveu populaire vis-à-vis de l'euro ne pourra que croître.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 09:08
On vote en Grèce : un troisième tour pour rien ?

Sources : Hebdo l'Anticapitaliste - NPA par A. Sartzekis SARTZEKIS Andreas Athènes le 17 septembre 2015

Les élections de ce dimanche 20 septembre se préparent dans une certaine indifférence (née des désillusions dues aux retournements de Syriza), mais aussi sur fond de recompositions diverses dont on ne peut deviner pour l’instant la suite...

 

Le paradoxe, c’est que l’on discute partout politique, et l’enjeu est bien de montrer que le vrai « réalisme », c’est d’aller à la rupture avec la logique des mémorandums sur la base du Non de juin, ce que bien peu de courants évoquent dans leur campagne électorale !

 

 

- Quel gouvernement dimanche soir ?

C’est pour les médias le leitmotiv du scrutin. Alors que la pression d’un vote anti-droite semble redonner un peu d’avance à Syriza dans les sondages, une campagne issue des milieux économiques, et peut-être des instances européennes, presse pour un gouvernement « œcuménique », comme la Grèce en a déjà connu... pour le plus grand malheur de la population. Du coup, la droite joue sur deux tableaux : un discours ouvert aux thèses racistes des nazis, et l’assurance qu’elle pourrait gouverner avec Syriza pour mieux faire appliquer le mémorandum !

 

La direction de Syriza proteste contre cette éventualité, mais elle voit qu’elle a peu de chances d’avoir la majorité absolue en sièges et qu’Anel, le parti de droite extrême avec qui Syriza a gouverné (d’où l’accord militaire avec Israël), est en chute. Elle évoque désormais la possibilité de gouverner avec le Pasok, complice et acteur de toutes les attaques anti-populaires depuis 2010 ! Ce recentrage assumé amène aussi certains cadres ex-Pasok à se rapprocher de Syriza sur une base ouvertement social-libérale, d’où l’insistance de courants un peu gauche restant dans Syriza (courant wx-AKOA) pour mener la bataille pour une majorité absolue à Syriza. Question : que feront ces militantEs et surtout les électeurEs qui voteront « à gauche » pour Syriza dans le cas quasi évident d’alliances avec le Pasok ou le encore plus libéral Potami ?

 

 

- À gauche, ça fluctue

Ces derniers jours, on est bien loin d’il y a un mois, quand les premiers sondages donnaient Unité populaire comme troisième force (autour de 8 %). Aujourd’hui, les sondages tournent autour de 3 %, le seuil pour entrer au Parlement. Lafazanis a beau mettre en cause les instituts au service des partis dominants (certes les sondages en Grèce sont peu fiables), la campagne montre clairement qu’il n’y a pas pour le moment d’élan populaire vers la scission de gauche de Syriza. Au delà du malaise vis-à-vis d’ex­-ministres Syriza ayant géré leur fauteuil, l’objectif fixé ne fait pas rêver : « que Unité populaire devienne une force post-électorale décisive pour lancer un grand combat populaire et patriotique qui nous amènera rapidement au pouvoir » (Lafazanis à Salonique) ! Il n’est pas certain que cet axe réponde aux valeurs internationalistes de certains courants au sein de Unité populaire... De plus, si celui-ci a finalement désigné le vétéran antinazi Manólis Glézos, tête de liste nationale, Glézos appelle à voter Unité populaire... ou KKE !...

 

À quelques jours du vote, il manque toujours un appel central pour l’unité dans les luttes qui ne manqueront pas de surgir contre le mémorandum, la dette, les nazis... C’est pourtant le véritable enjeu de ces élections !

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Alexis Tsipras: « Une victoire de Syriza pour changer la Grèce et l’Europe »

- Sous les apparences, ce que disent les résultats des élections grecques

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28 août 2015 5 28 /08 /août /2015 08:14
Le Parti de Gauche lance un appel : "Pour un sommet internationaliste du plan B"

Sources : le Parti de Gauche le 18/08/2015 par Eric Coquerel Co-coordinateur politique

- Le 3ème mémorandum imposé à la Grèce en échange d’un nouveau prêt de 86 milliards d’Euros a donc été adopté à la fois par le parlement Grec et par les pays de l’Eurogroupe.

Nous l’avons analysé dès sa sortie : il est pire que celui soumis au vote du référendum du 5 juillet. Il est même pire que les mémorandums précédents contre lesquels la victoire de Syriza s’était bâtie. Il va donc accroître l’austérité dans une Grèce sous perfusion, privée de tout moyen de relancer son activité économique. Impossible dans ces conditions d’éviter l’aggravation de la récession.

 

 

- Jusqu’au bout les responsables allemands auront menacé de ne pas valider l’accord.

Comme s’ils faisaient un cadeau mirifique à la Grèce. Pour justifier ce jeu de massacre, des responsables de l’Eurogroupe auront, la mine grave, expliqué que « les sommes prêtées sont conséquentes ». Que dire quand on sait que l’évasion fiscale coûte 1000 milliards d’euros aux peuples de l’UE sans émouvoir un instant ses mêmes instances dirigeantes ?

 

 

- Les sommes en jeu n’expliquent donc pas la rigidité de l’Eurogroupe vis à vis de la Grèce : il s’agit de questions politiques.

Il leur fallait punir et humilier le gouvernement de la gauche radicale en Grèce coupable de s’être opposé six mois durant à l’ordo-libéralisme et d’avoir indiqué la possibilité d’une nouvelle voie en Europe. Il fallait non seulement l’amener à la capitulation mais réclamer de lui qu’il fasse au moins mine de se soumettre à la logique politique de ses vainqueurs. D’où cette phrase dans l’accord reconnaissant dans la politique menée par Athènes les seules raisons de la situation du pays. Toute proportion gardée, les procès de Moscou ont eu recours à de pareilles méthodes…

 

 

- Il fallait aussi placer la Grèce en situation de rembourser les intérêts et les créances des financiers.

C’est d’ailleurs, une fois encore, à cela que servira la quasi-totalité des 86 milliards peut-être prêtés. Nous disons "peut-être" car comme le montre l’analyse de Romaric Godin dans un de ses excellents articles pour la Tribune, l’Eurogroupe peut à tout moment interrompre le goutte à goutte… (à lire ici)

 

 

- Derrière l’accord, il y aussi des promesses d’affaires juteuses.

L’obligation faite à la Grèce de privatiser plusieurs secteurs la contraint à brader (le couteau sous la gorge on ne vend jamais très cher) des pans entiers et rentables de son économie pour le bonheur de grands groupes et/ou puissances étrangères : électricité, eau, aéroports ou encore les ports du Pirée ou de Thessalonique,etc…. Les deux derniers exemples sont éclairants. Le tourisme dans les îles fait des 14 aéroports régionaux privatisés des opérations extrêmement rentables. On s’étonnera à peine que la mise ait été raflée par l’entreprise allemande Fraport pour seulement 1,2 milliard d’euros

 

Quant au port d’Athènes, il est le premier au monde en terme de trafic maritime (et le 10ème toutes catégories)… Derrière cet accord c’est donc un véritable dépeçage de la Grèce en cours : un colonisation de fait.

 

 

- Alexis Tsipras a du compter sur les voix de son opposition pour faire passer son plan au parlement, de plus en plus de députés de Syriza lui ayant fait défaut.

On aura compris pourquoi. Ce sont les mêmes raisons qui avaient poussé, le 13 juillet, le PG à demander aux parlementaires français de voter contre, bientôt suivi par les partis de l’autre gauche en France et la plupart en Europe. Le bilan, on l’a vu, est en effet catastrophique. Il l’est aussi d’un point de vue démocratique puisque l’accord voté revient sur le mandat du gouvernement Syriza. Pour le moment, Alexis Tsipras garde dans son pays encore un crédit certain. Il est en effet, justement, considéré comme un responsable politique honnête dans un milieu largement corrompu. La colère du peuple grec se tourne davantage vers les pays jugés les plus responsables de cette situation, l’Allemagne évidemment en tête. Cela ne durera sans doute pas quand les conséquences concrètes de ce 3ème mémorandum se feront sentir dans un pays déjà exsangue. La bonne nouvelle c’est qu’au sein de Syriza, le débat a lieu. L’heure de la résignation n’a pas sonné pour l’autre gauche grecque. On suivra donc attentivement son congrès en septembre. Et il serait étonnant que la magnifique résistance du peuple grec contre la Troïka tout au long de ces six mois se soit évaporée. Difficile d’en dire plus aujourd’hui, mais incontestablement la question grecque n’est pas derrière mais devant nous. L’irresponsabilité économique du 3ème mémorandum laisse de toutes façons le problème entier.

 

 

- Pour autant, nous ne ferons pas dans la langue de bois

Pour l’autre gauche européenne cette défaite est une rude nouvelle. Les avancées des uns sont en effet des points d’appui pour tous les partis de l’autre gauche en Europe. La superbe résistance du gouvernement Tsipras constituait un tremplin pour Podemos en Espagne dès les prochaines législatives et pour nous ensuite. Et ainsi de suite. Sa capitulation est donc une mauvaise nouvelle. Elle le sera encore plus si nous ne sommes pas capable d’en tirer des leçons et, donc, des propositions.

 

 

C’est pourquoi nous mettons aujourd’hui sur la table un

sommet du plan B.

 

 

 

 

  • Cette proposition part d’un constat : l’échec de Tsipras vient, justement, de l’absence de plan B.

En entrant dans les négociations sans plan crédible de sortie de l’Euro-Mark au cas où l’Eurogroupe n’accepterait aucun compromis, les négociateurs grecs se mettaient, malgré leur ténacité et le soutien toujours plus massif de leur peuple, en grande difficulté. Yanis Varoufakis l’a très bien expliqué depuis. L’échec de Tsipras, c’est celle d’une ligne qui espère réformer l’UE, même radicalement, en tablant in fine sur le bon vouloir des autres pays européens. Si on considère le rapport de force en défaveur de la Grèce (seulement 14ème pays de l’UE sur le plan économique, la Grèce compte en outre beaucoup sur les importations), Tsipras et ses négociateurs ont d’ailleurs plutôt bien joué cette phase en tablant au maximum sur les contradictions internes à l’UE et en recherchant l’appui de la France. En mobilisant aussi son peuple comme l’a montré le référendum.

  • Toute cette période a eu l’immense mérite de déciller les yeux à beaucoup sur l’intransigeance de Mme Merkel et des pays satellites de l’Allemagne.

Mais également sur la réalité de l’UE. Je devrais plutôt dire sa fiction. Il s’avère en effet que derrière la façade de l’UE, la géopolitique entre les puissances européennes reste prédominante. Et dans cette tectonique européenne c’est l’Allemagne qui impose ses vues. On ne construit en réalité pas l’UE mais une Europe allemande. Avant juillet, affirmer cette vérité vous valait d’être traité de germanophobe, aujourd’hui elle est monnaie courante. Or comprendre la situation à laquelle vous devez faire face est déjà la base pour espérer la transformer. Parler d’Europe allemande n’est pas pointer du doigt une nation tout entière mais l’ordo-libéralisme que promeuvent ses dirigeants au nom des intérêts de son électorat et plus précisément de ses possédants : celle d’un Euro fort et d’une politique monétariste propre à assurer la croissance allemande par une politique d’exportation agressive tout en rassurant ses rentiers. Et parce que les traités de l’UE sont conçus pour cette politique, on a la confirmation que rien ne sera possible dans le cadre actuel. On ne peut réformer, il faut agir pour casser ce carcan. C’est la condition même pour sortir les peuples européens de l’ornière austéritaire et relancer un projet coopératif entre eux.

  • En se privant de tout recours au plan B, confronté à un terrible blocus financier de son pays, Alexis Tsipras ne pouvait espérer même ébrécher le mur.

Mais force est de constater que le gouvernement grec a été bien seul dans ce qui reste à ce jour la première tentative d’un gouvernement européen de résister à l’Europe austéritaire. A l’inverse, face à lui l’oligarchie était, elle, bien unie. Alors que l’enjeu était grand pour les peuples d’Europe, nous n’avons jamais été plus de quelques milliers a manifester notre solidarité au cours de la période. Pire, nous n’avons pas été en capacité d’aider M. Tsipras sur le fond, sur les négociations, sur les solutions à trouver, sur la manière d’échafauder un plan B crédible aux yeux du peuple et dont les conséquences ne menacent pas d’être pires que la soumission. Le PGE aurait pu jouer ce rôle. Il n’a pas été en capacité de le faire, sans doute parce qu’envisager, ne serait-ce que comme moyen de pression, de sortir de l’Euro ne fait pas partie de ses scénarios dominants.

 

L’heure est venue pourtant de tourner la page.

