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24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 09:54
Chronologie des interventions américaines dans le monde

Voici une chronologie non-exhaustive des différentes interventions impérialistes des États-Unis dans le monde depuis le Manifest Destiny de 1845. Une idéologie de colonisation, sous la présidence de James Polk, selon laquelle les États-Unis ont pour mission divine d’apporter la démocratie et la civilisation vers l’Ouest, sur les terres amérindiennes.

Au début du XXème siècle, le président Théodore Roosevelt a repris le concept afin de justifier l’expansionnisme et l’interventionnisme des États-Unis hors de ses frontières quand les intérêts américains étaient menacés. Il déclara notamment : « Je crois que Dieu a présidé à la naissance de cette nation et que nous sommes choisis pour montrer la voie aux nations du monde dans leur marche sur les sentiers de la liberté. »

 

Sources : MECANOBLOG par · | mis à jour le 13-03-2015

  • 1846 : Mexique. A l’issue d’une guerre qu’ils avaient programmées et provoquées, les États-Unis s’emparent de la moitié du territoire mexicain. Ce territoire conquis s’appelle aujourd’hui : la Californie, le Nevada, l’Utah, l’Arizona, le Nouveau-Mexique, le Colorado (en partie).
  • 1852-1853 : Argentine. Les Marines  débarquent et s’installent à Buenos-Aires pour protéger les intérêts américains face à une révolution.
  • 1853 : Nicaragua. Protection des citoyens et intérêts américains pendant des troubles politiques.
  • 1853-1854 : Japon. « Plan d’ouverture du Japon » et expédition Perry qui conduit, avec les navires de guerre américains, à forcer le Japon à ouvrir ses ports aux États-Unis. Attendant une réponse du Japon l’autorisant à se rendre dans ce pays, le contre-amiral américain Perry, opère une démonstration navale de force et débarque par deux fois. Il obtient des autorités de Naha, sur l’île d’Okinawa, la gestion d’une concession minière. Il opère la même démonstration de force dans les îles de Bonin afin d’obtenir des facilités commerciales.
  • 1854 : Nicaragua. Pour venger une offense faite au ministre-président américain en poste au Nicaragua : destruction de la vile de Greytown (San Juan del Norte).
  • 1855 : Uruguay. Les armées américaines et européennes débarquent pour protéger les intérêts américains au cours d’une tentative de révolution à Montevideo.
  • 1859 : Chine. Intervention destinée à protéger les intérêts des États-Unis à Shanghai.
  • 1860 : Angola. Intervention en Afrique occidentale portugaise pour assurer la sécurité des citoyens et des biens américains pendant une révolte indigène à Kissembo.
  • 1893 : Hawaii. Sous couvert officiel de protéger les vies et les biens des américains, cette intervention visa à mettre en place un gouvernement provisoire sous l’autorité de Sanford D. Dole.
  • 1894 : Nicaragua. Intervention militaire pour protéger les intérêts américains à Bluefields à la suite d’une révolution.
  • 1898 : Cuba. Sous prétexte de libérer l’île de la tutelle espagnole, les États-Unis s’installent et imposent une base militaire, la possibilités d’investissements financiers américains et un droit d’intervention dans les affaires intérieures du pays.
  • 1898 : Porto-Rico, Hawaii, Wake, Guam. Sous prétexte de défaire la tutelle espagnole, les États-Unis s’installent et imposent une base militaire, la possibilités d’investissements financiers américains et un droit d’intervention dans les affaires intérieures du pays.
  • 1898 : Philippines. L’archipel est vendu aux USA par l’Espagne (décembre 1898), les philippins se soulèvent contre les États-Unis (février 1899), les États-Unis envoie 70 000 militaires qui mettront trois ans pour mater le soulèvement (des milliers de pertes humaines).
  • 1903 : Colombie. Les États-Unis fomentent une révolution à l’issue de laquelle ils créent de toute pièce la République de Panama qui lui assure le contrôle du canal et des bénéfices qu’il génère.
  • 1914-1918 : Première Guerre Mondiale.
  • 1915 : Haïti. Nouvelle intervention et occupation des troupes américaines pendant 19 ans.
  • 1916 : République Dominicaine. Quatrième intervention et maintien des troupes américaines pendant 8 ans.
  • 1926 : Nicaragua. Nouvelle intervention et expédition de 5000 militaires pour contrer une révolution.

 

 

  • 1940-1945 : Deuxième Guerre Mondiale.

- 1945 : Début de la Guerre Froide entre les États-Unis et l’URSS.

- 1945 : Japon. Bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki.

  • 1945-46 : Chine. Bombardements.
  • 1946 : Philippines. Colonie américaine jusqu’à l’occupation japonaise, les Philippines accèdent à leur indépendance en 1946 en concédant aux États-Unis un droit illimité d’exploitation des ressources naturelles du pays au titre des dommages de guerre. Jusqu’en 1992 les États-Unis conservent 23 bases militaires et participent à la répression des opposants communistes ou musulmans.
  • 1947 : Grèce. Les États-Unis volent au secours de la dictature de colonels mise en place par les britanniques et menacée par la guérilla des gauchistes. Les États-Unis livrent 74 000 tonnes de matériels militaires et d’armements et envoient 250 « conseillers » militaires sur le terrain, assurant ainsi la victoire des forces de droite en 1949.
  • 1950 :  Porto Rico. Les troupes américaines qui stationnent en permanence écrasent un mouvement d’indépendance. Deux ans plus tard, Porto Rico se voit accorder le statut d‘État libre associé aux États-Unis.
  • 1950-1953 : Corée. Les forces armées de la Corée du Nord franchissent le 38ème parallèle et pénètrent en Corée du Sud. A la « demande » des Nations-Unies, les États-Unis acceptent d’aider à repousser l’agression armée. 2 millions de coréens trouvent la mort au cours de cette guerre.
  • 1950-53 : Chine. Nouveaux bombardements.
  • 1953 : Iran. Opération Ajax, un coup d’État orchestré par la CIA est mené par l’armée et les grands propriétaires fonciers après que les britanniques aient organisés le boycott des compagnies pétrolières iraniennes suite à leur nationalisation en 1951. Les États-Unis soutiennent pendant les 25 ans qui suivent l’homme fort du pays, le Shah d’Iran. Celui-ci s’enfuira en 1978 devant le raz-de-marée de la Révolution Islamique de l’ayatollah Khomeiney en exil. Deux ans plus tard, en 1980, la guerre entre l’Iran et l’Irak sera une aubaine pour les industries d’armements, notamment américaines.
  • 1954 : Guatemala. Opération PBSUCCESS, des mercenaires entraînés par la CIA au Honduras et au Nicaragua renversent, avec l’aide de l’aviation américaine, le gouvernement démocratique du président Arbenz Guzman remplacé par une junte militaire réclamée par Eisenhower.
  • 1958 : Liban. Des milliers de Marines sont envoyés à Beyrouth pour empêcher le renversement du gouvernement pro-américain et protéger les intérêts américains dans la région.
  • 1958 : Indonésie. Bombardements par les militaires et combattants islamistes appuyés par les États-Unis contre le gouvernement démocratique de Sumatra.
  • 1960 : Guatemala. Bombardements.
  • 1961 : Cuba. Opération Mongoose, armés et entraînés par la CIA, plus de 1000 exilés cubains débarquent dans la Baie des Cochons avec l’espoir de provoquer une rébellion contre le gouvernement castriste en place très populaire. Le soulèvement n’a pas lieu, les mercenaires sont rejetés à la mer, les États-Unis imposent un embargo à Cuba.
  • 1961-1972 : Vietnam. Pendant 11 ans, les États-Unis, prenant le relais de l’armée française, utilisent tout leur arsenal militaire y compris des armes chimiques pour venir à bout d’un mouvement révolutionnaire nationaliste d’indépendance. La plus longue guerre dans laquelle se sont embarqués les États-Unis causera la mort de plus d’un million de combattants vietnamiens, quatre millions de civils et près de 60000 soldats américains.
  • 1961-1972 : Laos et Cambodge. Bien qu’officiellement pas en guerre avec ces deux pays, les États-Unis y effectuèrent d’incessantes attaques aériennes et d’innombrables massacres de populations.

 

 

  • 1961 : Congo. Assassinat du premier ministre Patrice Lumumba par les services secrets belges soutenus par la CIA.
  • 1962 : Cuba. Crise des missiles.
  • 1964 : Panama Les Marines qui protègent les intérêts américains du canal de Panama écrasent une révolte visant à nationaliser ce secteur stratégique. Après avoir protégé et utilisé le dictateur panaméen pour leurs attaques contre le Nicaragua sandiniste, les USA s’en débarrassent. 26 000 soldats américains envahissent le pays sous couvert de le faire comparaître devant les tribunaux américains pour trafic de drogue. Des centaines de civils périssent sous les bombardements.
  • 1964 : Brésil. Renversement du président Joao Goulart par un putch militaire soutenu par la CIA et instauration de la dictature du maréchal Castelo Branco.
  • 1964 : Congo. Bombardements pour réprimer la révolte nationaliste de gauche soutenue par l’Organisation de l’Unité Africaine.
  • 1965 : Indonésie. Prétextant une tentative de putch des communiste pourtant proche du pouvoir de Sukarno, une opération militaire sanglante dont les dirigeants sont téléguidés par la CIA est menée. Des centaines de milliers d’indonésiens sont victimes d’une chasse à l’opposant, la longue et meurtrière carrière de l’homme de paille américain Suharto commence pour culminer au Timor Oriental.
  • 1965 : République Dominicaine. Sous le couvert de l’Organisation des États Américains, les États-Unis interviennent militairement pour contrer une prétendue menace communiste et provoquent un coup d’État contre le président Juan Bosch élu démocratiquement. La bataille de Saint-Domingue fait quelque 10 000 victimes.
  • 1965 : Pérou. Bombardements.
  • 1967-69 : Guatemala. Formation des forces armées guatémaltèques du président Julio César Mendez Montenegro par les forces spéciales américaines pour contrer les attaques des rebelles gauchistes.
  • 1970 : Oman. Soutien logistique de la CIA et formation par des conseillers américains, les troupes iraniennes tentent d’envahir le sultanat pour contrer l’insurrection communiste dite Guerre du Dhofar.
  • 1970 : Moyen-Orient. Implication militaire des États-Unis auprès d’Israël dans les guerres qui ont lieu dans cette région du globe.
  • 1973 : Chili. Suite à la réforme agraire et aux nationalisations, les États-Unis, par l’intermédiaire de la CIA et de la firme ITT, fomentent un coup d’État militaire qui conduit à l’extermination du président élu de gauche Salvador Allende. Des milliers de morts, de femmes et d’enfants enlevés et torturés, et l’installation de la dictature d’extrême-droite du général Pinochet conseillé par la CIA.
  • 1975-1999 : Timor Oriental. Les États-Unis soutiennent sans faillir l’invasion et l’annexion conduite par l’Indonésie de Suharto. Un tiers de la population est décimée en près de 25 années. Alors qu’en 1999 lors d’un référendum, 80% de la population du Timor Oriental choisit l’indépendance, les États-Unis soutiennent les exactions et la terreur de milices téléguidées par l’armée indonésienne qui s’opposent à l’indépendance. Les États-Unis finissent par accepter, sous la pression internationale, l’idée d’une force de maintien de la Paix de l’ONU.
  • 1979-1989 : Afghanistan. Opération Cyclone, soutien logistique aux Moudjahidins du commandant Massoud pour contrer l’invasion de l’URSS. Soutien à Oussama Ben Laden appuyé par les services secrets pakistanais, l’ISI, dans le recrutement, la formation et l’envoi de combattants islamistes sur le front afghan.
  • 1980-1990 : Salvador. Les États-Unis s’engagent militairement aux côté des forces gouvernementales, de l’oligarchie au pouvoir et des escadrons de la mort de l’armée salvadorienne pour contrer la guérilla marxiste du FMLN. En 1980, l’archevêque Romero, très populaire chez les pauvres, est assassiné par des hommes proches de la CIA. En dix ans, la guerre civile a fait plus de 100 000 morts.
  • 1981-1988 : Nicaragua. Les États-Unis n’acceptent pas la série de réformes que les Sandinistes du président Daniel Ortega arrivés au pouvoir en 1979 engagent. Les États-Unis apportent leur soutien aux Contras basés au Honduras. En 1986, le scandale de l’Irangate révèle que le produit financier des ventes d’armes américaines à l’Iran a servi a financer les Contras.
  • 1982-1984 : Liban. Les troupes phalangistes du Liban soutenues par Israël et les États-Unis expulsent et massacrent des Palestiniens.
  • 1983 : Grenade. Opération Urgent Fury, embourbés au Liban, les États-Unis font une démonstration de force en envahissant la minuscule île de la Grenade prétextant de la sécurité de quelques citoyens américains et pour renverser le dirigeant Maurice Bishop suite à son coup d’Etat pacifique contre le régime autoritaire du Premier Ministre Eric Gairy. Huit ans plus tard, le Wall Street Journal qualifie cette démonstration d’« invasion des banques », l’île est devenue un paradis pour la fraude financière et l’évasion fiscale.
  • 1986 : Libye. Suite aux attentats anti-américains en Europe, l’aviation américaine bombarde des villes libyennes, faisant des centaines de victimes parmi les civils et les officiels.
  • 1986 : Les États-Unis sont condamnés pour « usage illégal de la force » contre le Nicaragua par la Cour internationale de justice de La Haye.
  • 1988 : Iran. Opération Praying Mantis de la marine américaine contre les deux plateformes pétrolières iraniennes, Sassan & Sirri, durant la guerre Iran-Irak et suite aux dégâts de la frégate USS Samuel B. Roberts causés par une mine iranienne.
  • 1989 : Philippines. L’aviation américaine prête main-forte aux forces gouvernementales pour contrecarrer un des nombreux coup d’État contre la présidente Corazon Aquino, farouche opposante aux communistes et aux indépendantistes musulmans.
  • 1989 : Panama. Opération Just Cause, le président George H.W. Bush ordonne la prise de contrôle du canal de Panama et renverse le dictateur militaire Manuel Noriega, agent double de la CIA, suite au prétexte de l’exécution d’un soldat américain par des soldats panaméens.
  • 1991 : Fin de la Guerre Froide entre les États-Unis et l’URSS.
  • 1991 : Irak. Allié précieux des États-Unis dans la région durant de longues années, le dictateur Saddam Hussein envahit le Koweït sans en référer à la superpuissance. Les États-Unis, n’acceptant pas de perdre le contrôle d’une partie des ressources pétrolières du Golfe, déclarent la guerre à l’Irak en janvier 1991 et mettent en place une coalition militaire internationale qui, avec le soutien de l’ONU, libère le Koweït. L’Irak est placé sous embargo.
  • 1993-1994 : Somalie. Fiasco des opérations Restore Hope I et II, en appui à l’ONU, pour mettre fin à la guerre civile du seigneur de guerre Mohamed Aidid.
  • 1994 : Haïti. Ayant occupé Haïti de 1915 à 1934 puis soutenus les deux effroyables dictatures de François et Jean-Claude Duvalier de 1957 à 1986, les États-Unis se montrent favorables au renversement par coup d’État, en 1991, contre le dictateur Raoul Cédras remplacé par le le président en exil Jean-Bertrand Aristide escorté par 22000 soldats américains. Parmi les militaires impliqués dans le coup d’État, le colonel François qui a été formé, comme les dictateurs latino-américains Noriega et d’Aubuisson, dans la même académie militaire américaine. Trois ans plus tard les États-Unis interviennent militairement pour remettre en scelle le président déchu.
  • 1995 : Yougoslavie. Bombardements en Bosnie-Herzégovine en soutien aux forces armées de l’ONU/OTAN.
  • 1996 : Somalie. Soutien de la CIA dans l’assassinat de Mohamed Aidid.
  • 1998 : Irak. Les États-Unis et l’Angleterre reprennent leurs bombardements sur l’Irak et se fixent comme objectif l’élimination physique de Saddam Hussein et la mise en place d’un gouvernement de remplacement.
  • 1998 : SoudanOpération Infinite Reach, en riposte aux attentats terroristes contre les ambassades américaines de Nairobi au Kenya et de Dar-es-Salaam en Tanzanie, l’armée américaine détruit un complexe pharmaceutique d’Al-Shifa supposé servir de lieux de production d’armement chimique à des fins terroristes.
  • 1998 : Afghanistan, Opération Infinite Reach, bombardements massifs par la marine américaine de quatre camps d’entrainement dont Al Badr, El Farouq et Zawhar Kili, dirigés par Oussama Ben Laden, ex-agent de la CIA, lors d’un sommet de hauts responsables de plusieurs milices islamistes. L’attaque américaine provoqua la mort de cinq agents secrets pakistanais de l’ISI.
  • 1998 : Timor Oriental. Soutien logistique à l’ONU pour son indépendance.
  • 1999 : Yougoslavie. Au mois de mars, sous l’impulsion des États-Unis, l’OTAN bombarde le Kosovo et la Serbie ou s’opposent l’Armée de Libération du Kosovo qui depuis 1998 mène des opérations de guérilla et les forces de polices serbes qui, de leur côté, prennent en otage les populations civiles. Des centaines de bombes à uranium appauvri sont testées par les États-Unis.

