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24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 09:54
Chronologie des interventions américaines dans le monde

Voici une chronologie non-exhaustive des différentes interventions impérialistes des États-Unis dans le monde depuis le Manifest Destiny de 1845. Une idéologie de colonisation, sous la présidence de James Polk, selon laquelle les États-Unis ont pour mission divine d’apporter la démocratie et la civilisation vers l’Ouest, sur les terres amérindiennes.

Au début du XXème siècle, le président Théodore Roosevelt a repris le concept afin de justifier l’expansionnisme et l’interventionnisme des États-Unis hors de ses frontières quand les intérêts américains étaient menacés. Il déclara notamment : « Je crois que Dieu a présidé à la naissance de cette nation et que nous sommes choisis pour montrer la voie aux nations du monde dans leur marche sur les sentiers de la liberté. »

 

Sources : MECANOBLOG par · | mis à jour le 13-03-2015

  • 1846 : Mexique. A l’issue d’une guerre qu’ils avaient programmées et provoquées, les États-Unis s’emparent de la moitié du territoire mexicain. Ce territoire conquis s’appelle aujourd’hui : la Californie, le Nevada, l’Utah, l’Arizona, le Nouveau-Mexique, le Colorado (en partie).
  • 1852-1853 : Argentine. Les Marines  débarquent et s’installent à Buenos-Aires pour protéger les intérêts américains face à une révolution.
  • 1853 : Nicaragua. Protection des citoyens et intérêts américains pendant des troubles politiques.
  • 1853-1854 : Japon. « Plan d’ouverture du Japon » et expédition Perry qui conduit, avec les navires de guerre américains, à forcer le Japon à ouvrir ses ports aux États-Unis. Attendant une réponse du Japon l’autorisant à se rendre dans ce pays, le contre-amiral américain Perry, opère une démonstration navale de force et débarque par deux fois. Il obtient des autorités de Naha, sur l’île d’Okinawa, la gestion d’une concession minière. Il opère la même démonstration de force dans les îles de Bonin afin d’obtenir des facilités commerciales.
  • 1854 : Nicaragua. Pour venger une offense faite au ministre-président américain en poste au Nicaragua : destruction de la vile de Greytown (San Juan del Norte).
  • 1855 : Uruguay. Les armées américaines et européennes débarquent pour protéger les intérêts américains au cours d’une tentative de révolution à Montevideo.
  • 1859 : Chine. Intervention destinée à protéger les intérêts des États-Unis à Shanghai.
  • 1860 : Angola. Intervention en Afrique occidentale portugaise pour assurer la sécurité des citoyens et des biens américains pendant une révolte indigène à Kissembo.
  • 1893 : Hawaii. Sous couvert officiel de protéger les vies et les biens des américains, cette intervention visa à mettre en place un gouvernement provisoire sous l’autorité de Sanford D. Dole.
  • 1894 : Nicaragua. Intervention militaire pour protéger les intérêts américains à Bluefields à la suite d’une révolution.
  • 1898 : Cuba. Sous prétexte de libérer l’île de la tutelle espagnole, les États-Unis s’installent et imposent une base militaire, la possibilités d’investissements financiers américains et un droit d’intervention dans les affaires intérieures du pays.
  • 1898 : Porto-Rico, Hawaii, Wake, Guam. Sous prétexte de défaire la tutelle espagnole, les États-Unis s’installent et imposent une base militaire, la possibilités d’investissements financiers américains et un droit d’intervention dans les affaires intérieures du pays.
  • 1898 : Philippines. L’archipel est vendu aux USA par l’Espagne (décembre 1898), les philippins se soulèvent contre les États-Unis (février 1899), les États-Unis envoie 70 000 militaires qui mettront trois ans pour mater le soulèvement (des milliers de pertes humaines).
  • 1903 : Colombie. Les États-Unis fomentent une révolution à l’issue de laquelle ils créent de toute pièce la République de Panama qui lui assure le contrôle du canal et des bénéfices qu’il génère.
  • 1914-1918 : Première Guerre Mondiale.
  • 1915 : Haïti. Nouvelle intervention et occupation des troupes américaines pendant 19 ans.
  • 1916 : République Dominicaine. Quatrième intervention et maintien des troupes américaines pendant 8 ans.
  • 1926 : Nicaragua. Nouvelle intervention et expédition de 5000 militaires pour contrer une révolution.

 

 

 

  • 1940-1945 : Deuxième Guerre Mondiale.

- 1945 : Début de la Guerre Froide entre les États-Unis et l’URSS.

- 1945 : Japon. Bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki.

  • 1945-46 : Chine. Bombardements.
  • 1946 : Philippines. Colonie américaine jusqu’à l’occupation japonaise, les Philippines accèdent à leur indépendance en 1946 en concédant aux États-Unis un droit illimité d’exploitation des ressources naturelles du pays au titre des dommages de guerre. Jusqu’en 1992 les États-Unis conservent 23 bases militaires et participent à la répression des opposants communistes ou musulmans.
  • 1947 : Grèce. Les États-Unis volent au secours de la dictature de colonels mise en place par les britanniques et menacée par la guérilla des gauchistes. Les États-Unis livrent 74 000 tonnes de matériels militaires et d’armements et envoient 250 « conseillers » militaires sur le terrain, assurant ainsi la victoire des forces de droite en 1949.
  • 1950 :  Porto Rico. Les troupes américaines qui stationnent en permanence écrasent un mouvement d’indépendance. Deux ans plus tard, Porto Rico se voit accorder le statut d‘État libre associé aux États-Unis.
  • 1950-1953 : Corée. Les forces armées de la Corée du Nord franchissent le 38ème parallèle et pénètrent en Corée du Sud. A la « demande » des Nations-Unies, les États-Unis acceptent d’aider à repousser l’agression armée. 2 millions de coréens trouvent la mort au cours de cette guerre.
  • 1950-53 : Chine. Nouveaux bombardements.
  • 1953 : Iran. Opération Ajax, un coup d’État orchestré par la CIA est mené par l’armée et les grands propriétaires fonciers après que les britanniques aient organisés le boycott des compagnies pétrolières iraniennes suite à leur nationalisation en 1951. Les États-Unis soutiennent pendant les 25 ans qui suivent l’homme fort du pays, le Shah d’Iran. Celui-ci s’enfuira en 1978 devant le raz-de-marée de la Révolution Islamique de l’ayatollah Khomeiney en exil. Deux ans plus tard, en 1980, la guerre entre l’Iran et l’Irak sera une aubaine pour les industries d’armements, notamment américaines.
  • 1954 : Guatemala. Opération PBSUCCESS, des mercenaires entraînés par la CIA au Honduras et au Nicaragua renversent, avec l’aide de l’aviation américaine, le gouvernement démocratique du président Arbenz Guzman remplacé par une junte militaire réclamée par Eisenhower.
  • 1958 : Liban. Des milliers de Marines sont envoyés à Beyrouth pour empêcher le renversement du gouvernement pro-américain et protéger les intérêts américains dans la région.
  • 1958 : Indonésie. Bombardements par les militaires et combattants islamistes appuyés par les États-Unis contre le gouvernement démocratique de Sumatra.
  • 1960 : Guatemala. Bombardements.
  • 1961 : Cuba. Opération Mongoose, armés et entraînés par la CIA, plus de 1000 exilés cubains débarquent dans la Baie des Cochons avec l’espoir de provoquer une rébellion contre le gouvernement castriste en place très populaire. Le soulèvement n’a pas lieu, les mercenaires sont rejetés à la mer, les États-Unis imposent un embargo à Cuba.
  • 1961-1972 : Vietnam. Pendant 11 ans, les États-Unis, prenant le relais de l’armée française, utilisent tout leur arsenal militaire y compris des armes chimiques pour venir à bout d’un mouvement révolutionnaire nationaliste d’indépendance. La plus longue guerre dans laquelle se sont embarqués les États-Unis causera la mort de plus d’un million de combattants vietnamiens, quatre millions de civils et près de 60000 soldats américains.
  • 1961-1972 : Laos et Cambodge. Bien qu’officiellement pas en guerre avec ces deux pays, les États-Unis y effectuèrent d’incessantes attaques aériennes et d’innombrables massacres de populations.

 

 

 

  • 1961 : Congo. Assassinat du premier ministre Patrice Lumumba par les services secrets belges soutenus par la CIA.
  • 1962 : Cuba. Crise des missiles.
  • 1964 : Panama Les Marines qui protègent les intérêts américains du canal de Panama écrasent une révolte visant à nationaliser ce secteur stratégique. Après avoir protégé et utilisé le dictateur panaméen pour leurs attaques contre le Nicaragua sandiniste, les USA s’en débarrassent. 26 000 soldats américains envahissent le pays sous couvert de le faire comparaître devant les tribunaux américains pour trafic de drogue. Des centaines de civils périssent sous les bombardements.
  • 1964 : Brésil. Renversement du président Joao Goulart par un putch militaire soutenu par la CIA et instauration de la dictature du maréchal Castelo Branco.
  • 1964 : Congo. Bombardements pour réprimer la révolte nationaliste de gauche soutenue par l’Organisation de l’Unité Africaine.
  • 1965 : Indonésie. Prétextant une tentative de putch des communiste pourtant proche du pouvoir de Sukarno, une opération militaire sanglante dont les dirigeants sont téléguidés par la CIA est menée. Des centaines de milliers d’indonésiens sont victimes d’une chasse à l’opposant, la longue et meurtrière carrière de l’homme de paille américain Suharto commence pour culminer au Timor Oriental.
  • 1965 : République Dominicaine. Sous le couvert de l’Organisation des États Américains, les États-Unis interviennent militairement pour contrer une prétendue menace communiste et provoquent un coup d’État contre le président Juan Bosch élu démocratiquement. La bataille de Saint-Domingue fait quelque 10 000 victimes.
  • 1965 : Pérou. Bombardements.
  • 1967-69 : Guatemala. Formation des forces armées guatémaltèques du président Julio César Mendez Montenegro par les forces spéciales américaines pour contrer les attaques des rebelles gauchistes.
  • 1970 : Oman. Soutien logistique de la CIA et formation par des conseillers américains, les troupes iraniennes tentent d’envahir le sultanat pour contrer l’insurrection communiste dite Guerre du Dhofar.
  • 1970 : Moyen-Orient. Implication militaire des États-Unis auprès d’Israël dans les guerres qui ont lieu dans cette région du globe.
  • 1973 : Chili. Suite à la réforme agraire et aux nationalisations, les États-Unis, par l’intermédiaire de la CIA et de la firme ITT, fomentent un coup d’État militaire qui conduit à l’extermination du président élu de gauche Salvador Allende. Des milliers de morts, de femmes et d’enfants enlevés et torturés, et l’installation de la dictature d’extrême-droite du général Pinochet conseillé par la CIA.
  • 1975-1999 : Timor Oriental. Les États-Unis soutiennent sans faillir l’invasion et l’annexion conduite par l’Indonésie de Suharto. Un tiers de la population est décimée en près de 25 années. Alors qu’en 1999 lors d’un référendum, 80% de la population du Timor Oriental choisit l’indépendance, les États-Unis soutiennent les exactions et la terreur de milices téléguidées par l’armée indonésienne qui s’opposent à l’indépendance. Les États-Unis finissent par accepter, sous la pression internationale, l’idée d’une force de maintien de la Paix de l’ONU.
  • 1979-1989 : Afghanistan. Opération Cyclone, soutien logistique aux Moudjahidins du commandant Massoud pour contrer l’invasion de l’URSS. Soutien à Oussama Ben Laden appuyé par les services secrets pakistanais, l’ISI, dans le recrutement, la formation et l’envoi de combattants islamistes sur le front afghan.
  • 1980-1990 : Salvador. Les États-Unis s’engagent militairement aux côté des forces gouvernementales, de l’oligarchie au pouvoir et des escadrons de la mort de l’armée salvadorienne pour contrer la guérilla marxiste du FMLN. En 1980, l’archevêque Romero, très populaire chez les pauvres, est assassiné par des hommes proches de la CIA. En dix ans, la guerre civile a fait plus de 100 000 morts.
  • 1981-1988 : Nicaragua. Les États-Unis n’acceptent pas la série de réformes que les Sandinistes du président Daniel Ortega arrivés au pouvoir en 1979 engagent. Les États-Unis apportent leur soutien aux Contras basés au Honduras. En 1986, le scandale de l’Irangate révèle que le produit financier des ventes d’armes américaines à l’Iran a servi a financer les Contras.
  • 1982-1984 : Liban. Les troupes phalangistes du Liban soutenues par Israël et les États-Unis expulsent et massacrent des Palestiniens.
  • 1983 : Grenade. Opération Urgent Fury, embourbés au Liban, les États-Unis font une démonstration de force en envahissant la minuscule île de la Grenade prétextant de la sécurité de quelques citoyens américains et pour renverser le dirigeant Maurice Bishop suite à son coup d’Etat pacifique contre le régime autoritaire du Premier Ministre Eric Gairy. Huit ans plus tard, le Wall Street Journal qualifie cette démonstration d’« invasion des banques », l’île est devenue un paradis pour la fraude financière et l’évasion fiscale.
  • 1986 : Libye. Suite aux attentats anti-américains en Europe, l’aviation américaine bombarde des villes libyennes, faisant des centaines de victimes parmi les civils et les officiels.
  • 1986 : Les États-Unis sont condamnés pour « usage illégal de la force » contre le Nicaragua par la Cour internationale de justice de La Haye.
  • 1988 : Iran. Opération Praying Mantis de la marine américaine contre les deux plateformes pétrolières iraniennes, Sassan & Sirri, durant la guerre Iran-Irak et suite aux dégâts de la frégate USS Samuel B. Roberts causés par une mine iranienne.
  • 1989 : Philippines. L’aviation américaine prête main-forte aux forces gouvernementales pour contrecarrer un des nombreux coup d’État contre la présidente Corazon Aquino, farouche opposante aux communistes et aux indépendantistes musulmans.
  • 1989 : Panama. Opération Just Cause, le président George H.W. Bush ordonne la prise de contrôle du canal de Panama et renverse le dictateur militaire Manuel Noriega, agent double de la CIA, suite au prétexte de l’exécution d’un soldat américain par des soldats panaméens.
  • 1991 : Fin de la Guerre Froide entre les États-Unis et l’URSS.
  • 1991 : Irak. Allié précieux des États-Unis dans la région durant de longues années, le dictateur Saddam Hussein envahit le Koweït sans en référer à la superpuissance. Les États-Unis, n’acceptant pas de perdre le contrôle d’une partie des ressources pétrolières du Golfe, déclarent la guerre à l’Irak en janvier 1991 et mettent en place une coalition militaire internationale qui, avec le soutien de l’ONU, libère le Koweït. L’Irak est placé sous embargo.
  • 1993-1994 : Somalie. Fiasco des opérations Restore Hope I et II, en appui à l’ONU, pour mettre fin à la guerre civile du seigneur de guerre Mohamed Aidid.
  • 1994 : Haïti. Ayant occupé Haïti de 1915 à 1934 puis soutenus les deux effroyables dictatures de François et Jean-Claude Duvalier de 1957 à 1986, les États-Unis se montrent favorables au renversement par coup d’État, en 1991, contre le dictateur Raoul Cédras remplacé par le le président en exil Jean-Bertrand Aristide escorté par 22000 soldats américains. Parmi les militaires impliqués dans le coup d’État, le colonel François qui a été formé, comme les dictateurs latino-américains Noriega et d’Aubuisson, dans la même académie militaire américaine. Trois ans plus tard les États-Unis interviennent militairement pour remettre en scelle le président déchu.
  • 1995 : Yougoslavie. Bombardements en Bosnie-Herzégovine en soutien aux forces armées de l’ONU/OTAN.
  • 1996 : Somalie. Soutien de la CIA dans l’assassinat de Mohamed Aidid.
  • 1998 : Irak. Les États-Unis et l’Angleterre reprennent leurs bombardements sur l’Irak et se fixent comme objectif l’élimination physique de Saddam Hussein et la mise en place d’un gouvernement de remplacement.
  • 1998 : SoudanOpération Infinite Reach, en riposte aux attentats terroristes contre les ambassades américaines de Nairobi au Kenya et de Dar-es-Salaam en Tanzanie, l’armée américaine détruit un complexe pharmaceutique d’Al-Shifa supposé servir de lieux de production d’armement chimique à des fins terroristes.
  • 1998 : Afghanistan, Opération Infinite Reach, bombardements massifs par la marine américaine de quatre camps d’entrainement dont Al Badr, El Farouq et Zawhar Kili, dirigés par Oussama Ben Laden, ex-agent de la CIA, lors d’un sommet de hauts responsables de plusieurs milices islamistes. L’attaque américaine provoqua la mort de cinq agents secrets pakistanais de l’ISI.
  • 1998 : Timor Oriental. Soutien logistique à l’ONU pour son indépendance.
  • 1999 : Yougoslavie. Au mois de mars, sous l’impulsion des États-Unis, l’OTAN bombarde le Kosovo et la Serbie ou s’opposent l’Armée de Libération du Kosovo qui depuis 1998 mène des opérations de guérilla et les forces de polices serbes qui, de leur côté, prennent en otage les populations civiles. Des centaines de bombes à uranium appauvri sont testées par les États-Unis.