 

 

 

 

Depuis plusieurs années le PG travaille sur un scénario « plan A/plan B » (à savoir : l’action d’un gouvernement mixant désobéissance/négociation avec les traités pour transformer radicalement l’UE - le plan A, avec celui de sortie de l’Euro en cas d’intransigeance en face - le plan B). Depuis les conclusions de notre forum de juin 2010 animé par Jacques Généreux (« gouverner face aux banques ») qui en traçaient déjà les perspectives sans le nommer, jusqu’à la plateforme de notre Congrès de juillet dernier précisant encore davantage ce que pourrait être ce scénario, en passant par les différentes déclarations de Jean-Luc Mélenchon et les travaux de notre commission économie animée par Guillaume Etiévant, le PG a largement contribué à le populariser.

 

 

- Aujourd’hui des responsables politiques européens l’évoquent clairement (tels Yanis Varoufakis ou Oskar Lafontaine).

Il faut donc travailler à le crédibiliser toujours plus. Mais on ne peut le faire chacun dans notre coin. Notre vision du plan B est internationaliste. Il ne s’agit pas de s’en tirer au mieux dans chacun de nos pays en comptant sur les marges de manœuvre plus ou moins fortes que sa puissance économique, son poids démographique lui donnent. Bien sûr, il est plus aisé de concevoir un plan B en France en sachant que le chantage qui a été exercé sur la Grèce serait moins efficace vis-à-vis de la 2ème puissance économique de l’UE. Mais à l’inverse, il sera beaucoup moins facile aux partisans de ce scénario que nous sommes d’accéder au pouvoir pour le réaliser si un à un nos partenaires de l’autre gauche en capacité de gouverner finissent par accepter les diktats de Bruxelles et Berlin. Voilà pourquoi, dès maintenant, en prévision de ce qui peut se passer en Espagne, en Irlande mais pourquoi pas de nouveau en Grèce selon l’évolution de la situation politique, il faut travailler concrètement tous ensemble à un plan B tenant compte des caractéristiques de chaque pays.

 

 

- C’est là notre proposition : un sommet internationaliste du plan B dès le dernier trimestre 2015.

Il réunirait toutes les forces de l’autre gauche de l’UE acceptant de travailler et de réfléchir concrètement à ce scénario, des personnalités, des économistes, des syndicalistes, des militants associatifs, altermondialistes.

 

  • Il pourrait évidemment voir associer des forces de pays non membres de l’UE mais voisins, y compris de l’autre côté de la Méditerranée, intéressés par cette internationalisme concret.
  • Il faut aller vite. Nous allons donc soumettre cette idée dans les jours à venir à des personnalités politiques de premier plan de nos différents pays afin qu’ils la fassent leur et appellent à ce sommet.
  • Ce qui vient de se passer en Grèce ne sera pas vain, et même utile, si nous sommes ainsi capables de réagir. Il est plus que temps de franchir un cap.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- Le débat pour un "Plan B" à la fête de l'Humanité 2015

Le 12 septembre à la Fête de l'Humanité, Stefano Fassina (député, ancien vice-ministre de l’Economie et des Finances en Italie), Oskar Lafontaine (ancien ministre des Finances en Allemagne, co-fondateur de Die Linke Allemagne), Yanis Varoufakis (député, ancien ministre des Finances en Grèce) et Jean-Luc Mélenchon organisaient un débat pour un plan B en Europe.

 

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20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 08:40
L’actuel projet européen dérive vers l’euro-dictature

Sources :  le blog de Patrick  Le  Hyaric, (directeur de L'Humanité, député européen) le 22/07/2015

- La démocratie naissait à Athènes quand Solon, l’un des sept sages de la Grèce, décida d’annuler les dettes des pauvres envers les riches

Il y a quelques jours, derrière les portes blindées de leurs salles climatisées, les mandataires européens de l’oligarchie ont fait tout le contraire ! Au nom d’une prétendue impérieuse nécessité de rembourser une dette dont le peuple n’est en rien responsable, ils ont encore plus serré le garrot qui étouffe la démocratie.

 

L’ « a-démocratie », le profond mal qui ronge chaque jour un peu plus l’actuel projet européen, dérive vers l’euro-dictature. Oh, certes, point de chars dans les rues, aucune troupe qui vous pourchasse. Tout est présenté comme légal à partir de traités européens écrits dans les antichambres de Bruxelles, recopiant des textes faxés de Berlin. Ils appellent cela le droit européen. Et quand il advient que ces textes sont rejetés par une majorité d’électeurs, soit on les oblige à revoter jusqu’à ce qu’ils disent « oui », soit, comme en France et aux Pays Bas, on ne prend même pas la peine d’y mettre les formes. On applique ce qui a été rejeté.

 

Les serviteurs des intérêts particuliers de l’oligarchie ont franchi dans la nuit du 13 au 14 juillet dernier un pas supplémentaire dans le piétinement de la démocratie et de la souveraineté populaire. Le gouvernement grec, issu d’une nouvelle majorité parlementaire démocratiquement élue, avec le double mandat de rester dans la zone euro et de mettre en œuvre une autre politique que celle qui, jusque-là, détruisait la Grèce et plaçait la population dans une insupportable crise humanitaire. Ce mandat a été bafoué, non pas par Alexis Tsipras, mais par les dirigeants européens qui ont exercé un odieux chantage à l’exclusion de la Grèce de la zone euro. Aucun chef d’Etat, quelle que soit sa sensibilité politique, ne s’y est opposé, dans la pure tradition du consensus droite-social-démocratie qui préside depuis l’origine à la construction européenne. Ce dictat était assorti d’une attaque financière sans précédent, d’une fermeture étanche des robinets du crédit par la Banque Centrale Européenne, d’une menace d’effondrement du système bancaire et de l’économie grecque, avec pour première conséquence, l’incapacité de verser les salaires des fonctionnaires et les pensions de retraites. Soumis à ce véritable « commandement à exécution » n’offrant comme seule perspective que le chaos, Alexis Tsipras a été contraint d’accepter une mise sous tutelle de son pays, accompagnée d’un catalogue de cruautés, et de vols ; des disciplines d’austérité pire que celles qui avaient conduit le pays au bord du gouffre. Contraint de les accepter mais pas de les approuver, les jugeant « mauvaises » car sachant pertinemment qu’elles ne pourraient que tout aggraver.

 

 

- Le mémorandum imposé avec cette violence inouïe fixe en effet des objectifs que les plus libéraux des économistes jugent inatteignables.

Même ceux qui l’ont rédigé n’attendent sans doute pas qu’ils le soient. Leur ambition essentielle est de dissuader les populations de tous les états européens de s’engager dans une autre voie que celle de l’austérité à perte de vue et d’un autre type de construction européenne. Avec la Grèce, c’est un exemple qu’ils veulent faire pour que, du nord au sud de l’Europe, les populations courbent l’échine. Pour y parvenir, peu importe de sacrifier la démocratie et les libertés individuelles et collectives. Peu importe de bafouer les principes de solidarité, de souveraineté populaire qui ont présidé à la création de l’Union européenne. Peu importe, pour eux, de leur substituer, dans les consciences, les venins de la xénophobie, du nationalisme, du racisme et de l’antisémitisme. En ce sens, ils jouent avec le pire, celui qui consiste à opposer la population de tel Etat à celles de ses voisins. Ce sont de dangereux aventuriers qu’Alexis Tsipras, Syriza et une majorité de grecs ont eu le courage d’affronter. Plus que jamais, nous leur devons reconnaissance et solidarité. Etant absolument opposé au mémorandum qui n’est qu’un mandat de colonisation du pays par les institutions européennes, je me garderai bien de leur donner des leçons en « changements progressistes ». Je laisserai aux grecs eux-mêmes, à mes amis de Syriza le soin de trouver, avec leur population, les meilleures voies possibles pour continuer à avancer. Il convient toujours de se méfier des leçons que nous pourrions donner d’ici, loin de l’inconfort absolu des feux de l’action et des lourdes chenilles des pressions politiques et économiques. Au vrai, avons-nous nous-mêmes fait tout ce qu’il fallait depuis le 25 janvier dernier pour contribuer à créer un mouvement donnant de la force au gouvernement Syriza ? Les mêmes institutions européennes contaminées par la doxa ultralibérale de la grande coalition allemande attendent que nous brulions A. Tsipras et ce qu’il incarne sur le bûcher qu’elles ont elles-mêmes érigé. Ne leur faisons pas ce cadeau qui ouvrirait encore plus grandes les portes aux extrêmes- droites européennes. Pour l’heure, nous devrions concentrer beaucoup d’efforts à la solidarité concrète avec le peuple Grec en agissant pour que la Banque Centrale Européenne alimente le réseau bancaire hellène sans condition, réclamer les fonds européens nécessaires permettant à la Grèce de faire face à ses obligations pour le premier accueil des migrants en Europe, le déblocage des fonds structurels européens qui lui est dû, amplifier la bataille qui prend désormais une nouvelle ampleur pour une restructuration de l’insoutenable dette, aider à la création d’un vrai fonds pour le développement et l’investissement productif ouvrant la voie au recul du chômage et de la misère ; organiser la solidarité active pour la démocratie et le respect de la souveraineté populaire.

 

 

- Mais notre solidarité doit aussi prendre la forme d’un travail profond et persévérant, indispensable pour répondre aux lourdes questions qui se posent aux partis et mouvements progressistes de toute l’Europe !

En effet, non seulement la crise de l’actuelle construction européenne atteint son paroxysme, mais l’idée même de construire un projet commun européen est désormais sérieusement atteinte. Ceci alors que, plus que jamais l’unité des nations et des peuples, leurs interventions, sont indispensables pour faire face aux puissants et inquiétants défis communs de l’époque. Qu’il s’agisse des tourmentes mondiales de la finance, du surarmement et des guerres, qu’il s’agisse des migrations forcées par la misère, les guerres et le terrorisme, des défis de l’environnement et du climat, ou de créer les conditions de la transformation des institutions internationales et des enjeux de progrès humains.

 

 

- Les dirigeants européens, installés sous la coupe de la coalition allemande, n’ont que faire de ces défis.

Pire, puisqu’en stimulant les antagonismes entre les différents peuples, ils ne font qu’alimenter ce qui pourrait les pousser à s’affronter, pas seulement au plan économique. La Grèce sert ainsi de laboratoire. Cela concerne chaque famille, chaque citoyen vivant en Europe qu’il soit grec ou irlandais, portugais ou italien, français, allemand, danois ou slovaque. Il s’agit, pour les partisans de cette Union européenne, conçue pour faire vivre le capitalisme à son stade actuel, de savoir jusqu’où les populations pourraient accepter la destruction des droits sociaux, économiques, démocratiques, leur culture et de leur environnement. Le grand capital allemand, celui de « la grande Allemagne », a déjà mis sous protectorat les pays les plus proches, ceux issus de l’effondrement soviétique. Il est en contradiction et en compétition avec d’autres sphères de capitaux nationaux français ou italiens ou encore de pays accueillant des mastodontes nord-américains exonérés de fiscalité. Quant aux populations des différentes nations – à ne jamais confondre avec les oligarques qui mènent la danse -, elles sont considérées comme des variables d’ajustement de cette guerre économique.

 

La preuve en a été cyniquement administrée avec cette tentative de créer un prétendu fonds destiné à recueillir 50 milliards d’actifs issus de la vente de biens publics grecs, que M. Schäuble voulait installer au Luxembourg, précisément dans la structure financière dont il est lui-même le président et qui a déjà servi à la privatisation des biens public de la RDA ! Son rapatriement en Grèce, sous contrôle des institutions européennes, n’empêchera pas le pillage organisé des biens du pays, objectif pour lequel il a été créé.

 

 

- Ces derniers événements européens posent avec une acuité nouvelle et dans des conditions inédites la question d’une transformation radicale de la construction européenne.

Il s'agit d'aller vers une union de nations et de peuples solidaires et associés. Les puissances financières ne l’ignorent pas et réclament, à la faveur de cette crise, une intégration capitaliste encore plus poussée, avec de nouveaux reculs de la démocratie. Les forces progressistes européennes, par leurs capacités d’innovation et de rassemblement, sauront-elles se hisser à la hauteur de cette offensive de très grande ampleur et des évolutions qu’elle provoque dans les opinions publiques des différents Etats ? Tel pourrait bien être l’enjeu majeur de la période historique qui s’ouvre. Il reste beaucoup à faire pour pouvoir l’affronter avec des chances de succès. En avoir conscience et y travailler jusqu’à se doter des outils nécessaires, en terme de projet et de propositions, de démarche et d’actes politiques à l’échelle du continent, permettrait de reprendre l’initiative pour une Europe solidaire du travail, de la création et de l’émancipation humaine.

