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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 08:05
Après le diktat de Merkel, tout est encore possible pour les Grecs

Sources : Le Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Robert Mascarell le 16 juillet 2015

Rien n’est terminé, mais tout me paraît fini. Voilà deux synonymes qui pourtant ne veulent pas dire la même chose. Je les utilise ici dans un sens oxymorique.

 

Rien n’est terminé, c’est-à-dire que la parole va devoir être reprise par la rue, par le peuple grec, et que des évolutions inattendues peuvent surgir.

 

Tout me paraît fini pour le Syriza qui a gagné le 25 janvier 2015 et surtout le 5 juillet 2015. Un autre Syriza va forcément naître, très différent.

 

Entendons-nous bien, je ne reproche pas à Tsipras d’avoir tourné le dos à ses engagements. Le point où en était arrivée la crise, délibérément provoquée par la troïka, contraignait Tsipras à signer n’importe quoi, plutôt que de prendre le risque instantanément d’une catastrophe humanitaire incontrôlable. Ce point ne me paraît pas souffrir de discussion.

 

Imprudent, celui qui limiterait son analyse au dernier épisode de la succession des événements depuis le 25 janvier 2015. Notre recul n’est pas très grand, mais il est suffisant pour se permettre de tirer quelques enseignements de ce qui a été fait et surtout de ce qui n’a pas été fait par nos camarades de Syriza.

 

Sur ce qui a été fait, je n’ai pas de critique à faire. C’est donc sur ce qui n’a pas été fait, de mon point de vue, que vont porter mon propos et mes regrets, pas mes critiques.

 

 

- 1er acte : la dissolution de l'Assemblée voulue par la Troïka

Tout à la joie de leur magnifique élection, le 25 janvier, nos camarades, trop idéalistes, ont insuffisamment perçu que, pour les 18 autres gouvernements de la zone euro, pour ne pas dire les 27 autres gouvernements de l’Union européenne, leur gouvernement était l’ennemi à abattre toute affaire cessante, par tous les moyens possibles.

 

Le hasard veut que le 24 janvier 2015, soit la veille de la victoire de Syriza, et alors que celle-ci était annoncée par tous les sondages, je participais à une réunion des responsables du Parti de gauche de l’Aveyron. Nous étions tous très heureux et, à mes yeux, immodérément optimistes sur les perspectives que cette victoire allait ouvrir dans les mois suivants. Très heureux, moi aussi, j’avais appelé mes camarades à beaucoup plus de prudence. J’ai rappelé que l’élection du 25 janvier était une élection anticipée, puisqu’elle était le résultat d’une dissolution de la chambre des députés majoritairement de droite, voulue par la troïka et par le chef du gouvernement grec, Monsieur Samaras.

 

J’ai ajouté, que ceux-là ont jugé qu’il était préférable pour eux que l’élection soit avancée d’une année. Quitte à ce que Syriza gagne cette élection anticipée. Pourquoi ? Parce que, si l’élection grecque avait eu lieu à la date prévue, soit en décembre 2015 ou janvier 2016, elle aurait eu lieu après l’élection générale en Espagne, où les chances de victoire de Podémos ne sont pas négligeables.

 

J’ai précisé, qu’en procédant aux élections d’abord en Grèce, puis en Espagne, les dirigeants européens espéraient bien avoir le temps de provoquer la chute de Syriza avant l’élection en Espagne. De manière à montrer au peuple espagnol, ce qui les attendait si jamais ils s’obstinaient à vouloir voter pour Podémos.

 

 

- 2ème acte : de sommet bidon en sommet bidon décisifs

La stratégie de Merkel, soutenue par tous les autres gouvernements européens, respecte le tableau de marche qu’elle s’est fixée.

 

Nos camarades de Syriza auraient-ils pu enrayer cette mécanique infernale ? Il est difficile de l’affirmer, mais mon regret, c’est que nos camarades n’ont pas suffisamment mesuré que dans une Europe capitaliste, la lutte des classes y est menée à mort, si nécessaire. De mon point de vue, ils ont été trop tendres.

 

Avant même d’arriver au pouvoir, il aurait été nécessaire que Syriza ait plusieurs stratégies alternatives, en fonction de l’évolution des événements. Au lieu de cela, le gouvernement grec a constamment réaffirmé son attachement absolu à cette Europe-là et à sa monnaie. Certes, il a été élu avec le mandat de rester et dans l’Europe et dans l’eurozone. Il a même réaffirmé sa volonté de rembourser sa dette.

 

Il est clair que, dès le premier acte de guerre mené par la BCE, qui scandaleusement a coupé tous les robinets vers la Grèce, puis le 2ème, après le fameux « accord » du 20 février 2015, où il est apparu que la troïka s’ingéniait à systématiquement retoquer les propositions de Tsipras, nos camarades auraient dû taper du poing sur la table et immédiatement, alors que les banques grecques avaient encore des réserves, en prendre le contrôle total. D’autant plus que la Banque centrale grecque est dirigée par un homme de droite.

 

C’est là, qu’ils auraient dû faire comprendre à la troïka, que si l’Europe, et surtout les pays de l’eurozone, continuaient à entraver leurs décisions, ils avaient une solution de rechange, genre se rapprocher de la Russie et des BRICS.

 

Dans ce sens, il me semble que Tsipras n’a pas suffisamment fait de géopolitique. Si cela avait été le cas, il aurait, de manière ostensible, insisté sur l’emplacement géographique de la Grèce, au carrefour entre la Russie orthodoxe (tiens, comme par hasard, c’est la religion des Grecs) et le Proche et Moyen-Orient.

 

Malheureusement, jusqu’au diktat du couple infernal Merkel-Schäuble, ce dimanche 12 juillet, imposé le révolver sur la tempe de Tsipras, celui-ci n’a joué, ni de près ni de loin, cette carte. Il est vrai que le 12 juillet c’était beaucoup trop tard.

 

Au lieu de cela, nos camarades ont accepté de se couler dans la tactique de la troïka. Celle des sommets bidons décisifs, où Tsipras et Varoufakis se présentaient avec chaque fois de nouvelles propositions en recul, mais qui étaient systématiquement repoussées par les monstres de la troïka. De sommet bidon en sommet bidon, les monstres ont gagné cinq mois, pendant lesquels les réserves financières grecques n’ont cessé de s’affaiblir. Jusqu’au moment, où n’en pouvant plus, Tsipras a magnifiquement joué la carte du soutien populaire, mais là aussi il était déjà trop tard. Le nœud coulant était presque totalement refermé sur la gorge des Grecs.

 

Il est aussi dommage que Tsipras n’ait absolument pas fait cas du rapport publié par le comité d’audit de la dette grecque, constitué d’experts financiers internationaux, et formé à l’initiative de l’admirable présidente de la chambre des députés grecque, la Vouli. Alors que ce comité démontre lumineusement que la dette grecque est illégale, illégitime, odieuse et insoutenable. C’est-à-dire que, rien que pour ces motifs, la Grèce était justifiée à ne pas la rembourser.

 

Le dénouement, provisoire j’en suis convaincu, de cette tragédie a eu lieu le 12 juillet. Tsipras ne pouvait faire autrement que de signer le diktat de Merkel-Schäuble, sauf à prendre le risque d’une catastrophe humanitaire immédiate et gravissime pour le peuple grec. C’est pourquoi, je lui garde tout mon respect et mon soutien. Il a agi en homme responsable et humain.

 

 

- 3éme acte : SYRIZA peut reprendre la main

Et maintenant, les carottes sont-elles cuites ? Je veux croire que non. Je pense même que Syriza a encore de bonnes cartes dans sa main.

 

Il est évident que le diktat européen ne peut que précipiter la Grèce encore plus au fond du gouffre. Mais, je suis persuadé que le peuple ne va pas se laisser faire. Des grèves et manifestations vont se multiplier, non contre le gouvernement, mais contre la troïka. Il va, probablement, sortir de sa torpeur pro-européiste et pro-euro présente et accéder à l’idée que rien n’est possible dans cette Europe.

 

Pendant tout ce temps de maturation du peuple, les dirigeants de Syriza, je n’en doute pas, vont, ce coup-ci, préparer les conditions de la sortie de la Grèce du carcan européen. De même, que le moment venu, ils sauront se saisir des conclusions du comité d’audit de la dette grecque et ainsi faire défaut sur la quasi-totalité de leur dette. Ils vont aussi, inviter l’Allemagne à lui payer ses dettes de guerre.

 

Aussi, loin d’accuser Tsipras et Syriza de trahison, je me félicite qu’ils soient toujours à la tête de la Grèce, pour utiliser le peu de pouvoir que leur laisse la troïka en faveur d’une répartition équitable des terribles efforts imposés par la dictature européenne, mais aussi pour favoriser toutes les actions de résistance du peuple.

 

La lutte continue !

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Grèce : l'implosion programmée de Syriza

- Derrière la fable, la France n’a pas vraiment défendu la Grèce

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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 08:09
Pourquoi l'omerta des médias au sujet de la démocratie islandaise ?

La réponse n'est pas si difficile à apporter :

l'Islande devient l'une des premières démocraties en Europe !

 

Source :  OPINIONS le 29 mai 2015 par Eric Labbé

Dans la quasi-totalité des pays européens, les Etats empruntent aux banques privées et sur les marchés financiers... Auparavant (en 1973 pour la France), les Etats empruntaient auprès de leur banque centrale.

 
 

- Mais pourquoi ce changement et à qui profite le "crime" ?

Les banques centrales prêtaient à taux nul à leurs Etats et ces derniers ont décidé, par l'intermédiaire des élus-traîtres, de transférer leur pouvoir aux banques privées qui ne se sont pas privées (sic) pour prêter avec un taux d'intérêt conséquent. Et c'est ainsi que la dette de tous les pays s'est envolée, les principaux créanciers étant les banques privées, ces dernières dictant leur loi aux citoyens de tous les pays par élus traîtres et corrompus interposés.

 

 

- Mais que fait l'Islande pour échapper aux banquiers escrocs ?

Première étape: Elle les met en prison. Le directeur de la deuxième banque d'Islande, la Landsbanki, a été condamné à 3 mois de prison ferme. Deux autres banquiers ont également été "coffrés" pour avoir manipulé des cours de bourse (comment est-ce possible?). Tandis que trois autres escrocs du système bancaire, ayant évolué au sein de l'ancienne première banque islandaise, la Kaupthing, ont écopé, en décembre 2013, de peines de prison allant de 3 ans et demi à 5 ans et demi, excusez du peu !

 

Deuxième étape : Plainte contre toutes les banques pour faux-monnayage. La Homes Association of Iceland (association d'intérêt public pour la protection des droits des ménages islandais) s'appuie notamment sur l'article 150 du Code pénal général n°19/1940 qui stipule que :"Toute personne qui crée de la fausse monnaie dans le but de la mettre en circulation comme monnaie légale ou toute personne qui acquiert de la fausse monnaie pour lui-même ou d'autres personnes dans le même dessein, sera soumise à une peine d'emprisonnement de 12 ans maximum. Dans le cas où la contrefaçon a été effectuée de manière à réduire la valeur spécifique de la monnaie légale, la sanction consistera en une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à 4 ans".

 

 

- Pourquoi ces silences permanents des médias traditionnels qui préfèrent informer dans le tout-convenant ?

Très certainement pour entretenir un système oligarchique médiatico-politico-financier qui profite à leurs maîtres mais aussi à eux-mêmes dans une moindre mesure.

 

Les peuples européens commencent à se réveiller. L'Islande, l'Espagne, la Grèce sont aux premières loges... Quel dommage que notre système oligarchique français perdure.... Mais pour combien de temps encore ?

 

Pour en savoir plus :

- mon dossier Islande

- L'Islande annule (encore une fois) une partie des emprunts immobiliers des ménages

- L’Islande dit non à l’Union Européenne

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 08:02
La crise russo-ukrainienne accouchera-t-elle d’un nouvel ordre européen ?

En dépit des divergences au sein du monde euro-atlantique et des réticences de Washington, les seconds accords de Minsk, visant à mettre fin au conflit dans l’est du Donbass, ont été signés à l’arraché grâce à une initiative conjointe de la France et de l’Allemagne, le 11 février dernier.

S’ils parviennent à empêcher une nouvelle partition de l’Ukraine, ces accords, si fragiles et ambigus soient-ils, pourraient offrir une chance ultime de rénovation de l’ordre européen, en jetant les bases d’un modus vivendi avec la Russie.

La France et l’Allemagne, qui demeurent les principaux piliers de l’Union européenne, pourraient jouer ici un nouveau rôle historique dans l’établissement d’un modus vivendi entre le monde occidental et la Russie. Mais examinons d’abord les paramètres qui pourraient permettre d’envisager la réalisation des accords de Minsk.

 

Sources :  le Monde Diplomatique par Jacques Lévesque[1], juin 2015 | mis à jour le 2 février 2016

- L’annexion de la Crimée peut à juste titre être attribuée au revanchisme.

Cependant, l’examen de la politique extérieure de la Russie postsoviétique montre qu’elle a été le produit de circonstances récentes, et qu’elle n’était pas inéluctable, ni même programmée, avant le début de 2014. C’est pourquoi elle était totalement inattendue. La résurrection du terme Novorossia la nouvelle Russie ») pour désigner le sud-est de l’Ukraine, et son utilisation par M. Vladimir Poutine, ne l’ont pas précédée, mais suivie, pour la justifier a posteriori.

 

 

- Deux conditions cruciales sont posées par Moscou pour la finalisation des accords de Minsk.

La première, et la plus importante, qui n’est pas explicitement inscrite dans ces accords : la non-adhésion de l’Ukraine à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). La seconde, la fédéralisation de l’Ukraine, doit être vue avant tout comme un moyen de garantir la première.

 

Depuis la fin de l’URSS, le processus d’élargissement de l’OTAN vers l’Est a été le principal facteur de la détérioration — entrecoupée de phases de coopération importantes — des relations entre la Russie et les Etats-Unis. Dès 1994, même les occidentalophiles qui entouraient encore Boris Eltsine s’y opposaient, affirmant qu’il ne pouvait être vu à Moscou que comme un moyen d’empêcher sa résurgence en tant que puissance européenne majeure. Même si Washington et les chancelleries occidentales niaient viser un tel objectif, Varsovie, Budapest, Prague et, plus tard, les républiques baltes affirmaient clairement, quant à eux, vouloir rallier l’OTAN pour se protéger d’une menace militaire russe qui n’allait pas tarder à revenir. Ce n’est que vingt ans plus tard que celle-ci s’est manifestée, telle une prophétie autoréalisatrice.

 

 

- Il a fallu beaucoup de temps pour cela.

En 1997, Eltsine signait avec son homologue ukrainien un traité solennel qui, pour la première fois, reconnaissait formellement l’intégrité territoriale de l’Ukraine, Crimée comprise. Il comptait ainsi freiner ce qui n’était alors que des velléités de rejoindre l’OTAN. Après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, M. Poutine, misant sur une refondation des relations avec Washington, facilita l’ouverture de bases et d’infrastructures militaires américaines en Asie centrale postsoviétique pour la conduite de la guerre d’Afghanistan. Il avala même la couleuvre du feu vert donné par M. George W. Bush à l’admission des trois républiques baltes au sein de l’OTAN, en espérant qu’elles seraient les dernières à la rejoindre. Jusqu’en 2004, il garda la conviction que la Russie pouvait devenir autre chose qu’une force d’appoint de la puissance américaine (2). Durant la période de coopération qui suivit le 11-Septembre, le partenariat stratégique avec la Chine pour la promotion d’un monde multipolaire, amorcé sous Eltsine, fut même prudemment mis en veilleuse.

 

C’est après la « révolution orange » de 2004 en Ukraine, et surtout après le sommet de l’OTAN d’avril 2008, au cours duquel M. Bush réussit à faire inscrire dans une déclaration solennelle que l’Ukraine et la Géorgie deviendraient un jour membres de l’Alliance, que M. Poutine se fit plus ouvertement menaçant. M. Bush avait arraché cette déclaration après que la France et l’Allemagne eurent fait échouer son projet de leur octroyer immédiatement un plan d’appartenance à l’Alliance. Tous les sondages en Ukraine montraient alors que la majorité de la population s’opposait à l’adhésion à l’OTAN, raison pour laquelle le gouvernement refusait la tenue d’un référendum sur la question.

 

Plusieurs mois auparavant, M. Poutine avait prévenu que si les puissances occidentales reconnaissaient l’indépendance du Kosovo sans l’accord du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), il se sentirait libre de faire de même avec l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, et de remettre à son tour en question le tabou de l’intangibilité des frontières des Etats issus de la guerre froide. Ces menaces ne furent pas prises au sérieux, pas davantage que les protestations russes émises depuis 1994 face à l’expansion de l’OTAN. C’est la Géorgie qui en paya le prix. 

 

Malgré tous les gages que M. Mikhaïl Saakachvili avait donnés à M. Bush, il ne reçut aucun secours décisif ni de Washington ni de l’OTAN lorsqu’il tenta quelques mois plus tard de reprendre l’Ossétie du Sud. Avec le redressement économique de la Russie, l’enlisement des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan, la défaite catastrophique de la Géorgie révéla assez clairement la fin du « moment unipolaire » qui inspirait encore la politique internationale de Washington. Ce n’est qu’avec l’administration de M. Barack Obama que l’on commença à en mesurer les conséquences.

 

 

- La centralité de l’OTAN dans l’obsession géopolitique qui prédomine en Russie a fini par déborder sur ses relations avec l’Union européenne.

Pendant plusieurs années, la Russie ne s’est pas opposée à ce que les anciens membres du Pacte de Varsovie, et même les anciennes républiques baltes, s’y joignent. Mais la conjugaison des nouvelles adhésions à l’OTAN et à l’Union européenne a rendu plus difficiles ses relations avec la seconde. C’est sur l’initiative des nouveaux membres qu’a été créé en 1999 le Partenariat oriental de l’Union, taillé sur mesure pour tous les Etats qui, de la Biélorussie au Nord jusqu’à la Géorgie, flanquent les frontières occidentales de la Russie. Il visait à leur donner un statut et des avantages distincts de ceux de la Russie, moyennant des gages de démocratisation qui se sont avérés bien légers s’agissant du régime de M. Viktor Ianoukovitch. Cela a amené M. Poutine, au début de son troisième mandat, à mettre en avant son projet d’Union eurasiatique (3) pour y attirer les mêmes Etats. Comme on le sait, c’est cette concurrence et la décision de M. Ianoukovitch de différer la conclusion d’un accord de l’Ukraine avec l’Union qui ont entraîné l’insurrection, la chute du président et la crise actuelle.

 

 

- La question la plus difficile à résoudre dans le cadre des accords de Minsk sera celle du statut final des régions qui échappent au contrôle de Kiev.

La résolution de cette question constitue explicitement une condition préalable à la reprise du contrôle des frontières ukrainiennes par le gouvernement. Depuis 1994, Moscou a préconisé la fédéralisation de l’Ukraine comme solution aux profondes divisions socio-politiques qui la caractérisent depuis son indépendance. Jusqu’ici, l’Ukraine a résolument refusé d’utiliser le terme de fédéralisation, pour de bonnes raisons. Les formules de fédéralisation mises en avant par Moscou relèvent davantage d’une confédération que d’une fédération.

 

On l’a vu clairement en novembre 2003, lorsque, sous l’égide de M. Poutine, un accord est intervenu entre la Moldavie et la Transnistrie pour mettre fin à la sécession de cette dernière (4). Suite aux promesses de soutien formulées par l’ambassadeur des Etats-Unis à Chisinau, le président moldave Vladimir Voronine refusa in extremis l’accord, au grand dam de M. Poutine, qui dut rebrousser chemin alors qu’il se rendait en Moldavie pour le signer. Dans le cas du Donbass, la France et l’Allemagne, parce qu’elles sont parties prenantes des accords, et en raison de leur poids politique international, peuvent faire en sorte que l’intégrité territoriale de l’Ukraine soit maintenue, et que l’autonomie prévue pour les régions sécessionnistes de Donetsk et de Lougansk ne se fasse pas aux conditions maximales souhaitées par Moscou.

 

 

- Dans un discours au Bundestag, en 2001, Vladimir Poutine avait souligné la primauté de l’appartenance européenne de la Russie

Depuis 1992, la France et l’Allemagne ont été les partenaires politiques européens privilégiés de la Russie. L’Allemagne demeure son principal partenaire économique. L’Union européenne reste, et de loin, le principal partenaire économique de la Russie. On se souvient de la concertation des trois pays dans l’opposition à la guerre en Irak, que Moscou a voulu poursuivre sur d’autres dossiers. Depuis toujours, Moscou mise sur les divergences entre les Etats-Unis et l’Europe. La France et l’Allemagne disposent de leviers importants pour obtenir le maintien de l’intégrité territoriale de l’Ukraine ; elles peuvent et doivent profiter de la place qu’elles occupent dans les calculs politiques russes pour exiger un règlement qui soit dans leur intérêt et dans celui de l’Europe. Les accords de Minsk contiennent une lueur d’espoir pour un réaménagement des rapports entre la Russie et l’Europe : pour la première fois, on y a accepté le principe d’une négociation à trois des relations économiques entre la Russie, l’Ukraine et l’Union. La conclusion d’un accord acceptable pour les trois parties, sur ces questions qui ont été à l’origine des manifestations de Maïdan, serait d’une portée politique considérable.

 

 

- A l’évidence, le soutien de la Russie aux séparatistes ukrainiens représente avant tout une police d’assurance contre une nouvelle marche de l’Ukraine vers l’OTAN.

Si, après la saisie de la Crimée, M. Poutine s’était contenté du référendum, qui devait initialement porter sur le statut futur de la région, et non sur son annexion, il aurait plus facilement pu réaliser cet objectif, sans avoir pour cela à soutenir l’extension du conflit ailleurs en Ukraine (5). Dans les conditions actuelles, il sera sans doute très difficile de trouver une façon de fermer la voie atlantiste à l’Ukraine, même si la France et l’Allemagne ont par le passé pris des positions qui allaient dans ce sens.

 

On dit en effet, à Washington et ailleurs, qu’une assurance de non-extension de l’OTAN serait une prime à l’annexion russe de la Crimée. Au premier abord, l’argument paraît convaincant. Mais il recèle une forte dose d’hypocrisie. La demande d’intégration rapide à l’OTAN formulée par le gouvernement de Kiev ne rencontre aucun écho favorable à Washington. Même les républicains les plus interventionnistes, qui exigent la fourniture d’armes aux forces ukrainiennes, écartent l’idée d’envoyer des soldats américains combattre pour l’Ukraine. Cependant, il existe un consensus à Washington pour utiliser la crise ukrainienne afin de renforcer l’OTAN dans sa composition actuelle. Un peu comme à l’époque du secrétaire d’Etat à la défense Donald Rumsfeld, les Etats-Unis misent sur la « nouvelle Europe » pour renforcer l’hégémonie américaine au sein de l’OTAN.

 

 

- Sauf que ce n’est plus toute la « nouvelle Europe » qui est au rendez-vous... 

La Hongrie, la Slovaquie et même la République tchèque manquent à l’appel.

Malgré cela, la presse allemande a révélé les efforts du commandant des forces alliées de l’OTAN, le général Philip Breedlove, pour exagérer les chiffres avancés par les services de renseignement européens sur le nombre de militaires et les fournitures d’armements russes aux régions séparatistes de l’Ukraine de l’Est. Il s’agissait de justifier le déploiement d’une force de trois mille hommes de l’OTAN dans les républiques baltes (6). Bref, on fait comme si c’étaient elles, plus que l’Ukraine, qui avaient besoin d’un secours rapide.

 

Dans l’état actuel des rapports de forces internationaux, il faut bien reconnaître que la promesse d’une entrée dans l’OTAN adressée en 2008 à la Géorgie et à l’Ukraine par M. Bush n’a fait qu’aggraver leur vulnérabilité. Si les accords de Minsk pouvaient aboutir à un aggiornamento sur cette question, un nouvel ordre international pourrait s’établir en Europe. On pourrait alors assister à une véritable coopération entre la Russie, l’OTAN et l’Europe, et sauver l’Ukraine de la faillite générale qui la menace tout en obtenant des garanties conjointes de sécurité pour l’avenir. La fin de l’expansion de l’OTAN vers l’Est pourrait permettre un retour à la primauté de l’appartenance européenne de la Russie, que M. Poutine avait fortement soulignée dans un discours au Bundestag au début de son premier mandat, en 2001.

 

 

- Il s’agit là d’une vision très optimiste des virtualités des accords de Minsk 2.

On souhaiterait que ce scénario soit le plus probable, mais rien de permet encore de le croire. Le pire pourrait même se produire. Tout d’abord, du côté du discours officiel russe, qui se fait défiant et parfois menaçant. Est-ce seulement pour obtenir des concessions tangibles sur les questions évoquées ? Ou bien M. Poutine ferait-il preuve d’hubris, comme en témoigneraient la mégalomanie des Jeux olympiques de Sotchi, la sous-estimation des capacités occidentales de rétorsion et la poussée de son avantage dans le Donbass au-delà du succès facile remporté en Crimée, sans mort d’homme ?

 

Quant au pouvoir en place à Kiev, très divisé et instable, son comportement est difficile à prévoir face aux revendications des bataillons de combattants volontaires. Dans un passé encore récent, il a réussi à obtenir contre Moscou, de la part des Etats-Unis d’abord, puis de l’Europe, grâce aux pressions des premiers sur la seconde, de sévères sanctions. Fort de cet appui, et profitant d’une désescalade purement tactique de Moscou, il a déjà tenté, avec des succès initiaux, de reprendre le contrôle militaire des régions rebelles. 

 

C’est dans ce contexte que Mme Angela Merkel s’était rendue à Kiev, en août 2014, pour fêter le 23e anniversaire de la déclaration d’indépendance de l’Ukraine. Elle avait appelé publiquement, devant un président Petro Porochenko impassible, à un cessez-le-feu que Washington évitait de réclamer. Plus réaliste que son interlocuteur ukrainien, elle savait que Moscou avait peu à faire pour renverser le sort des armes. Même maintenant, on tente à Kiev de modifier les conditions prévues par les accords de Minsk pour l’octroi d’une autonomie aux régions sécessionnistes, afin de forcer la main aux puissances occidentales. Le gouvernement ukrainien n’a pas repris le versement des salaires aux enseignants et fonctionnaires des régions sécessionnistes du Donbass. Dans les cercles du pouvoir, plusieurs préfèrent y voir un conflit gelé plutôt que l’exécution d’un accord jugé trop favorable aux demandes de Moscou.

 

Enfin, l’administration Obama, qui est divisée sur la question, pourrait encore décider d’envoyer une quantité d’armements sophistiqués aux forces ukrainiennes, malgré l’opposition de la France et de l’Allemagne, comme elle a déjà menacé de le faire en février dernier, quelques jours avant la tenue de la réunion diplomatique de Minsk.

 

L’escalade qui en résulterait pourrait amener Moscou à soutenir les rebelles, qui ne demandent que cela, pour une reprise de Marioupol et d’une partie de la région côtière, afin de faire de l’ensemble du territoire conquis un nouveau « conflit gelé » de longue durée, et ainsi garder une hypothèque sur l’avenir de l’Ukraine.

 

Les Ukrainiens, mais aussi les Russes, paieraient alors un prix très lourd, notamment par le renforcement de l’autoritarisme et des aspects les plus détestables et inquiétants de la dernière mouture du régime Poutine.

 

Le glissement de la Russie vers la Chine et l’Asie, qui n’a jamais été son premier choix, se poursuivrait, l’isolant davantage du monde occidental. Ce dernier attendrait un changement de régime qui pourrait mettre beaucoup de temps à venir, et même voir l’instauration d’un pouvoir plus répressif et plus rétrograde que l’actuel.