 

 

  • 11 septembre 2001 : Début de la Guerre contre le Terrorisme. Lancement de l’opération Enduring Freedom à l’échelle du globe.
  • 2001 à nos jours : Afghanistan. Opération Active Endeavour, suite aux attentats du 11 septembre attribués à l’organisation Al-Qaïda dirigée par Oussama Ben Laden, les États-Unis forment une coalition internationale, implantent des bases au Pakistan et bombardent massivement le pays. Les Taliban sont renversés. Les États-Unis ne parviennent pas à imposer leur « protégé » (l’ancien roi), un gouvernement de transition est mis en place. Les prisonniers de guerre se voient déniés par les États-Unis de leurs droits internationaux reconnus par les conventions internationales, certains sont déportés sur la base militaire américaine de Guantanamo à Cuba et subissent un régime d’exception contraire aux principes internationaux et à la législation américaine elle-même. Derrière ces événements, les États-Unis légitiment leur allié dictateur du Pakistan, assurent peu à peu leur mainmise sur le transit des ressources naturelles régionales.
  • 2002 : Irak, Iran et Corée du Nord. Les États-Unis placent ces pays au nombre des composantes de l’Axe du Mal, la nouvelle doctrine militaro-mystique de mise en place de « guerres préventives »  contre tous ceux qui ne s’alignent pas sur les États-Unis.
  • 2002 : Phillipines. Opération Enduring Freedom, soutien économique et militaire au gouvernement philippin contre les guérillas.
  • 2002 : Corne de l’Afrique. Opération Enduring Freedom.
  • 2002 : Géorgie. Opération Enduring Freedom, formation de plusieurs bataillons d’infanterie de l’armée géorgienne dans la vallée du Pankissi.
  • 2002 : Irak. Les États-Unis font pression sur la communauté internationale pour lancer un corps expéditionnaire en Irak visant au renversement de Saddam Hussein, à l’instauration d’un gouvernement favorable à leurs intérêts, à l’obtention des principales parts de marchés de la reconstruction du pays après bombardements, à l’octroi de concessions sur les immenses ressources pétrolières du pays. Fin 2002, les USA et leurs alliés anglais ont massés des dizaines de milliers de soldats sur-équipés sur place, prêts à une offensive.
  • 2003 : Irak. Les États-Unis outrepassent les décisions de l’ONU et envahissent l’Irak dans la nuit du 19 au 20 mars, avec le soutien de l’Angleterre. Un déluge de feu s’abat sur le pays et la population dont déjà près de 500 000 personnes sont mortes en 10 ans du fait du blocus économique (800 missiles Tomahawk, 23 000 bombes à uranium, à fragmentation, mini-nucléaire). Un mouvement mondial d’opposition à la guerre et à l’agression militaire des États-Unis se développe en faveur de la paix et pour le respect du droit international. La majorité des pays de la planète condamnent l’agression américaine contre un pays souverain. Par cet acte les USA ouvre la voix dangereuse et criminelle à la doctrine de la guerre préventive permettant d’attaquer tout pays ne se soumettant pas à la conception impérialiste américaine.
  • 2003 : Sao Tomé-et-Principe. Intervention suite à une tentative de coup d’État militaire contre le président Fradique de Menezes.
  • 2004 : Haïti. Intervention militaire avec l’aide de la France pour chasser le président Jean-Bertrad Aristide.
  • 2004 à nos jours : Pakistan. Début de la guerre du Waziristan contre les nombreux mouvements de Taliban. Bombardements réguliers par des drones de l’armée américaine et de la CIA.
  • 2004 : Algérie. Soutien militaire au gouvernement dans sa lutte contre le GSPC devenu AQMI (Al-Qaïda au Maghreb Islamique).
  • 2004 : Kyrghizstan. Opération Enduring Freedom.
  • 2008 à nos jours : Somalie. Bombardements de plusieurs camps islamistes d’Al-Shabaab supposés être liés à Al-Qaïda.
  • 2008-2009 : Palestine. Soutien financier et logistique à l’armée israélienne dont l’envoi de 3000 tonnes de munitions en prélude à l’opération Plomb Durci dans la Bande de Gaza contre le Hamas.
  • 2009-2010 : Yémen. Bombardements par l’aviation américaine de plusieurs camps de la rébellion zaïdites des Houthis soutenus par l’Iran et en conflit contre le gouvernement yéménite depuis 2004, dit Insurrection de Sa’dah.
  • 2011 : Lybie. Intervention militaire de 2011 en Libye.
  • 2014-2015 : Irak et Syrie (en cours)  : Guerre contre l'État islamique
  • 2017 : Venezuela. Le directeur de l’Agence Centrale de Renseignement des États-Unis (CIA), Michael Richard Pompeo, révéle publiquement la tenue de plusieurs réunions avec la Colombie et le Mexique pour évaluer les « manœuvres qui pourraient être appliquées depuis ces nations en vue d’obtenir un meilleur résultat » dans les efforts menés pour « changer le gouvernement du Venezuela ». Voir ICI

 

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Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Analyse Paix International Pages d'Histoire
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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 08:24
Paysage agricole de la vallée de Viñales - Miriane Demers-lemay

Paysage agricole de la vallée de Viñales - Miriane Demers-lemay

Après avoir essuyé les ravages économiques et environnementaux de la monoculture à grande échelle, Cuba se tourne maintenant vers l'agroforesterie à une vitesse et une ampleur inégalées. Et c'est un succès.

 

Source : notre-planete.info par Miriane Demers-Lemay / indépendante le 03/03/2015

Au lendemain de la révolution de 1959, le gouvernement cubain adopte le modèle de développement agricole promu par la révolution verte. L'île se modernise. Elle introduit massivement les tracteurs, les fertilisants chimiques, les herbicides, les systèmes d'irrigation à grande échelle et les graines hybrides. Cuba devient l'un des pays les plus mécanisés d'Amérique latine.

 

Près de 90% des terres agricoles sont alors occupées par la monoculture intensive, principalement de sucre. Les récoltes sont exportées aux pays du bloc soviétique. De ces pays, on importe les produits agrochimiques et le pétrole pour faire fonctionner la machinerie agricole. Toutefois, cet effort agricole ne suffit pas à l'autonomie alimentaire de l'île. À la fin des années 80, près de 60% de ce que mangent les Cubains est importé.

L'agriculture tout comme la sécurité alimentaire de Cuba dépendent fortement du commerce avec l'extérieur.

 

En 1990, la chute du bloc soviétique entraîne Cuba dans la crise économique. L'embargo américain se resserre. Les exportations de sucre chutent. Le pays ne peut importer le pétrole et les produits agrochimiques nécessaires à ses monocultures. Pire : les monocultures ont laissé en héritage des sols érodés, compacts, salins et peu fertiles. De nouvelles pestes résistantes aux herbicides et aux insecticides ont émergé. L'économie du pays menace de couler à pic.

 

 

- Une révolution agraire

Le gouvernement prend alors les grands moyens. Il instaure un programme d'austérité nationale. La « période spéciale en temps de paix » commence. Cuba est alors marquée par une seconde révolution. Celle-ci, cependant, n'est pas politique, mais agraire. Sans combustible, la machinerie est désuète. Elle est remplacée par les animaux de trait. Les pesticides et les insecticides sont remplacés par la fertilisation et le contrôle biologique. Les sols sont restaurés avec une reforestation massive. Cuba troque ses monocultures pour l'une des plus anciennes méthodes de production agricole du monde : l'agroforesterie.

 

Une exploitation agroforestière peut être décrite comme un hybride entre un champ et une forêt. On y retrouve des plantes herbacées, comme les céréales ou le fourrage, ainsi que des arbres et des arbustes. Des oasis des déserts du Maghreb aux milpas du Mexique, on trouve des systèmes agroforestiers partout sur la planète. L'agroforesterie a été extirpée des oubliettes par les scientifiques il y a une trentaine d'années. Elle est maintenant considérée comme l'une des solutions les plus prometteuses pour réconcilier la production alimentaire avec la protection de l'environnement, tout en contribuant à l'économie locale. Depuis plusieurs années, la promotion et l'expansion de l'agroforesterie sont à l'agenda de programmes internationaux comme ceux de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture).

 

Dans plusieurs pays d'Amérique latine, plus de 30 000 familles ont adopté l'agroforesterie au cours des trente dernières années. À Cuba, la transformation agricole est d'une importance et d'une vitesse sans précédent : ce sont plus de 100 000 familles qui ont adopté l'agroforesterie en moins d'une décennie. Selon l'ANAP (Association Nationale de petits agriculteurs de Cuba), l'ampleur et la rapidité de cette révolution agraire sont attribuées au grand degré d'organisation des agriculteurs et à l'urgence de fournir de la nourriture aux Cubains.

 

 

- Une transformation qui donne des fruits

Déjà, la transformation des terres agricoles cubaines donne ses fruits :

  • La diversification des espèces cultivées réduit la vulnérabilité des exploitations à la volatilité de la valeur marchande de chaque produit, tout en assurant une meilleure stabilité économique.
  • Le secteur agricole cubain a augmenté sa productivité par hectare et par travailleur.
  • Les tâches se diversifient, intégrant et valorisant le rôle des femmes, des jeunes et des aînés dans le travail agricole.
  • En raison de leur complexité, les systèmes agroforestiers excluent l'usage des fertilisants, pesticides et herbicides, diminuant les risques pour la santé humaine et l'intégrité de l'environnement.

 

De plus, les parcelles agroforestières sont beaucoup plus résilientes aux évènements extrêmes que les monocultures. Les arbres et arbustes des exploitations agroforestières augmentent l'humidité au sol, améliorant la résistance des cultures aux sécheresses, dont la fréquence et l'intensité devraient augmenter avec les changements climatiques. À la suite des ouragans ayant affecté les provinces de Las Tunas et de Holguín en 2008, l'ANAP compara les dégâts. Les monocultures furent complètement détruites. Les parcelles agroforestières conservèrent la moitié des récoltes. Les cultures au sol, comme le maïs, les fèves, les courges et les tomates, furent protégées par les couches supérieures de végétation, qui amortirent la force du vent et de la pluie.

 


- Un exemple pour l'agriculture mondiale

L'expérience agricole cubaine inspire. Comme tant de pays, Cuba a été séduite par les promesses de la monoculture. Celle-ci lui a toutefois retiré son autonomie alimentaire tout en générant d'innombrables problèmes environnementaux. La situation s'est inversée et le pays a épousé les principes d'une agriculture plus respectueuse de l'environnement. De fait, Cuba est actuellement le seul pays au monde à avoir un développement durable selon la WWF.

 

Cuba prouve qu'un changement drastique de paradigme est possible. Qu'une révolution agricole est réalisable et même, bénéfique !

 

Pour en savoir plus :

- ANAP (Asociación Nacional de Agricultores Pequeños) & La Via Campesina (2013).

- Agroecological revolution : The Farmer-to-Farmer Movement of the ANAP in Cuba, 92 p.

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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 09:36
Israël, Juifs et Arabes : la perspective révolutionnaire d’un vivre-ensemble. Europe solidaire sans frontières(Essf)

Après avoir passé ses premières années à Strasbourg, Michel Warschawski[1] a décidé à 16 ans de partir pour Jérusalem où il a entrepris des études talmudiques. Il a rejoint en 1968 l’Organisation socialiste israélienne fondée en 1962 par des exclus du PC israélien et des militants plus anciens influencés par le trotskysme. Le groupe était surtout connu par le nom de son journal, Matzpen (« La boussole » en hébreu). Matzpen était une organisation révolutionnaire qui considérait le sionisme comme un projet colonial et combattait pour une coexistence entre Juifs et Arabes sur la base d’une complète égalité. Dès juin 1967, Matzpen appelait au retrait complet, immédiat et inconditionnel d’Israël de tous les territoires occupés et affirmait son soutien au droit du peuple palestinien à combattre pour sa libération.


Malgré un effectif restreint, les actions et positions de Matzpen ont eu un écho qui en a fait un « ennemi intérieur » dénoncé par les sionistes de droite comme de gauche, et dont les militants étaient fréquemment arrêtés. Bien que formé en majorité de militants juifs, Matzpen s’efforçait à la fois de de mobiliser la jeunesse juive israélienne et de développer des liens avec les Palestiniens d’Israël et les organisations de la gauche palestinienne et de pays arabes.


Dans les années 1970, un débat s’est ouvert au sein de Matzpen sur ses perspectives. Matzpen et des militants de la gauche palestinienne ont décidé de créer en 1984 le Centre d’information alternative (AIC), organisme d’information et de solidarité dont Michel Warschawski est le directeur.
Matzpen a ensuite cessé d’exister comme organisation bien que nombre de ses militants demeurent actifs dans divers mouvements. En 1989, Michel Warschawski a été condamné à plusieurs mois de prison ferme pour« prestations de services à organisations illégales » (il s’agissait de l’impression de tracts).

 

Sources : L'Anticapitaliste n°61 (janvier 2015) par Henri Wilno 24/02/2015
- Henri Wilno : Dans un texte de l’été 2014, tu parles de « fascisation » en Israël. Quelles sont les racines de ce processus ? Est-ce seulement le produit de l’état de guerre ? Peut-on dire que désormais c’est l’extrême droite qui gouverne ?
Michel Warschawski : Je parle d’un processus long qui remonte a la campagne de haine et de délégitimation qui a précédé l’assassinat de Yitzhak Rabin en 1995. Les assassins du Premier ministre ont pris le pouvoir et sont en fait le pouvoir depuis. J’y inclus l’épisode Ehud Barak (1999-2001) qui, certes, a été le candidat des Travaillistes, mais défendait une politique d’extrême droite et a tout fait pour qu’Ariel Sharon devienne Premier ministre et lui son ministre de la Défense.


Vingt ans donc de pouvoir continu de la droite, qui ont changé la donne, pas tant dans le domaine de la politique coloniale envers les Palestiniens, mais dans le régime interne de l’Etat d’Israël.


Le racisme s’est lâché, dans le discours politique, dans la rue et dans la législation qui culmine avec la proposition de modification de la « Loi Fondamentale – Israël, Etat-Nation du peuple Juif ». Une série de lois liberticides et ouvertement discriminatoires contre la minorité palestinienne d’Israël a déjà été votée, d’autres, pires encore, sont en route. La Cour Suprême, qui a été pendant de nombreuses années le garant d’un système qui jonglait entre « Etat juif » et « Etat démocratique », est depuis quelque temps l’objet d’attaques violentes de députés d’extrême droite. Plusieurs projets de loi visent à réduire son pouvoir.


Le gouvernement s’appuie sur un bloc de trois partis d’extrême droite, bloc dans lequel Netanyahou fait figure de modéré !


Si depuis un an je parle de fascisme, c’est parce qu’à tout ce que je viens de mentionner s’ajoute la violence contre les militants et organisations démocratiques, de la part de petits groupes fascistes ou même de passants. Gouvernement d’extrême- droite + lois liberticides + violence qui vise à terroriser toute parole critique = fascisme.

 


- Henri Wilno : Israël est désormais un des Etats où les inégalités sociales sont les plus fortes (y compris parmi les Juifs), les politiques néolibérales démantèlent les acquis sociaux. Et, pourtant, vu de l’extérieur, le débat social et politique dans la partie juive de la population israélienne semble se polariser complètement autour de deux axes : la religion et la « sécurité ». Est-ce exact ? Les questions sociales ont-elles disparu du paysage ?
Michel Warschawski : Effectivement, Israël est, dans le groupe des pays industrialisés, le second dans le fossé qui sépare les riches et les pauvres : une bourgeoisie très riche et beaucoup de très pauvres. Selon les données de la sécurité sociale israélienne, 32 % des enfants israéliens – juifs et arabes – vivent sous le seuil de pauvreté ! Le démantèlement de l’Etat social et de ses acquis s’est fait avec une brutalité et une rapidité qui auraient fait pâlir de jalousie Margareth Thatcher.


Et pourtant les luttes sociales, en particulier les luttes syndicales, restent extrêmement limitées. Il y a trois raisons à cela : la réussite économique d’Israël qui permet de laisser des miettes aux travailleurs, le fait que le taux de chômage est très bas (inférieur à 2 %), l’absence de tradition et d’organisation syndicales dignes de ce nom. 50 ans de pouvoir absolu de la Histadrout, qui n’avait rien a voir avec une organisation syndicale, même de collaboration de classes, ont empêché la formation d’une conscience de classe, aussi primitive fût-elle. S’il y a des luttes, elles restent cantonnées à une entreprise (en général sur des licenciements) ou dans des secteurs plus privilégiés et mieux organisés (infirmières, enseignants).

 


- Henri Wilno : Les classes populaires réagissent-elles aux politiques d’austérité ? Qu’est devenu le mouvement des « Indignés » d’il y a deux ans ? Que représente le syndicat Koach la-Ovdim qui semble se renforcer au détriment de la Histadrout ?
Michel Warschawski : Le mouvement des Indignés a été un feu de paille : une gigantesque mobilisation qui a entraîné des centaines de milliers de personnes pour un retour à l’Etat providence mais n’a enfanté qu’une commission nationale (la Commission Trachtenberg)… dont quasiment toutes les recommandations ont été rejetées par le gouvernement.


Koach la-Ovdim, qui est la première confédération syndicale indépendante de la Histadrout, reste une organisation modeste, comparée à cette dernière, mais a pu animer des grèves et autres luttes revendicatives de certains des secteurs les plus délaissés, entre autre les travailleurs de l’entretien dans certaines grandes administrations ou encore dans une carrière proche de Jérusalem.


Pour la majorité des travailleurs israéliens, les positionnements, y compris les identités, sont d’abord de l’ordre du politique et du « national », et, très loin derrière, de l’appartenance sociale. On demande à quelqu’un ce qu’il est, il répondra : Juif, puis Israélien, puis Tunisien ou Russe d’origine. Ensuite il dira « religieux » ou traditionaliste. Très rarement il dira « ouvrier » ou « employé ».