 

Il y va aussi de la crédibilité d’une autre politique pour sortir de l’austérité perpétuelle et, plus fondamentalement, d’une politique de transformation sociale et écologique. Questions essentielles posées à tout militant progressistes de bonne foi. Constater le tournant historique à l’œuvre nous oblige à vérifier sérieusement si nos propositions, nos stratégies sont opérantes, c’est-à-dire susceptibles de créer un mouvement majoritaire tel qu’il puisse faire plier les tenants de l’Europe de l’argent et des marchands. La violence de l’affrontement politique et social contre le monde du travail et de la création, contre tout choix émis souverainement par les électrices et électeurs de telle ou telle nation, appelle à poser, hors de tous les dogmes, avec patience, courage et détermination, les questions des niveaux et de la qualité du rapport de force social, politique, idéologique, culturel à créer dans chaque pays et, indissociablement, à l’échelle du continent. Et nous avons à le faire en créant les conditions des rassemblements les plus larges, les plus conscients face à une infime minorité de privilégiés qui aujourd’hui dicte sa loi à l’immense majorité. Tout doit être fait pour éviter la division des peuples et la mise en concurrence des travailleurs. La transformation-refondation de l’Europe ne viendra pas de l’addition de petits changements. Elle devra être partie intégrante d’un mouvement politique d’ampleur européenne dans lequel ce qui se passe à Paris ou à Madrid nourrit et s’enrichit de ce qui bouge à Rome, à Londres ou à Berlin. Comment s’y prendre pour le préparer sinon par un travail profond sur nous même, mêlant débats, rencontres, confrontations, associant les forces sociales, politiques et écologiques pour des élaborations inédites, avec l’objectif qu’elles puissent devenir des forces matérielles susceptibles de changer la donne. Les forces anti-austérité et celles qui souhaitent une autre construction européenne doivent se rencontrer et se souder face à l’offensive des tenants de l’austérité, du chômage et du recul de la démocratie, pour inventer ce chemin nouveau de la transformation structurelle de nos sociétés et de l’Europe. Il devient urgent que ce débat s’ouvre et que cet important travail commence.

 

 

- C’est une grande responsabilité des mouvements progressistes et transformateurs dans notre pays.

La France, trait d’union entre l’Europe du nord et du sud, deuxième puissance européenne, a un rôle majeur à jouer pour contrer les objectifs néocoloniaux et austéritaires de l’oligarchie européenne, dans une situation devenue très dangereuse. Les nationalismes et les droites extrémistes sont désormais en embuscade. Des tensions nouvelles apparaissent. Les contradictions à l’œuvre menacent du pire. Comment faire que leur résolution apporte le meilleur pour tous ? Sûrement pas en acceptant aujourd’hui le sacrifice, sur l’autel de la rapacité des banques et des dettes, des sociétés grecque, irlandaise, italienne, portugaise ou espagnole, la nôtre demain et allemande, après-demain. L’un des enjeux du combat immédiat est d’agir pour obtenir une conférence européenne sur l’allègement des dettes et que les mille milliards de création monétaire de la Banque Centrale Européenne servent a alléger les souffrances des peuples et mettre en œuvre un plan audacieux d’investissement créateur d’emploi, et de formation adapté aux nécessités de la transition environnementale.

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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 13:15
Grèce, pourquoi la "capitulation" de Tsipras par Eric Toussaint

Mis à jour le 2 septembre 2015

Eric Toussaint[1] président du comité d'annulation de la dette donne une conférence à Lasalle ( Gard) sur la situation en Grèce . Il explique à partir de son expérience personnelle auprès du gouvernement Tsipras pourquoi, selon lui, celui-ci a capitulé devant le diktat de la troïka.

 

- Grèce : pourquoi la capitulation ? Une autre voie est possible

Version texte de la vidéo ci dessus.... ICI

Éric Toussaint analyse de manière critique l’attitude de Syriza en ce qui concerne la dette depuis 2010, pour expliquer comment le gouvernement grec en est venu à signer l’accord funeste du 13 juillet 2015. Une des explications fondamentales est la non prise en compte de l’audit de la dette qui aurait pourtant permis, en suspendant son paiement, de ne pas se soumettre aux diktats des créanciers. Éric Toussaint présente un plan B portant sur la dette, les banques, l’austérité, la monnaie et la fiscalité.

 

Note

[1] Éric Toussaint...... Depuis avril 2015, Éric Toussaint est le coordinateur scientifique de la Commission pour la Vérité sur la Dette grecque. Cette commission a été créée par la présidente du parlement grec.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Synthèse du rapport de la Commission pour la vérité sur la dette grecque

- Une alternative est possible au plan négocié entre Alexis Tsipras et les créanciers à Bruxelles

- L'alternative à l'austérité

- La trahison de Tsipras ?

- Tsipras ne capitule pas il poursuit sa strategie

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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 08:04
Ces trois leçons qui nous viennent de Grèce

Il est des moments où une célèbre remarque de Jaurès prend une singulière résonance. « Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques », avait-il, un jour de 1903, dans son Discours à la jeunesse, cru bon de rappeler à ses camarades du mouvement socialiste émergent. Chercher la vérité et la dire, c’est assurément, aujourd’hui, prendre la mesure du fait que les derniers développements ayant placé la Grèce sous le feu des projecteurs représentent un tournant de situation.

 

Source : le blog de Christian Picquet membre de la Gauche Unitaire et du Front de Gauche

Un tournant, hélas, qui n’oriente pas le Vieux Continent vers des développements similaires à Mai 68, contrairement à ce que vient de dire l’ultraconservateur Monsieur Tusk, le président du Conseil européen, dans les colonnes du Monde daté du 18 juillet, pour s’effrayer d’une prétendue menace de « révolution » qu’engendrerait la « mélodie anti-européenne » dans laquelle communieraient l’extrême droite et la gauche radicale, « contre la façon traditionnelle de voir l’Europe, la monnaie commune, le libéralisme et le marché commun ». Voici presque un demi-siècle, la montée en puissance, un peu partout, des luttes du salariat et de la jeunesse, avait en effet mis les classes dirigeantes sur la défensive pour de longues années. Cinquante ans plus tard, c’est dos au mur que se battent les mouvements sociaux, c’est dans une ambiance de déroute idéologique que pataugent tous les courants de la gauche et c’est, par conséquent, dans un état de total isolement international qu’une formation comme Syriza aura pu parvenir aux responsabilités dans son pays.

 

Après l’intervention d’Alexis Tsipras sur la chaîne nationale de télévision ERT, au cours de laquelle il aura expliqué à son peuple dans quelles conditions terribles il aura dû consentir à le signer, nul ne peut désormais ignorer que l’accord du 13 juillet à Bruxelles restera, dans les annales, comme l’exemple d’une négociation où l’on aura mis le couteau sous la gorge du principal intéressé. Fallait-il donc vraiment que François Hollande, à l’occasion de sa traditionnelle interview du 14 Juillet, travestisse la réalité au point de parler d’un résultat positif pour l’Europe, la France et la Grèce ? La réalité, reconnue par tous les économistes un tant soit peu sérieux (autant, d’ailleurs, que par Madame Merkel elle-même lorsqu’il lui aura fallu vaincre les réticences de sa majorité au Bundestag), est que les conditions imposées au Premier ministre grec vont un peu plus enfoncer ce pays dans la récession, la spoliation de ses richesses, l’appauvrissement de sa population, l’humiliation nationale.

 

Ainsi aura-t-on, sous la pression des dirigeants allemands, exigé de la Grèce une élévation invraisemblable de la pression fiscale sur la population et de nouvelles coupes drastiques dans les dépenses publiques au nom d’un excédent primaire à faire croître de manière ininterrompue jusqu’en 2018, sans même chercher à donner le change par des mesures (fussent-elles aussi formelles qu’à l’accoutumée) portant sur les investissements dont l’économie aurait un impératif besoin pour sortir d’une stagnation qui ne cesse de s’aggraver. Ainsi aura-t-on enfermé les Grecs dans une situation d’impasse financière chronique, dès lors qu’une austérité terriblement renforcée, en rétractant l’activité, conduira inévitablement à la baisse des rentrées fiscales (quoique, dans le même temps, on veuille accroître l’imposition indirecte des citoyens par l’entremise de la forte hausse des taux de TVA), avec pour inévitable conséquence d’alourdir le poids de la dette en proportion d’une richesse nationale qui ira en diminuant. Ainsi aura-t-on surtout, pour la première fois depuis que la construction européenne vit le jour, traité un pays théoriquement partenaire à la manière d’une colonie dépossédée de ses droits inaliénables, ce qui ressort de cet incroyable paragraphe du texte du 13 juillet stipulant que « le gouvernement (grec) doit consulter les institutions (autrement dit l’ex-« Troïka », en pratique reconstituée) et convenir avec elles de tout projet législatif dans les domaines concernés dans un délai approprié avant de le soumettre à la consultation publique ou au Parlement ». Certains économistes ont, à juste titre, relevé que la logique économique présidant au diktat du sommet de Bruxelles ressemblait tragiquement aux politiques restrictives et déflationnistes mises en œuvre sur notre continent dans les années 1930, avec l’aboutissement sanglant que l’on sait. Sur un plan plus directement politique, on pourrait ajouter que l’on vient, en s’affranchissant cyniquement de la lettre des traités, d’implanter à Athènes une véritable Kommandantur économique et sociale, dont l’une des missions sera d’obtenir l’abrogation des lois votées depuis le 25 janvier dernier.

 

J’entends déjà nos éminences ministérielles s’offusquer de pareilles assertions et nous expliquer qu’il ne pouvait sortir un meilleur résultat de la rencontre des chefs d’État et de gouvernement. Que l’on me permette de les renvoyer au propos d’un expert dont les travaux auront longtemps accompagné la dérive libérale de la social-démocratie européenne. Je veux parler de Daniel Cohen, lequel vient de s’exprimer en termes particulièrement sévères dans les colonnes du Monde des 19 et 20 juillet : « Il s’agit d’un accord totalement inédit dans le degré de mise sous tutelle d’un État, du jamais vu depuis la fin des empires coloniaux ! Je suis frappé par les conditions qui y sont attachées, notamment les dispositions qui privent de facto le Parlement grec de tout pouvoir de décision dans les mois à venir. Le système de coupes automatiques en cas de dérapage des objectifs budgétaires ne laisse aucune marge de manœuvre. Il s’agit quasiment d’un accord punitif, qui oublie les efforts déjà réalisés par le pays : la Grèce est passée de 15% à 3% de déficit depuis 2009. (…) La trajectoire censée amener le pays à un excédent primaire (hors charge de la dette) de 3,5% d’ici à 2018 est plus favorable que celle du Mémorandum signé par le précédent gouvernement grec, à l’automne 2014. Ce dernier prévoyait 3% cette année et 4,5% dès 2016, des niveaux qu’il aurait été illusoire d’espérer atteindre sans fracasser l’économie grecque. Le problème, ce sont les mesures imposées aujourd’hui à la Grèce pour atteindre ces objectifs. Une chose aurait été de laisser la croissance générer des recettes supplémentaires, jusqu’à atteindre 3,5% d’excédent. Mais c’en est une autre de mettre en place des coupes budgétaires pour atteindre ces objectifs, au risque de recréer le cercle vicieux austérité-récession-austérité. La Grèce doit retrouver sa compétitivité et un modèle économique. Mais on ne va pas faire jaillir de terre l’industrie grecque dans les deux ans. En revanche, dans ce laps de temps, le risque est réel que les mesures budgétaires cassent la reprise. Et je ne parle même pas de la saison touristique grecque – un secteur majeur – que l’on est en train de gâcher : les touristes annulent leurs séjours, car il n’y a plus de liquidités et de médicaments dans le pays. »

 

Au regard de ce bilan, il faut bien conclure que ce 13 juillet ne saurait être simplement considéré comme l’un de ces sommets calamiteux rythmant, à intervalles réguliers, les soubresauts de l’unification capitaliste de l’Europe. Il aura enregistré des tendances lourdes qui se manifestaient depuis un certain temps déjà et traduit l’ouverture d’un nouveau moment politique aux enjeux majeurs, non seulement pour l’Europe et les gauches continentales, mais très probablement pour toute la planète. Trois leçons méritent, à cet égard, d’en être tirées : sur la réalité des rapports de force auxquels nous nous voyons confrontés ; sur la crise qui s’annonce pour l’Euroland et, au-delà, pour toute l’Union européenne ; sur les responsabilités qui incombent aux forces qui refusent de se laisser emporter, pour ne pas dire disloquer, par des événements d’une portée incontestablement historique.

