Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 08:09
Laurent Berger (leader de la CFDT) : mouton du Medef et du pouvoir !

Ce 1er-Mai 2015 a été l’occasion, pour Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, de se répandre dans de nombreux médias. Deux mots : cambouis et déringardiser ont dominé ses propos. Tout cela sous couvert de modernisation. Que se cache-t-il derrière ces mots ?

 

Sources : Le blog de Robert Mascarell

Notre homme a de très hautes ambitions pour le syndicalisme du 21ème siècle. C’est pourquoi, en vue de cet objectif louable, la CFDT, dit-il, « met les mains dans le cambouis pour faire des propositions quels que soient ses interlocuteurs ». Et comme il est très sensible, Laurent Berger n’apprécie pas du tout, mais alors pas du tout, qu’on puisse dire de lui qu’il est l’interlocuteur privilégié du gouvernement. Pour aggraver son cas, j’ajoute qu’il est aussi l’interlocuteur privilégié du MEDEF.

 

Mettre les mains dans le cambouis cela signifie se salir les mains. Comment mieux se salir les mains, pour une organisation syndicale, que de participer aux plus basses besognes contre les salariés, en signant des accords scélérats (gagnants pour les patrons, perdants pour les salariés). C’est-à-dire que les syndicats de travailleurs ne devraient plus être là pour faire progresser leurs droits sociaux, mais pour les leur faire perdre plus ou moins vite selon leur degré de résistance.

 

 

- Pour Laurent Berger et la CFDT, la modernisation, pardon la déringardisation, du syndicalisme c’est cela.

On comprend mieux pourquoi ceux-ci sont les chouchous du MEDEF, des gouvernements successifs et des médias.

 

Il s’agit là d’une véritable perversion du syndicalisme, qui est dans la droite ligne de l’évolution de la CFDT mise en œuvre par les prédécesseurs de Laurent Berger depuis 1971. En février 2013, déjà, dans un article que vous pouvez retrouver ici-même, j’ai imagé cette évolution par le déroulement de la carrière des dirigeants de la CFDT, après qu’ils aient quitté leur fonction à la tête de leur organisation. Tous sont devenus des stipendiés du patronat et/ou des pouvoirs successifs.

 

D’ores et déjà, Laurent Berger a probablement assuré la suite de sa carrière, lorsqu’il ne sera plus le secrétaire général de la CFDT. Mais reconnaissons-lui un mérite. Il dit beaucoup plus crûment que ses devanciers ce qu’est l’objectif poursuivi par la CFDT : faire accepter par les salariés la perte de leurs droits sociaux, sans mettre en cause une seule seconde l’aggravation des inégalités sociales au profit des employeurs.

 

Pour ce faire, il fait siennes les thèses du patronat et des gouvernements successifs sur l’inexistence de la lutte des classes et sur la nécessité de conformer les droits des salariés aux règles économiques et sociales de la mondialisation capitaliste. Bref, au nom de la compétitivité, les travailleurs, en particulier, et la société, en général, doivent accepter la généralisation de la précarité et du moins disant social.

 

 

- J’exagère ? Que nenni !

Je cite ce que disait Laurent Berger le 01 avril 2015 : « Quand un syndicat accepte de discuter, voire de s’engager, il est dans le partage de risques. »

 

Vous avez bien lu :

  • Pour Berger, les salariés doivent partager les risques avec leurs patrons, mais pas leurs profits.

 

De même, à la manière du MEDEF, le 11 février 2014, le 11 février 2014, il a exhorté le gouvernement à aller beaucoup plus vite en matière de réduction du nombre de fonctionnaires : « Le gouvernement fait du rabot quand il faut faire des choix ».

 

Enfin, à propos de ce 1er-Mai 2015, Laurent Berger a estimé qu’il « faut arrêter de considérer qu’il y a des traditions immuables. On entend depuis ce matin parler du -traditionnel défilé du 1er mai-. La CFDT la CFDT ne défile pas aujourd’hui. »

 

Ainsi, ce rendez-vous de luttes ouvrières à travers le monde, gagné avec leur sang par les ouvriers à la fin du 19ème siècle, est ravalé au niveau d’une tradition sans signification par ce responsable syndical, comme une simple fête religieuse dont l’origine fumeuse remonte à 2000 ans. Pitoyable.

 

Dussé-je passer pour un indécrottable ringard, je me battrai jusqu’à mon dernier souffle pour que le syndicalisme reste un syndicalisme de luttes, mieux de lutte des classes, afin d’améliorer les droits sociaux, économiques et politiques des travailleurs.

Repost 0
Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Social
commenter cet article
5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 08:10
La loi Santé de Marisol Touraine, une étape dans la longue marche des complémentaires

La loi Santé de Marisol Touraine ne tombe pas du ciel. Elle est le fruit d’un long processus de mise à mort d’un système de santé solidaire.

 

Sources : le Parti de Gauche Midi-Pyrénées le 25/04/2015 par Christian Lehmann[1]

- La longue marche des complémentaires

« Il faut une génération pour changer un système de santé » avait prédit Henri de Castries, PDG d’AXA®, président du groupe Bilderberg et ami de trente ans de Manuel Valls.

 

A la fin de la Seconde guerre mondiale, le Conseil National de la Résistance a créé un système de protection sociale solidaire, et nationalisé les grandes sociétés d’assurances privées, au motif que la souffrance ne devait pas être source de profit pour « les grandes féodalités ».

 

Cette Sécurité Sociale a rapidement agacé le patronat de l’époque. Dès 1948, la Chambre de Commerce de Paris s’en indignait : « La Sécurité sociale est devenue pour l’économie une charge considérable. Les salariés ont profité de traitements dont ils n’avaient peut-être pas un besoin certain, la moindre maladie a été le prétexte de repos. L’absentéisme s’est développé. »

 

En 2000, Claude Bébéar, alors PDG d’AXA®, crée l’Institut Montaigne, un thilk-tank d'économistes "indépendants"… financé par des banquiers et des assureurs (Areva®, Axa®, Allianz®, BNP Paribas®, Bolloré®, Bouygues®, Dassault®, Pfizer® ), qui dans les média est chargé de distiller le venin : le système de santé, déficitaire, doit être réformé de toute urgence. La preuve : le "trou de la Sécu" conséquence de l'irresponsabilité des malades et de la malhonnêteté des médecins. Jamais aucun de ces experts ne pointe qu’en 25 ans, 10% de la richesse nationale est passée des salariés aux dividendes financiers des actionnaires, entraînant une baisse cumulative des cotisations. La protection sociale des Français est donc constamment pointée comme coûteuse, irresponsable, un frein à la compétitivité et aux profits.

 

En 2004, Jacques Chirac, ami intime de Claude Bébéar, nomme à la tête de l’Assurance-Maladie Frederic Van Roekeghem, un ancien directeur du groupe AXA®. Proconsul nommé par l’Elysée, l’assureur Van Roekeghem peut enfin passer outre les avis des centrales syndicales et des syndicats médicaux, qui toutefois ne dénoncent pas la manipulation, trop heureux de garder leurs postes et leurs jetons de présence.

 

Dans le même temps, les assureurs entrent au Conseil de la Sécurité Sociale au sein de l’UNOCAM. Nommant et virant les directeurs de caisses locales comme il l’entend, Van Roekeghem s’entoure de sbires qui transforment la Sécu en intégrant les pires techniques de management : utilisation d’un langage commercial orwellien « C’est en changeant tous un peu qu’on peut tout changer », non-remplacement des agents retraités, transfert non rémunéré de la saisie informatique des feuilles de soins aux soignants, primes d’intéressement des médecins conseils, manipulation programmée des chiffres d'arrêts de travail " injustifiéés ", pouvoir disciplinaire discrétionnaire des directeurs de caisses sur les soignants, harcèlement des médecins. A force d’endoctrinement et de primes, les médecins-contrôleurs de la Caisse intégrent ce paradigme : utiliser les pires méthodes de management du privé "sauverait la Sécu ".

 

Début 2005, un petit arrangement entre amis permet à Xavier Bertrand, accessoirement ancien assureur chez AXA® lui aussi, de signer une convention avec les syndicats médicaux les plus proches du pouvoir en détruisant le système du médecin référent. Ouvrant la voie à la pénalisation des assurés, aux franchises sur les soins, le système du médecin traitant consiste en un magnifique tour de passe-passe, surchargeant les généralistes de travail administratif sans leur octroyer les moyens de payer un secrétariat, désespérant leur relève et hâtant leur disparition sur l’ensemble du territoire.

 

Dans le même temps, à l’hôpital, se met en place la tarification à l’activité. Les directeurs d’hôpitaux, eux aussi nommés par le pouvoir politique, inculquent au personnel soignant la culture du résultat. Rapidement, les vieux, les sans-grade, les malades atteints de pathologies complexes et nécessitant, outre des explorations médicales, du « temps soignant », sont refoulés de l’hôpital, pour des raisons d’équilibre budgétaire.

 

En 2006, à sa prise de fonction, Guillaume Sarkozy déclare être « fier de prendre la direction de Médéric®, un acteur historique majeur de la protection sociale. Mon ambition est que Médéric® relève les défis des réformes à venir qui transformeront profondément l’intervention des acteurs complémentaires, notamment dans le domaine de la santé, pour jouer un rôle de premier plan dans l’amélioration des services de protection sociale. »

 

 

- Stigmatisation des patients, dénigrement des soignants

En 2007, son frère Nicolas Sarkozy arrive au pouvoir et, au prétexte de la réduction des déficits, se lance dans la " responsabilisation " des patients en instaurant des franchises sur les soins. Philippe Seguin, président de la Cour des Comptes, propose une alternative : plutôt que de ponctionner 800 millions d’euros par an dans la poche des cancéreux et des diabétiques, la simple taxation des stock-options ramènerait 4 milliards par an dans les caisses de l’Etat. La proposition est évidemment passée à la trappe.

 

La même année, Denis Kessler, ex-directeur général d'AXA® et ex-vice-président du MEDEF le félicite de ses réformes : « Il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple… Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

 

Dans ce climat de désespérance générale des soignants, de colère des malades, le pouvoir s'attache les services d'associations de patients "représentatives " comme le CISS® en les finançant à 75%. Pour s’assurer la fidélité de leurs représentants, on leur fait miroiter un avenir radieux, où grâce à l’éducation thérapeutique, on pourra enfin se passer de médecins.

 

Confrontés en 2009 à une campagne vaccinale contre la grippe aussi calamiteuse sur le plan scientifique que financier, ces « représentants » se taisent courageusement, concentrant leur tir sur les médecins de ville, accusés de vouloir vacciner leurs patients par appât du gain. Ils évitent ainsi à Roselyne Bachelot-Narquin et à Nicolas Sarkozy d’avouer clairement qu’il ne leur est pas venu un instant à l’idée de baser un plan pandémique sur une espèce dont ils organisent la disparition.

 

En faisant une fois de plus preuve de leur indépendance d’esprit vis-à-vis des pouvoirs et des pseudo-experts, les médecins de ville renforcent la conviction des politiques : il n’y a rien à attendre d’un corps de métier aussi disparate, individualiste, rétif à toute directive administrative infondée : le magistère de la santé doit être retiré au corps médical. Béats d’admiration devant les vaccinodromes Bachelot, certains idiots utiles comme Jean-Luc Mélenchono et François Chérèque accompagnent la manœuvre, incapables de saisir que ce n’est pas aux pieds du peuple, mais aux pieds des assureurs que le politique compte déposer ce magistère.

 

En 2009, Frédéric Van Roekeghem innove en proposant aux généralistes une rémunération à la performance. Certains des items scientifiques en sont très discutables, voire contraires à l’intérêt des patients, le calcul de la rémunération en est opaque. Le but est de déterminer, au sein des soignants, les plus compliants. Ceux qui passent sous les fourches caudines de la CNAM pour quelques deniers pourront demain, pour une somme modique, être agréés par les réseaux des assureurs privés.

 

En 2010, de déremboursement en franchise, la « Sécu » ne rembourse bientôt plus que 50% des soins ambulatoires, en maintenant la pression sur les professionnels de santé les moins bien rémunérés, infirmiers, généralistes et spécialistes de secteur 1, pour les pousser à la disparition. Sous couvert d’améliorer la gestion, se créent alors des Agences Régionales de Santé, sous la houlette de Nicolas Sarkozy. Une flopée de pontes « de gauche » habitués des hauts salaires, dont Claude Evin, qui a vigoureusement soutenu la réforme des hôpitaux, s’y précipite pour accepter des postes, cautionnant la manœuvre. Au menu : restrictions financières, coupes claires et autoritarisme d’une administration pléthorique jamais satisfaite.

 

En 2010 toujours, la légalisation de la « télémédecine » fait les unes de la presse. Experts du ministère et charlatans 3.0 exaltent conjointement une industrialisation du soin qui réaliserait le rêve d’une médecine sans médecin, gérée à distance depuis un centre d’appel vers des objets connectés.

 

De retour aux affaires, Xavier Bertrand relance le chantier du Dossier Médical Personnel, vantant aux Français les mérites d’un outil qui, in fine, permettra aux assureurs, une fois les généralistes éliminés, de disposer des données médicales personnelles des patients pour mieux affiner leurs offres tarifaires, calculer leur marge, et proposer aux patients.... des surcomplémentaires.

 

 

- Alzheimer, c’est maintenant

En 2012, c’est l’alternance. « La changement, c’est maintenant ». Après avoir vitupéré contre les franchises pendant cinq ans, les socialistes sont brutalement frappés d'Alzheimer. Eux qui dans l’opposition avaient vilipendé la gestion comptable à la hussarde de Van Roekeghem et le retrait de l’hypertension artérielle sévère de la liste des affections prises en charge en longue durée, le confortent dans sa position. Pas à un reniement près, l'inénarable députè Catherine Lemorton explique que l'ancien assureur privé est.... un immense serviteru de l'Etat.

 

Au Congrès de la Mutualité cette année-là, Marisol Touraine vient plier le genou devant le véritable Ministre de la Santé, Etienne Caniard. Elle lui accorde le report de publication des frais de gestion des complémentaires, "dont nous connaissons les difficultés qu'elles créaient pour vous" . Le pauvre homme est probablement comme le député Thévenoud l’une des premières victimes de la phobie administrative, et Marisol Touraine ne veut pas l’accabler en le contraignant à révéler aux cotisants quel pourcentage de leur argent est réellement consacré au remboursement des soins, et quel pourcentage va au marketing, aux publicités calamiteuses de Chevalier et Laspalès, ou au sponsoring de rallyes automobiles. Sous les vivats des dirigeants de complémentaires, François Hollande annonce la mise en place de l’Accord National Inter-régimes (ANI). « Une mutuelle pour tous », lance fièrement l’ennemi de la finance. L’Association Diversité et Proximité Mutualiste ( ADPM) regroupant de petites mutuelles, dénonce sans être entendue les manoeuvres en cours de financiarisation du secteur au profit des grands groupes. Et très peu comprennent que cette prétendue avancée signe un recul supplémentaire de la solidarité : dans un pays où la Sécurité Sociale rembourserait chacun correctement, personne ne devrait se voir contraint de cotiser à une complémentaire…

 

Dans le même temps, tandis que Cahuzac et Morelle donnent des leçons de morale à la Terre entière, en flagrant conflit d’intérêt, des députés socialistes ex-administrateurs de mutuelles douteuses, de la MNEF à la LMDE, passent en force à l’Assemblée Nationale la loi sur les réseaux de soins, histoire de renforcer le pouvoir des assureurs sur les professionnels de santé.