 


- Henri Wilno : Qu’est devenu le « camp de la paix » ? Est-il en situation de peser en quoi que ce soit ?
Michel Warschawski : 3000 personnes environ ont manifesté contre l’agression de Gaza. C’est très peu et représente surtout ce qu’en France on appellerait l’extrême gauche. En ce sens, le mouvement de la paix de masse qu’on a connu dans les années 1980 et 1990 ne s’est pas encore remis de sa déroute en août 2000. Cette date est à retenir, car elle marque une cassure, une espèce d’août 1914 du mouvement de la paix : quand Ehud Barak revient des négociations de Camp David (qu’il a sabotées avec la collaboration de l’administration Clinton), celui qui avait été élu sur la base d’une alternative à la politique d’occupation de la droite, réussit a convaincre son propre camp que Yasser Arafat se servait des négociations pour endormir Israël, y créer des lignes de fracture pour finalement jeter les Juifs a la mer (sic !). Il ajoute : la droite avait raison, c’est nous, les pacifistes, qui nous étions trompés.


Le problème est que ce méga-mensonge a été reçu cinq sur cinq par le mouvement de la paix… Et Sharon a été élu avec une large majorité, pour entreprendre la reconquête des territoires gérés par l’Autorité palestinienne et des quelques acquis résultant des négociations entre Israël et l’OLP.


Le mouvement de la paix ne s’est pas remis de cette déroute, et nous sommes encore loin d’une renaissance de ce dernier, comme mouvement de masse capable de peser sur les choix politiques du gouvernement.

 


- Henri Wilno : Tu as expliqué, je crois, que par son ignorance des questions sociales, une partie de la gauche israélienne et du camp de la paix avait rejeté les sépharades dans les bras du Likoud et de l’extrême droite : est-ce définitif ?
Michel Warschawski : Les couches populaires et plus particulièrement les Juifs pauvres originaires des pays arabes (qu’on appelle à tort « sépharades »), ont fait, depuis la fin des années 1970, le choix de la droite, non par identification avec son idéologie du Grand Israël, mais parce qu’elle représentait l’opposition au pouvoir absolu, totalitaire et raciste – envers les Juifs non Européens – de la pseudo-gauche.


La « gauche » n’a aucune chance de regagner l’électorat populaire, car sa réalité et son image sont bourgeoises, et son racisme anti-oriental colle à son identité. L’immigration massive des Russes a d’ailleurs encore renforcé cette ligne de fracture. Pour reprendre pied dans les couches populaires, une nouvelle gauche est à construire, mais ceci est la tâche de la prochaine génération.


Ceci dit, les mariages intercommunautaires sont de plus en plus nombreux, et je pense que l’appartenance ethnique, au sein de la communauté juive-israélienne, tend à perdre petit a petit de sa pertinence.

 


- Henri Wilno : Que représente l’extrême gauche en Israël ? Les Anarchistes contre le mur ? D’autres mouvements ?
Michel Warschawski : Ce qu’on appelle ici la gauche radicale est très modeste, définie essentiellement par son positionnement sur les questions politiques (conflit colonial et guerres), même si en général cette extrême gauche défend par ailleurs une orientation anticapitaliste. Elle n’a pas, dans la population juive, de parti dans lequel elle pourrait se structurer, et c’est dans des collectifs qu’on la trouve, que ce soit sur des questions d’ordre politique (occupation, racisme) ou d’ordre social (refugiés économiques, droits des femmes, logement…) Quand il y a des élections, elle vote par défaut pour un des « partis arabes », en particulier le Parti communiste. Ce dernier se défend d’ailleurs d’être « un parti arabe », même si 85 % de son électorat provient de la population palestinienne d’Israël.


Les Anarchistes contre le Mur, certaines organisations féministes, les divers groupes qui luttent contre l’occupation ou les injustices sociales, ou encore le Centre d’information alternative (AIC), se retrouvent dans des campagnes spécifiques (contre le mur, contre les groupes fascistes, pour les sans-papiers, etc.), mais il n’existe pas de structures pérennes.


Un des problèmes auxquels nous sommes confrontés est ce que j’ai appelé, il y a des années, l’« ONGisation » de la politique, une professionnalisation autour de petites boutiques, souvent bien financées pour leurs activités par des fondations ou des Etats européens. Les ONG font certes un bon travail d’information et de sensibilisation, mais elles ne peuvent en aucun cas être la base d’un mouvement de masse. Certains diront même qu’elles en sont, involontairement, un obstacle.

 


- Henri Wilno : Comment évoluent les discriminations envers les Arabes israéliens ? La sécession entre Juifs et Arabes israéliens est-elle désormais complète ? Ou bien y-a-t-il des espaces communs de coopération et de lutte ?
Michel Warschawski : Depuis 2000 (en octobre 2000, Ehoud Barak ordonnait une répression sanglante des manifestations de solidarité, dans les localités arabes, avec la révolte palestinienne des territoires occupés), nous avons été témoins d’une rupture du front judéo-arabe qui caractérisait le mouvement d’opposition à l’occupation et aux discriminations contre la minorité palestinienne d’Israël (qui fait 20 % de la population). Les Palestiniens ne viennent plus à Tel Aviv pour manifester et ont fait le choix de se mobiliser dans leurs villes et villages. C’est ce qui explique pourquoi les manifestations dans les grandes villes juives sont passées de dizaines de milliers à quelques milliers seulement.


Derrière ce choix, s’exprime aussi une volonté d’autonomie, car dans le « front judéo-arabe », le PC poussait à une hégémonie juive, dont la présence de drapeaux israéliens et la sur-représentation d’orateurs juifs étaient les signes extérieurs.


La minorité arabe est représentée à la Knesset par trois partis de poids plus ou moins égal : le PC (sous la forme du Front pour la paix et l’égalite), le Rassemblement national démocratique (Balad – nationalistes radicaux), et la Liste arabe unifiée, nationaliste conservatrice.


Un amendement à la loi électorale peut pousser les partis arabes à faire à l’avenir liste commune, s’ils veulent avoir des élus, et si cette perspective se réalise, il pourrait y avoir dans la prochaine Knesset un groupe parlementaire arabe d’une quinzaine de députés (sur 120…) A moins que n’aboutissent les tentatives de l’extrême droite d’interdire à certains partis arabes de se présenter. A ce propos, les prochaines semaines seront déterminantes.


Pour que le front judéo-arabe se reconstruise, il est indispensable que les militants juifs acceptent de se débarrasser de leur volonté hégémonique et de devenir une force d’appoint à un mouvement qui est d’abord un mouvement national arabe.

 


- Henri Wilno : Quel est l’écho de l’AIC dans le contexte actuel ?
Michel Warschawski : La spécificité du Centre d’information alternative est d’être, trois décennies après sa constitution, toujours la seule organisation commune israélo-palestinienne. L’AIC regroupe des militants, connus et reconnus, de la gauche palestinienne et des antisionistes israéliens. Si, comme son nom l’indique, elle fait un travail d’information et d’analyse politique et sociale (en particulier sur son site alternativenews.org), son originalité et son importance résident dans son choix d’être une brèche dans le mur qui sépare les deux sociétés, y compris dans le monde militant, et de promouvoir une perspective de coopération et de partenariat entre les mouvements des deux côtés de la « ligne verte ».


Dans un contexte où la séparation est perçue comme une valeur quasi-absolue, la perspective d’un vivre-ensemble est éminemment révolutionnaire, et elle passe par la nécessité d’un combat commun.

 

Note :

[1] Michel Warschawski milite depuis de longues années en Israël. Il a retracé sa biographie dans un de ses ouvrages, Sur la frontière (Stock, 2002).

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Palestine

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17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 09:00
Obama: « on est bien obligé de tordre le bras des pays qui ne font pas ce que nous voulons »

Le président Barack Obama a dit que le leadership américain nécessitait parfois de tordre le bras des États qui ne font pas ce que nous avons besoin qu'ils fassent et que les États-Unis utilisaient leur force militaire et d'autres moyens de pression pour atteindre leurs objectifs.

 

Sources : Sott.net Traduit par le Saker Francophone 12 fév. 2015 | mis à jour le 30 avril 2015

Dans une longue interview qu'il a donnée à Vox, et qu'Obama lui-même a qualifiée de tribune destinée à «ceux qui aiment se creuser les méninges», le président américain a nié l'efficacité d'une politique étrangère purement réaliste tout en expliquant que, parfois, les Etats-Unis, dont le budget de la défense dépasse la totalité de ceux des dix pays qui le suivent en ordre d'importance, avait besoin de s'appuyer sur sa force militaire et sur d'autres leviers du pouvoir.

Saluant le système fondé sur le respect des règles qui avait émergé après la Seconde Guerre mondiale, Obama a admis qu'il n'était pas parfait, mais il a soutenu que «l'ONU, le FMI, et toute une série de traités, de règles et de normes qui ont été établies ont vraiment contribué à stabiliser le monde, ce qui n'aurait jamais pu se faire autrement

Il a expliqué, cependant, que l'efficacité de ce système idéaliste, wilsonien, fondé sur le respect des règles avait été mis à rude épreuve par le fait «qu'il y a là-bas des gens méchants qui veulent nous faire du mal.»

Selon le président, la réalité de ces menaces a contraint les Etats-Unis à avoir «la plus grande armée du monde». Obama a dit en outre: « Nous devons, à l'occasion, tordre le bras des pays qui ne feraient pas ce que nous voulons qu'ils fassent. Si nous ne disposions pas des divers moyens de pression économiques, diplomatiques ou militaires que nous avons - si nous n'avions pas cette pointe de réalisme, nous n'arriverions à rien non plus. »

Obama note que les États-Unis n'ont pas de solutions militaires à tous les défis du monde moderne, mais il ajoute que nous n'avons pas d'équivalent en termes d'État qui pourrait attaquer ou provoquer les Etats-Unis.

«Celui qui serait le plus en mesure de le faire, c'est évidemment la Russie avec son arsenal nucléaire, mais d'une façon générale, ils n'ont pas la capacité d'envoyer des forces miliaires partout dans le monde comme nous. La Chine non plus. Nous dépensons plus pour notre armée que les dix pays suivants ensemble», a-t-il dit.

Dans ce contexte, Obama a déclaré que le désordre généré par des États faillis et des menaces asymétriques venant d'organisations terroristes étaient les principaux défis auxquels la communauté internationale était confrontée aujourd'hui.

Obama a également indiqué que pour régler ces questions et d'autres problèmes, il fallait avoir «des moyens de pression sur les autres pays et d'autres ressources» chaque fois que possible, tout en reconnaissant que Washington était «le chef de file parce que nous avons des capacités que les autres n'ont pas».

Cette approche, a-t-il affirmé, a également conduit à «partager une partie du fardeau et de la responsabilité».

Quand on l'a interrogé sur les limites de la puissance américaine, Obama a admis qu'il y avait des choses que son administration ne peut tout simplement pas faire en termes de projection de puissance, mais il est resté optimiste.

«En fait, le leadership américain, vient en partie de notre confiance en nous, du sentiment que nous pouvons le faire*. Nous sommes le plus grand et le plus puissant pays de la Terre. Comme je l'ai déjà dit dans mes discours: lorsque des problèmes surgissent, ce n'est pas Pékin qu'on appelle, ni Moscou. C'est nous. Et nous assumons cette responsabilité. La question, je pense, est de savoir comment ce leadership est exercé. Mon administration montre beaucoup de détermination à éclaircir, prendre en charge et venir à bout des problèmes du monde entier.»

 


- Cet appel au leadership des États-Unis, qui découle de la notion de l'exceptionnalisme américain, a régulièrement été remis en question par Moscou.
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s'est élevé, en septembre dernier, contre la partie du discours d'Obama devant l'ONU où le président américain présentait l'agression russe en Europe, l'épidémie d'Ebola et ISIS comme les menaces actuelles - et comparables entre elles - à la paix et la sécurité internationales.

Lavrov a déclaré que le discours d'Obama à l'ONU était le «discours d'un artisan de paix - dans la manière dont il avait été formulé», mais il a ajouté que «les résultats sur le terrain étaient loin d'être à la hauteur des paroles».

Le ministre russe des Affaires étrangères a ajouté qu'Obama avait présenté une vision du monde basée sur l'exceptionnalisme étatsunien.

«C'est la façon de voir d'un pays qui s'est donné, dans sa doctrine de défense nationale, le droit d'utiliser la force de façon discrétionnaire, au mépris des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU ou d'autres règles du droit international», a déclaré M. Lavrov.

Dans un article de septembre 2013 dans le New York Times, le président russe Vladimir Poutine avait déclaré que le concept de l'exceptionnalisme américain était problématique dans l'arène mondiale.

«Il est extrêmement dangereux d'encourager les gens à se considérer comme exceptionnels, quelle qu'en soit la raison, a écrit Poutine. Il y a de grands pays et de petits pays, des pays riches et des pauvres, des pays qui ont une longue tradition démocratique et d'autres qui ont encore du chemin à faire vers la démocratie. Leurs politiques diffèrent aussi. Nous sommes tous différents, mais lorsque nous demandons au Seigneur de nous bénir, nous sommes obligés de nous rappeler que Dieu nous a créés égaux.»

 

Pour en savoir plus :

- Alerte Venezuela

- Au Venezuela et en Argentine Guerre économique et déstabilisation politique

- Défaite d’Obama : la totalité des gouvernements sud-américains lui demande de retirer son décret contre le Venezuela

- Amérique latine. Non aux manips de l’Oncle Sam

- Les agences de Washington au Venezuela : une menace inhabituelle et extraordinaire

- VENEZUELA : Obama ment tout en révélant une grande vérité

- Noam Chomsky : l’interview qui dénonce l’Occident

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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 09:00
Les massacres de masse réalisés par Boko Haram entraînent peu de réaction de la part des Etats-Unis,.... la Russie se place aux côtés du Cameroun en l'armant !

Source : Cameroonvoice.com de l'article original publié sur RT.com

- Pas de pétrole, pas de protection ? Les massacres de masse réalisés par Boko Haram entraînent peu de réaction de la part des Etats-Unis

Boko Haram a massacré des milliers de civils au Nigeria, mais la réponse de responsables étatsuniens envers ces crimes horribles ont été étrangement discrets. Manila Chan de Russia Today évoque un lien potentiel avec le pétrole, que les États-Unis ne reçoivent plus du Nigeria.

 

Pour beaucoup, le manque d'effort de Washington pour aider le peuple du Nigeria - qui dispose de la plus grande économie africaine - semble suivre une logique géostratégique simple : pas de pétrole, pas de soutien sécuritaire. Tout en investissant massivement pour combattre l'Etat islamique en Irak, les États-Unis ne semblent pas disposés à lutter contre les insurgés de Boko Haram au Nigeria.

 

Alors que les États-Unis tentent de maîtriser l'exploitation du gaz de schiste; il s'est éloigné de certains de ses partenaires commerciaux traditionnels, comme le Nigeria - un état membre de l'OPEP - devenant ainsi le premier pays à cesser de vendre du pétrole aux États-Unis, comme les statistiques du Département US de l'énergie le révèlent. Le Nigéria était l'un des cinq premiers fournisseurs de pétrole des États-Unis, il y a moins d'une décennie, lui fournissant 1,3 million de barils de pétrole par jour

 

Pourtant, malgré les gains territoriaux de Boko Haram et des avancées importantes pour la domination jihadiste de toute la région, les Etats-Unis - et le monde - se concentre sur des attaques terroristes en Europe et celles de l'Etat islamique, en négligeant complètement la menace imminente en provenance du réseau terroriste nigérian.

Certains à Washington demandent déjà un changement de stratégie.

 

Source : Cameroonvoice.com

- La Russie se place aux côtés du Cameroun avec de l'armement de dernière génération

S.E. Nicolay RATSIBORINSKI, Ambassadeur de la République de Russie au Cameroun a été reçu en audience, vendredi 16 janvier 2015, par le Président de la République, S.E.M. Paul BIYA. Les entretiens ont porté sur les derniers développements de l'actualité internationale, et un tour d'horizon des réseaux de tension.

 

Au sortir de cette entrevue d'une heure, l'Ambassadeur de Russie a déclaré à la presse que cette séance de travail qualifiée « d'utile » a permis d'avoir un échange sur certains sujets d'actualité internationale. Yaoundé et Moscou partage la même vision du dialogue international, a souligné le diplomate russe. Le Cameroun et la Russie souhaitent vivement que l'ONU joue pleinement son rôle d'arbitre. Les deux pays recommandent que les solutions préconisées soient le résultat d'un large consensus. Cela suppose notamment la prise en compte du respect de la souveraineté des Etats.

 

Parmi les foyers de tension évoqués, S.E Nicolay RATSIBORINSKI a mentionné le conflit ukrainien, les guerres en Syrie et en Irak. Evoquant par la suite le phénomène Boko Haram, l'hôte du Chef de l'Etat a indiqué que les attaques meurtrières dont est victime le Cameroun, à partir du Nigeria, constituent une excroissance du terrorisme international.

 

Seule une stratégie à la fois, militaire, économique, et social, basée sur le long terme, pourrait permettre de venir à bout de cette menace, préconise l'Ambassadeur de Russie au Cameroun.  A cet effet, il a confié à la presse, que la Russie est disposée à apporter son appui dans ce sens à notre pays. Ce partenariat va se déployer dans les domaines militaires, y compris dans la sécurisation des frontières. Au plan économique, la Russie est prête à assurer la réalisation de certains projets d'infrastructure et de développement au Cameroun, notamment dans la Région de l'Extrême-Nord.