 

Notes :

[1] - Jacques Lévesque : Professeur émérite à la faculté de science politique et de droit de l’Université du Québec à Montréal. Co-auteur de La Russie et son ex-empire : reconfiguration géopolitique de l’ancien espace soviétique, Presses de Sciences Po, Paris, 2003.

(2) L’octroi du Membership Action Plan (MAP) à l’un ou l’autre des ces deux pays ne pourrait plus faire l’unanimité (nécessaire) des membres de l’OTAN dans son état actuel. Lire « La Russie est de retour sur la scène internationale », Le Monde diplomatique, novembre 2013.

(3) Jean-Marie Chauvier, « Eurasie, le “choc des civilisations” version russe », Le Monde diplomatique, mai 2014.

(4) L’accord paraphé par les parties et par le représentant de M. Poutine, M. Dmitri Kozak, prévoyait une chambre haute donnant 50 % des sièges aux Moldaves et 50 % à la Transnistrie et à la Gagaouzie, qui, ensemble, disposaient d’une capacité de blocage sur des questions majeures en matière de politique internationale et de défense, alors qu’elles comptaient pour 18 % de la population. Lire Jens Malling, « De la Transnistrie au Donbass, l’histoire bégaie », Le Monde diplomatique, mars 2015.

(5) Jacques Lévesque, « Annexion de la Crimée par la Russie : quelle est la stratégie du Kremlin en Ukraine ? », Diplomatie, n° 21, juin-juillet 2014.

 

Pour en savoir plus :

- UE-Ukraine: la vérité se fraye un chemin

- Thierry Mariani : la politique étrangère américaine est porteuse de discorde et de chaos

- L’Ukraine en voie de dislocation

- L’Ukraine sera fédérale ou ne sera plus

- Un reportage de Canal+ sur le Maïdan ukrainien vilipendé par les médias et menacé de déprogrammation

- TV. Derrière les masques de la révolution ukrainienne

- Interdiction de dire la vérité sur l’Ukraine ? Paul Moreira répond aux critiques sur son film sur les nazis de Maidan !

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9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 08:18
TAFTA : Le double discours PS quant aux tribunaux d’arbitrage privés

Sources : le Parti de Gauche par Thomas Mazelier

Au mois d’avril, l’Argentine a été condamnée par un tribunal d’arbitrage à verser 382 millions d’euros à la multinationale Suez environnement. Le tort de la ville de Buenos Aires ? Avoir résilié le contrat de gestion de l’eau à cause de la mauvaise qualité de celle-ci et d’une hausse des tarifs de 10% pratiquée par la multinationale.

 

Voilà à quoi nous devrons nous attendre, si jamais les tribunaux d’arbitrages font partie du Grand Marché Transatlantique (GMT). La mobilisation citoyenne contre les tribunaux privés commence à faire effet. Sentant le vent tourner, le Parti Socialiste (PS) et le gouvernement, adaptent leurs discours et orchestrent une opposition de façade.


Comme l’a martelé le premier secrétaire du PS : « sur le traité TAFTA, je veux être clair : à cette étape, c’est ’non’, ’no’, ’nein’, ’oxi’ ! ». On notera pourtant l’importance du terme « à cette étape », qui marque la défiance toute relative de Jean-Christophe Cambadélis à l’égard du GMT et des tribunaux d’arbitrage. Il en va de même des eurodéputés du PS qui ont soutenu pendant des années toutes les résolutions sur le GMT au parlement européen.

 

Le secrétaire d’état au commerce extérieur Matthias Fekl (PS), en charge du dossier sur le GMT se prétend lui aussi contre l’instauration de tribunaux d’arbitrages privés. Pourtant, loin de fermer la porte à la pratique de l’arbitrage, comme le prétend le PS, il entend « réformer » le système arbitral afin « d’instaurer un nouveau moyen de régler les différends entre États et investisseurs ».

 

Dans une série de recommandations déposées à Bruxelles le 2 juin, le secrétaire d’État propose : de « préserver le droit à réguler des États » ; la mise en place d’une cour permanente d’arbitrage au niveau de l’Union Européenne ; le « renforcement de l’éthique des arbitres ». Ces propositions, qui représentent la position du gouvernement français, ne s’opposent pas au principe même de l’arbitrage. Ces réformes « cosmétiques », laissent entière la possibilité pour les multinationales, d’attaquer devant un tribunal d’exception nos choix collectifs.

 

Le 10 juin dernier, ce n’était même pas la position française qui devait être débattue au Parlement européen, mais une résolution soutenant la nécessité des tribunaux d’arbitrages privés. La coalition formée par la droite et les sociaux-démocrates s’est fissurée devant la pression populaire. Martin Schulz, le président du Parlement européen, à du reporter le vote afin de camoufler l’opposition au GMT.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier : TAFTA & TISA

- Traité transatlantique. Les tribunaux privés toujours en question

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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 08:02
Des milliers d'Équatoriens se mobilisent pour défendre la révolution citoyenne contre le putsch des riches

Des milliers d'Équatoriens se mobilisent pour défendre la révolution citoyenne contre le putsch des riches

Un événement qui est resté inaperçu dans le médias occidentaux ! Normal, les oligarques sont à la manoeuvre avec le soutien des "pays libres" !

Dès que le gouvernement d'un pays refuse d'appliquer les recettes internationales du libéralisme, qui en Amérique Latine comme ailleurs exige de tout privatiser et de supprimer tout ce qui pourrait être des entraves à la toute puissance de la finance, il est taxé de dictatorial, de non respect de la démocratie.

Et s'il est impossible de le renverser par le scrutin électoral, alors entrent en action tous les mécanismes possibles de déstabilisation.

 

Source : blog de Martine Billard par Martine Billard membre de la direction du Parti de Gauche le 15-06-2015

- En Équateur, Rafael Correa a été élu président de la République pour la première fois le 26 avril 2006 au second tour avec 54,86% des voix.

Comme promis pendant sa campagne il a appelé à référendum pour mettre en place une assemblée constituante.

 

La nouvelle constitution issue de ces travaux a été adoptée le 28 septembre 2008 par 64% des électeurs avec entre autres les points suivants

  • le droit de tous aux soins médicaux, à la nourriture, à la sécurité sociale et à l'éducation
  • la gratuité des soins pour les personnes âgées ;
  • le renforcement du contrôle de l'État sur les ressources essentielles, tels le pétrole et les minerais ;
  • la possibilité d'exproprier et de redistribuer les terres arables inusitées ;
  • la légalisation des mariages homosexuels ;
  • la possibilité pour le président de se présenter pour un second mandat.
  • la reconnaissance d'une autonomie juridique pour les peuples autochtones du pays

 

- A la nouvelle élection présidentielle qui s'en est suivie le 26 avril 2009...

Rafael Correa a été élu selon la nouvelle constitution par 51,95% des voix au premier tour. Faute d'avoir pu l'écarter par les urnes, le 30 septembre 2010 un coup d'état policier éclate et séquestre le président qui est libéré par l'armée.

 

 

- Nouvelle élection présidentielle le 17 février 2013

De nouveau Rafael Correa est élu au premier tour avec 57,17% des voix. Vraiment désespérant pour tous ceux qui le honnissent et qui cherchent à le faire passer pour un dictateur !

 

 

- La prochaine échéance électorale est en 2017 et les grandes manoeuvres recommencent du côté de l'opposition.

Profitant du séjour du président hors du pays pour assister à la conférence entre l'Union Européenne et la CELAC (Communauté d'États latino-américains et caraïbes), l'opposition a appelé à des manifestations qui ont pris une tournure violente.

 

 

- Le motif en est la décision du gouvernement de modifier la loi qui taxe les héritages.

Actuellement, l'impôt ne concerne que les personnes percevant un héritage d'une valeur supérieure à 68 800 dollars, soit en gros 61 232 euros. En 2012, les 20% les plus riches s'accaparaient encore 52,5% des revenus (5 points de moins qu'en 2006), alors que les 4,1% les plus pauvres ne recevaient que 4,1% de la richesse nationale. Ce sont en fait surtout les classes moyennes qui ont profité d'une meilleure redistribution. Les grandes entreprises représentant 10% de l'activité du pays se sont attribuées 95,8% de la valeur des ventes en 2010. En 2013, l'Equateur était le pays avec la taxation des bénéfices la plus faible après le Chili, avec une moyenne de 34,6% contre 57% à l'échelle de la région.

 

 

- Certes la pauvreté a diminué de 10 points entre 2006 et 2012, mais il reste encore beaucoup à faire.

Le président Correa a donc décidé de présenter une loi de redistribution de la richesse, contre les plus-values immobilières et de lutte contre l'évasion fiscale. Les recettes ainsi dégagées seront reversées aux programmes sociaux. Le taux d'imposition variera de 2,5 à 77,5 %.

 

  • Actuellement l'impôt est exigible à partir d'un héritage d'une valeur de 68 800 dollars. Seulement 3 pour mille équatoriens reçoivent un héritage, ils ne sont que 3 sur cent mille à en recevoir un d'une valeur supérieure à 50 000 dollars et entre 2010 et 2014, seulement 5 en ont reçu un supérieur à 1 million de dollars.
  • Dorénavant les héritiers en ligne directe (enfants, parents, grands-parents, petits-enfants) ne seront pas imposables en dessous de 35 400 dollars (31 500 euros) soit 100 fois le salaire minimum (354 dollars mensuels qui concerne 18,17% de la population active).
  • A comparer avec la France où l'impôt (sauf récemment entre conjoints) est dû une fois décompté un abattement de 100 000 euros. Si on compare par rapport au niveau du salaire minimum, on voit que la proportion est identique.
  • L'impôt est ensuite progressif jusqu'à 47,5% pour les montants supérieurs à 566 400 dollars (504 096 euros) avec un taux maximum de 77,50 % pour un héritage dépassant les 849 600 dollars (756 322 euros).
  • En cas de transmission d'entreprise d'une valeur supérieure à un million de dollar, l'imposition est de 329 mille dollars selon la loi actuelle. Avec la nouvelle loi l'héritier sera exonéré d'impôt s'il transfère en actions à ces salariés cette somme due à l’État.

 

 

- Cette loi n'a donc rien d'une spoliation, mais c'en est encore trop pour les plus riches.

Selon le ministre de la Politique économique, Patricio Rivera, "la loi sur les héritages vise le secteur le plus élevé de la société, les 0,1% plus riches (....), 98% des Équatoriens ne paieront pas un centime".

 

On a donc vu hommes d'affaires et ultra-riches soutenus par la droite descendre dans la rue ces derniers jours et exiger le départ du président. Ils n'ont pas honte !

 

Leur tentative est vouée à l'échec, déjà leur nouvel appel à manifester hier, contre le retour du tyran, rien que cela !, a fait un flop.

 

La révolution citoyenne équatorienne continue pour plus de justice

sociale.

 

 

 

 

- Pour en savoir plus :

- Menace de coup d'Etat en Equateur ?

- L'équateur champion du monde de la reforestation

 

Equateur : tentative de déstabilisation du gouvernement Équateurien de Correa ?
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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 08:14
« L’UE, c’est l’antithèse de la démocratie » – Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie.

Sources : 360NEWS360X le 29 juin 2015

Le crescendo d’amertume et de querelles en Europe pourrait faire croire aux étrangers à une sorte de fin de partie plutôt amer entre la Grèce et ses créanciers. En réalité, explique Joseph Stiglitz[1] dans un article paru sur Project Syndicate, les dirigeants européens commencent juste à révéler la vraie nature de la controverse sur la dette actuelle, et la réponse n’a rien de plaisant : il s’agit bien plus de pouvoir et de démocratie que d’argent et d’économie.

 

L’économie derrière le programme que la « Troïka » (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) a imposé à la Grèce voilà cinq ans a sombré dans un gouffre, avec une chute vertigineuse de 25% du PIB. Aucune dépression n’a eu des conséquences aussi catastrophiques, commente Stiglitz, rappelant un simple fait : le taux de chômage parmi les jeunes dépasse aujourd’hui les 60%. Il est surprenant, poursuit le Prix Nobel, que la troïka refuse de reconnaitre ses échecs. Mais ce qui est encore plus surprenant est que les dirigeants européens n’en aient rien retenu.

 

Stiglitz rappelle que les énormes sommes d’argent prêtées à la Grèce ont terminé leur course dans les caisses des créanciers du secteur privé – y compris les banques allemandes et françaises. Le FMI et les autres créanciers « officiels » n’ont pas besoin de l’argent qui est réclamé aujourd’hui. S’il s’agissait d’un scénario de « Business as usual », cet argent serait très probablement à nouveau prêté à la Grèce.

 

Mais, encore une fois, ce n’est pas une question d’argent. Il s’agit en réalité d’utiliser les échéances pour contraindre la Grèce à se soumettre, à accepter l’inacceptable – non seulement des mesures d’austérité, mais aussi des politiques punitives de régression.

 

Mais pourquoi donc l’Europe fait-elle cela ? Pourquoi les dirigeants européens refusent-ils de prolonger de quelques jours l’échéance du 30 juin pour le remboursement de la Grèce au FMI ? L’Europe n’est-elle pas synonyme de démocratie ? En fait, c’est antithèse de la démocratie, répond Stiglitz : de nombreux dirigeants en Europe voudraient voir la chute du gouvernement de gauche emmené par Alexis Tsipras. Il n’est pas simple de conseiller les Grecs sur comment voter le 5 juillet, continue Stiglitz. Aucune des deux alternatives  – approbation ou refus des conditions imposées par la troïka – ne sera facile, et chacune comporte des risques énormes. Voter « oui » signifierait une dépression sans fin. Il est possible qu’un pays – qui aurait vendu tous ses biens et dont les jeunes auraient émigré – pourrait finalement obtenir l’annulation de sa dette ; peut-être qu’alors la Grèce pourrait obtenir l’assistance de la Banque mondiale. Tout ceci pourrait se produire pendant la prochaine décennie, ou la suivante.

 

A l’inverse, voter « non » laisserait au moins ouverte la possibilité pour la Grèce, avec sa forte tradition démocratique, de décider de son destin. Les Grecs pourraient saisir l’opportunité de construire ainsi un futur qui, même s’il n’est pas aussi prospère que par le passé, serait bien plus prometteur que la torture totalement déraisonnable qu’elle subit actuellement.

 

« Moi je saurais quoi voter, » conclut le Prix Nobel d’Économie.

 

Note :

[1] Joseph Stiglitz

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Piketty : "Entre 2009 et 2014, la Grèce est le pays qui a le plus réduit son déficit"

- L’Europe périt où la démocratie naquit.

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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 09:54
La Rochelle soutien au peuple grec : jeudi 2 juillet à 19h, cours des Dames

Appel au rassemblement des citoyens, syndicats, partis, associations pour un soutien au peuple grec :

jeudi 2 juillet à 19h, cours des Dames

 

Au mois de janvier 2015, le peuple grec s'est prononcé pour changer de politique et dire STOP à l'austérité imposée par la Troïka qui paupérise la population grecque et annihile toute possibilité de sortir le pays de la spirale infernale du déclin économique et social.

 

Suite à l’impasse des négociations due au refus du FMI et des institutions européennes d’annuler ou de restructurer la dette grecque, suite aux mesures d’économie drastiques et inhumaines imposées au pays*, le gouvernement grec appelle ses citoyens à se prononcer par referendum​, dimanche prochain, sur le plan d’accord soumis par les institutions européennes et par le FMI...et appelle clairement à voter non : OXI !

 

 

- L'Europe de la finance refuse toutes les mesures proposée par le gouvernement grec visant à soulager le peuple en taxant les nantis.

Quelques exemples de mesures refusées ou imposées par les institutions européennes et le FMI qui disent à Tsipras : pas touche aux riches !

  • Augmentation du taux d’imposition sur les sociétés : REFUSÉE
  • Taxe exceptionnelle de 12% sur les profits supérieurs à ​500​ ​000€ : REFUSÉE
  • Taxation des jeux en ligne : REFUSÉE
  • Suppression de l’allocation de solidarité pour les retraités les plus pauvres : IMPOSÉE
  • Augmentation de la TVA : IMPOSÉE
  • etc, etc.

 

Comme c’est prévisible, les médias et l’UE vont tout faire pour que la peur l’emporte sur la démocratie. Soutenons le peuple grec !

 

 

- Surprise ! Le PS Charente Maritime appelle au soutien du Peuple Grec

Le PS ira t-il jusqu’à dénoncer la politique d'austérité qu'Hollande, Moscovici et consort veulent imposer aux grecs ? Bien sur que non !

 

Le PS de Charente Maritime soutient-il l'appel à voter NON au référendum grec ? Bien sur que non !

 

Il soutient la déclaration du bureau national du PS qui appelle le peuple grec "à faire les concessions nécessaires", donc de nouvelles mesures d'austérité..... passant aux pertes et profits toutes les propositions faites par le gouvernement grec, notamment celles qui visent à soulager le peuple en taxant les nantis.

 

  • Le PS prend une position à usage de politique intérieure française pour se donner une image plus "solidaire et anti austéritaire" sans rien renier sur le fond de son soutien sans condition au FMI, à la Troïka, par peur que le peuple grec en disant NON,  fasse la démonstration qu'une autre politique est possible en Europe.

 

- Une fois cet éclaircissement effectué...... tout le monde est bienvenu !

 

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Les français solidaires du peuple grec : non à la soumission aux chantages de la troïka

La Rochelle soutien au peuple grec : jeudi 2 juillet à 19h, cours des Dames
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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 08:33
Selon le FMI, la plus grosse bulle financière de l’Histoire va bientôt exploser

Dans son dernier rapport sur la stabilité financière, le Fonds monétaire international sonne l’alarme. Son propos, sur la retenue comme d’ordinaire, n’est pas aussi explicite que le nôtre. LE BILAN ajoute, aux aspects conjoncturels relevés par le FMI, une analyse structurelle du système financier.

 

Sources :  LE BILAN par Benoit Delrue le 02-06-2015

C’est un événement planétaire. Le Fonds monétaire international (FMI), organisme basé à Washington né des accords de Bretton Woods en 1944, qui a largement contribué à bâtir le système financier actuel, tire la sonnette d’alarme. Généralement rassurante, l’institution sort de ses habitudes pour mettre le doigt sur ce qui « accentue les tensions » dans l’économie mondiale. Bien sûr, le discours tenu par le FMI reste sobre et évite soigneusement les formules catégoriques et trop explicites. Néanmoins, après avoir déjà consacré son avant-dernier[1] rapport régulier – biannuel ou trimestriel – sur la stabilité financière aux « risques » encourus par les acteurs publics et privés de la finance internationale, l’édition d’avril 2015 du document franchit une marche supplémentaire[2].

 

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La prochaine crise est inévitable. Pour le prouver, nous nous intéresserons de près aux signaux négatifs dont le FMI fait état, reposant comme à l’accoutumée sur une étude empirique des conjonctures. Dans un second temps, nous lierons à ces facteurs circonstanciels un examen structurel du système financier contemporain. Ce dernier, par une analyse plus profonde, sera révélé pour ce qu’il est – un géant aux pieds d’argile, sans cesse grandissant pour nourrir en milliards la caste des ultra-riches.

 

 

- Le printemps des crises

Le FMI fait état d’une conjoncture qui, mois après mois, « intensifie les risques » de survenue d’une nouvelle crise financière. Certains éléments, salués en France par les dirigeants politiques et les économistes de cabinet comme très favorables pour l’économie nationale, sont profondément déstabilisateurs pour le système international. Autrement dit, les causes d’une croissance française « élevée », à 0,6% au premier trimestre selon les estimations bienveillantes de l’Insee, mettent en danger des acteurs économiques de premier rang – donc l’équilibre financier planétaire.

 

 

- Taux d'intérêt records en France et en Allemagnerises

Le 1er juin 2015, les taux d’intérêt auquel la France emprunte sur les marchés ont atteint un nouveau record[3]. A dix ans, les obligations ont atteint le seuil de 0,8080% ; pour les maturités les plus courtes, les taux sont même négatifs depuis des mois, et ont même franchi, ce jour, la barre du -1% pour les échéances de trois ans. Une bonne nouvelle, à priori : enfin, l’Etat semble sortir des milliards d’euros d’intérêts réglés chaque année à ses créanciers. Sur LE BILAN, nous avons d’ailleurs insisté sur l'arnaque géante que représente la dette publique pour les travailleurs français. Mais du point de vue de l’équilibre des marchés, c’est une toute autre histoire.

 

En réalité, la ruée vers les dettes allemandes et françaises met à mal la rentabilité du secteur de l’assurance. L’outre-Rhin emprunte également à des taux très bas, pour une raison simple : comme les obligations françaises, les allemandes représentent le risque le plus faible du marché. Les compagnies d’assurance misent des quantités astronomiques de capitaux, souvent dans des placements périlleux. La probabilité de voir s’effondrer ces investissements, lucratifs mais dangereux, oblige les entreprises à placer certains œufs dans des paniers plus sûrs. Les emprunts des Etats ont toujours représenté une solidité, une garantie de remboursement quoiqu’il advienne. Mais dans la zone euro, certains pays ont inspiré davantage de craintes que de confiance : la Grèce, l’Italie, le Portugal ont subi, ces dernières années, des phénomènes de désinvestissement massif en raison des inquiétudes de restructuration de leurs dettes publiques ; et par le jeu du marché, leurs taux se sont alors relevé subitement, entraînant parfois de graves conséquences.

 

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A contrario, face à l’instabilité des Etats du sud, les premières puissances de l’Union européenne ont incarné dans l’esprit des financiers une certaine intangibilité. Les dettes françaises et allemandes, malgré la santé relativement mauvaise de l’économie hexagonale, sont devenues les valeurs-refuge par excellence. Mais y investir a représenté un coût toujours plus important : désormais, ce sont les créanciers qui payent ces gros Etats pour pouvoir placer leurs capitaux entre leurs mains, d’où les taux négatifs. La loi du marché, théâtre d’un rapport de force permanent entre l’offre et la demande donne parfois des situations comme celles-ci ; et plus les investisseurs sont nombreux à acquérir des obligations françaises et allemandes, plus les taux d’intérêt continueront à baisser.

 

L’observateur non-averti pourrait croire que chacun trouve son compte dans ce mécanisme. Il sous-estimerait lourdement les pratiques hasardeuses, voire fâcheuses, des compagnies concernées. Axa, Predica, et Allianz vendent des contrats d’assurance en garantissant des taux de rémunération supérieurs ; elles promettent un rendement élevé aux particuliers, qui contractent des assurances-vie, des retraites par capitalisation ou placent leur épargne sur des investissements présentés comme profitables. Mais les difficultés du marché à restaurer la confiance, et les taux toujours plus bas des placements obligataires, creusent toujours plus l’écart avec les revenus prédits, dont les assurances jurent de se faire les garantes. En bout de course, les compagnies se rapprochent toujours plus du précipice, et leur chute pourrait être extrêmement sévère.

 

Au printemps déjà, le FMI mettait sérieusement en garde contre le phénomène de tension qui s’opère sur ce marché. Dans son rapport sur la stabilité économique mondiale, publié en avril, l’institution souligne que « la persistance des faibles taux d’intérêt mettra à rude épreuve un grand nombre d’établissements financiers ». Après avoir atteint, peu après la publication du rapport, le record absolu de 0,3%, puis être revenus à plus de 1% début mai, les intérêts des obligations sur dix ans replongent à nouveau. Or, le Fonds allait encore plus loin : « les tests de résistance réalisés par l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles font apparaître que 24% des assureurs risquent de ne pas pouvoir tenir leurs exigences de solvabilité, dans un scénario de persistance de faibles taux d’intérêt ». Autrement dit, dans ce « scénario » qui est de loin le plus probable de tous, un quart des compagnies se retrouveraient, ni plus ni moins, en incapacité de régler les prestations à leurs assurés – qu’il s’agisse de complémentaires retraites ou de tout autre contrat. L’ensemble du secteur de l’assurance, qui détient les capitalisations les plus élevées de la planète, se retrouverait bientôt plongé dans une crise aux conséquences faramineuses, et dont personne ne sait aujourd’hui s’il sera possible d’en sortir.

 

 

- Le pétrole et la guerre

Outre la crise des assurances, qui menace de frapper de plein fouet la zone euro, la situation internationale n’est pas au beau fixe. Un autre facteur, présenté en France comme bénéfique pour notre économie, est au cœur des préoccupations : la chute drastique du prix du pétrole. Le baril de Brent, après avoir atteint son plus haut historique à près de 140 dollars en juin 2008, avait largement pâti de la crise financière en tombant sous la barre des 40 dollars six mois plus tard. Mais son cours s’était immédiatement repris, revenant à 70 dollars en mai 2009, et oscillant autour des 100 dollars pendant près de cinq ans.

 

Petrole

Voici exactement un an, le baril était à plus de 110 dollars : il entama, alors, sa baisse la plus longue jamais observée. Jusqu’en janvier 2015, pas un jour n’est passé sans que le prix du pétrole finisse par baisser ; après une timide reprise en mars, son cours stagne depuis deux mois et les observateurs craignent une nouvelle chute, vers les abysses cette fois. Au passage, si le Brent est le plus représentatif avec près de deux-tiers des échanges mondiaux, il est important de souligner que le baril de pétrole américain suit exactement la même courbe, avec la même baisse historique durant six mois[4]. Bien sûr, les Français ont vu ce phénomène comme une bonne affaire : notre pays, très consommateur d’essence et dénué de toutes ressources, a vu ces événements comme un soulagement. Le mauvais présage de feu Christophe de Margerie, patron de Total jusqu’à son décès en octobre dernier, qui prévoyait pour les prochains mois un prix à la pompe de 2 euros pour le sans plomb, était écarté. Mais là encore, les conséquences d’un processus excessifs seront lourdes.

 

Les pays exportateurs de pétrole, qu’il s’agisse des monarchies du Golfe ou des pays d’Amérique Latine, dont le Venezuela de notre camarade Nicolas Maduro, se retrouvent en grave difficulté financière. Le cercle vicieux est en œuvre depuis maintenant un an : la baisse du baril entraîne logiquement des profits moins élevés pour les Etats producteurs ; leurs dettes publiques et leurs devises deviennent des placements moins avantageux, voire plus dangereux, ce qui provoque le départ de nombreux financiers ; ces pays se trouvent pris dans un certain étau, entre moins de profits et moins d’investissements. Les entreprises qui y ont encore leurs placements, pour beaucoup européennes et américaines, font face à des risques toujours plus élevés pour leurs trésoreries. Plus globalement, la sortie accélérée des capitaux en devises monétaires concernées entraîne un cercle vicieux, qui déstabilise complètement le marché international des changes.

 

Ce dernier vacille d’autant plus qu’un autre facteur vient perturber l’équilibre financier du capitalisme planétaire, et non des moindres : les guerres. Les années 2010 voient une très forte recrudescence des hostilités armées, dont la présentation par nos « grands » médias comme de simples guerres civiles cache mal l’ampleur de leurs répercussions. Tout particulièrement, les guerres libyenne et syrienne, largement encouragées par l’OTAN qui a financé et armé les prétendus « rebelles », déstabilisent des régions entières, voire des continents. Le Maghreb et le Moyen-Orient pâtissent sévèrement, d’un point de vue financier, de la montée en puissance des groupes djihadistes. La Libye et la Syrie étaient des modèles économiques, tant en point de vue de leur produit intérieur que de la distribution des revenus au sein de leurs populations. Cette relative prospérité a poussé leurs voisins à lier des capitaux aux leurs, tant elles représentaient une stabilité prometteuse. Les événements meurtriers, qualifiés de « printemps arabe » alors qu’ils étaient pour l’essentiel provoqués par des milices de mercenaires, ont profondément rebattu les cartes dans les régions.