 

 

 

  • 11 septembre 2001 : Début de la Guerre contre le Terrorisme. Lancement de l’opération Enduring Freedom à l’échelle du globe.
  • 2001 à nos jours : Afghanistan. Opération Active Endeavour, suite aux attentats du 11 septembre attribués à l’organisation Al-Qaïda dirigée par Oussama Ben Laden, les États-Unis forment une coalition internationale, implantent des bases au Pakistan et bombardent massivement le pays. Les Taliban sont renversés. Les États-Unis ne parviennent pas à imposer leur « protégé » (l’ancien roi), un gouvernement de transition est mis en place. Les prisonniers de guerre se voient déniés par les États-Unis de leurs droits internationaux reconnus par les conventions internationales, certains sont déportés sur la base militaire américaine de Guantanamo à Cuba et subissent un régime d’exception contraire aux principes internationaux et à la législation américaine elle-même. Derrière ces événements, les États-Unis légitiment leur allié dictateur du Pakistan, assurent peu à peu leur mainmise sur le transit des ressources naturelles régionales.
  • 2002 : Irak, Iran et Corée du Nord. Les États-Unis placent ces pays au nombre des composantes de l’Axe du Mal, la nouvelle doctrine militaro-mystique de mise en place de « guerres préventives »  contre tous ceux qui ne s’alignent pas sur les États-Unis.
  • 2002 : Phillipines. Opération Enduring Freedom, soutien économique et militaire au gouvernement philippin contre les guérillas.
  • 2002 : Corne de l’Afrique. Opération Enduring Freedom.
  • 2002 : Géorgie. Opération Enduring Freedom, formation de plusieurs bataillons d’infanterie de l’armée géorgienne dans la vallée du Pankissi.
  • 2002 : Irak. Les États-Unis font pression sur la communauté internationale pour lancer un corps expéditionnaire en Irak visant au renversement de Saddam Hussein, à l’instauration d’un gouvernement favorable à leurs intérêts, à l’obtention des principales parts de marchés de la reconstruction du pays après bombardements, à l’octroi de concessions sur les immenses ressources pétrolières du pays. Fin 2002, les USA et leurs alliés anglais ont massés des dizaines de milliers de soldats sur-équipés sur place, prêts à une offensive.
  • 2003 : Irak. Les États-Unis outrepassent les décisions de l’ONU et envahissent l’Irak dans la nuit du 19 au 20 mars, avec le soutien de l’Angleterre. Un déluge de feu s’abat sur le pays et la population dont déjà près de 500 000 personnes sont mortes en 10 ans du fait du blocus économique (800 missiles Tomahawk, 23 000 bombes à uranium, à fragmentation, mini-nucléaire). Un mouvement mondial d’opposition à la guerre et à l’agression militaire des États-Unis se développe en faveur de la paix et pour le respect du droit international. La majorité des pays de la planète condamnent l’agression américaine contre un pays souverain. Par cet acte les USA ouvre la voix dangereuse et criminelle à la doctrine de la guerre préventive permettant d’attaquer tout pays ne se soumettant pas à la conception impérialiste américaine.
  • 2003 : Sao Tomé-et-Principe. Intervention suite à une tentative de coup d’État militaire contre le président Fradique de Menezes.
  • 2004 : Haïti. Intervention militaire avec l’aide de la France pour chasser le président Jean-Bertrad Aristide.
  • 2004 à nos jours : Pakistan. Début de la guerre du Waziristan contre les nombreux mouvements de Taliban. Bombardements réguliers par des drones de l’armée américaine et de la CIA.
  • 2004 : Algérie. Soutien militaire au gouvernement dans sa lutte contre le GSPC devenu AQMI (Al-Qaïda au Maghreb Islamique).
  • 2004 : Kyrghizstan. Opération Enduring Freedom.
  • 2008 à nos jours : Somalie. Bombardements de plusieurs camps islamistes d’Al-Shabaab supposés être liés à Al-Qaïda.
  • 2008-2009 : Palestine. Soutien financier et logistique à l’armée israélienne dont l’envoi de 3000 tonnes de munitions en prélude à l’opération Plomb Durci dans la Bande de Gaza contre le Hamas.
  • 2009-2010 : Yémen. Bombardements par l’aviation américaine de plusieurs camps de la rébellion zaïdites des Houthis soutenus par l’Iran et en conflit contre le gouvernement yéménite depuis 2004, dit Insurrection de Sa’dah.
  • 2011 : Lybie. Intervention militaire de 2011 en Libye.
  • 2014-2015 : Irak et Syrie (en cours)  : Guerre contre l'État islamique
  • 2017 : Venezuela. Le directeur de l’Agence Centrale de Renseignement des États-Unis (CIA), Michael Richard Pompeo, révéle publiquement la tenue de plusieurs réunions avec la Colombie et le Mexique pour évaluer les « manœuvres qui pourraient être appliquées depuis ces nations en vue d’obtenir un meilleur résultat » dans les efforts menés pour « changer le gouvernement du Venezuela ». Voir ICI

 

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Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Analyse Paix International Pages d'Histoire
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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 08:26
Manifestation dans sardinières les rues de Douarnenez

Manifestation dans sardinières les rues de Douarnenez

Des sardinières du littoral breton, certains en connaissent peut-être la coiffe traditionnelle ou encore les chants. Cependant, nombreux sont ceux qui ignorent l’incroyable mouvement de grève qui toucha la commune de Douarnenez en 1924. Là-bas, pendant plus de six semaines, près de 2000 ouvrières des conserveries ont fièrement et courageusement tenu tête à un patronat intransigeant.

 

Malgré les pressions, les intimidations et même les violences, elles ont courageusement mené à bout leur lutte contre l’exploitation dont elles étaient victimes. En effet, déterminées et soutenues par la classe ouvrière au niveau local, régional et même national, elles sont parvenues à faire aboutir leurs revendications salariales. Au départ de ce mouvement, rien ne laissait pourtant présager une issue aussi favorable.

Sources : Le blog "Une histoire Populaire" par Matthieu Lépine le 3 mai 2014

- Elles ont dit « non » à leur exploitation

L’histoire de Douarnenez est depuis des siècles liée à la pêche à la sardine[1]. En 1924, la petite commune du Finistère[2] comporte encore plus de 5000 marins pécheurs. Depuis le milieu du XIXe siècle, elle accueille aussi les usines de l’industrie sardinière. En effet, à l’époque, afin que les produits de la mer puissent être commercialisés sur l’ensemble du territoire, se développe la production des sardines à l’huile. La ville se dote alors de conserveries.

 

Cette nouvelle activité aura notamment pour conséquence de développer l’emploi des femmes dans la région. Ainsi, à la veille de la grande grève de 1924, Douarnenez compte près de 2000 sardinières réparties dans 21 usines. Femmes de marins pour la plupart, elles sont issues de la commune mais aussi des petits villages alentours.

 

Pour les patrons des conserveries, cette main-d’œuvre abondante et peu exigeante est une aubaine. Ainsi, ils imposent à celles que l’on surnomme les « Penn Sardines »[3] dans conditions de travail particulièrement difficiles. La législation concernant le travail des enfants[4], le travail de nuit[5] ou encore le temps de travail n’est par exemple pas respectée. En pleine saison, le travail hebdomadaire avoisine régulièrement les 15 heures|6] et est particulièrement exténuant.

 

« Il faut être debout, toujours debout. La sardine est versée sur les tables ; les femmes la rangent la tête en bas dans des espèces de petits paniers en fil de fer qui seront trempés dans l’huile bouillante. Puis le poisson sera rangé et serré dans les boites, qui seront ensuite remplis d’huile et soudées à la machine (…). Il se dégage de cette marée et de cette huile bouillante une odeur complexe qui vous écœure; on sort de là avec la migraine et on se demande comment les malheureuses ouvrières peuvent travailler de si longues heures sans reprendre haleine »[7].

 

Pour faire face ensemble à ces terribles conditions de travail, les sardinières entonnent des chants tout au long de la journée. « Le chant reste l’oxygène des ouvrières. On chante le matin pour se donner du courage. On chante l’après-midi vers les trois heures parce que les femmes avaient un coup de pompe. On chante le soir pour résister au sommeil »[8].

 

C’est cependant la question des salaires qui est à l’origine du mouvement de 1924. Quelques années auparavant (1905), une grève avait d’ailleurs déjà touchées les conserveries de la ville à ce sujet[9]. A 80 centimes de l’heure, le moins que l’on puisse dire est que les sardinières sont purement et simplement exploitées. A titre de comparaison, le kilo de beurre est à l’époque à 15 francs, celui de sucre à 3.40 francs et la douzaine d’œuf à près de 6.50 francs. Les ouvrières vivent donc dans la misère. Non syndiquées et peu informées sur leurs droits elles sont une main d’œuvre corvéable à merci.

 

Cependant, le contexte politique local est bouleversé au début des années 1920. En 1921, avec l’élection de Sébastien Velly[10], Douarnenez devient la première ville communiste de France. Une situation qui a son importance dans le conflit qui touche les conserveries en 1924. En effet, ouvrières et ouvriers ont dorénavant un appui politique de première importance, ce qui est non négligeable à l’heure d’entamer un rapport de force avec le patronat.

 

Une partie des médias, résolument anticommuniste, va durant les six semaines de grève tenter de briser le lien rattachant les travailleurs à leurs élus en voulant faire de ce conflit du travail une vulgaire tentative de déstabilisation menée par les communistes. Le Journal des débats parlera ainsi « d’agitation communiste »[11] et L’Ouest-Eclair de « meneurs communistes dont l’unique but est de créer le désordre et l’anarchie »[12]. Cependant, le nouveau maire, Daniel Le Flanchec est en novembre 1924 très populaire. Il a le soutien de la population et le lui rend bien en s’engageant au coté des ouvrières en grève dès le début du conflit.

Qui se souvient que les sardinières de Douarnenez (1924) ont eu le courage de dire « non »

- Une lutte âpre de plus de six semaines

Le 21 novembre 1924, les ouvriers[13] de l’usine Carnaud, fabrique de boite de conserves, se mettent en grève et réclament une revalorisation salariale. Rapidement, ils sont suivis par les sardinières de toute la ville. Quatre jours plus tard], près de 1600 ouvrières et de 500 ouvriers ont stoppé leur travail. « Du jamais vu à Douarnenez, ce sont les commises et les femmes de ménage (…) qui assurent la mise en boite du poisson resté sur les tables ! »[14].

 

Payées 80 centimes de l’heure, les « Penn Sardines », réclament dans un premier temps une augmentation de 20 centimes et le respect de la loi sur le paiement des heures supplémentaires. Soutenues par les marins pécheurs, elles défilent une première fois dans les rues de Douarnenez. Tout au long du conflit, le chant tiendra une place importante dans les manifestations. En effet, au cours de leurs déambulations dans la ville, les sardinières s’arrêtent devant chacune de leurs usines et entonnent ensemble une de leurs mélodies favorites[15]. Anne-Denes Martin compare ces défilés à des « parodies de processions ».

 

Chaque jour, les grévistes se rassemblent sous les Halles de la ville afin d’échanger sur les suites à donner à leur mouvement. Un comité de grève y est notamment élu afin de mener les négociations avec les représentants du patronat. Si les femmes représentent 73% des grévistes, elles ne sont que 6 parmi les membres du comité contre 9 hommes. Cependant, dans le contexte de l’époque, il s’agit déjà d’un grand pas. Afin de soutenir et d’apporter leurs expériences aux grévistes, des responsables syndicaux nationaux mais aussi des membres du Parti communiste rejoignent Douarnenez. Député et directeur de l’Humanité, Marcel Cachin soutiendra par exemple régulièrement le mouvement des sardinières, sur place, mais aussi à l’Assemblée ou encore à travers des articles dans son journal.

 

Les négociations avec le patronat n’aboutissent cependant pas, celui-ci refusant toute revalorisation salariale. Début décembre, un premier grand meeting réunit plus de 4000 personnes sous les Halles de la ville. Le 4, a lieu le premier grand tournant du conflit. Une échauffourée éclate entre les grévistes et un convoi transportant des caisses de conserves. Les gendarmes interviennent et chargent la foule. En première ligne, tentant de s’interposer entre les grévistes et la troupe, le maire de la ville, Daniel Le Flanchec, est accusé d’ »entrave à libre circulation des biens ». Le préfet le suspend pour 1 mois. Une victoire pour le patronat qui n’a d’autre souhait que de se débarrasser de l’encombrant maire communiste de la ville.

 

Face à l’impasse des négociations, les grévistes acceptent l’arbitrage proposé par le ministre du Travail, Justin Godart. Près de 3000 personnes accompagneront à la gare les délégués élus[16] pour participer à ce rendez-vous crucial, organisé à Paris. Cependant, là encore, c’est un échec. Pour le patronat, il est inconcevable de reculer face à un mouvement soutenu et entretenu par les communistes. « Nous refusons absolument de traiter avec les communistes »[17]. Son souhait est plus que jamais de l’emporter, afin de disqualifier le maire Le Flanchec aux yeux des douarnenéziens. Les usiniers intiment par ailleurs aux grévistes de reprendre le travail s’ils veulent l’ouverture de négociations et précisent qu’une hausse des salaires au-delà de 10 centimes est cependant inenvisageable.

 

Le 23 décembre, un nouvel événement vient bouleverser le cours des choses. Une usinières, Madame Quéro, à la tête d’une petite conserverie de la ville, accepte contre toute attende les revendications de ses ouvrières. Cette décision courageuse, face à l’intransigeance des grands patrons, permet aux sardinières et aux manœuvres de l’usine de bénéficier d’une hausse de salaire de 20 centimes, du paiement des heures supplémentaires (+50%) et des heures effectuées la nuit ou encore de la reconnaissance du syndicat. Aucun renvoi pour fait de grève n’est par ailleurs prononcé. Il s’agit cette fois d’une première victoire pour les ouvrières.

Qui se souvient que les sardinières de Douarnenez (1924) ont eu le courage de dire « non »

Le patronat ne s’avoue cependant pas vaincu. Alors qu’il refuse toujours toute négociation, des briseurs de grève font leur entrée dans la ville. En effet, à partir du 18 décembre, une dizaine d’individus étrangers à la commune se présentent devant les ateliers comme des chercheurs d’emplois. En réalité, ces hommes appartiennent à l’Union Générale des Syndicats Réformistes de France. Ils ont été recrutés par les usiniers, probablement lors de leur récente montée à Paris, pour venir semer le trouble dans le mouvement. Pendant plusieurs jours, ils provoquent des incidents mineurs dans la ville.

 

C’est cependant dramatiquement, que le 1er janvier 1925, la réalité au sujet de ces individus éclate aux yeux de tous. Alors que marins et ouvriers sont réunis dans un café de la ville en compagnie de leur maire, plusieurs personnes se présentent au comptoir. Ceux-ci se plaignent d’entendre certains clients entonner l’International. Rapidement, le ton monte entre les briseurs de grève et plusieurs marins. Puis, sans que personne ne comprenne réellement ce qui était entrain de se passer, plusieurs coups de feu retentissent. Cinq hommes sont touchés, trois marins, mais aussi Daniel Le Flanchec, à la gorge, et son neveu, à la tête.

 

Aux alentours, c’est l’incompréhension qui règne. Nombreux sont ceux qui pensent que le maire de la ville vient d’être assassiné. Amassée devant le café, la foule décide de se rendre à l’Hôtel de France, l’établissement[18] dans lequel les auteurs de la fusillade ce sont retranchés. Une véritable émeute éclate alors. En quelques minutes, le lieu est saccagé, le mobilier détruit et les fenêtres brisées. Des affrontements violents ont ensuite lieu avec les gendarmes venus rétablir l’ordre. Pendant toute la soirée la ville est en ébullition.

 

Le lendemain, l’émotion reste vive. Le sang a coulé, mais miraculeusement personne n’a perdu la vie. Gravement blessés, le maire et son neveu sont à l’hôpital. « Pour la seconde fois, Le Flanchec est enlevé à ses concitoyens »[19]. Les fauteurs de trouble sont eux arrêtés. On retrouve sur l’un d’entre eux d’importantes sommes d’argent. De leur coté, les ouvrières ne comptent pas céder à la pression et à la violence du patronat. Les récents événements n’ont pas entamé leur détermination, bien au contraire.

 

 

- » Dans la conserverie, c’est la fin du patronat de droit divin »

Au-delà de la violence patronale, le conflit de Douarnenez se caractérise aussi par un formidable élan de solidarité. Au niveau local comme au niveau national, les sardinières vont en effet recevoir le soutien d’ouvriers, de syndicalistes, de politiques ou encore de simples citoyens touchés par leur lutte.

 

Dès les premiers jours de conflit, ce sont les marins pécheurs qui se joignent à elles. A plusieurs reprises, ceux-ci laisseront leurs navires au port afin de pouvoir manifester à leur coté. Une solidarité qui dépassera largement le cadre de la petite commune du Finistère puisque des grèves de soutien auront lieu sur tout le littoral breton (Lorient, Concarneau…).

 

Au quotidien, les ouvrières profitent aussi des soupes populaires organisées par la municipalité. En effet, le conflit s’éternisant, il leur est difficile de pouvoir subvenir à leurs besoins comme à ceux de leurs familles. Au plus fort du mouvement, près de 1200 repas seront distribués chaque jour. Les produits sont financés par la ville, mais aussi grâce aux dons venus de toute la France ou encore tout simplement à la solidarité de producteurs locaux.

 

A la demande des élus communistes, le gouvernement décide lui aussi de venir en aide aux familles touchées par le mouvement. Ainsi, 18 000 francs sont mis à leur disposition. Les dons serviront notamment à financer l’arbre de noël organisé par le comité de grève le 25 décembre. Les enfants des travailleurs mobilisés y recevront cadeaux et participeront à un grand repas de fête.

Qui se souvient que les sardinières de Douarnenez (1924) ont eu le courage de dire « non »

Au début de l’année 1925, le mouvement est cependant dans l’impasse. Malgré les événements dramatiques du 1er janvier, le patronat ne semble pas résolu à répondre favorablement aux demandes des ouvrières. Pourtant, contre toute attente, le conflit se termine soudainement quelques jours plus tard. En effet, le 6 janvier, les usiniers décident finalement de céder. Comme les salariés de Madame Quéro quelques jours plutôt, les sardinières de l’ensemble des usines obtiennent un salaire à 1 franc de l’heure[20], ainsi que le paiement majoré des heures supplémentaires et du travail de nuit.

 

Nombreux sont ceux qui voient à l’époque un lien direct entre ce soudain retournement de situation et l’évolution de l’enquête concernant les agressions du 1er janvier. En effet, la justice décide au même moment d’abandonner les investigations. Les usiniers ne sont donc pas inquiétés. En échange de l’absence de poursuites, ceux-ci aurait été poussés à accepter les demandes des grévistes.

 

De leur coté, les sardinières crient victoire. Les six semaines de conflit ont été âpres. Cependant, elles ont su rester soudées et ont courageusement défendu leurs revendications sans jamais céder aux pressions, ni aux violences. Pour conclure le mouvement, une manifestation de joie et un grand bal sont organisés dans la ville. 5000 personnes y participeront. De retour, le maire Le Flanchec, est acclamé par la foule[21]

 

Celui-ci reconnaitra quelques mois plus tard la détermination et le courage des ouvrières en permettant à l’une d’entre elle, Joséphine Pencalet, de figurer sur sa liste lors des élections municipales. Elue, celle-ci ne pourra cependant jamais exercer son mandat. En effet, les femmes n’ayant à l’époque pas encore de droits politiques, son élection sera invalidée.

 

Quelques jours après la signature des accords entre usiniers et grévistes, les sardinières reprennent finalement le chemin de l’usine. Cette lutte victorieuse aura pour principale conséquence d’établir un nouveau rapport de force entre elles et leurs employeurs. « Dans la conserverie, c’est la fin du patronat de droit divin »[22].

 

Notes :

[1] Hors saison de la sardine, les marins de Douarnenez pêchent aussi d’autres poissons (thon, maquereau…).

[2] Près de 12 500 habitants à l’époque.

[3] Têtes de sardines.

[4] Il n’est pas rare de voir des jeunes filles de moins de 12 ans travailler dans les conserveries.

[5] Le travail de nuit est à l’époque interdit pour les femmes.

[6] La loi sur les 8 heures est votée en 1919.

[7] Colliard Lucie, Une belle grève des Femmes : Douarnenez, Librairie de l’Humanité, 1925

|8] Martin Anne-Denes, Les ouvrières de la mer, Histoire des sardinières du littoral breton, l’Harmattan, 1994

[9] Les sardinière revendiquaient alors d’être payées à l’heure.

|10] En 1923, il est démis de ses fonctions pour avoir donné le nom de Louise Michel à une rue de Douarnenez.

[11]  Le Journal des débats, 28/12/1924

[12] L’Ouest-Eclair, 31/12/1924

[13] On trouve près de 600 ouvriers dans les conserveries de Douarnenez.

[14] Martin Anne-Denes, Les ouvrières de la mer, Histoire des sardinières du littoral breton, l’Harmattan, 1994

[15] L’International est entonné à chaque rassemblement.

|16] Cité dans L’Ouest-Eclair, 01/01/1925

[17] On trouve plusieurs femmes au sein de la délégation.

[18] Établissement où les usiniers avaient par ailleurs l’habitude de se retrouver.

[19] Martin Anne-Denes, Les ouvrières de la mer, Histoire des sardinières du littoral breton, l’Harmattan, 1994

[20] A la fin du conflit les sardinières réclamaient cependant 1.25 francs de l’heure.

[21] Il sera réélu maire jusqu’en 1937.

[22] Martin Anne-Denes, Les ouvrières de la mer, Histoire des sardinières du littoral breton, l’Harmattan, 1994

 

Principales sources :

- Martin Anne-Denes, Les ouvrières de la mer, Histoire des sardinières du littoral breton, l’Harmattan, 1994

- Colliard Lucie, Une belle grève des Femmes : Douarnenez, Librairie de l’Humanité, 1925

- Nombreux articles de presse des mois de novembre et décembre 1924 et de janvier 1925 (l’Humanité, Ouest-Eclair, le Temps, les Débats).

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 11:09
Il y a 70 ans, les femmes votaient pour la première fois !

Et la lutte pour l'égalité des droits continue !

 

Source : Front de Gauche Femmes et Féministes et blog Luttons contre le FN

Il y a plus de 70 ans, le 21 avril 1944, le droit de vote était accordé aux Françaises pour la première fois par le Comité Français de la Libération Nationale, un siècle après les hommes.

 

  • «On l’a gagné, le droit de vote!»