 

Dans le même temps, les laboratoires de biologie médicale font l’expérience de la main-mise des ARS sur leur survie. Accablés par la loi Bachelot de démarches-qualité et d’évaluations onéreuses, ne pouvant faire face à l’avalanche de textes et de contraintes administratives, nombre de biologes sont contraints de vendre leur laboratoire à de grands groupes. Comme par hasard, le dossier est géré au gouvernement sous la houlette de Jérôme Cahuzac, alors ministre délégué au budget, et par certains de ses proches.

 

 

- Diminuer le « coût » de la protection sociale et servir la finance

Et nous voici en 2015. Accélérant le mouvement, le gouvernement de reniement de François Hollande cherche à déréglementer le secteur de la santé, et à livrer les professionnels aux financiers et aux assureurs, appâtés par l’odeur du gain, tout en cherchant désespérément une mesure emblématique de gauche pour servir de caution sociale de sa politique antisociale : ce sera le tiers-payant généralisé.

 

Dans le même temps, au prétexte de la loi sur l’accessibilité aux personnes handicapées, le gouvernement met en péril la survie de nombre de cabinets médicaux isolés. Les moyens diffèrent, mais la technique est identique à celle qui a été utilisée avec succès pour les laboratoires de biologie médicale. Empiler les contraintes ingérables au tarif actuel de la consultation, forcer au regroupement dans des structures qui demain seront bradées aux complémentaires et aux financiers. Quand 50.000 médecins refusent telle ou telle directive imbécile, il est plus simple pour les ARS d’ordonner aux directeurs de 3000 maisons de santé de suivre les protocoles décidés en haut lieu.

 

Dans ce contexte, le tiers-payant généralisé qu'agite Marisol Touraine comme preuve de son engagement socialiste est un leurre. Et cela lui évite de parler de la véritable menace sur l’accès aux soins des français : la totale déconnexion entre le tarif de remboursement et la valeur économique de l’acte, qui dissuade les jeunes de s’installer en ville et accélère la désertification médicale.

 

Avec le TPG, il ne s’agit pas de diminuer le coût final pour les malades, mais de rendre l’assureur maître d’œuvre de la procédure médicale, selon l’adage qui veut que celui qui paie décide, surtout s’il a tout moyen de faire pression sur le professionnel. Lorsqu’elle répète en boucle dans les média que le tiers-payant généralisé ne coûtera rien à l’Etat, Marisol Touraine n’a pas tort, dans la mesure où la Sécurité Sociale est totalement incapable de gérer informatiquement 600 mutuelles complémentaires. Frédéric Van Roekeghem, qui a quitté son poste de fossoyeur après dix ans de bons et loyaux services pour retourner pantoufler dans le privé, a tellement dégraissé la Sécu que ses services ne sont même plus capables de comptabiliser correctement le nombre de patients ayant choisi tel ou tel médecin traitant. Comment son successeur, Nicolas Revel pourrait-il gérer correctement le règlement des soins aux professionnels ? De son côté, Etienne Caniard fait le tour des médias, annonçant comme un camelot de téléachat qu'il a dans ses cartons une solution informatique simple et fiable pour assurer le paiement aux professionnels, alors qu’encore aujourd’hui la majorité des complémentaires est incapable d’assurer correctement le règlement de la part mutualiste aux assurés bénéficiant du tiers-payant. Mais Marisol Touraine s’en moque. Ce qui lui importe, c’est l’effet d’annonce. C’est de marteler une fois de plus, comme Cahuzac, Morelle et Thévenoud avant elle, qu’elle est de gauche, et donc du côté des petits, des démunis, des pauvres et des sans grade, avant de monter en voiture pour aller dîner au Siècle.

 

Comble du cynisme, ces disciples autoproclamés de Jaurès n’hésitent pas à proposer de conditionner le tiers-payant que nombre de professionnels de santé appliquent aujourd’hui spontanément à leurs patients en difficulté… à l'autorisation directe de prélèvement de ces franchises (autrefois dénoncées par les socialistes comme injustes et inefficaces) sur le compte bancaire des cancéreux et des diabétiques.

 

Ultime retournement de veste d’un gouvernement aux abois et signe de l’amateurisme qui a accompagné tout au long le projet de loi Santé, Marisol Touraine lâche dans la dernière ligne sous la pression insistante des médecins les mutuassureurs en chargeant la seule Assurance-Maladie de gérer le tiers-payant, provoquant la colére dépitée d'Etienne Caniard. Le président de la Mutualité, qui n’a pas ménagé ses efforts de lobbyiste, voit s’éloigner avec ce flux unique l’accès direct des assureurs aux données des patients. Même son de cloche chez Cegedim, éditeur de logiciels pour l’industrie pharmaceutique dont le PDG… mis en examen dans l’affaire de la MNEF, fustige un dispositif « techniquement et juridiquement » intenable… qui protège encore un temps les données des patients… jusqu’au prochain décret ou amendement passé en douce.

 

Car derrière ce recul momentané, la menace est toujours présente, et de plus en plus clairement exprimée par les parlementaires « socialistes ». Olivier Véran, rapporteur de la Loi Santé, plaide en termes sibyllins pour une « redéfinition du panier de soins », tandis que Pascal Terrasse, député PS de l’Ardèche et spécialiste des affaires sociales, se prononce de manière plus franche pour le transfert de la médecine de ville, « les petits soins » aux assureurs, quand la Sécurité Sociale se concentrerait sur les pathologies lourdes : " Oui, il faut aller vers ce transfert, et y aller à fond... " Quand aux données de santé, que convoitent les assureurs… « il faut avancer sur l’open data, je le demande au gouvernement ». Pour que les choses soient parfaitement limpides, il assume de manière décomplexée, comme Denis Kessler à droite, l’abandon du pacte fondateur du Conseil National de la Résistance : « Le monde avance, le monde change. Et la Sécurité sociale de 1946 n’était sûrement pas ce que certains prétendent ».

 

Ce qui se joue ici, c’est une certaine façon d’exercer la médecine. C’est la destruction d’une médecine de l’individu, au profit d’une industrie de santé adossée aux appétits des actionnaires. Il y a deux ans, l’énoncer clairement aurait soulevé l’incompréhension. Mais après deux ans de règne de François Hollande, de reniement en reniement, il est évident que l’homme qui se proclamait ennemi de la finance est en fait son meilleur ami, et que pour passer sous les fourches caudines de la Commission Européenne, il est prêt à brader la santé et le système de protection social français en les livrant aux assureurs et aux financiers pour bien montrer sa capacité de « réformes » antisociales. Financiarisation du secteur santé, perte d’indépendance des professionnels… Hollande, Valls, Macron, Touraine, Moscovici, Cahuzac… Si la finance n’a pas de visage, elle a un gouvernement.

Christian Lehmann

 

La loi Santé de Marisol Touraine, une étape dans la longue marche des complémentaires

PS : Je suis médecin généraliste depuis plus de trente ans. Trente années pendant lesquelles j’ai vu naître, grandir, vieillir, mourir, un grand nombre de patients. J’ai été le médecin généraliste de chacun d’entre eux, considéré comme un individu, et non pas une ligne de bilan comptable. Comme j’ai refusé hier d’être le larbin de l’industrie pharmaceutique, je refuserai demain d’être le larbin d’un assureur, fût-il caché sous le mot-valise « mutualiste ».

 

Note :

[1] Christian Lehmann médecin généraliste, écrivain, initiateur de la pétition contre les franchises sur les soins

Repost 0
Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Social Politique Analyse
commenter cet article
27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 08:08
Ensemble le 1er mai pour mondialiser le progrès social

A l’appel des organisations syndicales CGT, FO, FSU, US Solidaires, plus de 300.000 salariés, actifs, jeunes et retraités, privés d’emploi, se sont réunis dans les 86 rassemblements et manifestations en Province et à la manifestation nationale à Paris. Plus de 120.000 manifestants dont 600 Charentais Maritimes ont convergé vers la capitale, et localement, des actions ont eu lieu.


Les  manifestants  ont  exprimé  avec  enthousiasme  et  détermination  leurs  exigences  revendicatives  en matière de salaire et de pension, d’emploi, d’amélioration des conditions de travail et de la protection sociale, mais aussi pour un développement des services publics qui réponde aux besoins des populations.


Ils  ont  clairement  affiché  leur  opposition  aux  politiques  d’austérité  conduites  par  le  gouvernement  et inspirées par le patronat, Medef en tête.


Ils ont exigé le retrait du Pacte de responsabilité et du projet de loi Macron


Gouvernement et patronat doivent entendre le message et les exigences sociales exprimées le 9 avril 2015.


Dans les entreprises et services, les différents conflits qui se sont déroulés ces dernières semaines, comme ceux qui se déroulent en ce moment,  ont tous le même objectif : mettre les revendications des salariés sur la table des négociations sur les lieux de travail. C’est leur convergence qui a permis la dynamique pour le 9 avril et qui se poursuivra le 1er mai.


Les différentes lois « Sécurisation de l’emploi » ou « Macron », les cadeaux faits au patronat à travers le pacte de responsabilité et le CICE (Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi) constituent un ensemble de dispositions qui creusent les inégalités et fragilisent la situation des salariés, tandis qu’elles sécurisent  les profits des actionnaires !

 

Les organisations syndicales départementales
CGT – FO – FSU – US Solidaires
appellent les salariés actifs, retraités, chômeurs, à participer aux différents rassemblements du 1er mai
qu’elles organisent dans le département.

 

- Téléchargez ci-dessous l'appel unitaire CGT - FO - FSU - SOLIDAIRES

---------------------------------------------------------------

Ensemble le 1er mai pour mondialiser le progrès social

- Le 1er mai, journée de solidarité internationale des travailleurs aura cette année une dimension particulière dans le pays et dans toute l’Europe.

Face aux échecs des politiques d’austérité et aux dégâts économiques et sociaux, des mobilisations et des résistances se font chaque jour plus fortes : Grèce, Espagne, Portugal, Irlande... L’exigence de politiques au service du progrès social s’affirme et génère une confiance nouvelle.

 

Les luttes multiples qui se font écho dans tout le pays s’inscrivent dans cet élan nouveau et qui s’est concrétisé le 9 avril au travers de centaines de milliers de manifestants.

 

À l’instar de ce mouvement la Confédération Européenne des Syndicats appelle à mobiliser le 1er mai dans toute l’Europe pour s’opposer aux conséquences de la crise financière imposée par l’Union Européenne et faire entendre son plan d’investissement pour créer des millions d’emplois en réorientant 2 % du PIB européen.

 

Loin d’être un feu de paille, cette montée du mécontentement doit s’amplifier avec de nouveaux moments de mobilisations interprofessionnelles pour faire entendre les revendications et s’opposer à la politique du Medef.

 

Le projet de loi sur le dialogue social, les négociations sur les retraites complémentaires alertent le monde du travail sur les risques graves de nouveaux reculs si la mobilisation ne monte pas en puissance.

 

 

- Plus haut et plus fort, le besoin d’une autre répartition des richesses doit résonner.

Augmenter les salaires et les pensions, égalité salariale, plus de droits pour les salariés, telles sont les propositions et revendications de la CGT pour sortir de la crise et revaloriser le travail. Elles sont les conditions du financement de la protection sociale pour garantir les droits à la santé et à la retraite.


C’est un message d’espoir et de détermination que nous voulons envoyer aux jeunes et aux privés d’emploi et à toutes celles et ceux qui subissent précarité et chômage.

 

 

- Ensemble, le 1er mai pour porter la solidarité internationale et l’exigence d’un futur meilleur pour les générations à venir.

Urgence de progrès social et volonté d’une Europe humaniste qui fait face à ses responsabilités, pour en finir avec l’horreur des naufrages de populations en quête de sécurité et d’avenir, seront au cœur des aspirations pour refuser l’inacceptable.


Pour la CGT, la démocratie, la république, la paix, les libertés de pensée et d’expression sont des biens communs qu’elle est décidée à défendre face à tous les totalitarismes, aux discours haineux, aux tentatives de division et de stigmatisation.

Ensemble le 1er mai pour mondialiser le progrès social

- Téléchargez ci-dessous le tract d'appel de la CGT

Repost 0
Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Social Initiatives publiques
commenter cet article
16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 08:39
« L’automatisation ne détruit pas le travail mais l’emploi salarié »
L’automatisation d’aujourd’hui prend non seulement la forme de bras robotiques, mais aussi d’intelligences artificielles. Selon plusieurs études, 50 % des métiers seraient automatisables d’ici dix ou vingt ans. Une évolution qui pourrait se révéler violente sans contrôle social et politique.
 
Sources :  l'Humanité par Pierric Marissal Lundi, 16 Mars, 2015

Depuis bientôt un an, dans le fonds de pension de Hong Kong spécialisé dans la biotechnologie Deep Knowledge Ventures, le conseil d’administration est présidé par Vital, un algorithme. Cette intelligence artificielle trône parmi les patrons en costumes, décide des investissements, rédige des rapports financiers, des cas cliniques ou encore des analyses sur l’état des brevets. Elle fait tout cela en quelques secondes, en s’appuyant sur d’énormes bases de données mises à jour en temps réel. Vital fonctionne un peu à la manière d’Ambush, Cobra, Guerilla ou Ninja, ces intelligences artificielles agressives, en charge de spéculer sur les marchés financiers et qui mettent, petit à petit, les traders et analystes financiers au chômage technologique.

 

Les emplois automatisables ne sont plus seulement les plus pénibles et répétitifs, mais concernent aussi des métiers qualifiés. Les études se multiplient et convergent : l’université d’Oxford, le Massachusetts Institute of Technology ou l’Institut Bruegel envisagent que jusqu’à 50 % des métiers seront automatisables à l’horizon 2025-2035 : télémarketeurs, analystes, secrétaires, dockers, employés de banque, réceptionnistes, arbitres sportifs, chauffeurs, caissiers, comptables, ouvriers assembleurs, conducteurs de trains…

 

« Il y a toujours eu des destructions d’emplois liées à l’évolution technologique, rappelle Yann Le Pollotec, responsable de la révolution numérique au PCF. Mais ces processus étaient beaucoup plus lents qu’aujourd’hui. Il y a eu déjà des phases d’accélération, par exemple au XIXe siècle en Angleterre, qui avaient créé un chômage foudroyant. Mais on restait dans un rythme de remplacement, de création destructrice, dirait Schumpeter. Aujourd’hui, nous sommes dans une autre situation, tout cela va beaucoup plus vite et changer de métier, se former, demande beaucoup de temps. » C’est d’autant plus vrai que l’automatisation et la numérisation entraînent aussi une baisse importante du nombre d’heures de travail nécessaires pour accomplir une tâche. « Cela concerne les emplois qualifiés, experts comptables, journalistes, médecins ou 
avocats, explique Yann Le Pollotec. On numérisait 25 % de la production d’informations humaines en 2000, on en est aujourd’hui à 98 % en France. Avec cet océan de données et à l’aide d’algorithmes pour naviguer dedans, là où il fallait trente avocats mobilisés pour analyser un dossier, rechercher de la documentation, des jurisprudences… il n’en faut plus que trois aujourd’hui. Le métier d’avocat ne disparaît pas, il faudra toujours plaider, mais il y en aura besoin de beaucoup moins. »

 

Troisième facteur aggravant pour l’emploi, ces nouvelles technologies ont tendance à faire de plus en plus travailler le consommateur au profit de celui qui vend le service. Cette habitude est déjà prise à la pompe à essence, ou au supermarché par exemple : avec les caisses automatiques, le consommateur fait le travail des caissiers et des pompistes. Mais bien davantage encore : lorsqu’on passe une commande chez Amazon ou qu’on tape une requête dans Google, on travaille gratuitement pour ces fournisseurs de services. On donne nos données, on nourrit les algorithmes qui permettent aux moteurs de proposer des suggestions… Les entreprises du numérique font travailler gratuitement les consommateurs, qui, lorsqu’ils commandent sur Amazon, ont l’impression d’économiser de l’argent mais détruisent des emplois.