 

Les puissances occidentales, Union européenne et Etats-Unis en tête, minimisent largement l’aspect économique de ces guerres ; d’une part, parce qu’elles les ont délibérément déclenchées, d’autre part, parce que des pays comme les USA ou la France placent leurs pions sur l’échiquier économique. En Libye, par exemple, Total s’est rué sur les exploitations pétrolières, faisant peu de cas de la population locale et de son devenir. En Syrie, le pari fait par la France est d’abord et avant tout la chute du régime d’El Assad, encore aujourd’hui malgré l’horreur incarnée par Daech. De solides, la Syrie et la Libye sont désormais vouées à s’écrouler dans le ventre mou du tiers-monde. Mais d’autres entreprises occidentales ou internationales avaient misé gros sur les économies syrienne et libyenne ; nombre d’entre elles ont procédé au retrait d’une quantité importante de capitaux. Et ce phénomène a, lui aussi, bouleverse le marché des devises.

 

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La dépréciation rapide des taux de change accentue les tensions qui pèsent sur les entreprises fortement endettées en devises [des Etats producteurs de pétrole ou en guerre] et cela a provoqué de fortes sorties de capitaux des pays émergents », constate le Fonds monétaire international. Ce dernier souligne la gravité financière des événements actuels : « l’augmentation de la volatilité des principaux taux de change a été la plus forte depuis la crise financière mondiale. La diminution des liquidités sur les marchés des changes et les marchés obligataires, de même que l’évolution de la composition des investisseurs, ont accentué les frictions dans les ajustements de portefeuille ». Les « frictions » dans les « ajustements » sont des euphémismes : même s’ils jurent ne jamais céder à la panique, l’assombrissement des perspectives internationales donne aux investisseurs des sueurs froides.

 

 

- Faillites bancaires en pagaille

Petit à petit, les conditions d’un krach se réunissent. Aux éléments observés par le Fonds monétaire, d’autres phénomènes sont à étudier de près. La  situation des marchés financiers, en particulier en Europe, donne à elle seule un signal extrêmement pessimiste pour l’avenir immédiat.

 

C’est d’abord une banque autrichienne qui a provoqué en Europe centrale des remous démesurés. Depuis la crise de 2008, Hypo Alpe Adria (HAA) est incapable de sortir la tête de l’eau, empêtrée dans toutes sortes de placements toxiques. En grave difficulté depuis 2014, ses problèmes viennent pour l’essentiel de sa filiale Heta, spécialisée dans les investissements à risque. Pour maintenir ses activités, HAA se voyait régulièrement aidée par les fonds publics : entre 2008 et 2015, ce sont 5,5 milliards d’euros qui ont été versés, sans contrepartie ni remboursement, par l’Etat autrichien à la banque. Face à la colère des contribuables, et à l’impasse de la situation, l’Autriche a pris une décision le 1er mars dernier : ne plus donner un euro à Heta, dont les actifs ne représentaient plus alors que 280 millions d’euros. Mais cette structure était organiquement liée à de nombreux acteurs financiers, en Europe de l’Est et également en Allemagne.

 

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C’est notamment la Düsseldorf Hypotherkenbank, basée dans la capitale de Westphalie, qui a pâti le plus immédiatement de la faillite annoncée de Heta. Banque modeste et entièrement liée à HAA, Düsselhyp représente néanmoins une première étape d’un « effet boule de neige considérable[5] », concède le quotidien libéral en ligne la Tribune  : « avec un impact initial de 280 millions, on met en péril un bilan de 11 milliards, et un marché de quelque 400 milliards d’euros ». Pour éviter la contagion, l’Association allemande des banques privées (BdB) a immédiatement pris le contrôle de la Düsselhyp ; mais cette dernière n’est pas la seule concernée par la faillite de la filiale de la HAA, loin s’en faut. La bavaroise BayernLB et Dexia Kommunalbank sont exposées à hauteur de plusieurs milliards. Si les flammes apparentes ont été étouffées, le brasier pouvant provoquer une crise bancaire en Europe centrale reste intact.

 

Parallèlement, un pays bien plus petit mais plus proche de nous était ébranlé par une crise de premier ordre : Andorre. La principauté, dont le président de la République française est également le chef d’Etat, a fait face à une déstabilisation jamais vue. La Banque privée d’Andorre (Banca Privada d’Andorra, BPA) s’est retrouvée sous la coupe d’une enquête américaine, ouverte le 10 mars par la FinCEN, organisme attaché au Trésor chargé de lutter contre le crime financier. En cause, la BPA avait blanchi l’argent de mafias chinoises, russes et vénézuéliennes, selon les autorités américaines. L’aspect géopolitique dans l’affaire est important, tant les trois pays cités constituent des adversaires de premier plan pour l’impérialisme états-unien ; du point de vue économique, qui nous intéresse ici, l’affaire a provoqué un déficit de confiance sans précédent pour les plus de 7 milliards d’actifs de la BPA. Le petit Etat a pris le contrôle de la banque, fait inédit dans son histoire ; mais, comme le rappelle la Tribune[6], Andorre n’a « pas de filets de sécurité ». N’étant pas membre de la zone euro, la Banque centrale de Francfort ne le renflouerait pas en cas de faillite ; or, les actifs de la BPA sont deux fois supérieurs au produit intérieur brut de la principauté. Si elle venait à déposer le bilan, elle entraînerait dans sa chute bien d’autres institutions, à commencer par les banques espagnoles avec lesquelles elle entretient des partenariats financiers privilégiés.

 

Pendant ce temps, les tensions grandissantes entre Europe et Russie ont coûté au grand pays une grave crise bancaire, qui n’a pas fini de le secouer. De nombreux établissements ont fait faillite au printemps, passant les uns après les autres sous la tutelle par la Deposit Insurance Agency (DIA), l’organisme public chargé de reprendre les banques déposant le bilan. En mars, l’équivalent de 18 milliards d’euros manquait aux banques pour assurer leurs financements, rendant dès lors insuffisant le plan de recapitalisation de 13 milliards mis en place par l’Etat. « Un quart des banques russes sont au bord de l’asphyxie », annonçaient alors Les Echos[7]. Pour éviter de se retrouver, elle-même, en difficulté, la géante Sberbank se refusait alors à toute aide vis-à-vis de ses concurrents. Malgré son intransigeance apparente, elle a accusé de lourdes difficultés au premier trimestre, avec une division par deux de ses bénéfices sur un an selon les résultats annoncés la semaine dernière[8]. Le premier facteur de ces résultats est intrinsèque au système bancaire, avec notamment une diminution de 16% des revenus nets tirés par la banque des intérêts des crédits.

 

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Enfin, après l’Allemagne et Andorre, c’est un autre voisin de la France qui semble proche de la tempête depuis ce printemps : l’Italie. Le cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC) a dévoilé, le 25 mars, un rapport qui a mis le feu aux poudres dans le microcosme de l’investissement financier. L’entreprise américaine d’audit et conseil, reprise par le magazine Challenges au mois d’avril[9], souligne « l’inflation galopante des crédits à risques des banques italiennes ». « Les prêts douteux augmentent sans cesse », souligne Jacques Sapir : « ils sont proches de 15 à 20% là où ils devraient être à 5% ». Du propre aveu de la Banque d’Italie, ces « prêts non performants » ont atteint 185 milliards d’euros en janvier, et continueront à augmenter en 2015 d’après PwC. Le système bancaire de notre voisin latin ne trouve plus grâce aux yeux des cabinets de conseil, comme Alpha Value, qui insiste sur le « fonctionnement coûteux » d’un « système éclaté », où « le niveau de fonds propres des banques est très bas ». La réaction est sans appel : les capitaux fuient désormais le pays. Après trois ans et demi de baisse, les taux d’intérêts des obligations italiennes remontent depuis trois mois[10], créant pour la finance nationale des tensions accrues. Challenges rappelle que « cette faiblesse a été mise en lumière par les tests de résistance de la BCE, en octobre, puisque neuf banques italiennes sur les quinze soumises à l’exercice ont échoué » aux « stress tests » de la Banque centrale. L’hebdomadaire économique, chantre du capitalisme, se fait franchement pessimiste sur l’avenir proche de la péninsule, reprenant en chapeau les propos de Sapir : « on peut s’attendre à une crise bancaire italienne majeure cet été ».

 

 

- Le retour des subprimes

Comme le veut la logique du marché, l’incertitude règne sur la suite des événements. Nous ne nous ferons pas oiseau de mauvais augure : il est impossible d’affirmer si la prochaine crise surviendra effectivement cet été. Néanmoins, le système financier est de plus en plus sous pression et les signaux négatifs ne manquent pas. Les faillites bancaires européennes, survenues pour des raisons diverses, restent jusqu’à présent des phénomènes isolés – mais, ajoutés aux processus globaux analysés par le FMI, créent les conditions d’une nouvelle crise.

 

Les « grands » médias se gardent bien d’aborder frontalement la question, trop attachés à défendre le système capitaliste, en glorifiant par exemple le 0,6% de croissance française. S’il est effectivement absurde de chercher à prédire la date du prochain krach, analyser en profondeur la situation des banques est par contre possible, utile et nécessaire. Il apparaît alors clairement que la prochaine crise aura bien lieu ; et qu’elle aura un retentissement, dans le monde et en France, sans doute plus puissant encore que celle de l’automne 2008. Pour comprendre le dernier krach, comme celui à venir, étudier la question des subprimes est éclairant. Loin d’être d’un autre âge, elle en dit long sur le système financier contemporain.

 

 

- Le d'or

A l’origine se trouve un système bancaire entièrement basé sur le crédit, dont les Etats-Unis sont le fer de lance. Au pays du « rêve américain », les revenus des travailleurs ont été comprimés pendant plus d’un demi-siècle ; à mesure que les profits des plus riches grimpaient en flèche, grâce aux hausses de production et aux gains de productivité, les salaires proportionnels n’ont fait que baisser. Pour soutenir artificiellement la consommation des ménages, les banques ont donc développé un outil formidable : les crédits à la consommation. Emprunter de l’argent est devenu toujours plus facile : pour acheter une maison ou une voiture, bien sûr, mais aussi un lave-linge, un aspirateur, et enfin pour payer ses baguettes. Les cartes de crédits, qui sont devenues la norme, permettent de régler ses achats du quotidien non plus avec l’argent présent effectivement sur le compte bancaire, mais avec de l’argent prêté par la banque que le consommateur devra rembourser les mois suivants. Comme chaque prêt, il comporte des taux d’intérêts élevés ; et avec un pouvoir d’achat artificiellement augmenté, les Américains se sont en fait retrouvés de plus en plus dans l’étau des banques.

 

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Aux Etats-Unis, le phénomène de surendettement atteint des niveaux inimaginables en Europe ; des millions de foyers sont concernés. Dans un ersatz de régulation du système se sont développées les agences de notation : chaque créditeur, chaque individu qui emprunte de l’argent, se voit attribuer une note sur 1.000, allant de la solidité financière incarnée (1.000) à l’insolvabilité la plus totale (0). Ce système, le « FICO score », introduit en 1989 par la société de logiciels informatiques éponyme, s’est institutionnalisé et il n’est plus une compagnie de crédits qui ne le prend en compte. Dès la fin des années 1990 s’est formée une nouvelle catégorie de la population, les « mauvais payeurs », accumulant les dettes et les retards sur leurs remboursements : les subprimes. Fixé historiquement à 640, puis variable[11], il est un niveau du FICO score en-dessous duquel les ménages ne peuvent plus contracter de nouveau prêt, sauf à accepter des conditions particulières. A partir de 2001, le nombre d’individus catégorisés subprimes n’a cessé de croître.

 

Dans un processus décortiqué avec talent par Michael Moore dans son film Capitalism : A love story[12], les banques ont mis en place au début des années 2000 un système pernicieux. Les familles surendettées se sont vues proposer de prendre un crédit sur l’hypothèque de leur logement : en pleine ascension des prix de l’immobilier, s’est diffusée l’idée selon laquelle les maisons sont des « tas d’or », des « banques » à elles seules. Si un ménage, même endetté jusqu’au cou, vivait dans une maison estimée à 200.000 dollars, alors il pouvait emprunter une part proportionnelle à la banque, proche parfois de la valeur estimée du bien. Du point de vue des banques, le calcul était simple : en prêtant de l’argent, les ménages pourront consommer, investir, vivre mieux et dégager bientôt de quoi nous rembourser ; pour ce service, nous pouvons appliquer des taux d’intérêts fluctuants, très profitables, indexés sur le marché pour maximiser le rendement des prêts hypothécaires ; enfin, si la famille en vient à ne plus payer ses traites, nous pourrons saisir le logement, ce qui constitue une garantie de remboursement à coup sûr. Chacun sait aujourd’hui que ce scénario ne s’est pas déroulé comme prévu.

 

 

- La perversion du système

Si le mécanisme de crédits en était resté là, tout injuste qu’il est pour des travailleurs pris à la gorge, il n’aurait pas provoqué la tempête de 2008. En réalité, le système va beaucoup plus loin. La finance capitaliste repose sur un principe élémentaire : les établissements prêtent de l’argent qu’ils n’ont pas. Pour bien comprendre, nous allons prendre un exemple abstrait.

 

Mettons que mille individus demandent, chacun, un prêt de mille dollars à la banque A. Celle-ci n’a pas un million d’euros en poche ; mais elle peut en avoir seulement  100.000, soit 10%, et accorder malgré tout ces prêts. Le procédé est simple : pour récupérer le million de dollars, elle recourt marché financier. En émettant des actions, elle peut se financer massivement, pour réaliser ses opérations et au final, donner à ses financeurs une bonne rentabilité. Le plus souvent, ça fonctionne très bien : la banque A, si elle applique un taux d’intérêt moyen de 5% à ses clients, en redistribuant 3% aux actionnaires et en empochant 2% de commission, fait une excellente affaire. Cela signifie qu’elle a gagné 20.000 dollars, pour avoir prêté un argent qu’elle ne possède pas ; et au passage, elle a grassement rémunéré les actionnaires, qui auront davantage confiance en elle.

 

En réalité, les sommes sont bien plus élevées, donc les risques aussi. Pour parer les probabilités de ne pas se voir rembourser, la banque A veille à mutualiser les risques. Elle combine les engagements financiers : si une action reposait, au bout du compte, sur un seul crédit, elle ne vaudrait plus rien au cas où l’endetté ne rembourserait pas. La banque A veille donc à ce que chaque titre sur le marché corresponde à une somme de parts dans de nombreux crédits, étalés temporellement et géographiquement : c’est la titrisation. De plus, notre banque émet en réalité des actions pour un montant supérieur aux prêts qu’elle fournit aux ménages ; ainsi, elle place des capitaux dans une multitude d’investissements, sûrs ou très rentables. Avec une trésorerie toujours égale à 100.000 dollars, la banque A peut donc brasser, par exemple, deux millions de dollars sur les marchés financiers : tout repose sur la promesse de gains contenue dans le bénéfice qu’elle réalisera sur cette capitalisation élevée.

 

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Là où l’affaire se corse dangereusement, c’est que les deux millions de dollars de capitalisation font eux-mêmes l’objet d’une spéculation. A partir de ces actifs financiers sont émis des dérivés de crédit, consistant en des options d’achats – mais pas des promesses – des actions concernées. Ce mécanisme permet, a priori, de réduire les risques : un autre financeur, l’acheteur du dérivé, se porte garant pour l’actif et le « protège ». En réalité, c’est un moyen pour les financeurs de doper dans des proportions astronomiques la quantité de capitaux, donc les revenus qui leur sont liés – les dividendes notamment. Ce commerce juteux s’est placé, ces dernières décennies, au cœur du système financier international. Pour l’exemple de la banque A, les deux millions d’actifs financiers peuvent faire l’objet d’un montant équivalent de dérivés de crédit. La capitalisation totale de l’affaire est donc portée à quatre millions de dollars ; le tout, alors que seul un million a été effectivement prêté, et pourra fera l’objet de remboursement ; et alors que la trésorerie de la banque A est, encore et toujours, à 100.000 dollars, soit moins de 3% de la capitalisation totale prenant en compte les dérivés.

 

L’exemple présenté, derrière des sommes abstraites pour rendre les mécanismes intelligibles, est loin d’être une exception : c’est le modèle de la finance capitaliste. Il est question ci-dessus de dollars, pour ne pas trancher avec le présent exposé sur les subprimes ; mais le raisonnement reste parfaitement valable en euros ou en francs, étant donné que le mécanisme est tout autant utilisé par les compagnies d’assurance et les banques françaises. Revenons donc à notre exemple. A partir d’un millions de dollars dans l’économie réelle, qui représentent déjà un pouvoir d’achat artificiel pour les ménages endettés, ce sont quatre millions qui peuvent transiter sur les marchés et arroser copieusement les gros porteurs d’actions. Le système tient parce que les capitaux se renouvellent, parce que les ménages continuent de contracter toujours plus de crédits immobiliers ou à la consommation, et parce que les mouvements de fonds sont permanents. Il subsiste même si, parmi les 1.000 individus qui ont emprunté mille dollars à la base, 50 en viennent à ne pas pouvoir rembourser.  Mais à 100 insolvables, le système vacille dangereusement ; et si la confiance se perd, les capitaux s’enfuient aussi rapidement qu’ils sont arrivés.

 

 

- La crise des subprimes

Différents facteurs ont progressivement conduit à la crise des subprimes, survenue en août 2007. D’abord, les taux d’intérêts appliqués par les organismes de crédits pour les prêts hypothécaires se sont envolés, quand la Réserve fédérale – la banque centrale états-unienne – a rehaussé son taux directeur, de 1% en 2004 à plus de 5% en 2007. Dès lors, le montant des échéances mensuelles ont grimpé pour ceux qui avaient souscrit à un crédit subprime. Une raison rarement évoquée par les observateurs est le marasme économique états-unien : comme en France, bien qu’à un degré moindre, l’appareil industriel des USA a été progressivement démantelé, ces dernières décennies, par les grands groupes capitalistes qui ont délocalisé la production en Asie. Dans leur pays d’origine, ces entreprises maintenaient un chiffre d’affaire artificiellement élevé par de nombreux engagements financiers avec le secteur de la bancassurance ; ce n’est donc pas pour rien si des géants, comme General Motors, sont passés en 2008 à deux doigts de la faillite. Toujours est-il que le chômage des Etats-Unis a grimpé au cours des années 2000, renforçant la condition de pauvreté des travailleurs américains, et donc leur incapacité à payer leurs traites.

 

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Dès lors, un nombre grandissant de ménages se sont vus dans l’incapacité de régler les échéances mensuelles. Le phénomène grandissant, il a d’abord mis en danger les asset-backed security, ou ABS, les titres financiers conçus à partir des crédits subprimes. Les banques et assurances propriétaires de ces titres les avaient, elles-mêmes, transformés en toutes sortes de dérivés de crédits, dont les collateralised debt obligation ou CDO, considérés sûrs car mêlant les créances immobilières des subprimes à des titres obligataires émis par les Etats. Le rendement promis pour ces produits financiers était élevé, c’est pourquoi certains établissements, financiers voire immobiliers, s’étaient spécialisés dans la détention de ces titres. Plus les organismes détenaient de ces actions « toxiques », et plus rapidement ils se sont retrouvés piégés. En 2007 puis en 2008, ce sont des poids lourds qui ont successivement été atteints par la paralysie financière : la banque Bear Stearns, d’abord, pionnière dans les méthodes de titrisation – parfois répétées sur les mêmes produits pour espérer créer une cascade de profits. Investie à plus de 80% sur le marché des capitaux, délaissant l’économie réelle comme la gestion de patrimoine (10%), la Bear était la cinquième banque d’affaires de Wall Street. En situation de dépôt de bilan, elle a été rachetée en mars 2008 par la banque commerciale JPMorgan Chase à 10 dollars l’action, soit treize fois moins que son niveau d’octobre 2007.

 

Au printemps 2008, certains pensaient que le pire était passé ; mais l’étau ne faisait que commencer à se refermer sur des acteurs plus importants encore, comme le retrace le captivant docu-fiction Too big to fail[13]. Fannie Mae (FNMA) et Freddie Mac (FHLMC), deux sociétés par actions créées par le gouvernement fédéral pour augmenter la taille du marché des prêts hypothécaires, se sont retrouvées asphyxiée : à elles deux, elles assuraient envers les organismes de crédits 5.200 milliards de dollars d’hypothèques, soit des centaines de fois leurs fonds propres. Fin juillet, au bord de la faillite, le Trésor consent à prendre le contrôle des entreprises pour éviter la liquidation pure et simple. Enfin, ce fut au tour de Lehman Brothers, quatrième banque des Etats-Unis, de se retrouver sous le feu des projecteurs. Les événements ont alors sévèrement démenti l’adage courant dans le milieu de la finance américaine, appliqué notamment dans le cas de cette banque, selon lequel l’établissement serait « trop gros pour faire faillite ». Mi-septembre, faute de repreneurs, Lehman Brothers n’a eu d’autre choix que d’être liquidée, faisant s’envoler les promesses de rendements et de remboursements des innombrables acteurs financiers engagés avec elle. La faillite de la banque fut l’élément déclencheur du krach boursier international.

 

 

- Recave géante

Les observateurs se penchant sur l’étude de la crise financière mondiale se sont surtout focalisés sur la question des crédits subprimes, sur les conditions du marché américain, ou sur le comportement du Trésor – c’est d’ailleurs l’angle du téléfilm de HBO cité plus haut. Rares sont ceux qui se sont intéressés à la partie émergée de l’iceberg, le système financier lui-même.

 

Il est vrai que les subprimes, en tant que placements risqués qui ont fini dans le mur, sont l’élément déclencheur du krach international ; mais, finalement, ils n’en sont pas le moteur. La cause première de la crise réside dans la structure même de la finance capitaliste, c’est-à-dire la titrisation et la production de dérivés de crédits. Complexe et technique, la question est soigneusement évitée par les « grands » médias, tant obnubilés par leur audience que défenseurs invétérés du capitalisme contemporain. Pourtant, c’est bien la structure même de l’économie qui permet une telle spéculation, et qui engendrera des crises toujours plus violentes.

 

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Au lendemain de la crise financière, les chefs d’Etat, rassemblés au Conseil européen ou au G20, ont multiplié les déclarations d’intention. En janvier 2009, Nicolas Sarkozy ouvrait à Paris la conférence internationale « Nouveau monde, nouveau capitalisme », en insistant : « on doit moraliser le capitalisme (…) ceux qui refusent la refondation, font le lit de ceux qui veulent détruire le capitalisme ». A ses côtés, Angela Merkel estimait que « la seule possibilité » était de « réformer le système financier », « pour inciter les marchés financiers à ne pas prendre trop de risque ». Tony Blair, alors jeune retraité de son poste de Premier ministre britannique et consultant financier pour les multinationales, abondait : « il faut une gouvernance mondiale afin de réguler le système financier face à la crise internationale ». Il est important de préciser que tous ces discours restèrent lettre morte. Plus aucun dirigeant ne parle de régulation, au contraire ; tous insistent sur le besoin de rendre l’économie « compétitive », donc de la libérer de toute contrainte – même, par exemple, pour établir un seuil de ratio entre fonds propres et capitalisation à ne pas dépasser.

 

Cette envie passagère de « moralisation » était une réponse contextuelle à des peuples interloqués par les sommes en jeu. En novembre 2008, pour « sauver les banques », les Etats ont mis des sommes astronomiques sur la table. Ainsi, la France a proposé 360 milliards d’euros de recapitalisation et d’argent frais aux banques qui le souhaitaient, une initiative alors saluée y compris par le Parti socialiste et le Front national, satisfaits de voir les grandes banques françaises extraites de la tempête. Sans aucune contrepartie, cette manne incroyable a été distribuée aux établissements financiers qui n’hésitaient pas, bientôt, à mordre la main qui les a nourris. Car ces centaines de milliards ont été financés par un large emprunt de l’Etat sur les marchés, c’est-à-dire aux mêmes banques et compagnies d’assurances bénéficiant du « plan de sauvetage » ; et elles n’hésitaient pas à tout faire pour maintenir, sur cette dette créée de toutes pièces, les taux d’intérêts les plus élevés. Dans un rare instant de lucidité[14], Le Monde relaya en janvier 2014 une étude selon laquelle « entre 200 et 300 milliards d’euros par an d’avantage financier » ont bénéficié aux banques européennes.

 

Même au cœur de la crise financière, en 2008, les principales banques françaises ont réalisé des milliards d’euros de bénéfices, distribuant à leurs dirigeants et actionnaires des gigantesques profits. Grâce à la recapitalisation gratuite fournie par les Etats, donc les travailleurs contribuables, aucune remise en question n’a été réalisée par les grands établissements financiers. En fait, alors que le krach venait de faire disparaître en poussière des milliers de milliards d’euros dans les bourses de la planète, les gouvernements et la grande bourgeoisie financière propriétaire des banques ont simplement veillé à remettre dix balles dans le flipper. Ou pour prendre une image plus appropriée aux méthodes de casino employées dans la finance capitaliste, à opérer une « recave » géante – paiement d’une nouvelle mise pour revenir à la table de jeu, après avoir perdu au poker. Les milliers de milliards d’euros dépensés par les Etats pour « aider » les banques ont permis à ces dernières de poursuivre leurs activités de spéculation, en prétextant que les cesser reviendrait à céder à la panique, le tout sous les applaudissements des politiciens européens. Dans ce mauvais cirque, les travailleurs ont été doublement perdants : d’abord, ce sont les petits porteurs et les salariés qui ont subi de plein fouet la crise financière ; ensuite, ce sont tous les contribuables, notamment les simples employés écrasés par les taxes, qui ont payé le remboursement de la dette publique, donc le « plan de sauvetage » du système.

 

 

- La bulle éclatera

L’un des premiers principes du capitalisme est l’opacité dans laquelle les dirigeants économiques opèrent. Les propriétaires de capitaux ont un droit inaltérable à l’anonymat, à la « liberté » de spéculer avec des sommes à peine croyables, et n’ont de comptes à rendre à personne. Il est donc très difficile de connaître la situation réelle des banques aujourd’hui, et pour l’observateur étranger aux cercles de pouvoirs, se fier aux indices laissés par le marché sont la seule option. Le rapport du FMI est, à lui seul, un puissant révélateur sur l’état d’esprit dans lequel se trouvent les dirigeants financiers, pourtant versés d’ordinaires dans l’autosatisfaction et le déni des risques.

 

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« La délégation de la gestion quotidienne de portefeuille crée des problèmes d’incitation entre investisseurs ultimes et gestionnaires, ce qui peut encourager des comportements déstabilisateurs et amplifier les crises », dit le Fonds monétaire international. « La stabilité financière n’est pas fermement établie dans les pays avancés et les risques se sont intensifiés dans beaucoup de pays émergents » poursuit l’organisme international, dans un discours dont la platitude n’a d’égale que le caractère exceptionnel. Le meilleur résumé se trouve sans doute dans les constatations les plus techniques : « Les options de rachat facile et la présence d’un «avantage du précurseur» peuvent provoquer des risques de ruée, et la dynamique des prix ainsi enclenchée peut s’étendre à d’autres compartiments du système par le conduit des marchés de financement, des bilans et des garanties. ». Au cas où ça ne vous semble pas très clair, en langage FMIste, ça signifie que la prochaine crise internationale est pour très bientôt.

 

 

- Ça gonfle, ça gonfle

L’autre institution internationale issue de Bretton Woods, la Banque mondiale, présente des statistiques qui peuvent être un marqueur très intéressant. Pourtant, comme l’INSEE, la façon dont les données sont présentées et structuraient gomment volontairement les paradoxes béants de l’économie contemporaine, pour mieux défendre l’ordre établi ; de plus, la Banque accuse un grave retard dans la publication des chiffres, les derniers en date étant ceux de l’année 2013. Néanmoins ils restent instructifs : les capitalisations boursières totales des entreprises cotées[15], après avoir accusé le coup en 2007-2008 et en 2011, sont nettement reparties à la hausse. Elles marquent une reprise en flèche des spéculations boursières, alors même que les économies réelles ont tendance, elles, à patiner.