 

 

- Une victoire… dans un rapport de force dégradé

Comment en est-on arrivé là ? C’est, très légitimement, l’interrogation qui surgit, à gauche, très au-delà des secteurs anti-austérité. On s’aperçoit alors que, trop heureux que la chaîne de la soumission des peuples au dogme austéritaire se fût rompue en son maillon faible, beaucoup s’étaient arrangés avec la réalité. Alexis Tsipras et nos camarades de Syriza ne l’ont pas emporté, le 25 janvier dernier, sous l’effet d’une poussée révolutionnaire, ni même en s’appuyant sur un processus de forte auto-organisation populaire qui leur eût permis de se préparer dans de bien meilleures conditions à l’affrontement d’immense ampleur dont ils allaient devoir assumer le choc. C’est à la tête d’une nation exsangue, contraints dans l’extrême urgence à gérer les problèmes posés par des infrastructures bradées et des richesses pillées par le remboursement de créanciers agissant en parfaits usuriers, n’ayant pour eux que le soutien d’un peuple épuisé par des années de résistance acharnée aux plans de la « Troïka », se retrouvant dans une solitude absolue face à dix-huit gouvernements peu disposés à soutenir leurs revendications (même si, parfois, d’aucuns auront manifesté leur intérêt à un changement des règles au sein de la zone euro), qu’il leur aura fallu entrer dans une négociation d’une âpreté inouïe.

 

Alexis n’a pas trahi son peuple et ses engagements le 13 juillet. Simplement, il ne disposait pas des moyens de l’épreuve qu’il lui fallait relever. Les « Économistes atterrés » pointent fort justement l’énorme déséquilibre des forces en présence : « Certes, la Grèce avait atteint en 2014 l’équilibre budgétaire primaire, de sorte qu’elle n’avait plus besoin d’augmenter son endettement. Mais elle doit trouver, mois après mois, les fonds nécessaires pour payer les intérêts et faire tourner sa dette (emprunter pour rembourser les emprunts venant à échéance). Cela, qui ne pose pas problème pour un pays en temps ordinaire, donne un pouvoir de contrôle continuel aux créanciers. Syriza (et, en particulier, le ministre des finances Yanis Varoufakis) pensait que l’échec des politiques austérité/réformes libérales était si patent qu’il trouverait des alliés en Espagne, en Italie, au Portugal, en France, dans les partis de gauche et dans les forces syndicales. Mais pour les classes dominantes, pour les technocraties européennes et nationales, pour l’Allemagne, ces politiques sont une composante obligée de la monnaie unique, de sorte qu’elles ont tout fait, et feront toujours tout, pour empêcher leur remise en cause. Elles ne sont pas négociables. Un pays qui les refuse doit quitter la zone euro. Un déluge de propagande s’est abattu sur les peuples européens, s’appuyant sur les errements des classes dirigeantes grecques d’avant 2010, pour leur faire croire qu’ils avaient payé et devraient payer pour la Grèce, comme si la cause de la crise de 2008 était la Grèce et non l’avidité de marchés financiers, comme si la cause des hausses d’impôts et des baisses des dépenses publiques et sociales depuis 2010, c’était la Grèce et non les politiques d’austérité. »

 

Nos amis ont-ils, à cet égard, mal apprécié le contexte européen ? Peut-être. Reconnaissons cependant que nous ne les avons guère aidés à définir la bonne stratégie, celle qui eût peut-être réussi à desserrer l’étau. J’admire ceux qui, maintenant qu’une partie décisive a été livrée, depuis leurs confortables bureaux situés à quelques milliers de kilomètres, leur reprochent de n’avoir pas quitté la zone euro à partir du moment où ils ne pouvaient faire autrement, en y demeurant, que d’accepter les termes du diktat imaginé par Madame Merkel et Monsieur Schäuble. Techniquement, il était évidemment envisageable d’émettre immédiatement des lettres de créance (les fameux IOU, dans la langue des technocrates) et de nationaliser des banques au bord de l’effondrement faute d’avoir reçu les liquidités de la Banque centrale européenne, préparant ce faisant le rétablissement de la drachme. Politiquement, il existait d’incontestables arguments pour s’inspirer de l’exemple argentin, lorsque le pouvoir de Nestor Kirchner, en 2001, avait fait le choix d’assumer un défaut de paiement de ses créances envers le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, ce qui avait par la suite favorisé une relance de l’économie par l’investissement et l’encouragement à la consommation intérieure. Sauf que le potentiel de la Grèce n’est nullement assimilable à celui de l’Argentine et qu’il n’est nullement certain que le pays ait pu, sans dégâts colossaux et sans un chaos difficilement maîtrisable, dans le contexte d’étranglement qu’il subissait, essuyer le choc d’un effacement unilatéral de sa dette et d’une sortie de la monnaie unique.

 

Telle est la première leçon de cet été bien sombre : l’illusion aura fait long feu d’un déferlement citoyen qui n’aurait attendu que la première occasion de s’engouffrer dans la brèche ouverte par les Grecs pour bouleverser la donne sur le continent. Chacun doit désormais se rendre à l’évidence : les classes dirigeantes seront parvenues à surmonter la tourmente financière née de la crise des subprimes et, surtout, elles auront réussi à résister aux contestations populaires qui s’en étaient suivies. On me dira que le modèle néolibéral ayant réorganisé le globe ces dernières décennies ne s’en révèle pas moins à bout de souffle. C’est parfaitement exact. À ceci près que, du fait des échecs essuyés par toutes les mobilisations sociales du nord au sud de l’Europe, cet épuisement d’un système prend principalement la forme de convulsions sans fin et de soubresauts à répétitions.

 

 

- L’euro et la construction européenne désormais menacés

Précisément, ce dont attestent les dernières semaines, c’est que le maintien d’Athènes dans le club des pays régis par une monnaie unique ne règle rien. Ni pour la Grèce, c’est l’évidence, ni pour l’Europe ! Et encore moins pour l’euro… Prenons, à cet égard, l’exacte mesure des fractures qui viennent d’apparaître spectaculairement sur l’édifice européen.

 

D’abord, la Grèce n’en est pas le seul « malade ». Dès lors que les orientations restrictives conduites un peu partout compriment l’activité et engendrent tendances récessives autant que menaces déflationnistes, dans le même temps qu’elles creusent les déficits, d’autres pays vont devoir braver l’insoutenabilité de la dette et de la discipline budgétaire sans fin. Très vite, dès les semaines à venir ou dans les tout prochains mois, la « question grecque » se trouvera de nouveau au menu des tractations bruxelloises. Plus, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, l’Islande, voire la France, peuvent parfaitement se retrouver demain aux prises avec les mécanismes diaboliques codifiés par le Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance de l’Eurozone. L’accord qu’Alexis aura été contraint d’avaliser, bien malgré lui, sera alors forcément considéré, par la droite conservatrice allemande et les eurocrates partageant sa vision du monde, comme faisant jurisprudence. C’est, par conséquent, au choix capital de l’explosion de l’espace monétaire européen du fait d’injonctions devenues à la longue insupportables par une série de pays ou de la vassalisation engendrée par la politique voulue par sa puissance dominante que l’Union européenne se verra confrontée.

 

Ce qui, dans la foulée, amène à considérer que la conception et les critères sur lesquels on aura voulu fonder la monnaie unique sont devenus parfaitement intenables. Le cas d’école grec démontre que l’euro est indissociablement associé à l’austérité, et qu’il s’avère ipso facto interdit à l’une des nations qui en ont fait leur devise de s’extraire de ce carcan. Or, comme c’est au cycle infernal décrit par Daniel Cohen, austérité-récession-austérité, qu’amène cette approche, la feuille de route du 13 juillet crée d’elle-même les conditions d’une implosion de toute l’architecture imaginée dès le Traité de Maastricht en 1992, avec une monnaie à taux fixe et identique pour tous les pays qui y adhèrent, un taux d’inflation s’appliquant uniformément à des économies très différentes dans leurs structures, une Banque centrale rendue indépendante des États et des politiques de démolition sociale décrétées immuables quels que soient les conjonctures et les votes des peuples.

 

Enfin, en encourageant des trajectoires de plus en plus éloignées entre pays de la même zone monétaire, et en laissant libre cours aux volontés hégémoniques de la puissance qui aura tiré les principaux bénéfices de cet ordolibéralisme aberrant, en l’occurrence l’Allemagne, ce sont les pires égoïsmes nationaux que l’on aura réveillé en Europe. La manière dont Angela Merkel aura clivé le débat européen, entre ceux qui refuseraient « de payer plus longtemps pour la Grèce » (camp dans lequel elle aura enrôlé les pays de sa sphère d’influence) et les autres (ceux d’Europe du Sud, volontiers taxés de « laxisme »), donnent une sérieuse indication de ce que seront, dans un proche avenir, les affrontements sur le continent. Non seulement, Berlin (sans que cela ne fût, d’ailleurs, l’apanage de la seule CDU-CSU, certains sociaux-démocrates ayant repris la même rengaine) n’aura pas songé un instant à dissimuler que son recul sur l’exclusion de la Grèce de l’Euroland n’était que provisoire et qu’elle remettrait cette exigence sur la table au cas (éminemment probable, on l’a vu) où Athènes serait amenée à solliciter de nouvelles aides pour faire face à un endettement insupportable, mais tout laisse dorénavant penser que ses dirigeants se préparent à la disparition de la monnaie unique, considérant probablement qu’ils en ont retiré tous les dividendes envisageables.

 

C’est la raison pour laquelle les dissertations un tantinet laborieuses du président de la République sur la nécessité d’un « gouvernement économique » et d’un « Parlement » de la zone euro, couplés à la proposition d’un budget commun aux États impliqués, ont quelque chose de proprement ubuesque. À supposer que ces préconisations, qui furent celles de Jacques Delors lorsqu’il présidait aux destinées de la Commission européenne, aient un jour pu posséder une pertinence, ce que je ne crois pas pour ma part, comment imaginer qu’elles puissent aujourd’hui voir le jour alors que l’on a délibérément accru l’endettement d’un certain nombre de pays en les contraignant à une rigueur sans fin, que l’on vient de miner le principe de solidarité entre nations en dépeçant l’une d’entre elles, que l’on aura réduit à néant l’idée de démocratie en privant un peuple de sa souveraineté sur les choix qui engagent son avenir.

 

D’évidence, redonner du souffle à l’idée européenne suppose, en tout premier lieu, de remettre en cause le TSCG et d’engager l’épreuve de force incontournable sur les fondements de l’euro. Depuis 2012, François Hollande s’y sera refusé, alors que la France est la seule à pouvoir prendre la tête de cette bataille avec les autorités d’outre-Rhin, en rassemblant derrière elle les pays qui ont un intérêt concordant à s’affranchir de la doxa austéritaire. Elle aura d’ailleurs, en faisant échouer le « Grexit » auquel une majorité du sommet de Bruxelles semblait favorable, démontré qu’elle disposait de réelles marges pour impulser une bifurcation européenne et modifié le rapport des forces sur le continent. Son premier magistrat aura toutefois préféré composer, in fine, avec la chancelière allemande en laissant celle-ci tordre le bras d’Alexis Tsipras.

 

 

- Il est temps que chacun assume sa part de responsabilité

Les cinq mois ayant suivi le scrutin du 25 janvier et qui se sont achevés en cette mi-juillet dans la capitale belge appellent un sérieux retour critique de la part des différentes familles de la gauche. Dans l’aire de la majorité gouvernante, cela va sans dire, puisque l’on y aura préféré renoncer à toute initiative plutôt que de prendre le risque de gêner la liberté présidentielle. Autant que du côté des courants anti-austérité, lesquels auront surtout vu, dans le souffle d’air frais venu des rivages helléniques, l’occasion de renouveler leur argumentation face au Parti socialiste, négligeant du même coup la réflexion qui eût été si nécessaire sur la stratégie à déployer pour apporter à nos frères et sœurs de là-bas une aide à la hauteur de leurs attentes. Parlons sans détours : en appeler sur tous les tons à un « Syriza à la française », ou encore s’exalter sur la « révolution citoyenne » censée être partie de Grèce, avaient certainement de quoi nourrir de belles démonstrations rhétoriques, elles ne correspondaient en rien à la réalité et éloignaient leurs auteurs du devoir de réunir le front le plus large en soutien aux demandes du peuple grec et de ses nouveaux dirigeants.

 

Ne nous trompons pas, à présent, sur les conséquences de l’échec essuyé par Syriza. Le découragement va s’en trouver renforcé chez celles et ceux qui avaient vu dans sa victoire électorale un motif d’espérer de nouveau. Les tendances à la résignation devant un ordre apparaissant inébranlable, autant que les recherches du « moindre mal » pour éviter d’avoir à subir la brutalité libérale incarnée par Madame Merkel, vont simultanément se faire plus fortes. Inévitablement, le doute va un peu plus s’installer dans les consciences sur la possibilité de faire émerger une alternative progressiste à vocation majoritaire, on le voit déjà dans le reflux des intentions de vote pour Podemos en Espagne.