 

Une nouvelle étude du très libéral Boston Consulting Group, publiée le 10

février, se félicite que ces évolutions technologiques vont faire économiser à échelle mondiale 16 % du coût du travail en coupant dans la main-d’œuvre, à court terme.

 

Dans son article paru dans l’ouvrage collectif Le capitalisme a-t-il un avenir ? (éditions La Découverte), le sociologue Randal Collins explique que ce nouveau chômage technologique représente avant tout un véritable risque pour la classe moyenne qui occupe ces métiers qualifiés et relativement bien payés. Pour lui, ne subsisterait, en termes d’emploi, que ce qui ferait appel aux qualités propres à l’Homme, comme la créativité et l’imagination… Mais leur nombre est restreint. Resteraient également les métiers qui serviront à entretenir ces cerveaux, qui seront sous-prolétarisés. Des emplois non qualifiés devraient ainsi subsister, très mal payés, ceux qui coûteraient plus cher à automatiser. Le salaire de l’homme est en concurrence avec le coût d’investissement du robot. Et dans cette course à la compétitivité, l’humain n’est pas sûr de gagner. Foxconn, le principal sous-traitant d’Apple, a commencé à remplacer ses ouvriers chinois par des robots sur ses lignes de montage. Son objectif est de mettre à la porte la majorité de ses salariés, soit un million d’ouvriers, qui ne sont pourtant payés qu’à peine plus de 300 euros par mois. Autre exemple, 
Microsoft a remplacé tous ses vigiles et gardiens de sécurité par des robots mobiles d’1,50 mètre, munis de caméras, de capteurs et de détecteurs de mouvements et de sons.

 

« Cela pose de vraies contradictions au capital, constate Yann Le Pollotec. Pour fonctionner, il a besoin de clients qui consomment. Si le chômage explose, la consommation s’effondre. Il y a bien eu un moment le levier du crédit, mais, on l’a vu aux États-Unis avec la crise des subprimes, il a ses limites. » S’ils sont heureux de couper dans leurs coûts de main-d’œuvre, certains patrons s’inquiètent de cette fuite en avant, Bill Gates en tête. Certains libéraux proposent ainsi l’instauration d’un revenu universel de base, un genre de RSA, pour tenter de faire perdurer le système malgré tout. « Parmi les solutions plus progressistes, il y a celle que nous, au Parti communiste, mettons en avant, c’est la sécurité emploi-formation, explique Yann Le Pollotec. Comme l’automatisation ne détruit pas le travail mais l’emploi salarié, l’idée est d’utiliser la richesse et le gain de productivité permis par les robots pour développer les services publics et le secteur des biens communs. »

 

  • Une autre idée intéressante, avancée notamment par le philosophe Bernard Stiegler, est le revenu universel de contribution, qui propose qu’à partir du moment où on contribue d’une manière ou d’une autre à l’intérêt général, on perçoive un revenu décent et proportionnel à la contribution apportée à la société. Cela s’inspire des bons côtés du régime des intermittents du spectacle. Pour Yann Le Pollotec, « la réduction du temps de travail peut aussi améliorer la situation, mais cela ne suffira pas. Alors qu’avec un juste partage de la richesse et une maîtrise sociale et politique de ces technologies, on peut aller vers une société de l’abondance ».
Repost 0
Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Si on parlait ECONOMIE Social Analyse
commenter cet article
13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 08:16
Pour bâillonner les salariés, Rebsamen et le gouvernement s'attaquent aux droits syndicaux et sociaux

Le projet de loi du gouvernement sur le « dialogue social » prépare un affaiblissement de la représentation du personnel dans les entreprises. Particulièrement visé, le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et, avec lui, la protection de la santé des salariés.

 

Sources :  l'Humanité par : Fanny Doumayrou avec Kevin Boucaud, Kareen Janselme, Thomas Lemahieu et Olivier Morin

S’il fallait une raison supplémentaire de se mobiliser dès ce jeudi 9 avril, les salariés qui l’ont d’ores et déjà prévu (et tous les autres) en ont une : le projet de loi sur le « dialogue social » concocté par le ministère du Travail. Le 21 janvier dernier, patronat et syndicats se séparaient sans avoir pu conclure d’accord sur la question.

 

Les prétentions du Medef, sans être pleinement satisfaites, sont largement prises en compte dans la version que l’Humanité, comme d’autres rédactions, a pu se procurer : remise en cause des comités d’hygiène et de sécurité, des prérogatives des CE, voire de leur existence, interdiction des syndicats de pénétrer dans les TPE... tout un éventail régressif se présente qui bat en brèche les droits conquis par les salariés de se défendre et à être défendus.

 

Quand il s’est agi de légiférer sur l’ANI, le gouvernement s’était interdit et avait interdit au Parlement toute modification de ce premier coin dans le Code du travail. Dans le cas présent, rien ne l’oblige à écrire sous la dictée de Pierre Gattaz.

 

Il pourrait choisir, au contraire, de réparer l’anomalie démocratique, soulevée par la CGT, qu’un salarié ait des droits collectifs différents selon la taille de l’entreprise qui l’embauche. Ou entendre les idées qu’expriment des syndicalistes dans nos colonnes.

 

Suicides, dépressions, explosion des troubles musculosquelettiques (TMS), mal-être généralisé au travail... Les indicateurs de la santé des travailleurs sont au rouge. Mais pas assez, apparemment, pour que le gouvernement juge important de renforcer les moyens de résistance des salariés face au rouleau compresseur des objectifs de renta-bilité dans les entreprises.

 

Son avant-projet de loi sur le « dialogue social », qui devrait être présenté le 22 avril en Conseil des ministres, inflige au contraire un sérieux coup de rabot à la représentation du personnel dans les entreprises, et tout particulièrement à l’institution spécialisée dans les questions de santé et de conditions de travail : le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT).

 

Dans la négociation entre patronat et syndicats sur ce sujet, qui a capoté en janvier, le Medef prévoyait carrément de supprimer les CHSCT et ses attributions importantes que sont le droit d’ester en justice et celui de recourir à une expertise aux frais de l’employeur. Ce projet a servi d’épouvantail, au point que le texte du gouvernement peut paraître « moins pire », voire « modéré ». Il n’en prépare pas moins un recul important pour les possibilités d’organisation des salariés dans les entreprises. Comme promis à l’issue de la négociation en janvier, le gouvernement a écarté l’idée du Medef de fusionner en un seul « conseil d’entreprise » les actuels comités d’entreprise (CE), délégués du personnel et CHSCT. Mais son projet emprunte une autre voie de simplification, qui aura des effets importants.

 

 

- 1 -  Les CHSCT survivent, mais tres affaiblis

Le texte prévoit d'élargir le dispositif actuel de délégation unique du personnel (DUP). Actuellement, l'employeur peut l'im-poser dans des entreprises entre 50 et 200 salariés, pour regrouper le CE et les DP, et ainsi faire baisser le nombre de mandats et d'heures de délégation. Le texte élargit le dispositif jusqu'au seuil de 300 salariés, et surtout il y intègre le CHSCT.
 
Sur le papier, les trois institutions perdurent, mais dans les faits, ce sont les mêmes délégués, trans-formés en hommes-orchestres, qui devront assumer les différentes attributions. Avec le risque évident que les questions économiques, notamment dans les entreprises en difficulté, prennent le pas sur les questions de santé et de conditions de travail. Le droit à l'expertise est conservé, mais il pourrait être bouleversé par la création d'une « expertise commune » aux questions relevant du CE et du CHSCT, qui risque là encore de faire reculer la pertinence « santé au travail ».
 
Dans les entreprises de plus de 300 salariés, un accord majoritaire pourra opérer un « regroupement » des trois institutions, avec les mêmes dérives possibles. Au passage, le gouvernement, qui ne jure que par le « dialogue social », diminue sa fréquence : la périodicité des réunions entre élus du personnel et direction passe d'une fois par mois aujourd'hui, à une fois tous les deux mois.
 
Les questions d'hygiène et sécurité devront être évoquées au moins une fois par trimestre, ce qui correspond au rythme actuel de réunions du CHSCT. La question sensible du nombre d'élus et d'heures de délégation en fonction de la taille des entreprises est renvoyée à des décrets.
 
« On peut casser le thermomètre, ça n'empêchera pas la fièvre de monter »
Alain Alphon-Layre, en charge de la santé au travail à la CGT. « La délégation unique du personnel (DUP), qui regroupait jusqu'ici les délégués du personnel et le CE dans les entreprises de moins de 200 salariés, sera étendue à celles de moins de 300 salariés. Au lieu d'être désignés, les salariés siégeant au CHSCT seront donc élus. Mais on peut considérer qu'il y a aura moins de réunions annuelles pour traiter des dangers et des conditions de travail.
 
On est dans un contexte économique européen où l'on parle de donner la priorité à l'emploi, sans se préoccuper de la manière dont on travaille. Or, les conditions de travail sont de plus en plus difficiles. On peut casser le thermomètre, mais ça n'empêchera pas la fièvre de monter. La CGT jouera son rôle auprès des parlementaires pour faire infléchir la loi et remettre le travail au centre du débat. »
 
 

- 2 - Une rationalisation tous azimuts

Difficile de résumer l'ensemble des mesures de simplification des institutions représentatives du personnel contenues dans le projet, qui revisite l'ensemble de leur fonctionnement. Les dix-sept thèmes actuels sur lesquels un employeur doit consulter le comité d'entreprise chaque année sont fondus en trois gros blocs de consultation annuels, sur les orientations stratégiques, la situation financière et économique, enfin la politique sociale, les conditions de travail et l'emploi.
 
Une rationalisation qui permettra peut-être de clarifier l'agenda, mais qui crée des fourretout indigestes faisant reculer la pertinence des échanges et des avis rendus. En cas de projet de réorganisation, le texte renforce la centralisation des consultations, auprès d'instances les plus éloignées du terrain.
 
Le comité central d'entreprise serait consulté sur le projet, les comités d'établissement ne l'étant plus que sur les mesures d'adaptation locales. De même, l'instance nationale de coordination des CHSCT, une innovation issue de l'ANI de 2013, serait la seule à même de commander une expertise et à être consultée, les CHSCT locaux ne l'étant que sur des mesures spécifiques à leur périmètre local. Ce désaisissement des élus de terrain diminue les possibilités de mobilisation des salariés.
 
« L'information et la consultation devraient être permanentes »Julien Gonthier, membre du secrétariat de l'Union syndicale Solidaires. « L'idée de regrouper toutes les obligations d'information-consultation du comité d'entreprise en trois grandes procédures annuelles émane directement du patronat.
 
Au mieux, c'est une incompréhension totale de la vie dans les entreprises. Au pire, c'est une attaque frontale contre les droits des travailleurs! Cela met à mal une prérogative essentielle des CE, la veille économique. Pour les élus du personnel, il est essentiel de disposer d'informations économiques en continu. L'information et la consultation devraient être permanentes pour permettre aux salariés d'exercer leurs droits.
 
Là, on nous présente un projet qui consiste à déconnecter les procédures d'information et de consultation des moments et des terrains où les choses se jouent. On remplace des obligations importantes par du pur formalisme. »
 
 

- 3 - La négociation échappe aux syndicats

Les modalités de négociation dans l'entreprise passent, elles aussi, à la moulinette de la simplification. Les thèmes de négociations obligatoires sont fondus en trois grands chapitres (salaire et temps de travail, qualité de vie au travail, gestion des emplois et des parcours professionnels) qui gardent la même périodicité qu'aujourd'hui. Mais un accord majoritaire pourra espacer ces discussions : les négociations annuelles pourront devenir trisannuelles, les trisannuelles pourront passer à un rythme quinquennal.
 
Et surtout, le texte met fin au monopole syndical de négociation, en ouvrant la possibilité aux employeurs de négocier un accord d'entreprise avec un élu du personnel, quand il n'y a pas de délégué syndical. Cette possibilité existe déjà, mais dans des cas marginaux. Elle serait élargie à toutes les entreprises, et l'accord ainsi conclu ne serait plus validé par une commission paritaire de branche. Les employeurs auront les coudées franches pour obtenir des accords au rabais avec des interlocuteurs choisis, échappant au contrôle des syndicats et des branches, et même du comité d'entreprise lui-même, qui ne sera plus consulté.
 
Une perspective d'autant plus inquiétante que les réformes successives donnent toujours plus de possibilités aux accords d'entreprise de déroger au Code du travail.
 
« Un vrai contournement des syndicats » Marie-Alice Medeuf Andrieu, secrétaire confédérale de FO
 
« La possibilité de transformer les négociations annuelles en négociations trisannuelles est une vraie victoire pour le patronat. Les années sans négociation, les entreprises pourront voir leurs bénéfices progresser sans avoir à redistribuer aux salariés, qui perdront en pouvoir d'achat. En donnant la possibilité à des salariés non mandatés de négocier dans les entreprises dépourvues de délégués syndicaux, le gouvernement effectue un vrai contournement des syndicats. Avec ce signal que les représentants syndicaux ne sont pas indispensables, nous allons assister à une vraie fragilisation des syndicats et ainsi à un affaiblissement de la capacité des salariés à être défendus correctement. Ce qui va une nouvelle fois renforcer le pouvoir du patronat. »
 
 

- 4 - Une représentation dans les TPE, mais en service minimum

C'est la « grande » avancée du texte, mais elle peinera à compenser le reste! Les salariés des très petites entreprises (TPE, moins de dix salariés) accèdent enfin à une possibilité de représentation, avec la création de « commissions régionales paritaires interprofessionnelles » composées chacune de vingt membres. Elles pourront donner aux salariés et aux employeurs des « conseils utiles » sur la législation ou les conventions collectives applicables, elles pourront débattre des problématiques de salaires, emploi, formation, etc.
 
Mais le niveau régional n'en fait pas une instance de proximité, et surtout ses membres « n'ont pas accès aux entreprises », stipule le texte, ce qui empêche toute intervention ou appui réel aux salariés. L'autre avancée du texte consiste à « valoriser » les parcours des représentants du personnel, mais là encore le progrès reste modeste. Alors que la discrimination syndicale sous toutes ses formes est prégnante dans les entreprises, la seule mesure concrète est de faire bénéficier certains délégués de la moyenne des augmentations individuelles des collègues de la même catégorie.
 