 

Concrètement, M. RATSIBORINSKI  a annoncé que notre pays va bénéficier  dans un délai d'un mois de l'arrivée d'une importante cargaison d'aide humanitaire et en matériel de protection civile en faveur des refugiés.

 

D'ici la fin de l'année en cours, l'armée camerounaise sera dotée d'équipements militaires les plus sophistiqués, en provenance de la Russie. Il s'agira entre autres d'armement de dernière génération, d'artillerie lourde, y compris des missiles, la protection aérienne, le système anti-aérien de missile, et de canon. Des camions blindés de fabrication russes seront aussi livrés au Cameroun pour assurer le transport des troupes.

 

Pour garantir une bonne utilisation de ces équipements, la Russie est prête à accueillir les jeunes camerounais pour la formation des spécialistes civils et  militaires.  Car a-t-il reconnu, ces systèmes sophistiqués nécessitent une bonne formation des utilisateurs.

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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 09:00
L’Allemagne ne paie pas ses dettes… mais critique la Grèce

Sources : Conscience Citoyenne Responsable par 2ccr le 26 janvier 2015 modifié le 9 juillet 2015

L’Allemagne joue les donneuses de leçons sur la question de savoir s’il convient d’accorder de nouvelles aides à la Grèce. Le gouvernement se montre inflexible sur le mode : “Vous n’aurez de l’argent que si vous faites ce que nous vous demandons.” Cette attitude est-elle justifiée ?


Albrecht Ritschl réponds : « Non, absolument pas. Dans toute l’histoire récente, c’est l’Allemagne qui a connu les pires faillites d’État, au XXe siècle. Sa stabilité financière et son statut de bon élève de l’Europe, la République fédérale les doit uniquement aux Etats-Unis, qui, aussi bien après la Première Guerre mondiale qu’après la Seconde, ont renoncé à des sommes considérables. Malheureusement, on a un peu trop tendance à l’oublier. »
 
Entre 1924 et 1929, la république de Weimar a vécu à crédit et a même emprunté auprès des États-Unis l’argent dont elle avait besoin pour payer les réparations de la Première Guerre mondiale. Cette pyramide s’est effondrée pendant la crise de 1931. Il n’y avait plus d’argent. Les dégâts ont été considérables aux États-Unis et l’effet a été dévastateur sur l’économie mondiale.
 
Début 2010, lors d’un voyage en Allemagne, Theodoros Pangalos, alors vice-premier ministre, avait lancé une bombe sur les ondes de la BBC : « Ils ont pris les réserves d’or de la Banque de Grèce, ils ont pris l’argent grec et ne l’ont jamais rendu. C’est un sujet qu’il faudra bien aborder un jour ou l’autre. » En décembre de la même année, le secrétaire d’État aux finances hellènes, Philippos  Sahinidis, était allé plus loin en chiffrant la dette allemande envers son pays à 162 milliards d’euros, à comparer au montant de la dette grecque qui s’élevait à 350 milliards d’euros fin 2011.
 
Plus récemment, c’était au tour du héros de la Résistance Manolis Glezos, 89 ans, connu pour avoir décroché le drapeau nazi de l’Acropole en 1941, de réclamer le remboursement du prêt imposé à la Grèce par le régime nazi. « Avec les dommages de guerre », qu’Athènes se réserve toujours le droit de revendiquer, « c’est 162 milliards d’euros, sans les intérêts« , estime-t-il.
 
Combien doit l’Allemagne ? 81 milliards, comme le dit Cohn-Bendit ? 162 milliards, à en croire les revendications grecques ? 68 milliards comme l'affirme Le Point ? ou 1000 comme le soutien Manolis Glezos (député de la gauche radicale), ou rien du tout, comme le soutient Berlin ? La bataille de chiffres qui entoure cette question est à la mesure de la complexité de la situation.
 
Nous sommes en 1941. Le 6 avril, la Wehrmacht envahit la Grèce. Elle y restera jusqu’en 1944. Dans son ouvrage Dans la Grèce d’Hitler, l’historien Mark Mazower estime que la Grèce est le pays qui a le plus souffert du joug nazi – derrière la Russie et la Pologne – et qu’elle a subi un « pillage systématique de ses ressources ». En 1941, les nazis imposeront en outre à la Banque Centrale Grecque, comme ils l’ont fait dans d’autres pays, un prêt de 476 millions de reichsmarks au titre des contributions à l’effort de guerre.
 
Cet « emprunt » ne sera jamais remboursé, pour la simple raison qu’il ne figure pas dans l’accord de Londres de 1953 qui fixe le montant des dettes extérieures contractées par l’Allemagne entre 1919 et 1945. Afin de ne pas répéter les erreurs du traité de Versailles et de ménager ce nouvel allié de l’Ouest face à la menace communiste, les États-Unis consentent à réduire la dette de l’Allemagne de moitié. Les victimes de l’Occupation sont priées d’oublier leurs demandes de réparation. L’objectif stratégique des alliés est d’édifier une Allemagne forte et sereine, plutôt que ruinée par les dettes et humiliée.
 
Washington obtient surtout des pays bénéficiaires du plan Marshall qu’ils renoncent à exiger immédiatement leur dû, repoussant d’éventuelles réparations à une réunification de l’Allemagne dans le cadre d’un « traité de paix ». « A partir de là, l’Allemagne s’est portée comme un charme pendant que le reste de l’Europe se saignait aux quatre veines pour panser les plaies laissées par la guerre et l’occupation allemande« , résume l’historien de l’économie allemand Albrecht Ritschl, professeur à la London School of Economics, dans un entretien à Der Spiegel.
 
Ce sursis permettra à la RFA de connaître un véritable « miracle économique », le fameux Wirtschaftswunder pendant quatre décennies. Et au moment de passer à la caisse, Bonn s’arrangera pour ne pas honorer ses engagements. Le chancelier Helmut Kohl obtient en effet que le traité de Moscou de 1990 entérinant la réunification ne porte pas la mention « traité de paix », une des conditions figurant dans l’accord de 1953 pour d’éventuels remboursements. « C’était un moyen de continuer à fuir les réparations« , souligne le Süddeutsche Zeitung. En approuvant ce traité, la Grèce a perdu, aux yeux de Berlin, toute légitimité à réclamer des réparations. « Dans la pratique, l’accord de Londres de 1953 libéra les Allemands de leur obligation de rembourser leurs dettes de guerre », résume le quotidien allemand.
 
En d’autres termes, l’actuel champion économique de la zone euro a fait trois fois défaut au cours du XXe siècle : dans les années 1930, en 1953 et en 1990. « L’Allemagne n’a pas réglé ses réparations après 1990 – à l’exception des indemnités versées aux travailleurs forcés, » poursuit Albrecht Ritschl dans Der Spiegel. » Les crédits prélevés de force dans les pays occupés pendant la Seconde Guerre mondiale et les frais liés à l’Occupation n’ont pas non plus été remboursés. A la Grèce non plus. » Or « personne en Grèce n’a oublié que la République fédérale devait sa bonne forme économique aux faveurs consenties par d’autres nations« , insiste-t-il.
 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier : La dette.... la dette ?

- Mon dossier Grèce

- Crise grecque : quand la Grèce annulait la dette de l'Allemagne

- «Dette allemande»: la Grèce n'est pas le seul pays européen à avoir été pillé par les nazis

- La “lettre ouverte » d’Alexis Tsipras aux citoyens Allemands sur ce qu’on ne leur a jamais dit sur la dette Grecque

- "Au XXe siècle, Berlin a été le roi de la dette"

- Pourquoi l'Allemagne devrait 1.000 milliards d'euros à la Grèce

- Quand les créanciers de l'Allemagne fermaient les yeux sur sa dette

- Le signal grec

- Piketty: «L’Allemagne est LE pays qui n’a jamais remboursé ses dettes»

- Grèce : pourquoi Angela Merkel refuse de parler de la dette grecque

- L'Allemagne renvoyée à son passé sur la question de la dette grecque

- L’Allemagne profite de la crise de la zone euro: depuis 2008 elle y a gagné 193 milliards d’euros

- La Grèce veut faire payer très cher les crimes nazis à l'Allemagne

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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 09:00
Après le réchauffement des relations Cuba-US, l’inéluctable levée de l’embargo

Sources :  palomaInfo par Lahcen SENHAJI et Le Grand Soir modifié le 10 mai 2015

Les relations entre Cuba et Washington ont entrepris un tournant historique ces derniers mois, avec la reprise du dialogue entre le président états-unien Barack Obama et son homologue cubain Raul Castro. Un dialogue qui en réalité a été entrepris depuis plus longtemps mais qui vient de porter ses fruits avec un échange de prisonniers à la clé : condamné à 15 ans de prison pour importation de dispositifs satellitaires interdits à Cuba, l’agent de l’USAID Alan Gross a été libéré coté cubain en échange de trois des "Cinq héros" cubains (les deux premiers ayant été libérés en 2011 et 2013), condamnés à perpétuité par Washington pour avoir infiltré les milieux anti-castristes de Floride et accusés d’avoir infiltré des bases militaires américaines. Washington a également annoncé un nouvel allègement des sanctions drastiques infligées à Cuba depuis plus d’un demi-siècle.

 

Cependant, le tournant historique reste la reprise du dialogue entre les deux états, qui rompt avec plus de 50 ans de relations économiques et diplomatiques inexistantes, accentués par une série de textes imposant à l’île des Caraïbes des sanctions unilatérales drastiques et contribuant à sa marginalisation au niveau mondial, beaucoup de pays subissant une pression les contraignant à s’aligner sur la position des États-Unis.

 

C’est ainsi que l’Union Européenne a adopté depuis 1996 une "Position commune" rompant toute relation économique ou diplomatique avec Cuba. Cette résolution, bien que dans les faits peu respectée depuis 2008, notamment par la France qui a conclu plusieurs accords avec l’île, est remise en question depuis 2012 et des négociations ont été entreprises depuis le début de l’année 2014 entre les États membres en vue de son abolition.

 

Adoptée en son temps par l’ancien chef du gouvernement espagnol José Maria Aznar, cette "Position commune" est remise en question depuis quelques années de par son inefficacité - une quinzaine de pays membres de l’UE entretenant des relations de types économiques ou diplomatiques avec Cuba - mais aussi par l’aberration qu’elle implique. En effet, une résolution de ce type n’est pas appliquée pour des pays tels que l’Iran ou le Zimbabwe, pour lesquels un embargo a pourtant été décrété.

 

C’est un peu ce qui motive la nouvelle donne posée par les États-Unis. On sentait déjà une volonté chez Barack Obama de revoir la position des États-Unis au sujet de Cuba, ce dernier ayant d’ailleurs déclaré il y a un an, suite à la poignée de main symbolique avec Raul Castro lors des funérailles de Nelson Mandela, qu’il "était peut-être temps pour Washington de revoir ses relations avec Cuba". Cette volonté s’est désormais concrétisée mais il reste une étape à franchir : celle de la levée de l’embargo.

 

Comme pour la "Position commune" de l’Union Européenne, les sanctions économiques infligées par Washington à La Havane brillent par leur inefficacité et ce depuis 1962. Loin de faire fléchir le régime, elles affectent tous les secteurs de la société cubaine et constituent une entrave au développement de l’île, en plus de constituer une grave violation du Droit international. La fin de cet état de siège économique est d’ailleurs réclamé par une majorité grandissante de voix et de pays, comme le démontre la dénonciation unanime des quinze États membres de la Communauté des Caraïbes réunie récemment en sommet à La Havane. Cuba est aujourd’hui un membre important de l’OEA et bénéficie du soutien d’une grande partie de l’Amérique latine, et l’hostilité de Washington à son égard constitue un obstacle au développement de relations avec l’Amérique latine, et notamment l’Amérique du sud.

 

Par ailleurs, en octobre 2014, et ce pour la 23ème année consécutive, la levée des sanctions contre Cuba a été votée par 188 pays lors de la réunion annuelle de l’Assemblée générale des Nations unies. Seul Israël, allié indéfectible des Etats-Unis, lui a apporté son soutien.

 

A l’intérieur même de l’élite politique outre-Atlantique, nombreuses sont les voix qui estiment que l’embargo contre Cuba doit être levé. C’est le cas d’Hillary Clinton [1], secrétaire d’Etat d’Obama durant son premier mandat, qui estime dans son dernier ouvrage que l’embargo contre Cuba "n’a pas eu les résultats escomptés" et qui a exhorté Obama à assouplir l’embargo, voire le supprimer. C’est aussi le cas de Charlie Christ [2], ancien gouverneur démocrate de la Floride, qui est "arrivé à la conclusion que [les Etats-Unis] doivent lever l’embargo. La définition de la folie est de refaire la même chose en espérant un résultat différent".

 

Le New York Times [3] a récemment consacré un long éditorial à cette réflexion, dans lequel l’auteur se positionne en faveur d’un rétablissement des relations diplomatiques et économiques avec Cuba :

 

« Pour la première fois depuis plus de 50 ans, un changement de politique aux Etats-Unis et à Cuba rend politiquement possible le rétablissement de relations diplomatiques formelles et le démantèlement de cet embargo insensé. [...] M. Obama devrait saisir l’opportunité de mettre un terme à une longue ère d’inimitié et aider la population qui a énormément souffert [...]. Le gouvernement [cubain] a fait part de sa disposition à rétablir les relations diplomatiques avec les États-Unis sans conditions. En guise de premier pas, l’administration Obama devrait éliminer Cuba de la liste du Département d’État des nations soutenant le terrorisme [...]. Le gouvernement des Etats-Unis reconnait que La Havane joue un rôle constructif dans le conflit en Colombie en accueillant des pourparlers entre le gouvernement et les leaders de la guérilla. Depuis 1961, Washington a imposé des sanctions pour se débarrasser du régime castriste. Au fil du temps, il est devenu évident pour de nombreux responsables américains que l’embargo est un échec cinglant. [...]. Un sondage récent montre qu’une ample majorité de Cubains-américains de Miami sont désormais opposés à l’embargo. Une majorité significative d’entre eux est favorable au rétablissement de relations diplomatiques, reflétant ainsi le point de vue de l’ensemble des Américains ».

 

La levée des sanctions contre Cuba est donc inéluctable, comme était inéluctable la remise en question de la Position commune de l’Union Européenne, ce type de sanction ayant montré son inefficacité malgré plus d’un demi-siècle de mise en application.

 

- Retour sur l'embargo

 

Le blocus des Etats Unis contre Cuba continue d’être pour le peuple cubain une réalité inhumaine, qui se matérialise par des dommages dont tous les secteurs de l’Île ont souffert depuis plus de 50 ans.

 

Le Rapport de Cuba sur la Résolution 67/4 de l’ONU, qui a été débattu et soumis au vote pour la 22e fois, le 29 octobre 2013[4], démontre que la politique "génocidaire" se poursuit, ainsi que les affectations provoquées qui, considérant la dépréciation du dollar face à la valeur de l’or sur le marché international, s’élevaient à plus de mille milliards de dollars, au mois d’avril 2013.

 

Nombreux sont les exemples qui confirment la détermination du gouvernement nord-américain de maintenir cette mesure unilatérale et extraterritoriale, en ignorant la réprobation qu’elle suscite au sein de de la communauté internationale, y compris aux États-Unis.

  • Un article publié le 3 mars 2013 par l’agence d’affaires et de finances Bloomberg, signalait que la Maison-Blanche, de 2000 à 2006, a ouvert 11 000 enquêtes aux États-Unis pour de soi-disant violations du régime de sanctions contre Cuba. Cet article précisait également que 7 000 enquêtes ont été réalisées pour les autres pays.
  • Par ailleurs, l’Administration nord-américaine s’acharne à traquer tout ce qui représente une possibilité d’affaires pour Cuba à travers son Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC), qui a infligé des amendes très lourdes à des entreprises, des banques et à des organisations non gouvernementales ayant entretenu des relations commerciales avec l’Île.
  • Un exemple : la sanction de plus d’un million de dollars à la Great Western Malting Co., pour avoir facilité la vente, à travers une filiale étrangère, de malt d’origine non étasunienne à Cuba, ou l’amende de plus de 8 millions infligée à la banque Tokio Mitsubishi UFJ, pour des virements financiers impliquant un groupe de pays, dont Cuba, au motif qu’elle violait les sanctions économiques imposées par les États-Unis.*
  • Ridicule la pénalité de 6 500 dollars imposée au citoyen nord-américain Zachary Sanders, pour avoir voyagé à Cuba sans l’autorisation du Département du Trésor, ou l’empêchement de l’achat de 100 exemplaires du livre de Salim Lamrani : État de siège. Les sanctions économiques des États-Unis contre Cuba, par l’association britannique Cuba Solidarity Campaign à la maison d’édition new-yorkaise Monthly Review Press.
  • Le fait que Cuba soit obligée d’acheter des médicaments, des réactifs, des pièces de rechange pour des équipements de diagnostic et de traitement, d’instruments et d’autres intrants sur des marchés lointains, ainsi que le recours à des intermédiaires, entraîne un renchérissement très fort des coûts.
  • Cela a une influence directe sur la population, et provoque une dégradation de la qualité des services sanitaires de la population.
  • Le secteur de l’alimentation est l’un des plus touchés, car il figure parmi les principaux objectifs du blocus de « rendre par la faim et le découragement la population cubaine ».
  • Même lorsque l’achat de certains produits agricoles et alimentaires des États-Unis est autorisé, ce type de transaction se fait sous un régime inégal, car Cuba ne peut pas vendre ses produits sur le marché nord-américain, et n’a pas le droit d’utiliser le dollar étasunien dans ses transactions, entre autres restrictions.
  • L’éducation, la culture et le sport sont également frappés en permanence par cette guerre économique. Du fait de cette politique, Cuba n’a toujours pas accès au marché étasunien, plus proche, pour acheter des fournitures scolaires et des matières premières, ni pour échanger des informations scientifiques, culturelles et sportives.
  • Tout aussi sévères sont les mesures visant à interdire ou conditionner le développement normal des échanges universitaires, les voyages d’étudiants et de professeurs, le flux d’informations scientifiques par divers voies, la diffusion et la rétribution adéquate en fonction des résultats dans le domaine académique et l’achat d’intrants, de moyens et d’outils pour l’enseignement, la recherche et le travail scientifique en général.
  • De même que le commerce extérieur, les investissements étrangers sont la cible du blocus économique, en tant que secteurs essentiels du développement cubain.
  • L’augmentation des coûts du fret et du transport maritime, ainsi que les pressions dont font l’objet les entreprises étrangères, entravent le processus d’investissements et l’économie cubaine en général.
  • Les secteurs de la construction, du tourisme, des communications, de l’énergie et des mines, de l’aéronautique civile, entre autres, sont également durement frappés, du fait des coûts financiers plus élevés, associés à l’interdiction des transactions bancaires et aux frais additionnels obligatoires auxquels ils sont soumis par la politique obsessionnelle, inhumaine et méprisable des États-Unis contre la Révolution cubaine.
  • Lire aussi Cuba : petit rappel sur l'état de siège économique le plus long de l'histoire

 

Notes :

[1] Matthew Lee, « Hillary Clinton demande la fin de l’embargo contre Cuba », The Associated Press, 6 juin 2014.