Toutes rappellent que les femmes ont remplacé les hommes pendant la guerre.

  • «Elles s’étaient manifestées dans la Résistance autant que les hommes, alors elles avaient droit au chapitre!»
 
 
 

Le droit de vote fut dans un premier temps réservé aux propriétaires de sexe masculin. Les femmes en furent exclues car, estimait-on, leur dépendance économique les empêchait d’exercer un choix libre.

 

Sous l’Ancien régime, seules les veuves dotées d’un fief et les mères abbesses pouvaient élire leurs représentants aux États généraux.
 

Le code civil de 1804 leur donnait certes des droits civils mais leur refusait la citoyenneté politique.

 

 

 

 -  Les Françaises devenaient ainsi citoyennes à part entière.

 
 
 

- Ce n’est qu’un an après que les françaises ont pu exercer leur droit, le 29 avril 1945.

- C’était à l’occasion du premier scrutin municipal après la Libération. Elles revoteront le 21 octobre 1945 en participant au scrutin national.

 

 

 -  À quatre jours du premier tour des élections départementales du 22 mars 2015, France 3 est allé rencontrer certaines de ces femmes, qui ont pu voter pour la première fois en 1945.

  • «Je me souviens être rentrée dans l'isoloir, et ça m'a fait un petit quelque chose, de différent» explique Marcelle – Françoise Devillers, 102 ans, qui a voté le 29 avril 1945.

 

  • «C'était un droit qu'on a trouvé tout naturel, on a dit après tout on a droit de donner notre avis, on n'est pas obligés d'être de l'avis de son frère», explique Marie Pessey, âgée de 101 ans, au micro de France 3.

 

  • «On doit aller voter, c'est un droit et en même temps un devoir, c'est beau d'aller voter, chacune exprime son opinion et moyennant ça... tout le monde vit ensemble», explique sœur Laetitia.

 

 

-  Ces trois femmes disent n'avoir jamais manqué une seule élection, en 70 ans.

 
 
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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 09:00
Comment fut inventé le peuple juif ?

Déconstruction d’une histoire mythique

 

Les Juifs forment-ils un peuple ? A cette question ancienne, un historien israélien apporte une réponse nouvelle. Contrairement à l’idée reçue, la diaspora ne naquit pas de l’expulsion des Hébreux de Palestine, mais de conversions successives en Afrique du Nord, en Europe du Sud et au Proche-Orient. Voilà quvid et non — à Dieu ne plaise ! — les héritiers de guerriers berbères ou de cavaliers khazars.


Sources :  Le Monde diplomatique août 2008 par Shlomo Sand[1] - blog de René Blanchemanche

Tout Israélien sait, sans l’ombre d’un doute, que le peuple juif existe depuis qu’il a reçu la Torah[2] dans le Sinaï, et qu’il en est le descendant direct et exclusif. Chacun se persuade que ce peuple, sorti d’Egypte, s’est fixé sur la « terre promise », où fut édifié le glorieux royaume de David et de Salomon, partagé ensuite en royaumes de Juda et d’Israël. De même, nul n’ignore qu’il a connu l’exil à deux reprises : après la destruction du premier temple, au VIe siècle avant J.-C., puis à la suite de celle du second temple, en l’an 70 après J.C.

 

S’ensuivit pour lui une errance de près de deux mille ans : ses tribulations le menèrent au Yémen, au Maroc, en Espagne, en Allemagne, en Pologne et jusqu’au fin fond de la Russie, mais il parvint toujours à préserver les liens du sang entre ses communautés éloignées. Ainsi, son unicité ne fut pas altérée. A la fin du XIXe siècle, les conditions mûrirent pour son retour dans l’antique patrie. Sans le génocide nazi, des millions de Juifs auraient naturellement repeuplé Eretz Israël (« la terre d’Israël ») puisqu’ils en rêvaient depuis vingt siècles.

 

Vierge, la Palestine attendait que son peuple originel vienne la faire refleurir. Car elle lui appartenait, et non à cette minorité arabe, dépourvue d’histoire, arrivée là par hasard. Justes étaient donc les guerres menées par le peuple errant pour reprendre possession de sa terre ; et criminelle l’opposition violente de la population locale.

 

D’où vient cette interprétation de l’histoire juive ? Elle est l’œuvre, depuis la seconde moitié du XIXe siècle, de talentueux reconstructeurs du passé, dont l’imagination fertile a inventé, sur la base de morceaux de mémoire religieuse, juive et chrétienne, un enchaînement généalogique continu pour le peuple juif. L’abondante historiographie du judaïsme comporte, certes, une pluralité d’approches. Mais les polémiques en son sein n’ont jamais remis en cause les conceptions essentialistes élaborées principalement à la fin du XIXe siècle et au début du XXe.

 

Lorsque apparaissaient des découvertes susceptibles de contredire l’image du passé linéaire, elles ne bénéficiaient quasiment d’aucun écho. L’impératif national, telle une mâchoire solidement refermée, bloquait toute espèce de contradiction et de déviation par rapport au récit dominant. Les instances spécifiques de production de la connaissance sur le passé juif — les départements exclusivement consacrés à l’« histoire du peuple juif », séparés des départements d’histoire (appelée en Israël « histoire générale ») — ont largement contribué à cette curieuse hémiplégie. Même le débat, de caractère juridique, sur « qui est juif ? » n’a pas préoccupé ces historiens : pour eux, est juif tout descendant du peuple contraint à l’exil il y a deux mille ans.

 

Ces chercheurs « autorisés » du passé ne participèrent pas non plus à la controverse des « nouveaux historiens », engagée à la fin des années 1980. La plupart des acteurs de ce débat public, en nombre limité, venaient d’autres disciplines ou bien d’horizons extra-universitaires : sociologues, orientalistes, linguistes, géographes, spécialistes en science politique, chercheurs en littérature, archéologues formulèrent des réflexions nouvelles sur le passé juif et sioniste. On comptait également dans leurs rangs des diplômés venus de l’étranger. Des « départements d’histoire juive » ne parvinrent, en revanche, que des échos craintifs et conservateurs, enrobés d’une rhétorique apologétique à base d’idées reçues.

 

 

- Le judaïsme, religion prosélyte

Bref, en soixante ans, l’histoire nationale a très peu mûri, et elle n’évoluera vraisemblablement pas à brève échéance. Pourtant, les faits mis au jour par les recherches posent à tout historien honnête des questions surprenantes au premier abord, mais néanmoins fondamentales.

 

La Bible peut-elle être considérée comme un livre d’histoire ? Les premiers historiens juifs modernes, comme Isaak Markus Jost ou Leopold Zunz, dans la première moitié du XIXe siècle, ne la percevaient pas ainsi : à leurs yeux, l’Ancien Testament se présentait comme un livre de théologie constitutif des communautés religieuses juives après la destruction du premier temple. Il a fallu attendre la seconde moitié du même siècle pour trouver des historiens, en premier lieu Heinrich Graetz, porteurs d’une vision « nationale » de la Bible : ils ont transformé le départ d’Abraham pour Canaan, la sortie d’Egypte ou encore le royaume unifié de David et Salomon en récits d’un passé authentiquement national. Les historiens sionistes n’ont cessé, depuis, de réitérer ces « vérités bibliques », devenues nourriture quotidienne de l’éducation nationale.

 

Mais voilà qu’au cours des années 1980 la terre tremble, ébranlant ces mythes fondateurs. Les découvertes de la « nouvelle archéologie » contredisent la possibilité d’un grand exode au XIIIe siècle avant notre ère. De même, Moïse n’a pas pu faire sortir les Hébreux d’Egypte et les conduire vers la « terre promise » pour la bonne raison qu’à l’époque celle-ci... était aux mains des Egyptiens. On ne trouve d’ailleurs aucune trace d’une révolte d’esclaves dans l’empire des pharaons, ni d’une conquête rapide du pays de Canaan par un élément étranger.

 

Il n’existe pas non plus de signe ou de souvenir du somptueux royaume de David et de Salomon. Les découvertes de la décennie écoulée montrent l’existence, à l’époque, de deux petits royaumes : Israël, le plus puissant, et Juda, la future Judée. Les habitants de cette dernière ne subirent pas non plus d’exil au VIe siècle avant notre ère : seules ses élites politiques et intellectuelles durent s’installer à Babylone. De cette rencontre décisive avec les cultes perses naîtra le monothéisme juif.

 

L’exil de l’an 70 de notre ère a-t-il, lui, effectivement eu lieu ? Paradoxalement, cet « événement fondateur » dans l’histoire des Juifs, d’où la diaspora tire son origine, n’a pas donné lieu au moindre ouvrage de recherche. Et pour une raison bien prosaïque : les Romains n’ont jamais exilé de peuple sur tout le flanc oriental de la Méditerranée. A l’exception des prisonniers réduits en esclavage, les habitants de Judée continuèrent de vivre sur leurs terres, même après la destruction du second temple.

 

Une partie d’entre eux se convertit au christianisme au IVe siècle, tandis que la grande majorité se rallia à l’islam lors de la conquête arabe au VIIe siècle. La plupart des penseurs sionistes n’en ignoraient rien : ainsi, Yitzhak Ben Zvi, futur président de l’Etat d’Israël, tout comme David Ben Gourion, fondateur de l’Etat, l’ont-ils écrit jusqu’en 1929, année de la grande révolte palestinienne. Tous deux mentionnent à plusieurs reprises le fait que les paysans de Palestine sont les descendants des habitants de l’antique Judée[3].

 

A défaut d’un exil depuis la Palestine romanisée, d’où viennent les nombreux Juifs qui peuplent le pourtour de la Méditerranée dès l’Antiquité ? Derrière le rideau de l’historiographie nationale se cache une étonnante réalité historique. De la révolte des Maccabées, au IIe siècle avant notre ère, à la révolte de Bar-Kokhba, au IIe siècle après J.-C, le judaïsme fut la première religion prosélyte. Les Asmonéens avaient déjà converti de force les Iduméens du sud de la Judée et les Ituréens de Galilée, annexés au « peuple d’Israël ». Partant de ce royaume judéo-hellénique, le judaïsme essaima dans tout le Proche-Orient et sur le pourtour méditerranéen. Au premier siècle de notre ère apparut, dans l’actuel Kurdistan, le royaume juif d’Adiabène, qui ne sera pas le dernier royaume à se « judaïser » : d’autres en feront autant par la suite.

 

Les écrits de Flavius Josèphe ne constituent pas le seul témoignage de l’ardeur prosélyte des Juifs. D’Horace à Sénèque, de Juvénal à Tacite, bien des écrivains latins en expriment la crainte. La Mishna et le Talmud[4] autorisent cette pratique de la conversion — même si, face à la pression montante du christianisme, les sages de la tradition talmudique exprimeront des réserves à son sujet.

 

La victoire de la religion de Jésus, au début du IVe siècle, ne met pas fin à l’expansion du judaïsme, mais elle repousse le prosélytisme juif aux marges du monde culturel chrétien. Au Ve siècle apparaît ainsi, à l’emplacement de l’actuel Yémen, un royaume juif vigoureux du nom de Himyar, dont les descendants conserveront leur foi après la victoire de l’islam et jusqu’aux temps modernes. De même, les chroniqueurs arabes nous apprennent l’existence, au VIIe siècle, de tribus berbères judaïsées : face à la poussée arabe, qui atteint l’Afrique du Nord à la fin de ce même siècle, apparaît la figure légendaire de la reine juive Dihya el-Kahina, qui tenta de l’enrayer. Des Berbères judaïsés vont prendre part à la conquête de la péninsule Ibérique, et y poser les fondements de la symbiose particulière entre juifs et musulmans, caractéristique de la culture hispano-arabe.

 

La conversion de masse la plus significative survient entre la mer Noire et la mer Caspienne : elle concerne l’immense royaume khazar, au VIIIe siècle. L’expansion du judaïsme, du Caucase à l’Ukraine actuelle, engendre de multiples communautés, que les invasions mongoles du XIIIe siècle refoulent en nombre vers l’est de l’Europe. Là, avec les Juifs venus des régions slaves du Sud et des actuels territoires allemands, elles poseront les bases de la grande culture yiddish[5].

 

Ces récits des origines plurielles des Juifs figurent, de façon plus ou moins hésitante, dans l’historiographie sioniste jusque vers les années 1960 ; ils sont ensuite progressivement marginalisés avant de disparaître de la mémoire publique en Israël. Les conquérants de la cité de David, en 1967, se devaient d’être les descendants directs de son royaume mythique et non — à Dieu ne plaise ! — les héritiers de guerriers berbères ou de cavaliers khazars. Les Juifs font alors figure d’« ethnos » spécifique qui, après deux mille ans d’exil et d’errance, a fini par revenir à Jérusalem, sa capitale.

 

Les tenants de ce récit linéaire et indivisible ne mobilisent pas uniquement l’enseignement de l’histoire : ils convoquent également la biologie. Depuis les années 1970, en Israël, une succession de recherches « scientifiques » s’efforce de démontrer, par tous les moyens, la proximité génétique des Juifs du monde entier. La « recherche sur les origines des populations » représente désormais un champ légitimé et populaire de la biologie moléculaire, tandis que le chromosome Y mâle s’est offert une place d’honneur aux côtés d’une Clio juive[6] dans une quête effrénée de l’unicité d’origine du « peuple élu ».

 

Cette conception historique constitue la base de la politique identitaire de l’Etat d’Israël, et c’est bien là que le bât blesse ! Elle donne en effet lieu à une définition essentialiste et ethnocentriste du judaïsme, alimentant une ségrégation qui maintient à l’écart les Juifs des non-Juifs — Arabes comme immigrants russes ou travailleurs immigrés.

 

Israël, soixante ans après sa fondation, refuse de se concevoir comme une république existant pour ses citoyens. Près d’un quart d’entre eux ne sont pas considérés comme des Juifs et, selon l’esprit de ses lois, cet Etat n’est pas le leur. En revanche, Israël se présente toujours comme l’Etat des Juifs du monde entier, même s’il ne s’agit plus de réfugiés persécutés, mais de citoyens de plein droit vivant en pleine égalité dans les pays où ils résident. Autrement dit, une ethnocratie sans frontières justifie la sévère discrimination qu’elle pratique à l’encontre d’une partie de ses citoyens en invoquant le mythe de la nation éternelle, reconstituée pour se rassembler sur la « terre de ses ancêtres ».

 

Ecrire une histoire juive nouvelle, par-delà le prisme sioniste, n’est donc pas chose aisée. La lumière qui s’y brise se transforme en couleurs ethnocentristes appuyées. Or les Juifs ont toujours formé des communautés religieuses constituées, le plus souvent par conversion, dans diverses régions du monde : elles ne représentent donc pas un « ethnos » porteur d’une même origine unique et qui se serait déplacé au fil d’une errance de vingt siècles.

 

Le développement de toute historiographie comme, plus généralement, le processus de la modernité passent un temps, on le sait, par l’invention de la nation. Celle-ci occupa des millions d’êtres humains au XIXe siècle et durant une partie du XXe. La fin de ce dernier a vu ces rêves commencer à se briser. Des chercheurs, en nombre croissant, analysent, dissèquent et déconstruisent les grands récits nationaux, et notamment les mythes de l’origine commune chers aux chroniques du passé. Les cauchemars identitaires d’hier feront place, demain, à d’autres rêves d’identité. A l’instar de toute personnalité faite d’identités fluides et variées, l’histoire est, elle aussi, une identité en mouvement.

 

Notes :

[1] Historien, professeur à l’université de Tel-Aviv, auteur de Comment le peuple juif fut inventé, à paraître chez Fayard en septembre.

[2] Texte fondateur du judaïsme, la Torah — la racine hébraïque yara signifie enseigner — se compose des cinq premiers livres de la Bible, ou Pentateuque : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome.

[3] Cf. David Ben Gourion et Yitzhak Ben Zvi, « Eretz Israël » dans le passé et dans le présent (1918, en yiddish), Jérusalem, 1980 (en hébreu) et Ben Zvi, Notre population dans le pays (en hébreu), Varsovie, Comité exécutif de l’Union de la jeunesse et Fonds national juif, 1929.

[4] La Mishna, considérée comme le premier ouvrage de littérature rabbinique, a été achevée au IIe siècle de notre ère. Le Talmud synthétise l’ensemble des débats rabbiniques concernant la loi, les coutumes et l’histoire des Juifs. Il y a deux Talmud : celui de Palestine, écrit entre le IIIe et le Ve siècle, et celui de Babylone, achevé à la fin du Ve siècle.

[5] Parlé par les Juifs d’Europe orientale, le yiddish est une langue slavo-allemande comprenant des mots issus de l’hébreu.

[6] Dans la mythologie grecque, Clio était la muse de l’Histoire.

 

 

- Shlomo Sand sur les vrais déscendants des premiers juifs.

Shlomo Sand sur les vrais déscendants des... par wajdi13

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 09:00
Indiens d’Amérique : un génocide tranquille et presque achevé

C’est l’un des plus grands génocides de l’histoire, plus grand encore que celui qui nous est continuellement ressassé, car l’on parle ici de 80 millions à 100 millions de personnes! Et pourtant, celui-ci continue tranquillement. Les amérindiens sont « protégés », principalement en tant que source de revenus, avec la visite des zoos réserves, grâce au cinéma, à la culture, mais sinon… Leur principal droit est celui-ci de conserver le silence, aux États-Unis, le « blanc » reste maitre !

Les Etats-Unis ne voient pas d’un bon oeil que le sort des Indiens d’Amérique soit pour la première fois à l’ordre du jour des Nations-Unies. Car il s’agit de se pencher sur le sort d’une population de 2,7 millions d’habitants ravagés par une multitude de fléaux et dans des proportions effroyables. Mais qu’en attendre? Car la parole de ces exterminés est inaudible.

 

Sources : Les moutons enragés par Benji et le blog de Stephane Trano sur Marianne

 

Un jour d’avril 1973, un militant noir américain pour les droits civiques, Ray Robinson, qui a longtemps suivi Martin Luther King, débarque à Wounded Knee, dans le Dakota du Sud. Il souhaite apporter son soutien à la cause des « Native Americans », ainsi que l’on nomme les Indiens aux Etats-Unis, qui manifestent contre les injustices dont ils sont victimes dans le pays. Wounded Knee est un lieu emblématique et de sinistre mémoire. C’est là, en effet, que furent massacrés et jetés dans une fosse commune entre 150 et 300 hommes, femmes et enfants au matin du 29 décembre 1890, par le 7ème régiment de Cavalerie du Colonel James Forsyth. Sitôt arrivé dans ces lieux où résident toujours une petite communauté indienne, Ray Robinson appelle sa femme qui lui demande de rentrer à la maison, inquiète car elle sait que la situation sur place est explosive. Elle ne le reverra jamais. Après avoir reçue l’annonce de la mort de son époux, Cheryl n’a jamais pu savoir ce qui était arrivé à son mari ni où son corps avait été enterré.

 

Voilà quelques jours, quarante ans plus tard, Cheryl a fait le voyage de Détroit à Sioux City pour témoigner de son histoire. Le gouvernement américain refuse toujours de communiquer sur le sort de son mari, officiellement parce que le cas est toujours en cours d’investigation par le bureau du FBI de Minneapolis. A Wounded Knee, plus personne ne se souvient de Ray Robinson. Une épisode parmi tant d’autres dans l’histoire des militants de la cause des Indiens d’Amérique, qui n’a jamais bénéficié d’un large soutien populaire et que beaucoup voudraientt voir s’éteindre.

 

 

- Et de fait, cynisme et indifférence se conjuguent pour ensevelir année après année la mémoire des peuples indiens presqu’entièrement anéantis en Amérique du Nord.

On ne va pas le nier, les Apaches, les Cheyennes, les Iroquois, les Sioux ou les Esquimaux ne nous inspirent pas, la plupart du temps, un sentiment extrême de culpabilité. Mais ce n’est rien comparé au pays du Western et de la Country. Pas plus que le Jazz ou le Blues ne suscitent leur part de tristesse chez leurs amateurs et ne réveillent chez eux les souvenirs tragiques des lynchages des Noirs, ces genres populaires ne renvoient à la réalité d’un génocide toujours en cours dans l’indifférence générale.