« Si on veut aider le dialogue social dans l'entreprise, il faut pouvoir s'en approcher »Philippe Antoine, conseiller conférédal CGT en charge des TPE « Nous sommes très loin de ce que voulait la CGT. Nous voulions des commissions paritaires départementales, c'est-à-dire de proximité, pour l'ensemble de ces salariés et avec des moyens correspondants. Nous voilà avec treize commissions régionales interprofessionnelles qui s'occuperont de secteurs non couverts par un accord (qui existent dans l'artisanat, les professions libérales et l'agriculture ­ NDLR), donc de 2,6 millions de salariés : c'est impossible !
 
Et chaque représentant élu à la commission n'aura droit qu'à cinq heures par mois en plus des heures de réunion! Leur mission sera de donner des informations et du conseil aux salariés et aux employeurs mais sans pouvoir entrer dans l'entreprise. Si on veut aider le dialogue social dans l'entreprise, il faudrait pouvoir s'en approcher. De plus, on ne leur a pas confié les activités sociales, contrairement aux commissions paritaires dans l'artisanat. Enfin, aucun financement spécifique ne leur a été dédié. »
 
 

- Renforcer la négociation aux dépens de la Loi

La casse du Code du travail continue. Le premier ministre Manuel Valls a confié le 1er avril à l'ancien directeur général du travail, Jean-Denis Combrexelle, une réflexion « pour élargir la place de l'accord collectif dans notre droit du travail et la construction de normes sociales ». En clair, comment permettre aux branches et surtout aux entreprises de créer leurs propres règles, aux dépens d'une législation protectrice commune à l'ensemble des salariés. Le gouvernement veut donc renforcer une tendance à l'oeuvre depuis le début des années 1980, et qui explique, paradoxalement, la prise de poids du Code du travail qui recense les possibilités de dérogation à la loi.
 
Pour en savoir plus :

- Dialogue social : le mythe de la simplification créatrice d’emplois

Repost 0
Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Social Analyse
commenter cet article
8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 08:26
Manifestation dans sardinières les rues de Douarnenez

Manifestation dans sardinières les rues de Douarnenez

Des sardinières du littoral breton, certains en connaissent peut-être la coiffe traditionnelle ou encore les chants. Cependant, nombreux sont ceux qui ignorent l’incroyable mouvement de grève qui toucha la commune de Douarnenez en 1924. Là-bas, pendant plus de six semaines, près de 2000 ouvrières des conserveries ont fièrement et courageusement tenu tête à un patronat intransigeant.

 

Malgré les pressions, les intimidations et même les violences, elles ont courageusement mené à bout leur lutte contre l’exploitation dont elles étaient victimes. En effet, déterminées et soutenues par la classe ouvrière au niveau local, régional et même national, elles sont parvenues à faire aboutir leurs revendications salariales. Au départ de ce mouvement, rien ne laissait pourtant présager une issue aussi favorable.

Sources : Le blog "Une histoire Populaire" par Matthieu Lépine le 3 mai 2014

- Elles ont dit « non » à leur exploitation

L’histoire de Douarnenez est depuis des siècles liée à la pêche à la sardine[1]. En 1924, la petite commune du Finistère[2] comporte encore plus de 5000 marins pécheurs. Depuis le milieu du XIXe siècle, elle accueille aussi les usines de l’industrie sardinière. En effet, à l’époque, afin que les produits de la mer puissent être commercialisés sur l’ensemble du territoire, se développe la production des sardines à l’huile. La ville se dote alors de conserveries.

 

Cette nouvelle activité aura notamment pour conséquence de développer l’emploi des femmes dans la région. Ainsi, à la veille de la grande grève de 1924, Douarnenez compte près de 2000 sardinières réparties dans 21 usines. Femmes de marins pour la plupart, elles sont issues de la commune mais aussi des petits villages alentours.

 

Pour les patrons des conserveries, cette main-d’œuvre abondante et peu exigeante est une aubaine. Ainsi, ils imposent à celles que l’on surnomme les « Penn Sardines »[3] dans conditions de travail particulièrement difficiles. La législation concernant le travail des enfants[4], le travail de nuit[5] ou encore le temps de travail n’est par exemple pas respectée. En pleine saison, le travail hebdomadaire avoisine régulièrement les 15 heures|6] et est particulièrement exténuant.

 

« Il faut être debout, toujours debout. La sardine est versée sur les tables ; les femmes la rangent la tête en bas dans des espèces de petits paniers en fil de fer qui seront trempés dans l’huile bouillante. Puis le poisson sera rangé et serré dans les boites, qui seront ensuite remplis d’huile et soudées à la machine (…). Il se dégage de cette marée et de cette huile bouillante une odeur complexe qui vous écœure; on sort de là avec la migraine et on se demande comment les malheureuses ouvrières peuvent travailler de si longues heures sans reprendre haleine »[7].

 

Pour faire face ensemble à ces terribles conditions de travail, les sardinières entonnent des chants tout au long de la journée. « Le chant reste l’oxygène des ouvrières. On chante le matin pour se donner du courage. On chante l’après-midi vers les trois heures parce que les femmes avaient un coup de pompe. On chante le soir pour résister au sommeil »[8].

 

C’est cependant la question des salaires qui est à l’origine du mouvement de 1924. Quelques années auparavant (1905), une grève avait d’ailleurs déjà touchées les conserveries de la ville à ce sujet[9]. A 80 centimes de l’heure, le moins que l’on puisse dire est que les sardinières sont purement et simplement exploitées. A titre de comparaison, le kilo de beurre est à l’époque à 15 francs, celui de sucre à 3.40 francs et la douzaine d’œuf à près de 6.50 francs. Les ouvrières vivent donc dans la misère. Non syndiquées et peu informées sur leurs droits elles sont une main d’œuvre corvéable à merci.

 

Cependant, le contexte politique local est bouleversé au début des années 1920. En 1921, avec l’élection de Sébastien Velly[10], Douarnenez devient la première ville communiste de France. Une situation qui a son importance dans le conflit qui touche les conserveries en 1924. En effet, ouvrières et ouvriers ont dorénavant un appui politique de première importance, ce qui est non négligeable à l’heure d’entamer un rapport de force avec le patronat.

 

Une partie des médias, résolument anticommuniste, va durant les six semaines de grève tenter de briser le lien rattachant les travailleurs à leurs élus en voulant faire de ce conflit du travail une vulgaire tentative de déstabilisation menée par les communistes. Le Journal des débats parlera ainsi « d’agitation communiste »[11] et L’Ouest-Eclair de « meneurs communistes dont l’unique but est de créer le désordre et l’anarchie »[12]. Cependant, le nouveau maire, Daniel Le Flanchec est en novembre 1924 très populaire. Il a le soutien de la population et le lui rend bien en s’engageant au coté des ouvrières en grève dès le début du conflit.

Qui se souvient que les sardinières de Douarnenez (1924) ont eu le courage de dire « non »

- Une lutte âpre de plus de six semaines

Le 21 novembre 1924, les ouvriers[13] de l’usine Carnaud, fabrique de boite de conserves, se mettent en grève et réclament une revalorisation salariale. Rapidement, ils sont suivis par les sardinières de toute la ville. Quatre jours plus tard], près de 1600 ouvrières et de 500 ouvriers ont stoppé leur travail. « Du jamais vu à Douarnenez, ce sont les commises et les femmes de ménage (…) qui assurent la mise en boite du poisson resté sur les tables ! »[14].

 

Payées 80 centimes de l’heure, les « Penn Sardines », réclament dans un premier temps une augmentation de 20 centimes et le respect de la loi sur le paiement des heures supplémentaires. Soutenues par les marins pécheurs, elles défilent une première fois dans les rues de Douarnenez. Tout au long du conflit, le chant tiendra une place importante dans les manifestations. En effet, au cours de leurs déambulations dans la ville, les sardinières s’arrêtent devant chacune de leurs usines et entonnent ensemble une de leurs mélodies favorites[15]. Anne-Denes Martin compare ces défilés à des « parodies de processions ».

 

Chaque jour, les grévistes se rassemblent sous les Halles de la ville afin d’échanger sur les suites à donner à leur mouvement. Un comité de grève y est notamment élu afin de mener les négociations avec les représentants du patronat. Si les femmes représentent 73% des grévistes, elles ne sont que 6 parmi les membres du comité contre 9 hommes. Cependant, dans le contexte de l’époque, il s’agit déjà d’un grand pas. Afin de soutenir et d’apporter leurs expériences aux grévistes, des responsables syndicaux nationaux mais aussi des membres du Parti communiste rejoignent Douarnenez. Député et directeur de l’Humanité, Marcel Cachin soutiendra par exemple régulièrement le mouvement des sardinières, sur place, mais aussi à l’Assemblée ou encore à travers des articles dans son journal.

 

Les négociations avec le patronat n’aboutissent cependant pas, celui-ci refusant toute revalorisation salariale. Début décembre, un premier grand meeting réunit plus de 4000 personnes sous les Halles de la ville. Le 4, a lieu le premier grand tournant du conflit. Une échauffourée éclate entre les grévistes et un convoi transportant des caisses de conserves. Les gendarmes interviennent et chargent la foule. En première ligne, tentant de s’interposer entre les grévistes et la troupe, le maire de la ville, Daniel Le Flanchec, est accusé d’ »entrave à libre circulation des biens ». Le préfet le suspend pour 1 mois. Une victoire pour le patronat qui n’a d’autre souhait que de se débarrasser de l’encombrant maire communiste de la ville.

 

Face à l’impasse des négociations, les grévistes acceptent l’arbitrage proposé par le ministre du Travail, Justin Godart. Près de 3000 personnes accompagneront à la gare les délégués élus[16] pour participer à ce rendez-vous crucial, organisé à Paris. Cependant, là encore, c’est un échec. Pour le patronat, il est inconcevable de reculer face à un mouvement soutenu et entretenu par les communistes. « Nous refusons absolument de traiter avec les communistes »[17]. Son souhait est plus que jamais de l’emporter, afin de disqualifier le maire Le Flanchec aux yeux des douarnenéziens. Les usiniers intiment par ailleurs aux grévistes de reprendre le travail s’ils veulent l’ouverture de négociations et précisent qu’une hausse des salaires au-delà de 10 centimes est cependant inenvisageable.

 

Le 23 décembre, un nouvel événement vient bouleverser le cours des choses. Une usinières, Madame Quéro, à la tête d’une petite conserverie de la ville, accepte contre toute attende les revendications de ses ouvrières. Cette décision courageuse, face à l’intransigeance des grands patrons, permet aux sardinières et aux manœuvres de l’usine de bénéficier d’une hausse de salaire de 20 centimes, du paiement des heures supplémentaires (+50%) et des heures effectuées la nuit ou encore de la reconnaissance du syndicat. Aucun renvoi pour fait de grève n’est par ailleurs prononcé. Il s’agit cette fois d’une première victoire pour les ouvrières.

Qui se souvient que les sardinières de Douarnenez (1924) ont eu le courage de dire « non »

Le patronat ne s’avoue cependant pas vaincu. Alors qu’il refuse toujours toute négociation, des briseurs de grève font leur entrée dans la ville. En effet, à partir du 18 décembre, une dizaine d’individus étrangers à la commune se présentent devant les ateliers comme des chercheurs d’emplois. En réalité, ces hommes appartiennent à l’Union Générale des Syndicats Réformistes de France. Ils ont été recrutés par les usiniers, probablement lors de leur récente montée à Paris, pour venir semer le trouble dans le mouvement. Pendant plusieurs jours, ils provoquent des incidents mineurs dans la ville.

 

C’est cependant dramatiquement, que le 1er janvier 1925, la réalité au sujet de ces individus éclate aux yeux de tous. Alors que marins et ouvriers sont réunis dans un café de la ville en compagnie de leur maire, plusieurs personnes se présentent au comptoir. Ceux-ci se plaignent d’entendre certains clients entonner l’International. Rapidement, le ton monte entre les briseurs de grève et plusieurs marins. Puis, sans que personne ne comprenne réellement ce qui était entrain de se passer, plusieurs coups de feu retentissent. Cinq hommes sont touchés, trois marins, mais aussi Daniel Le Flanchec, à la gorge, et son neveu, à la tête.

 

Aux alentours, c’est l’incompréhension qui règne. Nombreux sont ceux qui pensent que le maire de la ville vient d’être assassiné. Amassée devant le café, la foule décide de se rendre à l’Hôtel de France, l’établissement[18] dans lequel les auteurs de la fusillade ce sont retranchés. Une véritable émeute éclate alors. En quelques minutes, le lieu est saccagé, le mobilier détruit et les fenêtres brisées. Des affrontements violents ont ensuite lieu avec les gendarmes venus rétablir l’ordre. Pendant toute la soirée la ville est en ébullition.

 

Le lendemain, l’émotion reste vive. Le sang a coulé, mais miraculeusement personne n’a perdu la vie. Gravement blessés, le maire et son neveu sont à l’hôpital. « Pour la seconde fois, Le Flanchec est enlevé à ses concitoyens »[19]. Les fauteurs de trouble sont eux arrêtés. On retrouve sur l’un d’entre eux d’importantes sommes d’argent. De leur coté, les ouvrières ne comptent pas céder à la pression et à la violence du patronat. Les récents événements n’ont pas entamé leur détermination, bien au contraire.

 

 

- » Dans la conserverie, c’est la fin du patronat de droit divin »

Au-delà de la violence patronale, le conflit de Douarnenez se caractérise aussi par un formidable élan de solidarité. Au niveau local comme au niveau national, les sardinières vont en effet recevoir le soutien d’ouvriers, de syndicalistes, de politiques ou encore de simples citoyens touchés par leur lutte.

 

Dès les premiers jours de conflit, ce sont les marins pécheurs qui se joignent à elles. A plusieurs reprises, ceux-ci laisseront leurs navires au port afin de pouvoir manifester à leur coté. Une solidarité qui dépassera largement le cadre de la petite commune du Finistère puisque des grèves de soutien auront lieu sur tout le littoral breton (Lorient, Concarneau…).

 

Au quotidien, les ouvrières profitent aussi des soupes populaires organisées par la municipalité. En effet, le conflit s’éternisant, il leur est difficile de pouvoir subvenir à leurs besoins comme à ceux de leurs familles. Au plus fort du mouvement, près de 1200 repas seront distribués chaque jour. Les produits sont financés par la ville, mais aussi grâce aux dons venus de toute la France ou encore tout simplement à la solidarité de producteurs locaux.

 

A la demande des élus communistes, le gouvernement décide lui aussi de venir en aide aux familles touchées par le mouvement. Ainsi, 18 000 francs sont mis à leur disposition. Les dons serviront notamment à financer l’arbre de noël organisé par le comité de grève le 25 décembre. Les enfants des travailleurs mobilisés y recevront cadeaux et participeront à un grand repas de fête.

Qui se souvient que les sardinières de Douarnenez (1924) ont eu le courage de dire « non »

Au début de l’année 1925, le mouvement est cependant dans l’impasse. Malgré les événements dramatiques du 1er janvier, le patronat ne semble pas résolu à répondre favorablement aux demandes des ouvrières. Pourtant, contre toute attente, le conflit se termine soudainement quelques jours plus tard. En effet, le 6 janvier, les usiniers décident finalement de céder. Comme les salariés de Madame Quéro quelques jours plutôt, les sardinières de l’ensemble des usines obtiennent un salaire à 1 franc de l’heure[20], ainsi que le paiement majoré des heures supplémentaires et du travail de nuit.