 

Les ratios capital/actif des banques ont suivi, en sens inverse, la même courbe[16] : ces dernières années, la part de fonds réels contenue dans la capitalisation des établissements financiers a lourdement diminué ; et tout indique que le mouvement s’est accéléré entre 2013 et 2015, une période non traitée par la Banque mondiale. Cette courbe internationale n’a pas été suivie par la France : notre pays a légèrement amélioré son ratio ces dernières années. Il faut dire que les banques hexagonales partaient de très loin : en 2013, dernier chiffre connu, les établissements français ne disposaient toujours que de 5,4% de fonds propres par rapport à l’ensemble de leurs actifs financiers. C’est, à très peu de choses près, au même niveau que l’exemple que nous donnions : une capitalisation à deux millions d’euros pour un capital réel à 100.000 euros.

 

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Plus probant encore, la montée vertigineuse des capitalisations est constatable par l’évolution des places boursières, autant valable en points d’indice qu’en montant monétaire. Le Dow Jones, qui avait atteint les 14.198 points en octobre 2007, a dégringolé dans les mois qui ont suivi, passant brièvement sous la barre des 8.000 points début 2009. Mais très rapidement, il a repris un rythme de croissance soutenu, franchissant son record avec 14.268 points en mars 2013, et ne cessant de crever le plafond depuis. Le 19 mai 2015, il a établi son plus haut niveau en fermeture à 18.312 points ; au soir du 1er juin, il était toujours supérieur à 18.000.

 

La Bourse de Paris et son indice phare suivent la même déroutante course. Supérieur à 5.000 points en ce début du mois de juin, il atteint surtout des niveaux de capitalisation record. Mi-juillet 2007, avant d’être affecté par la crise des subprimes, le CAC 40 établissait un record avec tout juste 1.300 milliards d’euros. Il a ensuite lourdement baissé dans les dix-huit mois qui ont suivi : d’environ 1.000 milliards début 2008, le CAC n’était plus qu’à 570 milliards d’euros début 2009. Depuis, l’indice boursier français n’a fait que grimper, si bien que ce printemps, le record de juillet 2007 a été allègrement franchi. Le CAC s’est élevé au-dessus des 5.000 points, en finissant le 1er juin avec une capitalisation de 1.353,28 milliards d’euros ; et le 27 avril, il a même réalisé un record en clôturant à 1.415 milliards.

 

 

- L’explosion pour bientôt

Ces chiffres qui se succèdent semblent ne pas signifier grand-chose, et il est vrai qu’ils ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Ce sont de petits révélateurs d’un mouvement global : jamais la capitalisation, en France et dans le monde, n’a été aussi élevée. En ajoutant l’ensemble des établissements financiers, le fossé entre l’économie réelle et la spéculation boursière devient une abîme. Dans cette course effrénée, la bulle gonfle encore et toujours, en quantité et en proportions, faisant apparaître toujours plus nettement la seule perspective possible : l’éclatement violent de ce gonflement artificiel, le plus grand que l’Histoire aura connu.

 

Les grands porteurs d’action, les milliardaires de la grande bourgeoisie financière, savent parfaitement jouer avec les règles du marché ; quand l’éclatement surviendra, ils en seront les premiers informés, car ils disposent de tous les outils pour visualiser l’évolution proche des actifs financiers. En attendant, ils s’empiffrent sans aucun cas de conscience : en 2014, les dividendes du CAC 40 ont bondi de 25%. Dévoilés, sans bruit[17], en février 2015, ils ont atteint 56 milliards d’euros pour la seule année dernière, et pour les seules quarante entreprises présentes dans l’indice. Le record, accompli en 2007 avec 57,1 milliards d’euros, est frôlé.

 

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Dirigeants économiques, politiciens et éditorialistes poursuivent leurs activités, vaquent à leurs occupations sans se soucier de la suite. Pourtant, dans les sphères proches du pouvoir – réel, celui de la grande bourgeoisie – la certitude d’une crise prochaine se dessine plus clairement. Et cette fois, personne ne sait exactement comment en sortir. Les Etats, déjà étranglés par une dette gigantesque due au « sauvetage » de 2008 et aux intérêts des créanciers, auraient bien du mal à allonger la monnaie pour « recaver » une deuxième fois dans la même décennie. Mais pour l’instant, nos très chères élites font l’économie d’une telle discussion.

 

Le scénario se confirmera : si ce n’est pas cet été, ni en 2016, ce sera à coup sûr dans les prochaines années. Le système financier capitaliste est un monstre gigantesque, en croissance permanente, construit toujours plus sur du vide. La sortie de la crise financière de 2008 par une extorsion massive de richesses aux peuples, organisée par la caste politico-médiatique aux ordres de la classe capitaliste dominante, a simplement accordé un sursis de quelques ans au système en place. La crise des subprimes, et le krach international consécutif, ont révélé la nature même du régime économique de notre époque, où l’artifice cache mal les blessures profondes. Il ne reste plus qu’à espérer que les peuples, à commencer par les travailleurs français, en fassent une occasion de pousser à la transformation radicale de notre société. Céder à la servitude une nouvelle fois mettrait à genoux la France, sa classe ouvrière, son restant de souveraineté ; se redresser, au contraire, est toujours possible. Il faudra, simplement, arrêter de s’incliner devant la poignée de milliardaires et leurs avatars politiques, de la gauche socialiste à l’extrême-droite chauvine.

 

  • Les indices ne manquent pas pour annoncer la crise prochaine. Déjà, le FMI sonne l’alarme, dérogeant à ses habitudes les plus élémentaires ; ensuite, les faillites en série dans l’espace européen sont un signal fort de ce qui adviendra ; enfin, la structure même de la finance capitaliste pousse l’économie, à vitesse grand V, vers le prochain krach boursier.
  • Il ne fait nul doute que la prochaine crise arrivera ; ce peut être cet été, ou dans cinq voire dix ans, mais elle est inéluctable.
  • La course effrénée conduite par les grands financiers, poussés par la caste politico-médiatique, fera beaucoup de dégâts – et avant tout chez les travailleurs qui nourrissent le monde de richesses, plutôt que chez les spéculateurs qui gonflent leur fortune.
  • La question qui doit nous animer, désormais, est moins la façon dont cette crise se déroulera, ou le moment auquel elle surviendra ; mais ce que nous ferons, en tant que peuple déjà âprement exploité, quand l’économie mondiale sera à nouveau à la croisée des chemins.

 

PS :

L’article est consultable sur la nouvelle version du BILAN à cette adresse, pour un plaisir de lecture accru. Profitez-en !

 

Sources :

[1] : http://www.imf.org/external/french/pubs/ft/gfsr/2014/02/pdf/execsumf.pdf

[2] : http://www.imf.org/external/french/pubs/ft/gfsr/2015/01/pdf/execsumf.pdf

[3] : https://www.banque-france.fr/economie-et-statistiques/changes-et-taux/les-indices-obligataires.html

[4] : http://prixdubaril.com/

[5] : http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/l-allemagne-tente-de-contenir-la-contagion-de-la-crise-bancaire-autrichienne-461187.html

[6] : http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/andorre-menacee-par-une-crise-bancaire-de-grande-ampleur-460932.html

[7] : http://www.lesechos.fr/01/03/2015/lesechos.fr/0204192794824_la-crise-bancaire-s-accelere-en-russie.htm

[8] : http://fr.euronews.com/2015/05/28/la-banque-russe-sberbank-victime-de-la-crise-et-des-sanctions/

[9] : http://www.challenges.fr/economie/20150402.CHA4540/l-italie-est-elle-au-bord-d-une-crise-bancaire-majeure.html

[10] : http://www.borse.it/spread/quotazioni/BTP_BUND/90/giorni

[11] : http://www.argentumlux.org/documents/JEL_6.pdf

[12] : https://www.youtube.com/watch?v=mzuPeyi7FWc

[13] : http://www.hbo.com/movies/too-big-to-fail/

[14] : http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/01/27/les-banques-europeennes-et-le-jackpot-des-garanties-d-etat_4354966_3234.html

[15] : http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/CM.MKT.LCAP.GD.ZS

[16] : http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FB.BNK.CAPA.ZS/countries

[17] : http://www.leparisien.fr/economie/cac-40-56-milliards-d-euros-de-dividendes-reverses-aux-actionnaires-09-02-2015-4518971.php

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 08:04
La filiale israélienne d’Orange a fourni une aide matérielle directe à l’armée lors de l’attaque contre Gaza de l’été 2014. DR

La filiale israélienne d’Orange a fourni une aide matérielle directe à l’armée lors de l’attaque contre Gaza de l’été 2014. DR

Tribune de Taoufiq Tahani, président de l’Association France-Palestine Solidarité (AFPS). Lire également "Les liaisons dangereuses d’Orange et de son actionnaire l’État français dans les colonies israéliennes" sur le site du CCFD et télécharger le rapport réalisé par CCFD-Terre Solidaire, la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme(FIDH), Al Haq, Association France Palestine Solidarité, la Confédération Générale du Travail (CGT), la Ligue des droits de l’Homme (LDH), et l'Union Syndicale Solidaires.

 

Source : L'Humanité mis à jour le 2 juillet 2015

L’opérateur français Orange a renouvelé en 2011 un accord de licence de marque avec l’opérateur israélien Partner Communications-Orange Israël. La direction générale d’Orange a été avertie à de nombreuses reprises sur cette « relation dangereuse » pour la marque Orange et pour la compagnie française : délégation de l’AFPS en novembre 2011, délégation du Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens en novembre 2012, interventions des organisations syndicales dans les instances représentatives du personnel, nombreux courriers de protestation. En effet, Partner Communications tire profit, comme les autres opérateurs israéliens, de la colonisation. Il disposait en 2011 de 176 antennes et installations de communication en Cisjordanie et dans les hauteurs du Golan occupées militairement. Il a des boutiques dans plusieurs colonies de Cisjordanie. Les entreprises israéliennes, Partner inclus, ne paient pas d’impôts à l’Autorité palestinienne pour leur activité commerciale sur le marché palestinien.

 

Les opérateurs palestiniens ne peuvent ni avoir d’antennes dans 60 % de la Cisjordanie, ni importer librement des équipements modernes. Un rapport de la Banque mondiale, publié en janvier 2008, indiquait que 20 % à 45 % du marché de téléphonie mobile palestinienne était, à l’époque, entre les mains des entreprises israéliennes. La liste des avantages tirés par Partner de l’occupation militaire est longue. Il s’ajoute à tout cela un nouveau scandale : le soutien de Partner à l’armée israélienne et tout particulièrement comme sponsor d’une unité de combat qui a sévi à Gaza lors de l’agression militaire de l’été 2014 : 2 200 morts dont 500 enfants. Les révélations faites sur le site Electronic Intifada sont accablantes. Elles sont confirmées par Partner-Orange Israël. Sur son site, faisant référence à la campagne « Adopt a Warrior » (adopter un guerrier), Partner a « adopté » le bataillon de tanks Ezuz et le bataillon Shachar.

 

Or le bataillon Ezuz est intervenu à Gaza où il a participé aux exactions les plus sanglantes comme à Deir Balah et à Rafah. Partner Communications-Orange Israël s’est ainsi retrouvé à fournir des aides matérielles aux soldats et à soutenir le moral des militaires menant les assauts. Selon le site israélien Frumline, tous les jours durant cette agression, Partner-Orange Israël envoyait trois unités équipées de générateurs, de chargeurs pour toutes sortes de téléphones pour permettre aux militaires de parler gratuitement à leurs familles. Il parcourait aussi les hôpitaux pour distribuer des tablettes tactiles aux soldats blessés en opération. Faudra-t-il attendre qu’Orange France soit mis en cause dans ses filiales à l’étranger et notamment dans les pays arabes pour réaliser le danger que cet aveuglement fait courir à l’entreprise et à l’emploi ? Est-ce qu’Orange France va enfin prendre conscience de la nécessité absolue de rompre ses liens avec Partner Communications ? Est-ce que l’État français, actionnaire avec la BPI à hauteur de 25 % dans Orange, va continuer à fermer les yeux ? Nous demandons qu’au vu notamment de ces révélations Orange rompe ses liens avec Partner Communications.

 

Pour en savoir plus :

- sur le site du CCFD : Les liaisons dangereuses d’Orange et de son actionnaire l’État français dans les colonies israéliennes

- télécharger le rapport : Les liaisons dangereuses d'Orange dans le territoire palestinien occupé

- Orange évoque son retrait d’Israël, qui demande des excuses

- Polémique avec Israël : le PDG d’Orange s’explique, Nétanyahou s’enflamme

- Orange : la France « fermement opposée » au boycott d’Israël

- Fin du contrat entre Orange et Partner d’ici 2017 : une victoire pour le respect des droits humains

 
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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 08:05
Combien vaut la vie d’un Noir en Amérique ?

Source : Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Sylvie LAURENT[1 17 mai 2015

- C’est lorsqu’il s’installa à Chicago, en 1966, pour y dénoncer le racisme systémique que l’étoile de Martin Luther King commença à pâlir dans l’opinion publique.

Tant qu’il s’évertua à combattre les pratiques féodales d’un vieux Sud malade, il fut un héros. Mais qu’il s’installa dans un ghetto de Chicago pour y dénoncer l’exploitation économique, culturelle et sociale systématique des Noirs des taudis urbains, et qu’il osa défiler dans les banlieues blanches pour dénoncer la logique d’apartheid sonna le glas de sa popularité. Lorsqu’il parla, après Malcolm X, du « colonialisme interne » pratiqué par les Etats-Unis à l’endroit de leurs Noirs, indigènes humiliés et aliénés, maintenus sous le joug tels les Algériens ou les Vietnamiens, ce fut la vérité de trop. Ses alliés traditionnels, les progressistes éduqués du Nord, persuadés d’être immunisés contre toute pratique raciste, n’entendaient pas que l’on vienne ainsi mettre en cause leur police, leurs promoteurs immobiliers, leurs juges et leur complaisance. Martin Luther King ne fut pas surpris : « Cela n’a pas coûté un centime à l’Amérique de désagréger les restaurants du Sud, et de nous rendre le droit de vote. Mais maintenant, il va lui falloir payer très cher pour la justice réelle, celle qu’elle doit aux Noirs. C’est maintenant que les difficultés commencent. »

 

Le 5 mai, la ville de Chicago a ordonné le versement de 5 millions de dollars de dédommagements à plus d’une centaine d’Afro-Américains, victimes d’un tortionnaire assermenté, Jon Burge, chef de la police de la ville qui officia de 1972 à 1991. Général Aussaresses du South Side (quartier noir de la ville, Burge se livra sur les prévenus de couleur à qui il voulait extorquer des aveux aux méthodes les plus odieuses, de l’usage de la gégène sur les parties génitales à l’étouffement simulant la mort en passant par le fracassement des dents et les brûlures. Ces lynchages modernes, exercices de dépersonnalisation constitutifs du sujet colonial, participent, en effet, d’une logique impériale dont nous avons le spectacle éloquent lorsqu’à chaque « émeute raciale », chars d’assaut et armes de guerre sont déployés pour patrouiller en territoire ennemi.

 

 

- L’aveu du crime n’est, certes, pas encore la justice.

Jon Burge est non seulement resté en poste près de vingt ans, mais il touche toujours sa retraite, lui qui a échappé à une condamnation significative malgré l’établissement des faits. S’il fit quatre ans de prison, ce fut pour entrave à la justice et parjure, jamais pour torture. L’ancien soldat et son équipe de bourreaux n’ont été poursuivis qu’en 2010, lorsque fut révélé, par la presse, qu’ils se livraient à ces pratiques interrogatoires barbares dans une base secrète dite « Homan Square ». Le versement de cette indemnité, dérisoire au regard des faits et loin de tenir lieu de véritable réparation morale, sera néanmoins sans doute suivie d’excuses publiques et de l’inauguration d’un Mémorial, signes d’une reconnaissance officielle que la torture d’Etat fut bel et bien pratiquée.

 

 

- On revient de loin.

L’impunité de la police de Chicago est ancienne, liée au paternalisme démocrate d’un Richard Daley, maire de la ville de 1955 à 1976 qui, après avoir fait échouer la campagne de King en 1967, coopta suffisamment de Noirs à sa solde pour masquer sa duplicité raciale. Son fils, maire de 1989 à 2011 et parrain du jeune Obama, fut l’ami de l’establishment noir mais le spectateur passif d’une ville toujours plus inégalitaire et ségréguée. Depuis peu, c’est Rahm Emanuel, ancien proche conseiller du Président, qui officie à la mairie. Tiède, longtemps silencieux sur l’affaire Burge qu’il observa prudemment de loin, il est comme ses prédécesseurs soucieux de consensus. Il se félicite de la victoire arrachée par les activistes qui espèrent que cette « réparation » partielle et symbolique soit les prémices d’une justice véritable, celle qui coûtera vraiment. Un même espoir est partagé dans les communautés noires des quatre coins du pays, qui croient moins aux vertus d’une nouvelle enquête fédérale sur la fréquence des agissements policiers racistes ici ou là qu’à l’action collective de la rue, combat éternel du pot de terre contre le pot de fer qui seul contraint le pouvoir à la justice.

 

 

- Combien vaut la vie d’un Noir ?

Le philosophe américain Michael Sandel s’inquiète de la marchandisation généralisée à l’œuvre dans son pays, où l’on peut même monétariser la morale. Il est difficile, en effet, de ne pas s’indigner lorsque la transaction de marché tient lieu de justice. Si la torture pratiquée sur Freddie Gray à Baltimore lui fut fatale, des dizaines de valeureux survivants avaient obtenu des dédommagements, estimés à 6 millions de dollars depuis 2011, pour être restés tétraplégiques, malvoyants ou malades mentaux après leur rencontre funeste avec la police. Dans nombre de villes américaines, cette ligne de budget, payée par le contribuable, est une dépense collatérale prévue par l’administration pour de telles pratiques policières. Rien qu’en 2014, Chicago a versé 50 millions aux familles de plaignants, arrangement financier évitant le scandale et la réforme.

 

Mais cette fois, la décision de la ville de Chicago de « compenser » pour le préjudice subi par une partie des victimes n’est pas qu’une tentative de plus pour acheter la paix sociale. Elle est la victoire des enfants de King, ces dizaines de militants des droits civiques qui ont inlassablement mené le combat contre Burge et ses puissants soutiens. Depuis des décennies, de la tribune des Nations unies aux tribunaux de l’Illinois, ils ont martelé et obtenu que – et c’est le nom de la principale organisation en lutte aujourd’hui – la vie d’un Noir compte (#BlackLivesMatter).

 

L’administration actuelle clôturera son passage dans l’histoire contemporaine des Etats-Unis par un bilan racial saisissant : un recul indéniable de la condition des Noirs et des Hispaniques, de leurs droits civiques fondamentaux à leur situation économique, et un réveil démocratique inédit depuis les années 70 des militants de la justice raciale. Ils sont, à ce jour, très seuls. Personne n’a jamais pensé que l’actuel président des Etats-Unis, qui n’ignore rien des affres du South Side, serait un épigone de Martin Luther King ou même qu’il serait un Lyndon B. Johnson. Il lui reste néanmoins la possibilité de ne pas être un Daley Jr. qui, bienveillant mais spectateur passif, sera comptable d’une nation plus que jamais malade – comme le disait King – du racisme, de l’impérialisme et des inégalités.

 

Note :

[1] Sylvie Laurent est américaniste, chercheure associée à Harvard et Stanford, professeure à Sciences-Po. Son dernier ouvrage : Martin Luther King, une biographie, Le Seuil, 2015.

 

Pour en savoir plus :

- Etats-Unis : la police aurait abattu 385 personnes depuis début 2015

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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 08:16
Vote sur le TAFTA au Parlement européen : interpellez vos euro-députés !

Le mercredi 10 juin, le Parlement européen réuni en plénière votera le texte de la résolution Lange, portant sur le traité transatlantique TAFTA. Sa version actuelle, adoptée la semaine passée par la commission responsable de la rédaction du texte (INTA), est désastreuse pour les peuples et l’environnement. Pour la démocratie, le climat, l’emploi, la santé et l’agriculture paysanne, interpellons les euro-députés !

 

Sources : site du collectif national STOP TAFTA

Une résolution du Parlement européen est un texte non contraignant qui énonce la position du Parlement. La Commission européenne - institution non-élue qui négocie le Traité transatlantique - n’a pas obligation de suivre les recommandations qui y sont énoncées. La résolution Lange représente néanmoins la position de la seule instance élue au plan européen, et, dans cette mesure est une référence politique sur laquelle nous pouvons nous appuyer.

 

La semaine passée, la commission responsable de la rédaction du texte (INTA) en a voté une version désastreuse pour les peuples et l’environnement. Elle s’est prononcée en faveur d’une version amendée du projet de résolution de Bernd Lange, en y intégrant les pires amendements. Une majorité des élus sociaux-démocrates se sont alliés à la droite pour obtenir ce résultat.

 

 

- Le texte actuel :

  • Abandonne toute opposition au mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États (ISDS)
  • Renonce à s’opposer à la création d’un conseil de coopération réglementaire transatlantique et accepte donc la dérégulation à venir
  • Pousse à la libéralisation du marché de l’énergie américain, une mesure climaticide, et ne considère les mesures pour répondre à l’urgence climatique que comme des freins à la compétitivité européenne

 

De nombreux autres points extrêmement problématiques peuvent être relevés : le texte vante toujours les miracles économiques supposés du traité transatlantique, il choisit le mode de négociation le plus risqué sur les services (1.b.v), promeut l’agro-industrie (K), ne remet pas en cause l’opacité des négociations (M), il demande l’inclusion des services financiers (1.b.x) dans l’accord..

 

Lors du vote en plénière du 10 juin, ce texte doit être modifié en profondeur, ou totalement rejeté par les euro-députés.

 

Pour la démocratie, le climat, l’emploi, la santé et l’agriculture paysanne, interpellons les euro-députés !

 

 

- Pourquoi se mobiliser pour un texte non contraignant ?

Même si elle ne peut pas forcer les négociateurs à changer de cap, la résolution Lange est un test important, particulièrement en perspective de la ratification de l’accord EU-Canada (CETA) qui pourrait commencer dès l’automne 2015.

 

Les positions des partis, des groupes politiques et les positions individuelles des eurodéputés sur des sujets clés tels que l’arbitrage d’investissement, la coopération réglementaire, l’énergie ou les droits de douane agricoles se sont formées et continuent de se former à l’occasion des débats de cette résolution.

 

Les lobbies d’affaire pro-TAFTA ainsi que la Commission européenne et les États membres font pression sur les eurodéputés afin qu’ils votent un texte soutenant le TAFTA. La voix des citoyens doit également résonner avec un message clair : TAFTA et CETA sont de mauvais accords pour les peuples et la planète. Les électeurs demanderont des comptes si leurs représentants soutiennent ces traités.

 

 

- Vote sur le TAFTA au Parlement européen : pour

interpeller vos députés, cliquez ICI !

 

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier : TAFTA & TISA

- Les effets secondaires du TAFTA nous rendent déjà malades

- La Commission défend l'intégration du volet « santé » dans le TTIP

- Le TAFTA menace toutes les collectivités locales... mais elles peuvent le refuser !

- Le Parlement européen a reporté un vote prévu mercredi 10 juin sur les négociations commerciales transatlantiques.

Vote sur le TAFTA au Parlement européen : interpellez vos euro-députés !
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4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 08:02
La « guerre mondiale contre le terrorisme » a tué au moins 1,3 million de civils
Révélations Humanité Dimanche. Un rapport publié par un groupe de médecins lauréats du prix Nobel de la paix révèle qu’un million de civils irakiens, 220 000 Afghans et 80 000 Pakistanais ont péri, au nom du combat mené par l’Occident contre « la terreur».
 
Sources :  l'Humanité Dimanche par Marc de Miramon Vendredi, 24 Avril, 2015
« Je crois que la perception causée par les pertes civiles constitue l’un des plus dangereux ennemis auxquels nous sommes confrontés », déclarait en juin 2009 le général états-unien Stanley McCrystal, lors de son discours inaugural comme commandant de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan (ISAF). Cette phrase, mise en exergue du rapport tout juste publié par l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IP- PNW), lauréate du prix Nobel de la paix en 1985, illustre l’importance et l’impact potentiel du travail effectué par cette équipe de scientifiques qui tente d’établir un décompte des victimes civiles de la « guerre contre le terrorisme » en Irak, en Afghanistan et au Pakistan.
 
 

- « Les faits sont têtus »

Pour introduire ce travail globalement ignoré des médias francophones, l’ex-coordinateur humanitaire pour l’ONU en Irak Hans von Sponeck écrit: « Les forces multinationales dirigées par les États-Unis en Irak, l’ISAF en Afghanistan (...) ont méthodiquement tenu les comptes de leurs propres pertes. (...) Celles qui concernent les combattants ennemis et les civils sont (par contre) officiellement ignorées. Ceci, bien sûr, ne constitue pas une surprise.


Il s’agit d’une omission délibérée. » Comptabiliser ces morts aurait « détruit les arguments selon lesquels la libération d’une dictature en Irak par la force militaire, le fait de chasser al-Qaida d’Afghanistan ou d’éliminer des repaires terroristes dans les zones tribales au Pakistan ont permis d’empêcher le terrorisme d’ atteindre le sol états-unien, d’améliorer la sécurité globale et permis aux droits humains d’avancer, le tout à des coûts “ défendables ”».


Cependant, « les faits sont têtus », poursuit-il. « Les gouvernements et la société civile savent que toutes ces assertions sont absurdement fausses. Les batailles militaires ont été gagnées en Irak et en Afghanistan mais à des coûts énormes pour la sécurité des hommes et la confiance entre les nations. »


Bien sûr, la responsabilité des morts civils incombe également aux « escadrons de la mort » et au « sectarisme » qui portait les germes de l’actuelle guerre chiitesunnite, souligne l’ancien secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld dans ses mémoires (« Know and Unknown », Penguin Books, 2011).


Mais comme le rappelle le docteur Robert Gould (du Centre médical de l’université de Californie), l’un des auteurs du rapport, « la volonté des gouvernements de cacher le tableau complet des interventions militaires et des guerres n’a rien de nouveau. Concernant les États- Unis, l’histoire de la guerre au Vietnam est emblématique. Le coût immense pour l’ensemble de l’Asie du Sud-Est, incluant la mort estimée d’au moins 2 millions de Vietnamiens non combattants, et l’impact à long terme sur la santé et l’environnement d’herbicides comme l’agent orange, ne sont pas encore pleinement reconnus par la majorité du peuple américain». Et Robert Gould d’établir un autre parallèle entre la sauvagerie des Khmers rouges, qui émergeront d’un Cambodge dévasté par les bombardements, et la récente déstabilisation « post-guerre » de l’Irak et de ses voisins, laquelle a rendu possible la montée en puissance du groupe terroriste dit « État islamique »

 

 

- Total estimé à 3 millions

Bien loin des chiffres jusqu’à présent admis, comme les 110 000 morts avancés par l’une des références en la matière, l’« Iraq Body Count » (IBC), qui inclut dans une base de données les morts civils confirmés par au moins deux sources journalistiques, le rapport confirme la tendance établie par la revue médicale « Lancet », laquelle avait estimé le nombre de morts irakiens à 655 000 entre 2003 et 2006. Depuis le déclenchement de la guerre par George W. Bush, l’étude de l’IPPN aboutit au chiffre vertigineux d’au moins 1 million de morts civils en Irak, 220 000 en Afghanistan, et 80 000 au Pakistan. Si l’on ajoute, concernant l’ancienne Mésopotamie, le bilan de la première guerre du Golfe (200 000 morts), et ceux du cruel embargo infligé par les États-Unis (entre 500 000 et 1,7 million de morts), ce sont presque 3 millions de morts qui sont directement imputables aux politiques occidentales, le tout au nom des droits de l’homme et de la démocratie.