 

Lorsqu’un Américain de l’Illinois souhaite acheter ses cigarettes à bas prix (un paquet coûte ici actuellement 10 dollars), il prend la route du sud de l’Etat ou de l’Indiana voisin, pour s’approvisionner dans l’un des territoires octroyés aux tribus indiennes locales. Là, il paiera son paquet de cigarettes 4 dollars en moyenne. Dans un certain nombre de ces tribus, qui sont des milliers à travers les Etats-Unis, on peut également se procurer de l’alcool à bon marché, jouer au casino (dans 452 d’entre-elles) ou, si l’on se sent possédé par le mal (ce qui est très en vogue), consulter un shaman. Il est toujours très exotique de s’offrir une escapade dans ces drôles d’endroits. Pourtant, l’Américain moyen ne s’y risque pas trop.

 

En effet, 2,1 millions de ces Indiens, soit l’écrasante majorité, vivent largement sous le seuil de la pauvreté. La vision offerte par bien des campements tient purement du bidonville. Et une fois passé ses limites, c’est un voyage en enfer qui commence. L’alcoolisme y prend des proportions catastrophiques. Le chômage y bat tous les records du pays. La maladie s’y propage et tue comme dans les pires zones de la planète. Le suicide, celui des jeunes en particulier, crève le plafond des statistiques. Les Indiens vivant à l’extérieur des tribus n’y reviennent eux-mêmes que pour se faire soigner lorsqu’ils n’ont pas, chose courante, accès au système de santé américain.

 

  • Anthony B. Bradley est Professeur de Théologie au King’s College de New York et Spécialiste des questions raciales aux Etats-Unis. « Si quiconque pense que le gouvernement fédéral sait ce qui est bon pour les communautés locales, explique t-il, il ferait bien de visiter une Réserve Indienne Américaine. Les Natifs Americains [Indiens d’Amérique, NDA] sont aujourd’hui plongés dans le cauchemar de la privation de soins et d’économie qui est la conséquence directe des problemes crées par le Gouvernement lequel, en imposant des solutions sensees résoudre les problemes, rend ceux-ci bien pires en retirant aux communautées leur autonomie. »

 

Tel est le prix à payer pour les Indiens d’Amérique, afin de rester sur la terre de leurs ancêtres, grâce aux concessions faites par le gouvernement fédéral. Pourtant, les Etats abritant ces réserves n’ont de cesse de rogner ces droits et de tenter de récupérer par tous les moyens ces espaces.

 

Pire, une certaine propagande laissant entendre que les Indiens d’Amérique auraient fait le choix de vivre dans ces conditions a fort bien fonctionné dans l’esprit collectif. Or, cela repose sur une contre-vérité historique.

 

 

- L’une des plus graves violations des Droits de l’Homme dans le monde

En effet, peu rappellent le grand mouvement de délocalisation qui fut la conséquence de l’Indian Removal Act [Loi sur le Retrait Indien, NDA] lequel, au milieu du XIXe siecle, contraint les Indiens à délaisser leurs terres historiques au gouvernement pour se concentrer dans les zones qui leur étaient réservées en échange. En 1890, il était devenu interdit aux Indiens de sortir hors de leurs réserves afin de s’approvisionner en nourriture. Une étude du Professeur Jeffrey E.Holm, de l’Université de Médecine du Nord Dakota, a mis en évidence que le changement de régime alimentaire imposé durant des décennies aux tribus indiennes a engendré une surmortalité aujourd’hui toujours existante, en raison des pathologies qu’elles ont engendrées pour des peuples qui ne pouvaient plus se nourrir comme ils l’avaient fait durant des millénaires.

 

En 2010, les Etats-Unis, dans la foulée du Canada, fut le dernier pays au monde à ratifier la Déclaration des droits des Peuples indigènes aux Nations-Unies. Une des rares concessions faites par un pays qui place souvent l’Histoire au dernier rang de ses préoccupations, si ce n’est pour en offrir une version idéalisée. Mais en l’espèce, il est impossible d’idéaliser la réalité sur laquelle s’est construite l’Amérique. En effet, 90% des tribus amérindiennes ont disparu à la suite de l’arrivée des Européens en Amérique du Nord, la plus grande partie à cause des maladies, la partie restante par les armes.

 

Mais ce n’est pas tant cette réalité historique qui rend ces jours-ci le rôle du Professeur James Anaya complexe, en tant que Rapporteur spécial des Nations-Unies sur les Peuples indigènes. Bien que, pour la première fois de leur histoire, l’organisation se penche, du 23 avril au 4 mai, sur le sort des Indiens d’Amérique, ce qui en soit est déjà un événement notable, c’est avant tout pour regarder en face une réalité qui n’est pas celle du passé mais celle du présent.

 

Cette réalité concerne les 2,7 millions d’Indiens vivant actuellement sur le territoire des Etats-Unis, et qui constitue l’un des cas de violation des droits de l’homme a grande échelle le plus emblématique de toutes les nations développées.

 

Les chiffres parlent d'eux-mêmes:

  • Les Indiens d'Amérique vivent en moyenne 6 ans de moins que les autres Américains
  • Ils ont 770% de risques en plus de mourir d'alcoolisme
  • Ils ont 665% de risques en plus de mourir de Tuberculose
  • Ils ont 420% de risques en plus de mourir de Diabète
  • Ils ont 280% de risques en plus de mourir d'accidents
  • Ils ont 52% de risques en plus de mourir de Pneumonie et de Grippe
(Source: Commission des Etats-Unis sur les Droits Civils, 2004:8)
 

Les Indiens d'Amérique se sont vus accorder la citoyenneté américaine en 1924. Mais ils ont pour longtemps encore été exposes au même sort que les Noirs américains, empêchés d'accéder à l'enseignement scolaire, victimes de la ségrégation.

 

Ce n'est qu'en 1969 qu'ils se sont organises, dans la foulée de la loi sur les Droits civils des Indiens votée l'année précédente. C'est à cette époque qu'ils ont obtenu ce dont les Américains blancs jouissaient depuis deux siècles: la liberté d'expression et d'information, la protection contre les recherches et les arrestations arbitraires, le droit d'engager un avocat pour se défendre, la protection contre les punitions inhumaines et dégradantes, contre les cautions excessives, l'abolition de la peine systématique d'un an d'emprisonnement ou de 5000 dollars d'amende quel que soit le délit commis, le droit d'être jugé par un jury, et ainsi de suite.

 

 

- Mais à l'heure actuelle, aucun Indien d'Amérique, citoyen des Etats-Unis, n'a accès à la plénitude des droits des autres citoyens américains.

Une réalité qui peut prendre des aspects accablants pour l'Administration américaine. Ainsi, le 6 novembre 2008, le Gouverneur du Dakota du Sud, Michael Rounds, décrète l'état d'urgence car son Etat est recouvert par une épaisse couche de neige et de glace qui le paralyse. Mais les réserves indiennes seront exclues du dispositif. 

 

Mais le pire pour ces tribus à l'heure actuelle vient probablement de la pression des Etats pour s'accaparer leurs terres. Les conflits sont nombreux à travers tout le pays. Ils sont allumes sous divers motifs, comme la volonté du Gouverneur de New York, en 2007, d'étendre la taxation de l'Etat aux territoires de la Nation des Seneca, ce qui a engendre une violente bagarre juridique. Et bien que les territoires laisses aux Indiens soient pour la majorité pauvres en ressources et difficiles d'accès, leur contestation par les Etats qui les abritent sont de plus en plus courantes. 

 

Toutefois, la pente naturelle démographique et sociologique suivie par cette population dont la Constitution américaine fait fi devrait se résoudre par le procédé le plus naturel du monde dans les décennies qui viennent : l'extinction.

 

Daniel Bushell nous parle de l'arrivée des blancs aux Amériques. Comment ils ont massacré 100 millions d'Indiens dans ce qui est le pire génocide de l'Histoire et comment les mensonges de ceux qui sont devenus les Etats-Uniens ne datent pas d'hier.

Pour que le génocide Amérindien soit reconnu Crime contre l'Humanité

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 09:00
Quand Jaurès parlait des " fanatiques de l'Islam "

Précision importante : le texte qui suit prend la forme d'une intervention de Jaurès à la Chambre des députés. Elle compile en réalité trois interventions différentes (en 1908, 1911, 1912) et quelques phrases extraites d'un discours de 1905 (à Limoges) et d'un article de 1912 (dans l'Humanité) - références en fin de billet[1]. Mais tous les propos que Jaurès y tient [2] sont bien de Jaurès !

 

Sources : Médiapart   par Jéröme Pelissier

- JAURÈS :

Messieurs,

Il paraît que les habitants des colonies sont une sorte de bétail innombrable et inférieur que les races blanches peuvent exploiter, décimer, asservir. Voilà un préjugé barbare, un préjugé d'ignorance, de sauvagerie et de rapine. Ces peuples sont composés d'hommes et cela devrait suffire ; mais ils sont composés d'hommes qui pensent, qui travaillent, qui échangent et qui ne sont pas résignés à subir indéfiniment les violences d'une Europe qui abusait de leur apparente faiblesse.

 

Aujourd'hui c'est d'Afrique, du Congo, du Maroc, que chaque jour nous arrivent des récits accablants sur les actions de nos soldats devenus de véritables mercenaires incontrôlés : assassinats sadiques, incendies de villages, pillages permanents, violations de sépultures...

 

Légende de ce dessin de 1911 : « La France va pouvoir porter librement au Maroc la civilisation, la richesse et la paix. » !

Légende de ce dessin de 1911 : « La France va pouvoir porter librement au Maroc la civilisation, la richesse et la paix. » !

 

 

- VOIX :

Monsieur Jaurès, en tant que Président de la Chambre, je dois vous le rappeler : Il n'est pas de soldat plus généreux et plus humain que le soldat français.

 

 

- JAURÈS :

Rassurez-vous, je ne l'ignore pas plus que Monsieur le Président du Conseil (nde : Clemenceau), qui écrivait il n'y a pas si longtemps, en parlant de la Chine : « On a tué, massacré, violé, pillé tout à l'aise, dans un pays sans défense ; l'histoire de cette frénésie de meurtres et de rapines ne sera jamais connue, les Européens ayant trop de motifs pour faire le silence »

 

 

- VOIX :

Mais qu'est-ce que cela à a voir avec l'Afrique ?

 

 

- JAURÈS :

Il faut en tout cas espérer, Messieurs, que nos soldats s'attellent chaque jour, par leurs manières hautement généreuses, lorsqu'ils pacifient les populations africaines, à corriger ce que votre maître Tocqueville disait en 1847 : "Nous avons rendu la société musulmane beaucoup plus misérable, plus désordonnée, plus ignorante et plus barbare qu'elle ne l'était avant de nous connaître."

 

 

- VOIX :

Ces Africains sont des fanatiques !

 

 

- JAURÈS :

Des fanatiques ?

Alors là, messieurs, je ne comprends pas : quand un Français vous dit qu'il serait prêt à défendre, jusqu'à la dernière goutte de son sang, l'intégrité de son pays, vous le félicitez. Vous affirmez même que des hommes qui ne voudraient pas mourir pour leur pays seraient les derniers des lâches !

 

Mais quand ces hommes sont des Africains qui voient venir ce qui pour nous est la France, mais ce qui pour eux est l'étranger, qui voient venir des hommes en armes et des obus pleuvoir ; quand eux se défendent et défendent leur pays, vous les déshonorez du nom de fanatiques !

 

Ces hommes que vous insultez, messieurs, sont seulement aussi patriotes que vous. Et aussi attachés que vous à défendre leur pays et leur civilisation.

 

 

- (Brouhaha fort)

 

- JAURÈS :

Une fois de plus, c'est le préjugé d'ignorance qui vous mène.
C'est à vous, à la France, à toute la France pensante, qu'il faudrait enseigner ce qu'est cette civilisation arabe que vous ignorez et méprisez, ce qu'est cette admirable et ancienne civilisation. À laquelle les pays européens, je dis bien les pays européens, viennent montrer le visage hideux de l'invasion et de la répression.
...

 

Ce monde musulman que vous méconnaissez tant, messieurs, depuis quelques décennies prend conscience de son unité et de sa dignité. Deux mouvements, deux tendances inverses s'y trouvent : il y a les fanatiques, oui, il y a des fanatiques, qui veulent en finir par la crainte, le fer et le feu avec la civilisation européenne et chrétienne,

 

 

- VOIX :

Vous voyez bien que ce sont des sauvages !

 

 

- JAURÈS :

Alors, monsieur, précisez-le : des sauvages qui veulent porter le fer et le feu contre une civilisation sauvage qui est venue à eux, qui est venue contre eux en portant le fer et le feu...

 

 

- (Brouhaha très fort)

 

- JAURÈS :...

Il y a des fanatiques, mais il y a les hommes modernes, les hommes nouveaux... Il y a toute une élite qui dit : l'Islam ne se sauvera qu'en se renouvelant, qu'en interprétant son vieux livre religieux selon un esprit nouveau de liberté, de fraternité, de paix.

 

Et c'est à l'heure où ce mouvement se dessine que vous fournissez aux fanatiques de l'Islam l'occasion de dire : comment serait-il possible de se réconcilier avec cette Europe brutale ? Avec cette France, qui se dit de justice et de liberté, mais qui n'a contre nous d'autres gestes que les canons et les fusils ?
...

 

Oui, messieurs, si les violences auxquelles se livre l'Europe en Afrique achèvent d'exaspérer la fibre blessée des musulmans, si l'Islam un jour répond par un fanatisme farouche et une vaste révolte à l'universelle agression, qui pourra s'étonner ? Qui aura le droit de s'indigner ?

 

 

- VOIX :

Ce n'est pas servir la patrie, Monsieur Jaurès, que de nous accuser de...

 

 

- JAURÈS :

C'est toujours servir la patrie que d'éviter que se renouvellent les blessures qu'elle a infligées à l'humanité et au droit. Que de l'amener à se demander quelles semences de colère, de douleur et de haine elle sème là-bas et quelle triste moisson lèvera demain...

 

Et, pourquoi ne pas l'avouer ? Quand un jour, après tout cet orage de violence et de meurtre, les plus clairvoyants, les plus généreux de ces Africains comprendront que la civilisation européenne ne se résume pas dans ces horreurs, quand ils essaieront de persuader leurs peuples meurtris de ne pas rester fermés à notre civilisation à cause des violences qui l'ont souillée, il faut ce jour-là qu'ils puissent dire qu'il y a des Français qui ont protesté pour le droit, contre la brutalité, contre le meurtre. C'est notre façon de servir la patrie.

 

Notes :

[1] - La quasi-totalité des discours et articles de Jaurès ayant servi pour le présent texte sont publiés sur le site www.jaunes.eu. et en particulier :

- Jaurès et le « péril jaune » (Colonialisme et Asie – années 1905)

- Jaurès et le Maroc : contre l’aventure marocaine (janvier 1908)

- Jaurès contre la politique française au Maroc (mars 1908) 

- Jaurès et le Maroc : contre l’expédition marocaine (1911)

- Jaurès : la politique coloniale de la France et la civilisation arabe (février 1912)

- Jaurès et le Maroc : contre le protectorat (juin 1912)

- L’ordre sanglant (Jaurès – Maroc, avril 1912) 

[2] : comme sont également authentiques toutes les interventions des députés.

 

Sur le même sujet :

Voir le billet : Jaurès et le colonialisme : de l'acceptation à l'opposition

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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 09:00
Aux racines du FN. L’histoire du mouvement Ordre nouveau

Sources : La Fondation Jean Jaures par Joseph Beauregard Nicolas Lebourg Jonathan Preda

Ordre nouveau, qui fut le principal mouvement néofasciste français, fonda le Front national en 1972 et fut dissous en 1973. Véritable voyage historique au cœur de la radicalité, cette Etude préfacée par Jean-Yves Camus permet de comprendre cette phase de renaissance de l’extrême droite.

 

- Le livre est disponible  ICI

 

- ou tèléchargeable directement ci dessous

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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 09:27
8 au 22 novembre 1918 : quand  le drapeau rouge flottait  sur la cathédrale de Strasbourg

Sources : Les productions de La Lanterne

En novembre 1918, après l’offensive de l’armée française renforcée par l’arrivée des troupes américaines, la débâcle allemande devenait inéluctable. Pour sauver l’honneur du Reich, les amiraux de la marine allemande, ancrée dans les ports de Kiel et de Wilhelmshafen, décidèrent d’engager un dernier combat, perdu d’avance, contre les navires anglais.

 

Mais les marins ne voulurent pas mourir pour rien ; le 3 novembre ils se révoltèrent et le drapeau rouge flotta bientôt sur tous les navires. La contagion révolutionnaire se répandit rapidement à Hambourg, Brême, Cologne, Munich et Berlin, ce qui contribua à la chute de l’Empire et à l’instauration de la première République en Allemagne. Les marins de Kiel, en grande partie alsaciens, revinrent alors au pays animés d’un fort sentiment révolutionnaire.

 

Entre le 8 et le 22 novembre, jour de l’arrivée des troupes françaises à Strasbourg, des conseils de soldats et d’ouvriers furent constitués par les marins dans les principales villes d’Alsace, non pas pour garder celle-ci dans le giron d’une Allemagne impérialiste et vaincue, mais bien pour la soustraire au capitalisme français et la maintenir dans une Allemagne qui serait révolutionnaire et internationaliste… Mais l’Histoire en décida autrement.

 

  • Un documentaire de 53 minutes écrit et réalisé par Jean-Noël Delamarre
  • Sur une idée originale de Philippe Joyeux

 

 

- Note d’auteur

« Quand on m’a dit qu’il y avait eu en novembre 1918 un drapeau rouge tout en haut de la flèche de la cathédrale, j’ai pas voulu y croire ! » nous raconte Didier Daeninckx . « Plus tard on m’a montré un film en 16mm noir et blanc tourné à l’époque et j’ai compris ce que ça pouvait avoir d’iconoclaste. On n’est pas dans l’injure mais dans quelque chose d’extrêmement violent et je crois qu’aujourd’hui encore, c’est une image qui n’a pas été admise et digérée. Le fait, non pas qu’il y ait eu un soviet à Strasbourg, mais que d’un seul coup, ce soit sur la cathédrale qu’on ait mis le drapeau rouge. »

 

En effet, qui aurait pu imaginer que, par un jour gris de novembre, dans le vent diabolique qui tourne autour de la cathédrale de Strasbourg comme pour en interdire l’accès, un « alpiniste » grimperait au sommet de la flèche, à 142 mètres du sol, et y accrocherait un drapeau… rouge en plus ?

  • Qui aurait pu imaginer que ce drapeau ne serait plus celui de l’Empire prussien ?
  • Qui aurait pu imaginer que ce drapeau ne serait pas encore celui de la République française ?
  • Qui aurait pu imaginer que ce drapeau serait celui de l’Internationale Socialiste, et que ce foulard rouge au cou d’une des plus haute cathédrales d’Europe, flotterait le temps d’une révolution ?

 

Ce sont ces quelques jours révolutionnaires en Alsace, et surtout au coeur de Strasbourg, que nous voulons relater dans ce documentaire. Nous irons tout d’abord à Kiel pour aller ensuite rejoindre Berlin, puis nous suivrons le parcours des marins revenus en Alsace pour y apporter la révolution, leur volonté d’organiser des conseils de soldats et d’ouvriers (appelés aussi « soviet ») à Colmar, Mulhouse, Haguenau, Strasbourg… Puis nous verrons comment l’opposition des alsaciens socialistes français a su détourner cette vague révolutionnaire pour activer l’arrivée de l’armée française, délivrant ainsi l’Alsace du joug allemand qu’il soit impérialiste ou bolchevique.