 

Nombreux sont ceux qui voient à l’époque un lien direct entre ce soudain retournement de situation et l’évolution de l’enquête concernant les agressions du 1er janvier. En effet, la justice décide au même moment d’abandonner les investigations. Les usiniers ne sont donc pas inquiétés. En échange de l’absence de poursuites, ceux-ci aurait été poussés à accepter les demandes des grévistes.

 

De leur coté, les sardinières crient victoire. Les six semaines de conflit ont été âpres. Cependant, elles ont su rester soudées et ont courageusement défendu leurs revendications sans jamais céder aux pressions, ni aux violences. Pour conclure le mouvement, une manifestation de joie et un grand bal sont organisés dans la ville. 5000 personnes y participeront. De retour, le maire Le Flanchec, est acclamé par la foule[21]

 

Celui-ci reconnaitra quelques mois plus tard la détermination et le courage des ouvrières en permettant à l’une d’entre elle, Joséphine Pencalet, de figurer sur sa liste lors des élections municipales. Elue, celle-ci ne pourra cependant jamais exercer son mandat. En effet, les femmes n’ayant à l’époque pas encore de droits politiques, son élection sera invalidée.

 

Quelques jours après la signature des accords entre usiniers et grévistes, les sardinières reprennent finalement le chemin de l’usine. Cette lutte victorieuse aura pour principale conséquence d’établir un nouveau rapport de force entre elles et leurs employeurs. « Dans la conserverie, c’est la fin du patronat de droit divin »[22].

 

Notes :

[1] Hors saison de la sardine, les marins de Douarnenez pêchent aussi d’autres poissons (thon, maquereau…).

[2] Près de 12 500 habitants à l’époque.

[3] Têtes de sardines.

[4] Il n’est pas rare de voir des jeunes filles de moins de 12 ans travailler dans les conserveries.

[5] Le travail de nuit est à l’époque interdit pour les femmes.

[6] La loi sur les 8 heures est votée en 1919.

[7] Colliard Lucie, Une belle grève des Femmes : Douarnenez, Librairie de l’Humanité, 1925

|8] Martin Anne-Denes, Les ouvrières de la mer, Histoire des sardinières du littoral breton, l’Harmattan, 1994

[9] Les sardinière revendiquaient alors d’être payées à l’heure.

|10] En 1923, il est démis de ses fonctions pour avoir donné le nom de Louise Michel à une rue de Douarnenez.

[11]  Le Journal des débats, 28/12/1924

[12] L’Ouest-Eclair, 31/12/1924

[13] On trouve près de 600 ouvriers dans les conserveries de Douarnenez.

[14] Martin Anne-Denes, Les ouvrières de la mer, Histoire des sardinières du littoral breton, l’Harmattan, 1994

[15] L’International est entonné à chaque rassemblement.

|16] Cité dans L’Ouest-Eclair, 01/01/1925

[17] On trouve plusieurs femmes au sein de la délégation.

[18] Établissement où les usiniers avaient par ailleurs l’habitude de se retrouver.

[19] Martin Anne-Denes, Les ouvrières de la mer, Histoire des sardinières du littoral breton, l’Harmattan, 1994

[20] A la fin du conflit les sardinières réclamaient cependant 1.25 francs de l’heure.

[21] Il sera réélu maire jusqu’en 1937.

[22] Martin Anne-Denes, Les ouvrières de la mer, Histoire des sardinières du littoral breton, l’Harmattan, 1994

 

Principales sources :

- Martin Anne-Denes, Les ouvrières de la mer, Histoire des sardinières du littoral breton, l’Harmattan, 1994

- Colliard Lucie, Une belle grève des Femmes : Douarnenez, Librairie de l’Humanité, 1925

- Nombreux articles de presse des mois de novembre et décembre 1924 et de janvier 1925 (l’Humanité, Ouest-Eclair, le Temps, les Débats).

Repost 0
Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Pages d'Histoire Social
commenter cet article
25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 09:00
Dialogue social : le mythe de la simplification créatrice d’emplois
Sources :  le Parti de Gauche Midi-Pyrénées par :
  • Christophe Baumgarten, avocat spécialisé en droit social
  • Guillaume Etiévant, expert auprès des comités d’entreprise
  • Laurent Milet, professeur associé à l’université de Paris-Sud et rédacteur en chef de la Revue pratique de droit social

Après l’échec des négociations patronat/syndicats sur la réforme des instances représentatives du personnel, le gouvernement annonce le dépôt d'un projet de loi pour la mi-avril avec un seul mot pour justifier ce qui s’annonce déjà comme un nouveau passage en force : « simplification ».

 

Car, selon Manuel Valls, les difficultés des entreprises à embaucher seraient liées non pas à l’absence de débouchés commerciaux, mais à la complexité du droit social. Ainsi, la simplification du « dialogue social » permettrait de « libérer la croissance ».

 

Il est toujours étonnant d’entendre, de la part de dirigeants politiques, cette idée selon laquelle les protections des salariés dans l’entreprise seraient des freins à l’emploi. Comme si la facilitation des licenciements pouvait réduire le chômage.

 

Il est également surprenant que, pour une fois, s’agissant d’efficacité des entreprises, on ne nous brandisse pas le modèle allemand alors que, rappelons-le, dans ce pays, les conseils d’entreprise jouissent de prérogatives bien plus étendues que nos CE, allant jusqu’à imposer aux employeurs d’obtenir leur avis conforme avant de mettre en œuvre les projets les plus importants.

 

Et pourquoi, si la simplification est la solution pour desserrer les contraintes des entreprises de façon à ce qu’elles embauchent, ne pas s’attaquer aux normes juridiques tout autant, voire plus complexes que le droit du travail, et avec lesquelles les entreprises composent quotidiennement : droit de la consommation, de la propriété intellectuelle, droit commercial, droit des entreprises en difficultés, en réformant au passage les formalités des entreprises et les tribunaux de commerce, le droit des sociétés, et bien entendu le droit fiscal ?

 

Sur ce dernier aspect, la réponse est claire et explique l’abandon de la promesse de campagne de François Hollande d’engager une grande réforme fiscale : les actionnaires s’accommodent fort bien de la complexité du droit fiscal qui leur permet d’échapper à l’impôt, grâce au système d’intégration fiscale et aux nombreuses niches, alors que le droit du travail les empêche d’agir de façon occulte et sans contrôle.

 

Derrière le prétexte de la simplification se cache en réalité la volonté politique de changer la nature du comité d’entreprise : d’une instance chargée du contrôle de la marche générale de l’entreprise, contrepoids au pouvoir de décision unilatéral de l’employeur, le gouvernement veut le transformer en une courroie de transmission auprès des salariés de la vision qu’ont de l’entreprise ses actionnaires.

 

Pour le moment, les annonces du gouvernement manquent de précision, mais le risque est grand que le projet de loi, ou des amendements parlementaires savamment téléguidés, transforment les CE en chambres d’enregistrement et de diffusion de la bonne parole actionnariale : réduction du nombre d’élus, des heures de délégation, suppression du budget de fonctionnement par la possibilité de le transférer sur le budget des activités sociales, suppression des expertises indépendantes, voire des expertises tout court, en imposant la codécision sur le choix des experts et leur co-financement.

 

Il faut donc sortir du faux débat de la simplification pour aborder les vrais débats : une société démocratique d’un pays développé peut-elle se passer d’instances qui représentent les intérêts des salariés et agissent comme un contre-pouvoir dans l’entreprise ? Les instances représentatives du personnel ne sont-elles qu’une contrainte pour les entreprises, ou bien sont-elles surtout une chance ?

 

Contrairement à ce qui est admis du coté du gouvernement et du patronat, l’intérêt des actionnaires n’est pas lié, loin de là, ni aux intérêts de l’entreprise ni à ceux des salariés.

 

L’exigence de retours sur investissement à court terme, avec des objectifs de taux de rendement du capital investi de 15%, quelquefois jusqu’à 50% par an dans certains LBO, alors que dans le même temps les banques prêtent à 3%, est un frein à l’investissement, et donc au développement de l’entreprise.

 

Au-delà de la nécessité que la citoyenneté ne s’arrête pas à la porte de l’entreprise, et que ceux qui créent les richesses, c’est-à-dire les salariés, puissent faire valoir leurs intérêts propres, celui de préserver et de développer l’emploi et le pouvoir d’achat, il est indispensable pour l’entreprise que sa situation et les décisions des actionnaires soient transparentes, puissent être discutées, et même contestées.

 

Grâce à l’exercice par les comités d’entreprise de ces prérogatives, combien d’emplois sauvés à l’occasion de réorganisations, combien de PSE améliorés dans leur volet d’accompagnement social ?

 

Quand on sait la façon dont les actionnaires, malgré la consultation des comités d’entreprise, ont transformé en dividendes les aides publiques et les exonérations fiscales et sociales (celles des dizaines de milliards du CICE et du CIR, qui ne servent ni à l’emploi ni à l’investissement ni à la recherche), on imagine facilement ce que pourrait être la gestion des entreprises avec des CE disposant de moins de moyens.

 

Aussi, et alors que chacun s’accorde à dire que la réalité économique est de plus en plus complexe à analyser, à comprendre et à prévoir, plutôt que de « simplifier » le droit du travail, le gouvernement ferait mieux de le renforcer pour qu’il prenne en compte les évolutions de l’économie. Par exemple, l’accès à l’information des comités d’entreprises devrait être élargi aux données du groupe d’appartenance de leur entreprise. Les représentants des salariés de filiales françaises de groupes internationaux sont en effet souvent dans l’incapacité de se forger un avis éclairé sur leur entreprise, car sa situation économique et financière est en grande partie construite comptablement, notamment par l’utilisation des prix de transfert. Pour adapter efficacement le droit du travail aux évolutions récentes de l’économie, il ne faut pas le faire par le bas, mais au contraire renforcer les prérogatives des représentants des salariés, afin qu’ils puissent réellement peser sur les décisions des directions d’entreprises et ainsi défendre utilement les salariés qu’ils représentent, et au final l’entreprise elle-même.

Repost 0
Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Social Analyse
commenter cet article
21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 08:30
9 avril 2015 : journée nationale d’action unitaire interprofessionnelle

- Les organisations syndicales CGT, FO, FSU, Solidaires appellent tous les salarié-es, les retraité-e-s et les privé-e-s d’emplois, du privé et du public à l’action et à la grève le 9 avril prochain avec une grande manifestation nationale à Paris. Elles veulent ainsi faire converger les revendications qui s’expriment dans de nombreux conflits sociaux dans des branches comme la santé, l’énergie, les transports routiers, les cheminots, la chimie, le commerce et exiger du gouvernement et du patronat qu’ils y répondent par des mesures de progrès social.

 

- Téléchargez ICI le tract d'appel de la CGT

 

 

- Ci dessous l'APPEL UNITAIRE CGT, FO, FSU, Solidaires pour la CHARENTE MARITIME

9 avril 2015 : journée nationale d’action unitaire interprofessionnelle

- Inscription pour la manifestation à l’UD CGT 17 : 05 46 41 63 33 ou UL

  • Départ 5 heures – retour vers minuit
9 avril 2015 : journée nationale d’action unitaire interprofessionnelle
9 avril 2015 : journée nationale d’action unitaire interprofessionnelle
Repost 0
Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Social Initiatives publiques
commenter cet article
14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 11:17
17 mars : Mobilisation nationale unitaire des retraités

Depuis plusieurs années, les 16 millions de retraités de ce pays, du secteur public comme du privé, constatent que leur situation ne cesse de se dégrader.

 

Par dizaines de milliers, les 3 juin et 30 septembre, ils ont montré leur colère et leur détermination à ne pas laisser se poursuivre la dégradation de leur pouvoir d’achat, de leurs droits et garanties en matière de retraite et de protection sociale.


Pour nos organisations, la retraite n’est pas un privilège ou une prestation sociale. Elle est un droit obtenu par le travail et son niveau est directement le résultat des rémunérations perçues pendant la vie professionnelle et le nombre d’années cotisées, corrigé de mesures de solidarité.

 


- Inacceptable que 10 % des retraités vivent sous le seuil de pauvreté,

que 7 % des retraités de 60 à 69 ans occupent un emploi en 2012, chiffre qui a doublé depuis 2006. La moitié d’entre eux y sont contraints par le montant insuffisant de leur pension.

 


- Inacceptable, aucune revalorisation des pensions depuis le 1er avril 2013

alors que le pouvoir d’achat des retraités baisse depuis des années du fait de l'augmentation constante des dépenses contraintes et des multiples mesures fiscales (CASA, disparition de la demi-part parent isolé, fiscalisation de la majoration pour 3 enfants, augmentation de la TVA, modification de l'assiette de la CSG, …). Aujourd'hui trop de retraités, et particulièrement des femmes, sont en dessous du seuil de pauvreté, y compris avec une carrière complète. L’aggravation de la baisse du pouvoir d’achat des retraités ne résoudra en rien les difficultés financières des régimes de retraites, ni ne favorisera le retour de la croissance.

 

 

- Inacceptables les reports successifs de la mise en oeuvre de la loi sur l'adaptation de la société au vieillissement,

alors que le reste à charge des personnes en perte d'autonomie ne cesse de croître. Les 0,3 % de la CASA prélevés sur les pensions doivent être intégralement attribués au financement de la perte d'autonomie.

 

 

- Inacceptable que l'accès aux soins devienne de plus en plus difficile

du fait du manque de médecins, des dépassements d'honoraires, du désengagement de la Sécurité Sociale provoquant l'augmentation du prix des complémentaires santé.

17 mars : Mobilisation nationale unitaire des retraités

- Télécharger ci dessous le point de vue de la CGT et l'APPEL UNITAIRE.

17 mars : Mobilisation nationale unitaire des retraités

- Le secrétaire général de l’Union confédérale des retraités CGT nous explique les raisons qui fondent la colère des retraités et la mobilisation unitaire de leurs organisations syndicales et associations.

Repost 0
Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Social Initiatives publiques
commenter cet article
13 mars 2015 5 13 /03 /mars /2015 09:00
Mauvais anniversaire pour les comités d’entreprise
70 ans après leur création, les comités d’entreprise seront au centre des discussions sur la "modernisation du dialogue social". le gouvernement a repris le dossier en main après l’échec des négociations entre les syndicats et le patronat. C’est de l’avenir même des Ce dont il sera question dans le projet de loi Travail.
 

Sources : L'Humanité par MÉLANIE MERMOZ

Nés au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les comités d’entreprise (CE) ont soufflé, le 22 février, leurs 70 bougies. Ils sont nés dans la foulée du programme du Conseil national de la Résistance, qui prévoyait « la participation des travailleurs à la direction de l’économie». L’ordonnance du 22 février 1945, qui les a créés, limitait néanmoins fortement leur pouvoir. 1946, 1982 : plusieurs lois ont permis un approfondissement de leurs attributions, sans que jamais pourtant les élus salariés ne bénéficient d’un droit de veto.

 

Aujourd’hui, ces élus qui représentent le personnel doivent affronter de nouveaux enjeux. « Les CE s’étaient construits à l’époque de la grande entreprise intégrée, or maintenant, avec le développement de la soustraitance et de l’intérim, nous sommes face à des entreprises éclatées. La première question que doit se poser un CE est : le périmètre juridique sur lequel j’ai mes attributions est-il pertinent ? » explique Olivier Laviolette, codirecteur du cabinet d’expertise Syndex. « Les comités stratégiques de filière qui ont commencé à se mettre en place sont de ce point de vue intéressants même si les entreprises de rang inférieur n’ont pas vraiment gagné plus de lisibilité », poursuit-il. Autre problème majeur, l’internationalisation des sociétés et la complexité de leurs organisations. Dans beaucoup de multinationales, la politique économique n’est plus décidée dans l’Hexagone. Difficile de résister quand le syndicalisme européen, voire mondial, peine à se mettre en place !