En conclusion du rapport, les auteurs citent le rapporteur spécial des Nations unies de 2004 à 2010 sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires: selon Philip Alston, qui s’exprimait en octobre 2009, les investigations sur la réalité des attaques de drones (lire encadré) étaient presque impossibles à mener, à cause de l’absence totale de transparence et le refus des autorités états-uniennes de coopérer. Puis il ajoutait, après avoir insisté sur le caractère illégal au regard du droit international de ces assassinats ciblés, que « la position des États-Unis était intenable». Trois semaines plus tard, Barack Obama recevait le prix Nobel de la paix ...

 

 PENDANT CE TEMPS-LÀ, EN IRAK, EN AFGHANISTAN, AU PAKISTAN...

  • Le 20 avril dernier, la « coalition antidjihadistes » dirigée par les États-Unis indiquait dans un communiqué avoir mené en 24 heures 36 raids aériens contre des positions du groupe « État islamique », dont 13 dans la province d’Al-Anbar, à l’ouest de Bagdad. Combien de « dommages collatéraux » civils dans cette région, l’une des plus touchées par les violences depuis l’invasion de l’Irak en 2003 ?
  • Les communiqués militaires demeurent systématiquement muets sur cette question, alors que plus de 3 200 « frappes » aériennes, selon la novlangue moderne, ont été effectuées depuis le mois d’août 2014 et la prise de Mossoul par l ’« État islamique». Le 18 avril, c’est un attentat-suicide, « technique » de combat inconnue en Afghanistan avant le 11 septembre 2001, qui faisait 33 morts près de la frontière pakistanaise.
  • À la fin du mois de mars, des sources sécuritaires pakistanaises faisaient état de 13 « djihadistes » liés aux talibans tués lors d’une attaque d’un drone états-unien.
  • Près de 10 000 soldats américains sont toujours stationnés en Afghanistan.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus sur le même sujet :

- Les frappes aériennes occidentales ont balayé 52 civils syriens en un jour, aucun djihadiste touché

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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 08:18
Le révélateur grec

L’Union européenne se prévaut des plus hautes valeurs. De par la voix de ses dirigeants comme de ceux de ses pays membres elle affirme représenter la démocratie, la liberté et la paix. Pourtant, elle en donne concrètement une image bien différente. Non seulement elle viole ses propres valeurs à de multiples reprises, mais elle développe une idéologie qui se trouve à l’opposé, en réalité, des valeurs qu’elle prétend incarner.

L’Union européenne prétend instaurer des règles communes et des solidarités entre les pays membres, et même au-delà ; les faits démentent tragiquement, et ceci de plus en plus, les idées de solidarité même en son sein. Le budget communautaire, pourtant réduit à moins de 1,25% du PIB, est appelé à se réduire encore.

Ces deux contradictions alimentent la crise à la fois politique et économique que connaît l’UE. Elles en minent les fondements et obscurcissent de manière considérable l’avenir.

 

Sources : Le Carnet de Jacques Sapir sur la Russie et l'Europe par Jacques Sapir

- Le révélateur grec.

Le traitement infligé à la Grèce est un bon exemple de la réalité des pratiques au sein de l’Union européenne ; ajoutons qu’il n’est hélas pas le seul. Mais, il sert de révélateur et il expose l’hypocrisie profonde de la construction européenne.

 

Rappelons les faits : la Grèce a connu une crise de la dette souveraine au début de 2010, dont les conséquences risquaient d’être couteuses pour les banques des principaux pays européens qui avaient prêté, en toute connaissance de cause et en raison de taux d’intérêt hautement rémunérateurs, à ce pays. Les différents plans qualifiés « d’aide » à la Grèce n’ont eu pour raison d’être que d’éviter un défaut afin de permettre aux banques privées, essentiellement françaises et allemandes, de se dégager et revendre les titres grecs qu’elles avaient achetés. Ces plans « d’aide » ont considérablement alourdie la dette. Ils ont eu pour contrepartie des plans d’austérité, mis en œuvre par ce que l’on a appelé la « Troïka », c’est à dire la Banque Centrale Européenne, la Commission Européenne et le Fond Monétaire International. Ces plans d’austérité ont à leur tour provoqué une crise économique et sociale de grande ampleur en Grèce, avec un taux de chômage de plus de 25%, une paupérisation galopante, et une destruction du système de protection sociale. Cette austérité a été imposée à la Grèce par des équipes d’experts envoyés par la « Troïka » qui sont venu s’installer dans les ministères et qui ont alors dicté leurs conditions.

 

A bout de force, mais aussi à bout de patience, exaspérés par l’humiliation permanente que représentait la présence des experts de la « Troïka », les électeurs grecs ont, le 25 janviers 2015, envoyés un message très clair : la population refuse l’austérité pour le compte des banquiers de Francfort ou de Paris. En portant au pouvoir une parti de gauche dont le programme promettait de mettre fin à cette austérité, tout en engageant des réformes que les autres gouvernements, tant socialistes (PASOK) que de centre-droit (Nouvelle Démocratie) s’étaient toujours refusées à faire, comme une réforme de l’assiette de l’impôt et de l’administration. Les dirigeants de SYRIZA ont décidé, pour tenter de mener à bien leur programme, de s’allier avec un parti de droite les « Grecs Indépendante ». Il faut ici rappeler que An.El est certes un parti de droite, mais d’une droite que l’on qualifierait de républicaine en France. Ce parti a d’ailleurs de bonnes relations avec Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan. Il ne s’agit donc pas d’un parti d’extrême-droite comme le bave le triste sire Colombani[2]. Ils auraient pu s’allier avec un parti centriste, explicitement pro-européen (To Potami ou La Rivière) ou avec les débris du partit socialiste, le PASOK. Ils ont fait un choix qui n’apparaît étrange qu’à ceux qui ne comprennent pas l’enjeu de la souveraineté.

 

Loin de se réjouir de l’arrivée au pouvoir d’un parti, puis d’une coalition, décidé à aborder de front les problèmes structurels de la Grèce[3] qui s’appellent corruption, clientélisme et népotisme, l’Union Européenne n’a eu de cesse que de vouloir casser ce gouvernement, de lui imposer un autre programme que celui sur lequel il a été élu. Ce faisant, elle montre son total mépris de la démocratie dont ses dirigeants par ailleurs se gargarisent. Quelle que soit l’issue de la crise actuelle, que l’on ait un mauvais accord, un défaut, voir une sortie de l’Euro de la Grèce, l’attitude odieuse de l’Union Européenne restera dans les mémoires de tous les européens, mais aussi des autres. On découvre ici que l’Union européenne ne se comporte pas autrement que feu l’Union soviétique en imposant une théorie de la souveraineté limitée comme ce fut le cas à Prague en août 1968. Ce faisant, elle montre le peu de cas qu’elle fait de la démocratie. Si une communauté politique n’est plus maîtresse de son destin, il ne peut y avoir de démocratie en son sein. Si l’on en veut une preuve, rappelons cette citation de Monsieur Jean-Claude Juncker, le successeur de l’ineffable Barroso à la tête de la commission européenne : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». C’est l’affirmation tranquille et satisfaite de la supériorité d’institutions non élues sur le vote des électeurs, de la supériorité du principe technocratique sur le principe démocratique.

 

 

- Une nouvelle lecture de l’Union européenne.

Ce révélateur grec incite alors à relire les autres actions de l’Union européenne.

 

Que ce soit sur les négociations commerciales internationales, qu’elle mène dans l’opacité la plus totale comme c’est le cas avec le Traité Transatlantique, que ce soit sur la question des OGM ou elle impose aux consommateurs européens des produits dont ils ne veulent pas pour le plus grand profit d’un géant de l’industrie nord-américaine, MONSANTO pour ne pas le nommer.

 

Que ce soit sur la question de la solidarité entre les pays membres. L’Italie a été laissée seule pour gérer la catastrophe humanitaire provenant de l‘intervention franco-britannique en Libye qui a abouti à la mort de Kadhafi. De même, la Grèce a été laissée bien seule pour faire face aux flux migratoires qui viennent de Turquie et du Moyen-Orient. De son côté, la France a été laissée quasiment seule dans la lutte contre l’islamisme radical au sud-Sahel (Mali, Niger) au moment où la Commission européenne lui demande de faire plus d’économie. Les fonds structurels, qui eurent un effet de modernisation important sur des pays comme le Portugal et la Grèce, sont aujourd’hui réduit à la portion congrue. Le budget de l’Union européenne, déjà dérisoire avec 1,23% du PIB, est appelé à être encore réduit, sous la pression combinée de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne, dans les prochaines années.

 

Sur tous ces terrains on voit un recul profond avec les pratiques des années 1970 et 1980, quand on ne parlait pas d’Union européenne mais, plus simplement, de « Marché Commun » ou Communauté Economique Européenne. Ce recul s’accompagne d’une montée aux extrêmes dans le discours. Plus l’UE s’éloigne des principes de solidarité et de démocratie, plus elle en parle. Plus elle opprime les peuples des pays membres, plus elle se présente en libérateur pour les autres. On en a eu un tragique exemple avec la crise ukrainienne, où le comportement irresponsable de l’UE n’a pas été pour rien dans le déclenchement de la crise.

 

Dès lors, on voit bien la logique d’oppression où tombe l’UE de par sa volonté de nier le principe de souveraineté.

 

 

- Une théorisation des thèses européistes et sa critique.

Un auteur hongrois, largement encensé par les institutions européennes, a voulu produire une réfutation du rôle fondamental de la Souveraineté, tel qu’il émerge des travaux de Bodin et de Jean-Jacques Rousseau. De ce point de vue Andras Jakab peut être considéré comme un idéologue du pouvoir européiste. Ses thèses sont parfaitement convergentes avec le discours tenu par l’Union Européenne. Jakab, après une analyse comparée des diverses interprétations de la souveraineté, avance pour le cas français que : « La souveraineté populaire pure fut compromise par un abus extensif de referenda sous le règne de Napoléon Ier et de Napoléon III, la souveraineté nationale pure ayant été perçue comme insuffisante du point de vue de sa légitimation[4] »

 

C’est soutenir qu’un abus pervertirait le principe ainsi abusé. Mais il ne peut en être ainsi que si l’abus démontre une incomplétude du principe et non de sa mise en œuvre. Viendrait-il à l’esprit des contemporains de détruire les chemins de fer au nom de leur utilisation par le Nazis dans la destruction génocidaire des Juifs et des Tziganes ? Or, ceci est bien le fond du raisonnement tenu par Jakab. Pourtant, il est loin d’être évident dans l’usage politique fait du plébiscite que cet usage soit le seul possible. Si un plébiscite est bien un instrument non-démocratique, tout référendum n’est, fort heureusement, pas un plébiscite. La confusion établie par l’auteur entre les deux notions est très dangereuse et pour tout dire malhonnête. La pratique qui consiste à assimiler référendum et plébiscite, car c’est de cela dont il est question dans le texte, est une erreur logique. La discussion se poursuit sur la portée qu’il faut attribuer à la décision du Conseil Constitutionnel concernant la Nouvelle Calédonie où il est dit que « la loi votée… n’exprime la volonté générale que dans le respect de la Constitution »[5]. Ici encore, on pratique de manière volontaire la stratégie de la confusion. Ce que reconnaît le Conseil Constitutionnel, en l’occurrence, c’est la supériorité logique de la Constitution sur la Loi. Ce n’est nullement, comme le prétend à tort Jakab l’enchaînement de la souveraineté. En fait, dire que le processus législatif doit être encadré par une Constitution ne fait que répéter le Contrat Social de Rousseau[6]. Ce qui est en cause est bien le parti pris de cet auteur est de refuser ou de chercher à limiter le concept de Souveraineté. Il fait appel pour cela aux travaux de Hans Kelsen[7]. On sait que, pour ce dernier, le droit d’un État est subordonné au droit international, ce dernier existant de manière implicite à travers un système de « lois naturelles » qui seraient propre à la condition humaine, servant alors de normes pour le droit des États.

 

Mais, on peut considérer que le Droit International découle au contraire du Droit de chaque État, qu’il est un Droit de coordination[8]. C’est la logique développée par Simone Goyard-Fabre[9]. Andras Jakab se voit alors obligé de reconnaître que : « malheureusement, du point de vue de la définition de la notion, la souveraineté comme telle n’est définie dans aucun traité international (peut-être parce qu’un accord sur cette question serait impossible »[10]. Il ajoute quelques lignes plus loin : « Mais l’acceptation totale du premier droit du souverain, c’est-à-dire l’exclusivité, n’est pas satisfaisante vu les défis nouveaux, notamment la mondialisation »[11]. Ce faisant il glisse, dans le même mouvement, d’une position de principe à une position déterminée par l’interprétation qu’il fait – et que l’on peut réfuter – d’un contexte. Cette démarche a été critiquée en son temps par Simone Goyard-Fabre : “Que l’exercice de la souveraineté ne puisse se faire qu’au moyen d’organes différenciés, aux compétences spécifiques et travaillant indépendamment les uns des autres, n’implique rien quant à la nature de la puissance souveraine de l’État. Le pluralisme organique (…) ne divise pas l’essence ou la forme de l’État; la souveraineté est une et indivisible“[12]. L’argument prétendant fonder sur la limitation pratique de la souveraineté une limitation du principe de celle-ci est, quant au fond, d’une grande faiblesse. Les États n’ont pas prétendu pouvoir tout contrôler matériellement, même et y compris sur le territoire qui est le leur. Le despote le plus puissant et le plus absolu était sans effet devant l’orage ou la sécheresse. Il ne faut pas confondre les limites liées au domaine de la nature et la question des limites de la compétence du Souverain.

 

On comprend bien, alors, que cette démarche a pour objet, consciemment ou inconsciemment, de nous présenter le contexte comme déterminant par rapport aux principes. La confusion entre les niveaux d’analyse atteint alors son comble. Cette confusion a naturellement pour objet de faire passer pour logique ce qui ne l’est pas : la subordination de la Souveraineté. Or, cette subordination est contraire aux principes du droit. Il n’est guère étonnant, dans ces conditions, que l’article de Jakab ait reçu tant de distinctions des institutions de l’Union Européennes.

 

 

- La souveraineté et les traités internationaux.

Les tenants de l’européisme avancent alors l’hypothèse que les traités internationaux limitent la souveraineté des États. On considère alors qu’ayant acquiescé au Traité de Maastricht, les pays membres de l’Union européenne se sont dessaisit d’une partie de leur souveraineté. Les traités sont en effet perçus comme des obligations absolues au nom du principe Pacta sunt servanda [13].

 

Mais, ce principe peut donner lieu à deux interprétations. Soit ces traités ne sont rien d’autre qu’une mise en œuvre d’un autre principe, celui de la rationalité instrumentale. Il implique donc de supposer une Raison Immanente et une complétude des contrats que sont les traités, deux hypothèses dont il est facile de montrer la fausseté, mais dans lesquels on retrouve la trace de la Grundnorm de Kelsen[14], déshabillée de ses oripeaux religieux. Mais, nul traité n’est rédigé pour durer jusqu’à la fin des temps. Soit on peut aussi considérer que ce principe signifie que la capacité matérielle des gouvernements à prendre des décisions suppose que toutes les décisions antérieures ne soient pas tout le temps et en même temps remises en cause. Cet argument fait quant à lui appel à une vision réaliste des capacités cognitives des agents. Un traité qui serait immédiatement discuté, l’encre de la signature à peine sèche, impliquerait un monde d’une confusion et d’une incertitude dommageables pour tous. Mais, dire qu’il est souhaitable qu’un traité ne soit pas immédiatement contesté n’implique pas qu’il ne puisse jamais l’être. Il est opportun de pouvoir compter, à certaines périodes, sur la stabilité des cadres qu’organisent des traités, mais ceci ne fonde nullement leur supériorité sur le pouvoir décisionnel des parties signataires, et donc sur leur souveraineté. C’est pourquoi d’ailleurs le droit international est nécessairement un droit de coordination et non un droit de subordination[15]. L’unanimité y est la règle et non la majorité. Cela veut dire que la communauté politique est celle des États participants, et non la somme indifférenciée des populations de ces États. Un traité n’est contraignant que pour ses signataires, et chaque signataire y jouit d’un droit égal quand il s’engage par signature, quelle que soit sa taille, sa richesse, ou le nombre de ses habitants[16]. Vouloir substituer le droit de subordination au droit de coordination n’a qu’une seule signification: la création d’un droit qui serait séparé du principe de souveraineté et n’aurait d’autre fondement à son existence que lui-même. Un tel droit, s’il se rattache ou prétend se rattacher à un principe démocratique, nie le principe de légitimité. Il est alors immoral en cela qu’il ne distingue plus le juste du légal.

 

 

- Souveraineté et décision.

La question de la souveraineté ne dépend donc pas seulement de qui prend les décisions, autrement dit de savoir si le processus est interne ou externe à la communauté politique concernée. La souveraineté dépend aussi de la pertinence des décisions qui peuvent être prises sur la situation de cette communauté et de ses membres. Une communauté qui ne pourrait prendre, du fait de traités, que des décisions sans importance sur la vie de ses membres ne serait pas moins asservie que celle se trouvant effectivement sous la botte d’une puissance étrangère. Ceci rejoint alors une conception de la démocratie développée par Adam Przeworski. Pour cet auteur, la démocratie ne peut résulter d’un compromis sur un résultat. Toute tentative pour pré-déterminer le résultat du jeu politique, que ce soit dans le domaine du politique, de l’économique ou du social, ne peut que vicier la démocratie. Le compromis ne peut porter que sur les procédures organisant ce jeu politique[17]. De fait, on revient ici – et non sans raison – au décisionisme de Carl Schmitt. Il faut pouvoir penser la décision, c’est à dire un acte qui ne soit pas l’application mécanique d’une norme mais bien une création subjective d’un individu ou d’un groupe d’individu. Cette décision permet de penser l’innovation institutionnelle sans laquelle les hommes seraient condamnés à vivre dans une société stationnaire. Cette décision, qui définit en réalité qui détient la souveraineté dans une société, est au cœur du politique[18].

 

Or, cette tentative de prédéterminer le résultat du jeu politique, c’est très précisément ce à quoi tend toute la réflexion entamée dans les instances européennes et théorisée par Jakab. En cela, elle révèle tout le contenu anti-démocratique de la pensée européiste.

 

 

- L’idéologie européiste et ses conséquences.

En fait, la construction de cette pensée d’une Souveraineté « hors sol », réduite à un principe que l’on n’applique pas, révèle le projet politique qui est porté, consciemment ou non, par son auteur : il faut limiter autant que possible la souveraineté nationale pour laisser le champ libre à l’Union Européenne[19]. Il n’est donc pas étonnant qu’il propose la solution d’une neutralisation de la Souveraineté, solution qui consiste à admettre son existence mais à la rejeter dans les limbes au profit de compromis concrets[20]. Il ne faut dès lors plus s’étonner de la dissolution des sociétés dans ce cadre car ce qui « fait société » est en réalité nié.

 

Le principe de souveraineté se fonde alors sur ce qui est commun dans une collectivité, et non plus sur celui qui exerce cette souveraineté[21]. La souveraineté correspond ainsi à la prise de conscience des effets d’interdépendance et des conséquences de ce que l’on a appelé le principe de densité. Elle traduit la nécessité de fonder une légitimation de la constitution d’un espace de méta-cohérence, conçu comme le cadre d’articulation de cohérences locales et sectorielles. Cette nécessité n’existe que comme prise en compte subjective d’intérêts communs articulés à des conflits.

 

On discerne ainsi les conséquences extrêmement négatives du tournant que les dirigeants de l’Union européenne ont voulu prendre et qui se révèle dans la manière dont ils traitent la Grèce, mais aussi dont ils abordent bien d’autres problèmes, de celui des réfugiés en Méditerranée à celui de nos relations commerciales avec les Etats-Unis dans le cadre du TTIP. Pour chercher à résoudre le dilemme de la souveraineté des Etats confrontée à celle des institutions européennes, ils ont cru bon de nier en réalité le principe de souveraineté. Et ce n’est pas un hasard si autour de ce terme et de son dérivé politique, je veux parler du souverainisme, se concentrent les avis de ceux qui relèvent toutes les contradictions et les incohérences de la construction européenne. Les partisans de l’Union européenne tel qu’elle existe ont alors tôt fait de prétendre que les souverainistes ne sont que des nationalistes. Mais, ce faisant, ils démontrent leur incompréhension profonde de ce qui est en jeu dans le principe de souveraineté. En fait l’ordre logique qui va de la souveraineté à la légalité par l’intermédiaire de la légitimité, et qui est constitutif de toute société. Cependant, constater cela ne fait que renvoyer l’interrogation à un niveau supérieur, celui des formes symboliques dans lesquelles se meuvent les représentations tant de la souveraineté que de la légitimité.

 

 

On ne doit pas s’étonner alors si, dans les différends pays de l’Union européenne, la colère monte. Les partis que l’on qualifie de « populistes » ou « d’extrême-droite » ne font que refléter cette colère.

 

 

 

 

 

Notes :

[1] Jacques Sapir : diplômé de l'IEPP en 1976, a soutenu un Doctorat de 3ème cycle sur l'organisation du travail en URSS entre 1920 et 1940 (EHESS, 1980) puis un Doctorat d'État en économie, consacré aux cycles d'investissements dans l'économie soviétique (Paris-X, 1986). A enseigné la macroéconomie et l’économie financière à l'Université de Paris-X Nanterre de 1982 à 1990, et à l'ENSAE (1989-1996) avant d’entrer à l’ École des Hautes Études en Sciences Sociales en 1990. Il y est Directeur d’Études depuis 1996 et dirige le Centre d'Études des Modes d'Industrialisation (CEMI-EHESS). Il a aussi enseigné en Russie au Haut Collège d'Économie (1993-2000) et à l’Ecole d’Économie de Moscou depuis 2005. Il dirige le groupe de recherche IRSES à la FMSH, et co-organise avec l'Institut de Prévision de l'Economie Nationale (IPEN-ASR) le séminaire Franco-Russe sur les problèmes financiers et monétaires du développement de la Russie.

[2] Colombani J-M, « Quels chemins pour les grecs ? », in Direct Matin, n° 1630, 2 février 2015, p.3.

[3] Voir l’article du Ministre des Finances, Yanis Varoufakis, http://www.project-syndicate.org/commentary/greece-debt-deal-by-yanis-varoufakis-2015-04

[4] Jakab A., « La neutralisation de la question de la souveraineté. Stratégies de compromis dans l’argumentation constitutionnelle sur le concept de souveraineté pour l’intégration européenne », in Jus Politicum, n°1, p.4, URL : http://www.juspoliticum.com/La-neutralisation-de-la-question,28.html

[5] Décision 85-197 DC 23 Août 1985, Voir : Jacques Ziller, « Sovereignty in France: Getting Rid of the Mal de Bodin », in Sovereignty in Transition. éd. Neil Walker, Oxford, Hart, 2003.

[6] Rousseau J-J., Du Contrat Social, Flammarion, Paris, 2001.

[7] Kelsen H., «La méthode et la notion fondamentale de la théorie pure du droit »Revue de Métaphysique et de Morale, T. 41, No. 2 (Avril 1934), pp. 183-204.

[8] Dupuy R.J., Le Droit International, PUF, Paris, 1963

[9] Goyard-Fabre S., “Y-a-t-il une crise de la souveraineté?”, in Revue Internationale de Philosophie, Vol. 45, n°4/1991, pp. 459-498.

[10] Jakab A., « La neutralisation de la question de la souveraineté. Stratégies de compromis dans l’argumentation constitutionnelle sur le concept de souveraineté pour l’intégration européenne », op.cit., p. 11.

[11] Jakab A., « La neutralisation de la question de la souveraineté. Stratégies de compromis dans l’argumentation constitutionnelle sur le concept de souveraineté pour l’intégration européenne », op.cit., p. 12.

[12] S. Goyard-Fabre, “Y-a-t-il une crise de la souveraineté?”, op.cit., p. 480-1.

[13] Idem, p. 485.

[14] Kelsen H., «La méthode et la notion fondamentale de la théorie pure du droit »Revue de Métaphysique et de Morale, T. 41, No. 2 (Avril 1934), pp. 183-204.

[15] R. J. Dupuy, Le Droit International, op.cit…

[16] Point souligné dès le XVIIIè siècle par De Vattel, E., Le droit des gens, Londres, s.n., 1758, éd. de 1835. Il faut souligner ici que l’expression « doit des gens » souligne en réalité l’organisation des relations entre Nations.

[17] A. Przeworski, “Democracy as a contingent outcome of conflicts”, in J. Elster & R. Slagstad, (eds.), Constitutionalism and Democracy, Cambridge University Press, Cambridge, 1993, pp. 59-80.

[18] Schmitt C., Théologie politique. (1922), Paris, Gallimard, 1969.

[19] Wind M., Sovereignty and European Integration. Towards a Post-Hobbesian Order, Houndmills e.a., Palgrave, 2001

[20] Jakab A., « La neutralisation de la question de la souveraineté. Stratégies de compromis dans l’argumentation constitutionnelle sur le concept de souveraineté pour l’intégration européenne », op.cit., P. 22-23.

[21] Bodin J., Les six livres de la République, Librairie générale française, Paris, Le livre de poche, LP17, n° 4619. Classiques de la philosophie, 1993.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

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Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Analyse International Europe Grèce
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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 12:25
Au coeur de la polémique rochelaise : Toussaint Louverture, le jacobin noir

Toussaint Louverture :  une statue oui !

Mais dans un lieu clos pour ne pas déranger

une partie de la bourgeoisie rochelaise

descendante des négriers !

 

  • Le 20 mai 2015, une statue Toussaint Louverture a été inaugurée à La Rochelle dans un lieu clos, mais depuis des semaines, une polémique agite la ville.
  • A l'heure ou nombre de rues portent encore le nom des armateurs négriers (Admyrault, Seignette.....)...
  • Fallait-il installer cette oeuvre sur le port ou dans la cour du Musée du Nouveau Monde ?
  • Pour l’association Mémoria, à l’origine du projet, il est "aberrant de l’enfermer dans la cour du musée".

"Encore une fois, La Rochelle n’assume pas l’histoire de la traite".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"272 ans après sa naissance, le jacobin noir a été revendiqué par l’UNESCO, mais on ne pardonne pas à Haïti, son pays, d’avoir été le premier pays à se libérer du colonialisme et de l’esclavage en Amérique latine." Gabriel Molina

 

Sources : (voir note de bas de page) mis à jour le 3 juin 2015

- Qui est Toussaint Louverture [1]

TOUSSAINT Louverture, le jacobin noir, figure caractéristique de l’essor et du déclin de la Révolution française, est l’objet d’une évocation imposante au Château médiéval de Fort de Joux, première étape de la Route de l’abolition de l’esclavage proclamée en 2004 par l’Organisation des Nations unies, à l’initiative de l’UNESCO.

 

Cette étape initiale de la Route rend un hommage mérité au général haïtien, né voici 272 ans, le 1er novembre 1743. Esclave comme son père, qui fut arraché du Dahomey, aujourd’hui le Bénin, Louverture mena l’unique rébellion victorieuse de l’histoire contemporaine, laquelle déboucha aussi sur la première émancipation du colonialisme en Amérique latine. Mais il paya cher son audace. Ce pays, autrefois la colonie la plus riche de la terre, est devenu aujourd’hui la nation la plus pauvre de la région.

 

Le glorieux soldat fut fasciné par l’idéologie de la Révolution de 1789 et il termina sa vie en France, emprisonné au Fort de Joux – une sinistre prison de haute sécurité proche de la frontière suisse – par celui qui fut l’artisan du déclin du processus révolutionnaire français, Napoléon Bonaparte.

 

La France a rendu tardivement justice à Louverture, qui veut dire “l’initiateur”, en inscrivant à Fort Joux ses paroles prononcées durant son emprisonnement : « En me renversant, vous avez seulement abattu le tronc de l’arbre de la liberté des Noirs. Mais il repoussera par les racines, car elles sont nombreuses et très profondes ». En effet ces racines se sont propagées en France, à travers l’Amérique, dans le monde entier. Et même aujourd’hui jusqu’aux Etats-Unis.