 

Il faut comprendre qu’après l’annexion de l’Alsace-Lorraine après la défaite de 1871, les Alsaciens (même chose pour les Mosellans) sont devenus des citoyens Allemands et devaient se conformer aux lois allemandes, dont l’obligation de faire le service militaire sous l’uniforme allemand. En 1914, 250 000 Alsaciens-Lorrains seront enrôlés dans l’armée allemande dont 15 à 16 000 envoyés dans la marine pour leur qualité de technicien mais surtout pour les éloigner d’un contact avec les « français de l’intérieur ». Ce sont ces marins qui se révolteront contre la hiérarchie militaire méprisante et qui porteront cette révolte jusqu’en Alsace.

 

Cette période « est bien la fin de la première guerre mondiale par la signature de l’Armistice et le retour de l’Alsace à la France. Mais ce n’est pas seulement ça. C’est beaucoup plus compliqué. Ce sont aussi les derniers jours du IIe Reich, son effondrement politique et militaire, la mutinerie des marins de Kiel en Allemagne qui s’organisent en conseils et dont le mouvement s’étend en quelques jours à toute l’armée, à toutes les usines du pays. L’Alsace fait encore partie de l’Allemagne et se couvre aussi de conseils de soldats et de conseils ouvriers. » (Jean-Claude Richez)

 

La « République des soviets » de Strasbourg, aussi brève que fût son existence, reste un feu d’artifice trouble, pleins de lueurs et d’ombres. Nous voudrions la faire revivre l’espace de quelques minutes, le temps bien court de notre documentaire.

 

- Pour en savoir plus ICI

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 17:02
Les mutineries de 1917 du front.... à La Courtine

Cet article aborde les conditions de vie – et de mort – des soldats de l’armée française, pendant la première guerre mondiale, et notamment sur les mutineries qui éclatèrent en mai et juin 1917 dont celle des soldats russes du camp de La Courtine.

Ces événements sont trop peu connus, en France, alors qu’ils font partie, eux aussi, de notre histoire révolutionnaire. Notre principale source est le livre remarquable de l’historien américain Richard M. Watt : Trahison ? (Presses de la Cité, 1964).

 

Sources : La Riposte.org par Greg Oxley le 19 juillet 2009

Les mutineries de 1917 – 1ère partie

- See more at: http://www.lariposte.org/2009/07/les-mutineries-1917-1ere-partie/#sthash.K7htoIWu.dpuf

A la fin de l’année 1916, après deux ans et demi de carnage, l’armée française était saignée à blanc. Le nombre total de soldats français tués au champ de bataille, morts des suites de leurs blessures, prisonniers ou portés disparus s’élevait à 1 300 000. Selon l’Etat-major de 1914, la guerre devait être une guerre de mouvement, rapidement conclue grâce à la « théorie de l’offensive ». Les premières attaques avaient ressemblé à celles du siècle précédent. Sur fond de musique militaire, drapeaux au vent, baïonnettes fixées, les soldats sont menés par des officiers gantés de blanc contre le feu dévastateur des mitrailleuses allemandes. « Dès que l’infanterie française avance, écrivait un officier britannique, elle est arrosée de shrapnels, et les malheureux fantassins sont abattus comme des lapins. Ils sont très braves et ne cessent de revenir à la charge à travers un feu d’enfer, mais sans succès. Leurs officiers sont splendides ; ils précèdent leurs troupes d’une vingtaine de mètres, aussi calmes qu’à la parade. Mais jusqu’à présent, je n’en ai pas vu un seul parcourir plus de cinquante mètres sans être abattu. »

 

 

- Effervescence

La bataille de la Marne, en septembre 1914, arrête enfin l’avance allemande. Mais alors commence l’enlisement dans l’horreur indescriptible de la guerre des tranchées. Au cours de l’année 1915, toutes les tentatives d’ouvrir une brèche dans les lignes adverses, ou de gagner du terrain à une échelle militairement significative, se soldent par un échec. L’année suivante, ni l’hécatombe de Verdun, en février, ni l’offensive de la Somme, en avril, ne débouchent sur une percée. Le général Nivelles, qui remplace Joffre, avait obstinément refusé d’abandonner son « plan » pour l’offensive de la Somme, et ce bien que les Allemands, au courant de ses moindres détails, aient ordonné un repli stratégique qui le rendait caduc. Le résultat fut une nouvelle débâcle. Le seul élément du plan qui s’est déroulé conformément aux prévisions, c’est le courage et l’élan des « poilus ». Agonisant dans des trous d’obus et dans les barbelés, trop d’hommes meurent pour rien, une fois de plus. Trois ans de combats, de terribles souffrances et de massacres n’ont abouti qu’à une nouvelle saignée de masse, pour quelques collines de l’Aisne. Dans le vaste désordre qui règne, le long du Chemin des Dames, les soldats, trahis par l’incompétence et le cynisme réactionnaire de leurs chefs, savent que les soldats russes ne veulent plus de la guerre impérialiste, que la révolution a éclaté, en Russie, et que le Tsar a été renversé. Dans l’armée française, aussi, la mutinerie est désormais dans l’air.

 

La première division d’infanterie coloniale avait la réputation d’être solide et obéissante. Elle avait souvent été à la pointe des assauts. Revenant du front, dans la nuit du 21 au 22 avril 1917, ce sont pourtant ces troupes qui s’écrient : « A bas la guerre ! On nous a fait assassiner ! » Averti des « symptômes d’effervescence » de ce genre, Nivelles ne veut rien entendre. Soucieux de sauver ce qui lui reste de sa crédibilité, il ordonne de nouveaux assauts futiles.

 

Une mutinerie éclate finalement le 29 avril, dans le 2e bataillon du 18e régiment d’infanterie. Lors de l’offensive ordonnée par Nivelles, à peine 200 des 600 membres du bataillon ont survécu. Cantonnés près de Soissons, ils ne parviennent pas à se remettre de cette expérience. Ils espèrent un transfert sur le front d’Alsace, un secteur relativement calme. Mais le 29, moins de deux semaines après le massacre, de nouveaux officiers qu’ils ne connaissaient et ne respectaient pas les informent qu’ils vont remonter en ligne. Ils se révoltent, scandent des mots d’ordre contre la guerre. On appelle alors une section de gendarmes, qui réussit à les mettre en ligne, et, à deux heures du matin, ils sont en route pour le front. En chemin, les gendarmes arrêtent plus ou moins arbitrairement une vingtaine de soldats, qu’ils considèrent comme des meneurs de la révolte. Une douzaine d’entre eux sont incarcérés. Un « conseil de guerre » composé d’officiers est mis en place. Il leur faut des condamnations « pour l’exemple ». Les prisonniers sont déportés en Guinée française, à l’exception du caporal Moulia et des soldats Cordonnier, Didier, Garrel et La Placette, qui sont condamnés à mort.

 

Les exécutions ont lieu quelques jours plus tard. Seul Moulia a survécu. Le 12 juin, alors qu’on le menait au peloton d’exécution, un tir de barrage déclenché par l’artillerie allemande s’abat sur le secteur. Profitant de la confusion, Moulia parvient à se cacher dans les bois. Vingt ans plus tard, sa présence sera signalée en Amérique du Sud.

 

 

- « A bas la guerre ! Mort aux responsables ! »

La mutinerie du 2e bataillon du 18e régiment a donc été réprimée rapidement et sévèrement. Mais elle n’était que la première d’une longue série de révoltes d’une bien plus grande ampleur. La mutinerie suivante éclata dans la 2e division coloniale, elle aussi cantonnée à Soissons, cinq jours à peine après celle du 2e bataillon. La 2e coloniale venait de mener trois attaques ruineuses. Pourtant, le 3 mai, elle reçoit l’ordre de se rassembler dans les quartiers dévastés, au nord de la ville, pour remonter au front, une fois de plus. Le camp de la division est inondé de tracts condamnant la guerre et appelant au renversement du système qui en est responsable.

 

Après tant de désastres, tant de morts, les troupes ne sont pas pressées de se mettre en rang. Sentant l’humeur récalcitrante des hommes, les officiers doivent adopter un ton circonspect, plus persuasif que directif. De nombreux soldats se présentent sans fusil. « Que se passe-t-il, les gars ? Où sont vos armes ? » D’abord une voix solitaire, au fond de la masse : « On ne marche pas, mon lieutenant ! » D’autres voix se lèvent. « A bas la guerre ! Mort aux responsables ! » Ils gardent une attitude respectueuse envers les officiers, obéissent aux ordres, mais refusent de monter au front, quoi qu’il arrive. La révolte éclate. Pratiquement tous les régiments de la division y participent. 200 soldats envahissent le quartier général du commandant divisionnaire, en criant « On ne marchera pas ! » Les officiers tentent en vain de reprendre le contrôle de la troupe. Mais partout, ils rencontrent la même situation. Les soldats sont prêts à défendre les tranchées, mais ne veulent pas participer à de nouvelles attaques, aussi futiles que meurtrières.

 

Finalement, dans la soirée, les régiments se forment et partent prendre place dans les tranchées, convaincus qu’ils ne doivent pas laisser les troupes en première ligne mourir sous le feu ou d’épuisement, faute de relève. En apparence, cette deuxième mutinerie, comme celle du 18e régiment, a été maîtrisée assez facilement. Mais comme l’écrit Richard M. Watt, l’auteur de Trahison ?, il y a une différence importante, entre les deux événements : « Il y avait [cette fois-ci] trop d’hommes à punir. Pour cette raison, les soldats comprirent – avec une intense satisfaction – que, désormais, ils pourraient tenir tête à leurs officiers, défier la froide et inexorable discipline plus ou moins impunément, et pourraient même refuser d’attaquer. Bref, les troupes elles-mêmes décideraient de leur vie ou de leur mort. Tout étonnés de cette simple vérité qu’ils avaient jusqu’alors ignorée, nos poilus allèrent de l’avant pour la partager avec toute l’armée. »

 

 

- Les mutineries de mai 1917 avaient comme trait commun de s’être produites, presque sans exception, dans des divisions d’infanterie.

Cela s’explique sans doute par le fait que l’infanterie avait souffert dans des proportions infiniment plus grandes que les divisions d’artillerie ou de cavalerie, aussi bien lors de la débâcle de l’offensive du général Nivelles que dans les autres épisodes du carnage impérialiste. A partir de juin, cependant, les révoltes prennent une ampleur sans précédent et s’étendent rapidement à pratiquement tous les corps de l’armée. Dès les premiers jours du mois, les trois régiments de la 9e division se soulèvent. « Nous ne monterons pas en ligne », disent les soldats. Ils menacent ouvertement de tirer sur les officiers qui s’aviseraient de les arrêter. « On veut bien garder les tranchées, mais on n’attaquera plus. C’est trop bête de marcher vers des mitrailleuses intactes. On en a assez de se faire tuer sur des barbelés. »

 

Les soldats commencent à tirer des conclusions politiques. Les « papillons » et autres feuilles de propagande semés dans les casernes et les tranchées, dont l’impact semblait jusqu’alors relativement limité, sont lus et commentés. « Si nous marchons quelque part, ce sera contre la Chambre des Députés ! » Nivelles s’inquiétait de cette politisation, comme l’indique, entre autres, un mémorandum adressé au Ministre de Guerre, Hubert Lyautey :

  • « Les tracts. – Depuis plus d’un an, des tracts, brochures, journaux pacifistes parviennent aux armées. On en découvre davantage en quinze jours qu’on n’en saisissait en trois mois, en 1916… Ils sèment le doute quant à la justice de la cause pour laquelle les soldats se battent. Ils font l’apologie de l’Allemagne, affirment l’impossibilité de la victoire, et prétendent que la paix seule résoudra les problèmes du charbon et de la vie chère. D’aucuns renferment les plus dangereuses indications et les pires conseils… Ces factums entament l’esprit d’offensive des combattants, les énervent, les découragent.
  • « Les réunions de permissionnaires. – Pendant leur permission, un certain nombre de soldats assistent à des réunions où, sous prétexte de traiter des questions corporatives, les chefs syndicalistes et anarchistes exposent des théories pacifistes. De retour aux tranchées, ils répètent à leurs camarades les arguments qu’ils ont entendus.
  • « Militaires en relations avec les meneurs. – Certains soldats restent en correspondance suivie avec les individus qui semblent conduire la propagande. Les lettres qu’ils leur adressent accusent réception de journaux, tracts, feuilles volantes qu’ils avouent avoir communiqués ou répandus…
  • « Propositions. – Il y aurait lieu de saisir les tracts dans les imprimeries qui les tirent, d’interdire les réunions où les discussions ne se limitent pas à des questions strictement professionnelles, de supprimer le journal révolutionnaire russe Natchalo, d’empêcher les menées de Sébastien Faure, Merrheim, Hubert et de la douzaine d’agitateurs qui les appuient, de briser la propagande pacifiste et d’exiger un travail normal dans les usines de guerre et les arsenaux. »

 

En effet, entre Paris et le front, le Ministère de la guerre considérait qu’il ne restait plus que deux divisions sur lesquelles l’Etat-major pouvait absolument compter. A Paris, des mouvements de grève rajoutaient à la panique qui s’installait dans les milieux gouvernementaux. Poincaré fut saisi d’horreur à la vue d’une manifestation d’ouvrières des fabriques de munitions, qui ont bruyamment terminé leur marche devant les fenêtres du Palais de l’Elysée.

 

 

- A Dormans, des soldats se soulèvent en scandant : « A bas la guerre et vive la révolution russe ! »

Incapables de comprendre leur propre responsabilité dans l’effondrement de l’armée, les généraux ne veulent y voir que l’œuvre de quelques « conspirateurs ». S’adressant au député Henri Gallichet, qui venait de témoigner d’une mutinerie à Soissons, le général Franchet D’Esperey assure qu’il existe « un véritable complot organisé qui tend à dissoudre toute discipline… Les meneurs étaient en relation à Paris avec des agents louches de désordre. L’enquête a démontré que les promoteurs de la rébellion projetaient de s’emparer d’une gare et de se faire transporter par chemin de fer à Paris pour y soulever la population contre la guerre. La révolution russe doit servir de modèle… Les troupes sont tenues en état de surexcitation continuelle par les journaux remplis de détails sur les évènements de Russie, par les relations d’incidents parlementaires hostiles aux généraux, par les exagérations pessimistes… Pourquoi ferme-t-on les yeux ? Pourquoi ne réprime-t-on pas ? Cela cessera ou nous n’aurons plus d’armée, et l’ennemi, en cinq jours, pourrait être devant Paris ! »

 

Le nombre de désertions augmente en flèche. Alors qu’à peine 509 désertions avaient été signalées, en 1914, puis 2 433 en 1915 et 8 924 en 1916, leur nombre s’élevait déjà aux alentours de 15 000 sur les six premiers mois de 1917.

 

L’une des mutineries les plus importantes a lieu à proximité de Cœuvres, à quelques kilomètres de Soissons, le 2 juin, dans le 310e régiment d’infanterie. Le 30 mai, un autre régiment est passé par Cœuvres – en route, semblait-il, pour le front. Mais il était évident que les soldats n’avaient pas l’intention de s’y rendre. Ils sont passés devant les hommes du 310e, en criant : « A bas la guerre ! Faites comme nous et la guerre s’arrêtera ! La liberté ou la mort ! » Finalement, le régiment en rébellion est chassé de Cœuvres par une troupe de cavalerie et de mitrailleurs. Mais l’incident laisse sa marque sur les hommes du 310e, désormais en ébullition. Ici et là, ils entonnent L’Internationale.

 

Le lendemain, ils reçoivent l’ordre de quitter Cœuvres. Mais ils refusent. Ils élisent des délégués chargés de maintenir une « discipline révolutionnaire » dans le régiment – suivant en cela, comme bien d’autres régiments français, l’exemple des « soviets de députés des soldats » élus dans les régiments russes. Ils tiennent ainsi pendant quatre jours, avant de se rendre. Les deux-tiers des hommes sont incarcérés près de Soissons. Une quinzaine d’entre eux est condamnée aux travaux forcés. Seize hommes sont condamnés à mort. Mais cela n’a pas mis fin à la révolte dans l’armée française. Dans la deuxième semaine de juin, le 298e régiment d’infanterie lance une insurrection, prend le contrôle du village de Missy-aux-Bois et y établit son propre « gouvernement révolutionnaire ».

 

Dans ses mémoires, Poincaré relate que les insurgés ont écrit des lettres collectives à leurs officiers. Ils y disent qu’ils ne remonteront plus au front et exigent la conclusion d’une « paix immédiate et honorable ». Lorsque les officiers rejettent leur démarche, les soldats les expulsent de Missy-aux-Bois. Des barricades sont érigées autour de la ville. La « discipline révolutionnaire » s’impose à tous. Le commandant élu par les insurgés publie une déclaration pour expliquer à la population locale que les soldats « ne sont ni des voleurs, ni des assassins ». Il interdit toute forme de pillage ou de vol.

 

L’Etat-major ne peut pas tolérer cette insurrection. Dans le contexte de juin 1917, elle risque de déclencher une insurrection générale des poilus. Les autorités militaires décident donc de la réprimer dans le sang, si nécessaire. Une division de cavalerie encercle les insurgés et les prive de nourriture. Au bout de trois jours, isolés et affamés, ils se rendent. Plusieurs soldats, considérés à tort ou à raison comme les « meneurs », seront sommairement exécutés.

Les mutineries de 1917 du front.... à La Courtine

- 1917 : la mutinerie des soldats russes à La Courtine

En décembre 1915, Paul Doumer, futur Président de la République, se rend à Petrograd, dans un Empire Russe chancelant. La guerre fait rage et l’armée française connaît une pénurie d’hommes : le haut fonctionnaire français vient demander au Tsar Nicolas II un soutien en soldats pour les envoyer au front. La France veut 40 000 hommes, qui seront armés et équipés par elle. Peu attaché à la vie de ses sujets, Nicolas II accepte.

 

Partis de Vladivostok, les soldats Russes débarquent à Marseille le 20 avril 1916. Ils sont acclamés en héros par la population française, qui voit en eux une relève inattendue et inespérée. Dès leur arrivée, ils sont envoyés au front.

 

Tenus isolés de leurs compatriotes civils, les soldats ne savent pas ce qui se passe chez eux. On ne les utilise que pour servir de chair à canon : pendant l’offensive Nivelle, quatre mille appelés russes sur vingt mille trouveront la mort. Cette tuerie marque un tournant : après elle, les mutineries se généraliseront aussi bien dans l’armée française que dans l’armée allemande et parmi les appelés russes. Pour couper court à une rébellion latente, les Russes sont envoyés dans les Vosges et en Haute-Marne. C’est alors qu’ils sont informés des bouleversements que connaît leur pays : la révolution russe est en marche. Depuis le renversement de la monarchie tsariste par une grève générale insurrectionnelle, en mars 1917, une situation de « double pouvoir » existe. D’un côté, le gouvernement officiel, dont Kerenski sera le Ministre de la Guerre à partir d’avril, avant d’en devenir le chef en juillet ; de l’autre, les ouvriers et les soldats russes organisés dans des soviets (assemblées), qui manifestent de plus en plus d’impatience à l’égard du gouvernement, dont ils attendent des mesures énergiques contre la guerre et ses conséquences dramatiques.

 

 

- Les soldats russes retenus en France veulent être partie prenante de ce bouleversement révolutionnaire

Suivant l’exemple des soviets russes, des comités sont créés par des appelés mais aussi par des civils russes exilés. Dans les Vosges, la revue de troupe du premier mai 1917 tourne à la manifestation : les gradés se retrouvent face à des drapeaux sur lesquels le mot « liberté » a été écrit. Ce n’est là qu’un premier mouvement de rébellion ; d’autres vont suivre et le Ministère de l’Intérieur, qui s’inquiète de la possible influence du contingent russe sur les troupes françaises, décide alors de les transférer dans un lieu le plus éloigné possible de tout contact avec les populations civile et militaire. Ils seront ainsi transférés dans la Creuse, au camp de La Courtine, qui avait servi auparavant de camp de prisonniers.