 

Pour ces raisons, ce n’est certainement pas le moment de se réfugier derrière des explications commodes sur l’issue de la réunion de l’Eurogroupe. L’extrême gauche excelle dans cet exercice consistant à dénoncer la trahison de quiconque n’adhère pas à ses professions de foi révolutionnaristes, et elle a déjà commencé accuser la majorité désignée par les électeurs grecs de « collaboration de classe ». Il ne faudrait pas, à présent, que d’autres se mêlent à leur tour des dissensions internes à Syriza en se cherchant des « correspondants » plus à gauche qu’Alexis Tsipras. L’éclatement du principal parti de la gauche hellène laisserait tout un peuple orphelin de représentation politique, en un moment où le désespoir peut nourrir toutes les aventures. Il ne pourrait, en outre, que conforter le coup de force rampant, en gestation depuis des semaines, pour faire chuter l’actuel gouvernement et le remplacer, au choix, par une coalition d’union nationale voire… par cette équipe de « techniciens » à laquelle le président du Parlement européen, Martin Schulz, avait cru bon de faire allusion avant que le résultat du référendum du 5 juillet ne vînt doucher ses espérances.

 

La « question grecque » étant appelée à s’inviter de nouveau dans le débat public des semaines à venir, il importe de s’atteler sans délai à la construction du mouvement le plus unitaire possible en défense de la Grèce martyrisée. C’est manifestement possible, bien au-delà du Front de gauche et des écologistes, si l’on veut bien relever qu’au sein du Parti socialiste, jusqu’à son plus haut niveau, des voix se sont faites entendre pour dénoncer le sort réservé à une population à bout de sacrifices et de mortifications, et que dans le syndicalisme commence à s’exprimer un soutien qui n’avait que trop tardé. Voilà le vœu que je voudrais former, au beau milieu de cet été caniculaire : que les divergences fussent profondes à gauche sur la gestion des affaires par l’exécutif ne saurait empêcher de se rassembler pour sauver la Grèce, donc sauver l’idée d’une Europe solidaire, en commençant par faire monter la double exigence d’une conférence sur la restructuration des dettes souveraines et du renoncement à des politiques d’austérité par trop funestes.

 

Ce serait la meilleure manière, dans la foulée, de rouvrir une discussion close en même temps que Monsieur Sarkozy piétinait le « non » des Français au Traité constitutionnel, sans s’en tenir aux sempiternelles ritournelles sur la « réorientation » de l’Europe. À bien y regarder, ce dont fait foi la dernière séquence, c’est qu’il devient urgent de prendre à bras-le-corps les deux dimensions dont va, à terme, dépendre le devenir de la construction européenne. En tout premier lieu, je l’ai dit, le traité austéritaire imaginé par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, avant que François Hollande ne le rallie. Sa renégociation s’impose, comme le disent des économistes en nombre croissant, et la France y contribuerait en décidant, pour ce qui la concerne, de suspendre son application avant que ne doivent comparaître, devant le tribunal germano-bruxellois, d’autres gouvernements coupables de ne pouvoir demeurer dans les clous de la rigueur budgétaire et du paiement de leurs dettes. En second lieu l’euro, tant il est vrai qu’il serait grand temps de sortir de l’alternative mortifère dans laquelle on s’emploie à enfermer les citoyens, entre sortie de son cadre, au prix de possibles involutions dangereuses, et soumission perpétuelle à un système de normes aussi indépassables qu’absurdes, au prix de terribles régressions sociales et démocratiques. Après tout, on pourrait aisément concevoir une approche faisant de la devise européenne autre chose qu’un instrument disciplinaire auquel les peuples et les États doivent, de gré ou de force, se plier. Pourquoi, par exemple, la Banque centrale repassant sous le contrôle des États, ne pas imaginer un euro qui servirait dans les transactions internationales mais laisserait aux différents pays le loisir de déterminer des taux de change adaptés à leurs situations et aux besoins de leurs économies ?

 

Pour me résumer, j’ai voulu ici vous faire partager la conviction que nous entrons dans une toute nouvelle période. Qui impose à quiconque veut peser, autant que possible, sur les événements de sortir des postures faciles et des discours si fréquemment répétées qu’ils contribuent à entretenir le statu quo. Et qui requiert le courage de prendre en compte l’extrême complexité d’un moment éminemment difficile pour les peuples…

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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 08:39
Ce que la Grèce ne peut faire, la France le pourra !

Rien ne serait plus terrible pour le peuple français que de se résigner à l’existant, après la folle séquence que nous avons vécue du 25 janvier au 13 juillet 2015 en Grèce. Pourtant, la manière extrêmement brutale avec laquelle la Troïka a extorqué la signature de Tsipras, pour lui faire avaliser le diktat Merkel/Schäuble, a de quoi faire peur effectivement.

Tout cela au mépris de l’article 51 –Contrainte exercée sur le représentant d’un Etat, de la convention de Vienne sur le droit des traités, du 23 mai 1969, disposant que : « L'expression du consentement d'un Etat à être lié par un traité qui a été obtenue par la contrainte exercée sur son représentant au moyen d'actes ou de menaces dirigés contre lui est dépourvue de tout effet juridique. »

La France n'a pas signé cette convention. L'Allemagne et la Grèce, comme la plupart des pays européens, l'ont signée, mais surtout ratifiée. Elle est donc supralégislative. C'est-à-dire qu'elle aurait dû s'imposer à ces pays. Ils ont préféré s'asseoir dessus.

 

Sources :  le Parti de Gauche Midi Pyrénées par Robert Mascarell

Il va de soi que, d’ores et déjà, cette séquence est minutieusement analysée par toutes les personnes engagées dans la vie politique, qu’elles soient de droite ou de gauche. Pour celles engagées à gauche, il s’agit de comprendre si le dénouement provisoire, intervenu le 13 juillet, aurait pu être évité, et si oui, à quel moment ou pour quelle(s) décision(s) nos camarades de Syriza ont failli, au point d’être contraints de signer ce diktat de la honte.

 

Dans de précédentes contributions, publiées sur mon blog[1],  j’ai eu l’occasion de m’exprimer sur ce point. Je ne vais donc pas y revenir.

 

 

- Les atouts intrinséques de la France

Reste à savoir si, ce qui a été infligé à la Grèce pourrait l’être à la France, alors que le peuple aurait choisi de voter majoritairement pour le Front de gauche. J’affirme que ce ne serait pas possible. Je vais m’efforcer de démontrer pourquoi.

 

En premier lieu, avant même de parler du dispositif politique à mettre en place pour annihiler les inévitables attaques de la Troïka contre notre pays, il faut comparer le poids intrinsèque de la France par rapport à celui de la Grèce.

 

Politiquement, la France est le 1er pays de la zone euro et même de l’Union européenne (dans ce cas, à égalité avec la Grande Bretagne). Pourquoi ? France et Grande Bretagne sont les seuls pays à disposer d’un droit de véto à l’ONU, d’une armée dotée de l’arme nucléaire (qu’on soit pour ou qu’on soit contre), d’une zone d’influence outremer (là encore qu’on soit pour ou qu’on soit contre).

 

Géographiquement, un simple regard sur la carte de l’Europe permet de constater que la France est une voie de passage obligée pour que l’Espagne et le Portugal soient reliés par la terre au reste de l’Europe. De plus, située au bout occidental de l’Europe, la France possède trois façades maritimes, vers le nord, l’ouest et le sud. La France est la deuxième puissance mondiale en étendue marine. La France est enfin le plus grand pays de l’Union européenne en surface.

 

Economiquement, la France est la 2ème puissance économique de l’eurozone. Elle pèse 19,7 % du PIB de l’Europe, alors que la Grèce ne pèse que 2,3 % [2], soit près de neuf fois plus. Ce poids donne même à la France un droit de véto pour le vote de certaines dispositions que voudrait prendre l’eurozone. Seuls deux autres pays de l’eurozone, l’Allemagne et l’Italie disposent de ce droit de véto (il faut peser plus de 15 % du PIB européen).

 

Ses façades maritimes et son étendue marine, déjà évoquées, sont également un atout économique considérable.

 

Démographiquement, la France est le 2ème en importance de population. Elle est même en voie de devenir le premier pays.

 

Voilà pour les données qui n’ont rien à voir avec la couleur politique du gouvernement de la France, mais qui constituent de sacrés atouts pour notre pays comparativement à ceux que possède la Grèce.

 

Evidemment, ces atouts ne le sont que si un gouvernement résolu, soucieux de la défense de nos intérêts, a la volonté de les faire valoir dans les négociations intraeuropéennes. C’est ce qui nous manque aujourd’hui. Donc, avant même d’entrer dans le vif du sujet, celui tenant à ce que fera un vrai gouvernement de gauche, tous les gouvernements français dignes de ce nom ont des atouts considérables pour ne pas jouer les porte-bidons d’Angéla Merkel.

 

 

- Les apports d'un vrai gouvernement de gauche

Qu’apporterait un vrai gouvernement de gauche en plus de nos considérables atouts spécifiques ?

 

Il sera d’autant plus fort, que toute la gauche est maintenant instruite de la manière dont a procédé la Troïka pour écraser Syriza, et des erreurs que nos camarades grecs ont commises.

 

Il va de soi que le Parti de gauche (j’en suis membre), mais au-delà le Front de gauche, vont devoir repenser sensiblement leur logiciel d’accession au pouvoir et de son exercice. Nous ne pouvons plus nous contenter de proposer un seul programme, aussi beau soit-il. Celui intitulé « l’Humain d’abord » me convient tout à fait, mais il ne s’inscrit que dans une seule hypothèse : l’exercice du pouvoir dans le cadre de l’Union européenne et surtout de la zone euro.

 

A mon avis, il faut ajouter un chapitre relatif à la prise en compte des attaques malveillantes que la Troïka ne va pas manquer de mener contre le gouvernement de gauche fraîchement élu. Dès la première attaque, il s’agira de ne pas être attentiste et même d’être à l’initiative.

 

C’est-à-dire que là où, dans le cadre de notre programme « L’Humain d’abord », nous soumettons un certain nombre de nos propositions à la négociation avec nos partenaires européens, il s’agira d’en mettre un certain nombre en œuvre sans attendre. Je pense à notre refus d’appliquer la directive détachement. Je pense aussi, en particulier, au rôle de la BCE dont nous proposons, entre autres, qu’elle prête directement aux Etats.

 

Il faudra abroger immédiatement la loi de janvier 1973, pour redonner à la Banque de France le pouvoir de prêter directement à l’Etat, sans intérêts. Il faudra prendre aussi le contrôle immédiat de tout le système bancaire et des assurances français, y compris et surtout dans les paradis fiscaux, avec contrôle de la circulation des capitaux au-delà d’un seuil à fixer, de manière telle qu’il soit le moins pénalisant possible pour l’activité économique, si nécessaire. Etant bien entendu que la nécessité devra s’appliquer dès la première velléité d’attaque.

 

Si, en dépit de ces dispositions protectrices, la Troïka persiste dans sa malveillance, il faudra poser le principe de notre sortie de l’euro, non pas seulement comme une menace tactique, mais comme une orientation de fond irréversible. Il va de soi que dans ce cas, nous devrons faire défaut sur le paiement de notre dette, au moins pour la partie au-delà de 60 % de notre PIB. Notre sortie de l’euro devra être accompagnée d’un renversement d’alliance. Je pense là à notre rapprochement des BRICS et au développement considérable de nos échanges commerciaux avec les pays d’Amérique du sud, qui ont pris leurs distances avec le FMI. Acheter notre pétrole au Vénézuéla, par exemple, me paraît bien plus judicieux que de l’acheter à l’Arabie Saoudite ou aux Emirats arabes.

 

De cette manière, tous les eurobéats qui, quand ils entendent parler d’un possible retour au franc crient au repli sur soi, ne pourront pas nous en accuser.

 

Ah ! J’allais oublier, que la malveillance de la Troïka, à l’égard du gouvernement français de gauche, ne restera pas sans une autre conséquence. En aucun cas, il ne s’agira de fermer nos frontières, mais en revanche les échanges commerciaux, transitant à travers la France, entre l’Espagne, le Portugal et le reste de l’Europe se feront à prix forts. D’autant plus, si ces deux pays jouent le même sale rôle que celui qu’ils ont joué contre la Grèce.

 

Pour autant, en dépit de ces propositions, dont j’admets qu’elles rompent de fait avec l’eurozone, je ne préconise pas la sortie de l’Union européenne. Non que j’en sois un partisan inconditionnel, mais les trai]és qui la régissent (Maastricht, Lisbonne, TSCG) comportent tous un vide juridique. Rien ne prévoit les modalités d’exclusion d’un pays membre. En outre, toutes les décisions de l’Union européenne doivent être prises à l’unanimité. A défaut, aucune de ses décisions ne peut devenir opérationnelle. Ainsi, par exemple, si la Grèce, même affaiblie comme elle l’est depuis le diktat, vote contre l’adoption du TAFTA, l’Union européenne ne pourra l’adopter.