 

Rien n’est plus émouvant que de voir sa cellule, l’ultime demeure du glorieux général dans l’Est de la France, en haut d'une cluse à la Cluse et Mijoux (Haut Doubs - massif du Jura), dans la région de Franche-Comté. C’est au château Fort de Joux l’une des régions les plus froides du pays et qui ont le plus souffert au cours de l’histoire, car elle a été le théâtre de nombreuses guerres, livrées par les Français depuis la conquête de Rome jusqu’à la Seconde guerre mondiale.

 

Ce château est une forteresse qui fut sans cesse adaptée aux nouvelles exigences militaires, depuis les 11e et 12e siècle, car il est situé à un carrefour traversé par les armées ennemies depuis l’Empire romain jusqu’aux armées en provenance d’Allemagne et de Suisse.

 

Il est perché au sommet de collines élevées, à environ 940 m au-dessus du niveau de la mer, afin de défendre les hauteurs stratégiques où il est situé.

 

« Tout au long des huit siècles nous sommes passés d’une fortification très élevée à une fortification souterraine, une particularité due à l’évolution des projectiles. Au Moyen Age il s’agissait d’un système qui catapultait des pierres à des centaines de mètres. Et avec les progrès militaires, surtout avec l’apparition des explosifs, l’artillerie détruisait les fortifications élevées. Il fut ainsi nécessaire de creuser sous terre et de se protéger non seulement avec des murs épais mais aussi avec des tonnes de fer », explique monsieur Philippe Pichot, coordinateur de l’Association Route de l’abolition, de l’UNESCO, dès notre arrivée à Fort Joux par la route depuis Besançon, une ville propre, berceau de Victor Hugo.

 

On peut aussi y accéder par trois autres voies en provenance de Suisse, d’Autriche, du Nord de l’Italie et du Sud de l’Allemagne. Au pied du château, la voie, outre son utilité militaire, constituait aussi une route commerciale, qui contribua à l’enrichissement des Comtes de Joux.

 

 

- Toussaint Louverture : un homme sous influence Jacobine

Les idées de la Révolution française eurent une influence décisive sur Toussaint, cocher dans la plantation Bréda. Enfant chétif, ses propriétaires ne l’obligèrent pas à travailler dans les champs et lui permirent d’apprendre à lire et à écrire. Les Commentaires de César et d’autres écrits militaires lui donnèrent l’occasion de s’initier aux rudiments de la stratégie et de la tactique. Il devînt si bon cavalier qu’on l’appela « le Centaure de la Savane ».

 

Il fut affranchi en 1776, à 33 ans, alors que débutait la guerre d’indépendance des Etats-Unis. Quinze ans plus tard, le 30 octobre 1791, peu avant son 48e anniversaire, il rejoignit le soulèvement des esclaves haïtiens qui, la haine au coeur, se vengèrent cruellement des traitements barbares qui leur étaient infligées. Louverture fut choisi pour négocier avec les autorités. Mais celles-ci refusèrent l’offre de reddition et firent la sourde oreille aux demandes des trois commissaires – Sonthonax, Polverel et Ailhaud –, envoyés depuis Paris par l’Assemblée nationale, qui était au courant d’un plan d’invasion britannique. Ils pensaient que la chute de l’île serait un désastre pour la métropole française.

 

Les négociations ayant échoué, Toussaint fit appel aux Espagnols qui occupaient à l’est les deux autres tiers de l’île (La Espaniola, aujourd’hui la République dominicaine) et qui étaient les alliés des Britanniques contre les Français. Louverture et les autres dirigeants rebelles reçurent les grades de général en chef de l’armée espagnole, et  commencèrent à combattre les forces françaises sur la côte occidentale. Mais le 29 août 1793, face aux premiers signes d’une attaque anglaise, les commissaires français proclamèrent l’abolition complète de l’esclavage et l’émancipation des esclaves noirs, pour les inciter à soutenir la France.

 

Ce même jour Toussaint lança sa propre proclamation : « « Frères et amis. Je suis Toussaint Louverture ; mon nom s’est peut-être fait connaître jusqu’à vous. J’ai entrepris la vengeance de ma race. Je veux que la liberté et l’égalité règnent à Saint-Domingue. Je travaille à les faire exister. Unissez-vous, frères, et combattez avec moi pour la même cause. »

 

 

- Toussaint Louverture : vainqueur de l'Espagne et de la Grande-Bretagne

La Caraïbe a connu une histoire de rapine depuis l’époque des « découvreurs » espagnols, en passant par celle des boucaniers français qui commencèrent leur conquête en attaquant l’Hispaniola depuis la proche île de la Tortue pour créer Saint-Domingue (dans la partie ouest de L’Hispaniola), et aussi avec l’arrivée des envahisseurs britanniques qui attaquèrent la Martinique, la Guadeloupe et d’autres colonies françaises des Antilles.

 

A Saint-Domingue, qui fut rebaptisée Haïti, ils ne rencontrèrent que peu de résistance, à l’exception de celle que leur opposèrent les forces placées sous le commandement du général mulâtre André Rigaud, jusqu’à ce que l’Assemblée nationale de France abolisse officiellement l’esclavage. Toussaint rompit alors avec l’Espagne et adhéra à la proclamation de liberté des Français, avec 4 000 soldats en première ligne. En 1795, l’armée espagnole fut défaite, grâce aux efforts de Toussaint Louverture, notamment. Battre les Britanniques qui continuaient de recevoir des renforts fut une tâche plus longue et ardue qui devait durer jusqu’en mai 1798. L’armée britannique essuya de nombreuses pertes : entre 20 000 et 60 000 morts d’après les chroniqueurs. Toussaint reçut l’aide du gouvernement des Etats-Unis, le président John Adams et son secrétaire d’Etat Timothy Pickering craignant encore un coup de leur ancienne métropole. C’est ainsi que commença le commerce, encouragé par Hamilton. Mais même si Louverture avait fait construire des chemins et des écoles, Napoléon refusa de lui envoyer un seul instituteur.

 

«La colonie de Saint-Domingue, qui était placée sous mon commandement, jouissait d’un grand calme, et d’une culture et d’un commerce florissants », écrivit Toussaint dans ses Mémoires. Cependant, lorsque Jefferson remporta les élections présidentielles de 1800, aussitôt après avoir accédé à la Maison-Blanche, le 4 mars 1801, il se retourna contre Toussaint et fit savoir à Talleyrand que la France pouvait recevoir tout le ravitaillement nécessaire pour reconquérir Saint-Domingue.

 

Au terme des hostilités avec la Grande-Bretagne après la Paix d’Amiens, Napoléon put bénéficier du soutien de Jefferson pour attaquer Haïti. Il arma une imposante flotte pour envahir l’île, placée sous les ordres de son beau-frère le général Victor Emmanuel Leclerc. Environ 20 000 hommes débarquèrent en février 1802 sous les ordres de Leclerc et sous le faux prétexte de rétablir l’autorité française. Une fois leurs positions prises, ils désarmeraient les Noirs et rétabliraient l’esclavage. Le général noir fut arrêté et déporté vers la France, et emprisonné au Fort de Joux en 1802.

 

« Si je voulais compter tous les services que j’ai rendus dans tous les genres de gouvernement, il me faudrait plusieurs volumes encore n’en finirais-je? Et pour me récompenser de tous ces services, on m’a arrêté arbitrairement à Saint-Domingue, on m’a garrotté et conduit à bord comme un criminel, sans égard pour mon rang, sans aucun ménagement? Est ce là la récompense due à mes travaux ? Ma conduite me faisait-elle attendre un pareil traitement ? ».

 

Cette prison de haute sécurité que personne ne pouvait même approcher et où les visites étaient interdites fut sa dernière demeure, au milieu d’un isolement rigoureux décrété et vérifié par Napoléon. Toussaint Louverture mourut le 7 avril 1803. Ce n’est que beaucoup plus tard que l’empereur reconnut son erreur.

 

 

- C'est à Champagney avec J-A Priqueler que germa l’idée d’abolir l’esclavage.

Il est paradoxal que la France de Napoléon put trahir Toussaint Louverture, car c’est précisément dans un petit village de France, à Champagney, que germa l’idée d’abolir l’esclavage.

 

Jacques-Antoine Priqueler, officier de la garde du roi Louis XVI, originaire de Champagney et ouvert aux idées des philosophes et des intellectuels des Lumières, serait à l’origine de cette revendication après avoir été horrifié par les atrocités de la captivité négrière dans les Antilles. C’était quatre mois avant le déclenchement de la Révolution française. L’abolition de l’esclavage, l’une des idées les plus nobles inspirées de la Révolution française dont nous commémorerons le 220e anniversaire le 14 juillet prochain, naquit dans l’esprit de 78 simples paysans et serfs de ce petit bourg qui avait vu naître le noble Priqueler.

 

La France était en pleine ébullition en raison des « cahiers de doléances » où les vassaux de 36 000 municipalités de l’empire, désespérés par la misère, exprimaient leurs plaintes et leurs souhaits, à la demande du roi. Sur ces terres froides et stériles, la position géographique de l’endroit rendait ses habitants encore plus vulnérables aux attaques et contre-attaques lancées dans le cadre des incessantes guerres européennes. A cette situation stratégique délicate s’ajoutaient des conditions de vie très dures et même comparables à l’esclavage en raison de l’asservissement des habitants par des seigneurs abusifs.

 

Dans la France prérévolutionnaire, ces citoyens meurtris qui pendant l’hiver 1788-1789 résistèrent ensemble le froid intense et la faim provoquée par la hausse effrénée des impôts, surent comprendre ceux qui menaient une vie encore plus misérable qu’eux. Le sentiment humanitaire les poussa, avec une audace qui force l’admiration, à attirer l’attention du Roi Louis XVI sur les horreurs de la traite négrière, à prendre le parti des esclaves du Nouveau monde, et ainsi entrer dans l’histoire, car ce furent les seuls Français qui, en ce 19 mars 1789, quatre mois avant le début de la Révolution, demandèrent non seulement que leurs revendications soient satisfaites mais aussi l’abolition de l’esclavage. Parmi leurs revendications au roi les habitants de Champagney demandèrent l’émancipation des esclaves des colonies françaises en ces termes : « Les habitants et communauté de Champagney ne peuvent penser aux maux dont souffrent les nègres dans les colonies sans avoir le coeur pénétré de la plus vive douleur, en se représentant leurs semblables, unis encore à eux par le double lien de la religion, être traités plus durement que ne le sont les bêtes de somme… ».

 

Mme Marie Thérèse Olivier, descendante d’un de ces paysans, nous a laissé un récit poignant à ce sujet. Les habitants illettrés de Champagney n’avaient jamais vu un homme noir de leur vie. Mais Priqueler les conduisit à l’église pour leur montrer Balthasar, le roi noir, l’un des trois rois mages de la célèbre peinture qui existe encore aujourd’hui dans cette église, qui recrée la nuit de l’Epiphanie et l’adoration du fils de Dieu.

 

Leur demande parvint jusqu’à Paris et même jusqu’aux Etats généraux, où elle fut présentée au roi, qui n’eut pas le temps de l’étudier. a marée révolutionnaire engloutit Louis XVI et son royaume.

 

Aujourd’hui Champagney est un petit village d’environ 3 000 habitants situé dans le département du Jura et la région de la Franche-Comté en France, à une cinquantaine de kilomètres de Besançon. Là-bas, en l’hommage de ces progressistes habitants et à fin de « maintenir l’esprit de justice, de dignité et de fraternité », fut inauguré en 1971 le musée connu comme la Maison de la négritude et des droits de l’Homme, dédié à ceux que l’histoire a baptisé Les Justes. Ce musée fait la fierté de ses habitants.

 

La Maison de la négritude évoque cette tragédie de l’histoire, et nous propose la reproduction des cales d’un navire négrier avec son chargement d’esclaves pour l’infâme traversée transatlantique avec escale, entre autres, à Bordeaux. Un hommage est rendu à l’un des promoteurs de cette institution, Leopold Sedar Senghor, le premier président du Sénégal, ainsi qu’à l’illustre poète martiniquais Aimé Césaire, qui fut nommé président d’honneur de l’Association des amis de Champagney et de la Maison de la Négritude.

 

Le maire Gérard Poivery et son adjointe Mme Portolleau nous expliquent que l’Association a pour but de « faire redécouvrir et de se familiariser avec les pages de l’histoire qui unissent trois continents : l’Afrique, l’Amérique et l’Europe, et, en conformité avec le présent, de dénoncer les formes d’esclavage moderne comme le travail des enfants, les travaux forcés et les violations des droits de l’Homme ».

Au coeur de la polémique rochelaise : Toussaint Louverture, le jacobin noir

- V. Sshoelcher antiesclavagiste et biographe de : "La vie de Toussaint Louverture."

Victor Schoelcher, né à Paris, le 22 juillet 1804, est la personnalité historique la plus prestigieuse de Fessenheim, village de 9 000 habitants où son père, Marc Schoelcher, un artisan porcelainier, naquit et vécut et où lui-même a grandi. Schoelcher demeure une figure emblématique en France comme dans le monde pour son rôle déterminant dans le combat pour l’abolition de l’esclavage.

 

L’historien Emile Beringer, me raconte aimablement que Schoelcher faisait le commerce des porcelaines de son père, ce qui lui permit de visiter le Mexique, Cuba, la Louisiane, et la Floride lors de son premier voyage, puis la Réunion, Haïti, la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Domingue, Porto Rico et la Jamaïque. Confronté à la situation des esclaves au cours de ces voyages, il renforça son engagement antiesclavagiste au Sénégal et en Gambie, lieux d’embarquement d’un grand nombre d’esclaves à destination du Nouveau Monde. Il en avait suffisamment vu pour s’épouvanter de la cruauté de l’esclavage dans les colonies de la France, de l’Espagne, du Portugal et de l’Angleterre.

 

Pendant 20 ans il se consacra à lutter contre ces horreurs, en écrivant, racontant, organisant des actions. Son ouvrage : Abolition de l’esclavage. Examen critique du préjugé contre la couleur des Africains et des sang-mêlés, (1840) est remarquable. Il entra définitivement dans l’Histoire comme rédacteur du décret qui, le 27 avril 1848, établit la définitive et totale abolition de l’esclavage dans toutes les colonies et possessions françaises, après l’abdication du roi Louis Philippe.

 

Elu plusieurs fois député de la Guadeloupe et de la Martinique, Schoelcher s’opposa au coup d’Etat de Napoléon III, à la fin de 1851, et se vit obligé de se réfugier en Angleterre, à l’instar de Victor Hugo. Républicain intransigeant, il regagna la France en 1870, environ 20 ans plus tard, et participa à la Commune de Paris, comme « conciliateur » selon les historiens. Réélu député de la Martinique, il poursuivit sa lutte contre l’esclavage, pour l’éducation primaire obligatoire, laïque et gratuite, le droit des femmes et des enfants, l’abolition de la peine de mort et d’autres causes progressistes. Il créa plusieurs journaux antillais et en 1899, publia la biographie de Toussaint Louverture sous le titre : La vie de Toussaint Louverture.

 

En hommage à Schoelcher, Fessenheim a été choisie comme 3e étape de la Route pour l’abolition de l’esclavage. En 1981, le président François Mitterrand créa le Mémorial Schoelcher à Fessenheim et en 1987, l’ancien président du Sénat, Gaston Monnerville, inaugura le Musée de la Hardt Maison Schoelcher, au numéro 57 de la rue des Seigneurs, consacré au célèbre abolitionniste et à son père. En 1949, les dépouilles de Marc et Victor Schoelcher furent transférées au Panthéon à Paris, où ils reposent aux côtés de celles de Napoléon, Jean Jaurès, Jean Moulin et d’autres figures illustres de l’histoire de France.

 

C’est auprès d’un tableau représentant Schoelcher, jeune, que le journaliste de Granma est reçu par Mme Fabienne Stich, maire de la ville, Mr Pierre Rente, conseiller municipal, ainsi que Mrs Denis Rusch, Beringer et Pichot  qui vont lui offrir des informations complètes. Le décret historique de 1848 considère l’esclavage comme une atteinte à la dignité humaine, une violation flagrante des principes républicains de Liberté, Egalité, Fraternité.

 

Son article 8, précurseur pour l’époque, établit qu’il est interdit à tout Français, y compris à l’étranger, de posséder, d’acheter ou de vendre des esclaves et de participer, directement ou indirectement, à toute traite ou exploitation de ce genre, sous peine de perdre la citoyenneté.

Au coeur de la polémique rochelaise : Toussaint Louverture, le jacobin noir

- L’abbé H. Grégoire, ami de toutes les couleurs, prit la défense de la jeune république de Haïti et aida Toussaint Louverture

Fils d’un tailleur, l'abbé Henri Grégoire, naquit en 1750 à Veho, en Lorraine, près de la ville de Nancy, où il fut éduqué dans un collège jésuite.

 

Ordonné prêtre en 1775, il devint curé de Embermenil en 1782. L’Académie de la ville lui attribua un prix pour son Eloge de la poésie, et la ville de Metz, en 1888, pour son essai La Régénération physique et morale des juifs. Il fut élu député de Luneville en 1789.

 

L’abbé Grégoire est devenu l’un des acteurs de l’alliance entre le bas clergé et le Tiers Etat. Le 14 juillet, lors de la Prise de la Bastille il présida la session de l’Assemblée pendant 62 heures. Il fut aussi le rédacteur de l’acte d’abolition de la Royauté qui ouvrait la voie à la proclamation de l’abolition de la Monarchie. Il vota contre l’établissement de l’Empire de Napoléon en 1814, si bien que l’Empereur le fit exclure de la vie politique. Evêque de Blois, il se distingua par son combat pour la liberté de culte, la séparation de l’Eglise et de l’Etat et pour la messe en latin.

 

Député de l’Assemblée, il fut l’artisan de la suppression de la gabelle, l’impôt le plus détesté par le peuple, partisan de l’abolition du droit d’aînesse et de la réforme de l’instruction publique. Cependant sa tâche la plus importante fut la rédaction de l’article premier de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen : « Les hommes naissent libres et égaux en droits », principe qui servit de base pour l’abolition des privilèges de l’Eglise et de la Noblesse, la défense des juifs et dont le plus grande réussite fut l’abolition de l’esclavage en 1789.

 

Membre de la Société des amis des noirs, il prit la défense de la jeune république de Haïti et aida Toussaint Louverture avec lequel il entretenait une correspondance. En 1825, lorsque des représentants de Haïti se rendirent à Paris pour la reconnaissance de l’indépendance de leur pays, il leur fut interdit de rencontrer l’abbé Grégoire. Ces derniers, bravant l’interdiction, lui rendirent visite pour rendre hommage à « l’ami des hommes de toutes les couleurs ».

 

En effet, celui-ci avait obtenu la suppression des subventions gouvernementales pour la traite négrière et le 4 février 1794, l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises. Partisan de l’intégration des Noirs dans la république, il s’était opposé violemment à l’expédition de 1801 qui avait pour objectif de restaurer l’esclavage dans les Antilles françaises. L’abbé Grégoire mourut le 28 mai 1831. Plus de  20 000 ouvriers, juifs et Noirs majoritairement, défièrent la monarchie des Bourbons pour accompagner sa dépouille au cimetière de Montparnasse. En 1989, celle-ci fut transférée au Panthéon. En 1994, à l’occasion du bicentenaire de la première Abolition de l’esclavage, fut inaugurée la Maison de l’abbé Grégoire, à l’initiative du comité qui porte son nom dans la ville de Embermenil, en Lorraine, « un musée qui conserve vivante la mémoire, à travers des vitraux lumineux, de celui qui apparaît aujourd’hui comme un géant de la fraternité ».

 

La route de l’Abolition de l’esclavage est une nécessité pour le monde moderne afin que l’Europe et l’Amérique n’oublient pas la dette contractée envers toute l’Afrique et ses descendants.

Au coeur de la polémique rochelaise : Toussaint Louverture, le jacobin noir

- La traite négrière à La Rochelle : un passé encore lourd à porter[2]

Alors que François Hollande a inauguré le Mémorial ACTe, le 10 mai, en Guadeloupe, que reste-t-il du passé négrier dans l'Hexagone ? Direction La Rochelle, port majeur du commerce triangulaire du 18e siècle. Entre avancées et discordes, la ville tente de regarder son passé en face..... car La Rochelle a aussi participé à la traite négrière.

Au coeur de la polémique rochelaise : Toussaint Louverture, le jacobin noir

- La Rochelle : second port négrier de France au 18e siècle
Au 18e siècle, La Rochelle est le second port négrier de France (si l'on regarde l'ensemble de la période 17e-19e siècle, c'est Bordeaux qui se classe deuxième, ndlr). "Près de 427 navires négriers rochelais auraient pris le large, chargés d’environ 130 000 esclaves à destination des colonies de l’Amérique et principalement de Saint-Domingue, en raison de la qualité du sucre qui résistait mieux au transport maritime", raconte l’historien Jean-Michel Deveau, auteur de "La Traite Rochelaise". Pour en savoir plus, regardez ici l'exposition virtuelle sur la traite des noirs à La Rochelle

 

 

- 1982 : un musée entame le long travail de mémoire
Si les vestiges du passé négrier rochelais sont nombreux dans la ville, ils restent difficiles à repérer. Seul le Musée du Nouveau Monde, abrité par l’hôtel Fleuriau, ancienne résidence d’armateurs rochelais, rappelle cet obscur passé.

 

Un paradoxe quand on sait que La Rochelle s’est penchée très tôt sur son histoire négrière. "La ville a même été pionnière. Dès 1976, le maire Michel Crépeau a acheté l’hôtel Fleuriau pour y faire ce musée sur les relations entre La Rochelle et les Amériques, raconte Annick Notter, conservatrice du Musée du Nouveau Monde. En 1982, il était ouvert au public."

 

 

- Hôtels particuliers, raffineries, chantiers navals, mais pas d'indication
Hormis le musée du Nouveau monde, si vous vous baladez dans les rues de la ville, vous passerez sans le savoir devant des hôtels particuliers et longerez même d’anciennes raffineries de sucre. Avec l’œil aiguisé, vous arriverez peut-être à repérer les ex-voto dans les églises et distinguer d’anciens chantiers navals sur le port. Mais ne cherchez pas de panneaux explicatifs.

 

Une situation que déplore Josy Roten, la présidente de l'association Mémoria. Cette professeur d’anglais, d’origine guadeloupéenne, milite pour que la mémoire de l'esclavage soit plus présente dans la ville. "Il s’agit de faire apparaître les traces vivantes du passé et de revenir sur cette période de manière scientifique, explique Josy Roten. Il est prestigieux pour La Rochelle de travailler sur ce passé sans se voiler la face. Refouler l’histoire amène toujours névrose et mal être."

 

« La traite négrière rochelaise entre dans la logique du système capitaliste dont elle épouse toutes les composantes. … Depuis la fin du XVIème siècle, (les hommes) accumulaient un solide capital dans le commerce transatlantique… ». « Ce capitalisme hiérarchisait les gens de mer sur un schéma qui préludait au capitalisme industriel. Au sommet règnent les privilégiés, les capitaines à qui l’on confiait la totalité de l’investissement, eux-mêmes intéressés aux profits. ».

Il remarque encore : « Mais il ne faut pas oublier que ce commerce est celui de la vente ou d’achat d’hommes. Là est toute la contradiction vécue par les négriers.» et il pose avec force la question : «  Comment le siècle des Lumières a-t-il pu vivre de l’esclavage ? ».

 

- L’argent de la traite

Les fortunes amassées ont enrichi considérablement les bourgeois armateurs et négociants et assuré l’essor des ports négriers. N’est-ce pas d’ailleurs ce que constate Olivier Pétré-Grenouilleau en conclusion de  sa thèse de 1996, « l’argent de la traite, milieu négrier, capitalisme et développement : un modèle » ?

 

Il écrit : «Par la traite, le sucre et l’armement en général, des fortunes se sont édifiées, des positions se sont confortées. (…) Que le négoce se soit enrichi par la traite ne fait aucun doute. Que la cité ait connu grâce à cette activité un essor remarquable est une évidence. (…) Par le biais des négriers, les effets clairement identifiables de la traite se font même sentir jusque dans la seconde moitié du XIXème siècle. ». L'auteur démontre cependant aussi que les fortunes du XVIIIème siècle n'ont pas souvent été réinvesties dans l'industrie alors  émergente, leurs détenteurs ayant préféré les belles terres et les vastes demeures.

 

De nombreux historiens s'accordent sur des bénéfices moyens de l'ordre de 6 à 7 % par an, c'est-à-dire guère plus que des placements tranquilles de père de famille à 5 % chez les notaires. Ce taux moyen ne rend évidemment pas compte d'un éventail très large allant d'un échec retentissant à une réussite exemplaire, de 50 % de perte à 50 % de gain.

 

Pour un grand nombre d'armateurs candidats à la traite, la notion de risque faisait partie du voyage : une expédition à la côte d'Afrique s'apparentait à un coup de dé dont on attendait le meilleur comme le pire. On tentait sa chance et souvent on ne recommençait plus : ainsi à Bordeaux, 56 % des maisons d'armement ont expédié une seule fois à la traite. Quelques familles cependant se sont illustrées dans la traite négrière en additionnant des dizaines d'expéditions et des millions de livres de profits, comme Michel et Grou à Nantes, Begouèn-Demeaux au Havre, ou encore la dynastie des Nairac dont Pierre-Paul et Élisée à Bordeaux et Jean Baptiste à La Rochelle furent les plus actifs (voir ICI).

 

Ces acteurs principaux n'étaient pas les seuls à tirer des avantages pécuniaires de la traite, une multitude d'acteurs secondaires, de corporations, en bénéficiaient indirectement. Lors des discussions portant sur l'avenir de la traite, les tenants du système insistaient sur le fait que « des millions de personnes en France vivaient du commerce négrier et souffriraient grandement de sa disparition » : en premier lieu les marins, en second lieu, les ouvriers des chantiers navals, des industries métallurgiques et textiles, des raffineries, les artisans, les boutiquiers, les couturières, les aubergistes, les viticulteurs, leurs femmes et leurs enfants. Cela faisait du monde. Il n'est pas question pour cette population, qui dans sa majorité, n'avait pas conscience de collaborer à l'activité négrière, de parler d'une quelconque fortune liée à la traite. Gens de peu, leurs revenus ou leurs salaires étaient le plus souvent misérables et n'avaient rien à voir avec les sommes brassées par les gros armateurs.

 

Enfin la fortune négrière n'est pas qu'individuelle, elle est aussi collective. L'accumulation des capitaux issus de la traite et de l'exploitation des esclaves dans les colonies a favorisé la croissance économique de l'Angleterre ou de la France. Nul doute que l’enrichissement des Européens doit beaucoup à l’asservissement des Africains.

 

 

- Toussaint Louverture : la statue de la discorde
Le 20 mai dernier, une statue Toussaint Louverture a été inaugurée à La Rochelle, mais depuis des semaines, une polémique agite la ville. Faut-il installer cette oeuvre sur le port ou dans la cour du Musée du Nouveau Monde ? Pour l’association Mémoria, à l’origine du projet, il est "aberrant de l’enfermer dans la cour du musée". "Encore une fois, La Rochelle n’assume pas l’histoire de la traite", remarque la présidente Josy Roten qui a lancé une pétition sur internet pour que la statue soit installée dans un lieu accessible.

Pour Annick Notter, conservatrice du musée, "il est symboliquement fort de l'implanter dans la cour de l'hôtel Fleuriau et plus facile d’y faire le travail d’information dans ce lieu déjà chargé d'histoire." Même discours du côté de la mairie qui estime que "les sculptures mémorielles faisant souvent l'objet de vandalisme, il est préférable qu'elle soit protégée dans l'hôtel Fleuriau." Depuis la réalisation de notre reportage, la statue a été installée dans la cour du musée.