 

La première Brigade arrive fin juin à La Courtine, et la deuxième le 5 juillet. Pour rallier cette dernière à sa cause, la première brigade organise une grande réunion dans la nuit du 5 au 6 juillet. Avec des mots rageurs et passionnés, ils appellent leurs camarades à la désertion pour ne plus combattre en France et rentrer auprès des leurs : « Dès notre arrivée en France, on a considéré le soldat russe non comme un homme, mais comme un objet utile et n’ayant pour seule valeur que sa capacité au combat. Mais au premier combat, une partie d’entre nous perd cette valeur et suit le sort déplorable d’un fardeau inutile jeté dans les hôpitaux. Pour éviter cela, il faut s’unifier et catégoriquement refuser d’aller au front. [...] Nous exigeons qu’on nous renvoie en Russie, d’où nous avons été chassés par la volonté de Nicolas le sanglant. Là-bas nous serons du côté de la liberté, du côté du peuple laborieux et orphelin. »

 

Cependant, la seconde brigade hésite à les rejoindre ; tous ne sont pas encore acquis à la cause révolutionnaire et ont sûrement peur des représailles. Leurs supérieurs agiront à temps pour éviter un ralliement massif : le 8 juillet, le Général Commandant du Corps Expéditionnaire Russe, craignant une mutinerie généralisée, décide de quitter le camp en compagnie de tous les officiers supérieurs et de dix mille hommes. Dix mille soldats « rebelles » restent donc seuls dans le camp. Pour la première fois, ils choisissent eux-mêmes leurs chefs. Après Baltaïs, qui négocie sans résultat avec les émissaires de Kerenski leur retour en Russie, c’est un Ukrainien, Globa, qui prend la tête des rebelles.

 

Pendant les négociations, les soldats aident la population dans ses travaux agricoles. Effrayé par l’influence des russes en pleine révolte sur la population locale, l’État-major français envoie début août trois mille soldats français encercler le camp. Les consignes sont strictes : utiliser la force en cas d’insubordination.

 

 

- A partir de là, la tragédie suit son cours inéluctable

Le 12 septembre, la population civile est évacuée. Le 14 septembre, le Général Commandant du Corps Expéditionnaire russe donne 48 heures aux mutins pour se rendre. Mais, le 16 septembre, aucun mutin ne s’y résout. Pendant que les musiciens jouent la Marseillaise et la Marche Funèbre de Chopin, les premiers obus atterrissent sur le camp, et les mutins se réfugient dans les casernes. Le lendemain, les coups de canons reprennent. Les redditions se multiplient, mais une centaine des plus déterminés, assiégés et bombardés, résiste. Enfin, le 19 septembre, les derniers mutins se rendent.

 

Le bilan officiel est de 9 morts chez les mutins. Le bilan officieux, établi par différents historiens, fait lui état d’au mLe bilan officiel est de 9 morts chez les mutins. Le bilan officieux, établi par différents historiens, fait lui état d’au moins une centaine de morts et de blessés. 81 meneurs seront incarcérés à l’Île d’Aix. Après la répression, il restera à La Courtine 7 500 soldats russes ne jouissant d’aucune liberté, et les comités seront dissous. « Libérés » sous réserve de travail forcé, ce n’est qu’en 1919 que ceux qui le désirent pourront rentrer chez eux en échange de prisonniers français.

 

Finalement, l’histoire aura laissé une ironie dans ces terribles évènements : venu jusqu’en Russie tsariste chercher des hommes à envoyer se faire massacrer en silence pour la cause impérialiste, le gouvernement français s’est trouvé avoir ramené sur son territoire des citoyens enthousiastes de la Russie révolutionnaire. De leur côté, Kerenski et son gouvernement ont payé leur lâcheté au prix fort. Quelques mois après avoir refusé le rapatriement aux mutins, le gouvernement de Kerenski s’est fait balayer par la nouvelle vague insurrectionnelle qui porta au pouvoir les soviets des travailleurs, soldats et paysans russes.

 

Pour en savoir plus :

- Figures de l'insupportable dans la Grande Guerre

- Colloque "Obéir/Désobéir. Les mutineries de 1917 en perspective", 9-10 novembre 2007

- lire ausi : Loin des tranchées : quand les multinationales européennes engrangeaient déjà les profits de la guerre

- Nicolas Offenstadt : "La question des fusillés de 14-18 n’a jamais cessé d’être posée"

- Mémoire d’enfer, l'éditorial de Patrick Apel-Muller

  • et aussi

- 51 fusillés bretons et toujours pas de réhabilitation

 

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- VIDEO. Les fusillés "pour l'exemple" de 14-18 bientôt réhabilités ?

 

Un rapport d'historiens, remis au ministre des Anciens combattants, préconise des pistes pour réintégrer dans la mémoire nationale ces soldats français.

 

Sources : Francetv info publié le

Certains ont refusé d'aller se battre. D'autres se sont mutinés. Un rapport d'historiens, remis mardi 1er octobre au ministre des Anciens combattants, Kader Arif, préconise des pistes pour réintégrer dans la mémoire nationale ces soldats français, souvent "fusillés pour l'exemple" par les leurs, entre 1914 et 1918. "On compte autour de 600 à 650 fusillés pour des faits relevant de la désobéissance militaire", recense ce rapport issu du groupe de travail animé par le président du Conseil scientifique de la Mission du Centenaire, Antoine Prost.

 

Cent ans après le début du premier conflit mondial, "un large consensus existe dans notre société pour estimer que la plupart n'étaient pas des lâches" mais de "bons soldats, qui avaient fait leur devoir et ne méritaient pas la mort", souligne le document. Ses auteurs rappellent le discours de Lionel Jospin, en 1998, à Craonne (Aisne), appelant à ce que ces soldats "plongés dans un désespoir sans fond [qui] refusèrent d'être des sacrifiés", réintègrent "notre mémoire collective nationale", ainsi que l'appel de Nicolas Sarkozy, dix ans plus tard à Verdun, défendant la mémoire des "fusillés pour l'exemple".

 

Le rapport avance en conclusion quatre scénarios possibles pour les pouvoirs publics. Les auteurs écartent les deux premières solutions, "ne rien faire" ou une "réhabilitation générale". La troisième solution, "la réhabilitation au cas par cas", constituerait une entreprise "très lourde", "d'un coût hors de proportion avec ses résultats probables". Les auteurs du rapport ne cachent pas leur préférence pour une quatrième solution : "une déclaration solennelle éventuellement renforcée d'un projet pédagogique". Mardi, le gouvernement a promis que ces soldats ne seraient pas des oubliés de l'histoire.

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Jean Luc Mélenchon Discours sur la guerre et la paix - 11 novembre 2013

 

 

- La Chanson de Craonne est une chanson antimilitariste écrite en 1917.

Elle a été écrite à partir de l'air de Bonsoir M'amour (Charles Sablon), chantée par Emma Liebel


Elle fut chantée par les soldats qui se sont mutinés (dans plus de soixante des cent divisions de l'armée française) après l'offensive très meurtrière et militairement désastreuse du général Nivelle au Chemin des Dames.


Cette chanson anonyme a sûrement plusieurs auteurs. Elle a continuellement évolué au cours de la guerre en fonction des lieux principaux de combat[2]. Elle apparaît sous le nom de La Chanson de Lorette évoquant la bataille de Lorette à Ablain-Saint-Nazaire se déroulant entre octobre 1914 et octobre 1915. Ensuite, la chanson est transformée pour évoquer le plateau de Champagne au cours de l'automne 1915. En 1916, elle devient une chanson sur Verdun... plus de renseignements (dont les paroles retrancrites par Paul Vaillant Couturier)

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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 10:00
L’agent orange continue de contaminer des milliers d’enfants au Vietnam

Entre 1961 et 1971, de 100 à 350 millions de litres de défoliant sont déversés par l’armée américaine sur le Sud- Vietnam, signant le premier écocide de l’histoire de l’humanité. Cinquante ans et 3 millions de morts plus tard, l’agent orange poursuit ses ravages sur les populations et sur l’écosystème du pays.

 

Sources : NEXUS par Alexis Kropotkine, le 4 octobre 2014

- Le génocide continue

Plus de quarante trois ans après le départ des troupes d’occupation américaines, les conséquences sanitaires et écologiques des épandages massifs d’agent orange et autres « agents chimiques arc-en-ciel » sur les forêts primaires d’Asie du Sud-Est continuent leur œuvre délétère dans un silence médiatique et politique assourdissant. À l’occasion du 50e anniversaire de l’opération Ranch Hand, Nexus est revenu sur le premier écocide de l’histoire de l’humanité, un conflit chimique majeur dans lequel forces indépendantistes, écosystèmes et populations civiles ont été transformés en objectifs militaires indifférenciés. (…)

 

    Visualisez la suite de ce dossier en format papier (PDF).........ICI ou ci dessous

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Monsanto partenaire de l’armée américaine

 

Sources : Combat Monsanto

- L’Agent Orange, désherbant ou arme chimique ?

Après les révélations sur la toxicité de la dioxine TCDD émise lors de la fabrication de l’herbicide 2,4,5-T, Monsanto ne remet pas en cause sa production et bien au contraire, elle entre en contact avec le Pentagone pour développer l’usage militaire de son herbicide … L’économie de guerre a toujours été une importante manne financière pour la poignée de firmes multinationales qui dominent le marché des produits chimiques. Les chercheurs de Monsanto entrevoient déjà les avantages de leur puissant herbicide en temps de guerre, car il permet l’éradication des cultures et donc d’affamer les armées et les populations ennemies.

 

Après des essais de l’herbicide réalisés en 1959 au Vietnam par l’armée américaine, celle-ci semble satisfaite puisque au bout de deux ans 90% des arbres et buissons ont été détruits sur les zones aspergées. Ces tests déclenchent le feu vert de l’ « Opération Ranch Hand » qui commence officiellement le 13 janvier 1962. Dans un premier temps le but de l’opération est de dégager les routes, les voies d’eau et les frontières du Sud Vietnam pour tracer un no-man’s land face aux VietCongs, et dans un second temps de détruire les récoltes censées approvisionner les « rebelles ».

 

De 1962 à 1971, on estime que 80 millions de litres de défoliant ont été déversés sur 3.3 millions d’hectares de forêts et de terres. Plus de 300 villages ont été contaminés et 60% des défoliants utilisés étaient de l’Agent Orange, représentant l’équivalent de quatre cents kilos de dioxine pure . Or, selon une études de l’université Columbia (New York) publiée en 2003, la dissolution de 80 grammes de dioxine dans un réseau d’eau potable pourrait éliminer une ville de 8 millions d’habitants… [1]

 

 

- Monsanto connaissait les dangers de la dioxine présente dans l’Agent Orange.

L’épandage massif de l’Agent Orange affectera pour longtemps les populations civiles vietnamiennes mais aussi les soldats américains qui ont été tout autant exposés à la dioxine sans précaution. De plus, Monsanto a délibérément caché à l’armée que son désherbant 2,4,5-T en version militaire, ou Agent Orange, contenait une plus grande concentration de résidu de dioxine TCDD que la version agricole commune. Un document interne déclassé de la firme Dow Chemicals, datant du 22 février 1965, relate une réunion secrète des principaux fournisseurs de l’ « Agent Orange » dont Monsanto pour « discuter des problèmes toxicologiques causés par la présence de certaines impuretés hautement toxiques » dans les échantillons de 2,4,5-T fournis à l’armée [2]. Dow voulait faire part d’une étude interne qui montrait que « des lapins exposés à la dioxine développaient de sévères lésions au foie. » La question abordée par les fournisseurs de 2,4,5-T était de savoir s’il fallait prévenir le gouvernement de la toxicité de l’agent orange. Gerson Smoger, l’avocat de nombreux vétérans de la guerre du Viêt-nam, déclare que « La réunion a eu lieu dans le plus grand secret.[...] La question était de savoir s’il fallait informer le gouvernement. Ainsi que le prouve un courrier, dont j’ai également une copie, Monsanto reprocha à Dow de vouloir lever le secret. Et le secret fut gardé pendant au moins quatre années, celles où les épandages d’agent orange atteignirent un pic au Viêt-nam… » [3]

 

Finalement en 1969, une étude rend publique la nocivité de l’herbicide 2,4,5-T, après que l’Institut National de la Santé américain eu révélé que des souris soumises à des doses importantes du désherbant développaient des malformations fœtales et mettaient au monde des bébés mort-nés. Le 15 avril 1970, le Secrétaire à l’Agriculture annonce une interdiction d’usage du 2,4,5-T en raison « du danger qu’il représente pour la santé ».

 

En 1971, l’armée interrompt l’opération Ranch Hand et l’épandage de l’Agent Orange, mais ses effets dévastateurs ont continué bien après, du fait de la persistance de la dioxine dans le sol, l’eau et la chaîne alimentaire et de son caractère bioaccumulateur. Le Vietnam estime que 150 000 enfants souffrent aujourd’hui de malformations dûes à l’Agent Orange et que 800 000 personnes sont malades…

 

 

- Les vétérans américains victimes de la dioxine.

 

 

En 1978, Paul Reutershan, un vétéran atteint d’un cancer de l’intestin, porte plainte contre les fabricants de l’Agent Orange, il sera vite rejoint par des milliers de vétérans du Vietnam atteint de divers symptômes, pour constituer la premiere "action de groupe" ou « class action » jamais intenté contre Monsanto. Cette affaire sera révélatrice des méthodes de la firme de St Louis lorsqu’il s’agit d’affronter la justice.

 

Pour obtenir gain de cause les vétérans doivent prouver qu’ils ont bien été contaminés par la dioxine présente dans l’Agent Orange lors de la guerre du Vietnam, et que cette dioxine TCDD est bien à l’origine de leurs maladies. Or pour sa défense, Monsanto répondra que la « dioxine est omniprésente dans la population américaine, l’environnement et les aliments… », ce qui est malheureusement vrai tant ce genre de pollution est répandue. Cependant les doses reçues par les vétérans sont bien supérieures aux doses que l’on peut ingérer dans un contexte normal, l’affaire n’est donc pas close.

 

Il faut ensuite prouver que la dioxine est un agent cancérigène par le biais d’études scientifiques qui doivent nécessairement porter sur le long terme, du fait du temps d’incubation du cancer. Monsanto possède ce genre d’étude depuis l’accident de Nitro en 1949, où plusieurs dizaines d’ouvriers furent exposés à la dioxine et qui furent suivis par le Dr Suskind. Pour prouver que la dioxine n’est pas cancérigène, Monsanto veut démontrer trente ans plus tard que les ouvriers exposés n’ont pas développé de pathologies particulières en comparaison à la population normale. C’est le Dr Roush, directeur médical de Monsanto, qui contrôlera le contenu des études de Monsanto publiées en 1980, 1983 et 1984. Comme l’on s’en doute les études de Monsanto concluront à l’absence de tout lien entre l’exposition au 2,4,5-T de l’Agent Orange et le cancer.

 

Les vétérans acceptent alors un réglement à l'amiable, et le 7 mai 1984 les fabricants de l’agent orange mettent sur la table 180 millions de dollars. Le juge ordonnera que 45.5% de la somme soit payée par Monsanto, en raison de la forte teneur en dioxine de son 2,4,5-T [4] C’est ainsi que 40000 vétérans recevront, selon les cas, une aide comprise entre 256 et 12800 dollars. L’affaire est close mais laisse un goût d’amertume dans la bouche des vétérans, qui doivent se contenter de dédommagements mineurs comparés aux frais de santé auxquels ils doivent faire face.

 

 

- La population civile vietnamienne toujours victimes de la contamination du territoire par la dioxine.

 

 

Comme nous l’avons vu plus haut, dans la définition scientifique de la dioxine, celle-ci est un agent tératogène qui favorise les malformations du fœtus. Cette caractéristique a profondément marquée l’opinion publique après les révélations sur les taux hautement anormaux de mortalité prénatal et postnatal au Vietnam dûs à des malformations rares et monstrueuses. C’est à Ho-Chi-Minh-Ville que l’on trouve la maternité de l’hôpital TU DU, la plus grande du pays. Les vietnamiens l’ont surnommé le « musée de horreur de la dioxine ». Dans la maternité, se trouve un laboratoire qui conserve tous les fœtus « monstrueux » dans du formol, on peut y voir des frères siamois partageant une seule tête disproportionnée, un tronc a deux têtes, des cas d’anencéphalie (absence de cerveau), de microcéphalie (petit cerveau), mais les mots scientifiques manquent pour décrire la plupart de ces anomalies génétiques.

 

La docteur Nguyen Thi Ngoc, aujourd’hui retraitée, s’occupe du « village de la paix », installé dans l’hôpital, qui représente l’un des douzes centres ouverts au Vietnam pour accueillir les enfants handicapés victimes de la dioxine de l’Agent Orange. Le docteur précise que la plupart des pensionnaires souffrent de problèmes neurologiques et d’anomalies organiques graves, certains sont alités car ils sont nés sans bras et sans jambes. D’après le docteur, les cas de malformations ont commencé à se multiplier depuis le milieu des années soixante, et continue encore aujourd’hui. En 2005, l’hôpital Tu Du a recensé 800 cas d’enfants nés avec des malformations, ce qui est largement supérieur à la moyenne internationale. Aujourd’hui, d’après les autorités vietnamiennes150.000 enfants souffrent de malformations supposément dûes la dioxine et 800.000 personnes sont malades.

 

Cependant, aucune responsabilité n’a encore été dégagée afin d’ouvrir des poursuites judiciaires et d’obtenir des dédommagements pour les victimes de la dioxine au Vietnam. Ces malformations ne sont tout simplement pas reconnues comme étant la conséquence d’une intoxication par la dioxine TCDD de l’agent orange. Pour l’heure, parmi les treize maladies reconnues par les Etats-Unis comme étant liées à la dioxine, une seule concerne une malformation congénitale. Un manque d’étude (« occidentales ») sur le long terme est une des lacunes dans la possibilité d’ouvrir un procès contre les responsables américains. Une des rares études disponibles est celle du Dr Hoang Trong Quynh et du Dr Arnold Scheter parue en 2003 [5]. Elle rapporte l’analyse du taux de dioxine chez des habitants vivant dans le village de Bien Hoa proche d’une ancienne base américaine utilisée pour les missions d’épandages de l’Agent Orange. Les résultats ont montré des taux de dioxine élevés, supérieurs à 5 parties par milliard (ppt), avec des pointes allant jusqu’à 413 ppt, y compris chez de jeunes enfants. Le taux moyen enregistré de dioxine chez les habitants des pays occidentaux est de 2ppt. De plus, certains échantillons de sols ou de sédiments prélevés dans la région de Bien Hoa, ont révélé des concentrations de TCDD exceptionnelles, supérieures à un million de ppt…Cependant aucune étude internationale n’a encore été menée afin de prouver définitivement le lien entre les malformations et l’agent orange.

 

Le 20 mars 2005, l’administration Bush annonçait l’annulation d’un programme de recherche binational entre les Etats-Unis et le Vietnam, qui devait porter sur la population vietnamienne et principalement sur le lien entre l’exposition à la dioxine et les malformations congénitales. Cette décision unilatérale signifie le report de toute possibilité d’action judiciaire contre les fabricants de l’Agent Orange, dont Monsanto.

 



Notes :

[1] D’après les estimations de Jane Mager Stellman, « The extent and patterns of usage of Agent Orange and other herbicides in Vietnam”, Nature, 17 avril 2003

[2] Le monde selon Monsanto, MM Robin, coedition La decouverte/Arte Ed.,2008, p60

[3] Le monde selon Monsanto, MM Robin, coedition La decouverte/Arte Ed.,2008, p60

[4] Peter SCHUK, Agent Orange on Trial. Mass Toxic Disasters in the Courts, Harvard University Press, Cambridge (Ma.), 1987, pp. 86-87 et 155-164. Monsanto a produit 29,5 % de l’agent orange utilisé au Viêt-nam, contre 28,6 % pour Dow Chemicals, mais certains de ses lots contenaient quarante-sept fois plus de dioxine que ceux de Dow.