 

Notes :

|1] http://robertmascarell.overblog.com/2015/07/apres-le-diktat-de-merkel-tout-est-encore-possible-pour-les-grecs.html et http://robertmascarell.overblog.com/2015/07/hollande-fossoyeur-de-la-grece.html

[2] source : http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=98&ref_id=CMPTEF08323

 

Pour en savoir plus :

- Les leçons du « laboratoire grec » en débat – Et si Tsipras avait raison ?

- La fin de l'Europe

- L’affrontement inévitable (Pierre Khalfa)

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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 08:40
Europe : prendre la mesure du tournant historique !

La tentative de Syriza pour imposer une alternative aux institutions européennes a connu une issue sinistre. Mais elle peut être un commencement, à condition de durcir le rapport de forces, et de préparer l’affrontement – mais aussi un plan B en cas d’impasse.

 

Sources :  Regards.fr par Clémentine Autain le 17 juillet 2015

 

L’histoire a mal tourné, mais elle s’est remise en marche. Pour la première fois, un gouvernement, celui d’Alexis Tsipras, a porté le fer contre la Troïka qui entend imposer une voie politique unique. Avec Syriza, les Grecs se sont opposés aux choix libéraux, austères, non démocratiques exigés pour tous les peuples de l’Union. Seuls, puisqu’aucun autre pays n’est gouverné par une gauche digne de ce nom et que les solidarités européennes furent bien pâles ces dernières semaines, ils ont fait une démonstration politique.

 

Est-il possible de mener une autre politique que celle choisie par l’Eurogroupe pour un pays de la zone euro ? La réponse, cinglante, se veut sans appel : c’est non. Quiconque s’y essaie est promis en prime à l’humiliation politique.

 

 

- Une logique dans le marbre des traités

Le gouvernement de Tsipras a permis de révéler aux yeux de tous la férocité, le cynisme et la détermination d’un Eurogroupe préférant la concurrence entre les peuples à leur coopération solidaire, le dogmatisme à la démocratie, l’intérêt de la caste dirigeante à celui des catégories populaires. Que leur politique ne marche pas et massacre la vie des populations ne les fait aucunement sourciller. Que de nombreux économistes, y compris des prix Nobel, et pas seulement des hétérodoxes, rappellent jour après jour l’inanité de leur choix ne les trouble pas.

 

Or, l’austérité produit la récession économique, creuse les inégalités et ne règle même pas le problème, la résorption de la dette, au nom duquel elle est imposée puisque partout les déficits augmentent. Que la réduction des dépenses publiques et les ajustements structurels permettent au capital de s’enrichir – et certainement pas à l’économie d’améliorer les conditions de vie du grand nombre – leur va bien. Leur main ne tremble pas : elle assume la saignée. Et si le peuple grec affirme et réaffirme par referendum son refus, qu’à cela ne tienne, la sanction sera plus sévère encore.

 

Cette logique est malheureusement inscrite dans le marbre des traités. Le fonctionnement institutionnel de l’Union européenne permet à l’Allemagne, et plus généralement aux pays qui dominent économiquement, d’affirmer leur puissance – autrement dit, d’écraser les autres. La France a participé activement à la construction de cet édifice, au mépris du peuple qui, consulté, avait notamment refusé le Traité constitutionnel européen en 2005. Nicolas Sarkozy s’est assis sur ce vote, François Hollande n’a rien renégocié. Aujourd’hui, le gouvernement français prétend aider les Grecs mais ne veut pas remettre en cause son entente avec l'Allemagne.

 

 

- Syriza, le prix de la soumission

C’est ainsi qu’après des semaines et des semaines de négociation, la Grèce s’est retrouvée financièrement asphyxiée et priée de se soumettre. C’est bien le pistolet sur la tempe que Tsipras a signé cet "accord" auquel il ne croit pas. Et pour cause : les plans d’austérité ont conduit la Grèce dans la situation de drame humanitaire que l’on connaît. Un neuvième plan est de nature à plonger un peu plus le pays dans la récession et le chaos. Les demandes concernant la dette – audit, rééchelonnement, effacement d’une partie – sont remisées aux calendes grecques. Alexis Tsipras a voulu tenir les deux bouts : rester dans la zone euro et mener une politique alternative. C’est la ligne politique sur laquelle il a été élu. La réponse de l’Eurogroupe ? N’y pensez pas !

 

La question de savoir s’il eut été possible de refuser cet accord appartient d’abord aux Grecs. Vu de France, et du haut de nos 10% pour la gauche radicale, il serait bien prétentieux de faire la leçon. Alexis Tsipras a pris la décision qui lui semblait, à ce stade, la moins dangereuse pour le peuple grec. Force est néanmoins de constater que ce n’est pas seulement la plate-forme de gauche de Syriza qui conteste la signature de l’accord, mais également trente-huit députés de la majorité qui n’ont pas voté pour à la Vouli, parmi lesquels Yanis Varoufakis et Zoe Konstantopoulou (lire "Alexis Stripras éconduit vers le Grexit").

 

Alexis Tsipras répond qu’une sortie de la zone euro à froid, sans préparation, eut conduit le pays au désastre. Les premiers lui rétorquent que le désastre est assuré avec l’accord, et que le prix de la soumission sera plus grand encore. Alexis Tsipras, ovationné après son discours à la Vouli, y compris sur les bancs des députés de Syriza qui ont voté contre l’accord, rétorque qu’il n’est pour autant pas question de lâcher, qu’il s’agit de continuer à se battre pour les classes populaires, de ne pas faire de Syriza une parenthèse de gauche en Europe. L’histoire n’est donc pas finie. L’éclatement de Syriza, que l’on peut redouter, n’est nullement une fatalité. Elle ferait si plaisir à la Troïka…

 

 

- La nécessité d’un affrontement politique et social

Ne présageons pas de la suite des événements en Grèce. Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’une question va désormais s’imposer à tous les courants sociaux, intellectuels et politiques européens de la gauche critique : si un pays bascule du côté de l’alternative sociale et écologiste, comment pourra-t-il mener sa politique s’il reste dans la zone euro ? Autrement dit, si la séquence grecque que nous venons de vivre est un tournant historique, nous ne pouvons continuer comme avant en développant les mêmes argumentations stratégiques. Nous sommes devant un os, qui se voit.

 

Pour commencer, nous avons le devoir de muscler le rapport de forces. Le gouvernement de Syriza semble lui-même avoir été abasourdi par l’entêtement haineux de l’Allemagne et de ses alliés. Le passage à une autre logique sociale et économique ne peut se dérouler dans un cadre tranquille et policé. C’est bien un affrontement social et politique de très haut niveau qui est nécessaire pour faire bouger les lignes. La recherche patiente et déterminée d’un compromis, appuyée sur un soutien populaire massif, s’est heurtée à la violence inouïe des adversaires de Syriza. Cela indique à quel point les forces opposées à l’austérité doivent être soudées. Plus nous sommes atomisés, plus nous sommes fragiles. Or, le risque, nous le voyons bien, c’est que l’expérience de Syriza débouche sur des conclusions contradictoires entre nous, et donc de l’éclatement.

 

Notre responsabilité historique, c’est d’ouvrir le débat avec franchise et humilité, sans invectives inutiles et autres procès en trahison, dans un état d’esprit de rassemblement et de conquête. Nous avons aussi à renforcer les liens et les discussions entre courants critiques de différents pays européens. Cette lisibilité commune, cette coordination nécessaire, est l’une des conditions de notre élargissement et de notre capacité à gagner.

 

 

- Préparer les consciences à un plan "B"

Le piège d’un affrontement entre nations doit être évité. Ceux qui peuvent tirer les marrons du feu de cette séquence sont ceux qui proposent un repli nationaliste, xénophobe. Ce projet mortifère est le contraire du nôtre. Notre objectif n’est certainement pas d’opposer les États, les peuples, entre eux mais d’opposer l’intérêt des peuples à celui de la finance, la démocratie à l’oligarchie qui gouverne. D’ailleurs, si l’Allemagne est à juste titre montrée du doigt aujourd’hui, il est important de rappeler dans le même temps combien sa prédominance est rendue possible par les traités et par le fait que les autres pays l’acceptent, à commencer par la France.

 

Cet horizon européen ne signifie pas qu’il faudrait attendre que la majorité des pays de l’Union se soient convertis à l’alternative pour mener une politique de gauche dans un pays. C’est bien parce qu’un pays puis un autre aura réussi à démontrer la possibilité de faire autrement que nous deviendrons crédibles. La perspective commune de transformation de l’Europe ne peut aboutir que si les équations nationales fonctionnent progressivement les unes après les autres, qu’elles font sens commun, à l’intérieur de l’Europe mais aussi à l’échelle internationale.

 

La discussion stratégique qui doit s’ouvrir porte sur les moyens de tenir tête à l’Eurogroupe, de résister à son chantage. Peut-on gagner un rapport de forces sans imaginer, préparer, concevoir comment nous ferions si nous le perdions ? C’est parfois possible, mais à l’évidence difficile quand l’adversaire est à ce point belliqueux et économiquement puissant, quand nos forces sont encore trop faibles à l’échelle européenne. Nous voudrions pouvoir mener une autre politique tout en restant dans la zone euro. Mais si cela s’avère impossible, si un compromis acceptable n’est pas à portée de main, il est indispensable de réfléchir aux voies qui permettent de ne pas mener nos pays dans le mur et de faire prospérer l’espoir, ce qui suppose de rendre crédible une autre politique ici et maintenant. Et si cette voie passe par une monnaie complémentaire, un contrôle de capitaux, une non application des injonctions de Bruxelles, ou d’autres mesures de protection économique face au coup d’Etat financier qui menace, alors il faut s’y préparer.

 

Le débat doit être ouvert, sans tabous, sans figer par avance les positions des uns et des autres. Notre pensée et nos propositions doivent être en mouvement. Notons par ailleurs que rester dans la zone euro et rester dans l’Union européenne sont deux choses distinctes, comme le montre l’Angleterre depuis longtemps. Enfin, ayons à l’esprit un élément fondamental : cette préparation à une sorte de plan B ne peut se faire que si les consciences y sont préparées, que si ce travail est précisément et sérieusement mené collectivement, que si le peuple est prêt à un tel scénario, à une telle confrontation. L’expérience politique de Syriza amène les consciences, celle des Grecs mais aussi les nôtres, à bouger. Il le faut.

 

Pour en savoir plus :

- Eric Toussaint : « La BCE a déstabilisé l’économie pour soumettre la Grèce aux exigences des créanciers »

- "L’échec de Syriza, c’est l’échec de l'idée d'une réforme de l'UE de l'intérieur"

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Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Politique Europe Grèce
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28 juillet 2015 2 28 /07 /juillet /2015 08:20
Une alternative est possible au plan négocié entre Alexis Tsipras et les créanciers à Bruxelles

Le 5 juillet 2015, à l’issue du référendum initié par le gouvernement d’Alexis Tsipras et le parlement hellène, le peuple grec a rejeté massivement la poursuite de l’austérité que voulaient lui imposer les institutions qui auparavant agissaient sous le nom de Troïka. C’est une splendide victoire de la démocratie.

 

Sources :  Le Grand Soir par Eric Toussaint[1] le 13 juillet 2015

Pourtant, s’il est mis en pratique, l'accord intervenu le lundi 13 juillet 2015 au matin, signifiera la poursuite de l’austérité dans le cadre d’un nouvel accord pluriannuel.

 

 

- Cet accord est en totale contradiction avec le résultat du référendum.

Cette proposition inclut l’abandon d’une série très importante d’engagements pris par Syriza lors de la campagne électorale qui lui ont permis d’obtenir une victoire d’une portée historique le 25 janvier 2015. Syriza a engagé sa responsabilité devant le peuple grec et il serait tragique qu’elle ne la respecte pas, d’autant que le peuple lui a apporté un appui très clair tant le 25 janvier que le 5 juillet 2015.

 

Les concessions faites aux créanciers par le gouvernement grec portent sur les retraites, avec une nouvelle diminution de leur montant (alors que Syriza s’était engagé à rétablir le 13e mois pour les retraites inférieures à 700 euros par mois) et un allongement de l’âge de départ, les salaires qui resteront comprimés, les relations de travail qui seront encore plus précarisées, l’augmentation des impôts indirects y compris ceux supportés par les bas revenus, la poursuite et l’accélération des privatisations, l’accumulation de nouvelles dettes illégitimes afin de rembourser les précédentes, le transfert des actifs grecs de valeur dans un fonds indépendant, la poursuite de l’abandon d’éléments importants du droit à l’autodétermination, la limitation du pouvoir législatif au profit de celui des créanciers...