 

 

- Des conceptions différentes du travail de mémoire
En 2012, la mairie avait conçu un parcours sillonnant les vestiges de la traite dans la ville. Il est encore organisé de manière ponctuelle par l’office de tourisme. La plaquette qui servait de guide aux visiteurs n’est, elle, plus disponible et doit être à nouveau imprimée et actualisée.

"La Rochelle a un passé très riche, le problème est de valoriser toutes les histoires de la ville, se défend la mairie. Impossible de mettre des plaques explicatives sur chaque bâtiment, pourtant chacun voudrait son parcours sur l’histoire du protestantisme, de la traite, du Moyen-Âge"… "Nous ne sommes pas Nantes et Bordeaux, les moyens ne sont pas les mêmes", fait remarquer Géraldine Gillardeau chargée du patrimoine au service des affaires culturelles de la mairie de La Rochelle.

 

 

- Quel avenir pour la mémoire rochelaise ?
A La Rochelle, les démarches favorisant le travail de mémoire sont multiples et croisées. Si les générations futures semblent une cible prioritaire pour tous, les manières de la sensibiliser divergent. Faut-il s’en tenir aux livres d’histoire et au musée, ou faut-il voir plus loin ? S’impliquer davantage en Haïti ou installer sur le port la statue d’une figure historique du mouvement d'émancipation des Noirs en hommage à la communauté haïtienne ? Autant d’initiatives complémentaires plus que concurrentielles. Pourtant, certaines froissent encore.

 

A La Rochelle ou nombre de rues portent encore le nom des armateurs négriers (Admyrault, Seignette.....) le lourd passé négrier est encore difficile à assumer....

 

Motif invoqué de la non installation de la statue dans un lieu public : le risque de dégradation !

Il y a des cas ou la puissance publique aime les incivilités.... quand ça lui rend service ! C'est le cas ici !

 

 

 

 

 

 

 

- Installer la statue de Toussaint Louverture dans un espace facilement accessible, moins clivant qu'un enfermement dans la cour d'un hôtel particulier d'armateur du 18e.

ICI pétition pour une mise en lumière sans éuivoque d'un symbole de l'abolition de l'esclavage.

 

Note : sources

[1] - Blog de Marc Harpon

[2] - La traite négrière à La Rochelle : un passé encore lourd à porter

 

Pour en savoir plus :

- La traite des esclaves, l'esclavage, l'accumulation du capital et le devoir de mémoire

- La traite rochelaise (résumé de l'ouvrage essentiel pour l'étude de la traite rochelaise)

- Le commerce rochelais face à la Révolution. Correspondance de Jean-Baptiste Nairac (1789-1790) 

- La Rochelle, l'Aunis et la Saintonge face à l'esclavage

- La traite négrière rochelaise au XVIIIe siècle Les Expositions Virtuelles de Fort Boyard

- Journaux de bord et de traite de Joseph Crassous de Médeuil : de La Rochelle

- Mystéres autour de la dépouille de Toussaint Louverture

- La traite des Noirs en 30 questions

- La traite négrière et l’esclavage XVIIIème - XIXème

- Memoires et partages

- A La Rochelle : Malaise dans la culture.....

Au coeur de la polémique rochelaise : Toussaint Louverture, le jacobin noir
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21 mai 2015 4 21 /05 /mai /2015 08:12
Femmes à Kaboul dans les années 1970 http://www.postedeveille.ca

Femmes à Kaboul dans les années 1970 http://www.postedeveille.ca

  • Du 27 avril 1978 au 27 avril 1992, des forces de gauche sont au pouvoir en Afghanistan.
  • 27 décembre 1979 : l’armée soviétique entre dans Kaboul à la demande du gouvernement Najibullah confronté aux guerrillas féodalo-islamistes épaulées par les USA et plusieurs pays arabes.
  • Le retrait des soviétiques puis la défaite de la gauche afghane trois ans plus tard amènent l’exode de centaines de milliers de familles progressistes et laissent place à la propagation d’un islamisme de masse.
  • Les Etats Unis comme tous les pays occidentaux, comme la Chine, comme les prétendus nouveaux philosophes auraient mieux fait d’y réfléchir à deux fois avant de soutenir et fournir à foison des armes et de l’argent pour les mollahs et les madrasas.
  • Cet article a été rédigé en 2006. Depuis..............................

 

Sources : le Parti de Gauche Midi-Pyrénées le 28 mai 2006 par Jacques Serieys

- 1- Remarques sur l’histoire de l’Afghanistan jusqu’en 1978

Placé sur la grande route de la soie, au carrefour de l’Asie (entre Perse, Russie, Turco-mongols, Chine et Inde...), l’Afghanistan a connu une histoire riche depuis le néolithique. Les villes de Kaboul, Hérat, Kandahar, Balk, Bagram, Ghazni... ont resplendi à plusieurs époques au coeur de la Bactriane antique puis de la grande civilisation des Kouchans, dans l’Empire ghaznévide... Ensuite, le développement du capitalisme international par les routes maritimes laissa l’Afghanistan à l’écart des évolutions du monde ; les villes perdirent beaucoup de leur puissance économique, sociale et culturelle au profit d’un féodalisme rural dominé par de grands propriétaires terriens et des chefs de guerre, au profit aussi de mollahs autour desquels s’organisait la vie des villages.

 

Des historiens russes ont daté les prémisses d’un Etat afghan du 17ème siècle (principautés féodales de Akora et de Teri) et de 1713 lorsque plusieurs chefs féodaux locaux s’entendirent pour chasser le gouverneur de Kandahar nommé par le Shah d’Iran. Ceci dit, l’absence de relations économiques entre les territoires n’a pas poussé à la naissance d’un peuple ou d’une nation. Le pouvoir politique s’est donc disputé au gré des rapports de forces dans un chaos permanent. Les moments d’unification furent rares comme sous la domination du clan Sadozai de la tribu Durrani (ethnie pachtoun).

 

Reste de cette histoire une mosaïque d’ethnies (Pachtouns, Tadjiks, Ouzbeks, Hazaras, Turkmènes, Kirghizes, Aïmaks, Baloutches, Nouristanis...), de tribus, de sous-tribus, de clans, de langues séparés par l’histoire (innombrables déplacements de population et innombrables conquérants), par la géographie (hautes montagnes, grands déserts), par des intérêts divergents, par des religions différentes, par l’attraction économique et culturelle de civilisations voisines.

 

- De 1839 à 1919, la Grande Bretagne essaya en vain d’imposer son protectorat sur ces populations guerrières et indépendantes. A plusieurs reprises, les armées britanniques connurent des défaites humiliantes (bataille de Gandamak en janvier 1842). C’est surtout de cette lutte contre l’envahisseur colonial que date un nationalisme féodalo-monarchique afghan d’autant plus que c’est lui qui traça les premières frontières.

 

- En 1919, une nouvelle guerre entre Britanniques et Afghans (dirigés par le prince Amanullah Khan) se termine par une défaite des British Armed Forces ; par souci de protection, Kaboul se tourne vers la jeune Union des Républiques Socialistes Soviétiques. L’Afghanistan est le premier Etat à reconnaître l’URSS et à signer avec elle des traités de coopération et de non-agression.

 

- De 1919 à 1929, l’Afghanistan connaît une décennie de développement à l’européenne : création de routes, de lycées, développement des villes, infrastructure étatique permettant de collecter l’impôt... L’émancipation de la femme afghane progresse rapidement (éducation, abolition du port du voile, interdiction de la polygamie, interdiction du mariage des jeunes filles avant l’âge de 9 ans, droit de vote). Qui porte cette politique ?

  • Sur le fond, des couches sociales citadines
  • Au sommet de l’Etat, des modernisateurs comparables au turc Kemal Atatürk, en plus démocratiques et plus progressistes.

 

- Survient alors en Afghanistan, ce qui était arrivé durant la révolution française

La majorité des paysans de sociétés rurales restées les plus féodales soutiennent leurs anciens oppresseurs (religieux et grands propriétaires) contre ceux qui croient pouvoir les libérer. La structure sociale et idéologique paraît alors plus forte que toute aspiration individuelle ou collective. L’intérêt trouvé par des abrutis locaux dans le maintien du patriarcat paraît plus important que la réforme agraire, l’éducation... Les religieux organisent une révolte qui oblige Aminullah à quitter le pays.

 

- Du 17 janvier 1929 au 13 octobre 1929, l’Afghanistan subit une première domination sanglante des fondamentalistes avec Habibullah Ghazi comme roi. Ce dernier est assassiné par Mohammad Nadir Shah qui convoque une Loya Jirgah (assemblée traditionnelle réunissant les chefs religieux, tribaux et militaires) pour être proclamé roi en septembre 1929 ; avec lui les fondements du pouvoir retournent aux chefs religieux et tribaux.

 

- Jusqu’en 1973, Mohammad Nadir Shah puis son fils Mohammed Zaher Chah siègent sur le trône royal afghan. Dans les années 1950 et 1960, la poussée tiers mondiste mondiale, les liens entre les Etats Unis et l’ennemi pakistanais expliquent les liens renoués avec l’URSS : construction de barrages, de centrales hydro-électriques, d’usines, scolarisation des femmes, droit de ne pas porter le voile... L’Afghanistan fait alors partie de la zone d’influence soviétique : les officiers comme beaucoup de hauts fonctionnaires sont formés en URSS ou au moins par ses coopérants. Les Etats-Unis veulent aussi prouver leur capacité à mener à bien des projets (barrage du Helmand, aéroport de Kaboul...). De 1963 à 1973, le pays connaît une période de monarchie constitutionnelle avec une constitution, des partis politiques déclarés et reconnus (à droite des parti islamistes, à gauche le PDPA).

 

- De 1969 à 1973, plusieurs années de sécheresse, de mauvaises récoltes et de famine affaiblissent la monarchie.

 

- En 1973, le général Daoud renverse son cousin et beau-frère, le roi Mohammed Zaher Khan, instaure la république et en devient le premier président. Ce dictateur populiste dispose d’une faible assise sociale. Il essaie de s’appuyer à la fois sur la haute aristocratie féodale et sur des couches sociales urbaines en cooptant son réseau politique. Des chefs islamistes commencent à rejoindre le Pakistan pour constituer des groupes de résistance comme le tadjik Ahmed Chah Massoud et le pachtoune Gulbudin Hekmatyar. Des guerillas islamistes commencent à se former. Rapidement, le pouvoir subit ce poids politique conservateur et adopte une attitude répressive vis à vis de la gauche formée par le PDPA (Babrak Karmal).

 

 

- 2- 27/04/1978 : la gauche afghane au pouvoir

La répression violente exercée par le pouvoir contre les progressistes met de plus en plus la gauche en situation d’impasse. Le 17 avril 1978, un dirigeant du PDPA, connu et apprécié, est assassiné en pleine rue. La grande manifestation de protestation organisée par ce parti deux jours plus tard est réprimée de telle manière (vaste rafle) que toute la gauche se sent en danger de mort.

 

Pour éviter le processus génocidaire de la gauche qu’a connu l'Indonésie en 1965, des officiers progressistes réalisent un coup d’état qui bénéficie alors d’un large soutien populaire tellement Daoud s’était fait d’opposants et ennemis.

 

Ainsi, le 27 avril 1978, arrive au pouvoir le PDPA (People’s Democratic Party of Afghanistan).

Qu’est-ce que le PDPA ? Un parti né en 1965 dans le sillage de la montée tiers-mondiste, émancipatrice et révolutionnaire des années 1960.

 

Les militants de gauche qui le créent veulent :

  • s’attaquer aux structures féodales rurales, au pouvoir des grands propriétaires terriens, à l’intégrisme religieux, à la grande bourgeoisie prédatrice ;
  • promouvoir l’alphabétisation des garçons et des filles, développer la semaine de 40 heures, instaurer une sécurité sociale...
  • construire un Etat de droit républicain en lieu et place de la corruption régnante ; faire perdre ainsi à la multitude de mollahs leur rôle traditionnel de prédicateurs porteurs de la parole d’Allah, de chefs politiques, de juges, de maîtres d’école ;
  • utiliser cet Etat planificateur pour développer un réseau de coopératives agricoles, des organismes publics de crédit pour aider les artisans...
  • s’appuyer socialement sur les travailleurs, les petits paysans, les intellectuels, les couches urbaines.

 

La majorité des cadres du PDPA proviennent des milieux enseignants, journalistes, bourgeoisie urbaine cultivée, quelques officiers formés en URSS.

 

Dès l’été 1978, des zones rurales s’insurgent et sont rejointes par plusieurs garnisons. Le Sud-Est, région de forte implantation islamiste est en sécession.

 

 

- 3 - La décision des USA de renverser la gauche afghane date du début juillet 1979

Dès le début juillet 1979, les Etats Unis décident d’intervenir en Afghanistan par le biais :

  • d’une part d’une assistance financière et militaire aux moudjahiddin (« guerriers saints ») ;
  • d’autre part d’un soutien direct de la part du Pakistan voisin (préparation d’un gouvernement fantôme à Peshawar, formation militaire, logistique...).

 

Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller pour la sécurité de Jimmy Carter, a affirmé en janvier 1998 que c’est « le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l’assistance clandestine aux opposants du régime prosoviétique de Kaboul ».

 

Pire, la CIA comme l’administration du Pentagone mise sur le fait qu’en intervenant massivement, l’URSS va se trouver obligée de faire de même et de s’engluer dans le "piège afghan".

 

La décision américaine se traduit rapidement par une extension des guérillas. Elle représente un tel encouragement politique et militaire que la garnison de Kaboul elle-même se soulève et passe à l’opposition.

 

En octobre, la moitié des 85000 soldats de l’armée ont quitté leur affectation, rejoignant généralement l’insurrection contre le PDPA.

 

Les dirigeants du PDPA sont à présent dépassés par les enjeux stratégiques mondiaux qui se jouent dans leur pays. D’ailleurs, leur division s’exacerbe au plus mauvais moment entre d’une part le Khalq (Peuple) majoritaire, radical et assez peu politisé), d’autre part le Parcham (Etendard).

 

 

- 4 - 27/12/1979 : l’armée soviétique entre dans Kaboul

Le PDPA dirigé par le Khalq :

  • promeut des mesures progressistes dont il escompte le soutien du milieu paysan pauvre et modeste (alphabétisation, annulation des emprunts immobiliers ruraux, réduction de la dot, interdiction du mariage des enfants, interdiction des prêts financiers au bazar, redistribution de terres...);
  • se bat face à ses ennemis, les emprisonne, les abat parfois.

 

Dans le contexte montagnard afghan d’isolement géographique et culturel de nombreuses zones, les mollahs (religieux), les grands propriétaires et les maliks (chefs de villages) montent contre le gouvernement des populations rurales pourtant rationnellement intéressées par ces réformes.

 

Quatre autres éléments pèsent alors contre la réussite du PDPA :

  • l’action prosélyte de pays musulmans contre les "communistes" de Kaboul. L’Arabie saoudite apporte un financement considérable aux sept organisations de moudjahidines dès juillet 1979 au plus tard ;
  • le contexte international de réaction avec les USA en gendarmes du monde. Le 3 juillet 1979, Washington décide de fournir une aide financière et militaire considérable aux moudjahidines ;
  • le rôle de la dictature pakistanaise dont les services secrets servent de relai entre Washington, Ryad, les "zones tribales" et les guérillas afghanes ;
  • la poussée islamiste iranienne aux portes des régions rurales les plus conservatrices d’Afghanistan (Sud-Est).

 

Confronté à ce soutien international des forces impérialistes et abruties, le gouvernement afghan demande officiellement à treize reprises à l’URSS une intervention militaire pour le soutenir. Moscou analyse la situation et répond non avec pour argument essentiel que cela renforcerait les religieux et le soutien qu’ils reçoivent des pays capitalistes.

 

Pourtant, le gouvernement soviétique accroît son intervention en Afghanistan après deux évènements importants :

  • le soulèvement de la garnison d’Herat (aux portes de l’URSS) contre le PDPA ;
  • l’assassinat en septembre 1979 du président afghan (PDPA) Noor Mohammed Taraki.

 

Environ 55000 soldats soviétiques participent à l’intervention en cette fin d’année 1979. Ils appuient l’arrivée au pouvoir de Babrak Karmal, dirigeant modéré du PDPA, proche d’eux. Ils poussent à une attitude conciliante vis à vis de la religion et des religieux. 2000 prisonniers politiques sont libérés ; les discours et communiqués officiels commencent par Bismillah (au nom d’Allah).

 

 

- 1979, c’est l’année de la révolution khomeiniste en Iran.

Il aurait été logique que les Etats Unis restent prudents vis à vis de guérillas religieuses pour éviter une propagation islamiste ; or, ils vont peser de tout leur poids pour soutenir et armer ces groupes profondément réactionnaires. C’est dans ces conditions qu’ils utiliseront Oussama Ben Laden pour faire parvenir des armes et de l’argent ici et là. Chaque année, de 1981 à 1989, Washington va y engloutir environ 500 millions de dollars auxquels s’ajoutent les aides financières et en armement du Pakistan, de l’Arabie saoudite, de l’Iran, de la Chine, de l’Egypte...

 

Dans le même temps, des volontaires affluent de divers pays du monde arabo-musulman pour aider les moudjahidines (Algériens, Philippins, Saoudiens, Égyptiens...).

 

Les effectifs soviétiques augmentent rapidement : 85 000 hommes en mars 1980, 118 000 en 1982.

Sur 10 ans, plus de 900 000 jeunes Soviétiques servent en Afghanistan, 14 000 d’entre eux sont tués et 75 000 blessés, victimes d’armes fournies par l’Occident.

 

Cependant, les moudjahidines contrôlent une partie de plus en plus importante de l’Afghanistan rural.

 

En 1988, Gorbatchev décide le retrait des troupes russes, retrait complètement terminé en février 1989.

 

Ne sous-estimons pas dans cet échec du PDPA et de l’URSS, le rôle considérable des médias occidentaux (dont les grands médias français), présentant les moudjahidines en référence aux "Résistants" de 1940 1945. Grotesque bêtise !

 

 

- 5 - L’Afghanistan depuis le retrait soviétique

Notons seulement trois faits :

  • l’Afghanistan progressiste du président de la république Najibullah tient seul au pouvoir durant plusieurs années jusqu’au 27 avril 1992 face à des guérillas soutenues par les Etats Unis, le Pakistan, l’Arabie... l’Oumma... En mars 1989, tous les réactionnaires et ignorantistes au service des USA croient pouvoir écraser l’armée afghane à présent privée de tout soutien soviétique. A partir du Pakistan proche, des forces considérables avancent vers Jalalabad et en entreprennent le siège. Surprise : des forces de l’armée régulière de Najibullah brisent ce siège et font éclater l’unité des islamistes ;
  • dès le printemps 1990, un tartuffe pro-occidental nommé Boris Eltsine arrive au pouvoir à Moscou. L’isolement international de Kaboul s’accroît de façon inexorable rappelant la fin de la république espagnole avec une retirada aussi massive et aussi dramatique ;
  • La politique menée par le PDPA est indiscutablement meilleure pour le pays que tout ce qu’a connu l’Afghanistan depuis, à savoir la longue guerre civile entre factions de 1992 à 1996, puis la dictature des talibans, puis l’intervention militaire américaine. Notons un point : en 14 ans de présence du PDPA au gouvernement à Kaboul (intervention soviétique comprise), les spécialistes s’accordent sur environ 8000 Afghans moudjahidines exécutés. Une fois ce parti vaincu, les seuls combats entre factions islamistes dans la capitale ont fait plus de cent mille morts en un an.

 

Oui, il exista un Afghanistan de gauche qui présentait de nombreux défauts mais qu’il aurait fallu soutenir plutôt que de céder aux sirènes médiatiques au service des ignares obtus dirigeant la CIA.

 

Je ne peux terminer sans rappeler comment est mort le dernier président réel de l’Afghanistan auquel un jour l’histoire rendra hommage : lors de la prise de Kaboul en avril 1992, il essaie de quitter son pays mais en est empêché par le clan de Dostom devenu un allié des USA après le départ des soviétiques suite à des arguments sonnants et trébuchants. En 1996, les talibans prennent Kaboul, s’emparent de l’ancien président réfugié dans un bâtiment des Nations Unies :

 

Quoiqu’en pensent Le Figaro, L’Express, le Nouvel observateur, Le Monde et La Dépêche du Midi, l’humanité pensante n’était pas du côté des guerriers saints soutenus par les faucons de Washington. Avec le PDPA, les réverbères recevaient de l’électricité pour éclairer les rues et non pour pendre sans aucun procès un ancien président de la république.

 

 

- 6 - 1997-2001 : les Talibans

- 7 - Intervention de l’OTAN

- 8 - 31/12/2014 : Les forces de l'Otan mettent fin à leur intervention déclenchée en 2001 pour chasser les Talibans d'Afghanistan.

 

Pour en savoir plus :

- De l’Afghanistan à la Syrie : Droits des femmes, propagande de guerre et CIA

- Afghanistan

- Afghanistan : retour en chiffres sur 13 ans de présence occidentale

- Quel avenir pour l'Afghanistan après le retrait occidental ?

- Les forces de l'Otan mettent fin à leur intervention déclenchée en 2001 pour chasser les Talibans d'Afghanistan.

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Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans International Politique Pages d'Histoire
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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 08:09
Portugal : la Révolution des Oeillets du 25 avril 1974

Sources : le Parti de Gauche Midi-Pyrénées le 25 mars 2015 par Ugo Palheta

 

1 - Il y a 40 ans : grandeurs et limites de la Révolution portugaise

 

Le 25 avril, le Portugal fête le quarantième anniversaire de la «  Révolution des œillets  ». Dernier exemple d’un soulèvement populaire et radical dans le monde occidental, elle fit tomber la plus vieille dictature d’Europe et s’approfondit jusqu’à menacer le pouvoir de la bourgeoisie.

 

Alors que l’offensive capitaliste s’accélère dans toute l’Europe, et en particulier dans les pays d’Europe du sud, c’est là un spectre bien encombrant pour la classe dirigeante portugaise et pour la troïka (Commission européenne, BCE et FMI), qui ne craignent rien tant qu’une irruption des classes populaires sur la scène politique et sociale.

 

D’avril 1974 à novembre 1975, la classe ouvrière portugaise va ainsi chercher à briser l’appareil d’Etat hérité du régime salazariste et à inventer les voies d’un socialisme démocratique, dans des conditions d’arriération économique et de répression politique léguées par une dictature qui se sera maintenue plus de quarante ans. S’enracinant en partie sur le terrain des contradictions propres au colonialisme portugais, la révolution s’ouvre le 25 avril 1974 par une révolte de capitaines organisés dans le cadre du Mouvement des forces armées (MFA), avant de se radicaliser par bonds – à travers l’auto-organisation croissante dans les entreprises et les quartiers, parmi les soldats et les paysans – en réponse aux tentatives successives de la classe dominante d’en arrêter le cours.

 

Il faudra toute la détermination contre-révolutionnaire de la bourgeoisie, s’appuyant sur les fractions conservatrices de l’armée et le pouvoir idéologique de l’Eglise, pour faire refluer la combativité populaire et la montée d’une large conscience anticapitaliste. La responsabilité en revient également aux deux grands partis de la gauche portugaise, à des titres différents  : là où le Parti socialiste (PSP) assumera pleinement la tâche de gérer loyalement les intérêts de la bourgeoisie et de maintenir les structures de l’Etat capitaliste, le Parti communiste (PCP) consacrera une grande partie de son énergie à détourner le prolétariat de toute action politique autonome et à limiter les objectifs de lutte, cherchant à saper l’audience croissante des groupes d’extrême gauche (maoïstes et trotskystes).

 

 

- Une révolution qui vient de loin

Une révolution n’est jamais un éclair dans un ciel serein  ; elle s’annonce à travers de multiples indices avant-coureurs qui, le plus souvent, ne deviennent lisibles en tant que tels qu’après-coup, une fois le soulèvement populaire amorcé.

 

Cette difficulté à interpréter les modifications silencieuses du rapport de forces et les soubresauts de la colère populaire explique pourquoi les organisations authentiquement révolutionnaires sont rarement à l’initiative durant les premiers moments d’une révolution et peuvent éprouver les plus grandes peines à conquérir une influence au sein des mouvements de masse, en particulier lorsqu’ils sont confrontés à des partis mieux structurés, disposant de moyens financiers supérieurs, d’un accès régulier aux grands médias et d’une audience acquise de longue date.

 

La Révolution portugaise prend racine dans la crise du régime salazariste. Dictature fasciste s’appuyant sur une idéologie réactionnaire dont s’inspirera le régime de Vichy, l’Estado novo présente des traits originaux par rapports aux fascismes mussolinien et hitlérien, qui permettent d’en expliquer à la fois la longévité et la faiblesse au moment de sa crise du début des années 1970.

 

Si le régime fondé en 1933 par Salazar [1] se maintient aussi longtemps, c’est qu’il est parvenu à unir les différentes fractions de la classe dominante portugaise autour d’un projet politique fondé sur la répression de toute opposition syndicale et politique [2], assurant la surexploitation du prolétariat et la défense de la grande propriété foncière, mais aussi sur le maintien d’une domination coloniale particulièrement brutale.

 

Néanmoins, contrairement aux dictatures mussolinienne et hitlérienne, l’avènement et l’installation de cette dictature n’est pas le produit d’une radicalisation politique de la petite bourgeoisie ou d’une fraction de la bourgeoisie, s’exprimant dans des partis fascistes de masse combattant les organisations de la classe ouvrière. Ce n’est qu’une fois l’appareil d’Etat mis en place par Salazar que celui-ci jugera opportun de développer un parti unique – l’Union nationale, devenue plus tard l’Action nationale populaire – qui n’eut jamais la vigueur et l’autonomie du Parti nazi (NSDAP) en Allemagne.

 

Non seulement le régime ne parvient pas réellement à susciter une adhésion de masse à sa politique, mais la bourgeoisie demeure incapable de se structurer de manière autonome dans le champ politique. Cela explique en partie l’hébétement de cette dernière dans la période postérieure au 25 avril 1974, incapable de trouver une solution capitaliste à la crise politique ouverte par la révolte des capitaines.

 

Mais ce sont essentiellement les guerres coloniales, engagées en 1961, qui vont bousculer les équilibres internes à l’Estado novo, en se nouant à la crise du régime ouverte par la candidature à l’élection présidentielle du général Humberto Delgado en 1958. Celui-ci parvient à unifier sur son nom l’opposition antifasciste, restructurée et revivifiée après la Deuxième Guerre mondiale, mais l’élection se solde par une fraude électorale massive et par l’assassinat, en 1965, de Delgado.

 

Le régime se présente alors à tous sous son jour véritable  : une dictature violente, réprimant par le meurtre, l’emprisonnement ou l’exil toute velléité d’opposition ou d’autonomie. Rapportées à la taille du pays, les guerres en Angola, au Mozambique et en Guinée-Bissau vont coûter en vies humaines et en argent le double de ce que représenta la guerre du Vietnam pour les Etats-Unis [3], traduisant la violence inouïe d’un régime s’accrochant à ses possessions coloniales.

 

 

- La dictature et ses contradictions

Non seulement l’armée portugaise commence à subir des défaites face aux mouvements de libération nationale, poussant l’Estado novo à accroître fortement ses dépenses militaires (et limitant de facto les investissements publics dans la métropole). Mais ces guerres finissent par susciter une importante lassitude dans l’armée, du côté des soldats et des officiers composant la hiérarchie intermédiaire, mais aussi dans la population. S’ajoutant à la misère et à la répression, le refus d’aller combattre pour défendre les colonies sera à l’origine d’un énorme mouvement d’émigration  : au début des années 1970, près d’un quart du peuple portugais se trouve à l’étranger.