[5] Arnold SCHEKTER, Hoang Trong QUYNH, Marian PAVUK, Olaf PÄPKE, Rainer MALISCH, John D. CONSTABLE, « Food as a source of dioxin exposure in the residents of Bien Hoa City, Vietnam », Journal of Occupational and Environmental Medicine, vol. 45, n° 8, août 2003, p. 781-788.

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 16:32
Histoire du travail des enfants en France

"Travail mauvais qui prend l'âge tendre en sa serre
Qui produit l'argent en créant la misère
Qui se sert d'un enfant ainsi que d'un outil"
Victor Hugo

 

Sources : Les droits de l'enfant

Si les excès dans l’emploi de la main d'oeuvre juvénile amenèrent dès le début de l’ère industrielle moderne les premières protestations et les premières tentatives de codification des conditions de travail, force est de reconnaître que le travail des enfants n’est pas une spécialité du 19ème siècle et de la révolution industrielle, loin de là. C’est d’abord une tradition dans le monde rural et plus particulièrement paysan. A cette époque la durée de vie est suffisamment courte pour que l’adolescent soit vite considéré comme un adulte et l’enfant comme un adolescent.

 

Pendant des siècles, la plupart des enfants ont travaillé dès leur plus jeune âge. A la campagne, ils étaient employés aux travaux des champs. A la ville, ils aidaient leurs parents artisans. Le travail se faisait en famille et ils devenaient souvent ce qu'était leurs père : paysan, maçon, ouvrier... Ainsi, très jeunes, ils apprenaient le métier. Certains enfants, issus de familles nombreuses, étaient placés comme ouvriers dans des fermes ou chez des patrons.

 

  • Les premières traces historiques du travail des enfants remontent à 1572, époque à laquelle des enfants participent à l’exploitation minière dans les Vosges Saônoises.
  • Dès le 17ème siècle, les ramoneurs savoyards sont des enfants.
  • La manufacture textile de Sedan emploie les enfants dès l’âge de sept ans.
  • Dans la manufacture de Saint-Gobain, les enfants sont nombreux : quarante âgés de sept à douze ans en 1780; ils transportent les copeaux, les tuiles, la terre dans des paniers.
  • Dans la région de Tourcoing, en 1790, sur 8.000 personnes employés dans la filature, 3.000 sont des enfants ; dans cette ville du peignage de la laine, il arrive que des enfants se noient dans les fosses où l’on lave la laine.
  • Le règlement intérieur de la papeterie MONTGOLFIER à Annonay, en 1785, stipule que "parmi les ouvrages de la fabrication, il y en a où les enfants en très bas âge peuvent être occupés; les pères et les mères auront soin d’y faire travailler leurs enfants".

 

Au début des années 1840, on aurait compté jusqu’à 143.000 enfants dans la grande industrie, dont 93.000 dans le seul secteur textile.

 

 

- Travail des enfants en usine

  • Le 19ème siècle et la révolution industrielle

Travail des enfants en usine (photo : DR)Au 19ème siècle, l'enfant semble exercer une fascination distante. On rencontre aussi bien l'être gracieux et conventionnel, le malheureux abandonné dans les cloaques putrides que les avatars de l'enfant sauvage. On discerne bien, dans nombre de domaines, une multiplication des indices : l'enfant maltraité, tyrannisé et molesté allant du Petit Chose à Poil de Carotte, emplit timidement la littérature ; les enquêteurs sociaux, arpentant les strates de la société, découvrent le travail des enfants et donnent des descriptions hallucinées qui pousseront le législateur à intervenir ; à la fin des années 1870, tandis que la criminologie prend son essor et invente le "criminel-né ", l'enfant suscite un regain d'intérêt, il est surveillé avec plus d'intensité, car dès sa naissance il représente une menace virtuelle. Mais, c'est Victor Hugo qui impose en 1853 la vision de l'enfant mort, victime expiatoire de la violence politique ; puis, dix ans plus tard, il donne le spectacle du massacre de Gavroche.

 

En 1840, les femmes et les enfants représentaient 75% de la main-d'œuvre textile. Ajoutons à cela, qu'au 19ème siècle, 150 millions d'enfants dans le mon- de exerçaient une activité professionnelle à temps complet et 100 millions à temps partiel. Il est donc compréhensible que le 19ème siècle soit qualifié de siècle noir en matière d'exploitation enfantine. Au XIX siècle, le développement prodigieux des machines, l'apparition de nouvelles techniques et l'extension rapide du chemin de fer entraînent des changements très importants en France. L'utilisation de la machine à vapeur se généralise dans tous les domaines d'activités : moissonneuses, machines-outils, trains, bateaux, pompes, métiers à tisser...

 

Pour répondre à cette demande très forte de construction de machines, la métallurgie se développe rapidement à partir de 1820, la consommation de minerai de charbon et de fer augmente.
Des centres industriels faisant appel à une main-d’œuvre importante apparaissent. Les ouvriers y sont regroupés dans de grandes usines. Parallèlement à cette évolution, les petits ateliers familiaux commencent à disparaître.
Les historiens appellent cette période la "révolution industrielle".

 

  • Des enfants dans les mines

Pendant longtemps, jusque vers 1880, les enfants ont travaillé dans les mines. Leur petite taille leur permettait de se glisser dans les galeries les plus étroites. Ils poussaient des wagonnets remplis de charbon, au risque de se faire écraser quand, à bout de force, ils ne pouvaient plus retenir la lourde charge. Ils subissaient les mêmes risques que les adultes et vivaient dans des conditions effroyables, parfois dès l'âge de six ans. C'est ainsi qu'à Béthune, en 1861, lors d'un accident dans la mine, sur dix-huit morts, on compta sept enfants dont certains avaient juste neuf ans.

 

  • Des journées de 15 heures

Les conditions de travail sont très pénibles pour tous. Beaucoup d'enfants font partie d'équipes d'adultes ; ils sont soumis aux mêmes horaires et ne sont pas mieux traités.
Dans les mines de charbon, la durée de travail est habituellement de onze à douze heures ; elle va jusqu'à quatorze heures et, très fréquemment, on fait une double journée, si bien que l'ensemble des travailleurs reste sous terre en activité vingt-quatre heures, assez souvent même, trente-six heures d'affilé.

 

  • A l'usine dès l'âge de 8 ans

Au 19ème siècle, les usines étant de plus en plus mécanisées, de nombreux postes de travail sont occupés par des manœuvres sans qualification. dès l'âge de 8 ou 9 ans, les enfants sont employés à ces travaux qu'aucune machine ne peut exécuter à cette époque. Les patrons encouragent le travail des enfants. Leur habilité et leur petite taille sont bien utiles pour certaines tâches. Et surtout, un adulte effectuant un travail similaire doit être payé trois à quatre fois plus. Bien souvent, comme leurs salaires ne sont pas suffisant pour vivre, les parents eux-mêmes font embaucher leurs enfants par l'usine.

 

  • Les enfants sont moins payés que les adultes

Travail des enfants dans une usine (photo : DR)Le salaire des adultes est nivelé vers le bas par la présence des enfants dans les usines.
Le salaire d'un enfant varie en effet entre 5 centimes et deux francs alors qu'un adulte gagne 2 francs par jour, une femme, un franc et un enfant 45 centimes pour les moins de 12 ans, 75 centimes entre 13 et 16 ans.
À Mulhouse en 1835 le pain coûte de 12 à 15 centimes la livre, la viande de bœuf 45 centimes la livre, le lait 15 centimes.


Les patrons dominateurs et paternalistes n'hésitent pas à confier aux enfants des tâches ingrates.
La transformation des industries permet la création d'emplois de complément qui ne réclament ni force physique ni qualification mais plutôt une habilité et des facilités enfantines.
L'apport d'un salaire d'appoint pour la famille explique l'attitude conciliante des parents.

 

  • Le nombre d'enfants au travail au 19ème siècle

Les opinions divergent sur ce point. Certains historiens estime que les enquêtes réalisées au 19ème siècle amplifient grandement le phénomène, d'autres historiens (les marxistes par exemple) pensent le contraire. Entre 1840 ET 1850, selon une enquête réalisée dans 63 départements et dans des entreprises de plus de 10 salariés, il y avait 131 000 enfants travailleurs pour 670 000 hommes et 254 000 femmes. Pendant la même période, selon le recensement de la statistique générale de France, il y avait 143 665 enfants travailleurs dans la grande industrie  dont 93 000 dans  le seul  secteur du  textile pour  une main  d'œuvre totale de 1 055 000 ouvriers.

 

En 1868, un nouveau recensement donne un total de 99 212 enfants concernés par la loi de 1841 (voir ci-dessous) : 5 005 entre 8 et 10 ans, 17 471 entre 10 et 12 ans, 77 000 entre 12 et 16 ans auquel il faut ajouter 26 503 enfants qui ne sont pas concernés par la loi (parce qu'employés dans des ateliers de moins de 10 ouvriers). Au total, il y aurait à cette date 125 715 enfants travailleurs pour 1,1 million d'ouvriers. En 1896, par rapport la population active, les moins de 15 ans sont 3,1 % et les 15-19 ans 9,8 % à travailler.
Il semble donc que le nombre d'enfants au travail ait été en chute constante durant le siècle. Tendance qui s'explique par la mécanisation, la dépression économique de la fin du siècle (à partir de 1873) et les lois sociales même si elles sont difficilement appliquées.

 

  • Où travaillent les enfants ?

Le textile dévore les enfants. Dans les filatures, l'agilité, la souplesse, la petite taille des enfants sont utilisées par exemple pour attacher les fils brisés sous les métiers à tisser en marche, nettoyer les bobines encrassées, ramasser les fils de coton. Les enfants sont aussi chargés de surveiller les machines (ils doivent alors rester jusqu'à 16 heures debout), de travailler à la machine à dévider (ils sont alors assis sur des tabourets trop hauts pour eux afin de les empêcher de relâcher leurs efforts).


Les mines, les usines métallurgiques accueillent également des enfants : manœuvres, ils descendent dans les galeries plus étroites où ils peuvent se tenir debout et pousser des chariots.
Dans les petites industries, les enfants échappent à la législation. L'exploitation y est donc plus dure qu'ailleurs. Toujours dans le secteur du textile, la dentelle des campagnes de Bayeux à Cherbourg où les petites filles de 4-5 ans sont exploitées ; les filatures de soie de Jujurieux dans l'Ain exclusivement féminines où des adolescentes de 13-18 ans évoluent ; dans les fabriques de toiles d'Oberkampf ; dans le chiffon parisien, la verrerie, l'impression, les petits métiers...

 

À la campagne, les métiers se sont diversifiés et les séjours dans les ateliers alternent avec d'autres activités. Le travail est alors pénible par la durée et la difficulté des tâches à accomplir.

 

  • Des premières voix se font entendre contre le travail des enfants

C'est seulement en 1840 que les premiers débats sur le travail des enfants s'amorcent autour d'un projet de loi présenté par le Baron DUPIN Les députés et sénateurs débattent âprement de ce projet destiné à limiter le travail excessif des enfants. Pendant de longues séances, les élus vont s’interroger sur les retombées économiques de cette initiative. Peut-on les faire entrer aux filatures à huit ans révolus seulement, ne les faire travailler que quarante-huit heures par semaine, et veiller à ce qu’ils aient deux heures d’enseignement primaire par jour ?


Les opposants à la réforme s’inquiètent au nom de la liberté de l’industrie et du droit du père à " diriger l’éducation de ses enfants, choisir leurs travaux, préparer leurs travaux". Les partisans de la réforme évoquent les rapports accablants du Docteur VILLERME et d’autres enquêteurs sociaux qui ont longuement visité les mines et manufactures françaises de cette première moitié du XIXème siècle. Ils dépeignent les "misérables créatures hébétées par un inconcevable excès de travail, et réduites à l’état des machines dont elles ne sont plus que les accessoires obligés". Les chiffres des recensements des jeunes gens éclopés et difformes qui arrivent au service militaire, en provenance des départements très manufacturiers, sont indiqués : 9.930 pour 10.000 contre 4.029 dans les départements très agricoles. Mais, plus que les considérations sanitaires et morales, c’est l’exemple britannique qui pèsera ; en effet, depuis 1802, le Parlement Anglais a commencé à mettre un terme aux "cruels abus" de ce genre.


L’opinion publique n’était pas unanime non plus pour dénoncer ces abus ; la preuve en est que, quelques années plus tard, Jules SIMON pour avoir écrit un ouvrage intitulé "l’ouvrier de huit ans" dans lequel il s’élevait contre ces faits se voyait accusé de vouloir ruiner l’industrie française, en particulier dans les textiles où l’on disait ne pouvoir réduire le temps de travail de l’enfant puisqu’il était calqué sur celui des ouvriers plus âgés. Cette résistance à toute amélioration de la situation des enfants est mise en évidence par la multiplicité des textes législatifs qui vont se succéder et par la modestie de leurs portée.

 

  • Le lien entre le travail des enfants et la scolarisation

Travail des enfants en usine (photo DR) L’évolution historique du travail des jeunes reste lié à celle de la scolarité obligatoire. Instituée en 1874, la gratuité de l’enseignement primaire fût votée le 16 juin 1881, et le 26 mars 1882, la loi de Jules FERRY établit l’enseignement laïc obligatoire. Cette loi fût renforcée en 1892, les enfants ne pouvant être admis au travail avant douze ou treize ans pour les titulaires du certificat d’étude. La limitation de l’âge d’embauche sera porté à seize ans en 1959, ordonnance entrée en vigueur le 1er juillet 1967.


L'enseignement technique et professionnel émerge avec l'introduction d'ateliers dans les écoles sous l'intitulé : "science d'application à l'industrie" ; c'est un échec. En 1880, des écoles manuelles d'apprentissages sont en place.


Il existe d'autre moyens pour les enfants de s'instruire :
- Cours privés
- Cours du soir pris en charge par les frères
- Écoles de fabriques (Schneider au Creusot)
- Écoles municipales (école de tissage de la Croix Rousse à Lyon)
Reste que 90 % des enfants d'ouvriers n'ont aucun accès à l'éducation. La bourgeoisie se réserve l'accès aux lycées fondés par Napoléon, dans les collèges royaux comme Louis Le Grand. Les études de droit ou de médecine terminent un cursus réussi.

 

Cependant la prise en charge patronale "du berceau à la tombe" bouche les perspectives. A Monceau les Mines, par exemple, la règle est de conduire l'adolescent le jour même où se termine sa scolarité chez l'ingénieur des houillères.

 

  • Les premiers textes de loi

C’est dans ce contexte que fût enfin votée le 22 mars 1841 la loi limitant l’âge d’admission dans les entreprises à huit ans, mais uniquement dans les entreprises occupant plus de vingt ouvriers.


A Mulhouse, en 1845, si les enfants de moins de douze ans ont disparu des filatures de coton, ceux de douze à seize ans travaillent douze à treize heures par jour. Ailleurs on en trouve de huit à neuf ans souvent à la machine à dévider, sur des tabourets trop hauts pour les empêcher de relâcher leurs efforts. Dans l’impression, on en trouve à partir de huit ans travaillant neuf à onze heures.


En 1851, apparaît la loi limitant la durée du travail à dix heures au-dessous de quatorze ans, et à douze heures entre quatorze et seize ans. En 1874, la limitation de l’âge d’admission à l’embauche sera fixée à douze ans; le travail de nuit sera interdit et le repos du dimanche deviendra obligatoire pour les ouvriers âgés de moins de seize ans. Cette protection était bien sûr insuffisante mais elle avait le mérite d’avoir posé le problème et d’exister puisqu’il faudra attendre cinquante ans pour voir un texte destiné à protéger les femmes (1892), ou pour voir une allusion au travail de l’adulte (1893).

 

  • D'autres voient le jour dès le début du XXème siècle

Des mesures efficaces concernant la protection des jeunes au travail ne seront promulguées qu’à partir de 1905. La loi du 7 décembre 1926 interdit l’affectation des enfants aux travaux dangereux, insalubres, où ils seraient exposés à " des émanations préjudiciables pour leur santé".


La liste des travaux interdits aux enfants (et aux femmes) avait déjà fait l’objet du décret du 21 mars 1914, qui sera successivement modifié en 1926, 1930, et 1945 ; ce décret comporte un tableau "B" énumérant les travaux interdits aux enfants, et un tableau "C " qui constitue la liste de 125 établissements ou ateliers auxquels les enfants (et les femmes) n’auront accès que sous certaines conditions, notamment d’âge pour les mineurs de quatorze à dix-huit ans. Ce dernier texte, désuet, sera remplacé par le décret du 19 juillet 1958, relatif aux travaux dangereux pour les enfants et les femmes.

 

Pour en savoir plus :

- le travail des enfants en France

- le travail des enfants en France à l'heure actuelle

- "Le monde du travail en France 1800-1950" de Alain DEWERPE

- "Des enfants du XVIème au XVIIIème siècle" de Karine DELORBE

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 11:59
17 octobre 1961 : « Ici on noie les Algériens »

Source : al Kanz

Le 17 octobre 1961, le préfet Maurice Papon, ancien secrétaire général de la préfecture de la Gironde durant le régime de Vichy et à ce titre organisateur de la déportation de 1 690 juifs, commandita le massacre de 300 Algériens.

 

Obéissant à Papon, comme en 40, des policiers réprimèrent dans le sang une manifestation pacifique. Une gigantesque rafle accompagna le massacre : « le 17 octobre 1961, en plus du massacre perpétré dans les rues de Paris, la préfecture de police a planifié l’incarcération d’au moins 11 538 personnes d’origine algérienne – et 12 520 au plus, en recoupant différentes sources documentaires de l’administration », rappelait en octobre 2010 feu Owni, site d’excellente facture, dans un dossier consacré à cette "honte française".

 

Aujourd’hui, à l’initiative de l’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë, une plaque commémorative rappelle qu’en 1961 on noya ici des Algériens.

17 octobre 1961 : « Ici on noie les Algériens »

Aussi infâme que cela puisse être, cette initiative nécessaire pour panser les blessures et apaiser coeurs et mémoires fut dénoncée par la droite parisienne, qui « estima, par la voix de Claude Goasguen, que ce geste est une +provocation+ », rapporta alors Le Monde, l'Humanité pour sa part présentant l’agenda des commémorations.

 

Il a fallu attendre 2012 pour que le Sénat six jours après la déclaration de François Hollande rompant le silence officiel sur la "répression sanglante" de la manifestation des Algériens du 17 octobre 1961 adopte une résolution, proposée par le groupe communiste, demandant que "la France reconnaisse ces faits", texte adopté par 174 voix pour, et 168 contre.

 

D’aucuns continuent aujourd’hui encore de plaider pour une négation de ces tragiques événements.

 

 

- A l'occasion du 51 ème  anniversaire du 17 octobre 1961, a été publié ce témoignage  d'un soldat français qui revenait de la guerre d'Algérie.

Pour en savoir plus :

- Ce que l’Humanité publiait en octobre 1961

- 17 octobre 1961 : "Ce massacre a été occulté de la mémoire collective"

- 17 octobre 1961, un crime d’État oublié. Tribune de Mouloud Aounit, président d’Honneur du MRAP, et Madjid Si Hocine, animateur du collectif l’Égalité d’abord !