[2] Agence France Presse, « Charlie Crist critique l’embargo et veut voyager à Cuba », 17 mai 2014.

[3] The New York Times, « Obama Should End the U.S. Embargo on Cuba », 11

[4] approuvée le 29 octobre 2013 par 188 voix pour de la part des États membres de l'ONU

 

Pour en savoir plus :

21/12 Discours de Raúl Castro Ruz devant l’Assemblée nationale, le 20 Décembre 2014 - Text (...)

20/12 Cuba/Etats-Unis : angélisme, pragmatisme, stupidités

19/12 Le « home run » de la diplomatie cubaine.

 

Mais aussi :

- Cuba. Petit rappel sur l’état de siège économique le plus long de l’histoire

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 09:00
Terroristes islamistes : "C'est la même mécanique que pour les nazis"

Sources : SUD-OUEST

Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik estime que les terroristes islamistes sont volontairement façonnés selon une mécanique identique à celle qui a amené au régime nazi.

 

De passage à Bordeaux après le dramatique attentat de Charlie Hebdo et la prise d'otages de Vincennes, il considère que les terroristes sont formatés et ne sont ni des fous, ni des monstres. Ce sont des enfants normaux et en détresse, façonnés intentionnellement par une minorité qui veut prendre le pouvoir. Ces enfants sont abandonnés, en difficulté psychosociale et éducative, et il faudrait d'abord les éduquer. Ils le sont par les réseaux sociaux qui sont une arme pour façonner ces jeunes. Internet véhicule une représentation facile de la réalité, une pensée paresseuse à l'origine de toutes les théories totalitaires. Avec une minorité d'hommes formés, payés et armés, manipulés et fabriqués, on peut détruire une civilisation. Cela a été fait. L'inquisition et le nazisme l'ont fait.

 

Il a participé à l'émission "Point de vue" sur TV7 Bordeaux . Il y a longuement commenté l'actualité, le dramatique attentat de Charlie Hebdo et la prise d'otages de Vincennes.
 

A voir ci-dessous

  • Ne cédons pas au fascisme islamiste qui utilise la religion à des fins politiques !

 

  • Les extrêmes droites, islamistes ou pas se complètent dans leur démarche qui visent à dissoudre les fondements de notre démocratie pour prendre le pouvoir en s'engouffrant dans les fossés creusés par les politiques libérales à l’œuvre !

 

Pour en savoir plus :

- Boris Cyrulnik : "Les terroristes de Daech ne sont pas des fous"

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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 11:53
Photo : Attac France.

Photo : Attac France.

Les politiques de libéralisation du commerce et d’extension des droits des investisseurs renforcent la division internationale des systèmes productifs, font prédominer le droit des investisseurs sur le droit de l’environnement et la démocratie, et ignorent les exigences climatiques. En orientant le développement économique vers l’exportation et la recherche de compétitivité externe à tout prix, elles rendent les économies et nos sociétés ultra-dépendantes des importations et exportations d’énergies fossiles, et dotent les acteurs économiques des instruments pour empêcher la mise en oeuvre de véritables politiques de transition énergétique. Les négociations entre l’Union européenne et les États-Unis (TAFTA) et entre l’UE et le Canada (CETA) promeuvent un modèle énergétique insoutenable, très fortement dépendant des infrastructures d’extraction, de transformation et d’acheminement des énergies fossiles, qui anéantit toute ambition de maîtriser le changement climatique.

 

Satisfaisant les intérêts des multinationales de l’énergie et de l’industrie, l’extension du libre-échange et de la protection de l’investissement privé s’oppose aux exigences de sobriété, de relocalisation des systèmes productifs, de développement des énergies renouvelables et de coopération entre les citoyens, les consommateurs et les communautés pour partager et distribuer les ressources existantes. Conclure des accords de l’ampleur de TAFTA et de CETA réduira presque à néant l’espoir de voir naître « des sociétés plus agréables à vivre, plus conviviales, plus solidaires, plus justes et plus humaines » [1]. Ainsi combattre TAFTA et CETA, c’est lutter contre le réchauffement climatique car c’est préserver la possibilité de mettre en œuvre de véritables pratiques et politiques de transition écologique et sociale.

 

Sources :  %attac le 4 décembre, 2014

- TAFTA et CETA libéralisent le marché transatlantique de l’énergie

Au prétexte de garantir sa « sécurité énergétique » et son approvisionnement en énergies fossiles, l’Union européenne cherche à libéraliser le commerce et les investissements transatlantiques en matière d’énergie et de matières premières. Le mandat de négociations [2] confié à la Commission européenne par les États-membres – qui ne mentionne pas les défis climatiques – est très clair : la Commission doit « assurer un environnement commercial ouvert, transparent et prévisible en matière énergétique et à garantir un accès sans restriction et durable aux matières premières ». Et l’ex-Commissaire européen au commerce, Karel de Gucht, l’avait explicitement confirmé : il souhaitait « permettre aux entreprises européennes d’importer des ressources énergétiques et matières premières des États-Unis ». Les documents fuités dans la presse américaine en mai et juillet derniers [3] le prouvent incontestablement : l’UE souhaite la fin des restrictions américaines à l’exportation de gaz naturel et de pétrole brut. Une série de dispositions prévoit même de faciliter les investissements et l’octroi de licences de prospection, d’exploration et de production d’hydrocarbures aux entreprises étrangères des deux côtés de l’Atlantique.

 

 

- TAFTA et CETA encouragent l’exploitation d’hydrocarbures de schiste et de sables bitumineux

La France et l’Allemagne ont explicitement appuyé cette approche, arguant, crise diplomatique avec Moscou oblige, de l’urgence de substituer de nouvelles sources d’importation au gaz russe, mais jurant que la compensation serait à somme nulle. Si les attentes de l’UE étaient acceptées, l’industrie pétrolière et gazière nord-américaine serait encouragée à étendre la frontière d’extraction du pétrole issu des sables bitumineux dans le nord-est canadien et l’usage de la fracturation hydraulique pour accroître la production d’hydrocarbures de schiste. Soit deux des sources d’hydrocarbures les plus polluantes et dévastatrices pour l’environnement et les populations avoisinantes que l’on connaisse sur la planète. Pour être acheminés de l’autre côté de l’Atlantique, ce gaz et ce pétrole nécessiteraient des investissements colossaux – plusieurs centaines de milliards de dollars – dans la construction de nouveaux pipelines, raffineries et usines de liquéfaction et regazéification des deux côtés de l’Atlantique.

 

 

- Pourtant, le gaz de schiste n’est pas une énergie de transition

Souvent, les responsables politiques européens et américains se retranchent derrière l’argument selon lequel le gaz de schiste serait moins émetteur de gaz à effets de serre que le pétrole ou le charbon lors de sa combustion. Il serait donc possible d’en faire « une énergie de transition » le temps d’abandonner le charbon. Cet argument est pourtant irrecevable pour trois raisons. Des études [4] montrent que le cycle complet de production du gaz de schiste – de l’extraction à la combustion – serait potentiellement plus émetteur de gaz à effet de serre que le charbon, surtout s’il est destiné à l’exportation, qui exige liquéfaction (pour le transport) puis regazéification. Aux regards des exigences climatiques rappelées avec force par le GIEC, et alors que l’UE s’affirme à la pointe de la lutte contre le changement climatique, est-il encore acceptable qu’elle accepte de substituer une énergie fossile à une autre ? L’urgence est au contraire à réduire en valeur absolue la consommation d’énergies fossiles, quelles qu’elles soient. Enfin, les lourds investissements consacrés à la production d’hydrocarbures de schiste, pour des projets que les populations refusent, ne le seront pas pour des politiques de transition énergétique.

 

 

- TAFTA et CETA sabotent déjà la lutte contre les dérèglements climatiques !

Avec CETA et TAFTA, les normes visant à encadrer et/ou réduire l’importation et la consommation d’énergies fossiles ne sont pas les bienvenues et sont perçues comme des fardeaux réglementaires à supprimer. Fin septembre, la Commission européenne et le Canada ont annoncé avoir finalisé leurs négociations commerciales. Quelques jours plus tard, l’Union européenne renonçait [5] à restreindre l’importation du pétrole issu des sables bitumineux. Rien d’un hasard de calendrier bien au contraire : pour obtenir ce résultat, Stephen Harper, le Premier Ministre canadien, allié aux multinationales du pétrole, a multiplié, des mois durant, les pressions diplomatiques [6] auprès des responsables politiques européens afin que la Directive européenne sur la qualité des carburants ne pénalise pas spécifiquement les entreprises qui produisent, commercialisent et/ou utilisent du pétrole canadien. Depuis, le gouvernement français a jugé que cet accord était un « bon accord » et, le 2 novembre dernier, le jour où le GIEC présentait la synthèse de ses travaux, François Hollande s’est rendu en Alberta pour encourager les investissements français dans les sables bitumineux... L’UE et la France encouragent de cette façon le Canada dans sa logique déplorable : Ottawa a déjà annoncé sa sortie du Protocole de Kyoto et a renoncé à atteindre ses objectifs de réduction d’émissions. Quant aux États-Unis, leur annonce récente non contraignante (réduction de 26 à 28 % de leurs émissions d’ici 2025 par rapport au niveau de 2005) est bien moins spectaculaire une fois ramenée au niveau de 1990 et à un chiffre annuel : -0,43%. On perçoit mieux la modestie de cet objectif lorsque l’on apprécie le boom de l’exploitation et du commerce des hydrocarbures de schiste dans le pays et vers l’Europe.

 

 

- TAFTA va accroître les émissions de gaz à effets de serre

L’étude d’impact commanditée par la Commission européenne reconnaît qu’une libéralisation accrue des échanges transatlantiques générerait une hausse des émissions de gaz à effets de serre de quatre à onze milles tonnes de CO2 par an. Cette hausse, même relativement limitée, n’est-elle pas contraire aux exigences climatiques qui imposent de mettre en œuvre des politiques réduisant drastiquement les émissions de GES ? Plutôt qu’investir dans des programmes de sobriété et d’efficacité énergétique en mesure d’engager l’économie européenne dans une ère post-fossile, TAFTA contribuerait à maintenir et accroître une très forte dépendance aux énergies fossiles en Europe, qui est déjà de 60 % pour le gaz et de 85 % pour le pétrole. Plus généralement, les accords commerciaux contribuent à accroître les échanges internationaux au détriment de politiques de relocalisation des circuits de production et de consommation. L’UE souhaite en l’occurrence que TAFTA et CETA s’inscrivent dans un projet économique global, dans lequel la multiplication des accords de commerce de nouvelle génération la hissera au premier rang mondial des exportateurs. Ainsi, alors que la contribution du commerce de marchandises aux dérèglements climatiques est évaluée à 10% des émissions mondiales, en constante augmentation, elle pratique la fuite en avant.

 

 

- Le droit des investisseurs contre le climat

En faisant primer le droit commercial sur les exigences écologiques et en étendant toujours plus les droits des investisseurs face aux collectivités publiques, les politiques de libéralisation du commerce et des investissements affaiblissent considérablement la perspective de voir déboucher des politiques qui contraindront les activités des multinationales extractives et qui organiseront une véritable transition écologique. Le très controversé mécanisme de règlement des différends investisseur – État fragilisera toute une série de réglementations écologiques dont l’Union européenne, ses pays membres ou collectivités locales déjà existantes, et aura un effet de dissuasion à l’égard de ces derniers lorsqu’ils envisageront des législations futures. C’est ce type de disposition, inclus dans CETA et prévu dans TAFTA, qui permet à l’entreprise Lone Pine Resources de poursuivre le Canada pour le moratoire de la province de Québec sur la fracturation hydraulique [7]. C’est également via ce dispositif, déjà compris dans un certain nombre d’accords bilatéraux d’investissement, que l’entreprise canadienne Gabriel Resources menace d’attaquer la Roumanie parce qu’elle a déclaré envisager d’écouter les habitants de la communauté de Rosia Montana et de limiter l’exploitation de la mine d’or locale. Dans ces dispositifs, nul État ni collectivité publique ne peut en revanche poursuivre une entreprise qui n’accepterait pas de se soumettre aux réglementation environnementales publiques existantes ; celles-ci ont le monopole de la force de contrainte et de sanction que procure le régime international de l’investissement codifié dans CETA et dans TAFTA. Engager des politiques et des lois efficaces pour enrayer durablement les dérèglements climatiques appelle donc, au minimum, d’admettre une certaine hiérarchie des urgences et des légitimités, et de soumettre les droits du commerce et des investisseurs au droit international des hommes et de l’environnement.

 

 

- Le droit commercial contre la transition énergétique

Organiser la transition énergétique exige de promouvoir des énergies renouvelables à l’échelle des territoires, dans une logique de coopération et de partage des connaissances et des savoir-faire, qui suppose des modes de soutien et de gestion associant les collectivités locales, les consommateurs et les PME ou coopératives de production. Or ces accords de libre-échange réduiront très sensiblement la capacité des États et des collectivités locales à accompagner ces mutations. Selon le texte final de l’accord UE-Canada, qui préfigure largement le contenu du TAFTA, les collectivités publiques - États, régions, municipalités, UE en tant que telle... - ne pourront ni adopter ni maintenir des mesures imposant un minimum de contenu, de production ou de consommation locale à une entreprise investissant sur leur territoire, ni exiger que celle-ci s’associe à des entrepreneurs locaux ou nationaux, ni obliger la dite entreprise à transmettre son savoir-faire localement, notamment via l’ouverture des droits de propriété intellectuelle qu’elle détient sur une technologie ou un mode opératoire. Il sera également impossible d’introduire des formes de subventions préférentielles à des acteurs économiques locaux au détriment d’entreprises dont les activités seraient exclusivement exportatrices. En effet de tels instruments politiques sont considérés par le droit du commerce et de l’investissement comme des distorsions à la libre-concurrence ou comme des restrictions à la liberté des investisseurs étrangers. Des précédents attestent du risque effectif pour la puissance publique puisque des mesures de ce type ont déjà été contestées et invalidées. Le programme de développement des énergies renouvelables en Ontario (Canada) a du être abandonné sous la pression du Japon et de l’Union européenne. Les États-Unis ont également attaqué l’Inde devant l’Organe de règlement des différends de l’OMC en raison de son programme d’appui à la filière solaire nationale, qui obligeait les opérateurs étrangers à acheter les panneaux solaires à des entreprises locales. Ce sont pourtant des flexibilités indispensables pour qu’une collectivité locale ou qu’un État puissent soutenir le déploiement des renouvelables sur tous les territoires. Ces critères de localité et de qualité sont également de puissants outils pour relocaliser des emplois et des activités à travers la promotion de produits et de compétences locales, et l’utilisation des meilleures technologies disponibles.

 

 

- Le commerce international fait disparaître des émissions de CO2 !

A travers le commerce international, ce sont les émissions incorporées aux biens et services échangés qui circulent d’un pays à l’autre. Ces émissions, fruit de la production de ces biens et services et des consommations intermédiaires qu’ils nécessitent, représenteraient, selon plusieurs études [8], près de 28 % des émissions mondiales de CO2 alors qu’en 1990, ce chiffre n’était que de 18%. En longue période, le commerce international ayant augmenté plus vite que le PIB, les émissions qui sont incorporées aux biens échangés augmentent plus vite que les émissions globales : + 4,3 % par an en moyenne sur 2000 – 2008 contre + 3,4 % pour les émissions globales [9]. Tout comme certains pays exportent plus de biens qu’ils n’en importent, disposant ainsi d’une balance commerciale positive, certains pays, au niveau des émissions, sont exportateurs nets d’émission quand d’autres en sont importateurs nets. Les pays les plus riches sont essentiellement des pays importateurs nets d’émission. La Chine est exportatrice nette d’émissions, à hauteur de 27 % de ses émissions totales. La comptabilisation de ces émissions importées ne serait pas importante si elle ne changeait pas totalement la façon dont évolue les émissions d’un grand nombre de pays. Ainsi, en France, les émissions ont officiellement diminué de 7 % entre 2000 et 2010 (- 6% pour l’UE). Mais si l’on tient compte des émissions incorporées dans les importations et exportations, on calcule que les émissions de CO2 ont augmenté de 15 % sur la période (+ 9 % pour l’UE). Ainsi, à travers le commerce international, c’est l’empreinte carbone de toute une série de pays qui tend à se réduire et à devenir invisibles pour s’agréger à celle d’autres populations, généralement plus pauvres et bien moins émettrices de gaz à effets de serre. Est ainsi dissimulée dans le commerce international une part importante des émissions liées aux choix de consommation des populations des pays riches.