 

 

- Délais plus courts pour s'opposer à un PSE

« Nous assistons aussi à un éclatement des systèmes productifs : la partie industrielle peut être séparée de la partie commerciale », rappelle Olivier Laviolette. C’est la seconde qui génère des profits, tandis que les coûts reposent sur la première. Il est donc possible de prendre prétexte de ses difficultés pour procéder à des licenciements, voire fermer une unité de production. L’entreprise peut même, en organisant l’insolvabilité d’une filiale, faire prendre en charge par la collectivité les frais de licenciement. « Il faut faire reconnaître le co-emploi, montrer que la société mère s’est tellement ingérée dans les affaires de sa filiale qu’elle doit assumer les conséquences de ses actes », note Rachel Saada, avocate spécialisée en droit du travail.

 

S’ils peuvent avoir recours à des experts, des avocats, les élus de CE peinent souvent à comprendre les montages astucieux des entreprises. « Celles-ci disposent de staffs entiers d’avocats spécialisés en droit commercial fiscal ... » Dans ce contexte difficile, plusieurs dispositions législatives fragilisent encore les CE. La loi de sécurisation de l’emploi adoptée en juin 2013 raccourcit les délais pour s’opposer à un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE).


« Il n’est plus possible de faire durer les discussions en saisissant le juge. Si aucun accord n’est trouvé entre le CE et l’employeur, celui-ci a même la possibilité de faire homologuer le PSA par la DIRECCTE », détaille l’avocate. Il n’est, en outre, plus possible de contester un PSE devant le tribunal de grande instance, seulement devant le tribunal administratif. « On prive les CE de 30 ans de jurisprudence ! » s’alarme-t-elle.

 

 

- Incertitudes sur le devenir des CHSCT

La loi Macron prévoit, elle, un allégement du délit d’entrave : en cas de non-respect de ses obligations, un employeur ne pourra plus être condamné à une peine d’emprisonnement avec sursis. Une décision à la portée symbolique. « Cela insuffle l’idée qu’on peut commettre des infractions, il suffit de payer », s’indigne l’avocate. Reste aussi à connaître les contours de la nouvelle loi sur le dialogue social : les délégations uniques, qui fondent en une seule instance élus du CE et délégués du personnel, actuellement possibles pour les entreprises de 50 à 200 salariés, devraient être étendues aux entreprises de moins de 300 salariés. Des incertitudes pèsent encore sur le devenir des CHSCT, cette instance qui a pris au cours des dix dernières années de plus en plus d’importance. Le MEDEF souhaiterait qu’elle ne soit plus qu’une commission des conseils d’entreprise qui remplaceraient les CE.

 

« L’enjeu actuel est celui du renouvellement des élus ». La parole à Eric Perron, secrétaire du CE de Vencorex. « Sur la plate-forme chimique de Pont-de-Claix, nous travaillions tous pour Rhône-Poulenc. L’usine comptait 2 500 salariés. Maintenant la plate-forme ne compte plus qu’un peu plus de 700 salariés et l’entreprise a été éclatée en de nombreuses sociétés. Nous avons obtenu qu’un système de conventions se mette en place, et qu’en ce qui concerne les activités sociales et culturelles, il y ait un CE de site. À la CGT, nous avons aussi mis en place un syndicat de site qui rassemble 3 ou 4 salariés de chaque entreprise. L’enjeu auquel nous sommes confrontés actuellement est celui du renouvellement des élus. La moyenne d’âge frôle les 50 ans et nous ne voyons pas de relève. Il faut dire que la discrimination syndicale dont nous avons été victimes à la CGT a de quoi faire hésiter les jeunes à s’engager. »

 

 

Dans cette vidéo, le secrétaire général de la CGT explique devant le Club de la Presse d’Europe 1 ce que la CGT entendait porter lors de la rencontre avec Manuel Valls

Repost 0
Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Social Macron
commenter cet article
4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 09:00
Photo : CC Kris Krug

Photo : CC Kris Krug

L’argent que gère le Fonds de réserve des retraites est censé garantir aux générations futures le bénéfice d’une protection sociale.

Problème : une partie des excédents de cotisations retraites est investi dans des secteurs très polluants et des entreprises controversées. Basta ! et l’Observatoire des multinationales ont étudié la liste de ces placements, qui profitent notamment à Total, Shell, Gazprom, Monsanto, ou même à l’industrie du tabac !

Le Fonds de réserve des retraites sera la cible d’une campagne de mobilisation animée par le mouvement écologiste 350.org. Objectif : que les institutions financières retirent leurs investissements des secteurs qui contribuent fortement au changement climatique.

 

Sources :  Basta!www.bastamag.net par Ivan Roy, Olivier Petitjean

C’était l’une des idées du gouvernement Jospin : créer un fonds de réserve pour les retraites afin de financer dans la durée les pensions des retraités, en particulier les dépenses supplémentaires générées par les « papy boomers ». Il s’agissait d’assurer la viabilité du régime des retraites pour les générations futures, au-delà de 2020. Le fonds a été mis en place en 2001. Il devait être abondé à hauteur de 130 milliards d’euros à l’horizon 2015. Cet objectif ne sera jamais atteint. Le fonds gère cependant aujourd’hui 34 milliards d’euros d’actifs. L’argent placé provient principalement des excédents de différentes caisses de retraite – donc de nos cotisations – et de prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine. Le fonds est hébergé par la Caisse des dépôts et consignations (CDC), le principal établissement financier public, et est doté d’un conseil de surveillance composé de parlementaires et de représentants syndicaux et patronaux.

 

Censé garantir aux générations futures de pouvoir bénéficier du système des retraites quand elles vieilliront, ce fonds contribue paradoxalement à ternir leur avenir. Car il participe de manière non négligeable au réchauffement climatique en plaçant des centaines de millions d’euros dans des activités très polluantes. Basta ! et l’Observatoire des multinationales – avec l’appui du mouvement pour la justice climatique 350.org – se sont plongés dans le portefeuille d’actions et d’obligations détenus par le Fonds de réserve pour les retraites (FRR) dans des centaines d’entreprises. Il détient des investissements directs dans 60 des 100 premières entreprises mondiales du secteur pétrolier et gazier, et dans 21 des 100 premières entreprises mondiales de charbon. Soit plus de 920 millions d’euros au service des secteurs les plus émetteurs en CO2, selon notre décompte des actions et obligations d’entreprises détenus par le fonds au 31 décembre 2013.

 

 

- Total, Halliburton ou Gazprom profitent de l’argent des retraites

Dans le secteur des énergies fossiles au sens large – incluant l’extraction, le transport, le stockage et la génération d’électricité à partir de sources fossiles (pétrole, gaz et charbon) –, le fonds a investi pas moins de 2,1 milliards d’euros, dont un milliard d’euros dans les mines et centrales à charbon, un secteur particulièrement polluant. Encore ce chiffre ne tient-il pas compte des participations indirectes ni des secteurs économiques gros consommateurs d’hydrocarbures comme le ciment, la sidérurgie ou la pétrochimie. Le fonds détient ainsi de nombreux actifs dans les banques, qui elles-mêmes investissent ensuite dans des secteurs très polluants. BNP Paribas et le Crédit agricole, dont des filiales travaillent comme prestataires du fonds [1], figurent par ailleurs parmi les vingt institutions financières qui investissent le plus dans l’extraction de charbon (voir le Livre noir des banques, édité par Attac et Basta !).

 

L’un des placements préférés du fonds de réserve des retraites est Total, que l'on ne présente plus. Le géant pétrolier, malgré ses activités controversées dans les sables bitumineux ou le gaz de schiste et ses relations polémiques avec des dictatures, profite de 130,6 millions d’euros d’investissements, abondés en partie par nos cotisations sociales. D’autres géants pétroliers, régulièrement critiqués pour leurs mauvaises pratiques environnementales, bénéficient également de l’argent de la protection sociale. 29,1 millions d’euros pour Shell, qui prospecte en Arctique, est accusé de graves crimes environnementaux au Nigeria, et promeut le gaz de schiste de l’Ukraine à la Patagonie (lire notre article). 7,7 millions pour Chevron, considérée comme la « pire entreprise de tous les temps » par les Public Eye Awards en 2015 et au centre d’une bataille juridique internationale l’opposant à des communautés de l’Amazonie équatorienne, qui l’accuse d’avoir dévasté les zones où la multinationale a opéré (notre article).

 

Également 13,9 millions d’euros pour Halliburton, qui a largement profité de la guerre d’Irak grâce à sa proximité avec l’administration Bush. Halliburton est aussi impliquée dans la marée noire du Golfe du Mexique de 2010 (lire ici). Ou encore 4,2 millions pour la compagnie gazière russe Gazprom… Un fonds censé contribuer à la protection sociale des générations futures finance donc les oligarques russes proches de Poutine ! Chacun appréciera également le fait que la puissante multinationale Glencore, active dans la spéculation sur les matières premières, et basée dans le paradis fiscal du canton de Zoug, en Suisse, profite de 49,8 millions d’euros des contribuables français (notre article). La liste est encore longue…

 

 

- L’industrie du tabac, la déforestation et les OGM aussi !

Une partie de nos retraites finance ainsi des entreprises qui disposent de réserves d’hydrocarbures et de charbon capables, si elles continuent d’être extraites des profondeurs de la terre, de déstabiliser la température planétaire. Pour éviter que le réchauffement global ne dépasse le seuil critique des 2°C supplémentaires à la fin du siècle, la majeure partie de ces réserves d’énergies fossiles doivent demeurer inexploitées. Les sociétés pétrolières et gazières au sein desquelles le fonds possède des participations cumulent des réserves de plus de 194 milliards de tonnes de CO2. Soit 370 fois les émissions de la France sur une année ! [2]

 

Et il n’y a pas que le réchauffement climatique. Le Fonds de réserve des retraites a investi plus de 130 millions d’euros dans l'industrie du tabac en 2013 [3]. Sans oublier les actions et les obligations placées dans l’industrie des boissons alcoolisées. Un commentateur cynique y verrait une manière de limiter le nombre de retraités… Les OGM – 17 millions pour Monsanto – et l’industrie de l’huile de palme, accusée de provoquer une déforestation massive, en Asie notamment, bénéficient également des largesses de nos excédents de cotisations retraites.

 

Pourtant, ce mini fonds souverain public se targue de mener une stratégie d’investissement « socialement responsable » et de prendre en compte « des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance » dans la gestion de son portefeuille [4]. Seules les entreprises impliquées dans les armes controversés – mines anti-personnel et bombes à sous-munitions – ont été exclues. En 2014, le fonds a lancé, avec un fonds de pension suédois et le fonds Amundi (Crédit agricole) un indice boursier « bas carbone » dont le principe est de sélectionner des entreprises de tous les secteurs émettant moins de gaz à effet de serre que leurs concurrentes. L’application de ces critères aurait pour résultat d’exclure plusieurs dizaines d’entreprises, dont Total (pétrole et gaz), BHP Billiton (charbon) et Lafarge (ciment). Un premier pas aux effets cependant limités, car des entreprises comme Chevron ou ExxonMobil figurent encore en première place de cet indice.

 

 

- Des investisseurs se retirent des secteurs controversés

Le fonds public demeure à la traîne d’un mouvement qui gagne les investisseurs du monde entier. Ceux-ci commencent à retirer leurs placements des secteurs les plus polluants. « Depuis l’automne 2014, est apparu un mouvement coordonné d’investisseurs engagés dans la lutte contre le changement climatique par divers modes d’actions. En plein essor, il puise ses origines dans leurs pratiques d’investissement responsable », souligne Novethic, média spécialisé sur l’économie responsable, qui vient de publier un rapport sur le sujet (« Les investisseurs mobilisés sur le changement climatique »). « Le mouvement a pris une ampleur particulière aux États-Unis en associant les investisseurs éthiques comme les congrégations religieuses, les fondations et des grands fonds de pension emblématiques (…) ou encore les universités. »

 

Les exemples se multiplient. La prestigieuse université de Stanford aux États-Unis a annoncé son désinvestissement du charbon en mai 2014 suite à une campagne de mobilisation étudiante. Elle suit ainsi le chemin tracé par le Hampshire College du Massachussets : il a été le premier collège universitaire à se désinvestir des énergies fossiles en décembre 2011, après avoir été le premier collège à se désinvestir des entreprises actives en Afrique du Sud au temps de l’apartheid. En Europe, l’Université de Glasgow en Écosse est la première université du continent à se désinvestir entièrement des énergies fossiles, en octobre 2014. Ses 172 millions d’euros de dotation ne contribueront plus au réchauffement climatique.

 

 

- Collectivités et fonds publics français à la traîne

Des collectivités locales sont aussi en pointe : Seattle est la première grande ville américaine à déclarer vouloir se désinvestir des énergies fossiles en 2012. Elle a été suivie par San Francisco. Et de gros investisseurs rejoignent le mouvement. Le Rockefeller Brothers Fund, le fonds philanthropique de 860 millions de dollars géré par la famille Rockefeller, héritiers d’une fortune pétrolière, en septembre 2014. Le Fonds de pension du gouvernement norvégien, qui gère un portefeuille de plus de 850 milliards de dollars, a récemment annoncé s’être désengagé de 22 entreprises en raison de leurs fortes émissions de CO2. Ce mouvement va-t-il gagner la France ?

 

Les premières journées mondiales de désinvestissement auront lieu ces 13 et 14 février (« Global Divestment Days »), à l’initiative notamment du mouvement 350.org. Celui-ci a été fondé en 2008 aux États-Unis par le journaliste Bill McKibben. Le chiffre 350 se réfère au niveau de CO2 dans l’atmosphère – 350 parties par million ou ppm – à ne pas dépasser pour préserver une planète habitable et minimiser les impacts du changement climatique, alors que le niveau actuel de CO2 dans l’atmosphère est déjà supérieur à 400 ppm. L’objectif, en France, est que les investisseurs publics, de la Caisse des dépôts et de consignation aux collectivités locales, commencent à prendre leurs responsabilités.

 

 

Notes

[1Via Amundi, filiale du Crédit agricole, et BNP Paribas Asset Management.

[2Les émissions de CO2 de la France s’élèvent à 522 millions de tonnes de CO2 en 2010, selon le ministère du développement durable.

[3Voici le détail : Altria (4 546 592 euros en actions et 18 642 710 euros en obligations), Philip Morris (3 411 849 euros en actions et 39 137 653 euros en obligations), British American Tobacco (12 956 787 euros en actions et 15 714 748 euros en obligations), Imperial Tobacco (11 354 615 euros en actions et 20 940 337 euros en obligations), Reynolds (2 578 626 euros en actions et 3 865 103 euros en obligations) ou encore Lorillard (844 115 euros en actions et 5 034 401 euros en obligations)

[4Voir le site du FRR.