17 octobre 1961, un crime d’État oublié. Tribune de Mouloud Aounit, président d’Honneur du MRAP, et Madjid Si Hocine, animateur du collectif l’Égalité d’abord ! - See more at: http://www.humanite.fr/17-octobre-1961-17-octobre-2011-lagenda-des-commemorations#sthash.lnVcARfs.dpuf
17 octobre 1961, un crime d’État oublié. Tribune de Mouloud Aounit, président d’Honneur du MRAP, et Madjid Si Hocine, animateur du collectif l’Égalité d’abord ! - See more at: http://www.humanite.fr/17-octobre-1961-17-octobre-2011-lagenda-des-commemorations#sthash.lnVcARfs.dpuf

- Le Sénat reconnaît la répression du 17 octobre 1961

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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 10:00
Barbarie disent-ils…

« Chaque fois qu’un homme a fait triompher la diginité de l’esprit, chaque fois qu’un homme a dit non à une tentative d’asservissement de son semblable, je me suis senti solidaire de son acte »
Peau noire, masques blancs

 

Source : Fondation Frantz Fanon lundi 29 septembre 2014

Les décapitations filmées d’otages occidentaux en Irak et d’un randonneur français en Algérie suscitent légitimement un sentiment d’horreur et une condamnation unanime et sans appel. Ces assassinats insensés ne peuvent être le fait que de criminels pervers au service d’une idéologie déviante. Ces mises en scène macabres viennent à la suite d’images tout aussi insoutenables montrant des exécutions de masse d’hommes désarmés. L’émotion produite par ce théâtre de la cruauté est cependant froidement manipulée par des médias et des relais politiques en Occident. La qualification sans cesse reprise de « barbaries », perpétrées par des « barbares », répond à la volonté de déshumaniser les auteurs de ces atrocités. Hors du limès de la Civilisation, ils ne relèvent plus du droit commun et ne sont plus passibles des lois ordinaires. Il s’agit pour la propagande blanche, conforme à ses usages établis et ses traditions éprouvées, de dénoncer l’irréductible barbarie de « l’autre » présenté comme totalité indistincte pour mieux soumettre ou exterminer, au-delà des criminels, toute une société. Ou comme dans les cas de l’Irak et de la Syrie de détruire des Etats.

 

Ces assassinats médiatiques sont représentés par les organes de propagande comme des actes irrationnels d’une radicale altérité, quasiment non-humaine. Mais bien davantage, des échelles du Levant à celles de Barbarie, ces atrocités seraient inhérentes à une sphère ethnico-religieuse, l’Islam, qui malgré des nuances langagières, reste intrinsèquement dangereuse, quasi-incompréhensible et systématiquement opposée à un Occident dont, par essence et définition, les valeurs humanistes sont définitivement supérieures à toutes les autres.

 

Dans un amalgame éhonté mais clairement assumé, les musulmans d’ici et d’ailleurs, suspectés de connivence « culturelle » avec les assassins, sont sommés par des policiers de la pensée de se désolidariser publiquement de ces crimes. Il leur est enjoint d’approuver la nouvelle guerre moyen-orientale de l’Occident et les bombardements « vengeurs » décidés par la Civilisation.

Ces arguments d’une propagande essentialiste visant à diaboliser des communautés toutes entières sont odieux et totalement ineptes. Cette propagande de stigmatisation et de culpabilisation est d’autant plus inacceptable que ces journalistes-procureurs seraient particulièrement bien placés, s’ils faisaient leur métier, pour évoquer, en spécialistes, la sauvagerie systématique et des exactions d’une ampleur sanguinaire inouïe de ceux dont les armes se tournent contre les populations arabo-musulmanes depuis des décennies.

 

Ces journalistes, qui martèlent le mot de barbarie, qu’ont-ils écrit sur les centaines de milliers de morts civiles en Irak, sur le recours au phosphore blanc et aux munitions à l’uranium appauvri contre des populations civiles ? Qui parmi ces parangons de la Civilisation a évoqué le sort de ces dizaines d’enfants mal formés à Falloujah et ailleurs du fait de l’utilisation d’armes interdites ?

 

A-t-on entendu des cris d’indignation de la part de cette presse au garde-à-vous, lorsque la très civilisée Madeleine Albright, ancienne secrétaire d’état américaine, justifiait la mort de cinq cent mille enfants irakiens ? Qui de cette presse ou de ces chaines de télévision s’est insurgé devant le fait que dans ce pays des droits de l’homme des criminels au moins aussi sadiques que ceux de l’Etat Islamique puissent mourir dans leurs lits grâce aux amnisties et à l’amnésie d’Etat ?

Mais il n’est nul besoin de remonter aux guerres coloniales au nom des « Lumières » de la génération précédente pour reconnaitre une même sauvagerie contemporaine, tout aussi indécente, qui se drape des valeurs de la Démocratie et des Droits de l’Homme. Barack Obama, prix Nobel de la paix, peut ainsi mener sept guerres depuis qu’il a reçu cette distinction qui a définitivement perdu toute signification morale. Qui parmi ces médias évoque les dizaines de milliers de victimes innocentes des frappes de drones à travers le monde ? La mort, sous les missiles guidés et les bombes « intelligentes », de cinq cent enfants de Ghaza n’est -elle pas une « barbarie » ? Tout comme les bombardements d’écoles gérées par les Nations Unies seraient tout au plus les dégâts collatéraux de frappes chirurgicales. Il est vrai que sans images et ensevelis sous la mystification et le silence complice des journalistes de l’infotainment, les dizaines de milliers de morts des guerres asymétriques n’existent pas. Pures statistiques, les cadavres déchiquetés de pauvres et de désarmés ne suscitent aucune émotion.

 

Il n’est donc nul besoin d’effectuer de minutieuses recherches pour découvrir que la réalité de la « barbarie » est fort différente de ce que cette presse en battle-dress veut faire accroire. On ne tentera pas non plus d’établir ici la généalogie politique de l’Islamisme fanatique fabriqué par les monarchies du Golfe et armé par l’Occident. Qui se souvient des missiles français Milan, des armes anglaises et américaines généreusement fournis aux « moudjahidine » afghans, hier freedom-fighters et aujourd’hui talibans extrémistes ?

Les mises en scène d’assassinats abjects dans des circonstances horribles par des psychopathes apolitiques ne peuvent, en aucun cas, servir de prétexte à des manipulations haineuses. Le discours sur la barbarie asséné par les relais de propagande, destiné à désigner de faux ennemis intérieurs, vise à faire taire ceux parmi les musulmans en Europe qui dénoncent les aventures guerrières au Moyen-Orient. A faire oublier ceux commis par les alliés de l’Occident. Et également, en jouant sur la peur à jeter en pâture des minorités visibles « d’apparence musulmane » à une opinion matraquée que l’on cherche à conditionner depuis des années. Ces gesticulations autour d’une soi-disant barbarie musulmane ne parviennent pas à masquer la vérité sanglante d’un Occident colonialiste hier, impérialiste aujourd’hui, qui assume sans discontinuer depuis le dix-neuvième siècle ses guerres éminemment civilisées et très sanguinaires dans le monde arabo-musulman. Les criminels de l’Etat Islamique ont été à bonne école.

 

Dans le dispositif éprouvé de préparation psychologique, la barbarie de l’autre est la justification ultime de la guerre. Or, les « guerres » éternelles contre le terrorisme, engagées depuis des dizaines d’années, loin d’avoir endigué le phénomène, l’ont généralisé et complexifié. Il ne fait guère de doute, à la lumière de l’expérience, que le refus d’approches politiques et la fascination pour la guerre manifestée par les dirigeants occidentaux, outre une dangereuse régression du droit international, ne produira qu’un surcroit de subversion.

 

Les premiers et les pires barbares sont parmi nous.

 

 

 

 

Pour en savoir plus sur le même sujet :

- 16/18 septembre 1982... le "massacre évitable" de Sabra et Chatila

- Le 8 Mai 1945, c'est aussi..... le Massacre de Sétif !

- Quand l’Europe chrétienne colonialiste, France et Espagne en tête, donnait des leçons de décapitation et de barbarie aux musulmans

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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 09:51
Marcel Paul, Ambroise Croizat. Chemins croisés d’innovation sociale.

Sources : le blog de michel Etievent

  • Marcel Paul. Etat civil : « enfant trouvé ». Raison sociale : ministre de la production industrielle à la Libération.
  • Ambroise Croizat. Etat civil : « fils de manœuvre ». Raison sociale : ministre du travail et de la sécurité sociale de 1945 à 1947.

 

Au fil de cet ouvrage, Michel Etiévent, historien, retrace entre documents inédits, les parcours féconds de Marcel Paul et d’Ambroise Croizat, deux personnages essentiels du vingtième siècle qui ont consacré leurs vies à l’invention sociale. Il suit l’extraordinaire chemin de Marcel Paul, enfant abandonné sur un banc, tour à tour secrétaire général de la fédération CGT de l’Energie, ministre communiste de la production industrielle du Général de Gaulle à Libération. Entre luttes, résistance, déportation, l’homme forge les plus grands acquis du siècle. Du conseiller de Paris, père des secours d’urgence et des crèches, au fondateur d’EDF-GDF et du statut des électriciens et gaziers, c’est une vie entière vouée à l’innovation sociale.

 

A ce chemin s’enchevêtre celui d’Ambroise Croizat, secrétaire de la Fédération CGT des métaux, député de Paris, ministre communiste du travail à la Libération. Bâtisseur de la sécurité sociale, créateur de la retraite pour tous, il laisse un héritage impressionnant : médecine du travail, comités d’entreprises, conventions collectives…Michel Etiévent entrelace les parcours de ces deux complices de luttes qui forgèrent ensemble ce qui fonde aujourd’hui l’identité sociale de notre pays. Avec ces biographies croisées, il nous livre le passionnant roman de deux hommes qui ont su donner au siècle le goût de la solidarité et de la dignité. Un livre brûlant d’actualité…

 

 

- Extrait article Laurent Etre "Humanité" 8 novembre 2008

"Jamais nous ne tolérerons que soit rogné un seul des avantages de la Sécurité sociale. Nous défendrons à en mourir et avec la dernière énergie cette loi humaine et de progrès" . ’est par ces mots qu’Ambroize Croizat, ministre du travail et de la Sécurité social de 1945 à 1947, infatigable militant de la dignité humaine et du monde du travail, acheva son dernier discours à l’assemblée nationale le 24 octobre 1950...

"je ne vous paie pas pour que vous m’indiquiez les articles du code m’interdisant de réformer, mais pour y trouver ceux qui vont me le permettre" lance Marcel Paul quelques années plus tôt, un jour de 1946, aux juriste de son ministère de la production industrielle.

Le "fils de manoeuvre" Croizat et Marcel Paul le "pitau" du nom que l’on donnait à l’aube du siècle dernier aux "enfants trouvés" ayant marqués leur siècle et l’histoire du mouvement ouvrier, c’est un certain engagement communiste, intransigeant que nous propose de redécouvrir Michel Etièvent, avec sa sensibilité d’écrivain, sa rigueur d’historien et sa conscience de journaliste en prise avec les enjeux et les luttes d’aujourd’hui.

 

Le livre est disponible  ICI

 

 

- Une conference sur Ambroise Croizat, et Marcel Paul

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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 22:30
16/18 septembre 1982... le "massacre évitable" de Sabra et Chatila

L'échange se passe à Jérusalem il y a trente ans jour pour jour. Morris Draper, ambassadeur itinérant du président Ronald Reagan au Proche-Orient, rappelle à ses interlocuteurs israéliens la "position fondamentale" des Etats-Unis : "Nous n'avons pas pensé que vous deviez entrer. Vous auriez dû rester en dehors."

Réponse d'Ariel Sharon, ministre israélien de la défense : "Que vous l'ayez pensé ou pas… Quand l'existence et la sécurité sont en jeu, tout est de notre responsabilité, on ne laissera jamais personne d'autre décider pour nous."

 

Sources : Le Monde.fr Proche Orient  par Sylvain Cypel | 17.09.2012

Nous sommes le 17 septembre 1982, et la réunion entre Américains et Israéliens a commencé à 12 h 30. Le premier ministre, Menahem Begin, en est absent. Avec Ariel Sharon, Yitzhak Shamir, le ministre des affaires étrangères, et de hauts responsables des services de sécurité rencontrent l'ambassadeur Draper. L'échange précité est tiré d'une série de cinq documents (datés des 15, 16, 17, 18 et 20 septembre 1982) auxquels Seth Anziska, chercheur américain de l'université Columbia, a eu accès dans des archives israéliennes, et sur lesquels il fonde un article paru dans le New York Times, ce lundi 17 septembre, sous le titre "Un massacre évitable". Mis en ligne par le quotidien américain, ces documents, en hébreu et anglais, jettent une lumière crue sur la politique libanaise de Washington à cette époque et sur la relation américano-israélienne.

 

 

- Entre 800 et 2000 morts ou disparus

Ce 17 septembre, Morris Draper est soumis, surtout de la part d'Ariel Sharon, à une pression peu usuelle : "M. Draper, vous craignez d'être soupçonné d'être de mèche avec nous ? Niez-le et on le niera." Car au moment où cet échange a lieu, un massacre, qui va entrer dans l'histoire, est déjà en cours : celui des civils palestiniens des camps de Sabra et Chatila, à Beyrouth. Au total, entre 800 et 2 000 personnes seront exécutées ou vont disparaître. Des femmes sont violées, des enfants et des vieillards abattus, des hommes emportés vers des destinations inconnues. Commencé le 16, le massacre est mené par des phalangistes chrétiens et des miliciens des Forces libanaises, alliés de l'armée israélienne depuis le début de son invasion du Liban, le 6 juin.

 

Jusqu'à peu auparavant, Ariel Sharon a cru avoir triomphé. Les bombardements des grandes villes (Beyrouth, Tyr, Sidon…) ont abouti, le 1er septembre, au retrait de la capitale libanaise des groupes armés de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), dont l'éradication était l'objectif israélien. Les Américains ont supervisé ce retrait et donné à l'OLP des garanties que les populations palestiniennes seront protégées. De plus, Israël a vu son principal allié, le phalangiste chrétien Béchir Gemayel, être élu président de l'Etat libanais fin août. Mais, le 14 septembre, il est assassiné. Dans la nuit, le chef d'état-major israélien rencontre les chefs chrétiens à Beyrouth. Le matin du 15, contrevenant au cessez-le-feu, Tsahal envahit la ville. Le 16, les miliciens chrétiens entrent dans les camps palestiniens. La nuit, l'aviation israélienne éclairera les lieux pour les aider.

 

Ce 17, lorsque l'envoyé spécial américain rencontre ses interlocuteurs, le massacre est donc en cours. Que savent précisément les deux parties sur ce qui advient dans les camps ? Rien n'est avéré. Mais les Israéliens savent que les phalangistes y sont entrés, et, au moins depuis la veille au soir, leurs propres sources les ont informés d'éventuelles "tueries". Ils n'en disent mot.

 

 

- "Qui donc va les en empêcher ?"

Rapportée par les historiens, une rencontre, très pénible, avait déjà eu lieu la veille au soir. Morris Draper, accompagné de l'ambassadeur américain à Tel-Aviv, Sam Lewis, fait face à Ariel Sharon, au chef d'état-major israélien, Rafael Eitan, et au chef du renseignement militaire, le général Yehoshua Saguy (orthographié "Sagi" dans les documents). Washington et "les Libanais" demandent que Tsahal se retire de Beyrouth, rappelle l'Américain. Les "terroristes" sont toujours là, rétorque Ariel Sharon, "2 000 à 3 000, on a même leurs noms". Dès lors, qui va s'occuper des camps ?, demandent les Israéliens. Lorsque Morris Draper évoque "l'armée et les forces de sécurité libanaises", le général Saguy exige que "les Phalanges aussi" soient de la partie. Draper s'y oppose. "Et qui donc va les en empêcher ?", demandera le général israélien.

 

  • De fait, le patron du renseignement de Tsahal sait que les phalangistes y sont déjà. Mais la réunion-clé du lendemain, le 17, se déroulera comme si personne n'en avait connaissance. L'ambassadeur Draper y réitère l'exigence américaine que Tsahal montre des signes, même symboliques, de retrait de Beyrouth : "Israël ne devrait pas donner l'impression d'occuper une capitale arabe. (…) "
  • Sharon : "Qui va s'occuper de ces 2 000 terroristes ? C'est aussi votre intérêt. Qui va les attraper ? Bon, Fakhani, Sabra, Chatila, à notre avis, ils sont, disons 1 000, peut-être 500. On sait qu'ils y sont, bien équipés, armés et tout. Et vous voudriez qu'on se retire ?"… Draper insiste ; les Israéliens demandent à se consulter entre eux. A leur retour, ils acceptent le principe d'un retrait de Beyrouth, mais une fois passé Roch Hachana, le nouvel an juif, soit 48 heures plus tard.
  • Draper, pressé de conclure : "Le plan sera mis en œuvre sous 48 heures, telle est la politique."

 

- "Il n'en restera aucun"

Sharon préfère ne pas laisser d'ambiguïté : "Bon, alors, Fakhani, Sabra, Chatila, Bourj el-Barajneh…" Il nomme les lieux où, entre-temps, devra se mener la traque aux "terroristes".

  • Draper : "Des gens hostiles diront que Tsahal reste à Beyrouth pour permettre aux Libanais de tuer les Palestiniens dans les camps."
  • Sharon : "Alors on va les tuer, nous. Il n'en restera aucun. Vous ne sauverez pas (…) ces groupes du terrorisme international."
  • Draper : "Nous ne sommes intéressés à sauver aucun de ces gens."
  • Sharon : "Si vous ne voulez pas que les Libanais les tuent, nous les tuerons."
  • L'ambassadeur Draper réitère alors la "position du gouvernement : on veut que vous partiez. Laissez faire les Libanais". Le retrait israélien débutera trois jours plus tard.

 

Ce vendredi 17 verra le pire du massacre. Il n'y avait dans les deux camps ni 2 000, ni 1 000, ni 500 "terroristes" : les forces de l'OLP avaient bel et bien évacué Beyrouth. Après une seconde nuit de terreur, les phalangistes se retirent le samedi matin. Informé par son émissaire, l'ambassadeur Draper écrit à Ariel Sharon : "C'est horrible. J'ai un représentant dans les camps qui compte les corps. Vous devriez avoir honte." Le président Reagan tancera le premier ministre, Menahem Begin, en des termes d'une inhabituelle virulence.

 

 

- "Partiellement responsable"

Dans ses Mémoires, le secrétaire d'Etat, George Shultz, sera le plus sévère : "Les Israéliens ont dit qu'ils entraient dans Beyrouth (…) pour éviter un bain de sang, il s'avère qu'ils l'ont facilité et peut-être même suscité." Pour avoir fait confiance à leurs alliés, écrira-t-il, "le résultat brutal aura été que nous sommes partiellement responsables" de ce massacre.

 

En conclusion de son article, Seth Anziska écrit : "La leçon est claire : parfois un proche allié agit à l'inverse des intérêts et des valeurs américaines. Echouer à exercer la puissance américaine pour les défendre peut avoir des conséquences désastreuses." L'important, explique-t-il au Monde, n'est pas que les Israéliens aient "délibérément trompé" les Américains, selon l'expression qu'utilisera le sous-secrétaire d'Etat Lawrence Eagleburger, ou qu'ils l'aient fait par conviction. "L'essentiel tient en la faiblesse diplomatique face à leurs intimidations et aux reculades successives de l'ambassadeur Draper", qui finit par céder sur l'essentiel.

 

Obnubilé par son objectif de voir les Israéliens se retirer de Beyrouth, l'ambassadeur accrédite comme réel un fait non avéré – la présence de "terroristes" supposément restés par milliers dans les camps – et accorde à son allié 48 heures de présence supplémentaire dans la ville. "En résumé, il finit par dire aux Israéliens : 'Bon, allez-y, tuez les terroristes, et vous partirez ensuite.' Là est la faillite diplomatique américaine."

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Palestine

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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 13:32

Mis en ligne le 26 août 2014

En pleine émission sur les sanctions russes, Xavier MOREAU entrepreneur et rédacteur pour Realpolitik TV balance un secret de polichinelle que très peu de médias ont osé dévoiler au grand public: la construction européenne a été officiellement financé par... les Etats-Unis.

 

Pour en savoir plus :

- Document dé-classifié de la CIA datant de février 1953. La preuve ULTIME que l'Union Européenne est une création Américaine (le lien mène vers le site officiel de la CIA).

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