 

 

- Conclusion

 

  • TAFTA et CETA, et plus généralement les politiques de libéralisation des échanges et de l’investissement, représentent des incitations - institutionnelles, juridiques et économiques - nouvelles à l’expansion du commerce transatlantique des énergies fossiles. La dépendance des économies européennes aux énergies fossiles n’en sera que renforcée et l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels, des deux côtés de l’Atlantique, encouragée.
  • Cette perspective est-elle bien compatible avec les objectifs de réduction de 30 % de la consommation de ressources fossiles d’ici 2030 et de division par quatre des émissions de GES d’ici 2050 comme prévu par le premier article du projet de loi sur la transition énergétique voté à l’automne 2014 ?
  • Si François Hollande est réellement convaincu que le sort de l’humanité se joue avec le réchauffement climatique, comme il l’a récemment affirmé à plusieurs reprises, alors pourquoi ne pas conditionner tout nouvel accord de libéralisation des échanges et d’investissement au respect des responsabilités climatiques des pays les plus émetteurs et les plus pollueurs ? 

Document coordonné par Maxime Combes et Amélie Canonne.

 

Notes

[1Appel «  Créons 10, 100, 1 000 Alternatiba en Europe  » - http://www.bizimugi.eu/fr/creons-10-100-1-000-alternatiba-en-europe/

[2Les États membres de l’UE ont finalement déclassifié le mandat de négociations début octobre 2014, plus d’un an après avoir commencé http://data.consilium.europa.eu/doc/document/ST-11103-2013-REV-1-DCL-1/fr/pdf

[3Avec le TAFTA, l’UE et les États-Unis sabordent le climat et la transition

[4Voir par exemple : http://www.springer.com/earth+sciences+and+geography/meteorology+%26+climatology?SGWID=0-10009-12-565099-0

[5http://www.bastamag.net/Carburants-polluants-une-premiere

[6http://www.amisdelaterre.org/Sables-bitumineux-une-nouvelle.html

[7Voir : Non à la fracturation hydraulique  !

[8Les émissions importées, le passager clandestin du commerce mondial, Rapport du RAC, Avril 2013, http://www.rac-f.org/IMG/pdf/EMISSIONS-IMPORTEES_RAC-Ademe-Citepa.pdf

[9Peters, Glen, Minx Jan C., Weber, Christopher L., Edenhofer, Ottmar  ! (2011) «  Growth in emission transfers via international trade from 1990 to 2008  », PNAS - http://www.pnas.org/content/early/2011/04/19/1006388108.abstract

 

 

- Documents joints

Note TAFTA/TISA à télécharger ICI

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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 09:00
Vladimir Poutine au sommet du club international Valdaï : «Ordre mondial, nouvelles règles ou pas de règles ?»

Sources : QUID.ma ACTUS&ANALYSES

Le président russe Vladimir Poutine a conclu les travaux de la 11ème session du Club de Valdaï qui s’est déroulée à Sotchi.

 

La session a été consacrée à l’« ordre mondial, nouvelles règles ou pas de règles». Les médias occidentaux ont ainsi ignoré quand ils n’ont pas déformé le discours de Poutine. Pour Dmitry ORLOV, de l’Oriental review « quoi que vous pensiez de Poutine, c’est probablement le discours politique le plus important depuis celui de Churchill, intitulé Rideau de fer, du 5 mars 1946. »

 

Dans un discours franc et puissant, Poutine a brutalement brisé le tabou occidental « en adressant ses propos directement au peuple, et dépassant ainsi les clans élitistes et les leaders politiques », ajoute l’Oriental review.

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 09:00
La Russie qu’ils ont perdue

Comment toute une génération post-soviétique a-t-elle changé d’avis sur les Etats-Unis d’Amérique ?

Le journaliste Dmitri Sokolov-Mitritch[1] exprime ici l’une des plus grandes désillusions du peuple russe depuis la chute de l’URSS.

 

Sources : Le courrier de Russie par Dimitri Sokolov-Mitrich

Nous étions, somme toute, tombés amoureux fou de l’Amérique. Je me rappelle clairement la passion amoureuse que nous portions à l’Amérique. Quand nous approchions l’âge d’homme, au début des années 1990, la plupart de mes amis n’avait pas le moindre doute à propos des liens qui nous unissaient à la civilisation occidentale.

 

 

- Et ces liens étaient bienheureux, comment aurait-il pu en être autrement ?
Contrairement à nos grand’parents, et même à nos pères, nous ne voyions pas du tout “la plus grande catastrophe géopolitique du vingtième siècle” comme une catastrophe. Pour nous, elle marquait le début d’une ère nouvelle et magnifique. Enfin, nous nous étions échappés de notre cocon soviétique pour plonger dans ce grand et formidable monde du réel. Enfin, nous allions pouvoir assouvir notre appétit de sensations multiples et excitantes. Nous pensions que nous n’étions peut-être pas nés au bon endroit, mais que nous étions certainement nés au meilleur moment possible. C’est inconcevable aujourd’hui mais même l’Église, libérée de la surveillance et du contrôle du communisme, se trouvait dans le même espace sémantique que celui où triomphaient les valeurs occidentales. La célébration du millénaire du Baptême de la Russie et le premier concert des Scorpions chantant Les vents du changement étaient de même nature.

Les guerres en
Irak et en Yougoslavie se déroulèrent sans qu’on y prêtât grande attention. Et ce n’était pas parce que nous étions jeunes et indifférents. Moi-même, par exemple, je faisais mes premières armes au journal du Komsomol, dans le département des nouvelles étrangères. Je surveillais les dépêches en anglais pleines des noms de Izetbegovic, Mladic, Karadzic, mais pour une raison quelconque je ne considérais pas cela comme de la moindre importance et signification. Cela arrivait quelque part, loin de chez nous.

 

 

- Et, bien entendu, pour moi la guerre des Balkans n’impliquait aucune implication occidentale. Quel rapport avec l’Amérique ? Aucun.
Dans les années 1990, nous votions pour le parti Yabloko, nous manifestions devant le Parlement pour la démocratie, nous regardions la nouvelle station de télévision NTV et écoutions la station de radio Echos de Moscou. Dans nos premiers écrits de journaliste, nous ne manquions pas une occasion de nous référer au “monde civilisé” et croyions profondément que c’était réellement la civilisation. Au milieu des années 1990, nous nous aperçûmes qu’apparaissaient dans nos rangs des “eurosceptiques” mais ils étaient considérés comme de ces distraits à l’image du professeur Jacques Paganel de Jules Verne. J’ai passé une année entière dans un dortoir d’étudiants avec Pierre le communiste et Arséni le monarchiste. Mes amis des autres dortoirs me voyaient les quitter le soir avec ces mots pleins d’empathie : “Vas-y, retourne à ton asile de dingues”.

 

Le premier coup sérieux porté à notre enthousiasme pro-occidental vint avec le Kosovo. Ce fut un choc. Brusquement, nos lunettes colorées de rose nous tombèrent du nez. Les bombardements de Belgrade devinrent pour ma génération ce que l’attaque du World Trade Center fut pour les Américains. Notre conscience entama un tournant à 180 degrés ; de la même façon que l’avion transportant le Premier ministre d’alors Eugene Primakov en route vers les USA, au-dessus de l’Atlantique, reçut l’ordre de son passager de rebrousser chemin vers la Russie à la nouvelle de cet acte d’agression de l’Amérique.

A cette époque, il n’y avait pas la moindre propagande anti-occidentale dans nos médias. Notre chaîne NTV nous expliquait, jour après jour, que les bombardements d’une très grande ville européenne était certes un peu ... bon, excessif, mais après tout Milosevic était répugnant au-delà de tout ce que le monde avait connu et nous n’avions qu’à faire contre mauvaise fortune bon cœur. Le programme satirique Poupées présentait la chose comme une querelle dans un immeuble où un voisin saoul torturait la “citoyenne Kosovo” et où personne ne pouvait rien faire pour elle sinon son petit ami, – il avait l’allure avantageuse et le visage de Bill Clinton. Nous acceptions la chose mais, d’ores et déjà, n’y croyions plus guère. Ce n’était plus vraiment drôle. Nous avions commencé à comprendre que le conflit en Yougoslavie était le précurseur des choses à venir.


Le deuxième conflit irakien, l’Afghanistan, la partition finale du Kosovo, le “printemps arabe”, la Lybie, la Syrie, furent peut-être des surprises mais nullement des chocs. Toutes nos illusions s’en étaient allées ; nous savions désormais plus ou moins avec quelle sorte de puissants nous partagions notre planète. Pourtant, malgré tout cela, nous gardions notre orientation pro-occidentale. Le mythe d’une Europe bienveillante, à côté d’une Amérique devenue mauvaise, persistait. Le choc du Kosovo perdait peu à peu de sa force et notre position de compromis devenait : certes, bien sûr, nous ne pouvons nous tenir complètement coude à coude avec ces joueurs, mais nous pouvons jouer le grand jeu de la politique et de la civilisation avec eux.

 

 

- Après tout, avec qui d’autres pouvions-nous le faire ?
Même le défilé des révolutions de couleur a en quelque sorte ressemblé jusqu’au bout à de simples mesquineries. Seuls Euromaïdan et la guerre civile extrêmement violente qui en a découlé ont démontré sans équivoque qu’un « processus démocratique » exempt de toute procédure ou règle et lancé sur le terrain adverse, ce n’est pas du tout un jeu géopolitique, mais l’arme de destruction massive absolue.

 

  • La seule arme utile contre un État qui dispose d’une défense antimissile.

 

C’est très simple : si tu appuies sur le bouton et envoies un missile de l’autre côté de l’océan, tu reçois en retour précisément le même missile. Si tu déclenches sur le territoire adverse une réaction en chaîne aux conséquences chaotiques, il est ensuite difficile d’établir ta culpabilité. Une agression ? Quelle agression ? C’est un processus démocratique naturel ! L’aspiration ancestrale des peuples à la liberté.

Nous voyons du sang répandu et des
crimes de guerre commis par des soldats ; nous voyons des corps de femmes et d’enfants. Nous voyons une nation entière en train de revenir aux années 1940, alors que le monde occidental, que nous aimions passionnément lorsque nous étions si jeunes, nous déclare simplement que nous imaginons des choses. La génération qui produisit Jim Morrison, Mark Knopfler et les pittoresques Beatles, la génération Woodstock et ses hippies âgés et passés de mode qui ont chanté Can’t Buy Me Love un millier de fois, ne voit pas ces choses. La génération allemande du baby boom d’après-guerre, qui a baissé la tête pour recevoir l’absolution et se faire pardonner les pêchés de ses pères, ne voit pas ces choses.

Le choc est bien plus fort qu’avec le Kosovo. Pour moi et les nombreux milliers de trentenaires avancés qui vinrent au monde avec l’American Dream dans la tête, le mythe du “monde civilisé” s’en est allé pour toujours. Mes oreille résonnent de ces horreurs. Le monde civilisé n’existe plus désormais. Il ne s’agit pas d’un simple moment de mélancolie ou d’une quelconque amertume jalouse mais d’un temps de très sérieux danger. L’humanité qui a perdu ses valeurs morales est en train de se transformer en une productrice de bande de prédateurs et la possibilité d’une grande guerre est juste une question de temps.


Il y a vingt ans, nous n’avons pas été vaincu, nous avons été soumis. Nous n’avons pas perdu une guerre ; nous avons été défait dans le sens culturel du terme. Nous voulions simplement devenir comme EUX. Le rock and roll a joué un bien plus grand rôle dans cette défaite que les têtes nucléaires. Hollywood s’est avéré bien plus puissant que toutes les menaces et tous les ultimatums du monde. Le vrombissement des Harley Davidson fut bien plus efficace que le tonnerre des avions de combat durant la Guerre froide.

Amérique, combien tu peux être stupide ! Si tu avais attendu vingt ans, nous serions devenus tiens pour toujours. Il aurait suffi de vingt années de plus à ce régime et nos politiciens t’auraient donné nos armes nucléaires comme un présent d’allégeance et t’auraient longuement serré la main en signe de gratitude pour l’avoir accepté. Quelle bénédiction ce fut que tu te sois révélée si stupide, Amérique !

Tu ne nous comprends même pas ! Ce sont, entre autres, les mots que nous avons adressés il y a deux ans au Kremlin [suite aux résultats des
élections législatives du 4 décembre 2011 et celles présidentielles du 4 mars 2012, un large mouvement de contestation a eu lieu pendant plusieurs mois en Russie avec des manifestations organisées dans plusieurs villes, notamment la “marche des millions” sur la place Bolotnaïa à Moscou le 6 mai 2012, ndlr]. Depuis lors, grâce à toi, Amérique, le nombre de ceux qui désirent descendre sur cette place a considérablement diminué. Tu dis et penses des idioties sur nous et, par conséquent, tu accumules les erreurs

 

 

- Il fut un temps où tu étais le plus séduisant de tous les pays, Amérique.

Après la Première Guerre mondiale, tu t’es imposée comme moralement supérieure à l’Europe, et après la Seconde Guerre comme la plus grande puissance. Bien sûr, il y eut Hiroshima, le Vietnam, le Ku Klux Klan et un ensemble de vilaines casseroles de ce genre, comme tous les empires. Mais l’un dans l’autre, tous ces déchets n’avaient pas atteint ta masse critique, celle où le vin tourne au vinaigre. Tu montrais au monde entier comment l’on devait vivre avec un but : d’une façon constructive, avec le sens de la création et la liberté. Tu as accompli des miracles dans des pays comme l’Allemagne de l’Ouest, le Japon, la Corée du Sud, Singapour. Mais depuis cela, tu as changé. Pour quelque raison que j’ignore, tu n’écris plus des chansons que le monde entier reprend en refrain. Tu as gaspillé ta principale richesse, – la moralité, qui est tombé à un si bas niveau, – ce qui ne se restaure pas aisément.

 


- Tu es doucement en train de mourir, Amérique.

Et si tu penses que je me réjouis de ton malheur, tu te trompes. L’arrivée d’une nouvelle ère s’accompagne d’un grand bain de sang et je n’aime pas le sang. Nous qui avons été témoins de la disparition de notre empire pourrions même t’expliquer où tu te fourvoies. Mais nous ne le ferons pas. À toi de le deviner.

 

Note :

[1] Nous avons trouvé ce texte du journaliste russe Dimitri Sokolov-Mitrich, dans Pravoslavia.ru (site russe donnant des versions anglaises de certains de ses textes), le 14 septembre 2014, puis repris sur d’autres sites, toujours en anglais, tel que Slavyangrad.org, le 24 septembre 2014. Nous avons décidé d’en réaliser une traduction et une adaptation française pour lui donner la plus grande diffusion possible, parce qu’il nous a paru complètement exemplaire d’une évolution russe assez générale, entre la chute du communisme et la crise ukrainienne. L’article de Sokolov-Mitrich montre bien que l’auteur était au départ un de ces “libéraux-occidentalistes” complètement acquis à la cause américaniste et du bloc BAO, ou disons intoxiqué par elle. (L'article mérite lui-même d'autres commentaires que cette simple présentation. Nous nous y emploierons.)

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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 09:00
Manifestation néonazie en Ukraine occidentale

Manifestation néonazie en Ukraine occidentale

Les masques tombent…

 

On se dispute souvent quant au fait de savoir si la junte ukrainienne est nazie ou non. Je suis intimement convaincu que même si Porochenko n’est pas apparu en public pour faire officiellement le salut nazi et déclarer « Je suis un nazi », tout indique que le régime de Kiev ou les néonazis défilent régulièrement tire ses racines idéologiques du passé nazi.

Le dernier exemple de cette filiation, c’est cette chose absolument incroyable qui s’est passée la semaine dernière, lorsque trois pays, les États-Unis, le Canada et l’Ukraine, ont voté contre une résolution de l’ONU condamnant la glorification du nazisme.

 

Sources : Le Saker Francophone - Politis.fr - Les-Crises.fr et les-crises

Le 21/11/2014 la 3e Commission de l’Assemblée Générale des Nations Unies a adopté une intéressante résolution présentée par 30 pays dont le Brésil et la Russie. Elle vise à « lutter contre la glorification du nazisme, du néonazisme et toutes autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée ». (l’AG de l'ONU elle-même n’a pas encore voté, on en est encore au travail préparatoire, mais il ne manque qu’une vingtaine de petits pays…).

 

 

 

- Texte intégral de la Résolution L56

Dans son dispositif, la proposition de résolution prévoit notamment :

"...47. Encourage les gouvernements, les organisations non gouvernementales et les acteurs concernés à diffuser le plus largement possible, notamment, mais non exclusivement, par l’intermédiaire des médias, des informations concernant la teneur de la présente résolution et les principes qui y sont énoncés ;..."