 

Contrairement à ceux qui affirment qu’en échange de ces concessions néfastes, la Grèce obtiendra trois ans de répit et pourra relancer de manière importante l’activité économique, la réalité montrera qu’avec le maintien de la compression de la demande des ménages et de la dépense publique, il sera impossible de dégager l’excédent budgétaire primaire annoncé dans le plan.

 

Les conséquences néfastes sont inéluctables : dans quelques mois ou au début de l’année prochaine au plus tard, les créanciers attaqueront les autorités grecques pour non-respect de leurs engagements en termes d’excédent budgétaire primaire et avanceront de nouvelles exigences. Il n’y aura pas de répit pour le peuple et pour le gouvernement grecs. Les créanciers menaceront de ne pas débourser les sommes prévues si de nouvelles mesures d’austérité ne sont pas adoptées. Les autorités grecques seront prises dans l’engrenage des concessions[2].

 

La Commission pour la Vérité sur la Dette publique instituée par la présidente du Parlement grec a établi dans son rapport préliminaire rendu public les 17 et 18 juin 2015 que la dette réclamée par les actuels créanciers doit être considérée comme illégitime, illégale et odieuse. La Commission a également démontré que son remboursement est insoutenable. Sur la base d’arguments fondés sur le droit international et le droit interne, le gouvernement grec peut suspendre de manière souveraine le paiement de la dette afin que l’audit des dettes soit conduit à son terme. Une telle suspension de paiement est tout à fait possible. Depuis février 2015, la Grèce a remboursé 7 milliards d’euros aux créanciers sans que ceux-ci versent les 7,2 milliards qui devaient l’être dans le cadre du programme qui a pris fin au 30 juin 2015. D’autres sommes auraient dû être versées à la Grèce et ne l’ont pas été : les intérêts perçus par la BCE sur les titres grecs, le solde prévu pour la recapitalisation des banques, etc. Si la Grèce suspend le paiement de la dette à l’égard des créanciers internationaux, elle économisera près de 12 milliards d’euros qu’elle est supposée leur rembourser d’ici la fin de l’année 2015[3]. En suspendant le paiement de la dette, les autorités grecques amèneraient les créanciers à faire des concessions. Une réduction radicale du montant de la dette pourrait en découler soit par la voie de la négociation, soit par celle de la répudiation.

 

 

- Il est possible de rester dans la zone euro tout en prenant de manière souveraine une série de mesures d’autodéfense et de relance de l’économie.

Chacun a pu faire le constat qu’il est impossible de convaincre par la simple discussion la Commission européenne, le FMI, la BCE et les gouvernements néolibéraux au pouvoir dans les autres pays européens de prendre des mesures qui respectent les droits des citoyens grecs ainsi que ceux des peuples en général. Le référendum du 5 juillet qu’ils ont combattu ne les a pas convaincus. Au contraire, bafouant les droits démocratiques fondamentaux, ils ont radicalisé leurs exigences. Sans prendre des mesures souveraines fortes d’autodéfense, les autorités et le peuple grecs ne pourront pas mettre fin à la violation des droits humains perpétrés à la demande des créanciers. Toute une série de mesures devraient être prises à l’échelle européenne pour rétablir la justice sociale et une authentique démocratie. Techniquement, il n’est pas compliqué de les prendre mais il faut bien constater que dans le contexte politique et avec les rapports de force qui prévalent dans l’Union européenne, les pays avec un gouvernement progressiste ne peuvent pas espérer être entendus ni soutenus par la Commission européenne, la BCE, le Mécanisme européen de stabilité.

 

Au contraire, tant ces institutions que le FMI et les gouvernements néolibéraux en place dans les autres pays combattent activement l’expérience en cours en Grèce afin de démontrer à tous les peuples d’Europe qu’il n’y a pas d’alternatives au modèle néolibéral. En revanche, par des mesures fortes, les autorités grecques peuvent leur arracher de véritables concessions ou simplement les obliger à prendre acte des décisions prises. Il est fondamental également de fonder une stratégie alternative en suscitant des mobilisations populaires massives en Grèce et dans les autres pays d’Europe. Les autorités grecques pourraient s’appuyer dessus pour empêcher les tentatives d’isolement que ne manqueront pas d’organiser toutes les forces opposées aux changements en faveur de la justice sociale. En retour, une telle démarche du gouvernement grec renforcerait les mobilisations populaires et la confiance en leurs propres forces des citoyens mobilisés.

 

 

- A côté de la suspension du paiement de la dette illégitime, illégale, odieuse et insoutenable, voici quelques propositions à soumettre d’urgence au débat démocratique car elles sont de nature à aider la Grèce à se relever.

  • 1 - Les pouvoirs publics grecs constituent de loin l’actionnaire majoritaire des grandes banques grecques (représentant plus de 80% du marché bancaire grec) et devraient donc exercer pleinement le contrôle des banques afin de protéger l’épargne des citoyens et relancer le crédit interne pour soutenir la consommation. D’une part, il conviendrait de tirer les conséquences de la participation majoritaire de l’Etat dans les banques en leur conférant un statut d’entreprise publique. L’Etat devrait organiser une faillite ordonnée de ces banques en veillant à protéger les petits actionnaires et les épargnants. Il s’agit de récupérer le coût de l’assainissement des banques sur le patrimoine global des gros actionnaires privés car ce sont eux qui ont provoqué la crise et ont ensuite abusé du soutien public. Une bad bank serait créée pour isoler les actifs toxiques en vue d’une gestion extinctive. Il faut une fois pour toutes faire payer les responsables de la crise bancaire, assainir en profondeur le secteur financier et le mettre au service de la population et de l’économie réelle.

 

  • 2 - Les autorités grecques doivent réquisitionner la banque centrale. A sa tête se trouve aujourd’hui Yannis Stournaras (placé à ce poste par le gouvernement d’Antonis Samaras) qui met toute son énergie à empêcher le changement voulu par la population. C’est un véritable cheval de Troie qui sert les intérêts des grandes banques privées et des autorités européennes néolibérales. La banque centrale de Grèce doit être mise au service des intérêts de la population grecque.

 

  • 3 - Les autorités grecques ont également la possibilité de créer une monnaie électronique (libellée en euro) à usage interne au pays. Les pouvoirs publics pourraient augmenter les retraites ainsi que les salaires de la fonction publique, payer les aides humanitaires aux personnes en leur ouvrant un crédit en monnaie électronique qui pourrait être utilisé pour de multiples paiements : facture d’électricité, d’eau, paiement des transports en commun, paiement des impôts, achats d’aliments et de biens de première nécessité dans les commerces, etc. Contrairement à un préjugé infondé, même les commerces privés auraient tout intérêt à accepter volontairement ce moyen de paiement électronique car cela leur permettra à la fois d’écouler leurs marchandises et de régler des paiements à l’égard des administrations publiques (paiement des impôts et de différents services publics qu’ils utilisent). La création de cette monnaie électronique complémentaire permettrait de diminuer les besoins du pays en euros. Les transactions dans cette monnaie électronique pourraient être réalisées par les téléphones portables comme c’est le cas aujourd’hui en Equateur.

 

  • Le gouvernement pourrait également émettre de titres publics en papier sous formes de IOU’s (I Owe You), équivalents à des billets d’euro : 10 euros, 20 euros,... pour faire face à la pénurie de billets en circulation. Ils présentent un avantage par rapport à la drachme car ils laissent la porte ouverte à la négociation et permettent à la Grèce de rester formellement dans la zone euro.

 

  • 4 - Le contrôle sur les mouvements de capitaux doit être maintenu de même que doit être mis en place un contrôle des prix à la consommation.

 

  • 5 - L’organisme chargé des privatisations doit être dissous et doit être remplacé par une structure publique de gestion des biens nationaux (avec arrêt immédiat des privatisations) chargée de protéger le patrimoine public tout en générant des revenus.

 

  • 6 - De nouvelles mesures doivent être adoptées dans un souci de justice fiscale en vue de renforcer très nettement celles déjà prises, notamment en décidant de taxer très fortement les 10 % les plus riches (et en particulier le 1% le plus riche) tant sur leurs revenus que sur leur patrimoine. De même, il convient d’augmenter fortement l’impôt sur les bénéfices des grandes entreprises privées et de mettre fin à l’exemption fiscale des armateurs. Il faut aussi taxer plus fortement l’Eglise orthodoxe qui n’a versé que quelques millions d’euros d’impôts en 2014.

 

  • 7 - Une réduction radicale des impôts sur les bas revenus et les petits patrimoines doit être décidée, ce qui bénéficierait à la majorité de la population. Les taxes sur les produits et services de première nécessité doivent baisser radicalement. Une série de services de première nécessité doivent être gratuits (électricité et eau limitées à une certaine consommation, transports publics, etc.). Ces mesures de justice sociale relanceront la consommation.

 

  • 8 - La lutte contre la fraude fiscale doit être intensifiée avec la mise en place de mesures très dissuasives contre la grande fraude fiscale. Des sommes importantes peuvent être récupérées.

 

  • 9 - Un vaste plan public de création d’emplois doit être mis en œuvre pour reconstruire des services publics dévastés par des années d’austérité (par exemple, en matière de santé et d’éducation) et pour poser les premiers jalons de la nécessaire transition écologique.

 

  • 10 - Ce soutien au secteur public doit être accompagné de mesures visant à apporter un soutien actif à la petite initiative privée qui joue un rôle essentiel aujourd’hui en Grèce à travers les micro-entreprises.

 

  • 11 - Réaliser une politique d’emprunt public interne via l’émission de titres de la dette publique à l’intérieur des frontières nationales. En effet, l’État doit pouvoir emprunter afin d’améliorer les conditions de vie des populations, par exemple en réalisant des travaux d’utilité publique. Certains de ces travaux peuvent être financés par le budget courant grâce à des choix politiques affirmés, mais des emprunts publics peuvent en rendre possibles d’autres de plus grande envergure, par exemple pour passer du « tout automobile » à un développement massif des transports collectifs, développer le recours aux énergies renouvelables respectueuses de l’environnement, créer ou rouvrir des voies ferrées de proximité sur tout le territoire en commençant par le territoire urbain et semi-urbain, ou encore rénover, réhabiliter ou construire des bâtiments publics et des logements sociaux en réduisant leur consommation d’énergie et en leur adjoignant des commodités de qualité. Il s’agit aussi de financer le vaste plan de création d’emplois proposé plus haut.

 

 

- Il faut définir de toute urgence une politique transparente d’emprunt public.

La proposition que nous avançons est la suivante :

  • 1 - la destination de l’emprunt public doit garantir une amélioration des conditions de vie, rompant avec la logique de destruction environnementale ;

 

  • 2 - le recours à l’emprunt public doit contribuer à une volonté redistributive afin de réduire les inégalités. C’est pourquoi nous proposons que les institutions financières, les grandes entreprises privées et les ménages riches soient contraints par voie légale d’acheter, pour un montant proportionnel à leur patrimoine et à leurs revenus, des obligations d’État à 0 % d’intérêt et non indexées sur l’inflation, le reste de la population pourra acquérir de manière volontaire des obligations publiques qui garantiront un rendement réel positif (par exemple, 3%) supérieur à l’inflation. Ainsi si l’inflation annuelle s’élève à 2%, le taux d’intérêt effectivement payé par l’Etat pour l’année correspondante sera de 5%. Une telle mesure de discrimination positive (comparable à celles adoptées pour lutter contre l’oppression raciale aux États-Unis, les castes en Inde ou les inégalités hommes-femmes) permettra d’avancer vers davantage de justice fiscale et vers une répartition moins inégalitaire des richesses.


Enfin, les autorités grecques doivent veiller à la poursuite du travail de la commission d’audit et des autres commissions qui travaillent sur les mémorandums et les dommages de guerre.

 

 

- D’autres mesures complémentaires, discutées et décidées d’urgence démocratiquement, sont bien sûr susceptibles de venir compléter ce premier dispositif d’urgence

Elles peuvent être résumé avec les cinq piliers suivants :

  • la prise de contrôle par l’Etat des banques et d’une partie de la création monétaire,
  • la lutte contre la fraude fiscale et la mise en place d’une réforme fiscale juste apportant à l’Etat les ressources nécessaires pour la mise en œuvre de sa politique,
  • la protection du patrimoine public et sa mise au service de l’ensemble de la collectivité,
  • la réhabilitation et le développement des services publics,
  • le soutien à une initiative privée de proximité.

 

 

- Il est également important d’engager la Grèce dans un processus constituant avec participation citoyenne active afin de permettre des changements démocratiques structurels.

Pour réaliser ce processus constituant, il faut convoquer, via une consultation au suffrage universel, l’élection d’une assemblée constituante chargée d’élaborer un projet de nouvelle Constitution. Une fois le projet adopté par l’assemblée constituante qui devra fonctionner en recevant les cahiers de doléances et les propositions émanant du peuple, il sera soumis au suffrage universel.