Repost 0
Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Social Analyse Politique Si on parlait ENVIRONNEMENT
commenter cet article
19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 10:20
Gérard Filoche et le Parti de Gauche décortiquent Macron

- La loi Macron décortiquée avec argumentation et beaucoup d'humour par Gérard Filoche

- Formation militante: La Loi Macron dans le texte par le Parti de Gauche

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Loi Macron

Repost 0
Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Social vidéos Macron
commenter cet article
19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 08:48
Monsieur Macron, votre société idéale n’est pas la nôtre !

Quel est le projet de société dessiné par la Loi Macron ? Une société où les enfants doivent rêver d’être milliardaire quand les travailleurs sont exploités et l’environnement dégradé.

 

Sources : Le Parti de Gauche par ) article original

Avec sa loi, le ministre de l’économie veut ramener la France au XIXe siècle. Si nous aimons lire Zola et Dickens, nous voulons aujourd’hui vivre pleinement dans une France du XXIe siècle, où chacun trouve sa place, où personne n’est oublié.

 

Vous avez peut-être vu passer des sondages qui prétendent que les Français soutiennent le projet de loi Macron. Que leur a-t-on dit de ce projet ? Il y a bien sûr quelques mesures d’intérêt général. Mais quelle est la forêt qui se cache derrière ces petits arbustes ? Quel est le projet de société dessiné par la Loi Macron ? Une société où les enfants doivent rêver d’être milliardaire quand les travailleurs sont exploités, l’environnement dégradé et dans laquelle le labeur de chacun ne bénéficie qu’aux grands trusts.

 

Bien sûr, ce projet n’est pas affiché. Il faut creuser sérieusement, et additionner toutes les mesurettes de ce catalogue, pour voir toute la noirceur de l’avenir que nous façonne M. Macron.

 

  • Les articles 27 à 29 rabotent les normes environnementales. Les conséquences sont connues : à chaque désastre écologique, l’Etat, donc chacun de nous, paiera de sa poche les dégâts. Le gouvernement en profite aussi, via un amendement, pour décider du projet de trente milliards d’euros d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure !

 

  • L’article 49 prévoit de récidiver, en matière de vente au privé, avec les aéroports de Nice et de Lyon et ainsi de brader un peu plus les infrastructures publiques que nous avons tous financées. S’il y a des acheteurs, c’est que c’est rentable. Si c’est rentable, pourquoi vendre ?

 

  • Les articles 71 à 82 créent le travail en soirée pour moins payer les salariés, et permettent aux commerces d’ouvrir le dimanche. Le dimanche, les Français n’auront pas plus d’argent à dépenser que les autres jours. Les seuls effets prévisibles sont la mort des petits commerces et un rythme de vie intenable pour les salariés qui travailleront. Qui gardera les enfants de ceux contraints d’accepter de travailler le dimanche ? Comment vivront les associations et les clubs sportifs quand leurs membres seront dans les magasins pour travailler ? La loi prévoit que seuls les volontaires seront concernés. Les salariés, et notamment les femmes, ne sont pas en position de dire non à leur employeur, quand la menace du licenciement est aussi forte qu’aujourd’hui.

 

Le Président François Hollande est à nouveau en flagrant délit de mensonge. Il déclarait durant sa campagne : « Le combat de 2012, c’est de préserver le principe du repos dominical, c’est-à-dire de permettre aux travailleurs de consacrer un jour de leur semaine à leur famille, au sport, à la culture, à la liberté. Et j’y veillerai ! »

 

  • Les articles 98 à 106 visent à faciliter les licenciements collectifs en affaiblissant la protection des salariés. Ils s’attaquent à l’Inspection du travail et aux prud’hommes et vident de leur sens les « Plans de sauvegarde de l’emploi ».

 

Depuis la suppression de l’autorisation administrative des licenciements en 1986, aucun emploi n’a été créé par la facilitation des licenciements. Les progrès technologiques permettent de produire avec moins de travail humain. Nous devrions nous en réjouir et permettre à chacun de travailler moins, au lieu de pousser chaque jour des chômeurs à chercher des postes qui n’existent pas.

 

Toutes les prétendues solutions du ministre de l’économie ont déjà fait la preuve de leur échec. Nous nous opposons au projet de loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques. Nous espérons que les Français ouvriront les yeux devant ses vrais enjeux.

 

- La seule croissance que M. Macron nous promet, c’est celle du nombre de chômeurs.

- La seule activité que M. Macron nous promet, c’est de nous épuiser la nuit et le week-end.

- La seule égalité des chances économiques que M. Macron nous promet, c’est celle d’être soumis au monde de la finance.

 

Non vraiment Monsieur Macron, la société que vous préparez n’est pas la nôtre.

 

Signataires : Isabelle ATTARD Députée Nouvelle Donne ; Clémentine Autain (porte-parole d’Ensemble ! pour une alternative écologique et solidaire à gauche), Marie-George Buffet (députée, Parti communiste français), Jacqueline Fraysse (députée, groupe Gauche démocrate et républicaine), Caroline de Haas (Egaé, d’égal à égale), Anne Le Strat (co-porte-parole du mouvement Utopia), Corinne Morel-Darleux (coordinatrice des assises de l’écosocialisme, Parti de gauche), Michèle Rivasi (députée européenne, EELV)

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Loi Macron

- Le cadeau caché de la loi Macron : une réduction d'impôts de 900 millions d'euros pour les plus riches

Monsieur Macron, votre société idéale n’est pas la nôtre !
Repost 0
Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Politique Social Macron
commenter cet article
18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 09:00
Les 35 heures : la politique au service de l'emploi la plus efficace et la moins coûteuse depuis les années 1970

C'est la conclusion du rapport d'une commission d'enquête parlementaire que s'est procuré AlterEcoPlus.

 

Sources : Slate.FR repéré sur AlterEcoPlus (le rapport) et  sur  AlterEcoPlus (interview) par Cécile Chalançon

- Oubliez tout ce que vous avez pu lire ou entendre sur les 35 heures.

AlterEcoPlus s’est procuré le projet de rapport de la commission d’enquête parlementaire sur l’impact économique, social et sociétal des 35 heures qui doit être rendu public mardi 16 décembre. Et le bilan («le vrai bilan», article consultable sur abonnement) va à l’encontre de la plupart des idées reçues. Dans une interview donnée au site économique, la rapporteure de la commission, la députée socialiste Barbara Romagnan, résume :

 

«Entre 1997 et 2001, il n’y a jamais eu autant d’heures travaillées partagées par tous en France. Deux millions d’emplois salariés dans le secteur marchand ont été créés sur cette période. Aucune politique ne s’est révélée plus efficace par le passé

 

 

- 39 personnalités issues du monde politique, syndical, universitaire, de l’administration et de l’entreprise ont été auditionnées.

Selon le rapport, «presque aucune des personnes auditionnées ne demandait une remise en cause des 35 heures».

 

Dans un propos liminaire, le président de la commission, le député UDI Thierry Benoit, souligne «le travail sérieux accompli par notre rapporteure Mme Barbara Romagnan, même si je ne partage pas les conclusions de son rapport. Chacun pourra se forger sa propre opinion».

 

Les conclusions en question, les voici (l’ensemble du rapport est consultable sur AlterEcoPlus (le rapport), le gras est de Slate) :

● La réduction du temps de travail décidée par la loi de 1998 a contribué à ce que l’économie française crée davantage d’emplois qu’elle ne l’aurait fait sans cette loi sur la même période. Le chiffre de 350.000 est le plus communément admis. Entre 1997 et 2001, l'Insee estime à 2 millions les créations d'emplois salariés dans le secteur marchand. Il n’est aujourd’hui pas possible de dire combien d’emplois supplémentaires auraient pu être créés si le processus de réduction du temps de travail n’avait pas été interrompu en 2002.

 

Cette réduction n’a pas coïncidé avec une dégradation de la compétitivité de notre pays notamment parce qu’elle s’est accompagnée d’une accélération des gains de productivité.

 

 

- La France reste ainsi attractive et se place régulièrement dans le trio de tête des IDE (investissements directs à l’étranger).

La réduction du temps de travail, comparée à d’autres politiques publiques mises en œuvre pour stimuler l’emploi, notamment celles qui reposent sur des baisses de cotisations sociales sans conditions, apparaît moins coûteuse pour les finances publiques, au regard du nombre d’emplois qu’elle a permis de créer.

Elle a permis une réorganisation du travail dans les entreprises de plus de vingt salariés grâce à la relance et au dynamisme du dialogue social pour aboutir à des accords.

La réduction du temps de travail s’est traduite, pour la majorité des salariés qui en ont bénéficié par une amélioration de l’articulation entre le temps passé au travail et le temps consacré aux activités personnelles, familiales ou associatives. Elle a également permis un rééquilibrage, limité mais réel, des tâches ménagères au sein des familles.

 

Les études disponibles laissent penser que ce processus, s’il avait été mené à son terme, pouvait constituer un puissant élément de recomposition des temps au service de l’égalité hommes-femmes.

 

A l’aune de ces auditions et des documents à notre disposition, il apparaît que la réduction du temps de travail a constitué un outil pertinent et efficace de lutte contre le chômage, un outil de transformation de la société et d’amélioration de la qualité de vie.

 

Quinze ans après, il convient de tirer lucidement les leçons des expériences passées de réduction du temps de travail, de leurs conditions, de leurs effets positifs mais aussi de certains effets négatifs qui peuvent expliquer les critiques.

 

L’objectivation de ces derniers est l’un des acquis majeurs de ce rapport, et a pu également faire l’objet d’un large consensus au sein de la commission.

 

 

- On peut évoquer à ce titre :

l’intensification du travail, repérée dans plusieurs secteurs, et qui s’est parfois accompagnée de souffrance pour les salariés ;

les fortes tensions dans la fonction publique hospitalière en raison d’un décalage entre l’application de la loi et le temps des recrutements importants, étalés de 2002 à 2000. Elles ont été incontestables mais les difficultés ne résultaient pas uniquement de la RTT ;

les difficultés qu’aurait pu engendrer l’application de la loi aux entreprises de moins de 20 salariés.

 

Ces effets, s’ils doivent être pris en compte et corrigés, n’invalident en rien le principe de cette politique. Pour se poursuivre, elle devra s’ajuster à un contexte qui n’est plus celui des lois Aubry. Il nous appartient aujourd’hui, au travers de la négociation sociale, d’accélérer l’amélioration de la qualité de vie au travail, dans le secteur privé et dans le secteur public, de permettre aux jeunes de construire leur parcours professionnel et de ramener de nombreux chômeurs vers l’emploi.

 

Laisser perdurer un chômage de masse serait faire courir à notre pays le risque d’une explosion sociale prochaine.

 

Voilà qui va faire plaisir à Martine Aubry.

 

Sur le même sujet :

 

- Philippe Martinez (CGT) : "La réduction du temps de travail en dessous des 35h est incontournable"

Repost 0
Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Analyse Social
commenter cet article
16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 09:00
Pourquoi la CGT refuse qu’on « brade » les CHSCT

Entretien avec Eric LATIMIER[1]

 

En 2012, ils ont fêté leurs 30 ans. Constitué dans tous les entreprises occupant au moins 50 salariés, les CHSCT ont pour mission de contribuer à la protection de la santé et de la sécurité des travailleurs, ainsi qu’à l’amélioration des conditions de travail.

Composé notamment d’une délégation du personnel, ils disposent légalement d’un certain nombre de moyens pour mener à bien leur mission.

A ce titre, les représentants du personnel disposent d’un crédit d’heures et d’une protection contre le licenciement.

En l’absence de CHSCT dans les entreprises de moins de 50 salariés, les délégués du personnel assurent les mêmes missions.
 

Sources : Comité Régional CGT Poitou-Charentes

Alors que la dernière séance de négociation sur la « modernisation du dialogue social » s'est tenue les 15 et 16 janvier 2015, le MEDEF met une fois de plus les Comités d’hygiène, de Sécurité et de Conditions de Travail dans sa ligne de mire. Lors de l'avant-derniére séance de négociation en novembre, l’organisation patronale a notamment insisté sur la création d’un conseil d’entreprise unique, contre les 4 instances actuelles qui, selon elle, formeraient « un outil destructeur du dialogue social ». Ces 4 instances sont le délégué du personnel (DP), le comité d’entreprise (CE), le comité hygiène sécurité et conditions de travail (CHSCT) et le délégué syndical (DS).

 

D’autres sujets ont provoqué la désolidarisation de la CGPME et de l’UPA à l’égard du MEDEF. Voir notre article du 11/14.

 

  • La CGT s’oppose catégoriquement à un CHSCT facultatif, qui serait noyé au sein du conseil d’entreprise, sans personnalité morale et donc sans possibilité de recours juridique.
  • Burn-out en augmentation, dégradation des conditions de travail (…), les représentants du personnel de la région Poitou-Charentes présents dans des CHSCT refusent qu’on « brade  » ces comités.
  • L’un d’entre eux, Eric LATIMIER [1], nous explique pourquoi.

 

 

- C.R. cgt : Le MEDEF exprime son souhait de voir fusionner les quatre instances actuelles de dialogue social dans l’entreprise, et notamment les CHSCT, dans une instance unique. Est-ce une tentative d’affaiblissement des CHSCT ?

Eric LATIMIER : Selon moi, oui. C’est prendre le risque de diminuer les prérogatives et missions des CHSCT en les noyant avec d’autres missions économiques, sociales et culturelles qui sont celles du comité d’entreprise. Des 4 mandats, c’est « légalement » celui qui est le plus outillé à ce jour. Il dispose notamment de textes législatifs, au regard desquels l’employeur n’a pas seulement une obligation de moyens, mais aussi une obligation de résultats. Les textes sont très explicites en ce domaine. Lorsque le code du travail édicte les 9 principes généraux de la prévention, tel que  »adapter le travail à l’homme », cela ne souffre d’aucune autre interprétation possible. Il dispose aussi d’autres moyens comme par exemple le recours à un expert, ou des recommandations et avis de certains instituts (L’ANACT ou lINRS).

 

 

- C.R. cgt : Fusionner ces 4 instances, n’est-ce pas aussi demander trop de polyvalence au délégué du personnel, au risque de dégrader la qualité de son travail pour les salariés ?

Eric LATIMIER : Tout à fait et ce n’est pas du tout souhaitable. L’élu qui va devoir à la fois gérer les activités sociales et culturelles, consulter les bilans financiers de l’entreprise, faire des inspections pour voir si les salariés travaillent en toute sécurité (…), ne pourra jamais faire son travail correctement. Or, on ne peut pas être spécialiste de tout. Comme je doute que le MEDEF souhaite accroître le nombre d’élus et d’heures de délégation, cela noierait quelques élus sous une masse énorme de travail. Pour être efficaces, ces 4 mandats doivent travailler de manière encore plus coordonnée. Il nous faut défendre le maintien de ces  4 mandats distincts et réclamer des moyens supplémentaires pour agir.

 

« Je doute que le MEDEF souhaite accroitre le nombre d’élus et d’heures de délégation…»

 

 

- C.R. cgt : A y regarder de plus près, bien que très outillés, les CHSCT ne semblent pas forcément être utilisés de manière optimale. Est-ce vrai ?

Eric LATIMIER : Effectivement. Les élus au CHSCT utilisent encore trop peu le droit de recours à un expert, se privant d’un outil essentiel à l’exercice de leur mission. Ils peuvent également consulter les autres membres du CHSCT, que sont l’inspecteur du travail, le contrôleur de la CARSAT et le médecin du travail.