 

 

- Les votes :

  • Liste des Etats participant au vote ICI
  • Résultat du vote :

- POUR : 115 pays dont les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud) ;

- ABSTENTION : 55 pays dont l'Europe (Allemagne, Belqique, Espagne, France, Italie,...) ;

- CONTRE : 3 pays seulement : les États-Unis (ça peut se comprendre vu la déification là-bas de la liberté d’expression), le Canada (forte communauté ukrainienne nationaliste) et… l’Ukraine !

 

P.S. ce n’est pas la première fois que ce type de résolution est votée, avec les même votes.

  • L’Assemblée Générale a adopté la résolution 154 cette résolution 154 le 20/12/2012, avec ces votes : 129 POUR, 54 abstentions (Europe), 3 CONTRE (USA, Canada, Palaos) le détail ICI
  • L’Assemblée Générale a adopté la résolution 150 le 18/12/2013, avec ces votes : 135 POUR, 51 abstentions (Europe), 4 non (USA, Canada, Palaos, Kiribati) le détail ICI

 

- Et nos médias qu'en ont-ils dit ?

- Ils s'affichent comme défenseurs de la démocratie, et pourtant nos médias habituels n’en ont pas parlé en 2012, en 2013 !

- Et cette année, RIANOVOSTI en parle, mais pas l’AFP !

 

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L'interventionnisme européen et américain en Ukraine avec la mise en place d'un gouvernement pro-occidental a donc permis de disposer d’un pays de plus votant contre ces résolutions… ce qui en dit long sur leur attachement à la démocratie.

 

Pour en savoir plus :

- Union Européenne : la dérive fascisante

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 09:05
L’Ukraine en voie de dislocation

Selon le chercheur Jacques Sapir "la position des pays de l’UE, et de la France en particulier, d’appeler à ne pas reconnaître ces élections n’est pas seulement une faute, mais c’est une stupidité grave".

 

Sources :  L'Humanité le 7 Novembre 2014, mis à jour le 12-06-2015

En une semaine, l’ouest et le centre du pays ont voté pour que des législatives se tiennent dans l’Ouest et, dans le Donbass, pour élire un parlement et un président à chacune des deux régions. Deux élections qui confirment l’éclatement d’un pays où chacune des parties joue sa propre partition et où la crise sociale pourrait accélérer les mouvements séparatistes sur l’ensemble du territoire.

 

Deux élections pour une Ukraine ? Une semaine après les législatives, la partie orientale du pays a voté pour élire son Parlement et son président. Non reconnu par une partie des dirigeants européens et les États-Unis, ce scrutin a vu sa participation frôler les 80 % dans les deux Républiques populaires de Lougansk (LNR) et de Donetsk (DNR). Au final, Igor Plotnitsky et Alexander Zakhartchenko ont été élus dirigeants respectifs des deux entités du Donbass. Mais quelle légitimité peuvent-ils avoir ? Pour le chef de la Commission électorale centrale (CEC), Sergueï Koziakov : « Les élections se sont déroulées légitimement et sans aucun incident capable d’en influencer les résultats. Actuellement, nous disposons d’un pouvoir légitime. Le Donbass ne fait plus partie de l’Ukraine. »

 

De son côté, le chercheur Jacques Sapir sur son blognité estime que « la question de la légitimité réelle se pose pour chaque pouvoir, celui de Kiev élu avec une participation de moitié environ, et celui de Donetsk où la participation pourrait atteindre les trois quarts du corps électoral. C’est pour cela que la position des pays de l’UE, et de la France en particulier, d’appeler à ne pas reconnaître ces élections n’est pas seulement une faute, mais c’est une stupidité grave ».

 

 

- Vers la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie ?

Le scrutin dans les régions de l’Est avait été accepté lors de l’accord de paix signé à Minsk (Biélorussie), le 5 novembre, entre les représentants de Kiev, des dirigeants de la LNR et de la DNR, avec la médiation de la Russie et de l’OSCE. « La différence, c’est que Kiev avait décidé qu’elles auraient lieu en décembre et seraient organisées sous son égide. En gros, que l’on accorderait quelques avancées à ces régions récalcitrantes, sous-estimant le dégât des opérations militaires auprès des populations », explique la politologue Elena Tchaltseva, réfugiée à Slaviansk. L’année écoulée depuis le soulèvement de Maïdan, à Kiev, a fracturé l’Ukraine. L’option militaire, choisie par le pouvoir ukrainien depuis avril, a fait basculer le pays dans une guerre civile. Les organisations humanitaires sur place évoquent entre 5 000 et 10 000 morts. Le retour de ces régions dans le giron d’un État ukrainien semble improbable. Le principal défi reste posé : l’unité du pays. Le risque d’un démantèlement est bien réel. La crise économique, les mesures sociales imposées par le FMI et l’UE, et la com position du Parlement ukrainien laissent craindre un « Tchernobyl politique et social » que nous décrivait l’ancien diplomate Andreï Gratchev (« HD » n° 434). Des mouvements autonomistes et indépendantistes apparaissent sur l’ensemble du territoire. « Dans la région occidentale de Galicie, des mouvements séparatistes demandent soit leur indépendance, soit, plus probablement, leur rattachement à la Pologne. Cela aurait pour conséquence l’émergence de mouvements demandant à leur tour le rattachement à la Hongrie et à la Slovaquie dans la zone des Carpates », constate Jacques Sapir.

 

  • LE CHOIX DU GOUVERNEMENT D’AGIR MILITAIREMENT A FAIT ENTRE 5 000 ET 10 000 MORTS.

 

- À l'ouest, 60 % d'abstention

La composition du prochain Parlement ukrainien inquiète. Si la presse française se targue d’une victoire écrasante des forces « pro-européennes », qualifiées par d’autres d’antirusses, elle sous-estime un phénomène : l’abstention. La participation a atteint 52 % des suffrages. Et entre 5 et 7 millions d’Ukrainiens n’ont pu participer au vote (Donbass, Crimée...) ; des partis de l’opposition, dont le Parti communiste ukrainien, n’ont pu faire campagne... Au total, l’abstention dépasse les 60 % et dévoile un succès en trompe-l’œil, la participation étant très forte dans l’Ouest, fief des ultranationalistes d’où leur forte présence parlementaire. Pour Philippe Migault, directeur de recherche à l’IRIS : « L’entrée au Parlement de députés membres de formations paramilitaires arborant des insignes nazis et accusés de crimes de guerre dans l’Est ne semble pas un signe de bonne santé démocratique. Or Porochenko, qui ne dispose pas de majorité, devra nécessairement composer avec eux, ce qui augure mal d’une sortie de crise négociée dans l’est du pays. »

 

 

- Cartographie

L’Ukraine en voie de dislocation
http://www.courrierinternational.com/dossier/2014/03/03/ukraine-la-revolution-ou-la-guerre

http://www.courrierinternational.com/dossier/2014/03/03/ukraine-la-revolution-ou-la-guerre

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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 09:00
Connivence entre l’Occident et Israël pour le nettoyage ethnique de la Palestine

Tout en prétendant s’opposer aux colonies israéliennes à Jérusalem-Est, les États-Unis et l’Europe ont contribué à la colonisation.

 

Sources : info-Palestine.eu le 09 novembre 2014

- La couverture des nouvelles venant du Moyen-Orient est trop souvent prévisible.

Chaque fois qu’un projet d’extension des colonies dans Jérusalem occupée est annoncé, les rapports des médias font état de « tensions » accrues entre Israël et l’Occident. Tout serait assez fastidieux si il n’y avait pas de dérapage occasionnel, comme lorsqu’un fonctionnaire européen, resté bien sûr anonyme, a traité Benjamin Netanyahu de « poule mouillée ».

 

L’histoire récente indique que les « tensions » ont tendance à rester superficielles. En 2010, Hillary Clinton - alors secrétaire d’État - qualifiaient les derniers plans d’Israël pour l’extension des colonies exclusivement juives, d’ « insulte faite aux États-Unis ».

 

L’administration Obama s’est remise de cette insulte à une vitesse remarquable, en s’empressant peu après d’inonder Israël d’un niveau d’aide sans précédent. En 2009 - l’année où Barack Obama a pris ses fonctions - dans le cadre de « l’assistance militaire étrangère » Israël avait reçu 2,5 milliards de dollars des États-Unis. En 2010, ce sont 3,1 milliards qui ont été alloués.

 

 

- Cette aide a contribué directement à la dépossession des Palestiniens à Jérusalem-Est.

De 2000 et 2009, les autorités de Washington ont approuvé la livraison d’armes « anti-émeute » à l’armée israélienne pour un montant de 20,5 millions de dollars. Les habitants de Silwan, un quartier adjacent à la vieille ville de Jérusalem, ont amassé toute une collection de grenades lacrymogènes estampillées « made in USA ». Les forces israéliennes tirent régulièrement ces saletés de gaz sur les Palestiniens qui protestent contre la façon dont leurs maisons sont volées par les colons.

 

Certaines entreprises et des particuliers américains ont investi dans ces colonies israéliennes qui ont pourtant laissé Hillary Clinton si déconfite. La filiale israélienne de RE/MAX, un géant de l’immobilier américain, vend et loue des biens dans au moins cinq colonies de Jérusalem-Est. Comme les bâtiments en question sont exclusivement réservés aux juifs, RE/MAX peut être considéré comme un profiteur de l’apartheid.

 

  • Irving Moskowitz, un magnat des jeux et casinos en Californie, est propriétaire de l’Hôtel Shepherd à Jérusalem-Est depuis 1985. Datant des années 1930, ce bâtiment avait la résidence de Haj Amin Husseini, le grand mufti de Jérusalem. Au cours des dernières années, Moskowitz a permis à Israël de démolir une partie du complexe pour faire place à des appartements exclusivement réservés aux juifs. Ce faisant, il a contribué à l’effacement de l’héritage palestinien.

 

Moskowitz est aussi un généreux donateur d’Ateret Cohanim, un groupe qui achète des biens palestiniens afin qu’ils puissent être remis à des colons.

 

Les colonies que supporte Moskowitz sont illégales en vertu de la quatrième Convention de Genève, qui interdit à une puissance occupante de transférer sa population civile dans le territoire qu’elle occupe. Si Moskowitz avait ouvertement financer la mafia ou d’autres organisations criminelles, il aurait plus que probablement été poursuivi.

 

Pourtant, lui et sa femme Cherna sont contributeurs de la fondation pro-israélienne Israel Allies Foundation qui fait dulobbying tant au sein du Congrès américain que du Parlement européen. Israel Allies a été fondée par l’homme politique de droite, Benny Elon. Alors qu’il était ministre du gouvernement israélien, Elon s’était joint à une foule qui avait en 2003, attaqué des Palestiniens à Jérusalem-Est.

 

  • Federica Mogherini, nouveau chef de la politique étrangère de l’UE, semble avoir soigneusement pesé ses mots, tant sa réponse à la dernière expansion des colonies israéliennes à Jérusalem-Est était timide. Elle n’est allée plus loin que de de présenter l’annonce comme « un pas très préjudiciable qui sape les perspectives d’une solution à deux États. »

 

 

- Les représentants de l’UE étaient vraiment soucieux au sujet du nettoyage ethnique à Jérusalem-Est

En effet, si les représentants de l’UE étaient vraiment soucieux au sujet du nettoyage ethnique à Jérusalem-Est, ils cesseraient de coopérer avec les institutions israéliennes qui y participent.

 

L’Université hébraïque de Jérusalem a pris part à plus de dix projets financés dans le cadre du programme scientifique de l’UE entre 2007 et 2013.

 

Active également dans le système d’échange d’étudiants Erasmus, l’Université hébraïque est connue pour organiser des événements de promotion au cours desquels des diplomates européens expriment leur désir d’approfondir les relations de l’Union avec Israël. Pour exprimer sa gratitude face à ces démonstrations d’amitié, l’université a décerné un titre honorifique de docteur [c’est donc un doctorat totalement bidon - N.T] à José Manuel Barroso dans les derniers mois de son mandat en tant que président de la Commission européenne.

 

Bien que l’UE ait pris l’engagement en 2013 de cesser de subventionner les établissements d’enseignement ou les entreprises basées à Jérusalem-Est ou en Cisjordanie, il a décidé de faire une exception pour l’Université hébraïque. Le raisonnement de l’Union pour le faire était bien sûr totalement biaisé.

 

L’Université hébraïque a un campus sur le Mont Scopus. Bien que la géographie nous dit qu’il fait partie de Jérusalem-Est, l’UE a décidé qu’il appartenait à Israël dans le cadre de accord d’armistice de 1949. Cette distinction est moralement douteuse. Les sionistes ont entamé un processus de destruction et de déplacement des communautés palestiniennes dès les années 1940.

 

La Nakba (catastrophe) - nom sous lequel ce processus est connu - se poursuit aujourd’hui avec le déracinement des Palestiniens de Jérusalem-Est, l’étouffement de la majeure partie de la Cisjordanie et les bombardements répétés de Gaza.

 

La raison invoquée pour continuer à accorder des subventions à l’Université hébraïque ignore aussi combien son campus a empiété sur le village palestinien voisin de Issawiyeh.

Le siège de la police nationale d’Israël, quant à lui, est situé à Jérusalem-Est sous occupation. Cela n’a pas empêché Europol, l’agence de police de l’Union européenne, de travailler en partenariat avec Israël dans les opérations contre les trafics de drogue. Au cours du mois de septembre, Israël a participé à la coordination annuelle d’Europol à La Haye pour les officiers supérieurs de police.

 

Les jeunes Palestiniens ont récemment détruit une partie du système de tramway desservant les colonies israéliennes à Jérusalem-Est. Ce tramway est un symbole de la duplicité occidentale. Aucune rhétorique de Bruxelles ne peut cacher le fait que les entreprises européennes ont construit ce tramway. Une de ces entreprises, Veolia a justement été la cible d’une campagne internationale qui lui a fait perdre de nombreux contrats municipaux à travers le monde.

 

Pourtant, les responsables de l’UE ont attribué une respectabilité imméritée à Veolia en assistant à des conférences d’affaires que cette entreprise a parrainées à Tel-Aviv. Le gouvernement de Paris a célébré la façon dont Véolia est le numéro un des investisseurs français en Israël.

 

Si l’Occident se sent vraiment insulté par la colonisation israélienne de Jérusalem-Est, il dispose largement de quoi réagir. Les États-Unis pourraient stopper les exportations d’armes vers Israël et l’UE pourrait annuler les privilèges commerciaux qu’il a accordés à Israël. Après tout, ces privilèges étaient toujours censés être subordonnés au respect des droits de l’homme.

 

Pour des raisons stratégiques et politiques, ni l’Europe, ni l’Amérique ne veulent punir Israël. Tant qu’ils refuseront de le faire, leurs déclarations concernant Jérusalem-Est resteront pure hypocrisie.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Palestine

- Comment Américains et Israéliens ont nourri l'islamisme

- Zeev Sternhell : « Si on ne stoppe pas l’occupation, ce sera tout simplement la fin de l’État d’israël »

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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 09:04
Prodigieuse métamorphose de la Bolivie
Après le victoire du Président Evo Morales
 
 

Source : Mémoire des luttes par Ignacio Ramonet  | 31-10-2014

Mais le plus spectaculaire ce sont les téléphériques urbains d’une extraordinaire technologie[1] futuriste, qui maintiennent au-dessus de la ville un ballet permanent de cabines colorées, élégantes et éthérées comme des bulles de savon. Silencieuses et non polluantes. Deux lignes fonctionnent désormais, la rouge et la jaune ; la troisième, la verte, sera inaugurée dans les prochaines semaines, permettant ainsi la création d’un réseau interconnecté de transport par câble de onze kilomètres, le plus étendu au monde. Cela permettra à des dizaines de milliers d’habitants de La Paz d’économiser en moyenne deux heures de temps de transport par jour.

 

« La Bolivie change. Evo tient ses promesses » affirment des affiches dans les rues. Et chacun le constate. Le pays est effectivement un autre pays. Il est très différent de celui que l’on a connu il y a à peine une décennie, lorsqu’il était considéré comme « l’Etat le plus pauvre d’Amérique latine après Haïti ». Corrompus et autoritaires pour la plupart, ses gouvernants passaient leur temps à implorer des prêts aux organismes financiers internationaux, aux principales puissances occidentales ou aux organisations humanitaires mondiales. Alors que les grandes entreprises minières étrangères pillaient le sous-sol, en payant à l’État des royalties de misère et en prolongeant la spoliation coloniale.

 

Relativement peu peuplée (quelques dix millions d’habitants), la Bolivie a une superficie de plus d’un million de kilomètres carrés (deux fois la France). Ses entrailles débordent de richesses : argent (on pense à Potosí...), or, étain, fer, cuivre, zinc, tungstène, manganèse, etc. Le salin d’Uyuni possède la plus grande réserve de potassium et de lithium du monde, celui-ci étant considéré comme l’énergie du futur. Mais, aujourd’hui, la principale source de revenus est constituée par le secteur des hydrocarbures, avec les deuxièmes plus grandes réserves de gaz naturel d’Amérique du Sud, et le pétrole, bien qu’en moindre quantité (environ 16 millions de barils par an).

 

Au cours des neuf dernières années, depuis l’arrivée d’Evo Morales au pouvoir, la croissance économique de la Bolivie a été sensationnelle, avec un taux moyen annuel de 5 %. En 2013, le PIB a atteint 6,8 %[2], et en 2014 et 2015, selon le FMI (Fonds monétaire international), il sera également supérieur à 5 %... C’est le pourcentage le plus élevé d’Amérique latine[3]. Et tout ceci avec une inflation modérée et contrôlée inférieure à 6 %.