 

En cas d’exclusion de la zone euro provoquée par les créanciers ou en cas de sortie volontaire de la zone euro, les mesures indiquées plus haut sont également adaptées, en particulier la socialisation des banques à l’instar de la nationalisation du système bancaire mis en France à la Libération. Ces mesures devraient être combinées avec une importante réforme monétaire redistributive pouvant s’inspirer de la réforme monétaire réalisée après la Seconde Guerre mondiale par le gouvernement belge. Cette réforme vise à opérer une ponction notamment sur les revenus de ceux qui se sont enrichis sur le dos des autres. Le principe est simple : il s’agit, lors d’un changement de monnaie, de ne garantir la parité automatique entre l’ancienne et la nouvelle monnaie (un ancien euro contre une nouvelle drachme par exemple) que jusqu’à un certain plafond.

 

Au-dessus de ce plafond, la somme excédentaire doit être placée sur un compte bloqué, et son origine justifiée et authentifiée. En principe, ce qui excède le plafond fixé est changé à un taux moins favorable (par exemple, deux anciens euros contre une nouvelle drachme) ; en cas d’origine délictueuse avérée, la somme peut être saisie. Une telle réforme monétaire permet de répartir une partie de la richesse de manière plus juste socialement. Un autre objectif de la réforme est de diminuer la masse monétaire en circulation de manière à lutter contre des tendances inflationnistes. Pour qu’elle soit efficace, il faut avoir établi un contrôle strict sur les mouvements de capitaux et sur les changes.

 

Voici un exemple (bien sûr, les barèmes indiqués peuvent être modifiés après étude de la répartition de l’épargne liquide des ménages et adoption de critères rigoureux) :

. 1€ s’échangerait contre 1 nouvelle Drachme (n.D.) jusque 200.000 euros
. 1€ = 0,7 n.D. entre 200.000 et 500.000 euros
. 1€ = 0,4 n.D. entre 500.000 et 1 million d’euros
. 1€ = 0,2 n.D. au dessus de 1 million d’euros

. Si un foyer a 200.000 euros en liquide, il obtient en échange 200.000 n.D.
. S’il a 400.000 euros, il obtient 200.000 + 140.000 = 340.000 n.D.
. S’il a 800.000 euros, il obtient 200.000 + 210.000 + 120.000 = 530.000 n.D.
. S’il a 2 millions d’euros, il obtient 200.000 + 210.000 + 200.000 + 200.000 = 810.000 n.D.

 

Une vraie logique alternative peut être enclenchée. Et la Grèce peut enfin cesser d’être sous la coupe de ses créanciers. Les peuples d’Europe pourraient retrouver l’espoir dans le changement en faveur de la justice.

 

Notes

[1] Eric Toussaint est maître de conférence à l’université de Liège, préside le CADTM Belgique et est membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Procès d’un homme exemplaire, Editions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet du livre AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège Dernier livre : Bancocratie ADEN, Brussels, 2014. Il est coordonnateur de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015.
[2] L’auteur remercie Stavros Tombazos, Daniel Munevar, Patrick Saurin, Michel Husson et Damien Millet pour leurs conseils dans la rédaction de ce document. L’auteur porte néanmoins l’entière responsabilité du contenu de ce texte.

[3] 6,64 milliards d’euros et 5,25 milliards d’euros doivent être respectivement payés à la BCE et au FMI d’ici le 31 décembre 2015. Source : Wall Street Journal, http://graphics.wsj.com/greece-debt-timeline/ consulté le 12 juillet 2015.

 

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- « La BCE a déstabilisé l’économie pour soumettre la Grèce aux exigences des créanciers »

- James Galbraith "Ce n'est pas un accord, c'est un viol"

- Grèce : les conséquences de la capitulation

- Europe : un accord trois fois perdant

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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 08:05
Après le diktat de Merkel, tout est encore possible pour les Grecs

Sources : Le Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Robert Mascarell le 16 juillet 2015

Rien n’est terminé, mais tout me paraît fini. Voilà deux synonymes qui pourtant ne veulent pas dire la même chose. Je les utilise ici dans un sens oxymorique.

 

Rien n’est terminé, c’est-à-dire que la parole va devoir être reprise par la rue, par le peuple grec, et que des évolutions inattendues peuvent surgir.

 

Tout me paraît fini pour le Syriza qui a gagné le 25 janvier 2015 et surtout le 5 juillet 2015. Un autre Syriza va forcément naître, très différent.

 

Entendons-nous bien, je ne reproche pas à Tsipras d’avoir tourné le dos à ses engagements. Le point où en était arrivée la crise, délibérément provoquée par la troïka, contraignait Tsipras à signer n’importe quoi, plutôt que de prendre le risque instantanément d’une catastrophe humanitaire incontrôlable. Ce point ne me paraît pas souffrir de discussion.

 

Imprudent, celui qui limiterait son analyse au dernier épisode de la succession des événements depuis le 25 janvier 2015. Notre recul n’est pas très grand, mais il est suffisant pour se permettre de tirer quelques enseignements de ce qui a été fait et surtout de ce qui n’a pas été fait par nos camarades de Syriza.

 

Sur ce qui a été fait, je n’ai pas de critique à faire. C’est donc sur ce qui n’a pas été fait, de mon point de vue, que vont porter mon propos et mes regrets, pas mes critiques.

 

 

- 1er acte : la dissolution de l'Assemblée voulue par la Troïka

Tout à la joie de leur magnifique élection, le 25 janvier, nos camarades, trop idéalistes, ont insuffisamment perçu que, pour les 18 autres gouvernements de la zone euro, pour ne pas dire les 27 autres gouvernements de l’Union européenne, leur gouvernement était l’ennemi à abattre toute affaire cessante, par tous les moyens possibles.

 

Le hasard veut que le 24 janvier 2015, soit la veille de la victoire de Syriza, et alors que celle-ci était annoncée par tous les sondages, je participais à une réunion des responsables du Parti de gauche de l’Aveyron. Nous étions tous très heureux et, à mes yeux, immodérément optimistes sur les perspectives que cette victoire allait ouvrir dans les mois suivants. Très heureux, moi aussi, j’avais appelé mes camarades à beaucoup plus de prudence. J’ai rappelé que l’élection du 25 janvier était une élection anticipée, puisqu’elle était le résultat d’une dissolution de la chambre des députés majoritairement de droite, voulue par la troïka et par le chef du gouvernement grec, Monsieur Samaras.

 

J’ai ajouté, que ceux-là ont jugé qu’il était préférable pour eux que l’élection soit avancée d’une année. Quitte à ce que Syriza gagne cette élection anticipée. Pourquoi ? Parce que, si l’élection grecque avait eu lieu à la date prévue, soit en décembre 2015 ou janvier 2016, elle aurait eu lieu après l’élection générale en Espagne, où les chances de victoire de Podémos ne sont pas négligeables.

 

J’ai précisé, qu’en procédant aux élections d’abord en Grèce, puis en Espagne, les dirigeants européens espéraient bien avoir le temps de provoquer la chute de Syriza avant l’élection en Espagne. De manière à montrer au peuple espagnol, ce qui les attendait si jamais ils s’obstinaient à vouloir voter pour Podémos.

 

 

- 2ème acte : de sommet bidon en sommet bidon décisifs

La stratégie de Merkel, soutenue par tous les autres gouvernements européens, respecte le tableau de marche qu’elle s’est fixée.

 

Nos camarades de Syriza auraient-ils pu enrayer cette mécanique infernale ? Il est difficile de l’affirmer, mais mon regret, c’est que nos camarades n’ont pas suffisamment mesuré que dans une Europe capitaliste, la lutte des classes y est menée à mort, si nécessaire. De mon point de vue, ils ont été trop tendres.

 

Avant même d’arriver au pouvoir, il aurait été nécessaire que Syriza ait plusieurs stratégies alternatives, en fonction de l’évolution des événements. Au lieu de cela, le gouvernement grec a constamment réaffirmé son attachement absolu à cette Europe-là et à sa monnaie. Certes, il a été élu avec le mandat de rester et dans l’Europe et dans l’eurozone. Il a même réaffirmé sa volonté de rembourser sa dette.

 

Il est clair que, dès le premier acte de guerre mené par la BCE, qui scandaleusement a coupé tous les robinets vers la Grèce, puis le 2ème, après le fameux « accord » du 20 février 2015, où il est apparu que la troïka s’ingéniait à systématiquement retoquer les propositions de Tsipras, nos camarades auraient dû taper du poing sur la table et immédiatement, alors que les banques grecques avaient encore des réserves, en prendre le contrôle total. D’autant plus que la Banque centrale grecque est dirigée par un homme de droite.

 

C’est là, qu’ils auraient dû faire comprendre à la troïka, que si l’Europe, et surtout les pays de l’eurozone, continuaient à entraver leurs décisions, ils avaient une solution de rechange, genre se rapprocher de la Russie et des BRICS.

 

Dans ce sens, il me semble que Tsipras n’a pas suffisamment fait de géopolitique. Si cela avait été le cas, il aurait, de manière ostensible, insisté sur l’emplacement géographique de la Grèce, au carrefour entre la Russie orthodoxe (tiens, comme par hasard, c’est la religion des Grecs) et le Proche et Moyen-Orient.

 

Malheureusement, jusqu’au diktat du couple infernal Merkel-Schäuble, ce dimanche 12 juillet, imposé le révolver sur la tempe de Tsipras, celui-ci n’a joué, ni de près ni de loin, cette carte. Il est vrai que le 12 juillet c’était beaucoup trop tard.

 

Au lieu de cela, nos camarades ont accepté de se couler dans la tactique de la troïka. Celle des sommets bidons décisifs, où Tsipras et Varoufakis se présentaient avec chaque fois de nouvelles propositions en recul, mais qui étaient systématiquement repoussées par les monstres de la troïka. De sommet bidon en sommet bidon, les monstres ont gagné cinq mois, pendant lesquels les réserves financières grecques n’ont cessé de s’affaiblir. Jusqu’au moment, où n’en pouvant plus, Tsipras a magnifiquement joué la carte du soutien populaire, mais là aussi il était déjà trop tard. Le nœud coulant était presque totalement refermé sur la gorge des Grecs.

 

Il est aussi dommage que Tsipras n’ait absolument pas fait cas du rapport publié par le comité d’audit de la dette grecque, constitué d’experts financiers internationaux, et formé à l’initiative de l’admirable présidente de la chambre des députés grecque, la Vouli. Alors que ce comité démontre lumineusement que la dette grecque est illégale, illégitime, odieuse et insoutenable. C’est-à-dire que, rien que pour ces motifs, la Grèce était justifiée à ne pas la rembourser.

 

Le dénouement, provisoire j’en suis convaincu, de cette tragédie a eu lieu le 12 juillet. Tsipras ne pouvait faire autrement que de signer le diktat de Merkel-Schäuble, sauf à prendre le risque d’une catastrophe humanitaire immédiate et gravissime pour le peuple grec. C’est pourquoi, je lui garde tout mon respect et mon soutien. Il a agi en homme responsable et humain.

 

 

- 3éme acte : SYRIZA peut reprendre la main

Et maintenant, les carottes sont-elles cuites ? Je veux croire que non. Je pense même que Syriza a encore de bonnes cartes dans sa main.

 

Il est évident que le diktat européen ne peut que précipiter la Grèce encore plus au fond du gouffre. Mais, je suis persuadé que le peuple ne va pas se laisser faire. Des grèves et manifestations vont se multiplier, non contre le gouvernement, mais contre la troïka. Il va, probablement, sortir de sa torpeur pro-européiste et pro-euro présente et accéder à l’idée que rien n’est possible dans cette Europe.

 

Pendant tout ce temps de maturation du peuple, les dirigeants de Syriza, je n’en doute pas, vont, ce coup-ci, préparer les conditions de la sortie de la Grèce du carcan européen. De même, que le moment venu, ils sauront se saisir des conclusions du comité d’audit de la dette grecque et ainsi faire défaut sur la quasi-totalité de leur dette. Ils vont aussi, inviter l’Allemagne à lui payer ses dettes de guerre.

 

Aussi, loin d’accuser Tsipras et Syriza de trahison, je me félicite qu’ils soient toujours à la tête de la Grèce, pour utiliser le peu de pouvoir que leur laisse la troïka en faveur d’une répartition équitable des terribles efforts imposés par la dictature européenne, mais aussi pour favoriser toutes les actions de résistance du peuple.

 

La lutte continue !

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Grèce : l'implosion programmée de Syriza

- Derrière la fable, la France n’a pas vraiment défendu la Grèce

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Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans International Grèce Europe Analyse Politique
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