 

A partir de septembre 1973, des capitaines s’organisent pour formuler des revendications d’abord strictement professionnelles et corporatistes, mais qui vont rapidement s’élargir jusqu’à poser la question du maintien de la dictature fasciste. Le MFA naîtra ainsi des échecs de la guerre coloniale et de la frustration sociale de ces «  cadres moyens  » de l’armée, mais aussi de la pression que commencent à exercer les luttes ouvrières, paysannes et étudiantes au Portugal.

 

Alors dirigé par Marcelo Caetano [4], le régime se caractérise au début des années 1970 par un haut niveau de déséquilibres économiques et de tensions sociales. Devenu dépendant des capitaux étrangers en raison des guerres coloniales et de son intégration en 1960 à l’AELE [5] (qui précède un accord de libre-échange avec la CEE signé en 1973), le Portugal occupe une position dominée dans la division internationale du travail, et ne peut faire valoir comme «  avantage comparatif  » aux 
capitaux impérialistes qu’une répression violente de la classe ouvrière, permettant d’abaisser artificiellement les salaires.

 

Se développe une industrie d’exportation, qui coexiste avec le maintien d’une agriculture largement archaïque, reposant – notamment dans l’Alentejo – sur d’immenses domaines possédés par des latifundistes faisant régner l’ordre dans les campagnes. Le Portugal connaît un développement industriel réel  : le secteur secondaire occupe, en 1969, 35,5 % de la population active, contre 26,5 % en 1950). De même, la part des travailleurs salariés – incluant ouvriers, employés, techniciens, etc. – passe de 53,6 % à 74,7 % de la population active, atteignant 82,3 % à Porto et 86,5 % à Lisbonne.

 

La modernisation capitaliste de l’économie portugaise favorise ainsi l’émergence d’une classe ouvrière urbanisée et qui, au fil de ses luttes, prend conscience de sa force et s’organise (l’Intersyndicale regroupe en 1970 deux millions de 
travailleurs). Les années 1968-1969 sont le théâtre de mouvements revendicatifs de grande ampleur dans les principales concentrations ouvrières  : transports urbains, TAP (compagnie aérienne), Lisnave (chantiers navals), métallurgie, automobile, conserverie, etc. On voit également éclater des luttes dans la jeunesse mais aussi parmi les paysans de l’Alentejo, qui dès 1962 étaient parvenus à conquérir la journée de 8 heures grâce à la mobilisation de 300 000 ouvriers agricoles.

 

 

- 25 avril 1974  : action militaire et irruption populaire

C’est dans ce contexte que le MFA est créé clandestinement en mars 1974, dans une indépendance relative à l’égard de la haute hiérarchie militaire. Composée pour l’essentiel d’officiers subalternes et traversée par l’ensemble des courants de l’opposition antifasciste (des démocrates libéraux à l’extrême gauche en passant par la social-démocratie ou le PCP), c’est cette organisation qui va préparer puis exécuter avec succès l’initiative militaire du 25 avril.

 

A 0h25, la célèbre chanson «  Grandôla, Vila Morena  » – interdite par le régime – est diffusée sur «  Radio Renaissance  » pour annoncer le lancement de l’action. Vers 3 heures du matin, les locaux des principales radios sont occupés, qui permettront de diffuser une série de communiqués dans les heures qui suivent, de même que les aéroports de Lisbonne et Porto. Les quartiers généraux des régions militaires des deux grandes villes, mais aussi les ministères, les bureaux de la police (PSP) et la banque du Portugal, sont assiégés par les troupes dirigées par le MFA.

 

Un ultimatum est adressé à Caetano qui, réfugié dans la caserne du Carmo au centre de Lisbonne, n’accepte de se démettre qu’à 16h30, exigeant de remettre la direction du pays à un officier supérieur, qui ne faisait pas partie du MFA, afin que le pouvoir «  ne tombe pas dans la rue  »  : Antonio de Spinola, un général démis de ses fonctions deux mois auparavant en raison de son opposition (très mesurée) à la politique du régime dans les colonies.

 

Néanmoins, on ne saurait réduire le 
25 avril ni à un simple putsch, dans lequel certains virent la main de la CIA ou du groupe Bilderberg, ni même à une succession d’opérations militaires bien menées. C’est que la population portugaise descend spontanément dans la rue dès l’aube pour soutenir l’action du MFA (allant jusqu’à offrir des œillets aux militaires), fêter la fin de la dictature et veiller à ce que cette victoire ne lui soit pas volée, contredisant les communiqués du MFA qui l’invitaient à «  garder son calme et à rentrer chez elle  ».

 

Un capitaine du MFA, Maia de Santarem, a d’ailleurs déclaré après-coup  : «  Nous sommes arrivés à la conclusion qu’il fallait faire quelque chose, parce que si nous ne le faisions pas, ce serait la population qui le ferait. Nous avions le sentiment que nous étions en train de marcher vers un abîme et que cet abîme aboutirait à une guerre civile où le peuple prendrait les armes  ». Même si cela ne reflète sans doute pas la gamme très variée des opinions au sein du MFA, il paraît clair que celui-ci n’avait ni prévu l’ampleur des manifestations de rue ni souhaité une telle irruption populaire.

 

Les militaires insurgés n’ont pas pu faire sans le peuple portugais, qui a d’emblée manifesté un grand esprit d’initiative en cherchant à mettre à bas l’appareil répressif du régime, aussi détesté qu’imposant [6]. Ainsi s’est affirmé un «  25 avril d’en bas  » [7]  : les manifestants à Lisbonne se réunissent devant la caserne de la GNR (Garde nationale républicaine) où s’était réfugié Caetano, assiègent le quartier général de la PIDE (qui tire sur la foule) et les locaux du parti unique, envahissent et mettent à sac l’immeuble de la censure, encerclent la prison de Caxias jusqu’à obtenir la libération de l’ensemble des prisonniers politiques (y compris de ceux que Spinola voulait maintenir enfermés en raison des attentats qu’ils avaient commis).

 

Presque partout dans le pays on assiste aux mêmes scènes de liesse, traduisant l’euphorie de voir enfin la dictature tomber, mais aussi la vigilance populaire contre une transition qui se contenterait de troquer un personnel dirigeant pour un autre en maintenant intacts les instruments de répression et de censure. Le peuple lisboète ne parviendra toutefois pas à éviter que Caetano s’enfuie tranquillement, escorté par les militaires du MFA, et laisse le pouvoir au général Spinola.

 

 

- Luttes de classe dans la révolution portugaise

Spinola est alors le dirigeant sur lequel compte la bourgeoisie portugaise, sa trajectoire personnelle rassurant tous ceux qui n’aspirent qu’à un polissage du régime et à une meilleure intégration du capital portugais au marché mondial, en somme une révolution sans révolution. Engagé volontaire aux côtés des franquistes durant la guerre civile espagnole (1936-39) puis avec les troupes nazies sur le front Est au moment de la bataille de Stalingrad, loyal serviteur de l’Estado novo dans ses guerres coloniales (ce qui lui assure le soutien des sommets de la hiérarchie militaire), proche des milieux financiers portugais pour avoir fréquenté les salons de la riche famille capitaliste Champalimaud, Spinola apparaît alors à la classe dominante comme la seule solution pour maintenir le calme dans le pays.

 

Et c’est effectivement à limiter la combativité populaire, qui se déploie dans les jours suivant le 25 avril (en particulier lors de la manifestation du 1er mai qui réunit entre 300 000 et 500 000 personnes), que va s’employer le «  général au monocle  ». Non seulement Spinola va échouer, mais ses tentatives d’accroître son pouvoir pour empêcher la décolonisation et réprimer les grèves qui se multiplient aux mois de mai-juin 1974, vont aboutir à des mouvements de masse d’ampleur croissante. Le 16 mai 1974, le 28 septembre de la même année et le 11 mars 1975, les classes dominantes subissent des défaites retentissantes qui finissent par contraindre Spinola à s’enfuir en Espagne, où il fonde une organisation d’extrême droite se donnant pour objectif d’imposer un régime autoritaire.

 

Le 11 mars, la tentative de putsch est repoussée par la population qui forme des piquets devant les casernes, par les soldats et l’aile gauche du MFA qui s’organisent pour repousser les attaques des putschistes et par les travailleurs qui se mettent en grève partout dans le pays, à l’appel de l’Intersyndicale (qui organise par ailleurs des manifestations très suivies dans la soirée). Cette victoire populaire constitue un tournant dans la révolution  : non seulement l’échec du spinolisme laisse la bourgeoisie sans solution politique ni perspective stratégique (au moins provisoirement), mais les travailleurs portugais prennent confiance et se politisent.

 

D’avril 1974 à novembre 1975, les travailleurs portugais vont ainsi renouer avec les traditions combatives d’un mouvement ouvrier qui, sous la Première République (de 1910 à 1926), avait organisé pas moins de 158 grèves générales (près de 10 par an  !), avant d’être brutalement réprimé après le coup d’Etat militaire de 1926. Même si la montée d’une conscience anticapitaliste demeure très inégale d’un secteur d’activité à l’autre et d’une région à l’autre, l’auto-organisation progresse indéniablement.

 

Dès le mois de mai 1974 sont organisées des occupations de maisons ou d’appartements vides par des familles pauvres, avant que des commissions d’habitants (moradores) se développent dans les villes. A la campagne, en particulier dans l’Alentejo, les ouvriers agricoles s’organisent pour arracher une véritable réforme agraire. Sur les lieux de travail, grèves et occupations s’accompagnent de la formation de commissions de travailleurs. Enfin, on voit émerger en août 1975 les comités SUV («  Soldats unis vaincront  »), qui cherchent à favoriser l’auto-organisation et la politisation des soldats.

 

Ces initiatives demeurent minoritaires et ne sont pas structurées nationalement, si bien qu’on ne saurait parler d’une situation de «  double pouvoir  » sans prendre ses désirs pour la réalité. Auraient-elles pu constituer un embryon de pouvoir populaire  ? Sans doute, si du moins elles n’avaient été affaiblies par le sectarisme de certains mouvements maoïstes, et par l’hostilité des organisations réformistes, en particulier le PCP qui bénéficiait de loin de l’implantation la plus solide dans le monde du travail et dans les syndicats, n’acceptant de participer aux commissions de travailleurs que par crainte de perdre du terrain face à une extrême gauche dont l’audience était croissante.

 

Reste que les commissions de travailleurs, d’habitants et de soldats non seulement traduisent la radicalisation des mouvements de masse, en réponse aux velléités contre-révolutionnaires des classes dominantes, mais rappellent que la confrontation avec la bourgeoisie et son Etat ne peut s’engager favorablement que si la classe des exploités et des opprimés parvient à se doter, au cours même de la crise révolutionnaire, d’instruments démocratiques de lutte capables de se muer en organes d’un pouvoir alternatif à l’Etat capitaliste, du local au national.

 

 

- Les classes dominantes reprennent la main

L’hypothèque Spinola étant levé par la victoire du 11 mars, c’est en grande partie au sein du MFA – dont le prestige acquis le 25 avril reste très important tout au long de l’année 1975 – que vont se nouer les contradictions sociales et politiques ayant émergé du processus révolutionnaire, et que va se poser la question du pouvoir. En effet, le MFA prétend à la direction du processus et s’institutionnalise en mars à travers la création du Conseil de la révolution, et opère un tournant à gauche.

 

Sous la pression des travailleurs, le Conseil des ministres décide en effet une réforme agraire (qui reste très partielle mais va s’accompagner d’une multiplication des occupations de terres) et décrète, de mars à août, une série de nationalisations dans des secteurs clés de l’économie portugaise (banques, assurances, électricité, transports, sidérurgie, compagnies pétrolières, tabacs, cimenteries, etc.), sans que soient toutefois posées les questions décisives, du point de vue révolutionnaire, de l’indemnisation des anciens propriétaires et du contrôle des travailleurs sur la gestion des entreprises nationalisées.

 

Il serait trop long de revenir ici sur les mois qui séparent ce tournant à gauche dans la révolution et le putsch des 25 et 26 novembre 1975, mené par les fractions de droite et d’extrême-droite de la hiérarchie militaire et du MFA, en liaison avec le PSP, les partis bourgeois ainsi que le président Costa Gomes. L’initiative intervient après une accélération des luttes ouvrières, qui commencent à échapper au contrôle des appareils réformistes.

 

En particulier, le 12 novembre, une manifestation d’ouvriers du bâtiment encercle l’Assemblée nationale, séquestre les députés durant 36 heures jusqu’à ce que ces derniers accèdent à leurs revendications. Le 16 novembre, une manifestation appelée par les commissions et soutenue par le FUR (Front d’unité des révolutionnaires) et le PCP, réunit 100 000 personnes à Lisbonne. La bourgeoisie comprend que seul un coup de force pourrait lui permettre de modifier le rapport de forces en sa faveur, évitant préventivement une éventuelle insurrection populaire.

 

Sans les atermoiements de la gauche du MFA, qui bénéficiait pourtant d’une large supériorité militaire, et sans le refus du PCP de lancer une contre-offensive ouvrière, le putsch n’aurait sans doute pas abouti ou aurait conduit à une situation de confrontation militaire et politique. Dès le 25 novembre, l’état de siège est décrété et la publication de la presse interdite, les putschistes occupent quelques points stratégiques mais ne parviennent pas à prendre la caserne de la police militaire (dominée par l’extrême gauche).

 

Plutôt que d’accepter le combat et de lancer leurs forces dans l’action, les leaders de la gauche du MFA se rendent au palais présidentiel pour négocier leur propre reddition. La révolution portugaise ne se relèvera pas d’un tel coup d’arrêt  : la bourgeoisie reprend confiance dans ses propres forces, s’appuyant sur le PSP pour assurer la normalisation et en finir avec les embryons de pouvoir populaire qui avaient émergé dans les mois précédents.

 

 

- «  Les œillets sont coupés  » [8]

En dernier ressort, c’est sans doute à la fois dans les avancées et les limites des formes d’auto-organisation qu’il faut chercher les raisons du succès de la reprise en main par les classes dominantes. Les commissions de base (et les partis d’extrême gauche) étaient trop faibles pour faire ce que le PCP ne voulait pas faire, à savoir résister à une offensive visant à rétablir l’autorité pleine et entière de l’Etat, mais trop développées pour ne pas effrayer la bourgeoisie, les partis de la gauche réformiste (PSP et PCP) et la gauche du MFA, cette dernière restant attachée à la hiérarchie militaire et s’opposant frontalement à tout mouvement d’organisation des soldats.

 

Rien ne le montre mieux que les propos de Mario Soares, principal dirigeant du PSP, qu’il vaut la peine de citer longuement pour mesurer la peur, le mépris et la violente hostilité que manifestent les chefs réformistes à l’égard des travailleurs lorsque ces derniers cherchent à s’organiser eux-mêmes, en se passant des professionnels de la politique  :

 

«  En ville, […] on s’arrêtait de produire pour un oui ou pour un non, une assemblée, une discussion ou une ‘‘manif’’… A la campagne – dans l’Alentejo essentiellement – on confondait réforme agraire et anarchie, on occupait partout des terres qui ne devaient pas l’être […]. Il était temps de remettre de l’ordre, avant que d’autres ne s’en chargent sous la férule d’un Pinochet providentiel. […] A quoi rimait donc cette pagaille monstre, cette indiscipline, cette subversion généralisée  ? Que venaient faire dans le Portugal de 1975 ces soviets de soldats et de marins sortis tout droit des garnisons de Petrograd et de Cronstadt […]  ? Où nous menait cette anarchie  ? Comment ne pas voir, ne pas comprendre la rage de la plupart des officiers devant des bidasses débraillés qui saluent poing levé  ?  »[Mario Soares, Portugal  : quelle révolution  ? Entretiens avec Dominique Pouchin, Paris, Calmann-Lévy, 1976, pages 183-185.]].

 

La régression qui suivra les journées décisives de novembre 1975 sera aussi rapide que profonde. Non seulement les acquis de la révolution sont remis en cause, mais la droite revient au pouvoir dès 1979 en la personne de Sa Carneiro, qui s’était distingué avant la révolution par son appartenance au parti unique, ce qui lui valut d’être élu député sous Caetano.

 

Pire, le général Spinola est réhabilité dès 1978, élevé au titre de maréchal et nommé président de la commission chargée d’organiser la commémoration officielle du 10e anniversaire d’une révolution populaire dont il n’a jamais voulu. A l’opposé, celui qui avait dirigé l’action militaire du 25 avril 1974 et fut ensuite la grande figure de la gauche du MFA, Otelo de Carvalho, est condamné en 1987 à 15 ans de prison pour sa participation supposée à une organisation clandestine armée (les Forces populaires du 25 avril).

 

Les destins croisés de ces deux personnages marquants de la Révolution portugaise suffisent à mettre en pleine lumière la réaction thermidorienne qui succède au putsch du 26 novembre 1975, une réaction dont l’ampleur est à la mesure d’une révolution qui effraya la classe dominante portugaise et ébranla l’Europe durant un an et demi.

 

Notes

[1] D’abord ministre des Finances en 1929, suite au coup d’Etat militaire de 1926, Salazar devient président du Conseil à partir de 1932, poste qu’il occupera jusqu’en 1968.

[2] Alors que la CGT portugaise –dirigée à l’époque par les anarchistes – revendiquait 120 000 membres au début du 20e siècle, elle ne comptait plus que 15 000 adhérents en 1940. Dans le champ politique, le PSP – créé en 1875 – fut réduit à néant  ; quant au PCP, il ne comptait plus que 29 adhérents en 1929 selon Alvaro Cunhal, secrétaire général de 1961 à 1992.

[3] Francisco Louça, «  Il y a dix ans, le 25 avril 1974, la chute de la dictature  », Inprecor, avril 1984, n° 172, page 17.

[4] Celui-ci avait succédé en 1968 à Salazar, gravement malade, au poste de Premier ministre.

[5] Zone de libre-échange composée de la Grande-Bretagne, la Suède, la Norvège, le Danemark, l’Autriche et la Suisse.

[6] La police politique (PIDE) était composée de 22 000 agents et de 200 000 informateurs, ce qui représentait environ un Portugais sur quarante.

[7] Sur ce point, voir le livre très riche – mais dont l’orientation politique est contestable – de Gérard Filoche (alors militant de la LCR), Printemps portugais, Paris, Actéon, 1984.

[8] On reprend ici le titre du bel ouvrage de Charles Reeve (de son vrai nom Jorge Valadas), militant libertaire portugais  : Les œillets sont coupés. Chroniques portugaises, Paris, Editions Paris-Méditerranée, 1999.

* * Paru dans la Revue L’Anticapitaliste n°53 (avril 2014). http://npa2009.org/

 

 

2 - Portugal De la révolution (1974) à la désillusion

 

Tôt, le 25 avril 1974, au Portugal(1) , des capitaines en rupture avec le système de Salazar(2) se révoltent et prennent le pouvoir. La voix calme d’un mystérieux « Commandement du Mouvement des Forces armées » transmise par les radios de Lisbonne, Renascenta et Radio Clube(3) donnant le signal de la révolte aux capitaines mutins, exhorte les gens à rester chez eux et à garder leur calme.

 

C’est compter sans les sentiments de la population. Ne tenant aucun compte de ces conseils, répétés à intervalles réguliers, ils envahissent les rues et les places en se mêlant aux militaires. Le Premier ministre Marcelo Caetano se réfugie dans la principale caserne de gendarmerie de Lisbonne où un jeune capitaine de cavalerie, Salgueiro Maia, accepte sa reddition.

 

Caetano, qui avait succédé en 1968 au dictateur Antonio Salazar, victime d’une attaque cérébrale (1899-1970), demande à remettre le pouvoir au général Antonio Spinola « pour qu’il ne tombe pas dans la rue ». Puis le successeur du dictateur, est mis dans un avion avec un aller simple pour le Brésil. Seule la PIDE, la redoutable police politique qui a entretenu la terreur durant cinquante ans de salazarisme, oppose une résistance qui fera six morts. Elle est réduite durant la nuit. Toute la journée, une foule énorme s’est massée au centre-ville, près du marché aux fleurs, pour appuyer les rebelles de l’armée. Ce 25 avril 1974, c’est la saison des oeillets.

 

Le lendemain, Spinola, le « général au monocle », annonce la formation d’une Junte de salut national sous sa présidence, et lit la proclamation du Mouvement des Forces armée (MFA) qui propose de rendre le pouvoir aux civils après des élections libres et de mener la politique des « trois D » : démocratiser, décoloniser et développer.

 

Pour le Portugal, la page est tournée presque sans effusion de sang. Indissociablement liées, la démocratisation et la décolonisation allaient être accomplies avec le concours des partis politiques :

  • le Parti communiste, seul doté de fortes assises dans le pays, dirigé dans la clandestinité par Alvaro Cunhal ;
  • le Parti socialiste, créé en Allemagne en 1973 par Mario Soares(4) ;
  • ainsi que les nouveau-nés : Parti social démocrate (PSD, libéral) et le Centre démocratique social (CDS,droite). Rentrés d’exil, Soares et Cunhal vont célébrer ensemble, dans une ambiance fraternelle, la première fête du 1er mai non interdite.

 

Le sort de la révolution se noue durant l’année 1975. D’un côté, le général Spinola cherche à gagner du temps dans les colonies africaines. Modernisant un vieux mythe salazariste, il verrait bien le maintien de " l’empire portugais " sous forme d’une fédération. De l’autre, Mario Soares commence à parler du " socialisme du possible ". Entendez la mise en place d’un Portugal au capitalisme rénové, tourné vers l’Europe.

 

Les communistes appuyés sur les mouvements populaires dans la région de Setubal, dans l’Alentejo et au sein de l’armée, veulent consolider les conquêtes démocratiques par des conquêtes économiques et sociales. Enfin, au sein d’une armée délivrée de sa hiérarchie salazariste, les surenchères de gauche, pour ne pas dire gauchistes, font florès. Les affrontements les plus durs portent notamment sur la mise en place ou non d’un syndicat unique. Les socialistes s’affrontent durement sur cette question avec certains secteurs du MFA (Mouvement des Forces armées : mouvement des militaires fidèles au 25 avril). Maria de Lourdes Pintasilgo (elle fut premier ministre durant quelques mois a l’époque où le général Eanes était président de la République) juge durement cette époque .

 

La tentative de coup de force du général Spinola, le 25 novembre 1975, marque la fin de la première époque. Les formations de droite, organisées ou non, sont battues comme en témoigne la grande vague de nationalisations des banques et, dans la foulée, des terres et de l’essentiel des grandes entreprises portugaises. S’ouvre une ère de provocations en tout genres. Elles vont conduire à la chute des gouvernements nettement marqués à gauche du général Gonçalves, à la division et à l’extinction du MFA, et enfin à la mise en place d’un système politique et économique oscillant entre une droite réputée modérée et un socialisme menant une politique libérale bien tempérée. A la fin des années soixante-dix, l’économie portugaise est restructurée pour la préparer à l’adhésion à l’Europe de 1986. Dans le même temps, des révisions successives de la Constitution la vident de toutes ses conquêtes sociales (nationalisations, réforme agraire, contrôle des banques, droit d’interventions des salariés dans la gestion, etc.)...

 

Notes :

(1) ; Portugal : officiellement République portugaise (en portugais, Répública portuguesa), pays du sud-ouest de l’Europe situé sur la façade atlantique de la péninsule Ibérique, bordé, au nord et à l’est, par l’Espagne et, au sud et à l’ouest, par l’océan Atlantique, où se trouvent les archipels portugais des Açores et de Madère. La superficie totale du pays est de 92 072 km2. Sa capitale est Lisbonne.

(2) ; António de Oliveira Salazar, (1889-1970), homme d’État portugais qui, de 1932 à 1968, régna en dictateur sur le Portugal étudia le droit et devint en 1918 professeur d’économie politique à l’université de Coimbra. En 1926, il se vit proposer le poste de ministre des Finances par la junte militaire qui venait de s’emparer du pouvoir sous la conduite du général Carmona, mais il le refusa, faute d’obtenir les pouvoirs spéciaux qu’il exigeait. Il l’accepta en 1928, après qu’on lui eut partiellement donné satisfaction. En un an, il équilibra le budget national et, peu de temps après, régla la dette étrangère. Nommé président du Conseil en 1932, il fonda le « Nouvel État » (Estado Novo), imposant une dictature dotée d’un parti unique et s’appuyant sur l’armée et l’autorité morale de l’Église. Fort également de l’appui des grands propriétaires terriens, des banquiers et des industriels, il résista à toute évolution sociale et politique et s’attacha à réprimer les mouvements nationalistes dans les possessions portugaises d’Afrique. Il soutint le général Francisco Franco pendant la Guerre civile espagnole et, pendant la Seconde Guerre mondiale, il défendit la neutralité du Portugal. Victime d’une hémorragie cérébrale en 1968, il dut abandonner le pouvoir à son ancien collaborateur Marcello Caetano. Son régime ne lui survécut pas longtemps ; en avril 1974, un groupe d’officiers, las de lutter contre les mouvements indépendantistes outre-mer, balayait l’Estado Novo.

(3) ; Communiqué du 25 avril 1974 à 04h26 le Présentateur Joaquim Furtado a fait la lecture de la première notification officielle du MFA, aux micros de la radio clube portugais :

"Aqui posto de comando do Movimento das Forças Armadas.As Forças Armadas portuguesas apelam para todos os habitantes da cidade de Lisboa no sentido de recolherem a suas casas, nas quais se devem conservar com a máxima calma. Esperamos sinceramente que a gravidade da hora que vivemos não seja tristemente assinalada por qualquer acidente pessoal, para o que apelamos para o bom senso dos comandos das forças militarizadas no sentido de serem evitados quaisquer confrontos com as Forças Armadas. Tal confronto, além de desnecessário, só poderia conduzir a sérios prejuízos individuais que enlutariam e criariam divisões entre os portugueses, o que há que evitar a todo o custo.Não obstante a expressa preocupação de não fazer correr a mínima gota de sangue de qualquer português, apelamos para o espírito cívico e profissional da classe médica, esperando a sua acorrência aos hospitais, a fim de prestar eventual colaboração, que se deseja, sinceramente, desnecessária."

Résumé bref : le commandant du mouvement des forces armées appèle la population a resté chez elle pour éviter toute confrontation avec les forces armées car cela pourrait créer des divisions entre les Portugais et faire couler le sang inutilement. De plus l’armée demande aux médecins si ils veulent apporter leur contribution aux Hôpitaux.

Chanson de José Afonso qui fut le signal du début de la révolution

Grândola, vila morena Terra da fraternidade, O povo é quem mais ordena Dentro de ti, ó cidade

(4) ; Mario Soares, (1924- ), chef d’État portugais, dirigeant du Parti socialiste portugais (PSP), Premier ministre (1976-1978, 1983-1985), et président de la République depuis 1986. Il naquit à Lisbonne et fit ses études à l’université de Lisbonne et à la faculté de droit de la Sorbonne, à Paris. Au sein du parti communiste, puis du parti socialiste dont il devint le secrétaire général en 1973, il fut l’un des principaux dirigeants de l’opposition démocratique face aux régimes d’António de Oliveira Salazar puis de Marcello Caetano. Emprisonné 12 fois, banni en 1968, il vécut en France en exil. En 1974, il revint au Portugal après le soulèvement d’avril et fut ministre du gouvernement provisoire, s’opposant à la confiscation du pouvoir par les communistes. Il accéda en 1976 au poste de Premier ministre à la suite de la victoire du parti socialiste, poste qu’il conserva jusqu’en 1978. Les élections de 1983 le ramenèrent au pouvoir ; il put alors s’engager en faveur de l’adhésion de son pays à la Communauté économique européenne. Il fut élu président de la République en 1986 et réélu en 1991.

 

Pour en savoir plus :

- Il y a 40 ans, "la révolution des Oeillets"

Portugal : la Révolution des Oeillets du 25 avril 1974
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Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Europe Pages d'Histoire Politique International
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