 

 

- C.R. cgt : Cela peut-il s’expliquer par un manque d’information et de formation des délégués du personnel ?

Eric LATIMIER : Oui, mais pas seulement. Même lorsque nous avons connaissance de nos droits nous hésitons souvent à les utiliser. Les élus sont souvent confrontés à la menace économique et financière de l’employeur. On entend alors ce genre de discours : « L’argent dépensé pour payer votre expert, je ne le mettrais pas dans l’augmentation des salaires ». C’est délicat à gérer parce qu’il faut pouvoir se faire entendre et comprendre à la fois de l’employeur, mais aussi du salarié. En cas de blocage de sa part, et avant toute démarche juridique, on signale ce désaccord à l’Inspection du Travail, ce qui en général calme les choses assez vite, dans un esprit de médiation.

 

« L’argent dépensé pour payer votre expert, je ne le mettrais pas dans l’augmentation des salaires »

 

- C.R. cgt : J’imagine que la contrainte n’est pas la stratégie la plus productive.

Eric LATIMIER : Bien évidemment, nous préférons dialoguer et chercher un consensus. C’est ce qu’il y a de plus « rentable ». On a les moyens de contraindre, mais le rapport de force n’est pas à utiliser en premier lieu. Il faut arriver à convaincre l’employeur si l’on veut parvenir à quelque chose de stable, cohérent et surtout pérenne. C’est plus qu’une nouvelle organisation de travail ou des nouvelles méthodes qu’il faut rechercher, c’est un nouvel état d’esprit. Nous devons amener tout le monde à repenser le travail dans sa globalité, pour ce qu’il est vraiment, ce qu’il implique et ce qu’il apporte. Le CHSCT ne va commencer à produire des effets visibles qu’une fois le travail de pédagogie accompli, une fois que la question du « quoi » et du « pourquoi » auront été réglées. C’est à ce moment qu’on pourra réfléchir ensemble au  »comment ». Changer les choses peut aller vite, mais changer les esprits prend du temps. Pour assurer une véritable politique de prévention, il faut se donner ce temps.

 

 

- C.R. cgt : Parlons du « temps » justement. Il semble qu’employeurs et CHSCT ne fonctionnent pas avec la même unité de temps…

Eric LATIMIER : En effet, pour le CHSCT, la prévention est un travail de longue haleine, c’est investir dans le temps et dans les gens. Il faut déjà se mettre d’accord sur un vocabulaire et les idées qu’il porte. Actuellement, les employeurs disent « optimisation , gestion par processus, efficience, individu », nous entendons  »réduction des effectifs, flicage, risques psycho­sociaux ». Nous disons  »travail, métier, collectif », ils entendent  »revendications, coût, cogestion ». Ils veulent mettre la réduction des coûts et le profit au cœur de tout, alors que nous y mettons l’humain. Nous n’avons, de fait, pas les mêmes priorités. “Le salarié vend sa force de travail, pas sa santé”. Nous devons le répéter sans cesse, le crier s’il le faut, pour convaincre. Dire et démontrer que la création de richesse, tout en préservant la santé, est possible. Le fait que le MEDEF attaque le CHSCT est symptomatique. Toutes ces instances qui viennent travailler dans le temps, gênent systématiquement celui qui cherche le profit le plus gros dans le plus court terme.

 

 

- C.R. cgt : D’autant qu’une bonne prévention des risques d’accidents au travail rapporte.Eric LATIMIER : Exactement. C’est comme pour une voiture aux pneus lisses avec laquelle on prendrait le risque de faire le maximum de kilomètres. Peu importe l’état de la voiture puisque l’employeur investira sous peu dans un nouveau véhicule. Il peut bien rouler 20 km avec les pneus lisses. Il se dit « Demain, après demain… je ne sais même pas si je serai encore là« , donc investir dans des chaussures de sécurité, tu penses si c’est sa priorité… La priorité c’est de faire des profits rapidement. Une fois les salariés de la boîte pressés à fond comme des citrons, une fois la boîte fermée, on en ouvre une nouvelle. Faire perdurer l’entreprise et ses emplois, ce n’est pas la priorité. Nous, nous sommes là pour rappeler quand il faut changer les pneus. C’est de la prévention. Alors oui, ça exige d’investir à un moment, mais c’est indispensable pour éviter qu’un salarié ne se traîne les séquelles d’un accident toute sa vie

 

- C.R. cgt : Dans un tel contexte, cela ne doit pas toujours être très évident de trouver un terrain d’entente…

Eric LATIMIER : Oui. C’est un boulot énorme, mais c’est un enjeu crucial de notre société. Nous devons être tous convaincus de cela pour être convainquant. Mais il ne faudrait pas croire que seul l’employeur est à convaincre, c’est aussi bien souvent le salarié.

 

 

- C.R. cgt : D’une certaine manière, les salariés se sentent plus concernés par la santé de leur entreprise que de la leur ?

Eric LATIMIER : Oui, mais c’est le système qui est pervers. Les salariés mettent leur santé en danger pour conserver leur boulot, pas pour le goût de l’aventure ou l’amour du risque. Le salarié ne va pas être jugé sur la façon dont il a fait le travail, mais sur le temps qu’il va mettre et le produit qu’il va rendre. Pour remplir ses objectifs, qu’il sait très vite inatteignables, il va devoir  »tricher » avec le  »comment y arriver ». Ainsi on va voir le cadre travailler sur son rapport trois week­-ends de suite, le peintre ne pas mettre de garde-­fou sur son échafaudage.C’est bien souvent de cette  »triche » que vient le risque. Tout cela parce que l’on confond la tâche et le travail. Le travail est tout ce qui est mis en œuvre d’inventivité, de partage, de collaboration en équipe, pour que les tâches soit accomplies et le produit rendu. C’est ça qui doit être évalué. On constate que beaucoup de mises en danger qui n’auraient pas été acceptées il y a 15 ans le sont aujourd’hui. Un salarié est amené à se mettre en situation de danger pour travailler alors qu’il ne l’accepterait pas en dehors de son entreprise. La volonté de faire un travail de qualité peut conduire à ne pas prendre la mesure de l’effort fourni et de ses conséquences.

 

A la CGT nous estimons qu’il faut repenser tous ensemble le travail pour le transformer. Notre objectif est qu’on ne doit pas souffrir de quelque manière que ce soit de son travail. Le travail doit produire la richesse, pas la maladie ou le handicap. Le moyen est d’adapter sans cesse le travail à l’homme et de le révéler pour qu’il soit enfin reconnu et effectué en toute sécurité. C’est ce que nous défendons au quotidien dans les CHSCT et plus largement dans toute notre activité syndicale.

 

1 – Déclaration CGT (14.01.2015)
2 – Adresse aux négociateurs CGT sur le dialogue social
3 – Il faut maintenir et conforter les CHSCT (modèle de motion à destination des syndicats)
4 – Effet des propositions du Medef dans une grande entreprise (exemple)

 

Note :

[1] Eric LATIMIER travaille depuis 20 ans à la Caisse d’Allocations Familiales de Charente-Maritime qui compte 260 salariés. En tant que technicien conseil, son métier consiste à gérer les prestations en assurant principalement l’accueil des allocataires et le traitement de leur dossier. Rappelons au passage que la CAF est une entreprise de droit privé chargée d’une mission de service public, sous tutelle de l’Etat. Depuis de nombreuses années, il est aussi un élu CGT, représentant du personnel au CHSCT de son entreprise, et secrétaire de ce comité.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Loi Macron

Repost 0
Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Social macron
commenter cet article
12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 09:00
Photo [1]

Photo [1]

Les grandes entreprises françaises ne seront pas soumises à un « devoir de vigilance » vis-à-vis de leurs sous-traitants.

Cette proposition de loi issue d’une poignée de députés socialistes et écologistes sera, au mieux, vidée de son contenu, au pire jetée à la poubelle.

Le projet de loi Macron obligeait de son côté les entreprises à être gérées « dans le respect de l’intérêt général économique, social et environnemental ».

Cette définition a disparu de la loi pendant que journalistes et lanceurs d’alertes sont criminalisés au nom du « secret des affaires ».

Pourtant, l’opinion publique est largement favorable à une meilleure régulation des multinationales.

 

Sources : BASTAMAG par Olivier Petijean

La Commission des lois de l’Assemblée a rejeté la semaine dernière la proposition de loi sur le « devoir de vigilance » des multinationales porté par trois députés socialistes et écologistes. Le projet visait à combler un vide juridique en responsabilisant les sociétés-mères françaises quant aux atteintes graves aux droits humains occasionnées par leurs activités dans d’autres pays (lire notre entretien avec Dominique Potier, l’un des initiateurs du projet). Désastre du Rana Plaza pour Auchan et Carrefour, naufrage de l’Erika ou pollutions pétrolières au Nigeria pour Total... autant d’exemples des difficultés à placer les multinationales françaises – et étrangères – face à leurs responsabilités lorsqu’un drame se produit, et à obtenir justice pour les victimes [2].

 

La proposition de loi était officiellement soutenue par les quatre groupes parlementaires socialiste, écologiste, communiste et radical. Manuel Valls ne s’y était pas opposé. Elle avait reçu le soutien actif des associations françaises regroupées au sein du Forum citoyen pour la responsabilité sociétale des entreprises (CCFD-Terre Solidaire, Sherpa, Amis de la terre, Peuples solidaires, Amnesty, Éthique sur l’étiquette...). Mais le jour du passage en commission, les représentants socialistes ont choisi de ne pas la soutenir. Les députés UMP s’y sont clairement opposés, arguant de la nécessité de ne pas « asphyxier » les entreprises françaises à coup de réglementations et de ne pas nuire à leur compétitivité internationale [3].

 

Les grandes entreprises françaises et leurs représentants officiels, Medef et AFEP (Association française des entreprises privées, organe des grands groupes) n’ont jamais caché leur hostilité à l’inscription de ce « devoir de vigilance » dans la législation. Pourtant, certains des porteurs de la proposition de loi faisaient le pari qu’elle obtiendrait le soutien du gouvernement car celui-ci aurait besoin d’un « marqueur à gauche » pour contre-balancer l’accumulation de mesures « pro-entreprises » de ces derniers mois. Mauvais calcul apparemment.

 

 

- Néo-conservatisme

Répétant le tour de passe-passe du pacte de responsabilité – où les « contreparties » exigées des entreprises pour les divers allégements fiscaux et sociaux dont elles bénéficient ont fini par s’évaporer purement et simplement –, le gouvernement français semble finalement opter pour une loi unilatéralement favorable aux directions d’entreprises. En plus d’entériner l’impunité juridique des multinationales françaises, députés et gouvernement ont introduit dans la loi Macron, au nom du « secret des affaires », des dispositions extrêmement régressives, dignes d’un paradis fiscal, en matière de droit à l’information et de contrôle démocratique des pouvoirs économiques (lire notre article).

 

Le gouvernement a aussi supprimé l’une des seules dispositions progressistes de la loi Macron dans sa version initiale, qui redéfinissait totalement la notion d’entreprise dans le droit civil français en stipulant que celles-ci devaient être gérées « dans le respect de l’intérêt général économique, social et environnemental ». Autant de dispositions qui pourraient paraître plutôt abstraites par comparaison avec d’autres aspects controversés de la loi Macron, mais qui pourraient être au moins aussi importantes à long terme. À travers ces reculs en série, les dirigeants socialistes ne se contentent plus de « concessions » à la vision du monde néo-conservatrice qui se cache derrière le mot d’ordre de la compétitivité : ils cherchent désormais à graver cette vision du monde dans le droit.

 

 

- Une opinion publique en faveur de la régulation des multinationales

Le projet de loi sur le « devoir de vigilance » des multinationales sera tout de même discuté en plénière à l’Assemblée le jeudi 29 janvier, quoique son sort paraisse d’ores et déjà scellé. Un projet alternatif serait en préparation du côté des députés socialistes et du ministère de l’Économie, dont les associations dénoncent déjà la faiblesse : il ne contiendrait en effet que des dispositions non contraignantes, inférieures à ce que la plupart des grandes entreprises ont déjà mis en place [4]. Le Forum citoyen a donc relancé sa pétition appelant François Hollande à « mettre fin à l’impunité des multinationales » en soutenant la proposition de loi dans sa version initiale.

 

À l’appui de ces revendications, les associations peuvent se prévaloir d’un sondage d'opinion commandé pour l’occasion et réalisé par l’institut CSA [5], dont les résultats sont sans appel. 95 % des personnes interrogées estiment que les catastrophes industrielles comme le Rana Plaza ou les désastres environnementaux comme l’Erika pourraient être facilement évités si les multinationales prenaient plus de précautions. Et 76% déclarent que les multinationales devraient être « tenues responsables devant la justice des accidents graves provoqués par leurs filiales et sous-traitants ». Députés et gouvernement suivront-ils l’opinion publique, ou persisteront-ils dans la voie de l’obscurantisme économique ?

 

Note :

[1] L’effondrement de l’immeuble du Rana Plaza, le 24 avril 2013 au Bangladesh, a tué 1127 ouvriers et ouvrières du textile. Des sous-traitants y travaillaient pour les marques Mango, Benetton, The Children’s Place ou Primark. Des étiquettes de vêtements Carrefour (marque Tex), Auchan (marque In Extenso) et Camaïeu ont été retrouvées dans les décombres / CC Jaber Al Nahian

[2] Certaines associations du Forum citoyen avaient tenté de contourner l’absence de règles juridiques sur la responsabilité des sociétés mères en matière de droits humains en les attaquant pour « pratique commerciale trompeuse », en arguant du fait que ces entreprises utilisaient leurs codes de conduite et leurs politiques de responsabilité sociale comme arguments publicitaires. La justice vient de classer sans suite les deux plaintes qu’elles avaient déposé contre Auchan (pour son implication dans le drame du Rana Plaza) et Samsung (pour des cas de travail des enfants dans ses usines chinoises).

[3] Lire les explications de Novethic.

[4] Voir le communiqué de presse de l’association Sherpa.

[5] Par Internet, auprès d’un échantillon de 1 000 interviewés.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Loi Macron

Repost 0
Published by La Rochelle à gauche par les actes - dans Si on parlait ECONOMIE Politique Social Macron
commenter cet article

Présentation

  • : blog INSOUMIS. Des éléments pour réfléchir, comprendre, débattre et AGIR ENSEMBLE
  • Contact

La France insoumise, L'AVENIR EN COMMUN

N'attendez pas la consigne !

Rejoignez la France insoumise  ICI

 

 

-

Programme de la France insoumise 2017 " L’avenir en commun "

 

 

  • Visitez ICI la page programme du site de la France insoumise
  • " L’avenir en commun " en version téléchargeable ICI

 

-

Le journal de la France insoumise 2017 :

 

- La chaîne télé de la France insoumise 2017 :

 

Pour vous abonner gratuitement, cliquez ICI

Recherche

Le blog de Cédric RUFFIÉ candidat de la France Insoumise aux législatives pour la 1ère cir. de Charente Maritime La Rochelle/Ré

 

Accéder au site : ICI

NON au Grand Marché Transatlantique

 

Tout sur le GMT : ICI

Le site du Parti de Gauche

 

Manifeste pour l'Ecosocialisme

Mouvement pour la 6e République

Des outils pour combattre le FN et l'idéologie d'extrême droite française