 

Le niveau de vie général a donc doublé [4]. Les dépenses publiques, malgré les importants investissements sociaux, sont également contrôlées à tel point que la balance courante offre un résultat positif avec un excédent budgétaire de 2,6 % (en 2014) [5]. Et bien que les exportations, principalement d’hydrocarbures et de produits miniers, jouent un rôle important dans cette prospérité économique, c’est la demande intérieure (+5,4 %) qui constitue le principal moteur de la croissance. Enfin, un autre succès inouï de la gestion du ministre de l’économie, Luis Arce : les réserves internationales en devises de la Bolivie, par rapport au PIB, ont atteint 47 % [6], plaçant pour la première fois ce pays en tête des pays d’Amérique latine, loin devant le Brésil, le Mexique ou l’Argentine. Evo Morales a indiqué que la Bolivie pourrait cesser d’être un pays endetté au niveau structurel pour devenir un pays prêteur. Il a révélé que « quatre États de la région », sans préciser lesquels, se sont déjà adressés à son gouvernement en lui demandant des crédits...

 

Dans un pays où plus de la moitié de la population est autochtone, Evo Morales, qui a été élu en janvier 2006, est le premier indigène à devenir président au cours des cinq derniers siècles. Et, depuis qu’il est au pouvoir, ce président différent a rejeté le « modèle néolibéral » et lui a substitué un nouveau « modèle économique social communautaire productif ». À partir de mai 2006, il a nationalisé les secteurs stratégiques (les hydrocarbures, l’industrie minière, l’électricité, les ressources environnementales) générateurs d’excédents, et il a investi une partie de ces excédents dans les secteurs générateurs d’emploi : industrie, produits manufacturés, artisanat, transport, agriculture et élevage, logement, commerce, etc. Il a ensuite consacré l’autre partie de ces excédents à la réduction de la pauvreté, grâce à des politiques sociales (enseignement, santé), des augmentations salariales (aux fonctionnaires et travailleurs du secteur public), des stimulations à l’intégration (les bons Juancito Pinto [7], la pension « dignité » [8], les bons Juana Azurduy [9]) et des subventions.

 

Les résultats de l’application de ce modèle ne sont pas seulement reflétés par les chiffres exposés ci-dessus, mais aussi par une donnée bien explicite : plus d’un million de Boliviens (soit 10 % de la population) sont sortis de la pauvreté. La dette publique, qui représentait 80 % du PIB, a diminué et en représente à peine 33 %. Le taux de chômage (3,2 %) est le plus faible d’Amérique latine, à tel point que des milliers de Boliviens émigrés en Espagne, en Argentine ou au Chili commencent à revenir, attirés par le plein emploi et l’accroissement remarquable du niveau de vie.

 

De plus, Evo Morales entreprend de construire un véritable État, qui n’était jusqu’à présent que plutôt virtuel. Il faut reconnaître que la géographie immense et torturée de la Bolivie (un tiers de hautes montagnes andines, deux tiers de terres basses tropicales et amazoniennes), ainsi que la fracture culturelle (36 nations ethno-linguistiques) n’ont jamais facilité l’intégration et l’unification. Mais ce qui ne s’est pas fait en presque deux siècles, le président Morales est décidé à le mettre en place pour en finir avec la dislocation. Cela passe tout d’abord par la promulgation d’une nouvelle Constitution, adoptée par référendum, qui établit pour la première fois un « État plurinational » et reconnaît les droits des différentes nations qui cohabitent sur le territoire bolivien. Ensuite, le lancement d’une série de travaux publics ambitieux (routes, ponts, tunnels) dans le but de connecter, articuler, desservir des régions dispersées pour que celles-ci et leurs habitants sentent qu’ils font partie d’un ensemble commun : la Bolivie. Cela ne s’était jamais fait. C’est pourquoi il y a eu tant de tentatives de sécession, de séparatisme et de fractionnement.

 

 

- Aujourd’hui, avec tous ces succès, les Boliviens se sentent - peut-être pour la première fois - fiers de l’être.

Ils sont fiers de leur culture autochtone et de leurs langues vernaculaires. Ils sont fiers de leur monnaie qui prend chaque jour un peu plus de valeur par rapport au dollar. Ils sont fiers d’avoir la croissance économique la plus élevée et les réserves de devises les plus importantes d’Amérique latine. Ils sont fiers de leurs réalisations technologiques comme ce réseau de téléphériques de dernière génération, ou de leur satellite de télécommunications Tupac Katari, ou de leur chaîne de télévision publique Bolivia TV [10]. Cette chaîne, dirigée par Gustavo Portocarrero, a réalisé le 12 octobre passé, jour des élections présidentielles, une démonstration frappante de son expertise technologique en se connectant en direct – pendant 24 h sans interruption – avec ses envoyés spéciaux dans environ 40 villes du monde (Japon, Chine, Russie, Inde, Iran, Égypte, Espagne, etc.) au cours desquelles les Boliviens résidant à l’étranger votaient pour la première fois. Une prouesse technique et humaine que peu de chaînes de télévision dans le monde seraient en mesure de réaliser.

 

Tous ces exploits – économiques, sociaux, technologiques – expliquent en partie la victoire écrasante d’Evo Morales et de son parti (le Mouvement vers le socialisme, MAS) aux élections du 12 octobre dernier [11]. Icône de la lutte des peuples indigènes et autochtones du monde entier, grâce à ce nouveau triomphe, Evo a réussi à briser divers préjugés importants. En effet, il prouve que la gestion gouvernementale n’use pas et qu’après neuf ans au pouvoir, quand on gouverne bien, on peut se faire réélire largement. Il prouve aussi que, contrairement à ce qu’affirment les racistes et les colonialistes, « les Indiens » savent gouverner et peuvent même être les meilleures gouvernants que le pays ait jamais eus. Il prouve que, sans corruption, avec honnêteté et efficacité, l’État peut être un excellent administrateur, et non pas une calamité systématique, comme le prétendent les néolibéraux. Enfin, Evo Morales prouve que la gauche au pouvoir peut être efficace ; qu’elle peut mener des politiques d’intégration et de redistribution de la richesse sans mettre en danger la stabilité de l’économie.

 

 

- Mais cette grande victoire électorale s’explique aussi, et peut-être surtout, par des raisons politiques.

Le président Evo Morales est parvenu à battre, idéologiquement, ses principaux adversaires regroupés au sein de la caste des entrepreneurs de la province de Santa Cruz, principal moteur économique du pays. Ce groupe conservateur qui a tout tenté contre le président, depuis la tentative de sécession jusqu’au coup d’État, a fini par se soumettre et se joindre finalement au projet présidentiel, en reconnaissant que le pays est en pleine phase de développement.

 

C’est une victoire considérable que le vice-président Álvaro García Linera explique en ces termes : « Nous sommes parvenus à intégrer l’est de la Bolivie et à unifier le pays, grâce à la défaite politique et idéologique d’un noyau politique d’entrepreneurs ultraconservateurs, racistes et fascistes, qui ont conspiré pour un coup d’État et qui ont financé des groupes armés pour organiser une sécession du territoire oriental. Par ailleurs, ces neuf années ont montré aux classes moyennes urbaines et aux secteurs populaires de Santa Cruz qui étaient méfiants, que nous avons amélioré leurs conditions de vie, que nous respectons ce qui a été construit à Santa Cruz et ses spécificités. Nous sommes évidemment un gouvernement socialiste, de gauche et dirigé par des indigènes. Mais nous voulons améliorer la vie de tous. Nous avons fait face aux entreprises pétrolières étrangères, de même qu’aux entreprises de l’énergie électrique, et nous les avons mises à contribution pour pouvoir ensuite, avec ces ressources, donner de la puissance au pays, principalement aux plus pauvres, mais sans affecter ce que possèdent les classes moyennes ou le secteur des entrepreneurs. C’est pourquoi une rencontre a pu être réalisée entre le gouvernement et Santa Cruz, et celle-ci a été très fructueuse. Nous ne changeons pas d’attitude, nous continuons à dire et à faire les mêmes choses qu’il y a neuf ans. Ceux qui ont changé d’attitude face à nous, ce sont eux. À partir de là, commence cette nouvelle étape du processus révolutionnaire bolivien, qui est celui de l’irradiation territoriale et de l’hégémonie idéologique et politique. Ils commencent à comprendre que nous ne sommes pas leurs ennemis, qu’il est dans leur intérêt de faire de l’économie sans entrer dans la politique. Mais si, en tant qu’entrepreneurs, ils tentent d’occuper les structures de l’État et qu’ils veulent combiner la politique et l’économie, ils ne s’en sortiront pas. De même, il ne peut pas y avoir de militaires qui prennent également le contrôle civil, politique, car ils ont déjà le contrôle des armes. »

 

Dans son bureau du Palacio Quemado (palais présidentiel), le ministre de la Présidence, Juan Ramón Quintana, me l’explique avec une consigne : « Battre et intégrer. » « Il ne s’agit pas – me dit-il – de vaincre l’adversaire et de l’abandonner à son sort, en courant le risque qu’il se mette à conspirer avec son ressentiment de vaincu et qu’il se lance dans de nouvelles tentatives de renversement. Une fois battu, il faut l’incorporer, lui donner l’opportunité de se joindre au projet national dans lequel tous sont concernés, à condition que chacun admette et se soumette au fait que la direction politique, par décision démocratique des urnes, est menée par Evo et le MAS. »

 

 

- Et maintenant ? Que faire avec une victoire si écrasante ?

« Nous avons un programme [12] – affirme tranquillement Juan Ramón Quintana – nous voulons éradiquer la pauvreté, donner un accès universel aux services publics de base, garantir une santé et une éducation de qualité pour tous, développer la science, la technologie et l’économie de la connaissance, établir une administration économique responsable, avoir une gestion publique transparente et efficace, diversifier notre production, industrialiser, atteindre la souveraineté alimentaire et agricole, respecter la Terre mère, avancer vers une plus grande intégration latino-américaine et avec nos partenaires du Sud, intégrer le Mercosur et atteindre notre objectif historique, fermer notre blessure ouverte : récupérer notre souveraineté maritime et l’accès à la mer [13]. »

 

De son côté, le président Morales a exprimé son désir de voir la Bolivie devenir le « cœur énergétique d’Amérique du Sud » grâce à son potentiel énorme en matière d’énergies renouvelables (hydroélectrique, éolienne, solaire, géothermique, biomasse) en plus des hydrocarbures (pétrole et gaz). Ceci complété par l’énergie atomique civile produite par une centrale nucléaire de prochaine acquisition.

La Bolivie change. Elle progresse. Et sa prodigieuse métamorphose n’a pas encore fini de surprendre le monde.

 

Notes

[1] L’entreprise constructrice est la société autrichienne Doppelmayr-Garaventa.

[2] Lire Economía Plural, La Paz, avril 2014.

[3] Lire Página Siete, La Paz, 12 octobre 2014.

[4] Entre 2005 et 2013, le PIB par habitant a augmenté à plus de deux reprises (de 1 182 dollars à 2 757 dollars). La Bolivie n’est plus un « pays à faibles revenus » et a été déclarée « pays à revenus moyens ». Lire « Bolivia, una mirada a los logros más importantes del nuevo modelo económico » (La Bolivie, un regard sur les réussites les plus importantes du nouveau modèle économique), dans Economía Plural, La Paz, juin 2014.

[5] La bonne gestion des finances publiques a permis à la Bolivie de devenir le deuxième pays au plus fort excédent budgétaire d’Amérique latine au cours des huit dernières années.

[6] En chiffres absolus, les réserves internationales de la Bolivie sont d’environ 16 milliards de dollars. En 2013, le PIB était d’environ 31 milliards de dollars.

[7] Un montant de 200 bolivianos annuels (23 euros) est remis à chaque élève de primaire ou du secondaire de l’enseignement public qui a suivi tous ses cours avec assiduité. L’objectif est de lutter contre la désertion scolaire.

[8] Une pension que tous les Boliviens perçoivent à partir de 60 ans, même ceux qui n’ont jamais pu cotiser à une caisse de retraite.

[9] Une aide économique de 1 820 bolivianos (environ 215 euros) est fournie aux femmes enceintes et pour chaque garçon ou fille de moins de deux ans dans le but de diminuer les taux de mortalité infantile et maternelle.

[10] http://www.mixbolivia.com/2013/08/ver-en-vivo-canal-bolivia-tv.html

[11] Lire Atilio Borón, « ¿Por qué ganó Evo », América Latina en movimiento, ALAI, Quito, 13 octobre 2014.

[12] « Agenda patriótica 2025 : la ruta boliviana del vivir bien (Agenda patriotique 2025 : la route bolivienne du bien vivre) ». En 2025 sera fêté le bicentenaire de l’indépendance et de la fondation de la Bolivie.

[13] La Bolivie a saisi la Cour internationale de justice de La Haye. Lire El libro del mar, ministère des affaires étrangères, La Paz, 2014.

 

Pour en savoir plus :

- Quels premiers enseignements de la réélection de Evo Morales ?, par Christophe Ventura

- Evo Morales, une icône progressiste pour l’Amérique latine, par Mémoire des luttes

- Elections en Bolivie, par Mémoire des luttes

- Rencontre mondiale des mouvements populaires avec le Pape François, par Mémoire des luttes

- Les enjeux de l’élection présidentielle en Bolivie, par Christophe Ventura

- Le discrédit de la parole du président François Hollande, par Bernard Cassen

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4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 10:02
L'Islande annule (encore une fois) une partie des emprunts immobiliers des ménages

Sources : Express.be par ·

C’était une promesse de campagne : le Premier ministre islandais, Sigmundur Davíd Gunnlaugsson, élu en 2013, a confirmé que le pays allait annuler une partie de la dette des ménages islandais qui avaient contracté des emprunts immobiliers avant la crise de 2008.

 

La mesure, appelée « Leidréttingin » (‘correction’), permettra aux foyers qui avaient souscrit des emprunts hypothécaires indexés sur l’inflation avant 2008 de bénéficier d’une annulation d’une partie de leur dette, à concurrence de 4 millions de couronnes islandaises (25 800 euros). Depuis le mois de juillet, 69 000 familles islandaises ont sollicité de pouvoir profiter de cette mesure. Celle-ci leur permettra de réduire leurs mensualités de 13 à 14% en moyenne, soit une réduction individuelle de 95 à 130 euros.

 

Le gouvernement a prévu de financer cette mesure, qui devrait lui coûter l’équivalent de 4,3% du PIB du pays, par une augmentation des taxes sur les actifs des banques mises en liquidation en 2008.

 

En février 2012, le gouvernement islandais avait déjà annulé l'équivalent de 13% du PIB en prêts hypothécaires. Plus d’un quart des ménages islandais avainent été concernés par cette mesure. A l’époque, il avait signé un accord avec les banques partiellement nationalisées, pour annuler la part de l’endettement des ménages qui dépassait 110% de la valeur de leur propriété. De plus, en  Juin 2010, un jugement rendu par la Cour Suprême islandaise avait statué que les prêts indexés sur des devises étrangères étaient illégaux et que les familles n'étaient plus tenues de rembourser la part qui correspondait aux pertes de change de la couronne islandaise.

 

En 2013, il avait également incité les citoyens à accélérer le remboursement de leur prêt immobilier en réduisant la taxation des cotisations versées à leur fonds de pension, lorsque celles-ci étaient utilisées pour anticiper le remboursement de leur emprunt.

 

Ainsi, l’endettement des Islandais devrait se réduire, pour ne plus représenter que 94% du PIB, contre 105% aujourd’hui. Le gouvernement compte également sur cette mesure pour stimuler la consommation et la croissance.

 

Par ailleurs, on a également appris hier qu’un tribunal islandais avait décidé de condamner condamner l’ancien CEO de la banque Landsbanki à 12 mois de prison, dont 9 avec sursis, pour manipulation de marché. Il rejoint ainsi Larus Welding ex-CEO de la banque Glitnir, ainsi qu’Hreidar Mar Sigurdsson, l'ancien CEO de la banque Kaupthing, et Sigurdur Einarsson, l’ex-président de son conseil, qui ont aussi été condamnés à des peines de prison.

 

Landsbanki, Glitnir, et Kaupthing étaient les 3 plus grosses banques de l’Islande. Elles s’étaient lancées dans une frénésie d’acquisitions, orchestrées par des hommes d’affaires islandais basés à l’étranger. En automne 2008, elles avaient accumulé l’équivalent du décuple du PIB du pays, lorsqu’elles se sont effondrées, ruinant le pays.

 

Ces condamnations illustrent l’approche différente adoptée par l’Islande par rapport au reste de la zone euro pour faire face à la crise financière. Contrairement à celle-ci, le pays n’a pas porté secours à ses banques en difficulté, mais il les a laissées faire faillite. Ce sont donc les créanciers de ces banques, et non les contribuables, qui ont subi les pertes correspondantes.

 

L'Islande est quasiment le seul pays du monde occidental à avoir lancé des poursuites au pénal contre les dirigeants de banques pour leur rôle dans la crise financière.

 

Pour en savoir plus :

- mon dossier Islande

- Après son refus de payer sa dette, l’Islande fera le triple de la croissance de l’UE en 2012

L’Islande a laissé ses banques faire faillite, et jeté des banquiers en prison. Et voici ce qui s’est produit

- La débâcle islandaise en 211 pages

- Les Islandais refusent une seconde fois de payer pour la faillite de Icesave

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